lundi 20 juin 2016

L'athéisme qu'on nous cache en terre d'islam

L'athéisme gagne du terrain dans les pays dits "arabo-musulmans" depuis que le wahhabisme a pollué l'islam par son totalitarisme, sa violence et son terrorisme, particulièrement dans les pays du fumeux "printemps arabe" !

R.B
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Ces athées (presque) invisibles dans le monde arabe

Les soulèvements qui ont secoué le monde arabe à partir de la fin de l’année 2010 se sont souvent accompagnés de débats sur la place du religieux. Malgré la répression, un certain nombre de sceptiques ont ouvertement affiché leur doute, voire leur athéisme, notamment sur les réseaux sociaux. Un phénomène réel mais dont il est difficile de mesurer l’ampleur.

Pour la plupart des Européens, et aussi pour un certain nombre de Maghrébins, l’idée que les Arabes puissent ne pas être musulmans apparaît fantaisiste. S’ils ignorent souvent l’existence de minorités chrétiennes en Égypte, en Syrie, en Irak, au Liban et en Palestine, il leur est sans doute encore plus difficile d’envisager qu’il existe dans le monde arabe des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers d’athées, d’incroyants ou de sceptiques. Comme le relève Ahmed Benchemsi, aujourd’hui porte-parole de Human Rights Watch, «  tandis que les régimes arabes minimisent l’athéisme chez eux, l’Occident est incapable de concevoir un Arabe athée. Dans les médias occidentaux, la question n’est pas tant de savoir si les Arabes sont religieux, mais plutôt dans quelle mesure leur religiosité peut affecter l’Occident  »1.

ATHÉISME CONTRE NATURE

Paradoxalement, alors que les questions liées à la religion passionnent le grand public arabe, il n’y a pas beaucoup d’articles consacrés à l’athéisme proprement dit. Pour Tarek B., avocat marocain qui se définit comme «  athée en terre d’islam  », les athées sont en effet «  souvent, et parfois de manière délibérée et malhonnête, confondus avec les laïcs. Ce sont surtout les islamistes qui confondent laïcité et athéisme pour affaiblir les voix appelant à une séparation stricte de l’État et de la religion. 
Cette confusion est entretenue, derrière la scène, par les régimes non démocratiques pour les mêmes finalités : décrédibiliser les mouvements laïcs appelant à une démocratisation profonde de la vie politique, mais aussi à la liberté d’expression et de conscience.  »

Au Maroc, poursuit Tarek B., il y a «  une autre confusion liée à l’apostasie, les Marocains — c’est vrai aussi pour le reste du monde arabo-musulman — étant tous considérés comme naissant de facto musulmans. En arabe, on dit «  moslim bilfitra  » (musulman de façon innée)Dès lors, abandonner sa religion ou en changer est inacceptable pour le commun des mortels et pour les dirigeants musulmans.  » 

Historien des religions, Dominique Avon, dans son article très fouillé «  L’athéisme face aux pays majoritairement musulmans  » (Institut du pluralisme religieux et de l’athéisme, IPRA) cite à cet égard cette déclaration de 1990 de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) : «  L’islam est la religion de la fitra (l'instinct). Aucune forme de contrainte, aucune exploitation de sa pauvreté ou de son ignorance ne doivent être exercées sur l’homme pour l’obliger à renoncer à sa religion pour une autre ou pour l’athéisme.  »

On peut aussi s’interroger sur la pertinence des mots utilisés en arabe pour «  athée  ». Le vocable le plus souvent utilisé est moulhid — hérétique, apostat, renégat — du verbe lahada — dévier de la bonne direction, abandonner sa foi —, mais qui n’exprime pas vraiment l’athéisme. 
Dominique Avon préfère parler de «  penseur libre  ». Quoi qu’il en soit, ce terme, comme ceux de mounafik (hypocrite), mourtad (apostat) ou kafir (idolâtre ou mécréant) sont tout aussi mal connotés aux yeux de la plupart des religieux musulmans ou de la communauté des croyants.

Les données statistiques sont rares et à prendre sans doute avec prudence, surtout quand un organisme égyptien comme Dar al-Ifta fait état en décembre 2014 de «  866 athées  » dans le pays. Généralement, les travaux les plus sérieux, à commencer par l’étude de Brian Whitaker, Arabs without God, atheism and freedom of belief in the Middle East (CreateSpace Independent Publishing Platform, octobre 2014) se réfèrent à un sondage international WIN/Gallup remontant à 2012 pour lequel plus de 50 000 personnes avaient été interrogées dans 57 pays. L’enquête indiquait notamment que sur 502 Saoudiens interrogés, 5 % s’étaient déclarés «  athées convaincus  » (résultat comparable en pourcentage à celui des Américains) et 19 % des «  personnes non religieuses  »3. On notera qu’en dépit du fait que l’athéisme, l’apostasie ou le «  scepticisme  » peuvent être lourdement sanctionnés, y compris par la peine de mort, le pourcentage d’Arabes qui expriment des doutes quant à leur religion était plus élevé (22 %) qu’en Asie du Sud-est (17 %) ou en Amérique latine (16 %). Le Liban et la Tunisie sont les plus critiques, avec 33 et 22 % de «  non religieux  ». Selon Ahmed Benchemsi, si l’on songe à l’environnement social et politique qui entrave une expression libre, le nombre d’athées et de sceptiques pourrait être plus élevé.

 

DES LIBRES-PENSEURS DANS L’HISTOIRE


Si l’on se réfère au livre de Sarah Stroumsa, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem — Freethinkers of Medieval Islam. Ibn Al-R Wand, ABBakr Al-R Z, and Their Impact on Islamic Thought (Islamic Philosophy, Theology, and Science) (Brill, 1999), — il est pratiquement impossible au cours des premiers siècles de l’islam de trouver un penseur affichant clairement son athéisme. En revanche, les gardiens de l’orthodoxie n’ont pas hésité à taxer d’«  athées  » et d’«  hérétiques  » nombre de dissidents et surtout ceux qui considéraient qu’il n’y avait que de «  faux prophètes  » ou des «  imposteurs  ». Deux Persans, Ibn Al-Rawandi, qui vécut à Bagdad et Abou Bakr Al-Razi sont les plus connus de ces rebelles.

Abou Ala Al-Maari au XIe siècle, un Alépin, est une autre figure de la libre pensée, lui qui décrivit sans prendre de gants la société «  corrompue et dégénérée  » de son époque dans laquelle, pour gouverner, des tyrans s’appuyaient sur «  des juges vénaux et des religieux sans scrupules  ». Selon lui, la société était alors partagée entre des «  coquins futés et des idiots religieux  ».

On pourrait encore parler d’Omar Khayyam, contemporain de Al-Maari, toutefois le véritable athéisme n’apparaît dans le monde musulman qu’à la fin du XIXe siècle. Pour Samuli Schielke, anthropologue allemand et chercheur au Zentrum Moderner Orient de Berlin, si les premiers penseurs sont apparus au moment de l’expansion de l’islam, la seconde vague de penseurs libres ou d’athées émerge dans la seconde moitié du XIXe siècle. L’impérialisme occidental conduit en effet certains intellectuels à mettre en doute les traditions et l’organisation des sociétés dans lesquelles ils vivent et qui se montrent impuissantes à résister aux occupants. On voit ainsi apparaître dans les provinces arabes de l’empire ottoman, chez les musulmans comme chez les chrétiens, des courants nationalistes anticléricaux et antireligieux.

Dans le monde arabe, l’athée le plus notoire, l’Égyptien Ismaïl Adham, écrivain et critique littéraire d’Alexandrie, provoque la colère du recteur d’Al-Azhar au début des années 1930 après avoir mis publiquement en doute l’authenticité des hadiths. En 1936, il publie Limadha ana moulhid (Pourquoi je suis athée), qui suscite une violente polémique. «  J’ai abandonné les religions et toutes mes croyances, écrit-il, et j’ai placé ma foi seulement dans la science et la logique scientifique. À ma grande surprise, cela m’a rendu beaucoup plus heureux qu’à l’époque où je luttais pour ne pas perdre la foi  ».

Autre personnalité célèbre considérée par certains comme le «  parrain  » des athées du Golfe, Abdallah Al-Qassimi, à qui on doit cette formule célèbre : «  L'occupation de nos cerveaux par les dieux est la pire forme d’occupation  ».

Un peu avant Qassimi, le Syrien Abderrahmane Al-Kawakibi, sans faire profession d’athéisme, fut l’un des premiers intellectuels arabes à préconiser la séparation de l’État et de la religion, accusant les religieux traditionalistes de «  renforcer leur autorité sur des croyants naïfs en utilisant l’islam comme un instrument de désunion afin de répandre l’esprit de soumission  ».

Ainsi, beaucoup plus que sur l’existence de Dieu, les critiques des athées ou des sceptiques portent alors sur l’instrumentalisation de l’islam par les dirigeants du monde arabe

Ces critiques se renforcent avec le développement des idées marxistes après la seconde guerre mondiale. Néanmoins, les marxistes arabes, notamment au Yémen du Sud, se sont bien gardés de faire la promotion de l’athéisme publiquement. Au contraire, souligne Schielke, ils se sont efforcés de contrer la propagande anticommuniste en affirmant qu’un islam bien compris s’accordait parfaitement avec le socialisme.

 

LE DOUTE ET LA CRITIQUE


L’échec des nationalistes arabes et le développement de l’islamisme dit radical pourraient expliquer pourquoi, parallèlement à la montée de la bigoterie, de plus en plus d’Arabes abandonnent leur religion. Bien sûr, l’immense majorité des populations musulmanes est horrifiée par les crimes et les massacres commis par l’organisation de l’État islamique ou Al-Qaïda. Mais cela ne les pousse pas pour autant à abandonner leur religion. En réalité, comme le souligne Brian Whitaker, le rejet de la terreur est rarement la raison principale de l’athéisme de certains Arabes. Pour nombre d’entre eux, ces choix ont été «  l’aboutissement d’une longue réflexion personnelle  ». La route vers l’incroyance, souligne-t-il, «  démarre avec des doutes personnels  ». Ils se posent d’abord des questions sur ce qui leur paraît illogique dans les textes sacrés : pourquoi les non-musulmans sont-ils destinés à l’enfer bien que nombre d’entre eux soient sympathiques  ? Pourquoi Dieu qui contrôle tout et connaît le futur laisse-t-Il certains se fourvoyer avant de les punir comme s’Il était totalement étranger à leurs choix  ? Pourquoi le vin est-il prohibé alors que les musulmans vertueux pourront en boire sans compter au paradis  ?

Au cours de ses conversations avec des non-croyants, Brian Whitaker relève que beaucoup ont glissé vers l’athéisme après s’être forgé une image très négative de la divinité en islam : «  irascible, irrationnelle, injuste et se comportant pour l’essentiel de la même manière qu’un dictateur arabe ou un patriarche familial vieux jeu  »

Mohammed Arkoun déplore par ailleurs que l’islam n’ait «  aucune espèce d’expérience de la dialectique laïcité/religion. On est ici sur une autre planète, incapable d’entendre des concepts qu’elle ignore et,a fortiori, incapable de les faire fonctionner. On a donc un rejet total, un «  non  » dogmatique et intolérant qui se couvre de l’axiomatique du discours prophétique. (…) Les Algériens ont été touchés par l’idée de la laïcité pendant un siècle : la République une et indivisible, et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen étaient là… Or ils assistent depuis l’indépendance à leur négation pure et simple  ».

Mohammed Arkoun exprime le malaise de nombreux Arabes, en particulier les jeunes, qui ne trouvent aucune réponse satisfaisante aux questions qu’ils se posent. Le développement des chaînes de télévision satellitaires, la création de chaînes privées dans les années 2000, puis les réseaux sociaux depuis une dizaine d’années ont permis à beaucoup de ceux qui sont dans le doute ou ayant déjà franchi le pas de sortir d’un certain isolement. 

Compte tenu des pressions et des risques encourus, athées, agnostiques et sceptiques du monde arabe se sont donc tournés vers les réseaux sociaux où l’anonymat est plus ou moins garanti. C’est sur la toile, note encore Dominique Avon, qu’une autre expression visible de l’athéisme a fait son apparition ces dernières années. Ce sont «  de simples citoyens, jeunes, exprimant un rejet de la religion et de la foi, organisant plus ou moins clandestinement des «  cercles de sans-religion  » (…) faisant circuler des livres interdits comme Min Tarikh Al-Ilhad fi-l-Islam (De l’histoire de l’athéisme en islam)  ». 

En 2007, Kareem Amer est le premier blogueur condamné à quatre ans de prison pour «  insulte envers l’islam  ». Après lui, plusieurs Égyptiens connaissent le même sort. En mars 2012, dans la Tunisie dirigée par la «  troïka  » (Ennahda, Congrès pour la République et Ettakatol), le tribunal de première instance de Mahdia condamne Jabeur Mejri et Ghazi Béji à plusieurs années de prison pour «  diffusion de publications et d’écritures qui troublent l’ordre public  » et «  transgression de la morale  ». Tout le monde n’a pas le courage — ou l’inconscience — de ces activistes assumant publiquement leur incroyance. Retranchés derrière des pseudonymes, nombre d’internautes arabes ayant abandonné l’islam se montrent d’autant plus virulents.

 

UNE «  AFFAIRE D’HOMMES  »  ?


Les femmes ne sont évidemment pas absentes de ce débat extrêmement sensible. Comme le note Brian Whitaker, dans ces sociétés patriarcales, où elles n’occupent qu’une place restreinte dans l’espace religieux, on pourrait croire qu’elles auraient davantage de raisons que les hommes d’abandonner leur religion. Mais le système patriarcal les empêche presque toujours de franchir le pas. Dans les sociétés arabes traditionnelles, une femme doit être «  vertueuse  » et «  soumise  » afin de pouvoir se marier. Or, athéisme et immoralité vont de pair dans la pensée commune, ce qui rend le parcours vers l’athéisme pour une femme encore plus difficile, pour ne pas dire impossible. Certains vont même jusqu’à penser que dans le monde arabe, l’athéisme est «  une affaire d’hommes  »  ! Ce qui est inexact. L’hypocrisie et les mensonges de maris n’hésitant pas à s’appuyer sur tel ou tel verset du Coran pour justifier des violences conjugales ont poussé des femmes à repenser la totalité du Coran, rapporte Whitaker qui précise que nombre d’hommes perdent également la foi du fait de la situation réservée aux femmes.

Au Maroc, en 2009, quelques dizaines de personnes ont lancé le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI). Ce collectif de jeunes activistes dénonce «  les lois liberticides  » du Code pénal marocain et défend la liberté de conscience, de culte, d’orientation sexuelle et plus généralement l’instauration d’un État laïc au Maroc. Le MALI a fait sien un propos de Taha Hussein : «  Seules des femmes émancipées donneront des générations d’hommes libres  ». Ses membres les plus médiatisés sont Zineb El-Rhazaoui, journaliste à Charlie Hebdo, et Ibtissam Lachgar, qui assument leur athéisme.

Des femmes jouent également un rôle prépondérant dans différentes branches du Conseil des ex-musulmans, créé en juillet 2013 à l’initiative de Walid Al-Husseini, un Palestinien réfugié en France après avoir été détenu en Cisjordanie pour blasphème.

 

UNE CERTAINE AVANT-GARDE


Compte tenu du poids de la religion dans la vie quotidienne des Arabes, on peut comprendre que pour certains, le rejet de la religion puisse constituer une réponse, mais, selon Brian Whitaker, au-delà de cette prise de distance avec l’islam, il y a plus largement une demande de changement politique et social. Qu’elles soient croyantes ou non, les populations arabes, comme celles des autres pays musulmans, supportent de plus en plus mal l’intrusion du religieux dans leur vie privée. On l’a même vu en Arabie saoudite où les pouvoirs de la police religieuse, les moutawa ont été réduits à plusieurs reprises ces dernières années. Mais simultanément, le régime, manifestement perturbé par les critiques d’une partie de la population envers les autorités religieuses, a qualifié l’athéisme en mars 2016 d’«  infraction de nature terroriste  » passible de la peine de mort.

Les libertés individuelles, le droit de pratiquer ou non le culte de son choix et de critiquer les institutions religieuses ne sont donc pas encore pour demain dans la plupart des pays arabes. Marginaux, les athées arabes représentent d’une certaine manière l’avant-garde d’un mouvement plus large de citoyens lassés de voir leurs dirigeants instrumentaliser l’islam pour préserver leurs régimes autoritaires ou dictatoriaux.

L’Arabie saoudite, un tigre de papier ?

Une analyse qui rejoint bien d'autres que les Ibn Saoud sont sur le déclin. Et ce ne seront pas les peuples du fumeux "printemps arabe" qui vont pleurer sur le sort de cette dynastie installée par les Anglais pour leur nuire. Leur cupidité et leur stupidité ont fini par avoir raison de leur politique expansionniste pour le wahhabisme, pour laquelle ils ont financé à outrance mais en pure perte, des guerres menées à leur compte mais aussi à celui d'un Occident qui a su les manipuler, croyant qu'ils le manipulaient ! Vivement leur fin qui signera la fin du cauchemar des peuples dits "arabo-musulmans". Le drame est que le wahhabisme qu'ils ont exporté jusque-là, aussi bien en Orient qu'en Occident, laissera des traces ... à moins d'une politique énergique des pays contaminés pour éradiquer ce cancer à jamais !
R.B 
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Au Moyen-Orient, l’Arabie saoudite (comme la Turquie) s’est voulue être un tigre, mais aujourd’hui, elle ne se révèle être qu’un «tigre de papier».
Comme l’a récemment déclaré le Roi Salman, le chômage des jeunes en Arabie saoudite est le défi numéro 1 pour la sécurité du royaume.
Dans la plus grande monarchie du Golfe, les trois quarts de la population ont moins de 30 ans et 58% moins de 25 ans. Le taux de chômage y est de 12% et il atteint jusqu’à 30% chez les jeunes de moins de 25 ans. Dans les faits, les Saoudiens sont nombreux à ne pas travailler et ce, grâce aux subventions de l’Etat. Ainsi, sur les 5,5 millions d’actifs, environ 3 millions sont fonctionnaires. Dès 2014, le royaume a imposé aux entreprises privées et étrangères d’embaucher 20% de Saoudiens afin de les encourager à choisir le secteur privé plutôt qu’une bureaucratie pléthorique. Mais en général, les employés saoudiens sont très mal vus car peu qualifiés et peu performants. C’est la même chose pour les plus diplômés puisque le niveau réel de l’enseignement supérieur saoudien est très en dessous des apparences…
Des fins de mois de plus en plus difficiles
Par ailleurs, cette décision représenta un véritable virage à 180 degrés lorsqu’on sait qu’en 2011, Riyad avait évité le vent des «Printemps arabes» en entreprenant un vaste programme d’investissement public tout en augmentant les prestations sociales, les salaires des fonctionnaires et, enfin, en embauchant massivement dans le secteur public pour justement essayer de diminuer le nombre de jeunes chômeurs.
Aujourd’hui, confrontée à la chute des cours du pétrole (dont elle est en grande partie responsable puisqu’elle espérait ainsi étrangler financièrement ses adversaires, principalement l’Iran et la Russie), l’Arabie saoudite, qui connaît donc des difficultés financières (90% de ses revenus proviennent de l’or noir), ne peut plus jouer à l’Etat providence et redistribuer à volonté cette fameuse rente pétrolière.
Ainsi, les fins de mois sont de plus en plus difficiles pour la majorité de la population fonctionnarisée et le royaume a de moins en moins les moyens d’entretenir une population toujours croissante et toujours aussi exigeante. Certaines études affirment même qu’un quart de la population vivrait déjà sous le seuil de pauvreté.
Une paix sociale menacée ?
Le pétrole rapporte 45% de la richesse de l’Arabie saoudite. Comme évoqué plus haut, il représente 90% des recettes d’exportation et 80% des revenus du budget de l’Etat. Avec un baril à 50 dollars encore aujourd’hui, les temps sont durs pour le royaume. Pour l’année dernière, le manque à gagner était de 49 milliards de dollars ! En 2015, le déficit budgétaire a atteint un record puisqu’il était de 99 milliards de dollars, soit 13% du PIB. En 2016, les estimations annoncent qu’il devrait avoisiner les 15%. Riyad a déjà rapatrié de l’étranger plus de 70 milliards de capitaux ! Mais pour faire face à cette chute de 60% des prix du pétrole depuis l’été 2014 et pour financer aussi ses interventions au Yémen et aux côtés de la coalition en Irak, la monarchie puise, chaque mois, une trentaine de milliards de dollars dans les réserves (750 milliards de dollars, destinés, à l’origine, à préparer «l’après pétrole») de la Banque centrale saoudienne. Ainsi, selon un rapport du FMI, les réserves de la trésorerie saoudienne sont en chute libre et le royaume ne pourrait pas tenir plus de 5 ans à ce rythme.
D’importantes réformes structurelles seraient nécessaires pour diversifier et libéraliser l’économie mais aussi pour réduire les dépenses de l’Etat providence. C’est la raison pour laquelle, les autorités saoudiennes sont déterminées à diminuer leurs dépenses d’investissement et à ajourner plusieurs projets d’infrastructures.
Par ailleurs, le fils du roi Salman, le vice-prince héritier de 31 ans, Mohammed Ben Salman, ministre saoudien de la Défense et actuel président du Conseil des affaires économiques et du développement (CEDA), a ainsi officialisé, le 25 avril dernier, lors d’une intervention télévisée, la nouvelle vision du royaume à l’horizon 2030 au travers d’un plan de transformation de l’économie. Ce dernier prévoit en premier lieu d’introduire en Bourse 5% de Saudi Aramco, la compagnie pétrolière nationale, qui permettra notamment de financer la création du plus grand fond souverain de la planète. Ce fond pourrait alors générer jusqu’à 2.000 milliards de dollars d’actifs d’ici à vingt ans. Le royaume envisage également de nouvelles mesures pour revoir et restructurer les subventions. Le plan prévoit ainsi la création d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA), ainsi qu’une taxe sur l’énergie, les boissons sucrées et les produits de luxe…
Peut-être faudrait-il aussi revenir sur la gratuité de l’eau pour les nationaux et augmenter le prix des carburants ?
En attendant, les autorités saoudiennes semblent prendre conscience du danger. Déjà en 2014, Riyad a investi massivement dans l’éducation, la santé et les infrastructures mais actuellement, ce sont toujours les dépenses militaires qui absorbent la plus grosse part du budget soit 35%.
Peut-être que ces réformes, trop tardives et contraignantes, seront sacrifiées sur l’autel de la facilité et que les autorités saoudiennes, en négociation notamment avec la Russie, «laisseront» finalement remonter le prix du baril. Dans cette perspective, cela équivaudrait simplement à ne repousser le problème que de quelques années…
Si, au contraire, ces réformes sont maintenues et approfondies, elles vont inévitablement, dans un premier temps, chambouler le train de vie, les habitudes et les traditions culturelles des Saoudiens. Le risque est alors bien réel qu’elles puissent alimenter une nouvelle colère populaire ou pire, envenimer les tensions politiques déjà existantes au sein des sphères du pouvoir…
Répercussions régionales de la crise en Arabie saoudite
Les plans régionaux de Riyad (comme d’Ankara d’ailleurs) et sa politique de soutien aux islamistes depuis les fameux printemps arabes sont un échec. Son intervention au Yémen est un fiasco. En Syrie, la monarchie est en mode swindle, comme on dit aux échecs. C’est-à-dire lorsqu’un joueur entreprend une série de manœuvres en vue de compliquer la position dans une partie où il a un désavantage certain et qu’il a, a priori, déjà perdue.
En effet, même si le royaume saoudien soutient encore, avec l’énergie du désespoir, certaines milices rebelles djihadistes, assister à l’échec final de sa stratégie n’est qu’une question de temps. L’Arabie saoudite (comme encore une fois la Turquie) s’est voulue être un tigre, mais aujourd’hui, elle ne se révèle être qu’un «tigre de papier».
Pour ma part, je pense même que la Turquie et l’Arabie saoudite sont actuellement les «deux hommes malades» du Moyen-Orient.
La puissance et l’influence relative mais aussi l’existence même de l’Arabie saoudite étaient fondées sur le pétrole et le statut de gardienne des Lieux saints de La Mecque et Médine. Avec une rente et des réserves pétrolières beaucoup plus modestes que par le passé, aucun investissement sérieux dans les domaines universitaires et technologiques, un stress hydrique sans précédent et le retour de l’Iran sur la scène internationale, l’avenir du royaume semble bien incertain.
Je rappelle aussi, et encore une fois, qu’à l’inverse des dynasties chérifienne du Maroc et hachémite de Jordanie, la dynastie wahhabite n’est pas descendante du Prophète. L’image des Saoud a été fortement ternie depuis ses choix stratégiques inconséquents dans la région à partir de 2011 (même chez ses alliés) mais aussi, et surtout, à cause de sa politique et de ses actions sur les prix du pétrole. Ainsi, les tensions au sein de la Ligue arabe et de l’OPEP sont prégnantes. Effectivement, de nombreux pays producteurs de pétrole, comme par exemple l’Algérie, en veulent beaucoup aux Saoudiens, considérés comme les responsables directs de cette baisse funeste du prix des hydrocarbures.
Sur le plan interne enfin, le royaume est traversé par de fortes tensions au sein du pouvoir. Il y a environ 20.000 princes et princesses, dont 4.000 princes de sang royal et un millier d’entre eux (certains financent d’ailleurs encore des groupes islamistes dans la région et à travers la planète) sont réellement puissants et dangereux pour le roi. En effet, le gâteau de la rente pétrolière n’étant plus aussi gros qu’avant, les parts que se redistribuaient les princes, se sont considérablement réduites. Tout cela a eu pour conséquence de réveiller ou d’aviver les jalousies, les rivalités ainsi que les vieilles luttes d’intérêts entre les clans.
Alors, quelles seraient les répercussions dans la région en cas de déstabilisation du royaume? D’abord, les plus cyniques (ou les plus réalistes?) affirmeront que ce serait le coup de grâce pour l’islam politique. En effet, si les wahhabites venaient à être ébranlés, les principaux mouvements fondamentalistes et salafistes de la planète perdraient à coup sûr leurs principaux parrains…
Il ne faut cependant pas oublier que les Saoudiens apportent aussi une aide économique conséquente à de nombreux pays de la zone comme le Pakistan, la Jordanie ou l’Egypte. Si Riyad réduisait drastiquement son aide extérieure, certains Etats seraient en grande difficulté. En cas de graves troubles, qu’adviendrait-il aussi aux étrangers et aux travailleurs immigrés, qui représentent le tiers des 30 millions d’habitants du royaume? S’ils devaient fuir, quels contrecoups cela provoquerait dans les pays voisins ou dans leurs pays d’origine déjà en crise (Bangladesh, Pakistan, Philippines, Indonésie)?
Dans le passé, l’Arabie saoudite a déjà connu de graves secousses comme lors de l’assassinat du roi Fayçal en 1975 ou à l’occasion de la prise d’otages de La Mecque en 1979.
Aujourd’hui, on peut faire confiance à la fermeté et à la férocité du roi, de son fils, Mohammed Ben Salman, ainsi qu’à celle de Mohammed Ben Nayef, «l’homme fort du royaume». Certes, comme Erdogan d’ailleurs, ils ne sont pas le genre d’hommes à vaciller à la première émeute ou face à une quelconque tentative de coup d’Etat. Mais l’Histoire nous apprend qu’aucun pays, aussi riche et dirigé d’une main de fer qu’il soit, n’est jamais totalement à l’abri du chaos…
* Consultant indépendant, associé au groupe d’analyse de JFC Conseil.

lundi 13 juin 2016

«Casser du pédé» au nom de l’islam, rendu possible par les lois homophobes des pays musulmans

Combien faudra-t-il encore d' "Orlando", pour que les responsables politiques des pays musulmans abrogent les lois homophobes de leur arsenal juridique ?
R.B
Farhat-Othman

Orlando : L’horreur homophobe doit être bannie de nos lois !

La cause du crime d'Orlando est la haine envers les gays, qui est bien présente chez nous, officiellement consacrée par les lois de tous les pays arabes et musulmans.
L’horrible crime d’Orlando (Floride, Etat-Unis), dimanche, projette de nouveau une lumière crue sur l’islam : c’est bien un musulman qui a été l’auteur de cette attaque armée contre une boîte de nuit gays, qui a fait une cinquantaine de morts. Qu’il soit faux musulman ou qu’il ne représente en rien la majorité écrasante des musulmans n’ôte en rien aux musulmans, du moins les autorités légales, la responsabilité morale du crime.
Nous sommes les complices du criminel
La cause du crime d’Orlando est bien claire : la haine nourrie par le criminel envers les gays. Or, une telle haine est bien présente chez nous, officiellement consacrée par les lois de tous les pays arabes et musulmans.
Certes, tous ne tuent pas, mais tous criminalisent l’homosexualité au nom de l’islam. Ce sont de telles lois qui justifient les comportements de plus en plus homophobes du commun des mortels, donnant conscience tranquille aux terroristes mentaux qui alors sont encouragés à basculer dans l’acte physique.
Soyons honnêtes et osons le dire: nos élites sont les complices objectifs du criminel d’Orlando et de ses commanditaires. Ils le sont du fait qu’ils condamnent l’homosexualité et justifient la stigmatisation des gays en refusant leur droit à vivre leur sexualité parfaitement naturelle.
Car s’il n’y avait pas de lois dans les pays musulmans jetant l’opprobre sur les gays, le criminel aurait peut-être hésité avant de passer à l’acte.
Aussi, nos fausses déclarations aujourd’hui de l’innocence de l’islam ne convainquent pas, car si l’islam n’est effectivement pas homophobe, les musulmans le sont. Surtout ceux qui ont la capacité d’abolir les lois de la haine.
Prouver que l’islam n’est pas homophobe
Pourtant, il n’y a plus de doute : il n'existe aucune condamnation en islam de l'acte sexuel entre gens de même sexe. Des essais et études scientifiques existent. La condamnation de l’homosexualité n’est que dans la tête des homophobes et dans la législation injuste des musulmans. Faut-il prouver, en le consacrant dans nos lois, que l’islam n’est effectivement pas homophobe !
Chez nous, en Tunisie, notre classe politique refuse encore d’abolir le texte moyenâgeux qu’est l’article 230 du Code pénal, une survivance de la colonisation. Pourtant, des projets de loi en ce sens ont été proposés par la société civile. N’est-il pas temps d’en prendre acte et de les faire passer ?
Que le terrible drame d’Orlando soit l’occasion d’un réveil de conscience ! Qu’on ose abolir l’homophobie en Tunisie sinon, nos politiques assumeront les futurs drames à venir. Car tant que l’homosexualité n’aura pas été dépénalisée en terre d’islam, il y aura toujours des fous pour «casser du pédé» au nom de l’islam.
Qu’on se le dise donc : tout futur acte homophobe dans le monde sera imputé à nos politiciens homophobes qui seront d’avance complices des terroristes.
En effet, en tant qu’homophobes, ils sont aussi des terroristes, mais relevant d’un terrorisme mental ! Or, c’est la pire forme du terrorisme, alimentant l’hydre terroriste.

vendredi 10 juin 2016

Les fous d'Allah et de son prophète, ou les néo-salafistes

Quatorze siècle après, les salafistes instrumentalisent toujours la religion pour faire de la politique.
Sauf que les néo-salafistes de nos jours sont endoctrinés au wahhabisme; et comme le fit Omar en son temps, ils reprennent ses méthodes en brandissant le sabre ... ou la kalachnikov, une de leurs concessions à la modernité ! 
Cela concerne aussi bien les sunnites que les chiites; puisque Khomeini lui même a repris à son compte la doctrine wahhabite pour prendre le pouvoir en Iran !

Les noms différent mais la doctrine est la même :
- Frères musulmans (Ennahdha en Tunisie, AKP en Turquie, FIS en Algérie ...), Al Qaïda, Daech ...
Bokoharam, ...
- comme celui de leurs miliciens que sont les Talibans au Pakistan, les Jihadistes des Ibn Saoud et du Qatar, les Shebab en Somalie, les Pasdaran (Gardiens de la révolution islamique) en Iran .... et ceux de la LPR (la Ligue de Protection de la Révolution) en Tunisie !
Ce sont tous des islamistes qui instrumentalisent l'islam à des fins politiques !

Alors vouloir faire le distinguo entre salafisme quiétiste, salafisme réformiste et salafisme jihadiste, islamisme modéré et islamisme rigoriste, depuis que le péril vert (le wahhabisme) a remplacé le péril rouge (le communisme) après la chute du mur de Berlin; c'est comme discuter du sexe des anges chez les byzantins alors que les turcs attaquaient Constantinople !
R.B

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Antoine Sfeir  


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Salafisme, jihadisme

Racine : de salaf, « ancêtres » ou « pieux prédécesseurs », quête de l’authenticité et retour à la pureté des sources. Ce concept appartient à l’islam sunnite.
Au contraire de l’islamisme, le salafisme n’est donc ni un mouvement religieux à revendication politique, ni une organisation à proprement parler, plutôt une tendance de « régénération » de la foi et de réislamisation de la société. 
Un salafiste peut être considéré comme un musulman « ultra-orthodoxe ».
Doctrine
Le salafisme prône :
  • le retour à l’islam des origines par l’imitation de la vie du Prophète, de ses compagnons et des deux générations suivantes ;
  • le respect aveugle de la sunna ou tradition islamique : comprenant le Coran, les hadiths (paroles du prophète) et la sira (la conduite du prophète).
Il condamne :
  • toute interprétation théologique, en particulier par l’usage de la raison humaine, accusée d’éloigner le fidèle du message divin ;
  • toute piété populaire ou superstition, comme le culte des saints, jugé contraire à l’unicité de Dieu (tawhîd) ;
  • toute influence occidentale, comme le mode de vie et la société de consommation, mais également la démocratie et la laïcité.
Histoire
La filiation du salafisme débute, après les « pieux ancêtres », par l’école hanbalite, la plus rigoureuse des quatre écoles juridiques islamiques, qui ne reconnaît que le Coran et la sunna comme sources du droit musulman et inspire plus tard le wahhabisme, qui règne encore en Arabie saoudite et au Qatar.
Il faut distinguer deux notions de salafisme : 
- celle des réformistes du début du XIXe siècle (Jamal ed-Dine al-Afghani et Mohammed Abduh), qui veulent alors imposer une réforme au sens quasi luthérien du terme (c’est-à-dire une lecture épurée des textes) ; et 
- celle des salafistes actuels, davantage un littéralisme aveugle qui rejette toute innovation (bida’a).
Le salafisme s’impose progressivement dans tout le monde musulman, des pondoks (écoles coraniques) indonésiennes aux jeunes musulmans d’Europe. Il suit les préceptes de la finance islamique conceptualisés par les théologiens saoudiens. Ce néo-fondamentalisme traditionnaliste se révèle parfois une passerelle intellectuelle vers l’extrémisme et le jihad planétaire.
En France, dans les années 1980, les salafistes ont d’abord été assimilés à des fondamentalistes ou des traditionnalistes. Les années 1990 et la guerre civile algérienne ont donné une tribune aux prédicateurs salafistes dans les banlieues françaises, qui acquièrent une nouvelle visibilité grâce à l’Internet. Plus récemment, de jeunes convertis et d’autres issus de l’immigration ayant tenté la hijra (l’installation en Arabie saoudite) en sont revenus déçus. Se concevant comme un groupe social communautaire « puriste », confortés par l’émergence des salafistes tunisiens et égyptiens lors des « printemps arabes », ils contestent davantage l’influence des Frères musulmans.
Aujourd’hui, le salafisme se décline en trois courants principaux :
  • Le salafisme « cheikhite » ou quiétiste, inspiré par le wahhabisme et les cheikhs implantés en Arabie saoudite, en Jordanie ou au Yémen, peut être considéré comme le plus littéraliste et le plus largement majoritaire à travers le monde. Uniquement préoccupé de vivre en symbiose avec les prescriptions coraniques, celui qui adopte cette forme de salafisme « de prédication » professe un certain mépris pour la vie sociale et politique et les courants engagés en politique, tels les Frères musulmans. Sous l’égide du cheikh Mohammad Nasser Al Dîn Al Albani (mort en 1999), du Yéménite Moukbil ou de l’imam algérien de Marseille, Abdelhadi Doudi, cette stratégie s’appuie sur une prédication non violente et non directement politique. La foi « revivifiée » doit naturellement transformer la société et, par-delà, le monde entier.
  • Al Sahwa al Islamiya (« le Réveil islamique »), une tendance directement inspirée d’un courant plus politique, conduite en 1991 par les deux cheikhs wahhabites Salman Al Awda et Safar Al Hawali contre feu le roi Fahd après la première guerre du Golfe. Il trouve son origine dans la vive protestation d’une partie des oulémas contre l’entrée de l’armée américaine en Arabie saoudite. En Algérie, Ali Belhadj se réclamait d’Al Albani mais le FIS recevait Al Awda avec tous les honneurs dans son plus grand meeting en 1991 dans un stade d’Alger. L’influence des deux personnages a diminué en raison de la montée du salafisme radical et autres tendances réformistes. Hawali fut atteint, en 2005, d’une forte hémorragie cérébrale ; quant à Awda, qui ne se situe plus sur le terrain de la contestation, ses relations avec le royaume saoudien sont désormais au beau fixe. La référence la plus citée de ce courant reste le Syrien Mohammad Sourour, qui veut rétablir le pouvoir des religieux face aux politiques. Ayant vécu longtemps à Birmingham, en Grande-Bretagne, il y a créé le Centre islamique, toujours en activité. Ce courant minoritaire accepte de se lancer dans la politique quand ils estiment que l’identité islamique est remise en cause en Occident. Nés et ayant grandi en Occident, ces salafistes sont prêts à négocier leurs votes auprès des élus. Dans ces cas, ils deviennent des concurrents directs des Frères musulmans, avec lesquels ils partagent alors une stratégie d’entrisme dans la vie politique et se disputent la même clientèle.
  • Le salafisme « jihadiste » suit, lui, une ligne révolutionnaire : il constitue la base intellectuelle du terrorisme et des opérations suicide, encourageant des actions violentes contre les Occidentaux. Inspiré par l’expérience du Frère musulman égyptien Sayyed Qotb ou du Jordanien Abou Mohamed Al Maqdissi, il statue que tout musulman a l’obligation, où qu’il soit, de porter le fer contre ceux, musulmans ou non, qui oppriment les « musulmans pieux ».
Né au cours de la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan durant les années 1980, ce courant est le fruit de la rencontre entre la doctrine traditionnaliste saoudienne et la stratégie de prise de pouvoir des Frères musulmans. C’est sur ce terrain mythique témoin de la victoire des moujahidin contre la puissante URSS, que la plupart des liens se sont créés entre les futurs terroristes islamistes de la planète, depuis la Jama'â islamiya indonésienne jusqu’au GICM (Groupe islamiste combattant marocain). Dès lors, les salafistes jihadistes se prononcent pour le combat armé destiné à libérer les pays musulmans des occupations étrangères et des régimes jugés impies. Ils fustigent à la fois les islamistes pour leur manque de piété et les autres courants salafistes pour leur « hypocrisie » face aux États occidentaux.
Ce jihadisme est celui mené par Al Qaïda et développé par Al Zawahiri et Abou Mossab, qui portent la lutte à l’échelle mondiale tandis que d’autres privilégient d’abord le combat dans un cadre national (Tchétchénie, Irak, Palestine, Algérie). La dimension meurtrière de ce jihad est favorisée par la diffusion d’images sur vidéocassettes, CD-Rom et sur l’Internet, et culmine dans la seconde moitié des années 1990 jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001, de Bali (2002), de Madrid (2004) et de Londres (2005). Son action est néanmoins battue en brèche dès le lendemain des attentats de New York. L’intervention de l’OTAN en Afghanistan, l’interdiction progressive de toutes les cellules de soutien telles celles de certaines ONG et le volontarisme de tous les États auparavant rétifs à s’attaquer aux bases arrières du terrorisme (Royaume-Uni, Malaisie, Afrique de l’Est) ont considérablement limité le champ d’action du terrorisme jihadiste, même si le Pakistan et l’Afghanistan restent les maillons faibles du dispositif en offrant l’asile aux derniers combattants.
Les États musulmans eux-mêmes alternent les politiques de répression avec celles du « rachat », permettant aux anciens jihadistes de s’amender. Ainsi l’amnistie des repentis en Algérie a-t-elle peut-être permis l’arrêt de la guerre civile en 1997. La politique plus subtile des autorités égyptiennes qui ont négocié dès 1997, avec les membres de la Gamaa islamiyya  le repentir dans leur prison, en est un autre exemple. Toutefois, les flux continus des jihadistes en Irak et la permanence des bases salafistes, bien que majoritairement quiétistes, prouvent que le terreau du jihadisme demeure vivace.
On assiste depuis 2011 à l’effacement spectaculaire d’Al Qaïda, dont la mort du chef Ossama Ben Laden, en mai 2011, a constitué le point d’orgue. Les mouvements religieux, tant islamistes que salafistes, n’ont pas participé au déclenchement des soulèvements populaires dans le monde arabe et les tentatives de récupération ont plutôt consacré la montée des islamistes « politiques », tels Ennahdha (filiale des Frères musulmans) en Tunisie et les Frères musulmans en Égypte.
Il n’en reste pas moins que cette petite minorité de salafistes fait une lecture « révolutionnaire » de l’islam, qui rendrait légitime l’usage de la violence. Ils se voient comme des combattants pour une cause « juste »: l’instauration d’un État islamique qui préfigurera l’avènement de la justice de Dieu sur terre.
En France et en Europe :
La France constitue un véritable pôle de l’organisation en Europe. Les salafistes européens, âgés de 18 à 35 ans environ, sont un phénomène nouveau. Les salafistes sont estimés entre 20.000 et 30.000, dont un quart à un tiers de convertis issus de milieux catholiques ou protestants (Français « de souche métropolitaine », Antillais, Congolais, Zaïrois…). Ces derniers, désirant « compenser » une vie jusque lors éloignée de l’islam, sont souvent les plus radicaux.
Les salafistes « quiétistes » sont légalistes et se soumettent au système législatif européen, même si une loi contrevient à un principe religieux ; c’est le cas pour le voile des femmes, que les « quiétistes » ont appelé à ne pas porter si la loi l’exigeait. De la même façon, ils ont condamné toute forme de violence politique et d’actions terroristes après les attentats du 11 septembre, certains conseillant même aux musulmans occidentaux à collaborer avec les services de sécurité pour dénoncer une personne ou une organisation prônant la violence terroriste.