lundi 11 mai 2015

L'impossible réforme des Frères musulmans !

Les Frères musulmans comptent sur Ghannouchi pour redorer leur blason depuis leur échec aussi bien en Egypte qu'en Tunisie. Pour cela il promet de revoir la doctrine qui fonde leur confrérie, en promettant de la réformer pour la conformer à l'idée que se font les occidentaux (naïvement ou par calcul politique) d'un possible islamisme "modéré" ! 
Mais ce qu'ignorent ou feignent d'ignorer ses amis occidentaux, c'est que l'islamisme ne peut se réformer car c'est une doctrine totalitaire immuable comme le sont toutes les doctrines totalitaires ... avec un plus qui touche au sacré; puisque l'islamisme instrumentalise la religion !    
R.B 
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Ibn Taymiyya, Al-Banna, Qotb, l’interdit de penser et la réforme d’al-Nahdha

Les spéculations vont bon train autour de l’annonce de M. Ghannouchi relative à la révision des fondamentaux de Harakatou al-Nahdha. Bon nombre de commentateurs et d’acteurs politiques sont déjà sous le charme de cette hypothétique révision. 
Comme nous allons le voir, les fondamentaux de Harakatou al-Ennnadha constituent un ensemble cohérent, produit d’une singulière interprétation de l’Islam, débouchant carrément sur une nouvelle « religion » avec son église, son pape et son clergé. Retirer une pierre à cet édifice conduit immanquablement à son effondrement. 
C’est, précisément, à ce niveau que se situe le discours de cet article qui, volontairement, ne se laisse pas distraire par les prises de positions politiques. En effet, les Frères musulmans, réduisent la politique à un ensemble de « ruses de guerre » et non pas à des prises de position qui les engagent ; à ce sujet, j’ai déjà consacré un article intitulé Une manœuvre nommée takiyya *.

Un contexte politique difficile pour Harakatou al-Nahdha

L’Egypte du président Sissi a classé ikhwan al-moslimine (les frères musulmans) organisation terroriste et certains pays du Golfe l’ont suivi sur cette voie. Octobre 2014, à l’issue des élections législatives, Harakatou al-Nahdha perd sa place de première force au sein de l’Assemblée. Décembre 2014, M. Béji Caïd Essebsi élimine le candidat favori des islamistes et devient le premier président élu au suffrage universel direct, à l’issue d’un processus électoral libre et transparent. 
Le 18 mars 2015, devant et à l’intérieur du musée du Bardo vingt-deux touristes venus de plusieurs pays sont tombés sous le feu de jihadistes Tunisiens. Les victimes ne sont plus exclusivement tunisiennes et les projecteurs de toute la planète n’ont pas tardé à se braquer sur nos islamistes, qu’Européens et Américains qualifient de modérés.

Inquiète de perdre les privilèges dus à ce doux qualificatif, Harakatou al-Ennnadha, branche locale du Tan‘dhim al-douwali li jama’at al-ikhwan al-moslimine (organisation mondiale des frères musulmans), multiplie ses opérations de communication destinées tant à la consommation intérieure qu’extérieure. 

C’est dans ce contexte difficile et sulfureux que M. Ghannouchi tente de rassurer l’opinion.

Le 2 avril, deux semaines après l’attentat du Bardo, les éditions Plon (Paris) publient un long entretien donné par M. Rached Ghannouchi au journaliste Olivier Ravanello. « L’Islam fait peur. » dit le journaliste qui venait d’évoquer le massacre des journalistes de Charlie Hebdo par les frères Kouachi ; « … je cherche le moyen d’y remédier, de calmer cette crainte que nous inspirons. Mais cette crainte est malheureusement fondée… », répond le cheikh (p. 23). « Pourquoi ne pas dire clairement : « Je n’ai rien à voir avec ces gens-là’ » ? demande le journaliste ». « Nous ne pouvons pas le dire, puisque eux comme nous, appartenons à la même race. Rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Ça aussi, il faut l’admettre. En plus, ils disent être musulmans et nous le sommes aussi, même s’ils ont une compréhension déformée de l’Islam. », répond M. Ghannouchi (p. 24). 
Ces précautions de langage soulignent l’ambiguïté de la relation entre Nahdhaoui et « ces gens-là ». Pourquoi ne pas avoir répondu : « effectivement, ce sont des criminels, je n’ai rien avoir avec eux » ? 
Quelques jours auparavant, les Tunisiens reçoivent ce message de la part du cheikh : « Pour évoluer, nous (c'est-à-dire Harakatou al-Nahdha) devons revoir nos fondamentaux, notamment ceux établis dans les années soixante-dix. ». On aimerait le croire sur parole ; mais, le programme éducatif dispensé aux militants ne manque pas d’inquiéter. 
Le paragraphe intitulé : L’éducation des Nahdhaoui, est consacré à cette question.

Pourquoi faire de la prédication islamique dans un pays musulman ?

Il est curieux de vouloir faire de la prédication dans un pays musulman. C’est d’autant plus curieux que, tout en assumant la dimension prédicative de leur organisation, les hauts cadres de Harakatou al-Nahdha proclament, que contrairement aux pays musulmans où les conflits confessionnels et autour des ma‘dhaheb (écoles juridiques ou obédiences) font rage, nous avons de la chance nous autres Tunisiens d’être à 99% musulmans sunnites ! Une question vient à l’esprit : pourquoi, messieurs, gaspillez-vous donc un temps si précieux à islamiser ou ré-islamiser les musulmans ?

En fait, Harakatou al-Nahdha est une organisation politico-prédicative, où la politique est au service de la prédication ; mais, l’interaction entre ces deux catégories de l’action est permanente. Alors que le terme prédication signifie, prêcher, enseigner une religion ; chez les nahdhaoui, qui font de l’Islam et de leur structure organisationnelle une seule et même chose, ce même mot prend un sens particulier. 
Voilà comment le définit, M. Rouis, le chargé de la formation idéologique : « Nous entendons par prédication, l’effort que doit déployer la Jama‘a (le groupe social) pour prêcher sa pensée, faire connaître ses objectifs et ses méthodes de travail. » La confusion entretenue par Harakatou al-Nahdha, entre la prédication pour l’Islamisme et les prêches pour leur organisation politico-prédicative, fera de la prise de contrôle des moquées un enjeu stratégique. En effet, c’est dans ces espaces que les campagnes électorales prennent un caractère sacré et que les futurs militants sont repérés. C’est aussi, en ces lieux, que les futurs jihadistes reçoivent, à coup de slogans, une formation idéologique accélérée.
Une rumeur, savamment entretenue, laisse entendre que la séparation entre politique et religion est à l’ordre du jour de Harakatou al-Nahdha. En page 99 du tout récent entretien accordé à M. Olivier Ravanello, M. Ghannouchi dit que « l’Islam est forcément politique », que le prophète « n’était pas uniquement un homme de religion, il était également un homme d’Etat ». De leur côté, « Les califes, qui sont des leaders politiques, étaient également les imams des fidèles dans les mosquées »… A partir d’une telle réponse, il nous semble bien difficile, pour le Cheikh et la Jama‘a, de séparer le politique du religieux. A cet égard, le cas des Frères Musulmans d’Egypte est très instructif.

Quelques mois après la démission de Hosni Moubarak, les Frères musulmans ont obtenu l’aval pour fonder un parti politique qu’ils nomment Parti Liberté et Justice auquel il ont donné le même programme que celui de l’organisation : « Le parti s’engage à la réforme pacifique et graduelle sur une base islamique. Il se doit de réformer l’individu, la famille, la société et le gouvernement et à partir de là les institutions de l’Etat ». Les Frères musulmans avaient en même temps conservé leurs structures organisationnelles spécifiques et interdit à leurs membres de rejoindre d’autres partis que le PLJ…

Dans ses livres intitulés : « Al Horriyat al-‘aamma fi daoulat al islam » (L’Etat islamique et les libertés générales) et « Min tajribati al-haraka al-islamiyya fi Tounes » (De l’expérience du mouvement islamiste en Tunisie), dont les dernières éditions sont parues à Tunis en 2011, M. Rached Ghannouchi nous présente les idées qui ont façonné sa pensée et celle de son mouvement. Nous constatons qu’elles sont identiques à celles autour desquelles s’est constituée Jama‘at Hassan al-Banna en 1928. A partir du second ouvrage que nous venons de citer et d’autres références bibliographiques, nous passerons en revue les fondamentaux de Harakatou al-Nahdha qui posent problème.

En page 74, nous relevons que son organisation est rattachée, entre autre, à un « islam salafiste et Frère islamiste venu d’Orient qui est la synthèse des éléments suivants » :
1 - « Le salafisme … un salafisme qui donne une priorité absolue au Texte au détriment de la raison. » 
2 - « La pensée politique et sociale des Frères musulmans qui se réfère et affirme le caractère totalisant de l’Islam, le postulat de hakimiyyat Allah (Dieu est l’unique législateur) et le principe de la justice sociale. » ;
3 - « Une orientation éducative qui valorise la foi, la piété, la confiance (en Dieu), l’invocation (de Dieu), le djihad, le collectif l’orgueil et la supériorité de celui qui a la foi… ».
Au fil des pages, M. Ghannouchi énumère les noms des personnalités qui ont contribué à la formation de son identité politique et religieuse. En voici les plus importantes : Ahmad Ibn Taymiyya, Hassan al-Banna et Sayyed Qotb.
A la lumière des idées défendues par ces derniers, nous dévoilerons les soubassements des concepts ci-dessus utilisés par M. Ghannouchi.
Au fondement de l’idéologie de Harakatou al-Nahdha se trouve la pensée d’Ahmad Ibn Taymiyya (1263-1328) qualifié par ses émules de cheikh al-Islam. Adepte d’Ibn Hanbal, le plus rigoriste des imams sunnites, Ibn Taymiyya recommande une lecture littérale du texte coranique et en rejette toute approche de nature herméneutique. Les contrevenants à cette règle furent accusés, par lui, d’hérésie et d’apostasie. Il en fut ainsi d’Abou Bakr al-Razi (854-925) et d’Ibn Sina (Avicenne) (980-1037), deux grandes sommités de la médecine mondiale dont les œuvres ont contribué, pendant des siècles, à enseigner et à faire avancer cette science. Al-Khawarizmi (780-850), le célèbre mathématicien et inventeur de l’algèbre, n’a pas échappé à sa vindicte et Jâbir ibn Hayyân (721-815), le père de la chimie, dont le procédé de séparation de l’or des autres métaux continue à être en usage, fut non seulement déclaré apostat, mais son œuvre fut considérée comme relevant de la magie et à ce titre classée haram.
Cheikh al-Islam continue encore à marquer de son empreinte plusieurs générations d’adeptes du rigorisme. Parmi lesquels, trois personnalités importantes vont continuer, après leur mort, à marquer l’actualité du XXIe siècle ; Il s’agit de :
- Mohamed Abdelwahhab (1703-1792 théoricien du wahhabisme), 
- Hassan al-Banna fondateur des Frères musulmans (en 1928) et 
- Sayyed Qotb. Ce dernier va systématiser les préceptes de Hassan al-Banna, pour devenir, avec son livre Ma‘alam fi al-tari‘k (Signes sur la voie), l’idéologue des Frères Musulmans et le plus redoutables des théoriciens du terrorisme mondial se réclamant de l’islamisme.

En résumé, on peut dire qu’Ibn Taymiyya est l’homme qui, en fermant les portes du savoir, a fermé l’esprit et les horizons des musulmans. Avec lui, nous sommes en présence de « l’interdit de penser » comme dirait Mohamed Arkoun.
Hassan Al-Banna (1906-1949) va innover l’Islam pour le mettre au service de sa Jama‘a. Dans « Risalat al-ta‘alim » (Épître des commandements) il énonce ses vingt principes relatifs à la compréhension de l’Islam et les bases de l’allégeance à sa Jama‘a. Dans ce texte, il affirme la primauté du texte sur la raison, cher à Ibn Taymiyya et à M. Ghannouchi, comme nous l’avons vu plus haut. Aux cinq préceptes de l’Islam (al-chahada, al-salat, al-zakat, al-saoum, al-hajj) Hassan al-Banna va en rajouter trois autres : al-hakimiyya lil’lah wahdahou, le jihad et l’adhésion à sa Jama‘a (groupe, organisation). Ceux qui n’adhèrent pas à ces trois commandements supplémentaires sont considérés comme des musulmans de second choix.

Une nouvelle religion élitiste et une nouvelle « église » viennent de naître en 1928. Son premier « pape » était Hasan al-Banna avec le titre officiel al-morched al-‘aam li jama‘at al-ikhwan al-moslimine (le guide suprême de la confrérie). Depuis cette époques, tous les morchidin al-‘aammin qui se sont succédés sont de nationalité égyptienne, ainsi veulent les statuts de la confrérie.

Sayyed Qotb (1906-1966) va pousser, encore plus loin, la radicalité du discours d’Ibn Taymiyya et celui d’Hassan al-Banna. Pour lui, le postulat d’al-hakimiyya lil‘lah wahdahou, (Allah est l’unique législateur) place l’Etat qui n’applique pas la chari‘a, ses institutions et ses serviteurs en dehors de l’Islam et les qualifie de ta‘waghit (pluriel de ta‘gought qui veut dire ennemi de Dieu), un vocable que les Tunisiens ont découvert à leur détriment avec l’arrivée de Harakatou al-Nahdha au pouvoir. 
Pour Sayyed Qotb, éliminer les obstacles sur la voie de la prédication nécessite non seulement la destruction de l’Etat et de ses institutions, mais aussi l’extermination de ses serviteurs. 
Les salafistes jihadistes, aussi, posent le postulat de hakimiyya ; tout en prétendant en être les gardiens. Eux aussi visent la destruction de l’Etat et œuvrent à l’instauration du califat théocratique mondial. Sur l’objectif, Salafistes jihadistes et Frères musulmans sont d’accord… Mais, la bataille pour le leadership reste ouverte.

Sous différentes formes, c’est bien à ces tentatives de destruction des institutions de l’Etat, aux massacres de nos soldats et de nos policiers que nous assistons depuis quatre ans déjà.

Les structures organisationnelles de jama’at al-ikhwan al-moslimine

Nous connaissions peu de chose sur les Frères musulmans, leurs structures organisationnelles, leur mode de fonctionnement… Un voile épais, enveloppait les mystères d’une confrérie dont le secret constitue une armure destinée à sa protection. Certains de ses membres ignorent tout de ses propres statuts et de ses rouages. Certains cadres dirigeants sont maintenus dans la clandestinité.
A la faveur de leur arrivée au pouvoir, en Tunisie puis en Egypte, les Frères musulmans décident de rendre public des textes internes d’une importance capitale. (Les statuts et règlements intérieurs des Frères musulmans) Lawayah wa‘qawanin Jama’at al-ikhwan al-moslimine édité au Caire, en 2012, par I‘kra, font partie du lot.

Ces textes constituent une source d’information fondamentale pour celui qui souhaite découvrir les structures fréristes, leur mode de fonctionnement, comment devenir frère, les devoirs du frère, la philosophie qui sous-tend l’action des associations caritatives et sportives que les frères dirigent…
Nous apprenons que la Jama‘a est une organisation extrêmement centralisée. En haut de l’édifice se trouve al-Tan‘dhim al douwali li jama’at al-ikhwan al-moslimine présidé par al-morched al-‘aam. Ce dernier est élu par Majles al-erchad al-‘aam (bureau de la guidance) dont les membres avaient été auparavant, élus par Majles al-choura al-‘aam (un genre de Comité central dont 20% des membres sont cooptés).
Toujours d’après les lawayah, à l’étage en dessous, dans chaque pays (‘qotr), où la jama’a dispose d’une branche, cette dernière est placée sous l’autorité d’un moura’qib (inspecteur). Celui-ci est automatiquement membre de Majles al-choura al-‘aam. L’inspecteur constitue l’interface entre l’organisation locale et la direction internationale à laquelle il doit envoyer des rapports exhaustifs sur les activités de l’organisation locale ainsi que sur la situation du pays où il officie…

L’éducation des Nahdhaoui

En 2014, la bibliographie sur les Frères musulmans tunisiens s’est enrichie d’un nouveau titre : « Al-khasayyes al-tan‘dhimiyya wal haykaliyya lil haraka al-islamiyya fi Tounes » (Les spécificités organisationnelles et structurelles du mouvement islamiste en Tunisie – paru à Tunis aux éditions Karem Sharif)). Ce livre qui organise une rapide « visite guidée » de la Harakatou, est l’œuvre de M. Jalal Eddine Rouis, membre de Majles al-choura et président de la commission chargée de l’éducation, de la formation idéologique et des questions sociales.
Nous y apprenons que l’éducation et la formation idéologique constituent la colonne vertébrale de l’organisation. Les futures recrues sont repérées lors des prédications collectives ayant pour lieu de prédilection : les mosquées, les universités, les lycées… ces « pépinières », font l’objet d’une attention appuyée. D’après le témoignage d’un ancien ikhwani, là où il y a un prédicateur en action se trouve(nt) « embusqué(s) » un ou plusieurs éducateur-recruteur(s) aux aguets. Ce(s) dernier(s) scrute(nt) l’assistance pour identifier ceux sur lesquels le discours du prédicateur produit l’effet escompté. Ces personnes prioritaires feront l’objet de la sollicitude appuyée du recruteur…

Voilà ce qu’écrit M. Rouis au sujet de la prédication : « La Jama‘a forme des prédicateurs et assure la mise à jour de leurs connaissances. Elle prend aussi en charge la programmation de leur travail et évalue leur rendement.» (p.91-92)
Tout comme l’avait mis en place Hassan al-Banna, les réunions hebdomadaires, destinées à la formation se déroulent au sein d’une osra (famille, structure de base chez les Frères musulmans) composée de 5 à 6 personnes où le travail s’effectue sous la direction d’un instructeur. L’écoute, l’obéissance, la confiance dans la direction, la discipline, la persévérance, représentent les premières qualités requises de toute personne aspirant à devenir jondi (soldat). A titre d’exemple, l’auteur des khasayyes écrit : « Le responsable doit être consulté et son autorisation obtenue avant que l’individu ne prenne des vacances ou n’effectue un déplacement vers une destination lointaine, ou ne quitte son domicile ou son lieu de travail ou encore la mosquée. Déstabilisation de la Jama‘a et retard dans la réalisation des programmes arrêtés, sont les pires conséquences pouvant découler du manquement à ce commandement. » p.123

Dans un premier temps, la formation vise à « rectifier » l’individu. Écoutons ce que dit M. Rouis : « A travers la formation, l’individu affilié à la Jama‘a reçoit les bases de l’éducation islamique… cette éducation permet de le purger de akhl‘ak al-jahiliyya (la morale antéislamique), de rectifier le relâchement de ses mœurs de le libérer des déviances religieuses qui le conduisent à associer une autre déité à Allah. Ce n’est qu’ensuite qu’il sera procédé à son "remplissage" (mal’ouhou) avec la morale supérieure de l’Islam… » (cf.p.86). La pédagogie mise en œuvre va créer chez l’individu les conditions psychologiques qui feront de lui la propriété privée de la Jama‘a.
« Pour nous assurer du succès de l’opération éducative dispensée, il importe de procéder à l’examen (dirasatou) de chaque personne prise individuellement, de veiller au contrôle de ses dires, de ses activités, de son comportement, de ses idées » (cf.p.86). Une fois la phase d’apprentissage terminée avec succès, « l’apprenti » accède au grade de jondi (Frère musulman de plein droit), à l’issue d’une cérémonie solennelle au cours de laquelle il va proclamer la bay‘a (allégeance) à la jama‘a et à son morched al-‘aam
Depuis qu’elle a été instituée par Hassan al-Banna, la bay‘a n’a pas changé d’un iota. Voici comment en parle M. Rouis : « Nous entendons par bay‘a, l’allégeance des personnes à leur Jama‘a, à l’exclusion de toute autre allégeance. » (p. 138). « La principale caractéristique de la Jama‘a réside dans la non-appartenance de ses membres à toute autre groupe, quel qu’il soit. » (p. 139). « Il n’y a pas de fraternité réelle sans une allégeance totale (à la Jama‘a) » (p. 139). 

Si on comprend bien, cette bay‘a exclue l'allégeance à l’Etat, à la nation…

L’une des composantes de la formation de l’individu concerne ses aptitudes physiques et militaires. Voici ce que nous pouvons lire en page 93 « … l’activité physique est une obligation, il est nécessaire de pratiquer des sports utiles, tels que la natation, tous les genres de tir ainsi que l’équitation qui se décline, de nos jours, en conduite d’engins, pilotage des avions et des chars… »
Pour souligner le caractère sacré de ce commandement, l’auteur cite, en partie, le verset 60 de la 8e sourate dont voici le sens : « Et préparer [pour lutter] contre eux, tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée, afin de terroriser l’ennemi d’Allah et le vôtre… ».

Deux constats s’imposent :
- Primo, à la lecture des ouvrages de M. Ghannouchi et de M. Rouis, on acquiert la conviction que l’éducation des nahdhaoui reste conforme aux enseignements d’Ibn Taymiyya, et aux commandements d’Hassan al-Banna et de Sayyed Qotb. 
- Secundo, les « faucons » nahdhaouis sont loin d’être des dissimulateurs puisque leur discours public est totalement cohérent avec ce qui est enseigné au sein de la Haraka.

Quelques questions en guise de conclusion

Les bases doctrinales, l’éducation dispensée aux militants et le projet d’un califat théocratique mondial constituent de réelles entraves à la sécularisation de Harakatou al-Nahdha.
En attribuant la souveraineté à Dieu pour tout ce qui concerne les affaires de la Cité, le postulat de la hakimiyya désavoue, par la même occasion, la souveraineté populaire qui est à la base de la démocratie. Comment Harakatou al-Nahdha, qui aime se présenter comme le gardien de la démocratie et des libertés, entend-elle résoudre cette aporie ?
La deuxième question se rapporte au caractère exclusif de l’allégeance des nahdhaouis à leur Jama‘a. Cette exclusivité met les nahdhaouis en porte-à-faux avec les institutions de l’Etat et avec la République; lesquels, aussi, réclament de leurs serviteurs allégeance et fidélité.                                                                                                                          
Un vrai dilemme : trahir la République et la nation tunisienne ou la Jama‘a. That is the question ?

Les hauts dirigeants de Harakatou al-Nahdha qui ont étudié la philosophie savent sûrement que tout système de pensée clos produit des outils doctrinaux inappropriés à sa propre transformation. Ce n’est qu'à partir du dehors que la critique de ce type de système devient possible et son évolution envisageable. Convenons, tout de même, que déconstruire et battre en brèche les idées sectaires qui servent à « engraisser » le terrorisme islamiste est une affaire trop sérieuse pour la confier à la seule charge de Harakatou al-Nahdha et à celle de ses prédicateurs.

Aujourd’hui, la « tunisianité », avec ses cultures, ses croyances, ses coutumes, ses rêves, sa joie de vivre, son ouverture sur le monde, sa curiosité de l’autre est menacée dans son existence. Pour faire face au projet destructeur, l’état de mobilisation générale doit être à l’ordre du jour. La bataille pour la vie, y compris dans sa dimension biologique est de mise. Nos soldats, nos policiers, nos douaniers sont déjà sur le front, ne les laissons pas se débattre seuls. La guerre totale contre le terrorisme ne doit pas se cantonner à sa dimension sécuritaire. Car, aucune bataille de cette ampleur ne peut être gagnée si les gens simples, les penseurs, les intellectuelles, les artistes, les enseignants, la société civile ne rejoignent pas le front. Elle doit se dérouler sur plusieurs théâtres à la fois. L’éducation, elle aussi, doit être au centre du dispositif antiterroriste. Former des compétences en adéquation avec les besoins du marché du travail, transmettre les connaissances et les savoir-faire relève de la responsabilité de notre système éducatif. Mais, ce dernier aurait failli à sa tâche s’il ne se donne pas comme priorité la libération des esprits. Cette libération passe par l’exerce à la réflexion, au comparatisme, au questionnement, à la critique ; de telle sorte que, chaque nouveau résultat, chaque ancienne ou nouvelle « vérité » deviennent le point de départ d’un nouveau questionnement d’une nouvelle découverte.
C’est à ce prix que nous formerons des esprits innovateurs et des citoyens capables de se défendre contre ceux qui les prennent pour des récipients qu’ils vident et qu’ils remplissent à leur guise pour en faire des esclaves consentants et obéissants.
En attendant, il est urgent d’adopter des lois dissuasives et de les mettre en application. A ce titre, si la future loi antiterroriste n’incrimine pas clairement et sévèrement les promoteurs des discours takfiri, elle participerait, implicitement, à la protection des initiateurs du terrorisme ; sur ce point particulier, une consultation référendaire permettrait de clore un débat qui a trop duré. 

N’oublions pas que le premier des droits de l’homme, est son droit à la VIE. Le premier devoir des élus du peuple et de l’Etat, consiste à mettre en place et en œuvre les moyens nécessaires à la sécurité des citoyens et de tous ceux qui visitent ou vivent paisiblement sur notre sol.
قيادات في حركة النهضة تلتقي وفدا من الكونغرس الأمريكي يتقدّمه السيناتور جون ماكين
Une photo qui en dit long sur les amitiés particulières entre conservateurs américains et Frères musulmans : John Mc Cain à la tête d'une délégation des sénateurs conservateurs chez Ghannouchi, à Mont-plaisirsiège d'Ennahdha à Tunis. 
Taquiyya : duplicité


Zakaria Bouker CE QUE NE DISENT PAS ENNAHDHA ET LES FRÈRES MUSULMANS ! 

L’instituteur Hassen al Banna (grand père maternel de Tariq Ramadan) a bâti son idéologie sur deux postulats que les Frères musulmans continuent à présenter comme faisant partie de la foi, alors qu’ils ne reposent sur aucun texte religieux !

- 1 er postulat : « Le coran est valable pour toutes époques et en tous lieux. » - « القرآن صالح لكل زمان ومكان »

Énoncé en 1935, ce postulat, constitue le plus grave tournant dans l’histoire de l'islam depuis que Mohamed Ibn Abdelwahab a revisité l' "ijtihad" (l’exégèse), en 1730; pour le clore puis l’interdire définitivement.

Ce qui rend l’évolution de l’Islam impossible, dans le wahhabisme !

Ce nouveau dogme oblige les "Frères" intégristes et complète la théorie wahhabite qui sacralise la "chariaa" (corpus des jurisprudences et autres "fatouas", lois dites religieuses) des 4 premiers califes, confirmant le rejet de toute forme de modernité.

- 2 éme postulat : « L’islam est la solution » - « الاسلام هو الحل ».

Hassan Al Banna installe ainsi définitivement la société musulmane dans la rupture avec la démocratie, avec les Droits de l’homme et le Droit Positif.

Hassan Al Banna déclare la même année : « La mort est un art. »; pour reprendre en 1936 : « L’art de la mort »; instaurant « la culture de la mort » chez les "Frères".

La culture de la mort même si elle est différée par Ennahdha pour des questions d’opportunité, constitue l’essentiel de l’esprit de l'organisation intégriste :
« الله غايتنا والقران دستورنا والرسول زعيمنا الجهاد سبيلنا والموت في سبيل الله اغلى أمانينا »
« Satisfaire Allah, est notre objectif,
Le coran est notre constitution,
Mahomet est notre leader,
Le jihad est notre voie,
Mourir pour Allah, est notre plus grand désir. »

C’est le serment de tous les membres de la société des Frères musulmans.

Cette culture de la mort est enseignée dans tous les cercles d’embrigadement des Frères musulmans

Le jihad initié par les wahhabites d’Arabie, est repris par les "Frères" intégristes. Il est désormais enseigné même à al Azhar (du Caire), ainsi que dans les cercles d’enseignement d’Ennahdha !

Le Jihad est considéré comme une obligation individuelle : " Tuer ou se faire tuer, telle est la volonté d'Allah."
Nul n’intègre la confrérie, s’il n’est pas candidat à la mort !

Si les membres du parti intégriste tunisien n’appliquent pas encore ces postulats, ce n’est qu’une question de « tamkine » (d'opportunité).
Mais dés que le guide en donnera l'ordre, tous les membres de l’organisation sont prêts à tuer jusqu'à perdre leur vie.
" Dieu accorde une vie faite de noblesse " à cette nation qui " sait comment mourir d'une noble manière ", tel est leur credo.

On est là au cœur de l’éthos des combattants Frères musulmans : " Le sacrifice de soi " !


Cette notion du sacrifice de soi pour Allah, que ce soit en Egypte ou pour la Oumma de la communauté des croyants, est progressivement inculquée aux "Frères" dans le cadre de leur formation.

La glorification des grands événements de l'histoire musulmane est particulièrement prisée pour servir cet objectif :
La bataille de Badr représente le jihad par excellence !

" Celui qui meurt sans avoir participé à une razzia et ne s'est pas résolu à combattre, est mort comme du temps de la "jahiliyya" (période anté-islamique)".
« L'organisation des "Frères" ne peut gagner, sans s'appliquer cet aspect du jihad ».
« Le jihad est obligatoire et individuel » en application du concept d’Ibn Taïmiyya (maître à penser de Mohamed Abdel Wahhab, fondateur du wahhabisme), constitue la base même du salafisme.

Plus tard avec Sayyid Qotb (celui qui a codifié l'action de l'organisation des "Frères"), cette notion est mieux développée.
Les premiers récipiendaires de l'idéologie du jihad et de son pendant sacrificiel, seront les boys scouts.
L’accroissement des effectifs, en provenance de l'université, permet d'augmenter le nombre d'unités scouts.
La simple verbalisation d'un serment de loyauté devient insuffisante pour créer des liens solides entre les membres et l'Organisation.
C'est à cette époque que Al Banna conçoit le système dit des :
" Bataillons des partisans de Dieu ", inspirés des SS allemands !
Ils existent de nos jours dans chacune des formations freristes dans le monde.

Nous avons vu comment un coup d’état militaire en Turquie a échoué devant la force de l’armée secrète de l’AKP (Frères musulmans turcs).

Ennahdha pour sa part, disposerait d’un nombre d’hommes armés supérieur à celui de la police et de l’armée tunisienne réunies, selon le leader Noureddine Bhiri.


Voilà les tunisiens avertis !

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mardi 5 mai 2015

Quand les bédouins se payent les hommes politiques et les intellectuels français !

Triste époque où les responsables politiques ne sont que des chefs d'entreprise !
Ce que les pétromonarques ont parfaitement compris : pour passer toutes les couleuvres aux occidentaux, il suffit de passer commande d'armes en tout genre pour une armée quasi inexistante ... de peur d'un coup d'état militaire ! Mais dont les occidentaux hypocritement s'en serviront dans leur "guerre" contre le terrorisme ... que financent ces mêmes pétromonarques !!
Voilà le niveau de la Politique de nos jours devenue un grand marché de dupes !!! 

R.B

CES POLITIQUES FRANÇAIS APPRIVOISÉS PAR LE QATAR POUR 10 000 EUROS
Un livre confidentiel, distribué par l'ambassade du Qatar à ses amis, recense les politiques français qui ont eu le privilège de recevoir un prix de 10000 euros des mains de l'ambassadeur. De Villepin à Delanoë, de Lang et Vedrine à Plantu.

Ainsi donc, François Hollande accompagné de son chambellan Fabius, a signé au Qatar la vente de vingt-quatre avions « Rafale ». Après avoir discrètement bu sa honte, sourire commercial aux lèvres, le Président normal s’en va honorer une dictature, la relevant par son geste au rang des Etats fréquentables. Pas grave que la clique de l’émir de Doha, via la « zakat », la charité islamique, finance un terrorisme que Hollande et Vals affirment combattre. Pas plus grave que le Qatar sponsorise l’islam radical,  versus wahhabite, dans nos banlieues. Doha vaut bien une messe. Basse où l’on susurre des mots d’amour à l’oreille de Tamim : « Tu as de beaux yeux en or, tu sais ».  Pauvre François qui « déteste les affaires et l’argent ». Qui pense à cette souffrance qu’il offre au ciel pour la rédemption du chômage en France. A quelques mètres de ces mains qui, d’un stylo plume or, vont sceller le contrat « Rafale », derrière un haut mur, Mohamed Al Ajami est là. Il a tout son temps et peut attendre : quinze années de prison pour avoir écrit un poème qui a déplu à l’émir, ça apprend la patience.

Pas grave. Hollande, expert en contrepèteries et  petites blagues n’entend rien à la poésie. Et le français Jean-Pierre Marongiu, « retenu » à Doha depuis deux ans ? Lui aussi va entendre les flonflons du bal. Mais il est acquis que « son cas ne sera pas évoqué ». Quand il s’agit de Droits de l’Homme, s’il le faut, Hollande sait se montrer aussi flexible qu’un tuyau de douche. Ou à géométrie variable, comme un chasseur bombardier.

Une dictature masquée

Ce qui est étrange, dans son rôle de VRP, c’est la versatilité de notre Président.  Un jour il refuse de livrer à Poutine un Mistral, bateau commandé et partiellement payé, le lendemain il se déguise en mamamouchi pour l’avenir des avions de Dassault… Vous allez objecter que la France des  Droits de l’Homme ne peut commercer avec le « néo-tsar » Vladimir... Pourquoi pas. Alors parlons chiffres, pas en euros ou dollars, mais en indice de liberté. Selon le classement mondial des démocraties dans le monde, la Russie termine la course en 117e position, alors que le Qatar se classe 138e entre le Kazakhstan et la Biélorussie. Qui sont de solides références.

Pour faire court, rappelons que le Qatar n’a pas de comptabilité publique, la caisse de l’Etat est celle de la famille régnante. Il n’est pas doté d’une constitution puisque Dominique de Villepin, chargé de la besogne avec, espérons-le une avance sur salaire,  n’a toujours pas eu le temps de la rédiger. Les lois sont de circonstance, et les jugements aléatoires, prononcés par des magistrats qui sont des mercenaires étrangers obéissant au palais. La presse n’existe pas et la liberté donc pas d’avantage. Pour tout dire : Hollande met les pieds dans un monde assez peu « Charlie ». Pour mémoire, citons les centaines de milliers d’ouvriers étrangers, et exploités dans conditions dignes de l’esclavage, pour l’édification du paradis qatari. 

Pourquoi une telle mystification est aujourd’hui possible. Celle de nous faire croire que la Qatar est le phare du « modernisme arabe », tellement nimbé de l’esprit des « Lumières » que, dans un bras de fer contre l’émir, Diderot pourrait aller se coucher.  J’ai sous la main une Bible secrète qui explique comment, de connivence avec Doha, nos édiles français ont fabriqué le masque qui cache la vraie nature de cette dictature, telle un aimable « Larva » du carnaval de Venise. L’ouvrage, la fameuse « Bible » a été  éditée chez Michel Lafon. Elle s’intitule sobrement : « Qatar-France, une décennie de diplomatie culturelle 2003-2013 » mais ne le cherchez pas en librairie, l’usage en est réservé aux amis.

Les lauréats de l'ambassadeur

Pour attraper des mouches, même volontaires pour leur capture, le Qatar utilise trois sortes de miel. Les appâts sont  différents Prix remis à des personnalités éminentes, ou à des groupes méritants. On compte ainsi, remis à Paris par l’ambassadeur Al Kuwari, le Prix de poésie Max Jacob… Mais il va rester marginal dans ce micro pays où le destin des rimeurs est la prison.  Peu de rêveurs seront récompensés par les lauriers de ce pauvre Max Jacob qui ne méritait pas cette infamie posthume. Comme une seconde mort.

Non les prix lourds, lâchés en chaîne et lestés d’un chèque de dix mille euros, s’intitulent « Doha capitale culturelle arabe » ou encore « Solidarité ». Cette dernière récompense étant également soutenue par EADS. Après la préface écrite en langue de chêne par un nègre méritant, mais signée de l’ambassadeur, viennent assez vite, comme la tique sur le chien, deux autres textes introductifs de deux politiques qui ont, jusqu’à l’eau, mouillé le maillot pour Doha. J’ai cité Jack Lang, et Renaud Donnedieu de Vabres. Gauche droite ou droite gauche, c’est comme on veut. Ces deux-là sont comme un bol, ils n’ont pas de sens.  Lang tire la première salve, y va de son extase. Le Qatar ? « Un pays de raffinement, d’ouverture et de créativité »… Ici le raffinement n’est jamais loin du raffinage. Donnedieu de Vabres, marquant Jack à la culotte, nous plante « La culture est un respect, une liberté et un devoir »… Parler de liberté dans l’ambassade du Qatar c’est causer corde dans la maison d’un pendu. RDDV, en forme, insiste « Il faut bâtir un arc-en-ciel où se conjuguent les talents, les origines, les perspectives, les contraires et les différences, au lieu de laisser s’antagoniser (sic) les peurs, les rancœurs et les haines, qui sont les réponses de plus en plus ordinaires et banales à la crise ; le terreau nauséeux dans lequel prospère intégrisme fanatisme et racisme » RDDV ose ! Il parle « d’intégrisme » dans la chancellerie qui représente Qaradawi, l’imam qatari qui fouette les femmes - mais avec discernement -  et regrette qu’ « Hitler avec les juifs n’ait pas fini le travail »… Bravo Renaud votre bassesse mérite un Prix, vous l’aurez. Une fois encore dans ce « livre », plaignons les « nègres », les malheureux qui ont été contraints, esclaves du mensonge, d’écrire ces flagorneries à la brosse à reluire.

En 2010 les petits malins qui ont flairé que le Qatar peut être un loto où tous les numéros sont gagnants, ne sont pas encore nombreux. Les stars ne sont pas encore au balcon et l’ambassadeur Al Kawari doit se contenter de distribuer ses Prix à des joueurs de troisième division. Ainsi les premiers lauréats de « Doha capitale culturelle arabe » sont-ils de sublimes inconnus. J’ai cité le professeur Mohamed Arkoun, professeur émérite de pensée islamique et Jean-Philippe Bras directeur de l’Institut de l’Islam. Ce Bras est bien petit. Mais nous ne sommes qu’à l’échauffement. Tahar Ben Jelloun, l’éternel arabe de service et Edmonde Charles-Roux, qui fait si chic sur le canapé du salon, arrivent très vite. Comme Paul Mongin, un « nouveau philosophe » sans chemise décolletée.

Avec les mois les « hirondelles », surnom jadis donné aux amateurs de cocktails mondains, se refilent l’adresse de l’ambassade qui donne sur l’Arc de triomphe. Pas de champagne mais les petits fours sont grands. L’affiche devient de plus en plus people et politique et l’on se demande comment, sans doute pris par l’ivresse du désespoir, le merveilleux Emmanuel Todd se fait épingler par le chalut de la rue de Tilsitt. Pour avoir « levé plusieurs méprises sur les trajectoires respectives de l’Occident et de l’Orient musulman »…

Autres récipiendaires en pleine déprime, tombé là car il pensait y retrouver Marx ou Jésus, Régis Debray. Quand on le voit sur la photo, quand le mal est fait et le Prix remis, on sait qu’il marche sur des oursins et souhaiterait être ailleurs. Les notes de couvreurs ou de plombiers, souvent salées, peuvent donc vous conduire à accepter le Prix Doha. Nihil obstat : Régis va en paix. Et Jean Daniel, alors ! Notre Camus ressuscité, va lui aussi faire le chemin de Doha… Sans doute au titre des grandes consciences nécessiteuses. Le Nouvel Observateur est un monastère et il faut bien s’évader pour rire un peu.
Quand vient le tour « d’un des plus grands architectes du monde », Roger Taillibert, nous rentrons dans la quatrième dimension, celle du copinage et du renvoi d’ascenseur. Ce qui est logique pour un homme du bâtiment. Taillibert construit des stades à Doha et, puisqu’il n’est pas ingrat, il fait la pub du Qatar à Paris. Comme ce personnage est, bien sûr, membre de l’Académie des Beaux-Arts, il fait un lobbying suffisant pour que Cheikha Moza, femme préférée de l’émir et mère de Tamim, le prince aujourd’hui aux commandes, soit admise sous la coupole. Et, le 24 juin 2009, sous les yeux pétillants du président Sarkozy la splendide première épouse (il en existe trois autres  restées à la maison) fait un long discours. Ni la cheikha ni le pauvre Sarko ne comprennent ni ne connaissent le sujet. Il s’agit d’un hommage à Giörgy Ligeti, l’immense musicien qui a occupé le fauteuil de la reine avant elle. Pour un habitué de la gratte de Carla, c’est la barbe. Mais la barbe n’est-elle pas le symbole du Qatar ?

Çà y est, les politiques se bousculent et ont trouvé la route de l’ambassade comme le dromadaire celle du puits. Si les plus malins échappent à l’embuscade, celle de recevoir un prix que l’on sait infâmant, ils sont quand même là pour applaudir. Il faut connaitre la règle, et savoir que, dès la récompense attribuée, la photo de l’impétrant est clouée au mur d’un couloir de la chancellerie. Elle vient tenir compagnie aux autres fédérés de Doha qui sont déjà là, comme dans un mausolée à la soviétique. Recevoir 10 000 euros ne se fait pas impunément, ça laisse des traces. Dans notre livre d’or publié par Lafon et sur les murs.

Dans le lot des politiques les plus malins, ou les moins c’est comme on veut, nous trouvons, en tête, le plus excellentissime ami du Qatar : Dominique de Villepin. Lui c’est la famille ; d’ailleurs il a hébergé une fille de l’émir quand celle-ci faisait des études dans le si dangereux Paris. Dominique a son rond de serviette en or massif, gravé à son chiffre, dans la salle à manger de l’émir, quel qu’il soit. Je l’ai dit, Villepin, bradeur d’autoroutes en France, est chargé d’écrire au Qatar une constitution aux petits oignons. Regrettons que, pour ce faire, le temps lui manque plus que l’argent...

Dans les filets nous trouvons aussi un vieux poisson, Michel Rocard qui a des frais d’orthophoniste, et aussi le sublime Hubert Védrine. Ah ! Hubert. Arrivé à l’Elysée par Mitterrand, qui était un ami de son papa à Vichy, voilà notre humaniste aujourd’hui chez LVMH dont le V est celui de Vuitton, un homme qui aimait le Maréchal. Donc Hubert a un tropisme qatari, sans doute est-il pécheur de perles ?
Comme le lecteur est étourdi et pressé, on demande maintenant aux journalistes d’écrire des papiers courts. En plus ça peut éviter des bêtises. Je vais donc procéder par rafle. Prié de se rendre sur le podium de Doha, nous allons trouver Monique Papon, sénatrice et adjointe au maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault. Un homme pourtant avisé qui a un jour déclaré : « moi, avant d’aller au Qatar, je me méfierai »… Eh bien sa coadjutrice n’a pas cette délicatesse. Disons que le coût de la jolie mosquée construite près du siège des biscuits Lu vaut bien une courbette. Pour l’occasion, Gérard Larcher, le vétérinaire de Rambouillet, mais aussi président du Sénat, vient faire sa visite. Passons vite aussi sur le cas de Maurice Leroy, un homme de conviction passé de l’extrême gauche à l’extrême centre, ce qui est plus proche de l’assiette au beurre. Leroy, que nous pourrions appeler Le Émir est un fou de Doha. Comme Johnny l’est du Tennessee. C’est mieux que de collectionner les étiquettes de camembert. Frédéric Mitterrand, Bertrand Delanoë, passent sous les fourches de l’ambassadeur. Pour convaincre Delanoë que le massacre de l’hôtel Lambert, chef d’œuvre architectural de l’île Saint Louis acheté par le Qatar, est vraiment indispensable, un voyage à Doha sera nécessaire. Bébert en reviendra convaincu.  Doha c’est comme Lourdes, ça fait des miracles.

Doha, souk de Rafale

Dans l’intervalle, le Qatar étant devenu un must, l’employé diplomate de l’émir distribue des récompenses plus discrètes mais bien utiles. Des rafales de prix attribués à des associations de banlieues qui ont toutes la qualité de ne pas être hostiles à l’islam radical.

Pour finir sur une note d’humour. Nous allons évoquer le plus grand caricaturiste de tous les temps : Jean Plantu. Un journaliste qui, quoi qu’il arrive, trouve que Le Monde va bien. Oui, le coriace, l’inexpugnable Plantu montrant déjà son esprit Charlie va empocher le Prix Doha. Musique !
Après de tels efforts, que son excellence l’ambassadeur soit loué (il sévit maintenant à Washington), comment voulez-vous qu’au nom de la modernité du Qatar, et de celle de sa chaîne de télé Al Jazira (tenue par des intégristes religieux), nos députés et sénateurs refusent de voter une exemption de l’impôt sur les plus-values immobilières touchées par le Qatar en France ? La seule, pauvre malheureuse, qui n’a rien compris à ce bonneteau politique, c’est la députée socialiste du Finistère Chantal Guittet. Il faudrait songer un jour à lui dresser une statue. Alors que ses collègues rentrent de leurs séjours à Doha avec une mine harassée, minés par le travail des « colloques », elle, en est revenue épatée : « A Doha, je n’ai rien compris. Je suis venue pour un Forum mais nous n’avons fait que manger et visiter les souks ». Voilà, tu l’as dit Chantal, le Qatar c’est le souk.

Bonne journée donc à François Hollande et son appareil magique, celui qui sert à mesurer les Droits de l’Homme. Bonne journée à Laurent Fabius dont le meilleur ami, l’avocat Jean-Michel Darrois, avait un grand projet de fonds d’investissement, en commun avec Doha, Nicolas Sarkozy et Stéphane Courbit. Entre deux thés à la menthe, il n’y a pas de mal à faire des projets. Dommage que Nicolas, le frère de tous les émirs, n’ait pas été invité à la signature-partie. Doha, il connait c’est son sponsor. En sa présence on aurait pu évoquer le bon vieux temps. Comment Sarko et l’émir d’alors, le papa de Tamim, ont attaqué la Libye comme dans un hold-up. Pour en faire ce que ce pays est aujourd’hui, un chaos. A propos, que sont devenus les milliards que le naïf Kadhafi avait entreposés dans une banque de Doha ? Le prix d’un  paquet de Rafales ? 

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QUAND LE QATAR HONORAIT MICHÈLE ALLIOT MARIE D’UN CADEAU SOMPTUEUX
En décembre 2013, Ali Bin Fetais Al-Marri ministre de la « Justice » du Qatar offre un magnifique sabre à la fille de Saint Jean-de-Luz. Un sabre au poil. Et tranchant. Et incrusté de diamants.

En décembre c’est encore le plein été à Doha, des beaux jours ces 5 et 6 du mois de Noël, en 2013. Michèle Alliot-Marie, Garde des Sceaux d’un Nicolas Sarkozy qui a sous-traité sa politique proche orientale au Qatar, débarque au pays des pêcheurs de perles. Michèle peut donc porter robes à fleurs et soie légère. Elle s’en vient ici pour rétablir l’ordre après le chaos semé sur place par les délirantes promesses de la ministre qui l’a précédée place Vendôme, l’incroyable Rachida Dati.

Se comportant comme la propriétaire de son administration, et pourquoi pas comme la reine de France, Rachida qui, à titre privé, fais d’incessantes navettes entre Paris et Doha, a tout promis à l’émir, par exemple la création d’une annexe de l’Ecole de la Magistrature, institution historique qui fait la gloire de Bordeaux. Avec Rachida, la Qatar va devenir une annexe du palais de justice de Paris, et plein de projets de la même eau. Tant pis si le droit est inconnu au Qatar, pays de dictature. Comme la blague est allée trop loin, Sarkozy a été obligé de siffler la fin de la récré. A MAM de représenter la sagesse.

Ligne jaune

Avec ce sourire qui lui vient en rictus dès qu’elle aperçoit un dictateur dans son champ de vision, MAM rassure l’émir un peu affolé par les effets de jupon de Rachida. Alliot-Marie rassure Doha, le Qatar est bien un pays de rêve que le gouvernement français adore. Mais de là à former des magistrats sur la bonne façon d’appliquer la charia, il y a un pas que même Sarko ne peut franchir. On s’embrasse, on s’aime, mais plutôt que de partir dans un droit impossible, en connivence, on décide de rester dans le tordu.

Pour sceller la nouvelle entende, pas rancunier de passer de Rachida à Michèle, Ali Bin Fetais Al-Marri ministre de la « Justice » et procureur offre un magnifique sabre à la fille de Saint Jean-de-Luz. Un sabre au poil. Et tranchant. Qui pourrait remplacer la guillotine en cas d’urgence. Rien que l’étui de bois précieux vaut une fortune. Et la poignée du sabre, et son fourreau son incrustés de pierres. Pour MAM, ce sabre semble être le plus beau jour de sa vie. Bizarrement, si la ministre à bien reçu ce royal cadeau, rien n’indique que, selon la règle, elle l’a laissé en partant dans les trésors de la place Vendôme. Sûrement une étourderie. MAM à besoin de se concentrer, en amie de Ben Ali elle se prépare à mobiliser toute son énergie pour défendre son ami de Carthage, bientôt dans la tourmente du « printemps ».

Le Qatar étant le nid de la fidélité politique, même jetée aux orties de l’Europe, à Bruxelles, MAM reste une amie. En mai 2013, accompagnée de POM, son compagnon mais aussi de Patrick Balkany, d’Eric Woerth, de Malek Bouthi et d’Enrico Macias, la dame au sabre est ici au clair. 

Et jamais ingrate, la MAM. Ainsi en janvier 2015, qui dépose en cachette un gentil amendement devant le Parlement européen ? C’est MAM. Et elle a bien raison, voilà que des députés européens, très mal élevés, ont décidé de dénoncer le Qatar et autres pays du Golfe, et l’Arabie Saoudite comme des états qui ne respectent pas les Droits de l’homme. Heureusement qu’avec son sabre MAM est le grognard qui veille sur la réputation du Qatar. A après cela d’aucun d’étonnent que les français se méfient des politiciens ! On se demande pourquoi ?