lundi 8 juillet 2013

Lettre de Haj Mahmoud HOLLANDE à son cousin François

Article publié dans :
Kapitalis
Tunis Tribune

par Mahmoud Bedoui,
Professeur principal à la retraite, 
Ancien responsable à la Bibliothèque Nationale de Tunisie. 
   
Mon cher cousin, salam'alec et qu’Allah guide tes pas comme il l’a fait pour que tu puisses me rendre visite dans mon bled la Tunisie, petit par sa taille et ses ressources mais grand par son peuple, qui sans la moindre hésitation, a offert le pays juste après sa splendide révolution, aux vrais révolutionnaires islamistes et à ces merveilleux ex-démocrates et ex-défenseurs des droits de l’homme, sortis de nulle part.

La joie est partagée par nous tous. J’aurai souhaité te voir prendre un bain de foule avec nos trois présidents dans les avenues pavoisées de Tunis, Siliana, Jendouba, Kasserine, Gafsa et Sidi Bouzid, le berceau de notre révolution. Nul doute que ce bain aurait été des plus chaud, tant notre généreux peuple accueille nos présidents avec ferveur à chacun de leurs déplacements. 
cheikh françois 7 8

Mon cher cousin, comme tes prédécesseurs qui ont toujours soutenu notre pouvoir en place, merci de ton soutien très ferme à l’actuel pouvoir qui se plie en quatre pour construire une véritable démocratie islamiste sur la voie de ses sœurs dans les pays du Golfe avec la bénédiction américaine.
J’ose espérer que notre démocratie sera encore plus forte.

En effet, notre justice sans état d’âme, châtie tous ceux qui pensent s’opposer à la volonté d’Allah le Clément. Et s’il y a encore des innocents qui n’ont pas été jugés, nul doute qu’ils le seront avec un peu de patience. Tu as bien raison de clamer du haut de notre Chambre des élus, que la démocratie est compatible avec l’islamisme, tout en demandant de rester vigilant au cas où une contre-révolution s’organiserait, comme ce fut le cas en Egypte.

Et si par malheur cela se réalise, j’espère que plusieurs MAM viendront nous aider comme celle que nous a envoyée si gentiment, l'aimable Sarko. Il nous faudra non pas des bombes lacrymogène mais plutôt des balles qui provoquent des crises cardiaques pour les impies. Tu as aussi salué notre prochaine constitution dont on dit qu’elle est la meilleure du monde. Je conseille au peuple de France et de Navarre de s’en inspirer. Elle aura le même effet que la Déclaration des Droits de l’homme. 

Mon cher cousin, comme on te l’a bien signalé, la situation administrative, économique et financière n’est pas brillante. Mais tu le sais mieux que moi, une  révolution risque bien de rencontrer moult difficultés. Notre « Guide Suprême » éclairé par Allah et son prophète, est en train d’y remédier en cassant l'administration centrale, régionale et locale. Sa clairvoyance est limpide : en chassant les mécréants, résidus des anciens systèmes mis en place depuis la colonisation, il les remplace par de bons musulmans ayant passé de longues années en prison et rétablit l'ordre d'Allah. Et s‘ils n'ont aucune expérience pour diriger ne fut-ce qu’une petite PME, ils finiront bien un jour par faire mieux et notre pays, qui est au bord du gouffre, fera plusieurs pas en avant. Telle sera la volonté divine.

C’est pourquoi je te bénie pour avoir décidé de nous offrir un super plan économique, financier et sécuritaire pour consolider notre Pouvoir. Je suis certain que les chefs d’entreprises qui t’ont accompagné sont mobilisés comme un seul homme, pour nous venir en aide et non pas chercher à gagner des sous comme certaines méchantes langues l'ont dit, car faire de l'argent sur le dos des pauvres est un acte fortement dénoncé par Allah. Le Coran et les Hadiths sont très fermes sur ce point.

Mon adoré cousin, il faut rassurer le monde quant à notre révolution usurpée à ceux qui ont chassé Ben Ali et sa clique. Avec le parti de l’ex-militant des droits de l’homme et actuel Président provisoire de la République et ses anciens alliés, nous avons constitué des comités de dizaines de milliers de miliciens, surarmés et surentraînés, prêts à en découdre avec tous les mécréants, si jamais ils veulent nous chasser du Pouvoir. 
Ordre est donné de tabasser héroïquement les mécréants journalistes, artistes, écrivains, magistrats, avocats, enseignants, corps médical, grévistes, sit-ineurs, syndicalistes, chômeurs diplômés ou pas, victimes ou blessés de la révolutions et leurs familles. Et même s’ils forment la majorité du peuple, seule une bonne baffe, petite, moyenne ou grande peut les ramener sur le droit chemin d’Allah. 

Pour l’enseignement, nous avons commencé à mettre en place tout un plan pour le reprendre en main et le purifier de ces idées étrangères à notre monde arabe et musulman. Tu vas voir comment nous allons détruire les repères de l’Occident décadent et de la francophonie dans les écoles, les lycées et les universités. Et si ces dernières sont classées parmi les dernières au monde, tu vas les voir comment elles vont retrouver le niveau de leurs sœurs du Golfe où la parole d’Allah est enseignée même en médecine et en arts martiaux.
Quant aux lycéens, il est drôle de constater qu’une minorité d'élèves continue à user ses pantalons sur les bancs des lycées; et comme des imbéciles, ils arrivent à obtenir le bac sans frauder.
Où va le modernisme si nos jeunes refusent les techniques actuelles bien répandues chez nous ?

Toujours dans le secteur de l’enseignement, nous avons lancé des crèches et des jardins d’enfants tenus par des femmes voilées ou niqabées et de jeunes barbus dans les koutabs des quartiers et des mosquées pour former une génération pieuse dès le berceau.
Tu as vraiment raté l'occasion de voir ces petites gamines voilées ou portant des niqabs colorés, comme des anges du ciel; et ces gamins habillés à l’afghane portant des sabres et appelant à tuer les mécréants juifs ou autres. Je ne comprends pas pourquoi ils ne les ont pas emmenés à l’aéroport pour t'accueillir à ton arrivée et te saluer à ton départ ? Dommage ! Peut-être que la prochaine fois ils le feront.

Nous avons chassé les imams des mosquées car ils ne comprennent rien à la parole divine et au Saint Coran. Nous les avons remplacés par nos propres imams hautement formés par des prédicateurs venus spécialement d’Arabie ou par les militants de notre « Guide Suprême », qu'Allah le bénisse. Nous avons cédé des centaines de mosquées aux salafistes, ses enfants; même si bon nombre d'ente eux ont pris les armes contre leur géniteur en se cachant dans nos montagnes et dans nos forêts. 

Mon héroïque cousin, nous allons passer un texte de loi qui va barrer la route à ses résidus de l’ancien système en leur interdisant toute activité politique, surtout ceux qui ont de fortes chances de gagner les prochaines élections. D’ailleurs nous sommes en train de tailler un texte sur mesure pour gagner ces dernières.
Nous avons bloqué tous les textes qui osent offrir une justice transitionnelle, ou un pouvoir judiciaire indépendant, ou une presse libre donc mécréante; comme nous avons bloqué aussi le droit de grève car c'est un acte malsain.

Après la mise à l’écart des résidus de l’ancien système, notre programme d'épuration ne s'arrêtera pas là. Nous allons nous occuper sérieusement des Tunisiens de gauche et des communistes qui sont athées, comme tu le sais. Le dernier acte sera de nous débarrasser de nos fameux alliés, partageant encore avec nous des miettes du pouvoir. Cela doit te rappeler bien sûr, vu ta haute formation politique, la lumineuse démocratie dans les pays islamistes du Golfe, du Soudan, de l’Iran, de Gaza, du Yémen, de l’Afghanistan et dans tant d'autres pays africains ... ou encore celle de l’Italie fasciste et de l‘Allemagne Nazie, pour que tu comprennes mieux !
Après tout, tous ces régimes ont été élus démocratiquement et nul n’a le droit de contester la voie des urnes. 

Enfin, mon stratège cousin, c’est être fidèle à Allah que d’immuniser notre révolution et d'exterminer tous les mécréants partout où ils sont. Ton devoir doit être le même que celui de tes prédécesseurs ou de celui des pays occidentaux, USA en tête. 
Financez-nous et nous serons vos alliés et votre muraille de Chine pour défendre votre protégé Israël !

Et le nouveau Satan, sera tout mécréant arabe qui osera se révolter contre vous et refusera la parole de Dieu dictée par nos prédicateurs wahhabites. Laissez-nous faire chez nous ce qu’ils nous dicteront comme fatwas pour régler notre vie quotidienne, car nous sommes indépendants. Sinon, nous te traiterons, toi et les tiens, de vils colonisateurs si tu t'avises de nous critiquer. Ce que notre "guide suprême" a déjà dénoncé comme une intolérable ingérence de la France, quand ton courageux ministre de l'intérieur, Manuel Valls a osé dire qu'il ne faut pas confondre Islam et islamisme; lui qui ne trouve rien à redire à propos de l'ingérence qatarie qui n'en est pas une pour lui, puisqu'il considère l'émir comme le futur Calife. 

N’oublies pas d’embrasser en mon nom et au nom de mes concitoyens, le peuple de France et pardonnes surtout au tiers des élus d'Ennahdha d’avoir boycotté ton discours à l'Assemblée Nationale.
Et même si ceux qui étaient présents ne comprennent pas un mot de la langue de Molière, pardonnes-leur, car il faut que tu saches que leur chef Ghannouchi, simple instituteur d’arabe de son état, est déclaré docteur en philosophie à la … Sorbonne. Lui qui ne connait pas un traître mot du français.

Mais comme tu le vois, la volonté de Dieu est immense.  


NB : L'article m'a été soumis par son auteur. Avec son approbation je l'ai corrigé et complété sans trahir l'esprit de l'auteur. La version originale telle que rédigée par Mahmoud Bedoui, se trouve sur Tunis Tribune où il l'a faite publiée.

Mahmoud Bedoui est l'auteur du livre : Les faucheurs de l'inculture


samedi 6 juillet 2013

FAUT-IL PACTISER AVEC LES ISLAMISTES ?

Il est faux et dangereux de croire ou de faire croire que les Frères musulmans nahdhaouis sont indispensables et incontournables pour la vie politique tunisienne !
C'est un parti qui refuse la démocratie parcqu'il est fasciste : les tunisiens l'ont découvert à leur dépens en très peu de temps !!  

Article paru dans : 

L'islamisme politique mourra tôt ou tard, comme toutes les idéologies liberticides.
Or une question se pose aujourd'hui. Que doit-on faire des islamistes ?
Cette question se pose avec acuité en Egypte bien sûr, mais aussi en Tunisie et ce n’est pas une question simple mais il faut s’y confronter et ne pas la fuir car rien ne serait pire que de vouloir ignorer ce problème.

A la suite du mouvement "tamarroud" (rébellion) en Egypte et des événements qui l'ont suivi, le nouveau pouvoir, au moment où il va organiser les prochaines élections devra prendre position.

La démocratie voudrait que ce courant de pensée soit autorisé à participer à la compétition, à moins que la nouvelle Constitution interdise les partis religieux et rejette toute instrumentalisation de la religion à des fins politiques !

Pourquoi ? Parce que nul n’a le monopole de la religion et qu’un parti politique qui se fonde sur la religion, a la prétention d’en imposer aux autres puisqu’il déclare appliquer la parole de Dieu et cela est une évidente rupture d’égalité.
Or l’égalité entre les partis doit être la règle absolue.

Faut-il rappeler que la constitution de 1959 interdisait déjà et clairement les partis religieux ! (article 8).

L’interdiction de tels partis, devrait aussi être souhaitée par tous les musulmans sincères pour lesquels l’instrumentalisation de la parole de Dieu est la pire offense que puissent lui faire les hommes. Tout parti aspire à accéder au pouvoir, et c’est légitime. Mais Dieu n’est pas là pour venir à la rescousse d’un combat politique!

Ces partis se donnent le droit de traiter leurs opposants de mécréants, pour les exclure de la vie publique et politique, se mettant ainsi, sans vergogne, à la place de Dieu pour juger les hommes !

Qui tolérerait que des énergumènes, souvent ignares, se permettent de le juger ? Dieu seul en a le pouvoir.
Ces façons d'agir qui sont, inhérentes aux partis religieux, ne sont pas tolérables et les musulmans sincères ne peuvent, en réalité, que s'associer à cette demande d'interdiction des partis qui usent et abusent de la religion.

Enfin ces partis islamistes, sur quel Islam se fondent-t-ils ? Sur le malékisme pratiqué depuis des générations par les Tunisiens et qui a façonné l'identité tunisienne ou plutôt sur  le wahhabisme venu des monarchies de la péninsule arabique et que les tunisiens, en leur temps et grâce à des imams éclairés, ont déjà rejeté ?

Une autre raison d'interdire ce genre de partis c'est, quoiqu'en disent leurs chefs, leur culture de la violence. La preuve ? Ils ont soutenu et n'ont jamais voulu interdire les Ligues dites de "Protection de la Révolution" qui ne sont que des officines fascistes qui ont toujours la menace à la bouche et encore tout récemment.
Récemment aussi, le fils du Premier ministre Ali Larayedh, excusez du peu, appelait au jihad en Egypte ! Outre le ridicule de cette proposition, elle démontre cette culture de violence que la démocratie ne doit pas tolérer.

Il y a donc de multiples raisons de fond pour que constitutionnellement soient interdits les partis fondés sur la religion, une religion qui appartient à tous et dont les islamistes ne sauraient avoir un quelconque monopole.

Si toutefois l’on ne va pas jusqu’à interdire ce genre de partis qui dénaturent le débat démocratique, faut-il alors, comme on l’entend trop souvent, pactiser avec eux, s’allier avec eux au nom d’un prétendu intérêt général, au nom d’un prétendu consensus ?
Sur cette question il faut que les partis soient très clairs et disent sans faux fuyant ce qu’ils feront en cas d’élection. Car les Tunisiens ont mal vécu la trahison de Mustapha Ben Jaâfar et celle de Moncef Marzougui, qui ont juré qu'ils ne s'allieraient pas aux islamistes avant les élections et, on a vu, ce qu'il en était de leurs promesses pour, au demeurant, un résultat pitoyable!

Je prétends quant à moi, qu’il ne faudra jamais faire ce genre d’alliance et si les islamistes n’ont pas à eux seuls la majorité, ils ne doivent recevoir l’appui d’aucun parti progressiste.
Pourquoi cette règle ?
D’abord parce que l’expérience a montré qu’une telle alliance était vouée à l’échec et que les partis qui s’y sont livrés, au mépris de ce qu’ils avaient annoncé à leurs électeurs, ont perdus toute crédibilité et se sont affaiblis considérablement laissant le champ libre aux islamistes qui ont mené leur politique désastreuse.

Mais en dehors des leçons de l’expérience, il y a surtout une question de fond essentielle et que les partis doivent trancher au risque de se discréditer.
Peut-on, en effet, faire une alliance politique entre deux partis dont les valeurs sont totalement opposées ?

Or il semble que "Nida Tounes" (Appel de la Tunisie), est tenté de rééditer l'expérience du CPR et d'Ettakatol, que d'aucuns l'ont perçu comme une grande trahison !

A-t-on idée de voir des socialistes français gouverner avec le FN ?
Le mariage de la carpe et du lapin ne donne rien dans la nature ... et ne produit rien de bon non plus en politique ! D'autant que le parti en question croit détenir la vérité d'Allah lui-même ... et donc n'admettra jamais qu'on conteste sa volonté, entendez la volonté divine dont ils se persuadent qu'ils en sont les dépositaires !
En deux années d'expérience Nahdhaouie, tout le monde a pu vérifier cette vérité sur le terrain : morgue et mépris pour tout opposant !

Il y a encore une mesure qui doit absolument être prise avant les élections, c’est celle portant interdiction aux partis politiques d’être financés directement ou indirectement par des pays étrangers. Ce que stipulait déjà la constitution de 1959 assimilant le financement d'un parti par l'étranger à une ingérence relevant de la haute trahison !

Il est clair que le Qatar, pour ne pas le nommer, à financé et de manière très large le parti Nahdha, comme il a financé les islamistes en Egypte, même s'il est probable que ce financement va heureusement se tarir depuis que le nouvel émir a reçu l'injonction américaine de rompre avec les "pratiques" de son père en matière d'islamisme et de soutien aux "Frères Musulmans" que chapeautait l'horrible Youssef Qaradhaoui, sa "référence" spirituelle qui lui pondait les "fatouas" (lois religieuses) nécessaires pour appuyer sa politique "étrangère" hégémonique sur le monde dit "arabo musulman" !

Ces financements, outre qu’ils montrent de manière évidente l’intervention d’un pays étranger dans la politique intérieure des pays, met à mal l’égalité qui doit régner entre les partis compétiteurs.
C’est inacceptable et cela ne doit pas être accepté.
Est-ce vraiment trop demander ?

Il faut donc condamner les financements non seulement des partis par l’étranger mais aussi le financement d’œuvres diverses soi-disant caritatives et qui ne sont que des officines de certains partis dont Ennahdha use et abuse au vu et au su de tout le monde !
Mais inscrire cette interdiction, c’est aussi se donner les moyens de la faire respecter en donnant à la justice des moyens d’enquêter et de sanctionner les contrevenants.

Maintenant demandons-nous ce qui pousse les partis à envisager de s'allier avec les islamistes. Le souci de parvenir ainsi plus facilement à une majorité pour gouverner, avec l'illusion qu'ils maîtriseront les islamistes ? On a vu ce que cela a donné. Les Tunisiens veulent-ils recommencer l'expérience ? La traîtrise de Marzougui et Ben Jaafar leur a laissé un goût amer.

Les partis qui admettent ce genre d'alliance, le font-ils par crainte de la violence des islamistes s'ils ne sont pas associés au pouvoir ? La peur de la violence et du terrorisme de leur pseudo "ligues de protection de la révolution" qui ne sont rien d'autres que la milice d'un parti fasciste, les terrorisent-ils au point d'accepter l'inacceptable ?

Si c'est le cas, c'est choquant car cette peur est mauvaise conseillère.
Devrait-on associer au pouvoir des personnes parce qu'elles vous menacent ?
Céder à la peur est indigne d'un homme politique !

Cette attitude ne portera, à la longue, aucun fruit car on ne peut bâtir une politique et le destin d'un pays sur la peur. Contre les menaces de violence, la seule solution est la lutte et la répression. Ce qui a perdu les islamistes en Egypte et qui perdra les islamistes en Tunisie, c'est qu'ils ne connaissent que la violence et n'ont pas le sens du dialogue et du compromis. Elus, ils croient qu'ils peuvent tout se permettre. Ils ont fini par croire que le  peuple leur a accordé un chèque en blanc; comme ils ont fini par se prendre pour le peuple !
Peuples qui se sont beaucoup abstenus lors de leurs élections aussi bien en Tunisie qu'en Egypte ! Faut-il le rappeler.

D'autres ont fini par se convaincre ou s’obstinent à croire, que Ghannouchi est indispensable pour la vie politique en Tunisie et surtout incontournable pour gouverner ce pays ! Ils ont tort.

Si les progressistes ne sont pas fidèles à leurs valeurs et s'ils se compromettent avec les islamistes, c'est l'échec annoncé et, de nouveau, la nécessité pour le peuple de réagir avec les dégâts que cela entraîne sur le développement économique, social et culturel du pays.

Pour résumer, l'interdiction des partis fondés sur la religion paraît souhaitable mais si l'on ne veut pas en venir à cette règle de bon sens, au moins qu'il n'y ait aucune alliance des partis progressistes, soucieux de liberté, de réelle démocratie et de progrès avec des obscurantistes qui ont fait, de nouveau, de la religion l'opium du peuple.

Rachid Barnat

mercredi 3 juillet 2013

Le fiasco du slogan « l'islam est la solution » !



Sur les bords du Nil, le fiasco du slogan « l'islam est la solution » doit faire réfléchir nos gouvernants et les députes de l'ANC !

A l’heure où le général Rachid Ammar parle d’une « somalisation » du pays et que l’ANC offre un spectacle agité aux Tunisiens, à l’heure où un parti rêve d’instaurer le califat et que des baigneurs sont pris à partie par des barbus près de Raf raf, les énormes manifestations contre le pouvoir des Frères Musulmans sur les bords du Nil et son funèbre cortège de 16 morts et de 800 blessés devraient faire réfléchir nos décideurs et les amener à tout mettre en œuvre pour éviter à notre pays une telle lutte fratricide.  

Mohamed Morsi a été élu avec 15 millions de voix et un taux d’abstention record, conséquence d’un duel qui a dégoûté un grand nombre d'égyptiens devant choisir entre la peste et le choléra, entre un islamiste et un ancien ministre de Moubarak.

Dimanche 30 juin 2013, anniversaire de l’élection de ce président par défaut, 22 millions d'égyptiens ont signé une pétition demandant son départ.  Initialement, le choix des Frères s’était porté sur le millionnaire Khairat al Chater. Ce « saint » homme était l’ennemi des syndicats et le fervent partisan du libéralisme le plus débridé. Il a été écarté de la présidentielle par décision de justice.    

La présidence Morsi s’est révélée catastrophique à tout point de vue. Elle a installé le chaos sur les bords du Nil. Ainsi, fin mai 2013, la route Abou Simbel-Assouan a été coupée par des paysans qui réclamaient de l’eau d’irrigation pour leurs champs,  prenant  en otage plus de 500 touristes.  Pour l’ingénieur Morsi, la fidélité clanique passe avant les compétences. L’Egypte est un « butin » que la Providence a mis entre les mains des Frères et qu’il s’agit d’exploiter… comme le faisaient Jamel Moubarak et les siens ? « Les Frères Musulmans ont utilisé les élections pour monopoliser le pouvoir, dénigrer les adversaires et affermir les liens avec les islamistes radicaux » écrit l’éditorialiste du New York Times (01 juillet 2013)

L’Égyptien aujourd’hui attend entre 3 et 5 heures pour parvenir à faire un plein d’essence. Les coupures du courant électrique désorganisent la vie des gens et frappent d’impuissance l’économie. Les touristes fuient le pays et le pouvoir n’a rien trouvé de mieux pour les attirer que de nommer à Louxor - un haut lieu touristique - un gouverneur lié à des groupes terroristes qui ont assassiné une soixantaine d’étrangers en 1997. L’inquiétude taraude les Égyptiens qui craignent une pénurie de blé et donc de "ich" (le vivre, le pain) - Le Caire étant le plus gros importateur de blé de la planète. Le nombre de viols a explosé - pour éloigner probablement les femmes des manifestations populaires - et donné, incidemment l’occasion à Obama de se mêler des affaires de l’Egypte par son appel téléphonique à Morsi lundi soir. Lundi premier juillet, face aux millions de manifestants et face à la dévastation de leur luxueux local du Moqatam au Caire, les responsables de Frères Musulmans n’ont rien trouvé de mieux que d’accuser la minorité copte (10 à 15% de la population). Celle-ci a déploré des dizaines de morts en 2011 (attentat contre une église à Alexandrie le Jour de l’An 2011 et attaque de l’armée rue Maspéro au Caire contre des manifestants coptes réclamant l’égalité d’accès aux hautes fonctions en octobre). Ce faisant, les Frères n’ont qu’une visée : accélérer l’exode de ces chrétiens qui, avec les laïcs et les femmes, refusent l’inscription de la charia dans la Constitution du pays. 

Fadéla M’Rabet – la grande romancière algérienne - ne définit-elle pas la charia comme « l’ensemble des lois machistes, décrétées valables pour tous les temps et en tous lieux par des clercs névrotiquement misogynes, qui ont réussi à abolir la mixité» ? (in « La salle d’attente ») En Tunisie, l’urgence est que force reste à la loi et non aux  LPR. 

Nous qui chérissons l’Egypte et que ces développements tragiques désolent, ne pouvons que regretter ces drames provoqués par l’aveuglement des Frères. Nous ne pouvons que nous souvenir qu’en ce même mois de juillet, en 1956, le Colonel Nasser a rendu aux Arabes et aux peuples colonisés leur fierté et porté à l’impérialisme un coup d’une témérité inouïe: la nationalisation du Canal de Suez. Cet acte révolutionnaire provoquera l’agression franco-anglo-israélienne. Les Frères Musulmans à l’époque ne portaient guère Nasser dans leur cœur et n’avaient qu’une exigence à présenter : le port du  voile pour dix millions d’Egyptiennes alors que la fille du Morchèd suivait les cours de  la Faculté de Médecine du Caire tête nue ! Le double langage et la casuistique des Frères ne datent donc pas d’hier. Aujourd’hui, le résultat de cette parole viciée et de leur politique de gribouille est hélas trop onéreux pour le peuple égyptien dont 50% vit avec à peine deux dollars par jour tandis que l’eau de cuisson des fèves – fèves qui constituent aliment de base - se vend, m’a confié un ancien ministre ! Les prix de certains produits alimentaires ont augmenté de 30%. Triche et faux semblant ne sauraient résoudre les problèmes dans lesquels se débat le peuple, ce peuple qui, comme le nôtre, a pris la parole et n’a plus peur ni des moukabarat ni des baltajia ni des foulouls. Les Frères sont aujourd’hui dépassés par ces masses qu’ils prétendaient représenter. Deux ans après la chute du dictateur, de sa clique et de ses médias, quelle dégringolade pour ces Frères qui attendaient la prise du pouvoir depuis 80 ans! Mohamed Morsi et les Frères,  comme tous ceux qui veulent dépouiller la jeunesse arabe de sa révolution pour s’éterniser au pouvoir, devraient méditer cette pensée de Karl Marx : « L’histoire ne fait rien ; c’est l’homme réel et vivant qui fait tout. »
Imposer une camisole de force islamiste au pays se révèle impossible et ne résout aucun des fléaux de l’Egypte moderne. 

Imposer une Constitution concoctée à la va-vite par les Frères et qui ignore les aspirations profondes à la modernité du pays de Saâd et Safia Zaghloul est une hérésie. « Le printemps arabe n’est pas promis à l’hiver islamiste » écrivait à juste titre un journal parisien mardi matin. La Constitution promise par Morsi devait se construire sur le consensus et non sur la préservation des intérêts des Frères. Les Egyptiens se sont sentis trahis par le sectarisme de Morsi et le manquement à la parole donnée. Par millions ils ont alors battu le pavé pour exprimer leur frustration en criant « Justice sociale » et « Stop à la violence d’Etat ». 

Jaber Salah –connu sous le sobriquet de Jika par ses amis- n’avait que 16 ans quand il a été assassiné, en décembre 2012,  lors d’une manifestation qui immunisait Morsi de toute poursuite judiciaire. Juste avant de partir pour manifester, il a écrit sur sa page Facebook : « Si je ne reviens pas, je demande aux gens d’entretenir la flamme de la Révolution et d’exiger nos droits. » (The Guardian, 02 juillet 2013)

La monopolisation de la vie politique au bénéfice des seuls Frères a été massivement condamnée par les manifestants du Caire à Alexandrie et de Port Saïd à Assouan. Même si des éléments de l’ancien régime y mettent leur grain de sel toxique pour récupérer leurs prébendes. Depuis la chute de Hosni Moubarak, écrit Jack Shenker, envoyé du Guardian de Londres au Caire, « les militaires, l’appareil sécuritaire, les ploutocrates se sont efforcés de protéger  de l’agitation révolutionnaire le statu quo égyptien » alors que,  de leur côté, « les Frères Musulmans ont fait de leur mieux pour maintenir et conserver le caractère autocratique de la politique égyptienne et de mettre de côté les demandes des révolutionnaires mais, ce faisant, ils ont fait éclater l’étincelle de la réaction brutale de la population. » (The Guardian, 02 juillet 2013)

Mohamed Morsi – tout comme certains chez nous aussi - brandit à tout bout de champ sa « légitimité » sortie des urnes. Las ! Cette « légitimité » aura accouché d’un bâton de général et risque d’enterrer la démocratie en ramenant les militaires au pouvoir- militaires dont la gestion, il y a à peine dix mois,  s’est révélée fort calamiteuse après la chute de la maison Moubarak.  Pour le révolutionnaire français Robespierre, la révolution est fondamentalement illégale… mais légitime parce qu’accomplie par le peuple, seul détenteur de la souveraineté. Si le peuple délègue sa souveraineté, il est en droit de la récupérer lorsque les magistrats qu’il s’est donnés menacent ses droits inaliénables - reconnaissance claire du droit à l’insurrection. 

« L’islam est la solution » n’a malheureusement aplani aucune des difficultés de l’Egypte. L’Islam est foi. Il n’a rien à voir avec les affaires de ce bas monde où certains font de la politique qui « exige beaucoup de mensonges » affirme l’ancien Premier Ministre français Michel Rocard.

Gardons-nous en Tunisie de refaire les mêmes terribles erreurs que Morsi et ses amis et donnons son sens noble à la direction des affaires de la Cité : la politique au profit des jeunes, des régions oubliées et fortifions la société civile,  la culture et le sentiment démocratique. 

Quant à l’Egypte, notre cœur bat à l’unisson du sien et notre souhait le plus vif est que le dialogue prévale et que cesse l’effusion de sang…le sang de tous les Jika dont l’Egypte et le monde arabe ont tant besoin.


lundi 1 juillet 2013

A QUELQUE CHOSE MALHEUR EST BON

 Ci-GÎT Le MOUVEMENT DES Frères Musulmans
Né le 22 mars 1928
mort le 30 juin 2013

Certains se lamentent et regrettent que les révolutions aient permis l'arrivée au pouvoir, des islamistes. Ils ont tort.
Les « printemps arabes » ont eu, au moins, un mérite, et il n’est pas mince, c’est d’avoir ouvert les yeux aux peuples concernés mais aussi partout dans le monde, sur l’islam en politique, autrement dit sur l'islamisme.

Il est bon, qu’à la suite du renversement des dictateurs en Tunisie et en Egypte, des islamistes aient été élus et qu’ils aient accédé au pouvoir à la faveur de majorité absolue ou relative et, dans certains cas, grâce au soutien de prétendus démocrates comme cela a été le cas en Tunisie où Messieurs Moncef Marzouki et Moustapha Ben Jaâfar, trahissant l’engagement qu’ils avaient pris devant leurs électeurs, ont permis à Ennahdha d’accéder à la majorité.

Que cela a été une bonne chose, ce n’est évidement pas pour le pays lui-même car, en quelques mois, ces islamistes dont certains prétendument "modérés", ont conduit leurs pays à une réelle régression, notamment, économique et sociale. Il suffit de voir l’état de la Tunisie aujourd’hui et l’état de l’Egypte pour voir, sans être expert, la régression provoquée en si peu de temps.

Ces islamistes dit "modérés", ont renoué très rapidement, aussitôt devrait-on dire, avec les pratiques des dictateurs chassés : le népotisme ou la nomination des parents et amis sans aucune référence aux capacités, l’affairisme et la corruption, l’instrumentalisation de la justice et les atteintes aux libertés !

Tout cela a donc été un mal réel pour les pays, mais cela a été aussi un bien majeur car les peuples ont pu se rendre compte de ce que les islamistes faisaient du pouvoir et ils ont compris que ces « hommes pieux » étaient des ambitieux hypocrites; et que ce qui les intéressaient avant tout ce n’était pas l’intérêt supérieur de leurs pays mais le pouvoir, l’argent, l'affairisme et favoriser leurs parents et proches. Ceux qui les ont cru "honnêtes craignant dieux", ont découvert à quel point ils sont aussi cupides que stupides et des hommes sans foi ni lois !

Eh bien je dis que cette leçon partout, est une excellente chose.
Si les islamistes n’avaient pas obtenu le pouvoir, ils auraient continué à se présenter en victimes et les peuples auraient pu continuer à croire aux miracles qu’ils promettaient.
Les peuples les ont vu aux manettes ! Et c’est très bien.

Les peuples ont pu également comprendre, et cette leçon laissera des traces très importantes, que lorsqu’un parti s’appuie sur la religion, il ne peut pas être modéré ni admettre les libertés; et qu’il a, nécessairement dans sa nature profonde, une tendance totalitaire; puisqu’il est censé appliquer la parole de Dieu ... en ce basant sur la chariâa qui, selon les islamistes, en est le prolongement, des "savants" ayant explicité le Coran ! Et comme telle, la chariâa est aussi immuable que le coran !
Ce qui est une absolue hérésie d'associer la parole de l'homme à celle d'Allah !
Les peuples ont, enfin, compris, qu’utiliser la parole de Dieu pour exercer le pouvoir était la pire des choses.

Ces islamistes par leurs incompétences, leurs abus en tout genre, ont aussi montré à une frange de plus en plus large des peuples que la religion ne doit pas intervenir en politique et qu’elle doit rester là où elle aurait dû demeurer : dans le cœur des hommes et dans les mosquées !

Finalement les islamistes auront, à leur cœur défendant, fait progresser comme jamais l’idée de laïcité dans les pays dits "arabes".

Les peuples ont aussi bien mesuré que l’Islam qu’il prenait pour un tout, comportait des obédiences diverses et variées et que, notamment, le Wahhabisme, mal connu en Afrique du Nord, qui fut rejeté en son temps, était un cancer mortel, propagé à coup de milliards par les pétro monarques d'Arabie et du Qatar !

Ces peuples ont ouvert les yeux et ont compris que le Wahhabisme était en réalité un système politico religieux machiavélique, une idéologie totalitaire instrumentalisant la religion pour mieux asservir les peuples et les rendre plus facilement colonisables !
C'est pourquoi les patriotes les plus pieux, ont commencé à comprendre et à se révolter contre ce nouveau colonialisme et ceux qui le permettent : les islamiste "Frères musulmans" au pouvoir aussi bien en Egypte qu'en Tunisie.

Qui dira, après cela que les printemps arabes n’ont pas été bénéfiques ?
L’islamisme, j’en suis convaincu, sera vaincu, éliminé sans violence par les urnes, ou par la violence s’il ne s’incline pas devant la volonté populaire; et il ira mourir de la mort des idéologies inhumaines. On le retrouvera dans le cimetière des grandes idéologies liberticides : le nazisme, le fascisme, le communisme, le pan arabisme et le pan islamisme.

N'assiste-t-on pas, déjà, aux prémices de ce déclin avant coureur de la chute finale ?
Il semble - l'avenir nous le dira plus clairement - que le changement d’Émir au Qatar n'est pas seulement un changement d'homme mais un refus clair de soutenir aveuglément les islamistes de tout bord.

Si l'expulsion du cheikh Youssef Qaradaoui, celui par qui le malheur est arrivé dans le monde dit "arabo musulman" quand il pondait les "fatouas" contraires à l'esprit et à la philosophie même de l'Islam, pour appuyer et servir la politique hégémonique de son maître l'émir du Qatar, se confirmait; ce serait bien un signe sérieux que l'islamisme va vers sa chute. Ce qui se passe en Egypte avec le mouvement "tamarroud" (rébellion) contre les islamistes, est un autre de ces signes.

Je prends date, ici, et je prédis la chute de l'islamisme politique, demain, après demain, dans quelques années, probablement dans la douleur ? Je ne sais. Mais une idéologie aussi liberticide, aussi mortifère, aussi régressive et qui n'apporte strictement rien à l'humanité en terme de progrès, ne peut avoir d'avenir !

Alors gare à ceux qui, par ambitions personnelles où parce qu'ils ne sont pas à la hauteur de ce que l'histoire attend d'eux, feraient des alliances contre nature avec les islamistes.

Les peuples et l'histoire ne le leur pardonneront pas.

Outre le malheur de l'islamisme qui s'est abattu sur "le printemps arabe" à la faveur d'une révolution que les islamistes n'ont pas faite mais qui ont su récupérer, et tant mieux qu'ils soient parvenus au pouvoir pour montrer au monde entier leur incapacité à gérer un pays; 

il en est de même des pétromonarchies qui ont cru surfer sur le printemps arabe pour étendre leur hégémonie sur des peuples qui ne leur demandaient rien. 
En s'invitant dans les révolutions tunisienne, égyptienne, libyenne, syrienne, yéménite et bahreïnite ... les pétro monarques ont permis au monde entier de découvrir leur triste réalité : cupides, stupides, arrogants, sans foi ni loi maniant la traîtrise entre frères ennemis (Qatar et Arabie...), et dont le système de gouvernance repose sur un système-politico religieux théocratique, totalitaire et archaïque inculquant l'obscurantisme et "l'ignorance sacrée" aux peuples pour mieux les dominer ! 

Rachid Barnat

Les appels au jihad du mufti du Qatar Yûsuf al-Qaradhâwî et le silence assourdissant de ses zélateurs

Haoues Seniguer
Enseignant chercheur 
à Sciences Po Lyon
Sur la question sensible du "terrorisme" dans l'Hexagone, il y a le problème préoccupant du départ de concitoyens musulmans vers la Syrie. Ils partent faire le djihad, de leur propre point de vue et celui des gourous qui les y encouragent. Ceci, à très juste titre, inquiète aussi bien les autorités de notre pays que des parents ou citoyens. Bien sûr, l'écrasante majorité des musulmans de France vit en parfaite harmonie avec les autres sociétaires, dans une observance stricte des valeurs de la République laïque. Cette majorité ne se reconnaît aucunement en l'idéologie islamiste.
L'expression "autoradicalisation" parfois invoquée, aux fins de décrire spécifiquement les dérives violentes isolées de certains musulmans, est néanmoins ambivalente. Un tel concept, à savoir l'autoradicalisation, fait effectivement l'impasse sur les doctrines ou déclarations de certaines autorités théologico-politiques, à l'instar de Yûsuf Al-Qaradhâwî, télé-prédicateur vedette d'Al-Jazira, auteur, une fois de plus, d'une nouvelle saillie qui fait froid dans le dos: "Le djihad en Syrie est désormais un devoir qui incombe à tous les musulmans (...) Le consentement parental n'est pas nécessaire dans ce cas."
Le mot djihad, on le sait en tant qu'arabisants, est évidemment polysémique. Mais est-il bien prudent de l'agiter dans un contexte de guerre ou de conflits sanglants qui touchent aujourd'hui le monde islamique, à l'image de la Syrie, de la Libye ou de l'Irak? Ce même Y. al-Qaradhâwî déclarait encore il y a peu que "les alaouites sont plus mécréants que les juifs et les chrétiens"! D'un coup d'un seul, il se fait judéophobe, christianophobe et partisan de l'accentuation du clivage confessionnel entre chiites et sunnites. Il n'est du reste pas à son premier coup d'essai.
Y. Al-Qaradhâwî, mufti du Qatar, est le parrain du CILE (Le Centre de recherche pour la Législation islamique et l'Éthique) que dirige le prédicateur Tariq Ramadan? Faut-il rappeler également que le théologien qatari, épinglé à plusieurs reprises pour judéophobie caractérisée et appels répétés au crime, est le maître spirituel de Nabil Ennasri, président du Collectif des Musulmans de France (CMF). Ce dernier n'a de cesse de faire la chasse à ceux qui disent du mal du Qatar. Dans une conférence intitulée "La situation actuelle à Gaza et en Palestine" qu'il a donnée le 4 juin 2011 à la mosquée de Guitard au Puy-en-Velay [1}, le militant rendait un vibrant hommage à Y. al-Qaradhâwî qu'il considère comme l'un des plus grands Savants de l'islam. Ceci explique sans doute l'indulgence dont il fait preuve à l'endroit du cheikh. Jamais il ne remet ouvertement en cause le prédicateur qu'il tient en haute estime! En fait, on ne peut comprendre la qatarophilie du "qatarologue" que par son islamistophilie. C'est l'auteur de L'Énigme du Qatar en personne qui écrit : "L'utilisation de la figure du Cheikh Al Qaradhawi offre, dans cette optique, le double avantage d'exprimer la spécificité du Qatar en des termes religieux et de soutenir la politique de libéralisation promue par l'émir et son épouse; "en adoptant une posture religieuse qui souhaite intégrer les acquis positifs de la modernité occidentale au sein du corpus juridique islamique, le dignitaire donne naissance à un nouveau courant de pensée qui exprime l'expression modérée de l'islam politique". Le président du CMF, lequel a soit dit en passant été évincé depuis peu du centre islamique Tawhid de Saint-Denis, précisément pour complaisance à l'égard de l'émirat, offre une lecture eschatologique et hautement confessionnelle de la tragédie syrienne. Il donne dans un prophétisme messianique dont il est coutumier.
N. Ennasri est le produit le plus abouti de la duplicité inhérente à une forme d'islam politique qui encourage les vertus de la dissimulation (al-taqiyya) et du double discours. En effet, le président du CMF utilise deux comptes Facebook: l'un, sous une dénomination officielle (Nabil Ennasri), à destination du grand public, notamment des journalistes, l'autre, sous un pseudonyme (En mode Crsept Aze), comme l'a récemment révélé Jacques-Marie Bourget, au moyen duquel le militant français de l'islam politique exprime ses véritables convictions idéologiques et ses aspirations métaphysiques. Il magnifie effectivement l'idéologie des Frères musulmans. Par ailleurs, il reprend à son compte les accents messianiques de L'Union Mondiale des Oulémas Musulmans et n'hésite pas à rallier la lecture eschatologique et confessionnelle du conflit fratricide syrien.

Pourquoi diable N. Ennasri ne met-il pas autant d'entrain à dénoncer, sans ménagement aucun, la confessionnalisation du conflit par son mentor Qaradhâwî ? La réponse ne fait l'ombre d'aucun doute. Ce militant, omniprésent sur les réseaux sociaux et quelquefois visible dans les médias, est, au plan idéologique, un Frère musulman; il en a le droit le plus strict ; il est le zélateur des mouvements islamistes (il lui est ainsi arrivé de comparer Morsi, issu des Frères musulmans égyptiens et actuel président de l'Égypte, à De Gaulle [2]) ; il est d'une insigne complaisance à l'égard du Qatar et pourfendeur de tous ceux qui ont l'outrecuidance de critiquer islamisme et monarchie du Golfe. Ce n'est pas un crime d'être sympathisant de l'islam politique, et l'avocat de l'émirat, mais il faut simplement en aviser ses interlocuteurs et ne pas le dissimuler. Il est effectivement permis en France d'être très orthodoxe au niveau de la pratique religieuse à la condition expresse de respecter le pluralisme, la différence et la divergence, en évitant en particulier de parler à propos de la France "de démocratie de merde" :


Démocratie de merde : 2 mecs passent leur temps à s'insulter pr gagner un poste tout en étant grassement payé par un peuple qui souffre.
Nabil Ennasri déplore que les plus virulents pourfendeurs du Qatar soient frustrés de n'avoir pu bénéficier des largesses économiques de l'émirat au point de chercher, par vengeance ou dépit, à régler des comptes. Toutefois, le militant se gardera bien, lui, de rendre publique sa collaboration (rémunérée?) avec le think tank Al-Jazeera Center for Studies, organisme totalement sous contrôle du régime de Doha, qui publie en règle générale les travaux de chercheurs acquis à l'islamisme, à l'instar de Abdessalam Rafik, de son vrai nom Bouchlaka, gendre de Rached Ghannouchi et membre tunisien d'Ennahda.
Pendant ce temps-là, qu'attendent Tariq Ramadan, Nabil Ennasri et d'autres qatarophiles patentés tel que Mathieu alias Moez Guider le tunisien, coach du frère du nouveau émir du Qatar à Saint Cyr ... pour prendre publiquement position sur les derniers discours enflammés et haineux du cheikh au sujet de la Syrie, en rédigeant à cet effet un démenti public ? Ils ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas. C'est une responsabilité morale et sociale de premier ordre, qui plus est dans le contexte mondial actuel. Les religieux ont le devoir impérieux de sagesse et de paix.