mercredi 13 décembre 2017

La cause palestinienne : une tarte à la crème pour panislamistes & panarabistes !

Les dirigeants "arabes" ont formaté leurs peuples à la cause palestinienne qui leur sert d'exutoire à leurs propres frustrations !
Ce que les pan-islamistes et leurs pendant pan-arabistes, ont parfaitement bien compris; puisque par populisme, ils instrumentalisent aussi cette "noble" cause, comme ils instrumentalisent la religion et l'identité "arabe", pour arriver à leurs fins !
Et les Frères musulmans sont passés maîtres en la matière quand Aljazeera TV consacre des émissions entières pour faire pleurer dans les chaumière sur le sort des palestiniens, alors que leur sponsor l'émir du Qatar entretient de bons rapports avec les sionistes au pouvoir en Israël; et comble du cynisme, il investit dans l'immobilier des nouvelles colonies israéliennes en territoire palestinien occupé !
Non, à l'instrumentalisation de la cause palestinienne !!
R.B
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Ce pourquoi je ne suis pas « solidaire » de la Palestine

Non, je ne suis pas « solidaire » de la Palestine. Le mot solidaire est entre guillemets. Car il a deux sens. D’abord non à la « solidarité » sélective. Celle qui s’émeut du drame palestinien parce que se sont des Israéliens qui bombardent. Et qui, donc, réagit à cause de l’ethnie, de la race, de la religion et pas à cause de la douleur.

Celle qui ne s’émeut pas du M’zab, du Tibet ou de la Kabylie il y a des ans, du Soudan, des Syriens et des autres douleurs du monde, mais seulement de la « Palestine ». Non donc à la « solidarité » par conditionnement religieux et « nationaliste ». Cette « solidarité » qui nuit à la victime et au solidaire parce qu’elle piège la Palestine comme « cause arabe et musulmane », dédouanant le reste de l’humanité par appropriation abusive. La « solidarité » qui se juche sur l’histoire d’un peuple malmené et presque sans terre au nom de la haine de l’autre. Cette « solidarité » concomitante que le chroniqueur a vomi dans les écoles, les manuels scolaires, les chants et l’arabisme et l’unanimisme religieux.

Le drame palestinien a été « arabisé » et islamisé à outrance au point où maintenant le reste de l’humanité peut se sentir débarrassé du poids de cette peine. C’est une affaire « arabe » et de musulmans. Cette solidarité qui a transformé un drame de colonisation entre clashs de religions, de haines et d’antiques mythologies exclusives. Cette solidarité VIP que le chroniqueur ne veut pas endosser, ni faire sienne. Cette « solidarité » qui préfère s’indigner de la Palestine, mais de chez soi, et ne rien voir chez soi de la « palestinisation » du M’zab ou du Sud ou des autres territoires du monde. Cette solidarité au nom de l’Islam et de la haine du juif ou de l’autre. Cette solidarité facile et de « droit public » dans nos aires. Qui au lieu de penser à construire des pays forts, des nations puissantes pour être à même d’aider les autres, de peser dans le monde et dans ses décisions. Cette « solidarité » pleurnicharde et émotive qui vous accuse de regarder le mondial du Brésil au lieu de regarder Al Jazeera. Cette « solidarité » facile qui ferme les yeux sur le Hamas et sa nature pour crier à l’indignation, sur les divisons palestiniennes, sur leurs incapacités et leurs faiblesses au nom du respect aux « combattants ». Au nom de l’orthodoxie pro-palestinienne que l’on ne doit jamais penser ni interroger.

Non donc, je ne suis pas solidaire de cette « solidarité » qui vous vend la fin du monde et pas le début d’un monde, qui voit la solution dans l’extermination et pas dans l’humanité, qui vous parle de religion pas de dignité et de royaume céleste pas de terre vivante ensemencée.

Si je suis solidaire, c’est par une autre solidarité. Celle qui ne distingue pas le malheur et la douleur par l’étiquette de la race et de la confession. Aucune douleur n’est digne, plus qu’une autre, de la solidarité. Et solidarité n’est pas choix, mais élan total envers toutes et tous. Solidarité avec l’homme, partout, contre l’homme qui veut le tuer, le voler ou le spolier, partout. Solidarité avec la victime contre le bourreau parce qu’il est bourreau, pas parce qu’il est Israélien, Chinois ou Américain ou catholique ou musulman. Solidarité lucide aussi : que l’on cesse la jérémiade : le monde dit « arabe » est le poids mort du reste de l’humanité. Comment alors prétendre aider la Palestine avec des pays faibles, corrompus, ignorants, sans capitaux de savoir et de puissance, sans effet sur le monde, sans créateurs ni libertés ?

Comment peut-on se permettre la vanité de la « solidarité » alors qu’on n’est pas capable de joueur le jeu des démocraties : avoir des élus juifs « chez nous », comme il y a des élus arabes « chez eux », présenter des condoléances pour leurs morts alors que des Israéliens présentent des condoléances pour le jeune Palestiniens brûlé vif, se dire sensible aux enfants morts alors qu’on n’est même pas sensible à l’humanité. Je suis pour l’autre solidarité : celle totale et entière et indivise. Celle qui fait assumer, par votre dignité, au reste du monde, sa responsabilité envers une question de colonisation, pas de croyances. Celle qui vous rehausse comme interlocuteur, négociateur et vis-à-vis. Celle qui vous impose la lucidité quant à vos moyens et votre poids, à distinguer votre émotion de vos élans. Celle qui commence par soi, les siens pour justement mieux aider l’autre, partout, dans sa différence comme dans sa communauté. La solidarité avec le chrétien pourchassé en Irak et en Syrie, des musulmans de Birmanie, des habitants de l’Amazonie ou du jeune encore emprisonné à Oum El Bouaghi pour un casse-croûte durant un ramadan.

Les images qui viennent de Gaza sont terribles. Mais elles le sont depuis un demi-siècle. Et nos indignations sont encore aussi futiles et aussi myopes et aussi mauvaises. Et nos lucidités et nos humanités sont aussi rares et mal vues. Il y a donc quelque chose à changer et à assumer et à s’avouer. La « solidarité » n’est pas la solidarité.

Ce que fait Israël contre Gaza est un crime abject. Mais nos « solidarités » sont un autre qui tue le Palestinien dans le dos.


Que les amateurs des lapidations se lèvent donc : c’est la preuve que mis à part les jets de cailloux, ils ne savent rien faire d’autre.

Le paradoxe des musulmans

kamel-daoud

La mauvaise foi absolue des musulmans

Dans les pays où ils sont minoritaires, les musulmans sont obsédés par les droits des minorités. Dans les pays où ils sont majoritaires, les minorités n’ont plus aucun droit.

Résumons pour les esprits faibles : 

L'insulte à L’islam est punie par la loi chez les musulmans. 
Si un Occidental le fait, au mieux, il est emprisonné, au pire, il est décapité.
Mais l'insulte à la chrétienté, à la judaïté, au bouddhisme ou à l’animisme, c’est courant chez les musulmans. C'est même halal (licite), cela se fait chaque vendredi dans les mosquées, dans les livres, dans les médias et dans les cafés.

Interdire un minaret en Europe est signe d’islamophobie. 
Mais interdire la construction d’une église, d’une synagogue ou d’un temple n’est pas un délit ni du racisme. On peut même les brûler, les détruire ou empêcher leur restauration, comme l’ont fait les conquérants. C'est halal.

Évoquer les origines, l’accent, le mouton de l’Aïd : c’est signe d'intolérance, de rejet de l'autre. C'est du racisme. Et c’est puni par la loi en Europe. Le musulman a le droit de porter le voile, le kamis et la barbe. C'est permis, cela fait partie des libertés dont il jouit en Europe.
Alors qu'un chrétien (ou un bouddhiste), n’osera jamais porter la soutane dans nos villages, dans nos quartiers populaires, dans nos espaces publics. Il sera lynché ou accusé de prosélytisme. Il sera arrêté par la police, présenté aux juges et incarcéré. Puis expulsé. 

Fêter noël c’est haram (illicite). Donc interdit. C'est un signe de colonisé et d’assimilé quand c’est fêté chez nous. Mais fêter l’Aïd en Europe et égorger les moutons, est un droit. Le droit de célébrer les fêtes du calendrier musulman, dans le cadre de la démocratie.

Dénoncer l’islamophobie est à encourager, c’est légitime et cela est de bonne guerre. 
Mais écrire tout ce qui précède, est signe que vous êtes pro-occidental, pro-juif, contre l’Islam, contre Allah, contre la Palestine et contre la nation "arabe". Bref, vous voulez plaire aux chrétiens, aux juifs et vous faire distinguer.

Attendre un mois pour un visa est la preuve que l’Europe se referme et interdit la libre circulation. Mais attendre trois mois pour un visa vers l’Algérie, est une chose admissible et qu’on n’a pas à dénoncer.

Se voir interdire le port de la burqa ou du voile, est signe d’intolérance en Europe mais il est naturel de se voir interdire un prénom occidental, une croix ostentatoire à l’entrée d’une mairie ou une calotte chez nous. Et ne parlons pas de la Kippa.

Et la liste est longue !

Un certain ethnocentrisme a habitué une certaine élite chez les musulmans, à la commodité du point aveugle. Il est facile, voir confortable et plaisant d’accuser l’Occident et le reste de l’humanité de nos défauts. Nos névroses on s’en accommode et on ne les dénonce pas chez nous. 
Nous demandons à partager le statut de l’humanité mais nous refusons de l’admettre comme valeur universelle chez soi.

Nous voulons que le reste de l’humanité accepte nos différences mais nous n’acceptons pas celles des autres peuples.

D’ailleurs écrire ce qui précède est gênant pour certains. Parce que c’est faire le jeu des extrêmes droites en Occident et c’est être naïf. L’excuse est une excuse pour le silence complice des crimes des siens. Alors on ne parle pas. On ne dénonce pas une injustice chez soi pour ne pas aider l’injustice ailleurs. Et c’est un faux calcul et une immoralité.

Pourquoi en parler maintenant ? Parce qu’il est devenu lassant de lire certains écrits dans nos journaux, entendre certains avis, suivre certains débats; et parce que c’est immoral de ne pas dénoncer; et parce que c’est lassant cette hypocrisie et cette complicité. 
Et parce que c’est plus utile de dénoncer les points aveugles, cause de cécité chez beaucoup de musulmans.

mardi 12 décembre 2017

Le soufisme fait peur au wahhabisme

Le soufisme est né au fin fond de l’Afghanistan après l'arrivée de l'islam dans ces contrées d'hindouisme et de bouddhisme dont la sagesse millénaire a fécondé cette nouvelle religion. Ainsi le soufisme a apporté à l'islam la notion de compassion qui lui manquait et que l'on trouve dans le bouddhisme : l'amour et le respect des bêtes et de toutes les créatures. Ce qui se traduit par la tolérance des hommes pour autrui qu'il soit : homme, chien, chat, oiseau ...
Par la dialectique et la philosophie grecque, le soufisme sera par la suite un trait d'union entre les 3 religions monothéistes. C'est pourquoi il est devenu l'ennemi juré des wahhabites qui réfutent la philosophie * ! Si les wahhabis font la guerre au soufisme c'est qu'il est totalement à l'opposé du wahhabisme ! D'ailleurs, les tunisiens se souviennent du vandalisme perpétré par les Frères musulmans contre les mausolées de leurs saints : Sidi Bou Saïd, Lella Mannoubia ... ces mystiques soufis ; dans l'espoir de les effacer de leur mémoire collective pour leur vendre le wahhabisme qui fonde leur action politique !

R.B
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Pourquoi les jihadistes s’attaquent aux musulmans soufis

Depuis des années, les symboles et lieux saints de différentes confréries soufies, du Pakistan à l’Egypte en passant par le Mali, sont la cible d’extrémistes religieux.

L’attaque qui a fait plus de 300 morts dans une mosquée soufie lors de la prière du vendredi, le 24 novembre dans le Sinaï, a soulevé de nombreuses questions sur ce courant mystique de l’islam. Si la tuerie n’a pas été revendiquée, les experts soupçonnent l’organisation Etat islamique (EI) d’en être l’auteur.

Depuis plus d’un an, la communauté soufie est dans le viseur de la branche locale de l’EI dans cette région d’Egypte en proie aux violences. Mais pas seulement. Les groupes djihadistes ont multiplié ces dernières années les attaques contre les sanctuaires et les adeptes des ordres soufis au Pakistan, en Afghanistan, en Syrie mais aussi en Afrique, où le courant est largement répandu.
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Qu’est-ce que le soufisme ?

Le soufisme, en arabe tasawuf (« initiation »)est une démarche spirituelle considérée comme ésotérique au sein de l’islam, dans laquelle les fidèles cherchent à atteindre la fusion avec Dieu. « C’est d’abord de l’introspection. On ne laisse aucune place à l’ego, le nafs », explique Eric Geoffroy, islamologue et spécialiste du soufisme. Apparue dès l’aube de l’islam, puis structurée en tariqa (confréries) à partir du XIe siècle par des maîtres spirituels (cheikh), la voie soufie s’est propagée dans l’ensemble du monde musulman, d’Asie centrale au Maghreb, en passant par l’Inde, la Turquie et le continent africain. Selon les pays et les cultures, les adeptes du courant, rassemblés dans des zaouia (édifices religieux), pratiquent des séances de récitation (dhikr), des cercles de prière, des chants (sama’a) et des danses (hadra) afin d’accéder à un état supérieur et cheminer vers Dieu. Parmi ces rites, la fête du Mawlidqui commémore la naissance du prophète Mahomet, est l’une des plus importantes chez les soufis.

Considéré comme un courant quiétiste, discret et initialement apolitique – certaines grandes confréries se sont politisées au fil du temps –, le soufisme est difficilement chiffrable. Et même s’ils ne sont pas membres des confréries, beaucoup de musulmans sont toutefois très imprégnés de la culture soufie, qui prend des formes très diverses.

En Afrique, où le soufisme s’est-il implanté ?

Les confréries soufies ont connu un développement important dans l’ensemble de l’Afrique islamisée : en Egypte, au Maghreb et dans l’Afrique soudano-sahélienne. « Au Sénégal, au nord du Nigeria ainsi que dans des pays d’Afrique de l’Est comme le Soudan, la Somalie, l’Ethiopie et le Kenya, le soufisme est structuré avec des confréries plus ou moins puissantes, affirme Jean-Louis Triaud, historien de l’islam en Afrique. Dans le reste de l’Afrique subsaharienne, ce sont davantage des communautés et des associations autour de l’imam de la mosquée. »
Deux confréries puissantes ont participé au rayonnement du soufisme sur le continent : la Qadiriyya, née à Bagdad au XIe siècle et diffusée à travers le Sahara jusqu’au Mali, et, à partir du XVIIIe siècle, la Tijaniyya. Cette dernière, prosélyte, s’étend du Maghreb au Soudan. Très courtisée par les politiques, la confrérie tijane a un poids considérable au Sénégal, où le soufisme a créé « un Etat dans l’Etat », précise M. Triaud. Mais c’est à Fès que réside le tombeau de son fondateur, Ahmed Tijani. Devenu un lieu de pèlerinage très fréquenté par les fidèles subsahariens, le Maroc voit le soufisme comme un enjeu symbolique pour la diplomatie spirituelle sur le continent et de la lutte contre le fanatisme.

Quelles autres attaques ont visé les soufis en Afrique ?

En 2012, les membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) ont détruit les mausolées de saints musulmans à Tombouctou. Surnommée la Cité des 333 saints, la ville malienne est un grand centre intellectuel de l’islam. Ses dizaines de milliers de manuscrits, dont certains remontaient au XIIe siècle, et d’autres de l’ère pré-islamique, ont également été détruits.

Moins médiatisées, d’autres attaques ont visé l’Afrique de l’Est. En Somalie, les islamistes somaliens Chabab ont anéanti de nombreux mausolées de mystiques soufis dont la mémoire était vénérée par les populations locales.

Pourquoi les jihadistes s’en prennent-ils aux soufis ?

Le soufisme, réputé pour sa pratique tolérante de l’islam, est traditionnellement opposé aux courants littéralistes. « Le modèle de l’idéologie extrémiste, essentiellement wahhabite, est une forme de mondialisation de la religion. Les extrémistes ont les mêmes comportements, les mêmes costumes : ils portent la barbe, le voile, etc. Tout cela doit être formaté car ils considèrent que l’islam est le même partout. Or le soufisme s’adapte à chaque lieu, chaque culture, chaque temps aussi. Il n’est pas figé, contrairement à l’idéologie littéraliste, qui a l’obsession de vivre comme à l’époque du prophète », analyse l’anthropologue marocain Faouzi Skali, l’un des plus grands spécialistes du soufisme.

Attachés à une lecture littérale du Coran, les tenants de l’islam radical voient dans les enseignements soufis des dérives idolâtres. Leurs rituels pour se rapprocher de Dieu, y compris la fête du Mawlid, sont perçus par les extrémistes comme des « innovations » (bida’a) hérétiques. « La haine s’est sans doute cristallisée à un moment historique : l’arrivée du wahhabisme au XVIIIe siècle, qui a fini par donner une lecture de l’islam littéraliste et exclusiviste. On parle de salafisme, de jihadisme, mais les racines ne sont rien d’autre que le wahhabismeCe littéralisme exacerbé a fini par donner lieu à une idéologie takfiriste”, c’est-à-dire que tous ceux qui ne sont pas sur cette ligne sont considérés comme en dehors de l’islam. »

Si le conflit idéologique remonte à plusieurs siècles, les attaques contre les adeptes du soufisme et leurs symboles ont particulièrement marqué ces dernières années. « Le wahhabisme était relativement limité, mais le pacte de Quincy signé entre Franklin D. Roosevelt et le roi Ibn Saoud en 1945, garantissant la protection de l’Arabie saoudite, a permis au wahhabisme de s’étendre, y compris en Afrique, qui avait connu jusqu’alors un islam pacifique à travers les confréries soufies. Au final, on se retrouve dans une sorte de guerre contre l’héritage de l’islam traditionnel lui-même. On dit que les musulmans sont les premières victimes du terrorisme, mais pas seulement sous forme d’attentats : c’est une guerre idéologique qui frappe la religion en son cœur », regrette M. Skali.

Le contexte local joue-t-il un rôle ?

Au-delà du combat religieux, les attaques contre les soufis sont liées à des enjeux politiques et économiques propres à chaque pays. Dans le Sinaï, la confrérie Jarirya, qui a été visée par l’attaque du 24 novembre, est reconnue par le Conseil supérieur des ordres soufis d’Egypte. « C’est le seul pays qui dispose d’un conseil de ce type, étroitement lié au pouvoir égyptien. Donc, en touchant les soufis, ils touchent le pouvoir central », explique Eric Geoffroy.

Quant au Mali, où la France intervient militairement depuis 2013, des experts interprètent la démolition des symboles soufis comme une volonté de mener une guerre contre l’Occident, alors que celui-ci s’appuie sur certaines confréries pour lutter contre l’islam radical. « Dans ces pays, les soufis sont parfois vus comme des agents des pouvoirs occidentaux qui sont là pour détruire l’islam », reconnaît M. Geoffroy. La destruction des trésors de Tombouctou, autrefois détenus par les grandes familles de la ville, aurait permis aux jihadistes d’asseoir leur pouvoir. « Les soufis sont la cible la plus facile car, une fois que les confréries sont battues, c’est beaucoup plus facile d’exercer le contrôle. En Somalie, par exemple, quand les Chabab s’emparent d’une zone, ils détruisent les lieux de culte, changent la façon dont les écoles coraniques fonctionnent, obligent les récitations du Coran sur le mode saoudien [wahabite] et arrêtent toutes les célébrations soufies », indique Roland Marchal, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po.

Les attaques restent ainsi fortement liées aux rapports de forces locaux. « Tout dépend du contexte, s’il y a une élection en cours par exemple. Il y a aussi une dimension économique : au Sénégal, on sait que la confrérie soufie des mourides cherche à étendre sa puissance économique. Donc, même si la grande tendance revient à opposer soufisme et wahabbisme, c’est beaucoup plus complexe que cela », conclut l’historien Jean-Louis Triaud.

Au Maroc, un manuel scolaire affirme que la philosophie est "contraire à l'islam". 




dimanche 10 décembre 2017

Chanson des escargots qui vont à l'enterrement

de Jacques Prévert, texte dit par Jean Reno, parrain des filles de Johnny Halliday, en hommage à leur père en l'église la Madeleine à Paris.


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A l’enterrement d’une feuille morte
Deux escargots s’en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s’en vont dans le noir
Un très beau soir d’automne
Hélas quand ils arrivent
C’est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes ressuscitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés
Mais voilà le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez prenez la peine
La peine de vous asseoir
Prenez un verre de bière
Si le coeur vous en dit
Prenez si ça vous plaît
L’autocar pour Paris
Il partira ce soir
Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
C’est moi qui vous le dis
Ça noircit le blanc de l’oeil
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C’est triste et pas joli
Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Se mettent à chanter
A chanter à tue-tête
La vraie chanson vivante
La chanson de l’été
Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C’est un très joli soir
Un joli soir d’été
Et les deux escargots
S’en retournent chez eux
Ils s’en vont très émus
Ils s’en vont très heureux
Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un petit peu
Mais là-haut dans le ciel
La lune veille sur eux.

jeudi 7 décembre 2017

Hommage du président Macron à d'Ormesson

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Jean d'Ormesson, ou la conversation perpétuelle
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Un jeune parti à 92 ans
Le chef de l'État évoque ses rencontres avec l'écrivain et voit en lui le représentant d'une haute tradition de civilité littéraire.
Longtemps, l'art littéraire fut indissociable de cet autre art dont la France se voulait championne : l'art de la conversation. De merveilleuses pages ont été écrites sur ce qui fut le creuset de la sociabilité, de la pensée, de la poésie et des arts non seulement en France, mais dans cette Europe qui, pour reprendre les mots de Marc Fumaroli, parlait français.
Rencontrer Jean d'Ormesson, c'était constater soudain que cet art n'avait pas disparu. Que la conversation pouvait, par mille détours, être une fête de l'esprit, un moment détaché de toutes les contingences et voué uniquement au plaisir de l'intelligence, soutenue dans le cas de Jean par une érudition joviale et un inépuisable goût de la vie. Je me souviens de celle que j'eus avec lui en mai 2016, où il se passionnait pour l'avenir de la France, et se disait « solidaire de tout, de Clovis à la Convention nationale ».

Tous les Français se souviennent de sa conversation avec François Mitterrand en septembre 1992. Ces deux bretteurs démontrèrent que la politique est belle lorsque le verbe y est fin et tranchant comme une lame. Lorsque j'eus le bonheur de faire la connaissance de Jean d'Ormesson, j'eus le sentiment, par ce que cette conversation avait de délicieusement daté et d'intemporel à la fois, que s'invitaient dans notre dialogue les ombres de Mme du Deffand, de Sainte-Beuve, de Cocteau et de Paul Morand, et qu'enfin toute la lignée littéraire française se trouvait comme concentrée dans cette façon de « frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui » dont parlait déjà Montaigne. Je renouais le fil de ces conversations dès que cela m'était possible, et l'enchantement ne s'en est jamais dissipé.
Il serait sans doute injuste de réduire Jean d'Ormesson à sa parole, que les esprits chagrins auraient vite fait de ranger parmi les artifices mondains. C'est comme écrivain que j'ai d'abord appris à l'aimer.
Mais précisément, ses plus grands livres - en tout cas ceux que je préfère - ne sont rien d'autre qu'une vaste conversation ; un propos à bâtons rompus avec des interlocuteurs imaginaires (et avant tout avec son lecteur muet !) qui entrelace tous les grands sujets dont se tisse notre humble existence, sans s'appesantir jamais, sans même avoir l'air d'y toucher, s'excusant d'être parfois grave, passant d'une profondeur volontiers mélancolique à l'éclat de rire salvateur.
Ce n'est pas une écriture que l'on découvre en lisant Jean d'Ormesson, c'est une voix, et c'est même un œil. C'est pourquoi tant de lecteurs furent si passionnés par ses livres : il y donne toujours le sentiment de vous convier à une conversation nonchalante, et cependant aiguisée, qui vous rend plus intelligent, meilleur, et surtout plus heureux.

On ne saurait ignorer le travail que requiert un tel art littéraire. Lui qui se reprochait sans cesse sa paresse fut un artisan infatigable des lettres. Lui qui aimait tant les classiques avait contribué, de manière plus novatrice qu'on ne le dit généralement, à faire éclater les cadres du roman, de La Gloire de l'Empire au Rapport Gabriel. Il est au fond l'inventeur d'un genre inédit dans les lettres françaises, le récit personnel et métaphysique, aussi éloigné du roman social que de l'introspection.
Il fallait bien du talent pour nous mener sans nous perdre dans les méandres de récits où le commentaire d'actualité côtoyait le souvenir intime, où Proust rencontrait Trinh Xuan Thuan, où les peines de cœur infligées par « Marie » étaient guéries par une lecture de Chateaubriand, à moins que ce ne soit par un bain de mer. Tout un paysage personnel s'est ainsi mis en place au fil des années, où nous aimions périodiquement à nous replonger, certains d'y être menés par la main amicale de notre passeur et assurés d'en sortir affermis dans notre goût de la vie et notre conscience de mortels. Dieu s'invitait souvent dans ce paysage, présence incertaine et évidente, qui avait tout organisé y compris son absence.

Cette dispute permanente entre le rire et les larmes, entre la légèreté et la gravité, entre l'érudition et l'insouciance, entre celui qui croyait et celui qui ne croyait pas est le sel même de la culture française. Jean d'Ormesson en était la quintessence. Il nous a enseigné, dans un siècle à bien des égards tragique, que la liberté et le bonheur restent à portée de main, et que la littérature en est le meilleur viatique.

Il avait pu - avec d’autres ! - me reprocher pendant la campagne présidentielle une phrase où, avec André Chastel, je disais de la culture française qu'elle ne se laisse point enfermer, mais qu'elle « filtre, reçoit, tamise », et à ce titre n'est pas « une » ; phrase dont on avait tiré argument pour m'accuser d'en nier jusqu'à l'existence. Mais il savait mieux que d'autres mon amour de la culture française, ce vaste fleuve si riche d'affluents où, esprit libre entre tous, il aimait à se baigner. Cette culture toujours en mouvement, coruscante, était la matière même de cette conversation perpétuelle que nous avions avec lui et ses livres.

Cette conversation semble interrompue mais, tendant l'oreille, on l'entend murmurer dans les livres qui peuplent notre bibliothèque ; en vérité, elle ne fait que commencer.

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Ce vendredi 8 décembre, la nation a rendu hommage à l'académicien disparu à l'âge de 92 ans. Après la célébration en son honneur à la cathédrale Saint-Louis des Invalides, le président de la République a présidé la cérémonie au cours de laquelle il a livré un discours brillant.
C'est dans la cour d'honneur des Invalides qu'Emmanuel Macron s'est adressé une dernière fois à Jean d'Ormesson. Dans un discours intense et poignant, le président a salué l'intelligence, le talent et la légèreté de l'écrivain qui le définissait si bien. Au terme de son discours, il est allé déposer sur le cercueil de l'académicien un crayon à papier, « un simple crayon, le crayon des enchantements », comme le souhaitait Jean d'Ormesson. Retrouvez ici l'intégralité de son discours.

« Messieurs les présidents, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mesdames et Messieurs les académiciens, Mesdames et Messieurs les membres du corps préfectoral, Mesdames et Messieurs les membres du corps diplomatique, chère Françoise d'Ormesspn, chère Héloïse d'Ormesson, chers membres de la famille, chère Marie-Sarah, Mesdames et Messieurs.

« Si claire est l'eau de ces bassins, qu'il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur ». Ces mots sont ceux qu'André Gide écrit dans son Journal à propos de la Bruyère.

Ils conviennent particulièrement à Jean d'Ormesson.

Car plus qu'aucun autre il aima la clarté. Celle des eaux de la Méditerranée, dont il raffolait, celle du ciel d'Italie, celle des maisons blanches de Simi, cette île secrète des écrivains. Celle des pentes enneigées et éclatantes où il aimait à skier, comme celles des criques de la côte turque, inondées de soleil.

Ne fut-il pas lui-même un être de clarté ?

Il n'était pas un lieu, pas une discussion, pas une circonstance, que sa présence n'illuminât. Il semblait fait pour donner aux mélancoliques le goût de vivre et aux pessimistes celui de l'avenir.

Il était trop conscient des ruses de l'Histoire pour se navrer des temps présents, et sa conversation, elle-même, était si étincelante qu'elle nous consolait de tout ce que la vie, parfois, peut avoir d'amer.

Jean d'Ormesson fut ainsi cet homme entouré d'amis, de camarades, offrant son amitié et son admiration avec enthousiasme, sans mesquinerie. Ce fut un égoïste passionné par les autres. Sans doute son bréviaire secret, était-il Les Copains de Jules Romains, auquel il avait succédé à l'Académie française. Berl, Caillois, Hersch, Mohrt, Déon, Marceau, Rheims, Sureau, Rouart, Deniau, Fumaroli, Nourissier, Orsenna, Lambron ou Baer… je ne peux les citer tous, mais cette cohorte d'amis, ce furent des vacances, des poèmes récités, de la liberté partagée.

Pour ceux qu'il accompagna jusqu'au terme ultime, sa présence et sa parole furent des baumes incomparables. Comme son cher Chateaubriand le disait de Rancé, « on croyait ne pouvoir bien mourir qu'entre ses mains, comme d'autres y avaient voulu vivre ».

Cette grâce lumineuse, contagieuse, a conquis ses lecteurs qui voyaient en lui un antidote à la grisaille des jours. Paul Morand disait de lui qu'il était un « gracieux dévorant », rendant la vie intéressante à qui le croisait. C'est cette clarté qui d'abord nous manquera, et qui déjà nous manque en ce jour froid de décembre.

Jean d'Ormesson fut ce long été, auquel, pendant des décennies, nous sommes chauffés avec gourmandise et gratitude. Cet été fut trop court, et déjà quelque chose en nous est assombri.

Mais celui que l'on voyait caracoler, doué comme il l'était pour l'existence et le plaisir, n'était pas le ludion auquel quelques esprits chagrins tentèrent, d'ailleurs en vain, de le réduire.

La France est ce pays complexe où la gaieté, la quête du bonheur, l'allégresse, qui furent un temps les atours de notre génie national, furent un jour, on ne sait quand, comme frappés d'indignité. On y vit le signe d'une absence condamnable de sérieux ou d'une légèreté forcément coupable. Jean d'Ormesson était de ceux qui nous rappelaient que la légèreté n'est pas le contraire de la profondeur, mais de la lourdeur.

Comme le disait Nietzsche de ces Grecs anciens, parmi lesquels Jean d'Ormesson eût rêvé de vivre, il était « superficiel par profondeur ».

Lorsqu'on a reçu en partage les facilités de la lignée, du talent, du charme, on ne devient normalement pas écrivain, on ne se veut pas à toute force écrivain, sans quelques failles, sans quelques intranquillités secrètes et fécondes.

« J’écris parce que quelque chose ne va pas » disait-il, et lorsqu'on lui demandait quoi, il répondait : « Je ne sais pas ». Ou, plus évasivement encore : « Je ne m'en souviens plus. » Telle était son élégance dans l'inquiétude.

Et c'est là que l'eau claire du bassin soudain se trouble. C'est là que l'exquise transparence laisse paraître des ombres au fond du bleu cobalt. Un jour vint où Jean-qui-rit admit la présence tenaillante, irréfragable, d'un manque, d'une fêlure, et c'est alors qu'il devint écrivain.

Ses yeux aujourd'hui se sont fermés, le rire s'est tu, et nous voici, cher Jean, face à vous. C'est-à-dire face à vos livres. Tous ceux que vous aviez égarés par vos diversions, que vous aviez accablés de votre modestie, tous ceux à qui vous aviez assuré que vous ne dureriez pas plus qu'un déjeuner de soleil, sont face à cette évidence, dont beaucoup déjà avaient conscience, se repassant le mot comme un secret.

Cette évidence, c'est votre œuvre. Je ne dis pas : vos livres, je ne dis pas : vos romans. Je dis : votre œuvre. Car ce que vous avez construit avec la nonchalance de qui semble ne pas y tenir, se tient devant nous, avec la force d'un édifice où tout est voulu et pensé, où l'on reconnaît à chaque page ce que les historiens de l'art appellent une palette, c'est-à-dire cette riche variété de couleurs que seule la singularité d'un regard unit.

La clarté était trompeuse, elle était un miroir où l'on se leurre, et le temps est venu pour vous de faire mentir votre cher Toulet. « Que mon linceul au moins me serve de mystère », écrivait-il. Votre linceul, lui, désormais vous révèle.

Nous devrons, pour vous entendre, à présent tendre l'oreille, et derrière les accords majeurs nous entendrons, comme chez Mozart, la nuance si profonde des accords mineurs.

Ce que votre politesse et votre pudeur tentaient de nous cacher, vous l'aviez mis dans vos livres. Et ce sont les demi-teintes, le « sfumato » subtil, qui vont à présent colorer la surface claire. Ce sont ces mille couleurs qui flottent comme sur de la « moire » précisément, dont Cocteau parlait en essayant de qualifier les blancs de Cézanne. Nous ne vous découvrirons ni triste, ni sombre, mais derrière votre ardeur nous saurons voir une fièvre, derrière vos plaisirs une insatisfaction, et derrière votre bonheur quelque chose d'éperdu, de haletant, qui nous touche en plein cœur.

Nous entrerons dans le secret de cette âme qui s'est si longtemps prétendue incrédule pour comprendre qu'elle ne cessa d'embrasser le monde avec une ferveur mystique, débusquant partout, au cœur de son ordre improbable et évident, ce Dieu, au fond si mal caché, dont vous espériez et redoutiez la présence et qui, peut-être, dans quelque empyrée, vous fit enfin : « La fête continue. »

Vous ne nous aviez pas si bien trompés, il est vrai. Nous savons que votre conversation la plus personnelle était réservée à ces écrivains que fascinèrent les mystères du monde, et d'abord l'insondable mystère du temps. Cheminer avec Saint-Augustin, Chateaubriand, Proust, c'est n'être point dupe des arcanes de la vie. S'entretenir par-delà la mort avec Caillois, Berl, ou votre père, c'est frayer dans des contrées parfois austères où vous alliez nourrir la force de vos livres. C'est dans ces confrontations intimes que vous alliez puiser cette énergie incomparable. Contrairement à Chateaubriand, encore lui, qui se désespérait de durer, vous avez cru qu'en plongeant au cœur des abîmes de la vie vous trouveriez la matière revigorante et universelle de livres où chacun reconnaîtrait sa condition, où chacun se consolerait de ses contradictions.

Et pour cela vous avez inventé, presque sans la chercher, cette forme nouvelle tenant de l'essai, de l'entretien, de la confession et du récit, une conversation tantôt profonde, tantôt légère, un art libertin et métaphysique. C'est ainsi que vous avez noué avec les Français, et avec vos lecteurs dans tant de pays, une relation particulière, une proximité en humanité qui n'était qu'à vous.

Le courage de l'absolu dans la politesse d'un sourire.

C'est cela votre œuvre, elle vous lie à Montaigne, à Diderot, à La Fontaine et Chateaubriand, à Pascal et Proust, elle vous lie à la France, à ce que la France a de plus beau et de plus durable : sa littérature.

C'est le moment de dire, comme Mireille à l'enterrement de Verlaine : « Regarde, tous tes amis sont là. » Oui, nous sommes là, divers par l'âge, par la condition, par le métier, par les opinions politiques, et pourtant profondément unis par ce qui est l'essence même de la France : l'amour de la littérature et l'amitié pour les écrivains. Et ce grand mouvement qu'a provoqué votre mort, cette masse d'émotion, derrière nous, derrière ces murs, autour de nous et dans le pays tout entier, n'a pas d'autres causes. À travers vous la France rend hommage à ce que Rinaldi appelait « la seule chose sérieuse en France, si l'on raisonne à l'échelle des siècles ».

Évoquant, dans un livre d'entretien, votre enterrement, vous aviez écrit : « À l'enterrement de Malraux, on avait mis un chat près du cercueil, à celui de Defferre c'était un chapeau, moi je voudrais un crayon, un crayon à papier, les mêmes que dans notre enfance. Ni épée, ni Légion d'honneur, un simple crayon à papier. »
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Nous vous demandons pardon, Monsieur, de ne pas vous avoir tout à fait écouté, pardon pour cette pompe qui n'ajoute rien à votre gloire. Avec un sourire auriez-vous pu dire peut-être que nous cherchions là à vous attraper par la vanité et peut-être même que cela pourrait marcher.

Non, cette cérémonie, Monsieur, nous permet de manifester notre reconnaissance et donc nous rassure un peu. Du moins puis-je, au nom de tous, vous rester fidèle en déposant sur votre cercueil ce que vous allez et ce que vous aviez voulu y voir, un crayon, un simple crayon, le crayon des enchantements, qu'il soit aujourd'hui celui de notre immense gratitude et celui du souvenir.


Je vous remercie.