mercredi 18 octobre 2017

LES Ibn SAOUD, MARCHANDS DU TEMPLE !

Certains nouveaux "haj" (ceux qui viennent d'accomplir le pèlerinage à la Mecque, obligation assortie d'une dispense pour ceux qui n'en auraient pas les moyens ; soit dit en passant), aiment raconter leur "hajj" et faire partager leurs émotions autour d'eux. 

Ce qui revient souvent dans la narration du fameux pèlerinage, c'est l'éblouissement des "haj" devant tant de gigantisme dans les lieux saints de l'islam et la richesse étalée dans les bâtiments qui les abritent.

Savent-ils seulement que cela s'est fait aux détriments de bons nombres de lieux archéologiques et néanmoins sacrés pour les musulmans ; que sont les maisons des compagnons du prophète et ceux de ses épouses dont celle de Aïcha vénérée par les sunnites (mais haie par les chiîtes, considérée comme intrigante; puisqu'elle a écarté Ali,  gendre du prophète, de lui succéder en tant que chef des musulmans; faut-il le rappeler), qui ont été rasés pour laisser place à des hôtels de luxe et à des centres commerciaux, expression de la mégalomanie des Ibn Saoud ? 

Savent-ils que les Ibn Saoud tentent de se donner une légitimité comme Gardiens des Lieux Saints, grâce aux pétrodollars qu'ils dépensent sans compter ... pour faire oublier qu'ils sont usurpateurs de cette fonction traditionnellement dévolue aux qoraïchites, de la tribu de Qoraïch, celle du prophète Mohammad. 

Certains ont relevé que les imams appelant aux prières, associent systématiquement le nom des Ibn Saoud à celui d'Allah et celui de Mohamed, auxquels répondent par amen, des millions de pèlerins ; sans se rendre compte qu'ils font allégeance aux Ibn Saoud ! Une  "com" gratuite pour les Ibn Saoud qui préparent l'étape d’après celle "Khademo'l Haramaiyn" (Serviteur des deux lieux saints que sont la Mecque et Médine) : prendre le titre d' "Emir el mou'minin", Commandeur des Croyants; titre que leur disputent l'émir du Qatar et ses protégés Frères musulmans ... puisque Erdogan ne cache pas son désir de restaurer le Calfat et son ambition de briguer le titre de Calife !

Le plus étonnant c'est de les entendre dire que leur foi s'est affermie devant tant de richesses étalées : marbres, stucs, or, argent .... comme s'ils avaient besoin d'un veau d'or !

Oublieux pour la plupart que dans le malékisme ancestral des tunisiens, l'ostentation en tout est interdite ; et que la foi comme le reste, se vivent entre soi et Allah, dans la discrétion : nul besoin de pratiques religieuses ostentatoires, ni d'étalage de richesse, ni de poudre aux yeux comme le font les Ibn Saoud qui veulent en mettre plein les yeux aux pèlerins venus du monde entier, transformant les lieux saints en un gigantesque parc d'attraction .... à l'américaine !

Savent-ils ces pèlerins que les Ibn Saoud dont le wahhabisme condamne à l'enfer les occidentaux pour leur mécréance ... ont fait appel à des ingénieurs, des concepteurs, des architectes et des entreprises de bâtiments tous occidentaux, pour réaliser ce nouveau parc d'attraction ? Eux ne sachant rien faire, sinon gérer (mal) leur agent, tels des marchands du Temple !

Savent-ils aussi qu'ils ont érigé ces gigantesques bâtiments à la gloire des Ibn Saoud, ceux-là mêmes qui détruisent au nom du wahhabisme les statues des Bouddhas et les mausolées tunisiens, érigés à la gloire des soufis, hommes et femmes, réputés pour leur érudition, leur sagesse et leur humanisme ?

Et savent-ils que leur argent pour effectuer le pèlerinage, pour lequel certains s'endettent parfois à vie, vient enrichir un peu plus les Ibn Saoud, qui financent le terrorisme dans le monde, et qui sèment le chaos dans les pays du "printemps arabe" pour mettre en échec des révolutions qui pourraient donner des idées à leur peuple ?

Voilà le paradoxe de millions de pèlerins, quand ils ignorent l'histoire de leur religion : ils sont à la merci de celui qui peut diffuser sa conception de l'islam, pour répudier leur obédience traditionnelle et adopter celle de celui qui répand la sienne à coup de pétrodollars !!

Il faut croire que la foi et les traditions se vendent et s’achètent par le plus offrant ! Traduisant un manque de foi sincère de la part des personnes prêtes à devenir "saudo-wahhabites", pour recouvrer une identité "arabo-musulmane" qu'ils auraient perdue, comme le leur serinent les Frères musulmans et autres néo-salafistes pour les convertir au wahhabisme et au model sociétal qui va avec !

Ainsi, insidieusement le wahhabisme est entrain de remplacer le malékisme et le soufisme ancestraux des tunisiens ... profitant de leur ignorance et de leur manque de culture !

Rachid Barnat

LA TUNISIE, BIENTÔT LABORATOIRE POUR TOURISME RELIGIEUX ?

Article publié dans : Kapitalis


Je lis avec consternation qu’un colloque s’est tenu en Tunisie avec le concours du pouvoir que dominent les Frères musulmans, avec pour sujet : « Le tourisme religieux en Tunisie ». 
La Tunisie deviendrait-elle le laboratoire expérimental pour les islamistes ? Après la démocratie spéciale au rabais à l'usage des " Arabes ", ce pays va expérimenter le tourisme religieux ! 
L’islamisation rampante de la société tunisienne se poursuit avec la bénédiction de Béji Caïd Essebsi et de son parti Nidaa Tounes, censés préserver les tunisiens de cette calamité !

Cet événement souligne la bêtise absolue qui s’est emparée de beaucoup de Tunisiens qui ne se rendent pas compte qu’ils sont manipulés par certains pays de la péninsule arabique et par leur idéologie religieuse régressive ; et qui veulent imposer leur manière de croire par tous les moyens.
Comment ne pas voir dans cette nouvelle idée un moyen détourné de propager encore l’islamisme et le wahhabisme qui le fonde, comme si le mal causé par cette idéologie n’était pas suffisant !

Après « la finance islamique » qui n’est qu’une manipulation marketing, voilà le « tourisme religieux » alors que l’homme de simple bon sens verrait dans le rapprochement de ces termes une insulte à la religion. J’avais la naïveté de penser et c’est, je crois, ce que pensent la plupart des tunisiens, que la religion, la foi, la piété étaient choses personnelles et sérieuses ; et que le tourisme religieux n’est qu’une fumisterie destinée à imposer, petit à petit, aux tunisiens  le wahhabisme en lieu et place de leur malékisme ancestral et le modèle sociétal qui va avec.

Les Ibn Saoud ont fait du pèlerinage à la Mecque une vaste industrie qui ne recule devant rien ; puisque ces marchands du Temple ont rasé tous les lieux de la mémoire collective des musulmans tels que la maison de Aicha épouse du prophète Mohammad et celles de ses compagnons sous prétexte que le wahhabisme rejette le culte des saints, pour ériger sur leurs emplacements des hôtels de luxe et autres centres commerciaux ; tout en transformant le pèlerinage en un endoctrinement en règle au wahhabisme et une occasion de faire faire allégeance aux pèlerins, au roi Ibn Saoud ; puisque son nom est régulièrement associé à Allah et son prophète suscitant des « amens » de la part des fidéles !
Et, au lieu de préserver les lieux saints, ils les ont détruits presqu’en totalité ou complètement dénaturés montrant, par-là, que leur véritable objectif n’était pas la religion mais la préservation de leur pouvoir ! C’est ainsi qu’ils accueillent de plus en plus de touristes dans des lieux qui n’ont plus grand-chose à voir avec la Mecque devenue un immense parc d’attraction et dont le seul intérêt est de rapporter de l’argent.

Est-ce vraiment un modèle ? Et la Tunisie, quel tourisme religieux peut-elle instaurer ? En dehors de sites déjà très connus tels que la Zitouna et Kairouan, qu’a-t-elle à offrir comme lieux remarquables sur le plan religieux ? Et doit-on les détacher du reste du patrimoine du pays trois fois millénaire ?
Et qui peut croire que ces arabes nouveaux riches en pétrodollars vont choisir la Tunisie pour leurs vacances, alors que tout le monde sait qu’ils n’aspirent qu’à une chose : aller respirer la liberté en Occident tant décrié, pour y jouir de toutes les libertés qu’ils n’ont pas chez eux ! Ils fréquentent les endroits les plus prisés du tourisme mondial tel que la France, la Suisse, l’Angleterre, l’Espagne, l'Italie … que viendraient-ils chercher en Tunisie, ces nouveaux riches trop habitués aux luxes et aux palaces, dont la jeunesse dorée cherche en ces pays sexe, alcools et drogues à consommer librement ?

Ghannouchi et ses « Frères » ont tout fait pour détruire l’industrie touristique, secteur vital pour la Tunisie. Ils bernent les tunisiens en leur faisant miroiter un tourisme religieux en provenance d’Arabie et des pays du Golfe, qui remplacerait avantageusement les occidentaux qui venaient corrompre la jeunesse tunisienne (sic). Ceux qui les ont crus, en ont eu pour leur frais : les hôtels sont vides et le peu d’arabes en provenance de la péninsule arabique, le font juste pour « zaouaj el moutaa » (mariage uniquement pour copulation), cette prostitution « halal » ; comme ils le pratiquent déjà dans d’autres pays touristiques tels que l’Egypte, le Yémen, le Maroc … avec tous les drames sociaux qu’ils laissent derrière eux : des filles déshonorées, engrossées et abandonnées !
Mais comment s'en étonner, alors que les Frères musulmans prônent aussi le " jihad ennikah ", cette autre prostitution halal en temps de guerre.

Les Tunisiens ont toujours pratiqué une foi sérieuse, sans ostentation, conformément au malékisme et au soufisme qui l’ont façonnée durant des siècles.

Depuis que l’islamisme s’installe en Tunisie, on se demande à quand l’édification d’une mosquée plus grande que celles des voisins ? Après celle du Maroc et celle de l’Algérie, la Turquie est en phase d’achèvement de la sienne érigée à la gloire d’Erdogan … avec 6 minarets, excusez du peu, pour faire mieux que tous les califes qui l'ont précédé; puisqu'il aspire à l'être à son tour ! 
Qui peut croire vraiment que Dieu est attentif à ses manifestations de démesure, réalisées aux dépens de dépenses plus utiles pour les hommes ; alors que nous savons qu’elles ne sont que pour la gloriole des hommes au pouvoir à l’ego surdimensionné ?

A l’inverse, je comprendrai que l’on organise des circuits destinés à montrer les lieux des multiples civilisations qui se sont succédées en Tunisie : les Carthaginois, les Romains, les Espagnols, les Andalous, les Turcs ...

Le pouvoir serait bien inspiré s’il veut vraiment développer le tourisme, de former mieux le personnel, d’améliorer l’hôtellerie en la montant en gamme et de se contenter des richesses naturelles du pays ; au lieu de vouloir faire venir des religieux à l’esprit étroit, fermés sur eux-mêmes pour propager leur obscurantisme sacré ; et qui n’ont, en réalité, de religieux que l’apparence et les attitudes hypocrites.
Développer ce tourisme religieux qui n’est en réalité que le tourisme des marchands du Temple, sera également un bon moyen pour éloigner à jamais les vrais touristes qui ne mélangent pas religion, plaisir et affaires. Ceux qui vivent du tourisme le savent déjà, puisqu’il est en berne depuis que les Frères musulmans ont mis la main sur le pays.

Rachid Barnat





lundi 9 octobre 2017

CHIENS & CHATS CHEZ LES MUSULMANS ...

Pourquoi les turcs respectent-ils les chiens et les chats errants, les nourrissent ou du moins ne les chassent pas à coup de pied, de pierres ou de bâtons; et que ces animaux leur rendent bien leur "tolérance" sinon leur amour pour les bêtes; puisqu'ils n'en ont pas peur et viennent chercher spontanément une caresse, un câlin, et mangent dans leur main; et que les commerçants et les habitants des quartiers se relayent pour les nourrir ?
Alors qu'en Tunisie, les chiens errants sont dans un état de stress permanent, apeurés, fuyant les hommes dés qu'ils les aperçoivent, et pour cause : ils les harcèlent, les pourchassent en leur criant dessus " vas-t-en ! ", s'ils ne leur jetaient pas des pierres ou ne les menaçaient pas d'un bâton !


A quoi cela tient-il ? 


Le respect des turcs pour les chiens semble faire partie de leur nature; à moins que leurs imams les incitent à respecter les créatures d'Allah; alors que les imams ou pseudo imams, depuis l'arrivée des islamistes au pouvoir en Tunisie, incitent les tunisiens à s'en séparer et à les rejeter pour cause d'impureté !
En Turquie, les chiens errants portent tous une boucle d'identification à l'oreille, ce qui dénote une administration responsable qui en prend soin; alors qu'en Tunisie les autorités ne font rien ou pire ordonnent leur abattage à coup de fusil !
Ce que je croyais exceptionnel, s’avère une règle non écrite que les turcs appliquent spontanément pour donner à boire et à manger aux chiens et aux chats errants ; et ce, dans toutes les rues : ils mettent à leur disposition des récipients régulièrement remplis d'eau et les nourrissent de restes domestiques ou mieux encore, des croquettes que certains achètent spécialement pour eux. Souvent même, des abris leur sont aménagés par les riverains : dans les parcs, dans les rues ...
Les chiens et les chats de rue en Turquie, vivent en parfaite harmonie avec les passants : ils viennent spontanément vers qui voudra les caresser ou les nourrir. Les hommes n'ont aucune raison de les craindre et réciproquement les chiens n'ont aucune raison d'être agressifs pour s'en défendre.
Dans le quartier Besiktas, quartier "chaud", où le soir venu on n'y voit quasiment pas de "foulardées" ni de "barbus" et où la jeunesse turque vient goûter à tous les plaisirs : manger, consommer de l'alcool, fumer le narguilé, jouer au baggamon, flirter, s'enlacer et s'embrasser ... librement; faisant de ce quartier le rendez-vous de tous ceux qui en ont marre des fondamentalistes et de leur hypocrisie, totalement à l'opposé de certains quartiers populaires gagnés par la bigoterie, tel que celui de Fatih (Le Conquérant). Et bien que les ruelles soient envahies de monde, si un chien décide de dormir dans l'une d'elles, la foule des passants le contourne sans chahut pour ne pas le réveiller ni le déranger !
En bord de mer, souvent les serveurs des "restaurant à poissons", récupèrent les restes laissés par les clients, pour en donner les bons morceaux aux mouettes et aux poissons du Bosphore, leur façon de respecter la nourriture, bien fait d'Allah, qu'il ne faut pas gaspiller et d'en faire profiter d'autres de ses créatures, selon la sagesse soufie !
Les turcs seraient-ils plus civilisés que les tunisiens ? Pourtant les deux peuples sont dirigés par les Frères musulmans !
Ces pratiques chez les turcs, sont révélatrices d'une éducation empreinte de culture religieuse profonde et ancienne : le soufisme ! Qui lui-même, est né au fin fond de l’Afghanistan après l'arrivée de l'islam dans ces contrées d'hindouisme et de bouddhisme dont la sagesse millénaire a fécondé cette nouvelle religion. Ainsi le soufisme a apporté à l'islam la notion de compassion qui lui manquait et que l'on trouve dans le bouddhisme : l'amour et le respect des bêtes et de toutes les créatures. Ce qui se traduit par la tolérance des hommes pour autrui qu'il soit : homme, chien, chat, oiseau ...
Voilà comment l'islam s'est humanisé au contact de la sagesse extrême orientale. Ce que les fondateurs de l'empire ottoman ont très vite compris ; puisqu'ils vont adopter le soufisme comme religion d'Etat et permettre par son biais la coexistence pacifique des peuples et des différentes ethnies et cultures qui les composent ! Les turcs sont profondément marqués par leur culture ancestrale soufie qui est amour pour toutes les créatures d'Allah et qui fait qu'ils résistent au wahhabisme des Frères musulmans; contrairement aux tunisiens qui semblent s'y engouffrer sans discernement, oublieux de leur malékisme ancestral et du soufisme qui ont pourtant façonné leur identité tunisienne ! 
Ce qui explique que les animaux, et particulièrement les chiens, soient moins bien traités en Tunisie que ne le sont leurs congénères turques. Est-ce parceque le soufisme est arrivé tardivement en Tunisie avec la colonisation turque ?

Ce qui est certain, est que le soufisme ancestral des turcs fait qu'ils résistent mieux à la pénétration du wahhabisme que tentent de diffuser les Frères musulmans depuis 2002, date de leur accession au pouvoir; contrairement aux tunisiens qui délaissent soufisme et malékisme pour tomber dans l'obscurantisme par ignorance mais surtout par bêtise !

En tous les cas, l'islam ne peut être une religion humaniste sans le respect de toutes les créatures d'Allah, chiens compris.

Rachid Barnat


Abdelwahab Meddeb disait : 

Malgré toutes ces licences que les docteurs de la loi condamnent, dans les pays d’islam, le soufisme a depuis toujours joué un rôle pratique, de structuration sociale, par la transmission d’une morale digne qui ouvre sur la métaphysique, sur l’envol de l’esprit sans pourtant dénouer le lien social. Le moteur en est l’éthique du don et de l’altérité."
Plus encore, les maîtres du soufisme ont la certitude que la pluralité des croyances est un bienfait pour l’expérience intérieure ; il est fécond de butiner dans la roseraie de la sagesse, qu’elle que soit l’origine de ses fleurs. 

" Ainsi, Ibn Arabî écrit-il dans un de ses fameux poèmes que son cœur est capable d’accueillir toutes les formes de foi, qu’il est temple païen, couvent chrétien, tabernacle pour rouleau de Torah, codex pour feuillets de Coran, que sa religion est celle de l’amour et qu’il va où que mènent ses cortèges.

jeudi 21 septembre 2017

SOUVENIRS D’ÉCOLIER ...

* كـادَ المعلّمُ أن يكونَ رسولا

أحمد شوقي


Enfant, j'ai aimé mon école Franco-Arabe située face au vieux port de pêche de Bizerte, d'autant qu'elle était tout près de la rue de Tunis où nous habitions dans le bel immeuble de style italianisant situé rue de Tunis dans la partie européenne de la ville, tout en étant à un jet de pierre de la Médina, de la Kasbah dite " Houmet l’And'lus " (quartier des andalous) et d' " El Ksiba " (La petite Kasbah), quartier de pêcheurs bizertins, italiens et maltais. Autrement dit, mon école portait bien son nom ; puisqu'elle était au carrefour des quartiers " arabes " et " occidentaux ". Pour moi, elle était le centre du monde, ou du moins de mon monde.
L’image contient peut-être : une personne ou plus et plein air
La Grande Rue, devenue depuis rue de Tunis **

Ce que j'ai aimé pardessus tout, c'était ma première institutrice. Une française jolie et très douce avec nous. En nous apprenant l'alphabet, elle nous apprenait aussi comment calligraphier ses lettres en les dessinant sur le grand tableau noir en insistant sur le plein et le délié de chacune d'elles. J'ai le souvenir d'avoir été fasciné par cette calligraphie. Avec ma plume Sergent Major je m'appliquais à reproduire ce que je voyais au tableau. Je prenais plaisir à le faire, d'autant que cela semblait plaire aussi à notre maîtresse. Elle montrait mon cahier aux élèves pour les inciter à en faire de même. Du moins c'est ce que j'en avais déduit, ne parlant pas encore le français ni moi ni mes petits camarades. Mais une chose est certaine, elle m'a donné le goût de cette langue dont j'apprenais avidement l'alphabet et dessinais déjà bien ses lettres, et le goût de l'école. Je me rappelle même m’être vanté de " parler " français auprès de mes sœurs plus jeunes que moi, auxquelles je " racontais " les petits illustrés de mon frère aîné ; alors que je ne faisais que raconter une histoire sortie de mon imagination donnant sens aux dessins, ce que mes sœurs admiratives, prenaient pour une " maîtrise " du français.
Souvent en accompagnant ma mère au marché pour faire ses courses, je lui demandais de m'acheter un bouquet de fleur (souvent des narcisses) pour l'offrir à mon institutrice.

J'aimais l'école et progressais bien, jusqu'à ce qu'en 5éme, je tombe sur un instituteur français qui louchait d'un œil. Il venait souvent en classe presque ivre. Quand il passait dans les rangs pour réclamer le silence menaçant de jeter l’élève bruyant par la fenêtre, il sentait l'alcool. Il nous terrorisait. Il lui arrivait souvent de malmener violemment les élèves qui chahutaient. Je ne l'ai pas aimé cet instituteur et je n'ai plus aimé aller à l'école. Je prétextais des maux de tête, de ventre ... pour ne pas aller à l'école. Au bout de quelques jours de " maladies ", j'ai fini par en raconter à ma mère les raisons.  
Mon père qui tenait à ce que ses enfants soient bien scolarisés, et devant mon refus de retourner à mon école Franco-Arabe, m’a inscrit à l’école Stephen Pichon fréquentée alors essentiellement par les enfants de la colonie française de Bizerte et où étaient déjà inscrits mes frères. Je n’y suis pas resté plus d’un mois : je n’ai aimé ni l’école ni ses élèves. A nouveau je ne voulais plus aller à l’école. Il faut dire que je ne connaissais personne et j’étais moqué par les petits " arabes " qui me rejetaient, parceque je ne parlais pas encore français.
Désespéré, mon père a demandé à son ami Ahmed Essersi directeur d'école s'il pouvait me prendre dans son école. Evidemment il a accepté. Sauf que j'arrivais plus de deux mois après la rentrée scolaire dans une classe où je ne connaissais personne. La maîtresse m'a placé au fond de la classe et m'a complètement ignoré. Elle s'est désintéressée de moi, alors je me suis désintéressé d'elle et rêvassais en attendant la récréation où on nous distribuait du lait chaud au chocolat. Et ce qui devait arriver, est arrivé : je redoublais ma 5éme !

La bataille de Bizerte qui fut un drame pour des milliers de jeunes tunisiens venus " libérer " Bizerte, souvent à mains nues, sera pour moi ma chance pour me sortir de l’impasse où je m’étais mis à cause d’un instituteur ivrogne et violent ! Comme beaucoup de famille fuyant la guerre, mon père a décidé d'amener la sienne à Tunis, où il avait déjà acheté une villa à Mutuelle-Ville, en perspective de la poursuite des études secondaires et universitaires de ses enfants dont il souhaitait poursuivre leur scolarité dans les meilleurs établissements.

Il nous a inscrits mes sœurs et moi à l'école de Mutuelle-Ville, place Mendes France. Il nous a recommandés à sa directrice Mme Halima Chehata, à laquelle il confiait sa couvée, disait-il ; comme elle s'en rappellera des années plus tard.
C'est une toute petite école. Il n'y avait que quatre classes. Nous n'étions pas nombreux. Et ma chance était d'avoir eu Mme Chehata comme institutrice. J'ai le souvenir encore du timbre de sa voix. Une voix chaude et claire. Assez forte. Elle aimait la discipline et l'obtenait naturellement rien que par la voix. Elle m'a redonné le goût de l'école et à nouveau celui du français. 

J'ai le souvenir en apprenant la conjugaison, de la fascination qu'exerçait sur moi l'imparfait du subjonctif. En cour de conjugaison, Mme Chehata avait l'habitude d'écrie au tableau noir à la craie blanche le verbe, qu'elle faisait suivre par le temps où il est conjugué, à la craie rouge ; et ce, depuis la première personne du singulier jusqu'à la troisième personne du pluriel. 
Je me suis passionné pour la conjugaison ; et pour le montrer à mon institutrice, lors des dictées, je m'appliquais à écrire en rouge le temps de conjugaison des verbes que, eux, j’écrivais à l'encre noire. Passant dans les rangs, Mme Chehata s'en est aperçue. Elle me tira l'oreille et me demanda comment pourrait-elle corriger ma copie si j'utilisais l'encre rouge qu'elle utilise pour les corrections ? Je pense qu'elle comprit, cependant, mon amour pour la conjugaison.

En cour de lecture, elle nous donnait de beaux textes et de jolis poèmes à lire. Elle impliquait les parents en nous demandant de faire signer par eux un petit carnet attestant le nombre de fois que nous les avions lus, pour que leur lecture soit aisée lors du contrôle qu'elle ne manquait pas de faire en classe. Pour lui montrer que je les comprenais, je les illustrais de dessins richement coloriés, parfois en reliefs, dans un cahier confectionné à sa demande avec des feuilles de papier Canson, noires. A la fin de l'année, elle a conservé mon cahier. Je lui en ai voulu de m'avoir " confisqué " mon cahier que j'aimais feuiller. Le gardait-elle en souvenir de moi ou de l’élève appliqué que j'étais alors ? Je ne sais.
Cette année-là, j'étais parmi les premiers de la classe et mon père était content que je passe en 6éme; et surtout rassuré que je reprenne goût à l'école.

L'année d’après, Mme Chehata m'a recommandé à une autre institutrice : Mme Rejiba, une française mariée à un tunisien. J'en ai gardé un très bon souvenir et j'ai continué à progresser en français avec elle. 

D'ailleurs devant mon goût retrouvé pour l'école, mon père m'a demandé si je pouvais aider mon neveu Fathi à lire; car le nouveau directeur de l'école de Mutuelle-ville refusait de l'inscrire n'ayant pas tout à fait 6 ans à la date des rentrées des classes. Ce que mon père contournera en proposant que son petit fils entre à l'école en janvier quand il aura ses 6 ans révolus, me chargeant de lui faire rattraper le retard par rapport à ses petits camarades de classe. Ce dont je me suis si bien acquitté avec plaisir en jouant à " l'instit " avec mon neveu en lui confectionnant même un " livre " en reproduisant 
sur un gros cahier, textes et dessins d'un vieux livre déchiré ; puisqu'en janvier il savait parfaitement tout l'alphabet et savait lire aisément tout le livre, alors que le reste de la classe ânonnait encore les premières lettres de l'alphabet.  

Ainsi, grâce à ces deux institutrices, j'ai pu passer le certificat d'étude haut la main d'autant que j'étais le seul élève cette année-là à l’avoir eu et à réussir l’examen d’entrée en secondaire avec une très bonne moyenne. Ce qui m'a permis de postuler pour le Collège Sadiki et d'intégrer ce prestigieux vivier de cadres et d’élites de la Tunisie nouvelle que voulait Habib Bourguiba et dont il était issu lui-même avec bon nombre de ses compagnons de lutte pour l’indépendance; alors qu'initialement le gouvernement français les destinait à seconder l'administration coloniale française dans ses rapports aux indigénes tunisiens ! 
Mon père en était fier comme si je corrigeais le destin qui n'avait pas voulu qu'il y poursuive ses études à cause d'un frère aîné qui a préféré retirer l'orphelin qu’il était, pour le placer commis d’épicier pour gagner sa vie ; alors que son maître d'école voulait que ce brillant élève poursuive ses études grâce à une bourse accordée par le gouvernement français ! 

En étais-je conscient déjà ? Je n'ai pu progresser qu'avec des enseignants qui me donnaient envie de leur faire plaisir. Ceux qui ne m'aimaient pas, je ne les aimais pas. Et par conséquent je n'avais aucune envie de leur faire plaisir !
Ainsi mon cursus dans le secondaire sera comme celui dans le primaire : je n'aimais une matière que si celui qui l'enseignait savait la faire aimer et savait se faire aimer. 

Au Collège Sadiki, j'ai eu droit à plusieurs professeurs. Si certains m'ont donné le goût du savoir, d'autres m'en ont dégoûté.

Le bagage que j'ai eu dans la petite école de Mutuelle-Ville, va beaucoup me servir ; puisque dans les trois premières années du collège je serais souvent le premier de la classe en français sinon le second, tour à tour avec un autre qui était bon en français lui aussi. Ainsi le premier et le deuxième prix du français nous revenaient, tour à tour, à lui et à moi.
Si j'ai appris la grammaire et la conjugaison avec Mme Chehata, au collège Sadiki je vais apprendre à coordonner les temps entre eux. Et je prenais plaisir à jongler avec les temps. Cela deviendra même un jeu pour moi. 

J'ai eu deux professeurs de français que j'ai beaucoup aimés et qui appréciaient ma participation en classe : Mr Pinson et Mr Alexandro Poulos. Grâce à eux, j'ai enrichi mon vocabulaire en français et progressais en conjugaison et en grammaire. Souvent ils lisaient ou me faisaient lire ma copie en classe.

En sciences naturelles, j'ai eu Mr Mangani dont l’enseignement va éveiller en moi une soif de savoir encore plus grande pour le monde animal et végétal. Ses cours étaient pour moi une évasion dans un monde magique. J'y prenais plaisir au point que les dessins qu'il nous demandait de faire, je m'appliquais à les rendre aussi réalistes que possible pour ressortir les " particularités " et autres détails anatomiques sur lesquels il attirait notre attention. 
Mais voilà, lui aussi à la fin de l'année, il m'a " confisqué " mon cahier. Pour le conserver en souvenir de moi ou parcequ'il était très bien tenu et surtout bien illustré ? Je ne sais.

C'est avec lui que nous étions quelques-uns à bénéficier de cours de sexualité avant-gardistes ! En effet à la fin du cour, quand tout le monde sortait en récréation, il avait la gentillesse et la patience de continuer à discuter avec certains qui le harcelions de questions trahissant notre avidité de comprendre les choses ... et gentiment il nous faisait le plus naturellement des leçons de choses avec simplicité et pédagogie pour assouvir notre curiosité. Certains des élèves gênés, pouffaient de rire dès qu'il parlait sexualité mais très vite comprenaient qu'il n'y avait aucune obscénité dans ses propos qui demeuraient scientifiques ! Il était pédagogue et savait éveiller la curiosité sans tomber dans la vulgarité. 

Une chose est certaine : ce professeur m'a donné le goût des sciences au point de projeter de devenir moi-même professeur des sciences naturelles ! J’ai appris de sa pédagogie que je m’appliquais à reproduire en " donnant " des cours à ma sœur Hamida et à ma nièce Fathia en jouant au professeur ou à d'autres camarades de classe lors de nos révisions chez les Pères Blancs qui mettaient à notre disposition des salles avec tableaux noirs et craies, ainsi qu'aux enfants de nos voisins à Mutuelle-Ville à la demande de leurs parents.
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En 3éme année, année d’orientation cruciale, j’avais mes moyennes aussi bien en français, en arabe, en mathématique qu’en sciences. Chacun de mes professeurs voulait m’orienter vers sa matière : lettres modernes, lettres classiques, mathématiques ou sciences. Ce fut les sciences que j’ai choisies pour l’amour que m’en avait donné Mr Mongani !

Cette année-là, si j’ai pu obtenir une bonne moyenne en arabe, ce qui était exceptionnel, c’est que j’ai eu pour professeur Mr Mohamed Remadi qui a pu m’intéresser à l’arabe. Il m’aimait bien et je le lui rendais bien, puisque je me suis un peu appliqué cette année en arabe. Cependant, je dois rappeler un petit incident lors d’un cour où un monsieur important était présent pour assister à un cour que devait donner un candidat au professorat. Ce jour-là, j’étais au fond de la classe et rêvassais en regardant un oiseau qui a fait son nid dans la fenêtre. Quand tout à coup ce monsieur m’interpella et me demanda de répéter ce que venait de dire le professeur en devenir. C’est alors que s’est approché de moi Mr Remadi, essayant de m’aider ; mais devant ma distraction évidente, il a vite clos l’incident en m’ordonnant de m'asseoir accompagné de sa formule rituelle et sonore : " ijliss, hayawan ! " (Assieds-toi, animal !). Il m’a, ce jour-là, sauvé d’un drame qu’aurait pu m’occasionner le monsieur qui m’a interpellé; puisque Mr Remadi m’apprendra que j’ai eu affaire à Mr Mahmoud Messadi, ministre de l’éducation nationale, en personne, cet homme de lettres, auteur d’ " Essoud " (Le barrage) et auquel le président Habib Bourguiba avait confié la difficile mission de généraliser l’enseignement dans tout le pays et d’assurer la formation d’une élite et de cadres de haut niveau pour prendre vite la relève des français. Ce dont il s’était bien acquitté ; puisqu’il recrutait pour le collège Sadiki les meilleurs enseignants du moment, n’hésitant pas à débaucher certains professeurs du Lycée Carnot ou du moins de leur demander d’officier aussi au collège Sadiki, cet autre phare du savoir à cette époque. Ce fut le cas pour Mr Mangani, pour Mr Pinson et bien d’autres.

En 4éme, en physique, j’ai beaucoup aimé les cours de Mr Cohen : les démonstrations qu’il faisait en cour pour nous expliquer le courant électrique et ses effets, me fascinaient. Il était méthodique, calme et son cour se passait vite à mon goût. Il savait nous captiver : par les démonstrations qu’il réalisait devant nous. Et les formules magiques qui en découlaient, nous apparaissaient logiques, du moins pour moi. C’est dire qu’il rendait le savoir accessible et nous rendait intelligents. N’est-ce pas cela que d’être pédagogue ? Et il l’était.

En 5éme année, année du baccalauréat probatoire, je suis tombé sur un professeur original. Nous attendions en classe que notre professeur d’arabe arrive. Il arrive enfin avec du retard. C’était Mr Ali Channoufi. A peine entré, il s’est adressé à nous en français. On se regardait pour savoir s’il ne s’était pas trompé de classe. Pourtant il poursuivait ses directives toujours dans un français impeccable. Il nous donnait une liste des poètes et des écrivains arabes que nous aurions à étudier. En sortant de classe, beaucoup d’élèves étaient vent debout contre ce professeur d’arabe qui faisait son cour en français. Moi je jubilais. Car à part quelques professeurs comme Mr Remadi, j’ai gardé un mauvais souvenir des autres professeurs d’arabe : ils ne savaient pas capter mon attention pour m’intéresser à cette langue qu’ils semblaient pratiquer juste pour nous impressionner et s’écouter parler dans un arabe littéraire parfait.

Or il m’a suffi de croiser le chemin de Mr Channoufi, pour prendre goût tout à coup à la littérature arabe et aux poètes anté-islamiques. J’ai le souvenir qu’en perspective des examens du probatoire, il nous a donné une sorte de cour accéléré de culture arabe, mais toujours en français, nous donnant les éléments biographiques à retenir des poètes et des écrivains arabes au programme ; et en résumé, ce dont nous devons nous souvenir le jour " J ", et évidemment les vers les plus célèbres de chaque poète, pour illustrer son œuvre … et notre copie par la même occasion.
Ce fut un régal pour moi : tout à coup je découvrais à la fois la culture arabe et ses poètes. 

Ce professeur était coquin et ne s’en cachait pas. Lors de passages érotiques dans un poème  de " ghazal " (art raffiné de la poésie courtoise arabe) ou d'un autre texte, il faisait des œillades complices aux plus " âgés " en leur demandant de ménager les plus " jeunes ", qui ne comprendraient pas ! Ce qui aiguisait la curiosité des " jeunes " et flattait les plus " âgés " pour complicité entre " adultes ".

Cette année-là, importante pour nous en mathématique pour cause de fort coefficient pour le probatoire, j’ai eu pour professeur Mr Chakroun, un jeune à peine sorti de l’université. Ce sera le cauchemar pour moi qui étais déjà moyen en mathématique.

Dès le premier jour où j’ai été dans sa classe, il y eut un incident : il écorchait mon nom et semblait le faire exprès. J’ai beau corrigé, il persistait à écorcher mon nom.
Très vite il a proposé à tous les élèves de leur donner des cours particuliers. C’était la première fois qu’une telle proposition nous fut faite par un professeur de notre collège. A chaque cour, il insistait auprès des élèves qui ne se sont pas encore inscrits à ses cours particuliers pour le faire. Il nous harcelait pour que nos parents acceptent ses cours payants. La plupart des enfants de milieu aisé ont fini par s’inscrire à ses cours particuliers. Ceux qui ne le pouvaient pas, seront sanctionnés de façon injuste et choquante : il les privait du corrigé au tableau des épreuves d’examen, qu’il réservait à ses " clients " du cour particulier !
Mieux encore, il poussait le vice jusqu’à faire travailler ses " clients " sur les devoirs et autres examens qu’il soumettait à la classe, pour les avantager sur le reste de la classe. 
J’ai découvert l’injustice ! Ce qui m’a révolté.
Mon père ayant refusé que je m’inscrive à ses cours, estimant que le niveau des études du collège Sadiki est bon, ce professeur n’a cessé depuis de me chercher querelle. Lors de l’appel, il continuait à écorcher mon nom, comme pour me vexer en m’invitant à m'asseoir en écorchant à nouveau mon.
A la veille des examens du probatoire, il jouait l’oracle auprès de nous : rassurant ses " clients " de la réussite et me prédisant l’échec pour avoir refusé ses services payants ! 

Je pense qu’il fut le précurseur d’un système de corruption que d’autres enseignants peu scrupuleux, aussi bien dans le primaire, que dans le secondaire et jusqu’en facultés, vont développer et systématiser ; puisque sous Ben Ali, épreuves d'examens et diplômes se vendaient sous le manteau. Enseignants qui ont dénaturé cette noble fonction et dont le soucis premier est l'enrichissement personnel et non la formation et l'éducation des nouvelles générations.
La seule matière où j’étais toujours premier de ma classe, c’était le dessin. J’ai eu pour professeur Mr Victor Sarfati, que ses collègues appelaient gentiment Anthony Perkins à cause d’une certaine ressemblance avec l'acteur. Très vite il a vu que j’étais doué pour le dessin. Un jour il nous avait proposé comme thème, le portrait d’après photo. Une photo en noir et blanc dans Jeune Afrique qui consacrait un article à Houari Boumediene et l'Algérie socialo-communiste d'alors, attira mon attention. Si la photo m'avait plue, c'est que ce visage anguleux me semblait facile à dessiner, le contraste des noirs et des blancs étant assez net. Ce n'était pas l'avis de mon père qui craignait que j'aie des sympathies pour le communisme, en vogue alors chez les universitaires et les "intellectuels", lui qui le juge dangereux

Mon père m'avait dit alors ce qu'il en pensait : " Un communiste qui ne possède rien, veut tout partager; mais le jour où il possède un vélo, il ne le partagera avec personne ". D'une phrase lapidaire, il a fait mon éveil politique en faisant le distinguo entre communisme et capitalisme.  

Sa méfiance du communisme rejoint celle de Bourguiba contre lequel, les étudiants " gauchistes " s’étaient soulevés dès le printemps 1967, devançant d'une année le " mai 68 " de ceux de France qui se sont soulevés contre le général De Gaulle. Ce qui faisait Bourguiba se demander ce qu'il a pu rater pour que la jeunesse tunisienne tombe dans le panneau du communisme !
L'Histoire leur a donné raison.

En cour, nous étions une poignée d’élèves que Mr Sarfati dispensait de travailler nos dessins en classe. Il nous autorisait à consacrer notre heure de cour à finir d’autres devoirs pour le cour d’après. Ce qu’il interdisait au reste de la classe. Il me faisait confiance et me laissait des fois choisir le thème du dessin à remettre pour être noté en tant que devoir d’examen. Ce qui faisait rager certains élèves. 
Ce professeur avait pour habitude d’afficher sur des tableaux au fond de la classe les meilleurs dessins de ses élèves, faisant de sa classe un salon d’exposition ouvert pour les professeurs du collège. Et les miens figuraient toujours en bonne place dont le portrait de Houari Boumediene qui est resté longtemps accroché et qui m’a valu la reconnaissance de certains professeurs qui m’ont passé " commande " pour des portraits d’un enfant ou d’un parent …
Il va sans dire, je raflais régulièrement le prix de dessin en fin d’année. Si j’en étais fier, ce n’était pas le cas pour mon père qui aurait voulu me voir briller dans des matières plus " nobles " !
Cavaliers - V. Sarfati

Des années plus tard en déambulant place des Vosges à Paris, j'ai été agréablement surpris de voir le nom Sarfati sur une affiche d'une galerie d'art qui exposait ses aquarelles " équines ". J'ai laissé ma carte de visite à la galeriste dans l'espoir qu'il me téléphone. Et il m'a téléphoné et nous nous sommes retrouvés avec une joie partagée : moi retrouvant un professeur que j'aimais tant et lui retrouvant son élève qui faisait sa fierté au collège Sadiki. Nous avons passé un moment agréable à évoquer nos souvenirs du collège Sadiki mais aussi nos projets respectifs.

A tous ces enseignants qui m'ont fait progresser, je dis ma gratitude.

Rachid Barnat

* L'enseignant aurait pu être le messager de dieu, disait le poète Ahmed Chawki.



**  Un immeuble délimité par 3 rues, dont l'actuelle rue de Tunis, avec une très belle terrasse avec vue panoramique sur 360 °, à une centaine de mètre de la plage. Et où je suis né.
Il est entrain de tomber en ruine faute de budget d'entretien de la part de ses occupants et de celui de ses propriétaires.

Le rez de chaussée fut durant quelques années le siège et la salle d'entraînement de l’équipe du "Club Athlétique Bizertin", le fameux CAB aux couleurs jaune et noir dont mon père était un fervent supporter, et pour cause : ils avaient en commun, le nationalisme.
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Juste en face il y avait une fabrique de "Boga Cidre" ... une boisson au goût unique !
Dommage qu'un si beau patrimoine, que ce soit à Bizerte ou à Tunis comme dans d'autres villes de Tunisie, tombe en ruine et disparaisse dans l'indifférence générale et plus particulièrement celle de l'Etat !
 

vendredi 8 septembre 2017

PEUT-ON CROIRE ENCORE Béji Caïd ESSEBSI ?

Article paru dans : Kapitalis

Quand Béji Caïd Essebsi dit au journaliste d'Essahafa : « On a fait une fausse évaluation et que l’alliance n’a pas permis de ramener Ennahdha au club des partis civils », de tels propos laisseraient entendre qu’il regrette son alliance avec les Frères musulmans et qu’il n’écarte pas l’idée d’y mettre un terme. Ce qui a permis à un membre du bureau politique de Nidaa Tounes d'avouer à Myriam Belkadhi à Tounsia-TV, qu'il n'a jamais cru aux déclarations de Ghannouchi que son parti ne fait pas parti des Frères musulmans, qu'il sait qu'Ennahdha est au service d'un agenda étranger et qu'il est toujours financé par le Qatar, laissant entendre que Nidaa Tounes fait semblant de croire les dénégations de Ghannouchi !

Que peut-on en penser ? Le fil est un peu gros ! Voilà qu’inévitablement des élections s’approchent (municipales et autres) et le vieux renard politique se dit que l’alliance qu’il a formée à l’époque, risque de lui coûter cher, à lui et à son parti. Il a de toute évidence entendu le procès en trahison qui lui a été fait par beaucoup de ses électeurs et notamment les femmes ; et il veut reprendre la main.

Il nous dit d’abord, et c’est sa justification depuis toujours, qu’il n’avait pas eu d’autres choix à l’époque ; puisque tout en étant en tête des suffrages, il avait dû composer et que d’autres partis « civils » comme il dit, n’avaient pas accepté. Les Tunisiens sont, en effet, bien conscients de l’incapacité de beaucoup de partis, incapables de voir autre chose que leurs petits intérêts immédiats, d’accepter des compromis dans l’intérêt général mais la thèse de Béji Caïd Essebsi n’en est pas moins contestable.

Face à ce refus d’alliance des partis « civils », la faute a été d’accepter l’alliance avec Ennahdha, une alliance contre nature, on ne le dira jamais assez ; puisque tout oppose ces deux formations en dehors, peut-être, du libéralisme échevelé ! Cette opposition est au-delà de la politique et de la gestion du pays. Elle est une opposition de civilisation et les tunisiens s’en rendent compte tous les jours.
Dans ces conditions, il se devait de refuser cet accord, de revenir devant les électeurs, d’être ferme sur les principes de son camp et, nul doute que les électeurs se seraient ressaisis. En tous cas la question fondamentale de l’avenir de ce pays aurait été posée clairement. 
Au lieu de quoi rien n’a été tranché, on s’est contenté de demi-mesures et l’on voit où l’on en est arrivé sur le plan sociétal avec une islamisation rampante de la société, des mosquées devenues tribunes politiques, les assassinats politiques de Chokri Belaïd  et de Mohamed Brahmi ne sont toujours pas élucidés (pourtant "vérité" qu'il doit aux tunisiens, affirmait le candidat Béji Caïd Essebsi), l’instrumentalisation de la religion toujours prégnante au niveau politique et rien n'est fait contre les financements étrangers et contre l’envoi de jihadiste sur les terrains de guerre. Un échec complet !

Alors peut-on vraiment croire que Béji Caïd Essebsi ait cru que Ennahdha allait s’améliorer, et devenir un parti comme les autres ? Il faudrait qu’il ait été bien naïf. Or c’est tout le contraire qu’a montré sa longue carrière politique. 
Non. Ce qu’il a cru, c’est qu’il pourrait dominer Ennahdha, et peut-être rééditer le "coup" de François Mitterrand qui a dominé, en son temps, le parti communiste français. 
Mais c’était oublier la force des partis islamistes qui usent de la tromperie, de la "taqiya" mais qui ne cèdent jamais et qui, ont le temps pour eux. Béji Caïd Essebsi ne peut ignorer cela, lui qui les a bien connus pour les avoir combattus sous Bourguiba.

Quoiqu’il en soit, il est maintenant impossible de lui faire confiance. Qui a trompé peut encore tromper ; et cela les tunisiens ne le supporteront plus.
D'ailleurs sa duplicité apparaît encore au grand jour lorsqu'aprés avoir dit qu'il s'était trompé sur Ennahdha, il approuve un gouvernement où non seulement ce parti reste mais gagne du pouvoir ! Certains l'ont interpellé sur cette contradiction : elle est le signe d'un nouveau mensonge.

Il faut absolument que d’autres politiques prennent la relève et décident clairement de ne plus accepter ces partis religieux qui, partout où ils ont été, n’ont fait que du mal aux pays. 
Il faut donc que de nouvelles alliances se fassent avec les progressistes et une Tunisie gouvernée clairement au centre gauche, ouverte sur l’Europe, tournant délibérément le dos à l’islamisme politique et au wahhabisme qui le fonde, est la seule solution pour sauver ce pays de la régression qui a déjà si fortement commencé.

Certains diront que cela est risqué et que ne pas voter pour Nidaa Tounes, risque de donner la majorité aux islamistes. Je n’y crois pas. Et à l’extrême, mieux vaut que les choses soient nettes plutôt que cet entre-deux qui ne mène à rien.

Rachid Barnat