samedi 17 janvier 2015

Enfin des hommes politiques se réveillent !

Depuis le temps que des intellectuels et des journalistes dénoncent la source du terrorisme en France et en Europe, voilà enfin qu'un responsable politique admet que les amitiés particulières avec les pétromonarques sont à l'origine du laxisme qui a permis l'installation de l'islamisme en France via le wahhabisme qu'ils diffusent ... et donc à revoir ! 
Ce qui a déclenché ce subi réveil, ce sont les attentats contre Charlie Hebdo et surtout la présence des pétromonarques dans la marche pour la République ... alors que tout le monde sait leur rôle dans le développement du terrorisme !
Trop c'est trop !!
J’espère que la classe politique en France et en Europe va cesser le double jeu qu'elle entretient avec les pétromonarques et arrêter de nous bassiner avec "islamisme modéré" de ceux qu'ils soutiennent, pour mettre un terme à la diffusion du wahhabisme qui commence à gangrener la société occidentale comme il a déjà gangrené le monde dit "arabo-musulman" !

R.B
Bruno Le Maire demande « des mesures fortes pour renforcer la sécurité des Français».
«Nous devons réexaminer nos choix diplomatiques»

L'ancien rival de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP estime qu'il est nécessaire de réviser nos liens avec l'Arabie saoudite et le Qatar.

Quelles leçons tirer après les attentats ?
BRUNO LE MAIRE. La première exigence, ce sont des mesures fortes et efficaces pour renforcer la sécurité des Français qui ont été si dignes dimanche.

Qu'il y ait une unité nationale autour du gouvernement, c'est normal, mais ça ne veut pas dire un chèque en blanc. La menace terroriste reste très élevée, et certaines choses sont incompréhensibles, notamment que des personnes condamnées pour terrorisme ou complicité circulent sans surveillance sérieuse.
Quelles mesures préconisez-vous ?
BRUNO LE MAIRE. Il faut d'urgence expulser les imams étrangers qui appellent à la haine et à la violence contre la République. Il faut d'urgence donner à nos services de renseignement les moyens juridiques dont ils ont besoin. Je ne comprends pas qu'on ne puisse pas mettre sous surveillance une voiture ou un appartement qui pourrait servir à des terroristes ou à leurs complices. Il faut que les personnes suspectées de terrorisme, qui reviennent en France et qui n'ont que la nationalité française, soient immédiatement mises derrière les barreaux et ne fassent l'objet d'aucune réduction de peine. Il faut les empêcher de nuire.

Arabie saoudite, Qatar et Yémen dans la ligne de mire
  

Et sur le plan diplomatique ?

BRUNO LE MAIRE. Ces terroristes sont des ennemis de l'intérieur parrainés et financés par des Etats extérieurs. Je demande que nous réexaminions nos choix diplomatiques, au Proche et au Moyen- Orient, pour ne plus avoir pour alliés ou partenaires des Etats qui soutiendraient, parraineraient, financeraient ou subventionneraient des filières ou des discours terroristes. Les Français ont des interrogations légitimes, nous devons leur répondre. En 2012, j'ai demandé une mission d'information parlementaire, je renouvelle ma demande.

A quels pays pensez-vous ?

BRUNO LE MAIRE. A l'Arabie saoudite, au Qatar ou au Yémen. La Turquie est notre alliée dans l'Otan mais refuse de participer aux frappes contre Daech : comment le comprendre ? Je ne cible aucun Etat en particulier, je veux juste la transparence.

Des minutes de silence ont été perturbées dans des écoles, comment aider les enseignants ?
BRUNO LE MAIRE. La priorité absolue doit être donnée au rétablissement de l'autorité des enseignants sur les élèves. Suspendons ou supprimons les allocations familiales des parents qui ne veillent pas à l'éducation de leurs enfants. Faisons respecter les symboles de la République : « la Marseillaise » doit être connue dès l'école primaire, de même que les principes fondamentaux de la laïcité et de l'égalité homme-femme. L'éducation est la première des priorités pour garantir l'intégration de tous les citoyens français à la République. Il y a une faillite culturelle qui est une faillite de la nation. Ne l'oublions jamais, les terroristes qui nous ont frappés sont nés en France, ont été élevés et éduqués en France.

PS : France Inter : Dans sa revue de Presse, du 17/1/2013, Bruo DUVAC cite un article de Rachid Barnat paru dans la Presse tunisienne qui dit très clairement ce que certains hommes politiques commencent à dire maintenant : 
" Mais la charge vient de là où on ne l'attendait forcément pas, de Tunis. 
La France en particulier et l'Europe en général doivent cesser de jouer un double jeu qu'ils payeront tôt ou tard: combattre sur le terrain les terroristes et «ignorer» ceux qui les financent " ! s’exclame Rachid Barnat dans Kapitalis !

" Il faut cesser de se voiler la face ! Il faut prendre le taureau par les cornes en disant leur faits aux pétro-monarques en adoptant vis-à-vis d'eux une politique concertée et cohérente pour faire cesser leur lubie d'hégémonie sur le monde dit «arabo musulman» aujourd'hui et sur l'Occident demain... par la diffusion de leur poison wahhabite par la terreur! Car c'est eux qui financent ces mouvements et qui distillent cette idéologie mortifère ! "

PS : Le passage démarre à 2,29 mn du début de l'enregistrement.

vendredi 16 janvier 2015

C’est dur d’être aimé par des cons

" L'encre du savant est plus précieuse que le sang du martyr " 
dit le prophète Mohammad
Soufiane Zitouni
Professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille


Aujourd’hui, le Prophète est aussi « Charlie »

Voici une tradition prophétique islamique (hadith) que j’aime raconter à mes élèves de terminale : un jour, un compagnon du prophète Mohamed surprend celui-ci en train de pleurer, et lui demande la raison de ces larmes qui lui fendent le cœur. Le Prophète lui répond alors entre deux sanglots : «J’ai vu que dans le futur j’allais devoir témoigner contre ma propre communauté.» Et je pose ensuite cette question à mes élèves : «Ce futur sur lequel pleurait le Prophète de l’islam, n’est-ce pas notre propre époque ?»
Je veux témoigner dans Libération, de mon vécu propre des événements tragiques de ces derniers jours, en tant que citoyen français d’abord, et de culture musulmane ensuite. Oui, c’est bel et bien en tant que citoyen français qu’il me faut réagir aujourd’hui, et non pas en tant que membre d’une communauté religieuse (nécessairement hétérogène d’ailleurs, donc imaginaire, irréelle…), d’un mouvement politique, d’un courant d’idée, etc.
J’ai raconté ce hadith mardi à une classe de terminale dans laquelle les élèves sont majoritairement musulmans, et où il y a des filles voilées et d’autres non voilées. Je leur ai raconté cette histoire en ayant à l’esprit la une du Charlie Hebdo, renaissant de ses cendres, révélée par les médias la veille de sa sortie, mais aussi un dessin de Cabu tellement juste et si peu compris par beaucoup de musulmans, malheureusement, montrant un prophète de l’islam en colère s’exclamant : «C’est dur d’être aimé par des cons !» J’atteste ici en tant que citoyen français de culture musulmane de l’authenticité de ce hadith relayé par Cabu, paix à son âme ! Et je brandis en même temps une pancarte avec écrit dessus en lettres capitales : «Humour !»
Charlie Hebdo épuisé à Paris, queues devant les kiosques dès 6h du matin... Le résumé de la situation ce matin en un dessin.
Depuis quelque temps, et surtout depuis ces horribles meurtres d’innocents commis par des fous furieux criant «Allah est le plus grand !» ou «Le prophète Mohamed a été vengé !», je me demande si beaucoup de musulmans n’ont pas un énorme problème avec l’humour. Et j’ai repensé à un livre du psychanalyste François Roustang, qui m’avait beaucoup intéressé lors de sa sortie, intitulé Comment faire rire un paranoïaque ? François Roustang y explique que nous avons tous en nous un paranoïaque qui a besoin d’ennemis identifiés pour se rassurer quant à son identité propre, parce que ses ennemis lui servent de «limites» ou de «bornes» (qu’il n’a pas pu se constituer lui-même) lui permettant imaginairement de ne pas se diluer en un chaos angoissant. Et François Roustang ajoute que ce paranoïaque en nous, manque cruellement d’humour. Parce que ne plus prendre au sérieux sa propre paranoïa, ses «ennemis certains», ce serait renoncer à son identité imaginaire aussi consistante qu’un ectoplasme. Pourtant, commencer à rire de sa propre folie est le début de la guérison nous révèle aussi Roustang dans son très bon livre tragiquement d’actualité.
Pourquoi tant de musulmans manquent aussi cruellement d’humour, de recul, de sérénité dès que l’on touche à un tabou, un dogme, un interdit auquel ils sont jalousement attachés ? Prenons l’exemple de l’interdiction de la représentation du Prophète. Un sacré tabou au sein de l’islam ! Mais un tabou indéboulonnable vraiment ? J’ai été très proche un temps d’une confrérie soufie, la Tariqa Alawiya, dont le guide spirituel vivant en France est le cheikh Khaled Bentounès. En 2009, à l’occasion du centenaire de cette confrérie, le cheikh Bentounès a édité un bel album, d’une grande richesse iconographique, dans lequel il a osé publier des miniatures persanes représentant le prophète Mohamed, en considérant sereinement que ces représentations faisaient partie du patrimoine de l’islam, et qu’il n’y avait pas toujours eu, dans l’histoire de cette religion, un consensus des savants musulmans quant à l’interdiction de ce type de représentation. Comme il fallait s’y attendre, une polémique violente a immédiatement éclaté dans la presse algérienne, provoquée par deux institutions islamiques de poids, le Haut Conseil islamique et l’Association des oulémas, celle-là même qui combattit avec acharnement les confréries soufies du temps de la colonisation française en les accusant de superstitions non conformes à la charia et d’accointances coupables avec l’envahisseur. Ces mêmes institutions islamiques ont aussi accusé le cheikh Bentounès d’avoir associé dans son album commémoratif le sceau de l’émir Abdelkader à l’étoile de David, symbole du sionisme selon eux, alors qu’il ne faisait que reprendre le symbolisme profond et commun à l’islam et au judaïsme du sceau de Salomon. Mais l’ignorance de ces prétendus «savants» de l’islam (ouléma veut dire «savant» en arabe) nous aura permis au moins de découvrir avec enchantement dans la même presse algérienne, et cela grâce à la pugnacité du cheikh Bentounès, que nombre d’édifices musulmans en Algérie recèlent dans leur architecture ou leur mobilier ce «symbole du sionisme».
Est-ce à dire, alors, que la connaissance serait sœur de l’humour ? A cette question, je réponds sans hésitation, oui ! Ils sont risibles ces pseudo-savants de l’islam qui connaissent si mal leur religion et son patrimoine universel ! Mais ils sont risibles tant qu’ils ne passent pas au stade de la kalachnikov ou de l’attentat dit «kamikaze» pour répondre à ceux qu’ils perçoivent comme des ennemis de l’islam. Rappelons-nous que le prophète Mohamed lui-même disait que «l’encre du savant est plus précieuse que le sang du martyr».
Alors oui, ce prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie aujourd’hui, n’en déplaise à un grand nombre de musulmans qui trouveront peut-être ce propos déplacé ou naïf, voire insultant, surtout de la part de quelqu’un qui se réclame comme eux de la culture islamique. Oui, j’ose le dire, comme le très beau dessin de Luz le suggère avec tendresse et intelligence : le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message.


mercredi 14 janvier 2015

C'EST LE 14 JANVIER !


On fête quoi au juste ?

Une révolution que des contre révolutionnaires veulent avorter, à commencer par les pétromonarques et leurs alliés EU&UE qui ne veulent pas que les tunisiens accèdent à la démocratie et encore moins que les peuples "arabes" aient un tel régime !

Et dire qu'ils trouvent toujours des traîtres pour accomplir leur dessein : Ghannouchi et Marzougui !

Mais le destin des révolutions est ainsi fait : il y a ceux qui les font puis ceux qui les récupèrent ! 

Aux peuples de veiller au grain ... comme le rappelle si bien Abou el Kacem Chabbi :
" Si le peuple veut la vie dans la dignité, le destin ne peut que s'incliner devant sa volonté " !

La société civile a encore du pain sur la planche : la démocratie ne vit que par elle !

Alors courage à tous pour la bonne cause, car le chemin sera long et parsemé d’embûches avant de jouir réellement d'une démocratie !!

Et bonne fête quand même ! 

Rachid Barnat

lundi 12 janvier 2015

LETTRE OUVERTE A BCE : CHASSEZ LES ISLAMISTES PAR LA PORTE, ILS RENTRENT PAR LA FENÊTRE !

Lettre parue dans : Kapitalis

Monsieur le Président,
Aurions-nous perdu 4 années pour rien et les élections démocratiques qui ont eu lieu ne représentent-elles rien pour vous ? Je n'ai cessé de dénoncer l'attitude de certains hommes politiques et certains journalistes qui se persuadent qu'Ennahdha est incontournable et indispensable à la vie politique en Tunisie. Voilà que certains journalistes, pourtant d’habitude éclairés, apportent même leur pierre à l'édifice comme si tout ce petit monde avait réellement peur de la démocratie et peur des Frères musulmans parce que soutenus par le Qatar, les EU & l'UE ! Et que font-ils de la volonté du peuple maintes fois et clairement exprimée, pour souhaiter l’élimination du pouvoir des islamistes ?

Or Ennahdha fait comme si le scrutin n’avait pas existé, comme si une volonté ne s’était pas exprimée; et Ghannouchi ne cesse donc de faire des appels du pied pour gouverner avec Nidaa Tounes.
Les rumeurs dans un sens et dans un autre remplissent les réseaux et les médias et il est indispensable que les choses soient rapidement clarifiées.
Allez-vous faire l’affront  à vos électeurs de partager le pouvoir avec Ghannouchi; et ce n’est pas ici ni le nombre de ministres ni leurs noms qui importent mais le principe.  Vous vous étiez déjà trompé en 2011 en faisant confiance aux Islamistes, ce que vous avez admis en présentant vos excuses aux tunisiens. Allez vous commettre une  seconde erreur ? C'est juste qu'Ennahdha doit, comme vous, respecter les règles du jeu démocratique et qu'elle doit respecter la volonté des tunisiens exprimée par deux fois dans les urnes ! C'est le b.a.-ba de la démocratie !!

Avec beaucoup de Tunisiens j’ai participé à mon niveau à votre campagne et j’ai voté pour vous. Mais mon vote n’est pas et ne sera jamais un blanc seing. Vous semblez vouloir vous laisser tenter par un partage du pouvoir avec ceux que les tunisiens ont écarté du pouvoir ! Trahiriez-vous vos électeurs qui, dans l’avenir auront bien du mal à croire encore en l’élection ? Il est clair, sauf à être intellectuellement malhonnête, que le vote qui s’est exprimé en votre faveur l’a été parce que l’on voyait en vous celui qui pourrait écarter de ce pays la présence au pouvoir des islamistes. Or il semble que dans le nouveau gouvernement figureraient des islamistes et beaucoup se sentiront trahis par vous à juste titre; et auront du mal à vous faire à nouveau confiance.

Est-ce pour vous faire pardonner d'avoir servi sous Ben Ali que vous le feriez ? Est-ce pour rassurer Ghannouchi et sa bande contre le "taghaouel" (hégémonie) qu'ils brandissent pour nous faire peur, eux qui l'ont exercé méthodiquement ? Est-ce pour plaire aux Américains et aux Européens qui veulent que nous fassions en Tunisie ce qu’ils ne font pas chez eux, faisant de notre Tunisie un laboratoire expérimental pour "démocratie à usage arabe" ? Est-ce par je ne sais quelle naïveté que vous admettriez une telle incohérence ? Quelques soient vos raisons pour accepter une telle participation des "Frères" au gouvernement, elles sont mauvaises car c’est que vous n’avez pas compris que l’islamisme politique est le terreau dans lequel prospèrent tous les fanatismes.
Feriez-vous la même erreur politique du démocrate Ahmed Mestiri qui a cru au mariage de la carpe avec le lapin pour l'avoir conseillé à Mustapha Ben Jafâar ? Vous savez ce qu'il en est advenu d'Ettakattol qui a accepté ce mariage contre nature; de même pour Néjib Chabbi et son parti, qui se sont laissés tenter eux aussi par un tel mariage !

Mais en plus cette trahison, si par malheur vous cédiez à Ghannouchi, serait une faute grave contre le pays. Et vous qui vous réclamiez de Bourguiba, je suis certain, car sa vie et son comportement l’ont montré, qu’il n’aurait jamais transigé à aucun point de vue et en aucune manière avec ceux dont il avait compris qu’ils veulent nous ramener quatorze siècles en arrière. Ce serait une double trahison : de votre maître en politique mais aussi de vos électeurs !

Vous nous dites que les islamistes représentent une grande partie des électeurs et qu'il faut en tenir compte. Dans quelle démocratie sérieuse avez-vous vu que la minorité est au pouvoir avec la majorité ?
En réalité cette configuration inaugure soit une nouvelle forme de dictature car qui pourra s’opposer à cette majorité très large qui finira par devenir, malgré ses contradictions, une hégémonie ?
Maintenant votre parti vous soutiendra - du moins le pensez-vous - et vous serez également soutenu par les obscurantistes qui ne pourront désavouer leurs ministres. Alors qui vous dira vos vérités et qui s’opposera à vos erreurs ? Ce qui reste, est trop peu nombreux pour peser; et ainsi vous vous entendrez comme larrons en foire avec ceux qui étaient vos adversaires; et vous pourrez diriger ce pays comme le ferait un dictateur.
Et si ce n’est pas une dictature qui s’ouvre, ce qui est peu probable; ce sera alors un pouvoir de compromissions, de demi mesures, de paralysie; chacune des forces tirant à hue et à dia en sens diamétralement opposé, alors que le pays a besoin d’une action gouvernementale énergique.

Allez-vous avec des alliés comme ceux-là faire évoluer des questions qui sont pourtant essentielles pour l’avenir du pays ? Allez-vous établir enfin une égalité successorale entre hommes et femmes à une époque où plus rien ne justifie la différence ? Allez-vous permettre les dispositions testamentaires qui permettraient de faire progresser le pays en évitant les successions mal réglées et source d’inertie économique ? Allez-vous laisser les associations dites de charité, de toute évidence financées par les pays du Golfe et d'Arabie, à poursuivre leur œuvre et faire du prosélytisme pour l’islamisme et le wahhabisme qui le fonde ? Allez-vous laisser les mosquées retentir de discours politiques appelant au jihadisme et à la violence ? Allez-vous laisser prospérer les crèches et écoles « coraniques » qui assurent l'éducation des jeunes pour en faire de bons musulmans selon les critères des Frères musulmans, puisque leurs parents sont "perdus pour la société idéale des Frères", comme le rappelait Abdelfatah Mourou à son maître Waghdi Ghanim ? Pensez-vous que vous avez quelque chose à faire avec ceux dont le fond de l’idéologie est une critique des valeurs dites occidentales alors qu’elles sont universelles, avec ceux qui ne peuvent prospérer qu’en opposant les « croyants » aux mécréants ? Croyez-vous vraiment qu’il y a quelque chose à espérer d’une telle idéologie que fonde le wahhabisme ?

Pour qu'il en soit ainsi, que céderiez-vous aux islamistes pour qu’ils viennent dans ce gouvernement ? Est-ce l'impunité des crimes et des assassinats politiques dont ils portent la responsabilité politique ? Mais alors, comment pourriez-vous tenir votre promesse faites aux veuves de Chokri Belaid et de Mohamed Brahmi ? Est-ce l'assurance de ne pas congédier de la fonction publique ceux qui ont été placés indûment et dont la nomination à ces postes n'a eu pour but et, en tous cas pour résultat, que la paralysie des rouages de l'Etat ? Vos électeurs ont le droit de savoir. Car il n’y a jamais d’accord entre partis en vue du gouvernement sans que ne soit accordé quelque chose à ceux qui y entrent. D’ailleurs certains de vos proches, pour faire passer la pilule, nous disent qu’il ne s’agirait pas d’alliance mais d’accord de gouvernement. Ils se moquent de qui ? Et dans ce cas, qu’allez-vous leur accorder ?

En banalisant la politique des islamistes, en les accueillant  alors que les tunisiens dans leur majorité ont dit qu’ils n’en voulaient pas, vous laisserez ouverte la porte à ce parti religieux qui, avec l’habileté qu’on lui connaît, avancera petit à petit ses pions et vous éjectera un jour, vous et tous ceux qui veulent le progrès du pays, car si vous pensez que ce sont eux qui viendront sur vos positions, c’est que vous êtes bien naïf.
Ils font le dos rond pour le moment ... pour mieux rebondir demain ! L'expérience traumatisante de la troïka dominée par les Frères musulmans d'Ennahdha, est encore dans les mémoires des tunisiens ! Il faut être naïf de croire que les Frères musulmans vont revoir leur idéologie et mettront de l'eau dans leur vin ... il n'y a qu'à voir ce qu'il en est avec leur frère Erdogan qui n'a eu de cesse de déconstruire le pays de Mustafa Kemal Ataturk pour imposer l'idéologie des "Frères" à coups de butoir répétés contre la laïcité pour la remplacer par la chariâa !

Enfin votre propre parti est plutôt à droite et vous renforcerez cette tendance avec des islamistes qui professent par populisme une charité apparente pour le peuple mais qui sont des conservateurs et des libéraux. Dés lors je crains que les actions nécessaires pour sauver définitivement le pays, à savoir une politique déterminée en matière d’éducation et une politique de justice sociale, ne passent dans les oubliettes.

En vérité, le fond de cette alliance contre nature dénoterait une peur des islamistes que vous espérez calmer en leur laissant quelques places. C’est une grave erreur de jugement. Vous calmerez, en effet, quelques cadres qui n’ont d’autres aspirations que les postes et les affaires mais, croyez-vous vraiment que vous calmerez les excités qui font le gros des troupes ? En réalité même vos « amis islamistes » exerceront de temps en temps quelques violences ici ou là et aux moments qu’ils choisiront  grâces à leurs sbires pour vous maintenir dans une sujétion où vous serez tombé. Vous faites semblant d’oublier que leur programme est rétrograde et ne convient absolument pas à un pays qui veut aller vers la modernité. Vous oubliez qu’ils ont toujours utilisé la violence et l’intimidation pour atteindre leurs objectifs.

Vous allez porter une lourde responsabilité devant l’Histoire si une telle chose se réalisait; et, autant de nombreux tunisiens ont été enthousiastes lors de votre arrivée au pouvoir, autant beaucoup seront très déçus et vont, comme moi, se détourner de vous et de vos désormais alliés islamistes et continuer de combattre pour une Tunisie débarrassée totalement des obscurantistes. C’est d’autant plus regrettable que vous disposez d’un capital de confiance qui vous aurait permis d’aller vers plus de progrès à la manière de Bourguiba.


J’espère bien que ce cauchemar n'aura jamais lieu et que de nombreux élus, y compris dans votre camp, s’opposeront avec fermeté à une telle tentative en se rappelant ce qu’il est advenu politiquement du CPR et d’Etakattol qui ont joué ce jeu malsain et au parti de Néjib Chabbi qui s'était laissé tenté par une telle abomination.

Rachid Barnat

dimanche 11 janvier 2015

LA MARCHE RÉPUBLICAINE

Article paru dans : Kapitalis

" La tolérance n'a jamais excité de guerre civile; l'intolérance a couvert la terre de carnage ".
Voltaire

J’ai participé cette après-midi à la grande marche de La République à la Nation au milieu d’une véritable marée humaine et j’ai le sentiment d’avoir vécu là un très grand moment historique. De l’émotion d’abord car chacun dans ce cortège avait en tête les visages des personnes tuées dans des conditions barbares. Certains nous les connaissions  par l’image et leur disparition, dans ces circonstances, nous avait laissé pétrifiés, mais chacun pensait à tous, tout en marchant.
De l’émotion donc, mais aussi et, c’est ce qui est le plus important, une détermination absolue dans la volonté de dire haut et fort  que le peuple de France ne s’inclinera pas, ne se pliera pas, n’acceptera pas une atteinte à ce qui fait le socle de ce pays : la liberté, la laïcité, le vivre ensemble dans le respect de l’état de droit.
J'ai pris quelques photos mais le plus impressionnant c'était les moments de silence lourd d'un recueillement et d'une colère muette d'indignation. Une foule dense mais disciplinée faisant montre d'un grand civisme face aux barbares qui ont déshonoré une religion dont ils ignorent tout jusqu'à sa civilisation, tellement imbus de leur ignorance sacrée !
L'islamiste en résumé 

Les français sont divisés sur les questions politiques, sur les questions économiques sur les questions de société mais ils sont totalement unis sur les valeurs essentielles de la République, celles qui nous viennent du siècle des Lumières, de la révolution et de la Résistance. Personne ne mettra en question ces valeurs et personne ne peut espérer que la France y renonce.
Alors les débats politiques reprendront mais tous les partis devront tenir compte de cet élan formidable et de son message. Oui la France veut vivre libre, veut que soit appliquée fermement le principe de laïcité et accepte de vivre « ensemble » c'est-à-dire avec tous ceux de quelques origines ou de confession religieuse qu'ils soient, à condition qu’ils acceptent le pacte fondamental. Et la composition de ce cortège émouvant montrait bien la diversité du peuple et son unité dans la défense de ces valeurs.
Le dogmatisme : le culte sans la culture !

C’est cela le message important, essentiel de cette manifestation immense. Et s’il y a eu des participants hypocrites qui se sont abusivement invités, cela n’a guère d’importance. Ces hypocrites ne pouvaient que faire pâle figure face à cette immense marée humaine sortie comme un seul homme pour dire No Pasaran à la barbarie des islamistes et pour dire leur ras le bol à tous ceux qui les soutiennent, y compris certains chefs d'états occidentaux mais aussi orientaux qu'ils soient du Golfe ou d'Arabie !

Il est vrai que voir le Qatar notamment dans ce cortège, avait quelque chose qui soulevait le cœur. Comment un état qui est en grande partie à l’origine avec d’autres, des fanatismes qui se développent, pouvait-il être là ? Comment des chefs d’Etat qui oppriment leur peuple, pour qui la liberté est un vain mot, pouvaient-ils se pavaner ainsi dans Paris ce jour là où tous revendiquent le droit absolue à l'expression ? Et que dire de la participation de dictateurs et autres faucons venus de l’étranger et qu'on a vus présents dans les premiers rangs de la manifestation, tels que ceux de Turquie ou d’Israël !
Mais je pense qu’il n’y a pas eu, a proprement parler d’invitation. Il y a eu un mouvement spontané des peuples libres et de leurs représentants pour participer à ce grand mouvement dont ils ont mesuré le caractère historique. Certains qui n’ont rien à voir avec ce qui était défendu par le peuple français, se sont invités sans vergogne mais le déshonneur est plutôt pour eux. La France pouvait difficilement et officiellement refuser les participations. Puisse ces chefs d’Etat indignes prendre une leçon de démocratie et de liberté auprès des Français.

Maintenant et dés demain les débats reprendront. C’est normal et c’est sain. Mais cette manifestation devrait inspirer quelques résolutions notamment en France, où les responsables politiques de tous bord ont trop souvent battu en brèche, pour des raisons bassement électoralistes, la laïcité qui fonde les valeurs républicaines françaises.

Il faudrait que la France cesse de soutenir la thèse complètement erronée d’un islamisme modéré comme elle l’a fait et continue de le faire, à tort, en Tunisie. Au lieu de soutenir le camp des progressistes, elle a choisi de soutenir une troïka incompétente et des islamistes prétendument modérés, mais qui n'ont été en réalité que le terreau dans lequel ont pris les racines du fanatisme le plus grave.... puisqu'Ennahdha recrutait, endoctrinait au wahhabisme, formait au jihadisme et envoyait la chair à canon tunisienne pour la guerre de l'émir du Qatar contre Bachar al Assad !

La France devrait contrôler beaucoup mieux ce qui se dit dans les mosquées ou dans certaines officines qui en tiennent lieu : croire, prier c’est bien mais faire des discours politiques et de haine cela doit être sanctionné et fermement en France comme en Tunisie d’ailleurs.
La France doit se pencher sérieusement sur le financement et la formation de certains imams pour mettre un terme au prosélytisme pour le wahhabisme des pétromonarques. En laissant des obscurantistes œuvrer et semer la haine, on récolte le fanatisme et la violence.

Tout cela serait fidèle au message délivré dans le calme, la dignité et la grandeur par la foule en marche.

Rachid Barnat

samedi 10 janvier 2015

Rien n'est joué !


Aymen Hacen

Rien n’est joué : 

Le parti de la peur a vaincu Ennahda.


Il faut partir du constat suivant : les élections législatives du 26 octobre 2014 en Tunisie n’ont pas été concluantes et ce que l’on présente mensongèrement comme la victoire d’un parti laïque sur un parti religieux est une demi-vérité, pour ne pas la qualifier de mensonge à part entière.  

Commençons, s’il vous plaît, par la prétendue victoire dudit parti laïque - Nidaa Tounès -, laquelle victoire demeure relative autant d’après le nombre de sièges conquis, les 85 désormais confirmés sur 217 contre 69 pour Ennahdha. Les chiffres sont éloquents - et de loin - dans la mesure où les 20 sièges de retard des derniers sont, pour les acteurs locaux, susceptibles, non pas de changer la donne penchant la balance du côté de Nidaa Tounès, mais bien au contraire en la pénalisant parce que la troisième force révélée par ces élections est un parti littéralement « bâtard », pour ne pas dire inexistant, qui, comme tout l’indique, en a remplacé un autre qui a été classé deuxième en 2011. Cette nouvelle surprise porte un nom : les 17 sièges arrachés par l’Union Patriotique Libre (UPL) de Slim Riahi, homme d’affaires, président d’un club sportif et candidat à la magistrature suprême, dont les affaires semblent être des plus intrigantes.

Avec lesdites 17 voix du « phénomène » Riahi, qui, disons-le, en rappelle un autre, Hechmi Hamdi, exilé à Londres et pourtant classé deuxième lors des élections de 2011, avec son mouvement baptisé la Pétition populaire pour la liberté, la justice et le développement, Nidaa Tounès aura du mal à garantir sa primauté. Loin s’en faut, l’équilibre même sera fragile, dans la mesure où l’on constate un véritable émiettement au niveau du scrutin avec deux autres nouvelles surprises, le Front populaire avec 12 sièges et une nouvelle révélation, le parti libéral d’Afek Tounès, qui en a recueilli 9. 

C’est que le jeu des alliances sera complexe entre ceux que la presse française, européenne et internationale divisent faussement en deux grands clans, les laïques et les religieux. Rien n’est de fait clair, quand bien même la différence entre Nidaa Tounès et Ennahdha serait visible à l’œil nu, parce que tout simplement la société civile, du moins une grande partie de celle-ci a fait ce choix contre la menace réelle de l’islam politique portée par Ennahdha, ainsi que ces deux alliés entre octobre 2011 et octobre 2014, dans le cadre de la « troïka », soit avec deux partis dits républicains et prétendus laïques, le Congrès Pour la République (CPR) de Moncef Marzouki et le Forum Pour le Travail et les Libertés de Mustapha Ben Jâafar. Or l’effacement de ces deux derniers témoigne de la soif de laïcité revendiqué par la société tunisienne. Soif certes, mais division, vu qu’une bonne partie semblant revendiquer l’héritage religieux. 

L’équilibre est fragile et sera presque impossible à maintenir. On présente certes Nidaa Tounès et son leader Béji Caïd Essebssi, né le 29 novembre 1926, comme les dignes héritiers du bourguibisme, mais là encore il est des notions, peut-être des concepts à définir, la figure de Bourguiba, si emblématique et fédératrice soit-elle, n’en demeure pas moins problématique, car, comme les résultats des élections l’ont montré en 2011 et 2014, elle est capable de diviser comme d’assembler, d’élargir l’horizon du dialogue politique, social et identitaire comme de le faire se recroqueviller. Et Béji Caïd Essebssi, en trop s’inspirant de Bourguiba, risque de perdre le fil, car non seulement n’est pas Bourguiba qui veut, mais encore la question d’équilibre sur laquelle se fonde le bourguibisme, qui cherche à réconcilier nord et sud, orient et occident, tradition et modernité, s’est révélée fragile, pour ne pas dire impossible en l’absence d’une vision, donc d’un questionnement clair sur la question. À ce titre, le Général de Gaulle n’a pas tort d’écrire : « Bourguiba demande à me voir. Nous passons ensemble à Rambouillet la journée du 27 février. J’ai devant moi un lutteur, un politique, un chef d’État, dont l’envergure et l’ambition dépassent la dimension de son pays. » 

N’en déplaise à certains agitateurs d’idées, la Tunisie n’a donc pas voté laïque car c’est la peur qui a voté en Tunisie. Les chiffres des résultats le montrent, c’est-à-dire la disparité de ceux-là, parce que, comme pour les deux grands partis (Nidaa Tounès et Ennahdha) et les trois petits dauphins (l’Union Patriotique Libérale, le Front populaire et Afek Tounès), l’émiettement est représentatif du régionalisme, des clivages, des angoisses et des différences existant entre les régions du pays et jusque dans les accents tribaux disséminés depuis plusieurs générations dans les grandes villes. Si Hechmi Hamdi et son mouvement en ont tiré profit en 2011, c’est aujourd’hui Slim Riahi qui en a fait son cheval de bataille. Comme d’autres avec d’autres manœuvres aussi subtiles que malhonnêtes. Mais l’Histoire retiendra du scrutin actuel quelques points qui, peut-être un jour, seront utiles à l’analyse des printemps arabes d’une part et à l’avènement de la démocratie d’autre part : quelques grandes figures appartenant à des partis historiques de l’opposition ont perdu leur place, elles qui ont contribué à la rédaction de la présente constitution (26 janvier 2014), et ce malgré leurs qualités évidentes. Qu’est-ce à dire ? Trois phénomènes existent dans le monde arabe et musulman, et ceux-ci ont été étayés par les élections tunisiennes du 23 octobre 2011 pour l’Assemblée constituante et celles du 26 octobre 2014 pour le Parlement : d’abord, la difficulté axiologique d’un processus démocratique pourtant simple à être mis en place ; ensuite, la question de la religion avec laquelle il faut trancher car cette question ontologique semble être au cœur du processus qui a eu lieu ; enfin, la question pressante du savoir, lequel est inéluctablement derrière les bavures, les bévues et les drames risquant de se transformer en tragédie quotidienne. 

En un mot, le chemin n’est ni long ni court. Il est tout juste à faire dans les règles de l’art. L’art auquel il faut penser est celui d’une « révolution » ayant été à l’origine d’un vrai tsunami. Peu semblent s’en souvenir. Beaucoup agissent cependant comme si de rien n’était. Mais peut-être faut-il considérer les dernières élections tunisiennes comme un exercice de style, grâce auquel un acheminement va avoir lieu, doit avoir lieu, parce qu’il est nécessaire, vu qu’il a eu lieu de l’intérieur. Nombreuses et nombreux sont qui ont trempé leur doigt dans l’encre et voté pour ceci contre cela, pour sanctionner les uns sans vraiment trop savoir si les autres sont capables d’assurer la relève. Ou inversement. C’est tâtonner et peut-être se tromper de nouveau, les intérêts personnels ou claniques prévalant sur tout le reste. Sans doute est-ce légitime, m’objectera-t-on, mais le vrai chemin à prendre est celui d’un pays, d’une nation entière. La démocratie l’exige et beaucoup comptent veiller sur elle. Même les amis qui nous observent de loin doivent s’y atteler.

vendredi 9 janvier 2015

Résistons collectivement à la haine

Philosophe

C’est notre 11-Septembre. Il y a dans la vie d’un peuple des heures de défi. Des heures où la blessure que la haine nous inflige est si effroyable qu’elle voudrait être mortelle. Des heures d’effroi où cette blessure fait si mal, où l’horreur est si lourde à supporter que l’on sent, hélas !, la bête peureuse et dangereuse prête à se réveiller en soi…

Car dans ce type de moment, tout de suite après le premier réflexe de la douleur et de la colère, arrive la tentation de rendre le mal par le mal, de faire violence pour se faire justice, de choisir la vengeance contre le mal – éternelle tentation, pour l’être humain, du Talion ou de la haine en retour de la haine.

Voilà à quoi notre société française est aujourd’hui confrontée, voilà le risque auquel nous devons être capables de résister collectivement : le risque que la haine de quelques fous déclenche une haine généralisée, et que nous soyons ramenés à quelque chose qui ressemblerait aux guerres de religion d’un passé qu’on croyait définitivement mort.

Attention à cette haine barbare donc, vigilance extrême vis-à-vis d’elle qui en nous frappant tous aujourd’hui aussi durement voudrait nous déterminer à croire que la France et l’islam sont deux ennemis n’ayant d’autre choix que de chercher à se détruire. Voilà le grand scénario maudit contre lequel nous allons devoir lutter de toutes nos forces, et contre lequel il nous faudra être collectivement le plus fort possible. Le vertige et la nausée que nous éprouvons tous ne doivent pas nous faire basculer dans le chaos avec ceux qui y sont déjà, ces barbares qui voudraient nous y entraîner. Ne leur faisons surtout pas ce cadeau, de laisser la bête immonde qui les a asservis nous emporter à notre tour.

Dans les heures, les semaines, les mois qui viennent, et par la faute de cet horrible attentat ce seront comme des vagues géantes qui vont déferler sur nous sans arrêt, et contre lesquelles il faudra réussir à s’arc-bouter tous ensemble. De toutes nos forces il faudra tenir bon, rester solidaires. Si dans nos rangs s’ouvre ne serait-ce qu’un interstice, ces vagues s’infiltreront et disloquerons l’édifice de notre nation tout entière. Tel est le néant où ces assassins immondes, auquel je dénie le nom de musulman, veulent nous précipiter tous.

Au passage, je dénonce leur perversion absolue de la référence à l’islam, tout en ajoutant que celui-ci est décidément bien malade, bien en crise, pour être revendiqué par de telles abominations ! Nous voilà tous exposés dès maintenant au risque gravissime que cet islam devienne définitivement le casus belli qui ruine notre société, au risque radical que celle-ci se déchire totalement en tombant dans le piège de confondre islam et barbarie, et d’accuser tous les musulmans de cette barbarie. Saurons-nous garder la tête assez froide pour éviter cela ? Serons-nous assez nombreux à garder un discernement lucide pour éviter que cet amalgame se produise ? Pour éviter que les musulmans fassent – à cause de quelques fous – l’objet d’un rejet massif, d’une hostilité et d’un racisme généralisés ?

C’est le moment historique pour nos chefs politiques, pour nos institutions, pour nos valeurs, pour nous tous, de prouver notre solidité comme nation. Le moment historique de prouver que nous sommes capables de ne pas nous laisser impressionner et de ne pas nous laisser éparpiller en mille morceaux. Le moment historique de nous retrouver autour de nos valeurs, de retrouver notre confiance les uns envers les autres. Le moment historique de prouver que nous sommes trop forts pour être déroutés de notre cap par ces obscurantistes, et que même profondément meurtris nous sommes capables de continuer obstinément, fidèlement, à vouloir « faire société » autour de nos valeurs fondamentales et fondatrices – toutes les valeurs humanistes des droits de l’Homme –, partagées et aimées dans une fraternité réelle entre nous tous au-delà de nos différences de croyances religieuses et d’opinions politiques. Le moment historique est ainsi venu de démontrer que non, la République n’est pas morte, que non, l’Occident et ses valeurs ne sont pas suicidés – contrairement à ce que croassent en ce moment même tout une cohorte de corbeaux de malheur.

Refusons ensemble cette oraison de sinistres croque-morts dont les noires prophéties ne se réaliseraient que si elles nous persuadaient et réussissaient à nous désespérer. Démontrons tous ensemble au monde entier que la France reste ce pays qui non seulement ne cède jamais au chantage de la haine, ni à la tentation de la peur mais qui sait retrouver son unité et se revivifier pour rayonner à nouveau justement dans ce type de moment où la tragédie voudrait l’anéantir. Allons-nous être à la hauteur de ce génie ? Saurons-nous faire la preuve – parce que c’est cela désormais la cause nationale la plus urgente, la plus cruciale – que nous pouvons vivre avec l’islam, que nous pouvons vivre ensemble, non musulmans et musulmans, dans la paix, la concorde, la compréhension et la reconnaissance mutuelle, selon la conception commune d’une liberté d’expression garantie à chacun qui sache se concilier avec la liberté d’expression de tous les autres – ce que veut dire laïcité.

C’est maintenant que l’avenir se joue, et sur ce point : soit nous cédons à l’affolement, à la panique, à la tentation de la haine en faveur d’une extrême droite qui va attendre tranquillement que cet attentat contre Charlie Hebdo lui permette de faire les moissons électorales de l’épouvante ; soit nous tenons bon tous ensemble, non musulmans et musulmans, en affirmant d’une seule voix notre refus de la barbarie, et notre foi commune en la possibilité de construire une société à la fois multiculturelle et indivisible, nourrie de tous les héritages spirituels de l’humanité et laïque en même temps, sans aucune contradiction. Ne commettons pas l’erreur historique de refuser que l’islam et les musulmans participent à ce projet de société. Au contraire, que ces assassinats ignobles renforcent notre solidarité nationale et notre détermination à faire qu’avec l’islam nous construisions la civilisation capable de réunir demain le meilleur des humanismes d’Orient et d’Occident. La France doit être le lieu de cette réunification, avec ses musulmans qui désormais font ici partie de sa destinée.