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mardi 26 janvier 2021

COLONISATION & REPENTANCE ...

Article paru dans : Agoravox

La première libération du colonisé doit être sa libération du regard du colon !
Ce que les complexés de l'Histoire, n'ont toujours pas fait. Et ce qui en fait des colonisés encore dans leur tête, comme les Frères musulmans et leurs larbins arabistes !!

Si la Tunisie s'est réconciliée avec son histoire coloniale et ce, depuis son indépendance; c'est grâce à l'intelligence de Bourguiba qui a incité les Tunisiens à connaître leur histoire non pour ressasser leur rancœur et leur haine de la France mais pour changer ce qui fut à l'origine de leur colonisation par les Français pour ne pas revivre de nouvelles colonisations; car comme le dit si bien ce grand féru d'histoire : " Si la Tunisie a été colonisée, c'est que son peuple était colonisable " ! Les civilisations s'effondrent et pour renaître elles ont besoin d'un choc.

Bourguiba reconnaît les bienfaits secondaires du traumatisme colonial, qui constitue ce choc.

Bourguiba n'a aucune gêne à reconnaître qu’avant la France, la Tunisie était une sorte d’espace vide, sans réalité et sans âme, car quand il y a une place vide, l’histoire est là pour nous dire que la puissance supérieure et voisine s’empresse de l’occuper.

Bourguiba reconnaît que ce travail historique a incombé à La France : " Les Français nous ont fait renaître contre eux, par opposition, par réaction. Nous avons pris d’eux le meilleur pour lutter contre la France. Maintenant le travail est fait, il faut que vous partiez. Je le dis sans haine, malgré les traitements que j’ai subis en prison. Après tout, s’il fallait un choc pour nous faire revivre, autant que le choc soit venu de la France. De ses militaires mais aussi de ses instituteurs. "

Or un peuple inculte, non instruit, pratiquant un obscurantisme sacré, est une proie facile pour tout colonisateur !

D'où le désir réel de Bourguiba d'instruire et de cultiver les Tunisiens, pour lesquels il avait consacré plus de 30 % du budget de l'Etat pour l'Education Nationale, chose exceptionnelle dans le monde dit "arabe" !

Et dans ses nombreux discours, pédagogue, il a toujours fait en sorte que le Tunisien ne développe pas de complexe vis à vis des Français. Il voulait l'élever à leur niveau par le savoir et la culture, tout en n'oubliant pas son histoire pour ne pas la revivre.

Et pour que les choses soient claires pour les Tunisiens, il n'a cessé de leur rappeler qu'il ne faut pas confondre la France avec ses gouvernants. La France pays des Lumières, ne peut être confondue avec un gouvernement qui a oublié ses valeurs universelles.

Et pour donner l'exemple, il redisait régulièrement son amitié pour la France et son amour pour sa culture.

Kateb Yassine disait que la langue française est un butin de guerre pour les Algériens; et comme lui, Bourguiba a considéré la langue et la culture française comme un acquis qu'il faut exploiter et développer sans complexe car elles donnent accès au savoir, à la médecine, aux sciences et aux technologies modernes !

Ainsi il a voulu que les petits Tunisiens soient bilingues, considérant que la culture française est un enrichissement pour eux !

Alors que l'Algérie depuis son indépendance, ses dirigeant du FLN ont cultivé la haine de la France et n'ont toujours pas digéré l'époque coloniale; puisqu'ils ont même transmis cette haine en l'inculquant aux petits algériens via le programme scolaire et les médias nationaux; faisant de leurs jeunes nés après l'indépendance, des gens aigris qui sont toujours colonisés dans leurs têtes; développant des complexes vis à vis de la France et des Français qui n'ont pas de raison d'être, plus de 60 ans après l'indépendance de leur pays !

Ce qui faisait dire à Emmanuel Macron interpellé par un jeune algérien sur les crimes de la France : " Qu'est-ce que vous m'embrouillez. Quel âge avez-vous ? Vous n'avez pas connu cette époque !"; et de rajouter à l'intention du pouvoir en place qui fait de la colonisation son fonds de commerce : " La France a installé les Droits de l’Homme en Algérie, simplement elle a oublié de les lire ! ".

Mais malheureusement, depuis la fumeuse révolution, les complexés de l'histoire qui n'ont toujours pas digéré leur histoire, veulent transmettre leur haine et leurs rancœurs aux Tunisiens dont la relation pacifiée avec la France a permis à leur pays d'avancer et de se moderniser.

Ces panislamistes et leurs pendants panarabistes, veulent inculquer leurs complexes aux Tunisiens, comme le fait le FLN avec les Algériens; à dessein, parce qu'ils n'ont pas de programme pour leur pays, sinon ruminer le passé colonial et le ressasser à l'envi, pour imputer tous leurs échecs à la France ! 

Ils veulent abandonner le français pour tout arabiser, comme s'ils n'ont pas tiré de leçon de l'expérience algérienne, en ce domaine ! Ghannouchi poussant le ridicule jusqu'à vouloir apprendre le turc aux petits Tunisiens à la place du français, trahissant son allégeance à Erdogan auquel il veut abandonner la souveraineté de la Tunisie pour la soumettre au nouveau sultan ottoman, comme se rêve le Frère musulman turc ! Autrement dit, il veut ramener la Tunisie au statut de colonisée.

C'est pourquoi il ne faut pas tomber dans le piège de ces complexés de l'histoire. Il faut refuser de jouer la repentance qui cache leur incompétence !

Rachid Barnat

***

Le 16 mai 1843, un escadron commandé par le duc d'Aumale enlève la smala d'Abd el-Kader, près de la ville berbère de Taguine, dans l'arrière-pays algérois.


La France, l'Algérie et l'histoire.

Jean Pierre Ryf 

Le Président Macron est intervenu à plusieurs reprises, sur la question de la mémoire entre l’Algérie et la France; et à chaque fois, il a créé une polémique. Quand il a évoqué un crime contre l’humanité, expression sur laquelle il est revenu, lorsque s’adressant à un jeune Algérien, il lui a demandé de regarder plutôt l’avenir, lorsqu’il a fait la lumière sur la disparition de Maurice Audin et, en ce moment encore, à l’occasion de la sortie du rapport de M. Benjamin Stora à qui il a demandé de réfléchir sur les voies et les moyens d’apaiser les visions de l’histoire entre les Algériens et la France !

C’est peu dire, que le rapport déposé, que certains n’ont pas lu en entier, a entrainé des positions tranchées et opposées : du côté Algérien il y a eu, très vite une sorte de bronca car le rapport a été résumé, un peu vite par l’Elysée lui-même, par la formule « pas de repentance ». Les journaux algériens dans leur majorité ont trouvé le rapport sans intérêt, le puissant Ministère des Moujahidin a fait savoir qu’il condamnait ce rapport et sur les réseaux sociaux beaucoup d’Algériens, jeunes et moins jeunes, étaient tous à peu près sur le thème : « les souffrances subies, n’ont pas été suffisamment prises en compte.»

De l’autre côté en France, beaucoup de catégories ont également été hostiles à ce rapport. Les enfants de Harkis (au moins une partie d’entre eux) n’ont pas eu de mots assez durs pour souligner que leur situation n’avait pas été prise sérieusement en compte. Les pieds noirs ont été divisés et, dans l’ensemble, ont considéré les propositions de M. Stora comme de l’eau tiède !

Face à cette réception, il faut se questionner.

Je dirai d’abord que la démarche de M. Macron a, au moins, un mérité important à mes yeux, celui d’évoquer la question, de contraindre chacun à se poser des questions, à regarder l’histoire.

Je pense ensuite que ce que l’on pourrait appeler « la modération » du rapport Stora est, en réalité une sagesse et même une grande sagesse, car il est absolument clair que des positions plus tranchées dans un sens ou un autre aurait entrainé encore plus de passion, les feux n’étant pas éteints et n’aurait donc été d’aucun secours; alors que tel qu’il se présente, même s’il mécontente certains, il fait avancer le débat, s’ouvrir le dialogue et c’est déjà beaucoup.

Maintenant puisque le débat est ouvert, je vais donner aussi mon point de vue.

Dans un texte de mon blog j’avais déjà fait l’analyse de ce mouvement qui consiste à refaire l’histoire et à « déboulonner les statues » et j’avais rappelé que l’histoire des hommes a de tous temps été tragique et qu’elle le sera, probablement encore dans l’avenir mais que l’histoire, c’est-à-dire ce qui est advenu est un fait et que personne n’a le pouvoir de faire que ce qui a été soit éliminé. L’histoire doit être étudiée, connue et enseignée et ce travail des historiens est capital mais que, par contre l’histoire n’a pas à être instrumentalisée, utilisée à des fins de politique intérieure ou extérieure. L’histoire est tragique et est jalonnée de crimes, de fautes, de décisions aberrantes et ceux qui ne veulent voir que la beauté, les œuvres magnifiques, les actes de bravoure et de générosité - et il y en a - ne voient qu’un côté de l’histoire complexe des hommes.

Cela dit, l’histoire a été; et nul n’a le pouvoir de refaire ce qui a été fait.

Dés lors que cela a existé, la première exigence est de savoir, de connaître sans faux fuyant la réalité; et cela, seuls les historiens peuvent le faire avec précision et si possible sans passion, car les peuples mêlés à l’histoire en épousent, pendant un certain temps, les passions et les erreurs.

Utiliser l’histoire, l’instrumentaliser pour gérer le présent, est une grave erreur; et tous ceux qui accaparent l’histoire pour demander des comptes et se donner un statut, commettent un contre sens, s’adressent non à la connaissance mais à la passion politique et dès lors dénaturent l’histoire.

Ils font de l’histoire réduite dans sa complexité, une arme politique.

Voilà les raisons profondes pour lesquelles je suis absolument hostile aux lois mémorielles, à la repentance et que je milite, au contraire pour un développement de la recherche historique et son enseignement.

Vouloir effacer les signes de crimes commis dans le passé, c’est avoir une attitude simpliste et vouloir, en réalité, ne plus voir le passé et croire que ne le voyant plus, il disparaîtra.

Or, c’est ce qui est arrivé depuis toujours pour l’histoire des rapports de la France et de l’Algérie.

En France, elle a été instrumentalisée par les politiques et elle a servi de clivage entre la droite (surtout l’extrême droite) et le reste. En Algérie c’est encore plus flagrant. Le pouvoir, issu du FLN, a utilisé l’attitude de la France, son histoire en Algérie, comme un outil de politique, outil qu’il sortait dès qu’il était en difficulté soit à l’intérieur soit à l’extérieur.

Je dirai que plus grave encore, il a bâti sa politique et l’avenir de ce pays sur le passé, la gloire des martyrs, le ressassement des responsabilités de la France, oubliant de regarder et de bâtir l’avenir; et oubliant, au passage des pans entier de son histoire et des crimes commis, y compris contre une partie de sa population.

Il va de soi que lorsque l’on a ainsi instrumentalisé l’histoire, occulté une partie de celle-ci, on a du mal à être dans la nuance et à regarder plutôt l’avenir que le passé.

Je suis donc assez pessimiste sur l’évolution des choses en ce domaine. Je pense que même si quelques progrès seront faits, il faudra encore attendre que s’éteignent les derniers feux et que se lève en Algérie une autre forme de pouvoir, plus orienté vers le futur que vers le ressassement inlassable du passé. 

La France et l’Algérie n’ont pas su, en raison des passions, mettre en place ces mécanismes qui, en Afrique du Sud par exemple, ont permis, tout en mettant l’histoire à jour, de regarder ensemble vers l’avenir.

Je rajoute que j'ai lu avec consternation la  pétition qui circule sur une des propositions du rapport concernant l'édification d'une statue et d'un hommage à l'Emir Abdelkader! C'est d'une bêtise absolue car au lieu de se réjouir que soit honoré cet homme illustre et qui donne des leçons à notre temps, voilà que l'on s'y oppose! Avec de tels comportements il est vrai que l'on ira pas très loin.

En conclusion, je dirai que la politique des « petits pas » est, ici, la bonne politique et que l’essentiel est que le dialogue se noue, sans arrière-pensée, avec la volonté de construire un meilleur avenir, le passé étant là de façon irrémédiable, loin des rentiers de l'histoire des deux côtés de la méditerranée.

dimanche 17 juillet 2022

Ces complexés de l'Histoire qui prennent les Tunisiens en otage pour se venger de Bourguiba ...

Après la dislocation de l'empire ottoman par les puissances coloniales franco-anglaise, le colonialisme a vu naître différents mouvements politiques pour libérer les peuples de leurs nouveaux colonisateurs. Et face aux puissances coloniales, à leurs armées et à leurs armes modernes, beaucoup d'intellectuels et d'hommes politiques n'ont rien trouvé de mieux que de leur opposer leur foi en la puissance divine; le seul point commun à tous ces peuples, étant l'islam. Ainsi sont apparues dès 1838, deux idéologies voisines instrumentalisant l'identité arabo-musulmane de ces peuples : le pan-arabisme revendiquant l'identité ethnique arabe des peuples dont la langue est celle du Coran et  le pan-islamisme appelant au "jihad" (guerre sainte) contre l'envahisseur chrétien, relançant par la même, les guerres de religions.

D'autres, devant l'engouement pour le communisme, ont cru que cette idéologie serait la solution pour en finir avec le colonialisme et l'exploitation de l'homme par l'homme. 

D'autre plus pragmatiques et moins dogmatiques, ont tiré des leçons de l'histoire pour remédier aux causes qui ont fait de ces peuples de perpétuels colonisés. Dont Bourguiba qui a très vite compris qu'il fallait soustraire la Tunisie aux lubies qui veulent la maintenir dans un magma que certains appellent "oumma al-arabiya", d'autres appellent "oumma al-islamiya" et d'autres encore plus rêveurs, voudraient la rattacher à l'internationale communiste ... 

Bourguiba sera le précurseur du nationalisme, avec une vision claire de fonder un pays moderne et regrouper son peuple autour de valeurs républicaines en écartant le tribalisme, le clanisme, le communautarisme ethnique et religieux ... 
Pour cela, il a du combattre les pan-arabistes, les pan-islamistes et les communistes, pour le danger qu'ils représentent pour la République tunisienne qui vient de naître. Qui le lui reprocherait quand on sait tout le mal que ces idéologues ont provoqué parmi les peuples qu'elles avaient gouvernés ?

Mais voilà, la rancune, la haine et le désir de vengeance sont plus grandes et plus tenaces chez les complexés de l'Histoire, au point de les aveugler sur des idéologies qui ont échoué partout; et qui veulent prendre leur revanche quitte à prendre en otage les Tunisiens et détricoter tout ce qu'ils avaient réalisé depuis l'indépendance grâce aux Destouriens, pour s'encrer dans la modernité et rejoindre les nations évoluées !

Kaïs Saïed se rêvant nouveau Raïs du pan-arabisme après Gamel Abdel Nasser, proclame, populisme oblige, que la priorité de ses priorités, est de libérer la Palestine !

Après expérimentation de l'islamisme de Ghannouchi et de l'arabisme de Kaïs Saïed, de plus en plus de Tunisiens sont nostalgiques du bourguibisme.

R.B  


Samy Ghorbal *

Tous complexés par Bourguiba !

Habib Bourguiba avait ses qualités – immenses - et ses défauts. Président démiurge, bâtisseur de la Tunisie moderne, artisan de la sécularisation de la société, il était aussi maladivement narcissique, vaniteux, injuste et parfois mesquin. Il a laissé se développer une fâcheuse tendance au culte de la personnalité qui lui a malheureusement survécu, hier sous Zine El Abidine Ben Ali, et aujourd’hui sous Kaïs Saïed. Son incapacité à penser la démocratie et le naufrage de sa vieillesse ne doivent pas nous amener à sous-estimer la justesse de ses intuitions historiques, et la portée de son héritage politique, aujourd’hui dangereusement menacé.

En lecteur averti d’Ibn Khaldoun, Bourguiba était obsédé par la vision cyclique de l’Histoire. Pour lui, l’histoire de l’Ifriqiya et du Maghreb se résumait à une succession de cycles. Elle portait la marque de l’instabilité politique et de la précarité. Aucun empire n’avait duré plus de 4 générations avant de s’effondrer pour laisser place aux démons récurrents de la division et de l’anarchie. C’est cette carence de l’État qui était à l’origine de la décadence du Maghreb et qui, bien plus tard, avait rendu possible les colonisations turque et française. Pour Bourguiba, l’édification d’un État unitaire, fort et souverain constituait l’aboutissement naturel du combat pour l’indépendance. À ses yeux, l’État était la condition de la Réforme, la seule instance à même de donner un contenu réel aux notions de progrès et de civilisation.

Écrasés par la dimension du personnage, complexés par son ombre tutélaire, ses successeurs, de Zine El Abidine Ben Ali à Kaïs Saïed en passant par Moncef Marzouki, sans oublier le roi sans couronne Rached Ghannouchi, se sont employés à rabaisser, diminuer, détricoter ou annuler son héritage. Ben Ali a donné le ton : il a substitué le culte du 7 novembre aux mythologies fécondes du 20 mars et du 1er juin. Par petites touches d’abord, puis de manière plus ostensible, il a pris ses distances avec la doctrine moderniste bourguibienne en prônant le retour à une « authenticité arabo-musulmane » teintée de traditionalisme religieux. Le Pacte National de 1988, sur lequel les islamistes ont apposé leur signature avec Noureddine Bhiri, exprime les orientations identitaires de « l’Ère Nouvelle ». Toute une série de décisions, en apparence anecdotiques, à commencer par le rétablissement - en 1988 toujours -, de l’observation visuelle du croissant lunaire pour décider du début du mois de Ramadan, s’inscrivent dans cette démarche d’effacement de l’avant-gardisme bourguibien et de la primauté de la raison sur la superstition et « l’esprit théologien ». La dépréciation du statut de la langue française, véhicule de l’ouverture à la civilisation universelle et aux sciences, participe de la même logique du « complexe du roturier » qui habitait Ben Ali…    

L’État moderne bourguibien, avili par Marzouki, attaqué par Ennahdha

L’élection miraculeuse de Moncef Marzouki à la présidence provisoire de la République, le 13 décembre 2011, a marqué le franchissement d’une étape supplémentaire dans le « révisionnisme anti-bourguibien ». Finis les complexes, place à la vengeance ! Marzouki n’a eu de cesse de convoquer la mémoire des vaincus de l’Histoire : celle Salah Ben Youssef, chantre de l’arabité, celle des fellaghas, celle, plus lointaine, de la Tunisie des steppes et des tribus, symbolisée par le combat perdu d’Ali Ben Ghedahem contre l’absolutisme beylical et l’État central, en 1864. Il a inauguré sa présidence en se présentant vêtu d’un burnous et en théorisant son refus de porter la cravate, qu’il assimilait à un symbole de l’aliénation post-coloniale. Une manière de faire passer Bourguiba et ses disciples, viscéralement attachés au prestige de l’État, pour des « valets de l’Occident ». Un contresens absolu quand on sait que ces derniers avaient le nationalisme chevillé au corps et que le combat pour l’indépendance a été le moteur de leur engagement en politique ! En s’affichant au Palais de Carthage en compagnie de prédicateurs salafistes et de voyous issus des Ligues de Protection de la Révolution, Marzouki croyait prendre sa revanche et souiller la postérité de Bourguiba. L’Histoire, jamais avare en ironies, voudra qu’il soit remplacé à Carthage par Béji Caïd Essebsi, le dernier disciple vivant du Combattant suprême, son antithèse absolue.   

Les pitreries excentriques de Marzouki ont fait honte aux Tunisiens et ont avili la fonction de Président et le prestige de l’État. Mais elles n’étaient rien comparées au projet rétrograde d’Ennahdha, mis en échec in extremis grâce au sursaut de la société civile tunisienne et à l’intelligence politique de BCE. Majoritaires à la Constituante avec leurs alliés de la troïka, les islamistes ont commencé par livrer une offensive en règle pour saper les fondements de l’État bourguibien. Détrictotage de l’article 1er, en introduisant une référence explicite à la charia dans la Constitution, coups de canifs au Code du Statut Personnel, retour sur la suppression des biens habous et sur celle de l’enseignement religieux  non contrôlé par l’État : les ultras d’Ennahdha ont fait feu de tout bois. Toutes ces tentatives s’inscrivaient dans un projet pensé, cohérent et implacable : démanteler l’État réformateur moderne, non pas pour instaurer une théocratie, mais pour restaurer le paradigme de l’État traditionnel, gardien de l’identité, de la religion et de l’ordre moral. Elles ont avorté mais ont laissé des traces. Comme un poison lent, s’instillant dans les veines du corps politique et social, le conservatisme a fini par subvertir des pans entiers d’une société déboussolée et en perte de repères.

Le quinquennat de Béji Caïd Essebsi apparaît rétrospectivement comme une parenthèse dans le lent processus de déréliction de l’œuvre et de la mémoire bourguibienne. Disciple revendiqué du Combattant Suprême, BCE a tenté de perpétuer et prolonger son héritage. Comme il l’avait promis, il a organisé le retour de la statue équestre de Bourguiba sur l’avenue qui porte son nom. Il s’est employé, sans toujours y parvenir, à restaurer l’État dans son prestige et son autorité, à gommer les excès du parlementarisme, et à réconcilier les Tunisiens. Surtout, il a tenté de reprendre le flambeau du modernisme en proposant d’instaurer l’égalité successorale. Otage d’une coalition contre-nature avec laquelle il était obligé de composer, affaibli par l’âge et par la rivalité avec ses chefs de gouvernement, sa présidence s’est achevée à quelques mois de son terme naturel, le 25 juillet 2019, comme un symbole prémonitoire.

De l’article 1er à l’article 5, quand une ambiguïté chasse l’autre

Mûrement réfléchi, et imposé à la faveur d’un extraordinaire concours de circonstances, le projet de Kaïs Saïed est celui va le plus loin dans la logique de démantèlement de l’héritage bourguibien. Il réhabilite la Constitution de 1959 dans ce qu’elle a de pire, un présidentialisme exacerbé, sans garde-fous, qui ignore superbement la séparation des pouvoirs. Il liquide l’article 1er, formule magique de la modernité tunisienne, respectueuse de l’identité arabo-musulmane sans en être prisonnière, qui émancipait l’État de la norme religieuse. Celle-ci revient en force à travers l’article 5 de son projet de Constitution, qui affirme l’appartenance de la Tunisie à la oumma musulmane et assigne à l’État la mission d’œuvrer à la réalisation des finalités (maqassid) de l’Islam. Le renversement de perspective est radical. Tout comme l’est le projet de gouvernance par les bases, qui trouve son inspiration dans la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi, à des années-lumière de la tradition politique tunisienne. Et que dire du préambule, mélange d’exaltation révolutionnaire et de falsification historique, qui ne dit mot du mouvement national et mentionne à peine l’héritage du réformisme tunisien ? 

Éducateur hors-pair, Habib Bourguiba parlait au peuple dans sa langue, l’arabe dialectal. Il plaçait son éloquence au service de la raison et d’un pragmatisme tourné vers l’avenir. Kaïs Saïed entretient aussi ce lien direct avec le peuple, qui est sa plus grande force. Mais, dans l’usage de la langue, comme dans celui des références culturelles et historiques, il se situe aux antipodes du héros du 1er juin. Sa posture s’apparente davantage à celle d’un ouléma, qui écrase par la verticalité de son verbe, qu’à celle d’un pédagogue, qui argumente pour convaincre. Sa vision semble définitivement figée dans un passé mythifié. 

Bourguiba avait compris la nécessité de concilier nos identités multiples et de partir de notre substrat historique, arabo-musulman, pour entrer dans la modernité. Il avait compris la nécessité de bâtir un État fort et souverain, capable d’unifier la Nation et de réformer la société pour la débarrasser de ses archaïsmes. Il avait compris la nécessité de s’ouvrir sur les autres civilisations, pour accélérer le développement économique mais aussi intellectuel. Il avait compris que la femme était l’avenir de l’homme tunisien. Il n’était pas démocrate, mais presque chacune de ses intuitions fondamentales était juste. Et pourtant, tous ses successeurs, à la notable exception de BCE, semblent s’être donné le mot pour liquider son héritage au lieu de le faire fructifier. Pour saccager son œuvre, alors qu’il aurait suffi de l’adapter aux exigences des temps nouveaux. Étrange et singulière destinée que celle de la Tunisie, décidément ingrate avec ses grands hommes. Au risque de ne pas se relever.

 

* Journaliste et consultant. A publié Orphelins de Bourguiba & héritiers du Prophète (Cérès éditions, 2012).


samedi 4 janvier 2014

LA LANGUE ARABE ... AVENIR DE L'HOMME !

Ou quand le populisme instrumentalise jusqu'à la langue d'un peuple !


Paru dans : Kapitalis

Une réunion s’est tenue au palais présidentiel de Carthage pour célébrer la création du « Mihrab Mondial pour la langue arabe » dont l'un des objectifs est « L'arabisation de la recherche scientifique » ! On se demande si la Tunisie ne s'orienterait pas vers une arabisation plus poussée.

Dans le fond cela n’est guère étonnant, puisque l’occupant actuel du Palais est un pan arabiste, idéaliste et irréaliste; qui croit encore à "l'identité linguistique" et à la possible union des peuples arabophones, malgré leurs différences ethniques et culturelles ! Comme s'il n'avait pas tiré la leçon de l'Histoire du pan arabisme et du flop qu'ont connu les partis baathistes, émanation de cette doctrine, sous la houlette de Gamel Abdennasser et des chefs d'état qui l'ont suivi dans sa lubie : l'Irak, la Syrie, la Libye ... ce que Bourguiba, clairvoyant, avait à juste titre refusé sous les quolibets du Rais, préférant le nationalisme au communisme des uns et au pan arabisme et son pendant le pan islamisme, des autres ! L'histoire a montré qui avait raison ! 

Et malgré cela Marzouki veut croire, contre toute raison, à cette vielle lune. Preuve s'il en est besoin, qu'il n'a toujours pas digéré son histoire youssefiste filiale du pan arabisme nassérien. Apparemment l'Histoire n'avance pas pour tout le monde. Pour certains nostalgiques, elle s'est même arrêtée à leur propre histoire. Ils souhaitent réécrire l'Histoire à partir de la leur !

Tartour serait-il du genre "faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais" ? Voilà quelqu'un qui se  prétend pan arabiste et dont la vie ne reflète en rien ses convictions "politiques" ! Marié à une française, vivant lui même son pseudo exil en France naturalisé français, ayant des enfants de nationalité française, totalement francophones ... alors que la logique voudrait qu'il soit marié à une arabe, qu'il s'exile en terre arabe, sous un régime baathiste de préférence et d'envoyer ses enfants dans des écoles arabisantes !
Rien de tout çà, ce qui prouve l'hypocrisie du bonhomme ... qui fut aussi membre de "Frères musulmans" puis "droit-de-l'hommiste"; naviguant entre des doctrines diamétralement opposées; preuve s'il en est besoin, qu'il n'a pas de principes ni de valeurs enracinés en lui ! Ce que découvrent ses 7000 électeurs qui regrettent d'avoir accordé leurs suffrages à un bonimenteur ... premier président historique de la Tunisie, élu du peuple, comme l'affirme Tartour, bravant le ridicule. Mais son ingratitude envers la France et la langue française, est insultante pour ce pays qui l'a accueilli !

A l’occasion de cette réunion, quelqu'un sur facebook a écrit : " Les idiots de la Tunisie s'orienteraient-ils vers l’arabisation de l’enseignement supérieur ?
Pourquoi refusent-ils de puiser directement le savoir dans la langue scientifique mondiale où les travaux de recherche se multiplient à un rythme infernal souvent difficile à suivre pour  les lire à temps, préférant se complaire dans le narcissisme archaïque des pan arabistes ?
Rien que pour la schizophrénie (maladie dont serait atteint Tartour), il y a eu, en une seule année, 6147 publications ... moins d'une vingtaine d'articles seulement provenant des pays dits arabes ! Que vont traduire ces idiots ?
", se demande ce facebooker.

Ce à quoi un Professeur en médecine, a répondu : "Je suis l'Idiot de cette Tunisie dont la langue arabe, est passée de la 6 éme position à la 5 ème selon l'UNESCO; et qui survivra à la langue française qui aura disparu entre temps ... puisqu'en 2100 la langue arabe sera probablement la plus parlée au monde ", selon les prédictions de cet anthropologue !  

Il est sans doute encore un de ces complexés de la culture française qui n'a toujours pas digéré l'histoire coloniale. Puisqu'il prédit la disparition de la langue française et que la langue arabe sera l'avenir de l'homme ! Rien que çà !!

Alors abordons franchement la question. Et demandons-nous ce qui fait le développement et l’attrait d’une langue.
Une langue vit et évolue par l'usage que les hommes en font pour exprimer leur génie, leur créativité, leurs découvertes technologiques, scientifiques, médicales ...
Depuis la nuit des temps l'homme aspire au mieux vivre et n'hésite pas à se déplacer pour rejoindre ceux qui sont en avance sur lui ... jusqu'à adopter leur langue ou du moins leur emprunter les vocables nouveaux désignant les innovations auxquelles ils sont parvenues.
La langue qui lui a permis de progresser au moyen âge, fut l'arabe ... puis ce fut le français.
Au siècle dernier c'était le tour de l'anglais qui s'est imposé depuis la révolution industrielle qui a pris son essor en Angleterre.
Et voilà que les jeunes se mettent au chinois, conscients que le progrès est de ce coté là du pacifique, depuis que la Chine s'est réveillée pour se tailler la part du lion dans la technologie et les découvertes. Les hommes ne sont pas fous : ils n'ont que faire des langues mortes et des langues qui n'accompagnent pas le progrès, voir qui le refusent ! En réalité ces langues sont victimes de ceux qui les pratiquent et de leur manque de créativité, souvent victime du complexe de ceux qui vivent sur leurs lauriers et refusent le progrès !

Il suffit de faire le bilan de ce que les arabes ont apporté à l'humanité après leur âge d'or andalous mythique dont se gargarisent les pan arabistes et leurs frères pan islamistes, nostalgiques d'une époque fantasmée. Age d'or qui n'était que le fait des populations conquises à l'islam qui ont apporté leur culture et leur savoir faire à la civilisation dite à tort "arabo-musulmanes"
Qu'ont apporté à l'humanité les arabes d'Arabie depuis la création de ces nouveaux états nés de la dislocation de l'empire ottoman ? Rien ! Par quelles recherches et par quelles découvertes se sont-ils distingués entre les nations ? Aucune ! 
Pour rappel, le pan arabisme né en Arabie, dans un but uniquement politique pour contester la domination turque des ottomans sous prétexte que la langue arabe est délaissée et remplacée par langue turque ... mais dont les intellectuels de l'époque feront une doctrine : pour les uns pour promouvoir la laïcité et pour d'autres un moyen pour lutter contre le colonialisme qui dépeçait l'empire ottoman !

Si le français a connu un grand succès auprès des classes aisées allemandes, russes ... et dans les cours européennes; ce n’est pas seulement pour les qualités de cette langue mais c’est avant tout parce qu’elle véhiculait des valeurs et des connaissances. La littérature française et les arts français occupaient une place prépondérante, grâce à des écrivains tels que Montaigne, Molière, La Fontaine, Bossuet ... Voltaire, Rousseau, Montesquieu qui seront à l'origine du siècle des Lumières ... qui sera à l'origine de la Révolution française, des Droits de l'Homme ... du développement de l’esprit scientifique, de la médecine et de la philosophie.
Siècle des Lumières qui fécondera toutes les civilisations ouvertes et désireuses de progrès !
Celle qui l'ont refusé, se sont vues condamnées à la régression et devenues colonisables, comme disait Bourguiba.

L'exportation des idées nées de la Révolution française, a résulté aussi de la politique expansionniste de Napoléon qui, malgré ses défauts, a apporté aux peuples d’Europe les idées de liberté qu'ils attendaient en Italie, en Allemagne; jusqu'en Russie. Il a tenté de les apporter à l'Orient à travers l'Egypte, mais là les résistances ont fait jour et les traditionalistes dominés par les religieux, se sont braqués contre une modernité jugée satanique par les plus réactionnaires !

L'expansion de la langue française a résulté aussi de la politique coloniale que l’histoire a condamnée. Mais comme le dit si bien l'écrivain algérien Kateb Yacine « Le français a été un butin de guerre » pour les peuples colonisés; et loin de leur nuire, la connaissance du français a été pour eux un supplément. Beaucoup l’ont bien compris, comme Bourguiba !

Mais il reste  encore quelques complexés qui mélangent les genres et qui, parce qu’ils condamnent la colonisation, voudraient aussi priver les peuples de la possibilité d’utiliser le français aussi bien que leur langue dialectale ... pour leur imposer la langue arabe, faisant semblant d'ignorer que l'arabe aussi est une langue introduite en Afrique du Nord lors de sa colonisation par les Beni Hilal qui ont déferlé sur cette région dont la langue est le berbère !

Si Bourguiba a choisit le bilinguisme sans complexe, c'est pour enrichir les tunisiens d'une nouvelle culture, porteuse de valeurs, de technologie et de nouveaux savoirs. Mais surtout pour rattraper le retard civilisationnel où se trouvaient les tunisiens depuis des siècles !

Mais voilà qu'une bande d'aigris, n'ayant toujours pas digéré leur histoire, tiennent en otage tout un peuple pour soigner leurs complexes ... un peuple épris de savoir et de connaissance mais auquel ils veulent inculquer leurs complexes vis à vis d'un Occident à la pointe de la modernité et du progrès  !!

Ce qui est vrai du français l'est également de l’anglais, lui aussi porteur de valeurs de liberté et de connaissances scientifiques de haut niveau. Si l'anglais s'est considérablement développé, c'est parceque cette langue a été pour beaucoup celle des sciences et celle des affaires depuis la fin du XIX éme siècle et durant tout le XX éme siècle !

Tout ceux qui ont été vers l'arabisation avec une arrière pensée politique sous prétexte "identitaire", ont gravement pénalisé leur jeunesse.
A moins que l’arabisation ne soit pour eux une arme pour rejeter l'élite tunisienne, francophone dans son ensemble ; mais aussi comme un moyen pour rejeter leurs rivaux idéologiques et concurrents politiques nourris des valeurs du siècle des Lumières.  
Ce faisant, les pro arabisants vont exclure la jeunesse du monde des affaires, de la science et de la culture ... au moins cette partie de la jeunesse qui ne pourra plus aller dans les grandes écoles ni les grandes Universités Occidentales qu'ils réservent à leurs enfants.
Les Tunisiens seront choqués de découvrir que les pro-arabisants, ont fait souvent leurs études en Occident où ils continuent d'envoyer leurs rejetons ! Comme ils seraient surpris de découvrir que les écoles coraniques qu'ils souhaitent généraliser, ils les réservent au petit peuple; puisqu'ils envoient leurs enfants dans les meilleurs écoles françaises de Tunisie !!
Pour les tunisiens décomplexés, grâce à Bourguiba, il n’y a pas de concurrence entre l’arabe et le français ! Ils ont maîtrisé aussi l'anglais et au besoin ils maîtriseront le chinois; l'essentiel pour eux étant l'acquisition de tous les savoirs pour accompagner les civilisations en marche et ne plus régresser comme le voudraient les illuminés qui les gouvernent provisoirement !

Alors demandons-nous maintenant si l’arabe peut connaître la même expansion non seulement en nombre de pratiquants mais en qualité.
L’arabe a été, sans conteste, une grande langue lorsque les pays qui la pratiquaient se livraient à l’étude, à la connaissance et à la transmission des savoirs. On lui doit, et ce n’est pas rien, la traduction des savants et des philosophes grecs ! Elle avait, cela est sûr, un rôle de développement face au moyen âge européen. En plein essor de l'expansion de l'Islam et de la langue arabe, bon nombres de rois d'Espagne la parlaient et la pratiquaient dans leur cour. Leurs bibliothèques personnelles en témoignent. Mais que reste-t-il de ce passé glorieux ? Rien ou si peu.

Quelles valeurs peut nous apporter une langue qui n’est pratiquée que dans des pays de dictature (certaines religieuses) où l'obscurantisme fait des ravages ? Sont-ce les valeurs de l'Arabie Saoudite, dictature religieuse complètement rétrograde ? Sont-ce les valeurs du Qatar autre "démocratie" où règne la "liberté" et où l’on enferme les poètes qui ne plaisent pas au pouvoir ?
Quelle grande littérature arabe contemporaine ont-ils produit ? Quand elle existe, les écrivains y sont pourchassés et violentés sinon assassinés ! Des frères musulmans ont tenté d'assassiner Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature; mais l'ayant blessé à la main droite, il ne pourra plus écrire ! 
Demandez aux écrivains algériens et autres arabophones, où peuvent-ils s’exprimer et publier librement ? Pour la plus part ils ont choisi l'exil en Occident !

Alors je le dis ici, une langue qui ne transmet plus de grandes valeurs de liberté, qui se contente d’être celle de promulgation de " fatwas " plus liberticides les unes que les autres, qui n'a permis la production d’aucune œuvre contemporaine majeure ni d’avancées scientifiques importantes, ne peut être une langue d’expansion.

Cela est si vrai que les défenseurs du développement de la langue arabe feignent d’oublier les échecs retentissants de l'arabisation forcée et sont aussi des hypocrites qui, tout en parlant d’arabisation, envoient de manière systématique leurs enfants dans les universités européennes et américaines. En réalité ce sont des populistes ou au mieux des idéalistes rêveurs ! Mais sûrement des hypocrites.
Alors au lieu de pérorer sur de veilles lunes (pan arabisme & pan islamisme), il faut prendre un engagement national de redonner au service public d'éducation, les moyens et les conditions d'un renouveau; car, le fait qu'il ait périclité depuis plus de quinze ans, en partie au profit de l'enseignement privé; il a fini par entraîner une baisse générale importante du niveau et a favorisé abusivement les enfants des familles aisées au détriment des pauvres.
Il faut aussi dire clairement que l'éducation doit préparer à l'ouverture sur le monde et non au repli archaïque. Il faut donc favoriser non une arabisation sans intérêt mais l'apprentissage des langues : l'Arabe bien sûr, mais aussi les langues étrangères dont le français qui ouvriront les jeunes sur la modernité. Et n'avoir de complexe envers aucune langue porteuse de progrès ... fut-elle chinoise ! 

Un rappel pour les grincheux : la langue arabe et l'arabité auxquels ils s'attachent désespérément comme à une identité, ne sont que des acquis coloniaux exactement comme ceux pris aux français et à tant d'autres civilisations qui ont transité par la Tunisie depuis Carthage. Qu'ils sachent que le génie des tunisiens est d'avoir toujours su tirer sans complexes profit du butin de guerre laissé par leurs "colonisateurs", comme dirait Kateb Yacine. Et surtout l'identité arabe dont ils se gargarisent, fait sourire les arabes d'Arabie qui les méprisent de tant de prétention; puisqu'ils se considèrent comme étant les véritables et authentiques arabes, considérant les peuples arabophones comme des arabes de seconde classe. Ils les méprisent à juste titre pour avoir nié leur identité tunisienne, produit de l'histoire de la Tunisie; que complexés, ils tentent de remettre en cause en prenant en otage les tunisiens pour assouvir leur soif de revanche et de pouvoir pour soigner leurs complexes ou pire pour soumettre la Tunisie à une nouvelle colonisation : celle de leurs sponsors pétro monarques. Puisque sous prétexte que les tunisiens auraient perdu leur "identité arabo-musulmane", ils cherchent à leur vendre le wahhabisme en guise "d'identité religieuse" et le modèle sociétal des pétro monarque, en guise "d'identité arabe" !
Alors autant revendiquer sa propre identité, en être fier et retenir des civilisations qui vous traverse ce qu'elles ont de meilleur : cela aussi participe de l'ouverture d'un peuple et de sa richesse.
Et l'identité tunisienne est plurielle, n'en déplaise aux complexés de l'Histoire !

Le paradoxe de Tartour et de Ghannouchi est que les doctrines qui les animent, pan arabisme pour l'un et pan islamisme pour l'autre, étaient à l'origine des doctrines anticolonialiste pour libérer les peuples de la colonisation anglaise et française ... or l'un et l'autre appellent de tous leurs vœux à la colonisation de la Tunisie par leurs amis petro monarques et font tout pour faire des tunisiens un peuple à nouveau colonisable !


Rachid Barnat

mardi 18 février 2014

L'IDENTITÉ PLURIELLE DES TUNISIENS

Article paru dans : Kapitalis


Les identitaristes n'ont rien à proposer 
sinon se cramponner à leur religion !

"A ceux qui me demandent d'où je viens, j'explique patiemment que je suis né au Liban, que j'y ai vécu jusqu'à l'âge de 27 ans, que l'arabe est ma langue maternelle, que c'est d'abord en traduction arabe que j'ai découvert Dumas et Dickens et "les voyages de Gulliver", et que c'est dans mon village de la montagne, le village de mes ancêtres que j'ai vécu mes premières joies d'enfant et certaines histoires dont j'allais m'inspirer plus tard dans mes romans. Comment pourrais-je l'oublier ? Comment pourrais-je m'en détacher ?

Mais d'un autre côté, je vis depuis 22 ans sur la terre de France, je bois son eau et ses vins, mes mains caressent chaque jour ses vieilles pierres, j'écris mes livres dans sa langue, jamais plus elle ne sera pour moi une terre étrangère. Moitié français donc et moitié libanais ? Pas du tout !!!

L'identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitié, ni par tiers, ni par plages cloisonnées. Je n'ai pas plusieurs identités, j'en ai une faite de tous les éléments qui l'ont façonnée, selon un dosage particulier qui n'est jamais le même d'une personne à l'autre."

Amin Maalouf 

Je ne comprends pas pourquoi certains s'obstinent à faire croire à l’existence d'un "monde arabe" ? Où sont passés les berbères d'Afrique du Nord, les Nubiens d'Egypte, les Phéniciens, les Touaregs, sans parler des noirs d'Afrique : les Soudanais, les Ethiopiens, les Sénégalais, les Maliens ... ou asiatiques : les Pakistanais, les Afghans ...

Est-ce parce qu'ils partagent une religion commune qu'ils sont pour autant tous devenus Arabes ? 

Cette appellation de « monde arabe » ou « arabo-musulman », est réductrice et trompeuse
; elle n'engendre que confusion dans les esprits, qu'entretiennent malheureusement beaucoup de médias occidentaux, par paresse intellectuelle ou par manque de culture
; à moins que ce ne soit à dessein pour certains journalistes. 

Pourtant la Tunisie fut terre chrétienne et même judéo chrétienne avant que les musulmans venant d’Arabie n’envahissent l’Afrique du Nord. Confondrait-on la Hollande avec la France parce que les deux sont de culture chrétienne ? Confondrait-on la Belgique avec la France parce que les deux sont francophones ? Alors pourquoi devrait-on confondre la Tunisie avec l'Arabie des Ibn Saoud, parce que les deux de culture musulmane ?  Que chaque nation soit identifiable par son histoire particulière. Autrement où sont passés nos berbères, nos ancêtres les phéniciens fondateurs de Carthage, les romains, les byzantins ... Que sont devenus les Andalous ? Et les Turcs de l'empire ottoman dont la Tunisie faisait partie ? Que fait-on de leur culture ? Puis les Français et leur culture ? Que fait-on des Tunisiens de confession juive et ceux de confession chrétienne ? Que fait-on des Tunisiens agnostiques et des Tuniiens athées ? Il faut que les partis islamistes cessent de nous bassiner avec leur identité arabo-musulmane qui n'est qu'une supercherie électoraliste pour mieux nous placer sous la tutelle de pétromonarque qu'ils espèrent installer Grand Calife de tous les musulmans !

Et pourquoi ces nostalgiques du Califat, veulent-ils d’un calife d'Arabie plutôt que d’un turc ; puisque le dernier en date c’était celui de la Sublime Porte ottomane ? Leur choix n’est-il pas monnayé par leur sponsor pétromonarque qui rêve du titre d’ « Émir El Moumnin » (Commandeur des croyants) ? 

L'identité de la Tunisie est PLURIELLE : multiculturelle mais aussi multiconfessionnelle !

Que ces aventuriers cessent donc de rêver à une hypothétique renaissance d’un Califat de l’âge d’or en la personne du roi Ibn Saoud, issu d’une tribu connue pour sa violence et d’une famille de dégénérés ! Autrement quelle commune mesure lui trouvent-ils avec les dynasties Omeyyade ou Abbasside qui font rêver tant ces « romantico-nostalgiques » d’une histoire qu’ils n’ont pas vécue ? Pour cela, ils voudraient nous faire croire que l’histoire de la Tunisie commence et s’arrête à la présence arabe depuis l’invasion des Béni Hilal ! Il faut rappeler que c’étaient des hordes de bédouins d’Arabie que les souverains moyen-orientaux au 11ème siècle pour s’en débarrasser, les ont orientées vers l’Afrique du Nord, pour réprimer les Zirides Berbères, mais aussi pour sévir, piller et transformer une région connue pour être « Le Pays Vert » ("Tounis Al Khadhra" = Tunisie, la verte) couverte de forêts, en terres désertes ou semi-désertes, par l’arrachage systématique de tous les obstacles rencontrés sur leurs chemins, à savoir les arbres et les forêts, étant eux-mêmes bédouins habitués au désert.

Les nostalgiques du Califat, veulent d’un calife comme le veut la tradition salafiste, gardien des lieux saints de l’islam. Mais cette règle salafiste veut aussi qu’il soit Quraychite, originaire de la tribu du prophète. Savent-ils que leur choix se porte sur un « gardien » qui n’est ni Quraychite et encore moins issu de la tribu du prophète ? Savent-ils aussi que c’est un usurpateur puisqu’il a chassé le roi Hachémite, ancien gardien des lieux saints ? Et savent-ils qu’Ibn Saoud a été installé par les Américains et les Anglais, contre un deal : l'exploitation du pétrole contre la sécurité de son trône ? Ou leur oubli n’aurait été que monnayé par le monarque Ibn Saoud qui rêve du titre d' « Émir El Moumnin » ?

Les Histoires officielles, les Tunisiens n’en veulent plus.  

Le tunisien est riche et fier de toutes les civilisations qui sont passées par son pays ! Il n’éprouve aucun complexe envers aucune d’elles ! Elles ont toutes contribué à sa spécificité et à façonner sa tunisianité.

La Tunisie par sa position géographique et par son histoire n'a pas vocation à être rattachée au monde dit « arabo-musulman » et encore moins à l’Arabie. C'est ce qu'avait déjà compris Bourguiba qui a toujours cherché à nous rapprocher davantage de l'Europe avec laquelle nous avons beaucoup plus d'histoire commune qu'avec le monde dit "arabo-musulman". La Tunisie c'est Carthage, mais aussi l'empire romain qui avait façonné les deux rives de la Maré nostrum ... d'autres civilisations sont passées par la Tunisie, comme les Vandales, les Byzantins ... jusqu’à l'arrivée des Arabes puis celle des Andalous et des Turcs et enfin des Français. D'ailleurs à la libération, Bourguiba pour marquer l'exception tunisienne, a adhéré la Tunisie à l'Organisation des Pays non Alignés pour marquer sa différence d'avec le monde dit "arabe".

Quant à l'islam, nous savons que Bourguiba le laïc, pour ne pas fâcher les traditionalistes religieux, a préféré inscrire dans la constitution que la Tunisie est une "République dont l'Islam est la religion", plutôt que d'inscrire "République islamique". Ce qui n’est pas tout à fait pareil. 

Il semble que les nostalgiques du panarabisme de Nasser ou du panislamisme n’ont pas tiré encore les leçons des échecs de ceux qui les ont voulus et les ont expérimentés pour leur peuple : Irak, Syrie, Egypte, Soudan, Libye, Yémen ... Sont-ce des exemples à suivre ? Et que dire des pays du Golfe et des richesses « du monde arabe » ? Des peuples spoliés des richesses de leur pays, dilapidées par des « princes nouveaux riches » avides et qui investissent massivement en Occident ; plutôt que dans leur pays pour éduquer leur peuple et développer sa créativité : sont-ce des modèles à suivre ? C’est un leurre que de croire que toutes ces richesses bénéficieraient aux peuples du « monde arabe ».

Le monde change et l’Histoire avance. Il ne sert à rien de ressasser le passé. Or l’époque des grands empires est révolue : tous les empires ont fini par éclater. Ce fut le cas de l’empire Ottoman comme de l’empire austro-hongrois puis de l’empire colonial anglais et de l’empire colonial français. Et tout dernièrement de l’empire soviétique. Place aux nations ! 

En ce qui concerne la double culture et la langue française qu’affectionnent beaucoup de tunisiens, il faut rappeler que l'enseignement voulu par Bourguiba a été le bilinguisme en inculquant aux tunisiens, sans complexe aucun, la culture française en plus de la culture arabe, y voyant un enrichissement pour son peuple. Certains ont maîtrisé l'arabe mieux que le français, d'autre ont fait l'inverse et bien d'autres, les deux à la fois. Alors où est le problème pour créer un ostracisme entre tunisiens ? Ostracisme entretenu par des complexés de l'Histoire, qui aspirent à effacer tous les acquis bourguibiens, dont : la double culture, le statut de la femme, la modernité... Il faut cesser donc avec ces complexes vis à vis de la France. 

L’éducation nationale devient schizophrène avec cette double culture mal maîtrisée par Ben Ali qui, pensant couper l’herbe sous les pieds des islamistes, a décidé de revenir sur le système de la double culture instaurée par son prédécesseur en arabisant l’enseignement et en réduisant l’apprentissage de la langue française à une simple langue étrangère. 
Sauf qu’une fois arrivé au niveau universitaire, beaucoup de filière sont enseignées uniquement en français, alors que beaucoup d’étudiants ne maîtrisent pas cette langue, ce qui complique leur formation.

Cela explique par ailleurs, la baisse du niveau général des étudiants formés dans le système public.

Pour échapper à cette « paupérisation » du savoir, les nantis orientent leurs enfants vers des écoles et des universités privés qui ont conservé pour la plupart d’entre elles, l’ancien système qui a donné ses preuves.

Or on entend certains islamistes jeter le discrédit sur des générations entières formées dans le système éducatif instauré au lendemain de l’indépendance de la Tunisie, allant jusqu’à douter de leur loyauté envers leur pays, qu’ils vendront à l’Occident, assurent-ils ; et prétendent même qu’ils ne peuvent être fiables pour construire la Tunisie moderne ! C’est faire injure à tout un peuple et à son élite.

Ceux-là mêmes, souvent inscrivent leurs rejetons dans des écoles privées en Tunisie et dans les meilleures universités occidentales, ce qui trahit leur hypocrisie. Il n’y a qu’à voir ce qu’il en est des enfants de Ghannouchi et de Moncef Marzougui alias, pour ne citer que ces deux leaders du pan-islamisme & du pan-arabisme en Tunisie !

Que les grincheux le veuillent ou non, ils ne vont pas réécrire notre histoire en effaçant notre héritage français ! Je ne vois vraiment pas au nom de quoi veut-on pénaliser les Tunisiens francophones maîtrisant mieux le français que l'arabe ? Ou obliger parfois ceux qui ne maîtrisent pas l’arabe à s’exprimer dans cette langue au point de bégayer parce qu’ils ne trouvent pas leurs mots. C’est le cas dans certaines émissions de TV, où des professeurs et des intellectuels ayant fait toutes leurs études en français, sont mis en difficulté par les animateurs de ces émissions, au point de les ridiculiser et brider leurs pensées, quand ils les obligent à ne s’exprimer qu’en arabe.     

Nous sommes tous tunisiens avant tout, et ce ne sont pas des complexés de l’arabité des pétromonarques qui vont décider d'exclure les Tunisiens francophones. 

Nous n’avons donc nul besoin d’inscrire dans notre constitution une identité tronquée « arabo-musulmane » en omettant notre origine berbère et tous les métissages culturels et ethniques qui ont jalonné l’histoire de notre pays. Cette revendication identitaire, n'est qu'un alibi pour les Frères musulmans et autres islamistes, qu’ils instrumentalisent par populisme !

Comme dirait aussi le professeur Eliés Jouini à propos de l'article 1er de la constitution qu'élaborent des constituants dominés par les islamistes : « nous n'y mentionnerons pas, non plus, que nous "respirons" ! » en admettant que la majorité des tunisiens est arabophone et musulmane ! 

C’est aux tunisiens de franchir le pas, pour inscrire cette fois-ci dans notre prochaine constitution : "République laique" ! Car seule la laïcité permet aux croyants de différentes religions, de différentes confessions, comme aux agnostiques et aux incroyants, de vivre ensemble sans que nul n’ait la tentation d’imposer aux autres la loi de sa communauté. La Laïcité, c’est ce qui sépare la foi de la loi. Les Tunisiens doivent adhérer aux valeurs humanistes et universelles pour ouvrir la voie vers le progrès et l’épanouissement réel des individus, condition sine qua non du progrès.

Or le comité libyen chargé de la transition, assure préparer une constitution pour une République Laïque. De son côté le roi Mohamed VI demande une séparation du religieux de l'Etat !

La Tunisie ne peut faire moins, elle qui a une longueur d’avance en la matière, sur ce pays et bien d’autres. 

Rachid Barnat


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Représentation de la Province d'Afrique à l'époque romaine.
Elle se distingue par cette peau d'éléphant avec les deux défenses.
Les Afer, l'une des tribus autochtones serait à l'origine du nom.
Ce nom va désigner tout un continent l' AFRIQUE.

Regardons donc vers ce continent qui représente l'avenir et soyons fiers de cette terre.

*****

A l'origine de la fête de la Saint-Valentin, ce fut le pape tunisien Gélase Ier, 49e pape de l'église catholique; né en Tunisie non loin du Kef, d'origine berbère, de la tribu Gelass, mort à Rome le 21 novembre 496.

Au Vème siècle, le pape Gélase Ier entreprend de contrer les Lupercales en mettant en place une fête de purification de la Vierge le 2 février, qui deviendra la Chandeleur, puis une fête de l'amour spirituel la veille des Lupercales, qu'on célèbre le 14 février. En l'occurrence, le jour de la Saint-Valentin.

Pour rappel, cinq Empereurs romains, deux des quatre Docteurs de l'Eglise et trois Papes, sont originaires de Tunis.

Ce qui prouve, s'il en est encore besoin, que la Tunisie par son histoire et sa géographie est plus proche de l'Europe que de l'Arabie à laquelle pan-arabistes & pan-islamistes s'obstinent à la rattacher en imposant aux Tunisiens le label identitaire d'"arabo-musulmans" ... alors qu'elle fut terre chrétienne et juive bien avant l'invasion des hordes des Beni Hilal venue d'Arabie !