samedi 11 février 2017

Le chaos du monde "arabe", était programmé depuis l'époque coloniale

Le chaos dans le monde dit "arabo-musulman" ne date pas d'aujourd'hui. Initié par les empires coloniaux français et anglais, il se poursuit par les impérialistes d'aujourd'hui, les américains : avec pour objectif le contrôle, sinon la main mise sur l'or noir, malédiction pour ces peuples et la remise en question de frontiéres tracées au mépris des peuples, par les anciennes puissances coloniales.
R.B
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James Barr

L’accord Sykes-Picot est l’une des causes majeures du chaos actuel au Moyen-Orient

Professeur d'histoire moderne à Oxford et auteur d'"Une ligne dans le sable".
Une analyse fascinante des relations entre la France et l’Angleterre, sur la question du Moyen-Orient. 
Tout s’explique : le chaos actuel, les conflits constants, les revendications permanentes. Car l’accord Sykes-Picot, en pleine Première Guerre Mondiale, n’a rien résolu. Bien au contraire.
Selon James Barr, tout a été mis en place en 1916 pour que la région ne soit plus jamais pacifiée. La Syrie en feu, le terrorisme, la question de Jérusalem, le problème du Canal de Suez, tout se mêle. 
A lire « Une Ligne dans le sable », on comprend que rien ne pouvait se dérouler autrement : les grandes puissances coloniales, au début du XXe siècle, ont créé un monstre, le Levant. Et ont mis en place les conditions parfaites pour une guerre sans fin. 
Une lecture essentielle pour comprendre les enjeux de cet Orient ravagé.

James Barr : C’est un traité qui a été négocié à la fin de 1915 et signé le 16 mai 1916, en pleine guerre mondiale, pour se partager les dépouilles de l’Empire Ottoman, un accord entre la Grande-Bretagne et la France – mais également la Russie. La Grande Bretagne était représentée par Mark Sykes, un membre du parlement, conservateur, et la France par François Georges-Picot, diplomate. Ce dernier était le fils de Georges Picot, historien, biographe et avocat.

Au lieu de suivre les traces de son père, François Georges-Picot a préféré rejoindre le Quai d’Orsay, en 1898, l’année de Fachoda. Il me semble que cet « incident » a été formateur, pour lui. Il a été très choqué par la façon dont la France avait reculé, à Fachoda. Sa façon de négocier sera désormais influencée par cet événement historique : il va devenir un négociateur très dur. Voilà pour les acteurs.

En ce qui concerne le terrain, l’accord partageait le Moyen-Orient en deux, selon une ligne droite qui allait « du A de Acre jusqu’au dernier K de Kirkouk », selon Sykes – ce sont ses propres mots, tels qu’ils apparaissent dans les minutes de la réunion.

Deux zones d’influence, donc ?

James Barr : Oui. Au Nord de cette ligne, la zone française. Au Sud, la zone anglaise. 
A l’intérieur de ces deux zones, il y avait des territoires soumis à un contrôle direct, comme le Liban et une frange côtière de la Syrie, sous administration française, tandis que le reste, la « zone arabe » (Damas, Alep, Mossoul) était « zone d’influence ». 

Côté britannique, il y avait Acre, le Koweït, la Mésopotamie sous administration directe, le sud de la Syrie ainsi que la Jordanie, avec la Palestine, sous « influence ». 
Ajoutons les ports, Haïfa, Saint-Jean-d’Acre et Jérusalem. Des villes comme Bassora et Bagdad se retrouvaient dans la partie britannique.

La ligne de partage avait-elle une logique ?

James Barr : Pas vraiment. C’était, comme le dit le titre de mon livre, « Une ligne dans le sable». 

En revanche, il y avait une logique politique. C’était, pour les Anglais, d’éviter que les Français puissent accéder aux cités sacrées, Médine et La Mecque. L’Angleterre, alors, se considérait comme la plus grande puissance du monde musulman. Il y avait un plus grand nombre de musulmans dans l’Empire Britannique que n’importe où ailleurs, si on prenait en considération l’Égypte, le Soudan, l’Inde.

Les Français, eux aussi, avaient une importante population musulmane et étaient vaguement convaincus de pouvoir contrôler leurs territoires en ayant Damas dans leur escarcelle. 

Les Anglais voulaient établir une bande de territoire allant de la Méditerranée jusqu’au Golfe Persique et éloigner les Français de ce qui est aujourd’hui l’Arabie Saoudite, de la Mer Rouge et du Golfe Persique. Cette bande, c’était la voie de passage pour l’Inde, bastion important de l’Empire Britannique. 

Donc, non, la ligne de partage n’avait pas de rationalité autre qu’une idée simpliste : tout ça, c’est du sable, on trace un trait, on ne tient pas compte des territoires des tribus, du lit des fleuves, des voies de communication, de la géographie. 

C’est une ligne purement géométrique. Tout a été fait avec désinvolture.

Mais les choses ont changé…

James Barr : Plus tard, les Anglais ont réalisé qu’il y avait d’importants gisements pétroliers au Nord de la ligne. A la fin de la première Guerre Mondiale, ce pétrole est devenu un enjeu. Car les Anglais se sont dit qu’en cas d’une autre guerre mondiale, il ne serait pas dit que les Américains viendraient à la rescousse. Il fallait donc s’assurer des sources d’approvisionnement en pétrole, notamment en Irak. La marine britannique – la plus puissante du monde – avait un besoin absolu de ce pétrole.

Donc, après la guerre, quand Lloyd George a rencontré Clemenceau, en décembre 1919, les négociations ont repris; Clemenceau avait besoin de Lloyd George pour récupérer l’Alsace-Lorraine, et, en échange, il a cédé Mossoul et la totalité de la Palestine. 
A vrai dire, la question du Moyen-Orient n’intéressait pas tellement Clemenceau. 
Lloyd George, lui, avait eu une éducation religieuse, et, pour lui, les lieux saints avaient de l’importance. De plus, il y avait un intérêt stratégique : protéger le Canal de Suez.

La question religieuse a joué entre Sykes et Picot ?

James Barr : Certes. Pour les Français. Ceux-ci avaient la réputation d’être les protecteurs des lieux saints. Pour certains Anglais, comme Sykes, toute cette région n’était peuplée que de barbares, qui, selon ses propres mots, « ne jouent même pas au cricket ».

Peut-on dire que tous les problèmes actuels proviennent de cette mainmise européenne sur le Moyen-Orient ?

James Barr : Ce n’est pas la seule raison, mais l’accord Sykes-Picot est l’une des causes majeures du chaos actuel. Ainsi, Sykes et Picot n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur l’avenir de la Palestine. Sykes voulait ce territoire pour des raisons stratégiques, et Georges-Picot mettait en avant les raisons religieuses et historiques. 

Détail important : l’accord a été signé par Georges-Picot à l’encre noire, et Sykes l’a signé… au crayon noir. Voilà qui dit tout.

Et les Juifs ?

James Barr : Les Anglais ont immédiatement pris contact avec les sionistes, pour les aider à remettre en question l’accord, dès sa signature. Il faut se replacer dans l’époque : l’impérialisme était de plus en plus critiqué, notamment par les Etats-Unis. 

Les Anglais voulaient stopper cette ingérence américaine, et c’est ainsi qu’ils ont approché les sionistes, en leur promettant la Palestine. Ceux-ci voulaient y créer un état juif, et, sous le parapluie anglais, cet état ferait pièce aux ambitions des Français et des Américains. D’où la déclaration Balfour, le 2 novembre 1917 : « Le Gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif… »

La Syrie, elle, posait un problème particulier : vide du pouvoir, assassinats en série, chaos … C’est presque la situation d’aujourd’hui ?

James Barr : Depuis toujours, la Syrie est un Etat instable, sauf pour la période Assad – quelle que soit l’opinion qu’on ait de cette famille. 

La Syrie a toujours été un terrain d’affrontement entre grandes puissances. En 1957, par exemple, les Anglais et les Américains ont tenté de se débarrasser du gouvernement syrien, pro-soviétique, et de le remplacer par une bande de personnages de droite, avec l’appui des Irakiens. 

Le plus curieux, c’est qu’en Syrie, il n’y a pas de pétrole, et que la seule source de conflit, c’est l’emplacement de ce pays, qui est un carrefour entre différents pays, différentes nations.

Rien de neuf, donc, dans cette région. En 1916 et dans les années suivantes, on voit tout ce qui va arriver plus tard : le terrorisme, le gazage des populations, les massacres.

James Barr : L’Histoire ne se répète pas vraiment. Aujourd’hui, on pense au terrorisme islamique, ou arabe. Il y a eu du terrorisme arabe dans les années 30, certes, mais le terrorisme sioniste des années 40 a été très efficace.

Oui, mais le terrorisme sioniste répondait à une stratégie précise, frapper les centres de commande. Le terrorisme actuel est aveugle…

James Barr : Les terroristes sionistes avaient des buts, et une idée très précise de leur action. Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient. Le message est terrible : le terrorisme paie. 

Vu l’agitation arabe, le gouvernement de Sa Majesté a mis des quotas très stricts pour l’immigration juive, restreignant notamment l’arrivée des Juifs d’Europe Centrale en 1939. Pour les sionistes, c’était intolérable.

Vous avez découvert qu’après la deuxième Guerre Mondiale, les Français ont secrètement fait parvenir des armes aux sionistes…

James Barr : L’idée était d’expulser les Britanniques de la Palestine. Les relations entre les Français et les Anglais étaient alors mauvaises. 

Les archives anglaises, récemment déclassifiées, montrent que ces livraisons d’armes étaient importantes. Et la raison de ces agissements, c’est le conflit latent entre les deux pays, conflit qui n’a cessé depuis l’accord Sykes-Picot. 

En livrant ces armes, les Français se vengeaient des avanies que leur avaient fait subir les Anglais dans les colonies. Notamment à Beyrouth et Damas, pendant la guerre.

Vichy a soutenu le groupe Stern, contre les Anglais. En 1948, la France a commencé à livrer beaucoup d’armes aux Juifs. Donc, on peut dire que la République Française a grandement participé à l’établissement de l’Etat d’Israël

L’autre raison des Français, alors, c’est l’apparition d’un nationalisme algérien, qu’il fallait mater. Un Etat juif serait donc un bon contrepoids, un allié. De Gaulle n’était pas spécialement pro-juif, mais les intérêts supérieurs de la politique dictaient ce choix. 
Ajoutons que le général a été très maltraité au Levant par Edward Spears, l’envoyé spécial de Churchill, qui le considérait comme un agitateur.

L’accord Sykes-Picot a généré un chaos, et un personnage aussi trouble que le mufti Al-Husseini a profité de ce désordre…

James Barr : Le cas du mufti, qui a fondé une légion de SS arabes et qui a rencontré Hitler, est intéressant. Il a introduit les nazis dans le jeu du Moyen-Orient

Leur but, évidemment, était de chasser les Juifs, de s’emparer des champs pétroliers de la Mer noire, de priver la marine anglaise de la ressource pétrolière, et de faire jonction avec l’Inde, pays occupé par les Japonais. 

Par chance, le plan n’a pas pu être réalisé. Sinon, c’était une catastrophe…

Au fond, l’accord Sykes-Picot est le début de la décomposition des empires…

James Barr : La guerre de 14-18 mettra à mort trois empires : l’empire russe, l’empire ottoman, l’empire de Prusse ; c’est aussi le début de la fin des empires français et britanniques. 

Ce qui frappe aujourd’hui, dans l’accord Sykes-Picot, c’est l’extrême dédain manifesté pour les peuples concernés !

On crée des zones d’influence sans prendre en compte les intérêts des populations, on crée des frontières qui seront toujours sources de conflits, on ne respecte jamais les aspirations nationales, c’est juste un jeu de cartes.

J’ajoute que Georges-Picot était un diplomate professionnel rigide, tandis que Mark Sykes n’y connaissait pas grand-chose, et était simplement arrogant. A eux deux, ils ont mis en place les conditions idéales pour que nul ne soit satisfait. 

Ils ont inventé une paix qui ressemble fortement à la guerre.


Propos recueillis par François Forestier

Aux racines de l’exception tunisienne

CE QUE DOIT LA TUNISIE AU NATIONALISME : son indépendance !
En effet, c'est le nationalisme qui a permis aux tunisiens de devenir une nation à part entière, avec Ahmed Bey puis avec Habib Bourguiba; les deux étant imprégnés de l'esprit du Siécle des Lumières.
Malheureusement pour les tunisiens, les Frères musulmans nahdhaouis sont en train de détruire la nation tunisienne pour mieux dissoudre la Tunisie dans la Oumma telle que la rêvent les pan-islamistes & les pan-arabistes !
Comment ? En ruinant le pays pour le mettre à la merci d'une nouvelle colonisation par les pétromonarques cette fois-ci ; comme l'ont fait avant eux les derniers Beys qui l'ont mis à la merci de la France.

R.B
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Marie Verdier

L’exposition « L'Éveil d'une nation », à Tunis, retrace le mouvement réformiste du XIXe siècle dont la Tunisie actuelle est l’héritière.

Portrait de Ahmad Bey, considéré comme le père fondateur de la Tunisie moderne, par Charles Gleyre.
Portrait Ahmad Bey, considéré comme le père fondateur de la Tunisie moderne, 
par Charles Gleyre. / Fondation Rambourg Tunisie

« La Tunisie a aboli l’esclavage avant la France ! » Preuve parmi d’autres du caractère exceptionnellement éclairé du pouvoir tunisien au XIXe siècle, pour Ridha Moumni, commissaire de l’exposition « L’éveil d’une nation » qui se tient au palais Qsar Es-Saïd à Tunis (1). Plus précisément, la Tunisie a aboli l’esclavage en janvier 1846, deux ans avant la France. Dans sa lancée réformatrice, elle garantit la liberté de culte et l’égalité de tous devant la loi en 1857 et circonscrit le pouvoir absolu des beys dans sa Constitution en 1861.
Ces décisions phares gravées dans l’histoire d’un pays, la Tunisie les doit à Ahmed Bey, souverain sous tutelle ottomane de 1837 à 1855, considéré comme le père fondateur de la Tunisie moderne, et à ses successeurs Mohammed Bey et Sadok Bey. Le portrait d’Ahmed Bey, ainsi que celui de dignitaires et de têtes couronnées présentés dans l’exposition, aux côtés des textes fondateurs et des nouveaux costumes, montrent à quel point le vent de modernité avait soufflé jusque dans le domaine des arts alors libérés de l’emprise de la religion qui considérait la représentation humaine comme un acte d’idolâtrie.

La réhabilitation du palais Qsar Es-Saïd, un « acte civique de restauration »
L’exception tunisienne dans le monde arabo-musulman, vantée depuis le printemps arabe de 2011, prend sa source dans ce XIXe siècle réformiste, mais aussi chaotique et ruineux, qui fait écho à la Tunisie actuelle, à la fois figure de proue de la démocratie dans le monde musulman et État à l’économie violemment chahutée.
Parce qu’il s’est achevé par le protectorat français, ce demi-siècle de Lumières (1837-1881) a laissé un goût amer dans la mémoire collective tunisienne. Signe du désamour, le palais Qsar Es-Saïd (« palais du bonheur ») est resté en déshérence pendant des décennies. C’est dans les murs de ce superbe monument du XVIIe siècle embelli à l’italienne au XIXe siècle que fut signé le traité du Bardo instaurant le protectorat en 1881, point final jetant l’opprobre sur les décennies passées.
Le palais, partiellement restauré et ouvert pour la première fois de son histoire au public grâce à la Fondation Rambourg, vaut à lui seul le détour. Créée par le couple Olfa et Guillaume Rambourg au lendemain de la révolution de janvier 2011, la fondation mène une bataille pour l’éducation et la culture « qui ont tant souffert sous Ben Ali », précise Olfa Rambourg. Elle œuvre donc à la réhabilitation du palais. « C’est un acte civique de restauration, de mise en valeur d’une collection et de démocratisation du savoir », fait valoir le commissaire de l’exposition Ridha Moumni.
« Le réformisme tunisien s’affirme comme un nationalisme »
Au XIXe siècle, la Tunisie n’était pourtant qu’une province vassale de l’empire ottoman. C’est d’ailleurs sur injonction de la Sublime Porte, soucieuse de rattraper le retard du monde islamique par rapport à l’Occident chrétien, que le pays se lance à contrecœur dans les réformes. En gage de sa dépendance vis-à-vis d’Istanbul, il crée une armée et une école polytechnique. La Tunisie qui a des visées d’autonomie va finir par prendre goût aux réformes et redoubler d’ardeur dans leur mise en œuvre.
« Le réformisme tunisien s’affirme comme un nationalisme », souligne la juriste Sana Ben Achour. Le dirigeant Ahmed Bey ira même demander le soutien du roi Louis-Philippe et de la reine Victoria pour s’affranchir de la tutelle d’Istanbul en 1846. « Mais il est revenu bredouille de son voyage. Tunis a dû alors réaffirmer sa "turquité" vis-à-vis de l’empire ottoman, tout en revendiquant son autochtonie », explique l’historienne Leïla Blili, conseillère pour l’exposition.
Mais le peuple miséreux, resté sur le bas-côté de la modernité portée par l’élite et accablé par les nouveaux impôts visant à financer les réformes, se révolte. La répression de ce « printemps des Bédouins » en 1864 par les soldats des beys est d’une violence inouïe. 

Le pays, exsangue, ne se relève pas. Il est placé sous une tutelle financière internationale puis tombe dans l’escarcelle coloniale. Leïla Blili rappelle les propos crus du prince de Bismarck à l’ambassadeur de France à Berlin Charles Raymond de Saint-Vallier en 1879 : « Je crois que la poire tunisienne est mûre et qu’il est temps pour vous de la cueillir. »


Dates clés
1814. Les savants de la mosquée Zitouna de Tunis s’opposent à l’implantation en Tunisie
du wahhabisme, né en Arabie au XVIIIe siècle.
1816. Abolition de la course (le piratage en mer) et de la vente des chrétiens, qui supprime une bonne partie des revenus de la régence de Tunis.
1841. Suppression du marché aux esclaves.
1846. Abolition de l’esclavage.
1857. Tollé international après l’exécution d’un juif pour blasphème. Le Pacte fondamental instaure l’égalité de tous devant la loi et la liberté de culte.
1861. La Constitution sépare les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.
1864. L’insurrection de la population est sauvagement réprimée. La Constitution est suspendue.
1869. La Tunisie ruinée est mise sous tutelle d’une commission financière internationale.
1881. Le traité du Bardo instaure le protectorat.


mercredi 8 février 2017

La Tunisie fait-elle rêver les Algériens ?

 « Ce n’est pas la révolte en elle-même qui est noble, mais ce qu’elle exige »
Albert Camus


Vu l'affluence des algériens en Tunisie depuis la révolution, cela confirme l'impression que j'ai eue lors de mon séjour entre Alger et Constantine, qu'ils s'ennuient chez eux car ils manquent de lieux de loisirs : plages, restaurants, bars, boîtes de nuit ... 
Pour un pays méditerrannéen, l'Algérie semble triste ! 
En discutant avec des algériens rencontrés lors de ce voyage, ils confirment leur engouement pour la Tunisie dont ils apprécient beaucoup l'art de vivre des tunisiens et les loisirs en tous genres qu'offre le pays à ses visiteurs; certains avouant y prendre une bouffée d'oxygéne, loin des carcans de la société algérienne devenue malheureusement bigote depuis que le pouvoir a cédé au FIS (Frères musulmans d'Algérie) l'emprise sur elle. 
Ce qu'ils apprécient le plus, c'est la liberté de consommer et de boire, aussi bien dans les hôtels que dans les villes. 
Mais n'y aurait-il pas un risque pour les tunisiens que la bigoterie bien ancrée dans la société algérienne, ne vienne accentuer l'islamisation de la société tunisienne par les Frères musulmans nahdhaouis depuis qu'ils dominent le pouvoir en Tunisie ?
R.B
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Kamel Daoud

La Tunisie est la possibilité d'une île
Les Tunisiens sont sévères avec leur révolution : elle va mal, fait mal, est mal faite. Le pays est en difficulté, n'a pas beaucoup d'argent et les petits Ben Ali repoussent doucement à l'ombre des indécisions. Aux yeux de l'Algérien passant, cela fait un peu sourire car le désenchantement chez nous dure depuis 53 ans presque. Là où en Tunisie, la désillusion est si jeune (trois ans) qu'elle en ressemble à un caprice. Que leur dire ? Tout : qu'ils ne savent pas ce que vaut, au change du symbole, leur révolution encore vive dans le désastre de ladite «arabité», c'est le seul pays qui prouve encore qu'il y a de l'espoir. On ne leur répètera jamais assez car les Tunisiens ont peu conscience de leur reflet dans nos déserts. Il faut encore et encore leur répéter qu'ils doivent réussir car cela implique pour nous la possibilité d'une île. Sinon, nos dictateurs auront raison. Déjà qu'en Algérie, l'exemple libyen et syrien ou égyptien assure la survie miraculeuse d'un régime qui est allongé comme Moubarak, fou comme Kadhafi, violent comme Bachar, rusé comme Ali Salah.

La Tunisie devine peu son poids, habituée qu'elle est à l'angle discret de sa géographie et à la modestie de ses ambitions régionales. « Un petit pays qui a donc de petits problèmes », résume un ami dans les rues lumineuses de son pays. Faux, car ce pays a aussi inventé la grande solution. On le ressent dans la rue et les esprits. Discussion avec un jeune homme brillant qui, entre vie de commerce et de loisirs, réinvente la solidarité dans la Tunisie profonde : initiatives envers les lycées, les femmes, les villages oubliés, etc. Etonnement en soi et presque de la jalousie à entendre ces gens parler de leurs initiatives en toute liberté : « Ici, les ministères ont peu d'argent et de moyens : quand quelqu'un lance une initiative, ils sont preneurs». Cela vous plonge dans la songerie du pays derrière le dos, le vôtre. Là, on ne peut pas bouger sans agrément, autorisation, bureaucratie. Tout est à l'ombre de la méfiance policière. Je ne peux pas aller dans les écoles algériennes, parler de littérature sans le cachet humide de Bouteflika lui-même. Si on lance des initiatives d'internats subventionnés, de lycées autonomes en énergie, recyclage ou alimentation, on a besoin de deux conteneurs d'autorisations au bout d'un siècle de procédures. On ne peut rien faire pour son pays ligoté, que gémir, médire puis grimacer et regarder les radios des mille collines (Echourouk et Ennahar) réinventer le FIS sous vos yeux et fabriquer une guerre civile à venir.

Ce qui frappe en Tunisie est ce concept lumineux, libre, vif et essentiel : la possibilité d'entreprendre, de faire quelque chose. Le militantisme n'a pas ce sens de concurrence vers le Pouvoir, mais d'engagements solidaires envers les siens. C'est-à-dire que l'on peut faire quelque chose, qu'on le fait, sans méfiance, ni doute, ni la rouille majeure du soupçon, ni inquisitions. Les raisons : Ben Ali a fui, il n'y a pas de pétrole « don de Dieu » qui transforme le peule en malédiction de la démographie, il n'y a pas d'armée qui pèse, pas d'anciens moujahidine, de famille révolutionnaire qui butinent le butin de guerre. C'est un pays qui subit les islamistes, le terrorisme et la crise mais qui attend encore quelque chose de lui-même, essaye, tente et ne sombre pas. Beaucoup de Tunisiens savent intuitivement, même s'ils tentent de l'oublier dans le bavardage, que leur Tunisie dépend d'eux, de chacun et qu'ils n'ont que ce pays sous l'aisselle dans le voyage du monde.

La révolution est dure, coûteuse, mais l'initiative est donc possible, l'entreprise, l'acte. La Tunisie est la possibilité d'une île, l'Algérie est un continent perdu. On en est frappé. Bien sûr les grimaces chez nous sont des essaims quand on parle de l'espoir dans ce pays voisin. C'est qu'on n'aime pas voir les autres réussir. Et on est solidaire dans les échecs. C'est notre métaphysique : il est douleur pour le pays qui a brillé par une guerre de Libération, de voir que d'autres se souviennent ou vivent mieux la liberté.

Passons. L'attentat du musée est encore dans les discussions ici. Mais la Tunisie n'est pas un musée figé. C'est un vif pays qui habite le présent.





mardi 7 février 2017

Vieillir, c'est chiant !

La vieillesse doit être traitée plus tendrement. " 
Montaigne

 Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qu’il s’est passé."
Groucho Marx 
Bernard Pivot
Vieillir, c’est chiant. J’aurais pu dire : vieillir, c’est désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel.
Mais j’ai préféré « chiant » parce que c’est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste.
Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira.
Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant.
On était bien dans sa peau.
On se sentait conquérant. Invulnérable. La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien. Même à soixante. Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.
Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j’ai vu le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge. J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard. Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables.

Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge. Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants. “Avec respect”, “En hommage respectueux”, “Avec mes sentiments très respectueux”. Les salauds ! 
Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? Les cons ! Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !
Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place. J’ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué.

- " Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J’ai pensé que "...
- Moi aussitôt : " Vous pensiez que..." ? 
- " Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir ".
- " Parce que j’ai les cheveux blancs " ?
- " Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça été un réflexe, je me suis levée "...
- " Je parais beaucoup beaucoup plus âgé que vous " ?
- " Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge "...
- " Une question de quoi, alors ? "
- " Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois ”...»
J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.
Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni au rêve.
Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises. C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie.
La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce. J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart, soit, du même, l’andante de son Concerto no 21 en ut majeur, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.
Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés.
Nous allons prendre notre temps. Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement. Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ? Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération. Après nous, le déluge ? Non, Mozart.
Voilà, ceci est bien écrit, mais cela est le lot de tous, nous vieillissons !...
Bien ou mal, mais le poids des ans donne de son joug au quotidien.
Vieillir, la plus grande injustice parce que l’on en n’est pas responsable et, en même temps, la plus grande justice car aucune femme et aucun homme n’y échappent ! 

Extrait du livre « Les mots de la vie », de Bernard Pivot

lundi 6 février 2017

LES CANDIDATS A LA PRESIDENTIELLE, FACE A L'ISLAMISME EN FRANCE

Article paru dans : Agoravox

Ça y est : François Fillon, Emmanuel Macron, Benoît Hamon, Jean-Luc Melenchon, Marine Le Pen, ont tous tenu leur meeting d'après primaires pour les uns, pour la course à la présidentielle qui rentre dans sa dernière phase, pour les autres.
Or depuis que les partis politiques proposent à chacune des élections présidentielles des programmes détaillés avec des résolutions aussi nombreuses que farfelues pour appâter les électeurs, ceux-ci n'en sont-ils pas guéris de ces promesses non tenues ?
Ne vaut-il pas mieux un contrat entre le candidat et ses électeurs, sur des points précis qui fédèrent le plus large possible les hommes de bonne volonté de droite comme de gauche ; et sur lesquels il s'engage ?
C'est ce que fait Macron, et ce sur quoi il est critiqué par les partis traditionnels mais aussi par des journalistes qui croient encore naïvement aux programmes électoraux !
Faut-il rappeler quand Chirac a été élu, il a viré de 180 ° par rapport à son fameux programme "la fracture sociale" sur lequel il avait fait campagne. A tous ceux qui le lui ont reproché, il disait cyniquement : " Les promesses n'engagent que ceux qui y croient ! "
Le FN, quant à lui, propose 144 résolutions dans son programme ! Qui peut croire encore à ce genre de surenchère, attrape gogo ?
Pour rappel, en Tunisie les Frères musulmans ont poussé le cynisme jusqu'à proposer et promettre de les réaliser, 365 résolutions; c'est à dire une par jour ! Leurs électeurs naïfs, s'en souviennent encore !!

Cependant, on aimerait bien au moins connaître la position des candidats sur les questions cruciales qui menacent le monde; à savoir, le terrorisme islamiste et le wahhabisme qui le fonde : vis à vis des Frères musulmans et vis à vis des pétromonarques qui les soutiennent et les financent.

Car désormais, l'un des enjeux de toutes élections en France comme ailleurs en Occident, c'est la lutte contre le wahhabisme qui est en train de gangréner les sociétés occidentales comme il a gangréné les sociétés "arabo-musulmanes", en prenant en otage l'islam et les musulmans !!

I - Le PEN & FILLON : Position tranchée dans le sens d'une lutte effective contre l'islamisme.

Ils sont les seuls à avoir désigné le mal : l'islamisme ! Ils n'ont pas fait d'amalgame entre islam et islamisme.

Mieux encore, Fillon a désigné l'origine du mal : le wahhabisme ; comme il a désigné les coupables : les Frères musulmans et les pétromonarques qui les soutiennent.
Cependant, s'il a déclaré dans son premier discours d'avant les primaires, faire la guerre aux Frères musulmans et revoir les relations de la France avec les pétromonarques ; il est étonnant qu'il se soit montré moins vindicatif lors de son discours de campagne présidentielle à propos des islamistes et qu'il n'ait même pas prononcé le nom des Frères musulmans et encore moins rappeler sa politique de rétorsion envers les pétromonarques ! Or faut-il rappeler qu'il n'avait rien fait contre les Frères musulmans et leur prosélytisme pour le wahhabisme, quand durant 5 ans il était chef du gouvernement ; pour ne pas fâcher l'émir du Qatar, grand ami de Sarkozy !

Alors opportuniste Fillon ? Surfe-t-il sur le mécontentement général des français depuis les attentats lors desquels ils ont découvert dans leur chair l'islamisme ? Mais comme il est disqualifié à cause de ses "affaires", il se peut qu'il sera éliminé dés le premier tour !   

Le PEN quant à elle, elle fustige les jihadistes et promet de fermer toutes les mosquées salafistes. Pour elle les lois de la République sont audessus de toutes les lois religieuses; et ceux qui les refusent et revendiquent la chariaa, elle les invite d'aller dans les pays qui l'appliquent.

II - MACRON : Il reste dans le flou à propos du mal du siècle qui range toutes les sociétés.

Belle prestation à Lyon. Beau discours. Cependant un Bémol ! Au nom de la liberté, il tolère tout jusqu'au voile ! Sait-il au moins ce qu'il représente ? Comment peut-il faire à ce point l'amalgame entre une religion, l'islam; et une politique qui l'exploite, l'islamisme ... et donner ainsi le signal aux islamistes qu'ils peuvent continuer à diffuser leur doctrine en toute impunité ... au nom de la liberté de conscience ?
Inconscience ou calcul politique ... comme l'avait fait avant lui François Hollande ?

Macron doit préciser sa position face à l'islamisme et au wahhabisme qui le fonde ; et face aux pétromonarques qui les financent. Il ne doit pas mélanger tout au nom de la liberté et de la laïcité. Il a tort de ne pas faire ce distinguo et de permettre au poison wahhabite de se diffuser dans la société française ; alors qu'il met dans ses priorités la lutte contre le terrorisme ... comme s'il ne savait pas que le wahhabisme fonde le jihadisme, ce bras armé des islamistes.

Il reste à Macron de se prononcer clairement sur cette question : que fera-t-il pour lutter efficacement contre le terrorisme ? Quelles mesures prendra-t-il contre les Frères musulmans et leurs sponsors les pétromonarques ? Fermera-t-il les mosquées & écoles coraniques "salafistes" ? Rétablira-t-il la laïcité dans ses droits ?

III - HAMON & MELENCHON : Position tranchée, mais dans l'autre sens.

Puisqu'ils font l'amalgame entre islam et islamisme. Par conséquent, ils n'interféreront pas dans des pratiques communautaires musulmanes ! 
Ils ne font plus mystère du communautarisme qu'ils exploitent l'un et l'autre pour conquérir les voix des islamistes Frères musulmans, leurs alliés stratégiques !
Les deux étant pour le communautarisme, ils admettent foulard, voiles, burqa, burkini ... au nom d'une laïcité mal comprise, dévoyée par les idiots utiles ... populisme et calculs électoraliste obligent !


Rachid Barnat