mercredi 4 juillet 2018

Mutazilisme

L'islam n'a plus progressé depuis que les politiques s'en sont mêlés pour interdire l'usage de la philosophie pour l'adapter à son époque. Son siècle des Lumières se termine avec la fin du mutazilisme, sur ordre des Ottomans.
RB

Le mutazilisme, ou mu‘tazilisme mais aussi Al mu'tazila, est une importante école de théologie musulmane ('Aqîda) apparue au VIIIé siècle. Elle s'oppose aux écoles de théologie aujourd'hui dominantes comme l'asharisme, le maturidisme ainsi que d'autres écoles plus littéralistes comme l'école de théologie du hanbalisme.
Vivement critiqué par les courants salafiste et wahhabite, le mutazilisme est aujourd'hui peu représenté dans la communauté musulmane, bien qu'il en fut autrefois un courant majoritaire, notamment durant une période du califat des fatimides. Il réfute l'aspect incréée du coran, jugeant cette considération comme irrationnelle.
Il met en avant le libre arbitre, place l'amour et l'ascétisme au centre de la recherche spirituelle de l'être humain, et rejette tout dogmatisme religieux.
La recherche scientifique et la philosophie y ont une place prépondérante. Le Kalâm et la Falsafa, en sont les notions les plus importante.
La théologie mutazilite se développe sur la logique et le rationalisme, inspirés de la philosophie grecque et de la raison (logos), que Wassil Ibn Ata combine harmonieusement avec les doctrines de la foi islamique.

Cette démarche, reprise sous différentes formes par les autres courants musulmans, parfois avec réticence, régressa nettement à partir du XIII é siécle (sous l'impulsion ottomane) chez les sunnites, ceux-ci considérant que la révélation divine n'a pas à être soumise à la critique humaine. Ainsi, après Averroès, on constate « la perte d'audience de la philosophie musulmane au profit de la mystique ».
L'approche philosophique héritée du mutazilisme reste aujourd'hui utilisée par des chiites, mais uniquement sur certains points. Très rapidement, encouragée par le calife Al-Ma'mun qui fit du mutazilisme la doctrine officielle en 827 et créera la Maison de la sagesse en 832, la philosophie grecque fut introduite dans les milieux intellectuels persans et arabes.
Proche du soufisme sur certains points, et reconnaissant tout être humain comme pouvant être bon quel que soit son mode de vie, il est considéré parfois comme un rempart à l’extrémisme.
Selon une interprétation, « certains théologiens de la ville de Bassorah refusèrent de prendre parti dans les luttes de pouvoir qui, après l'assassinat d'Othman, ensanglantèrent et divisèrent la communauté musulmane, d'où le nom de ce mouvement signifiant "ceux qui s'abstiennent" ».
Origine et Appellation
Les chercheurs s’accordent à reconnaitre Wasil Ibn Ata en tant que fondateur du Mutazilisme. Mutazilisme désigne une école de la pensée musulmane. Le nom et l’origine de ce courant peuvent s'expliquer de façon très différente.
Itizal (s’isoler) peut se comprendre dans le sens séparation d’avec les impies et de leurs œuvres. Le Coran l’utilise dans ce sens.
Appellation Mutazilites en tant que caractère politique
Nashi rattache explicitement les disciples de Wasil et d’Amr ibn Ubayd au parti des anciens Mutazila qui se tinrent à l’écart de la guerre entre Ali d’une part et Talha et Zubayr de l’autre.
Les disputes concernant la succession du prophète de l'islam Mahommed ont entraîné l'apparition du kharidjisme en 657 et du chiisme après 660. Un troisième parti, majoritaire, les musulmans restants partisans du califat, a donc dû se définir. Entre ces trois partis, les divergences sont au début surtout politiques, même si des sensibilités religieuses légèrement différentes existent dès l'origine.
La structuration théologique de chacun de ces trois groupes, chacun affirmant progressivement ses spécificités religieuses, a bien pris deux siècles. Chacun de ces groupes subit des scissions de nature philosophique et théologique. C'est dans ce cadre de la formation de la théologie musulmane majoritaire, qui allait se cristalliser peu à peu sous la forme du sunnisme s'opposant au mutazillisme tout comme le ascharisme et le hanbalisme.
À la fin du califat omeyyade (vers 750), un étudiant, Wāṣil ibn ʿAṭāʾ, se retira de l'école du père fondateur du soufisme Al-Hassan al-Basrî suite à son désaccord sur le statut des croyants qui ont commis un grand péché. Selon les sources, un homme demande à Al-Hassan s'il était d'accord avec les kharijites qui considèrent qu'ils iraient en enfer et sont considérés comme infidèles ou bien avec les murjites pour qui, seul Dieu peut les juger et ils demeureront nouveaux croyants s'ils se repentent avant leur mort. Wasil répondit que les pécheurs étaient dans une situation intermédiaire, car ils ne seraient ni croyants, ni infidèles ; ainsi s'ils se repentaient, ils seraient à nouveau considérés comme croyants. D'autres élèves se joignirent à cette idée en opposition avec la tradition islamique orthodoxe. Il créa, alors, son propre madhhab (école) à Bassorah. Le nom mutazillisme vient du récit d'ibn-Hassan pour signifier « ils se sont séparés de nous »3.
Ils reprirent le principe de kalam incluant notamment l'itijab : le libre arbitre mis en place par un mouvements antérieurs, celui des Qadarites qui nommèrent l'itizila. Par la suite, les partisans du mutazilisme se nommèrent eux-mêmes Ahl al-ʿadl wa al-tawḥīd (Peuple de la justice et du monothéisme) d'après la théologie qu'ils adoptèrent.
La même période voit également se développer différentes hétérodoxies au sein de l'islam, qui subit également un certain nombre d'attaques athées, comme celles de l'apostat Ibn al-Rawandi.
En 827, le mutazilisme devient la croyance officielle à la cour du califat abbasside, après avoir été officiellement embrassé par le calife perse Al-Ma'mun. Il restera la doctrine officielle sous ses deux successeurs.
Une persécution (la Miḥna) sera même organisée entre 833 et 848 contre les érudits qui n'adhèrent pas au mutazilisme. La Miḥna force les non-adhérents à renoncer ouvertement à la doctrine affirmant que le Coran est éternel et à accepter que celui-ci ait été créé, assimilant cette doctrine à la doctrine chrétienne selon laquelle la Parole de Dieu par laquelle il se manifeste au monde (qui est le Christ selon les chrétiens) serait incréée et co-éternelle avec Dieu lui-même. Cette doctrine serait donc ouverte aux mêmes reproches de polythéisme que le trinitarisme chrétien, et ne serait donc pas monothéiste. Le zèle des motazilistes alla jusqu'au refus de faire libérer les prisonniers musulmans aux mains des Byzantins s'ils affirmaient la non-création du Coran. Une nette résistance de l'opinion à ces persécutions est rapportée par les chroniqueurs. De fait, la Mihna est sans doute en partie la cause du déclin du mutazilisme de l'époque.
Cependant des oppositions se font entendre à la fin du IXé siècle par le madhhab acharite fondé par Abu-l-Hasan Al-Ashʿariy, puis par l'école maturidite. Le calife al-Mutawakkil abandonna le mutazilisme et revint à la doctrine dit "traditionnelle", qui était en train de donner naissance au sunnisme.
Le mutazilisme retrouvera un certain lustre sous le protectorat des émirs chiites buyides, aux X et XI é siècles, où il sera de nouveau enseigné.
Le mutazilisme sera de nouveau écarté à l'arrivée des Turcs seldjoukides. « À partir du milieu du XIe siècle, la théologie sunnite, plus orthodoxe, l'avait définitivement emporté. » Le mutazilisme déclina entre le XIe et XIIIe siècle.
Le mutazilisme a été interdit, ses livres brûlés, et on ne connaissait plus sa doctrine que par les textes des théologiens traditionalistes qui l'avaient attaqué. Au XIXe siècle, la découverte des volumineux ouvrages d'al-Jabbâr ont permis de mieux comprendre l'importance de ce courant de pensée dans la formation de la théologie musulmane actuelle, qu'elle soit sunnite ou chiite.
Doctrine
Différentes questions faisaient l'objet de débats parmi les théologiens musulmans lors de la création du mutazilisme, par exemple celles de savoir si le Coran était créé ou incréé, si le mal pouvait être créé par Dieu, celle de la relation entre la prédestination et le libre arbitre (qadar), celle des attributs de Dieu dans le Coran qui pouvaient être interprétés allégoriquement ou littéralement, ou celle de savoir si ceux qui étaient dans le péché trouveraient une punition éternelle en enfer. Ces principes furent nommés itizila5.
Le mutazilisme met l'accent sur cinq principes.
·      Le monothéisme (tawhid) : Dieu ne peut être conçu par l'esprit humain. Ainsi, ils affirment que les versets du Coran décrivant Dieu comme étant assis sur un trône sont allégoriques. Les motazilites affirment que le Coran ne peut pas être éternel, mais a été créé par Dieu, sinon l'unicité de celui-ci serait impossible. Ils poussent leur conception allégorique à l'extrême et nomment leurs opposants anthropomorphistes.
·         La justice divine (adl) : devant le problème de l'existence du mal dans un monde où Dieu est omnipotent, ils mettent en avant le libre arbitre des êtres humains et présentent le mal comme généré par les erreurs de ceux-ci. Dieu ne fait pas le mal et demande aux hommes de ne pas le faire non plus. Si les actes maléfiques d'un homme provenaient de la volonté de Dieu, alors la notion de punition perdrait son sens car l'homme suivrait la volonté divine quels que soient ses actes. Le mutazilisme s'oppose donc à la prédestination.
·         Promesse et menace (al-Wa'd wa al-Wa'id) : ce principe regroupe les questions sur le dernier jour et le jour du jugement où Dieu récompensera, avec ce qu'il leur a promis, ceux qui lui ont obéi, et punira ceux qui ont désobéi avec la damnation et les feux de l'enfer.
·         Le degré intermédiaire (al-manzilatu bayn al-manzilatayn) : ce principe, qui a été le premier à distinguer les mutazilites, affirme que le musulman qui commet un grand péché (meurtre, vol, fornication, fausse accusation de fornication, etc.) ne doit être considéré, dans la vie d'ici-bas, ni comme croyant ou musulman (comme pensent les sunnites), ni comme mécréant (kâfir, comme pensent les khâridjites), mais plutôt dans un degré intermédiaire entre les deux. Si le pécheur se repent avant sa mort, il sera considéré à nouveau comme croyant. S'il ne se repent pas, il sera considéré comme mécréant et méritera l'enfer.
·         Ordonner le bien et blâmer le blâmable (al-amr bil ma'ruf wa al-nahy 'an al munkar) : ce principe permet la rébellion contre l'autorité, si celle-ci est injuste, comme un moyen d'empêcher le mal.
Chacun de ces principes est différent, parfois sur de simples points de détail, de ceux prônés par les écoles théologiques de l'islam de l'époque.
Héritages et conséquences du mutazilisme
Bien que son rationalisme fût séduisant auprès des classes éduquées de l'époque, le mutazilisme ne se répandit guère parmi les masses, probablement du fait de sa nature élitiste. Après son adoption par les dirigeants et face à la persécution qui s'ensuivit, son impopularité grandit dans le peuple.
Les mutazilistes s'étaient intéressés au début aux attaques que subissait l'islam de la part des non-musulmans ; ils devinrent rapidement obsédés par le débat avec les autres théologies et courants de pensée à l'intérieur de l'Islam lui-même. Les premiers mutazilistes ont pu être considérés comme occupant une position médiane entre les orthodoxes et les non-musulmans. Très rapidement, encouragée par le calife Al-Ma'mun qui fit du mutazilisme la doctrine officielle en 827 et créera la Maison de la sagesse en 832, la philosophie grecque fut introduite dans les milieux intellectuels persans et arabes. L'École péripatétique commença à avoir des représentants parmi eux. Ceux qui cherchaient par une démonstration philosophique à conforter et démontrer le bien-fondé de leur foi religieuse et pour ce faire utilisaient une méthodologie fondée sur la dialectique grecque furent appelés mutakallamin (« ceux qui utilisent le kalâm (la parole) doublement »).
En réponse au mutazilisme, Abu al-Hasan al-Ash'ari, initialement mutazilite lui-même, développa la méthodologie du Kalâm, et fonda ainsi l'école de pensée acharite. Par la suite, influencée par l'acharisme, l'école maturidite apparut et son fondateur écrivit plusieurs livres réfutant plusieurs des croyances mutazilites. L'acharisme et le maturidisme ont subi des évolutions au cours du temps (notamment aux XIe et XIIe siècle avec Al-Ghazzâliy et Ar-Râziy). Au cours de leur long conflit avec le mutazilisme, l'acharisme et le maturidisme se sont mutuellement influencés et ont évolué parallèlement. L'acharisme et le maturidisme ont très fortement influencé les quatre écoles théologiques sunnites, qui relèvent soit de l'un soit de l'autre. Par ce biais, une influence mutazilite continue à se faire sentir au sein du sunnisme. Le sunnisme lui a emprunté non seulement le principe de la pure transcendance de Dieu et des notions comme l'atomisme (héritée des Grecs), mais aussi son cadre intellectuel, notamment la place de la raison reconnue capable d'un certain savoir théologique, sans le recours de la révélation.
Enfin, plusieurs courants chiites, en particulier les zaydites, ont embrassé certaines des doctrines motazilites et les ont incorporées à leurs théologies.
Le mutazilisme d'aujourd'hui
Le grand mufti d’Égypte élu en 1899 Cheikh Mohamed Abdouh fut à l'origine du néo-mutazillisme souhaitant réformer l'islam apportant des changements dans l'enseignement de l'université d'Al-azhar en 1895 parvenant à convaincre Khédive Abbas II (1892-1914) enclin aux réformes ayant eu une éducation européenne, il réussit à faire instaurer un conseil d'administration de l'établissement dont il fut membre. Cependant, suite à la pression des unités Asharite qui s'opposaient à ses idées, il se retira et mourut le 11 juillet 19056.
En février 2017, l'Association pour la renaissance de l'islam mutazilite a été créée en France7. Pour l'ARIM, le mutazilisme est un héritage qu'il convient d'adapter au xxie siècle. Il n'est pas un contenu de dogmes prêts-à-penser mais une disposition de l'esprit : celle qui consiste à appliquer le doute, la prudence et l'esprit critique sur l'histoire, les pratiques et les textes de l'islam et celle qui consiste à garantir la liberté de l'individu à décider par lui-même de ce qui lui paraît bon ou mauvais dans sa vie spirituelle.
Personnages célèbres
·         Wassil Ibn Ata
·         Amr Ibn Ubayd
·         Al Kindi
·        Aghlabides nomination du premier "Cadi de Kairouan" mu'tazilite en 806 jusqu'à leur éviction par les Fatimides
·         Ibn Rochd (Averroès)
·         Ibrahim al-Nazzam
·         al-Jubba'i
·         Al-Djazari
·         Abu Huthail al-'Allaf
·         Abd al Jabbar Ibn Ahmad
·         al-Jahiz écrivain et linguiste.
·         Al Ma'mun
·         Al Mu'tasim
·         Al Wathiq
·         al-Mawardi juge et écrivain (sur la politique)
·         Ibn Abi al Hadid connu pour son commentaire de Nahj al-Balagha (paroles de Ali Ibn Abi Talib) qu'il nomma Sharh Nahj al-Balagha
·         al-Zamakhshari, exégète du Coran
·         Abû Hayyân al-Tawhîdî
·         Muhammad Abduh
·         Harun Nasution
·         Nasr Abu Zayd
·         Abdolkarim Soroush
·         Khaled Abou El Fadl

mardi 3 juillet 2018

UN RECUL DE PLUS : UNE ISLAMISTE A LA MAIRIE DE TUNIS !

Article paru dans : Kapitalis


Alors aux yeux du monde, Tunis la capitale est islamiste; et cela est votre belle oeuvre monsieur le président Béji Caïd Essebsi. Vous portez une responsabilité énorme aux yeux de l'histoire. Ancien collaborateur du président Bourguiba, vous l'avez trahi.

Souad Abderrahim, islamiste, est donc devenue le Maire de Tunis !

Un recul de plus qui, hélas, ne sera pas le dernier. Certes c’est une femme et elle ne porte pas le voile. L’élection d’une femme à ce poste emblématique aurait pu, en effet, constituer une belle image pour la Tunisie. Mais il est évident que c’est une occasion ratée car cette femme est contre le droit des femmes ou, plutôt, elle est pour le droit islamiste des femmes et l’on sait bien ce que cela veut dire. Qui ne se souvient de ses propos méprisants et indignes sur les filles mère ?

Dès lors ce qui aurait pu être un plus pour l’image de la Tunisie devient bien au contraire l’image d’une régression et désormais la capitale de ce pays est islamiste ! A quand la Présidence du pays par les islamistes ?

Chacun est maintenant en train de rechercher les responsabilités et c’est normal mais ne nous trompons pas d’analyse.
On nous dit que cette élection est due à l’abstention des élus indépendants et de la gauche qui, en s’abstenant ne pouvait pas ne pas savoir qu’elle faisait élire l’islamiste.

On a lu avec stupéfaction la réaction sur ce point, du représentant de Nidaa Tounes qui a fustigé l’alliance de la gauche avec les islamistes ! Mais ce personnage et ceux qu’il représente, est, soit un débile intellectuel, soit d’une totale mauvaise foi, car qui a commencé à s’allier avec les islamistes sinon son parti ? Ce genre d’alliance serait bien quand elle est faite par Nidaa mais condamnable lorsque les autres s’y risquent ?

Certes ces partis qui se sont abstenus, ont montré leur immaturité politique en ne sachant pas faire la part de l’essentiel mais, en réalité, la responsabilité première et fondamentale dans cet échec, c’est la politique de Nidaa et de M. Béji Caïd Essebsi. En trahissant sa parole et en faisant alliance avec les rétrogrades, ils leur ont donné une légitimité, une respectabilité, une visibilité et ils les ont fait passer pour des démocrates ce qu’ils ne sont pas et ne seront jamais car c’est dans la nature des partis religieux que d’être autoritaire et liberticide. Voyez le bel exemple d’Erdogan, que Ghannouchi prend pour modèle.

Les Frères ont su jouer de leurs opposants : de leur faiblisse ils tirent leur force "démocratiquement" dans un premier temps; jusqu'au jour où ils tomberont leur masque pour instaurer un régime totalitaire théocratique.

S'il y a des reproches à faire, c'est bien aux prétendus "progressistes" dont l'ego n'a d'égal que leur cupidité, car les Frères musulmans ont toujours poursuivi le même projet même si par stratégie ils ont usé et abusé de la taqyia !
Alors désormais aux yeux du monde, Tunis la capitale est islamiste ; et cela c’est votre belle œuvre Monsieur le Président. Vous portez une responsabilité énorme aux yeux de l’histoire ! Et collaborateur du Président Bourguiba, vous l’avez trahi. Mais ce ne serait rien si par votre faute vous n’entraîniez le pays dans la régression et dans le lot des pays arriérés et qui le resteront.

Tout ça, me direz-vous, pour une simple mairie ?

Non pas une simple Mairie ! La Mairie de Tunis, capitale du pays ! Et cela va permettre à Ennahdha de continuer à tisser sa toile, à placer ses pions et à progresser pendant que vous retournerez, déshonoré, à l’oubli de l’histoire. Ennahdha a maintenant un tremplin comme Erdogan a eu le sien en étant Maire d’Istamboul. Et vous avez vu où cela l’a mené ! 
Merci Monsieur le Président !

Rachid Barnat



PS : La photo de Kapitalis, une photo parlante : Une femme lige en "cheveux" , gage de "modernité" du parti qui l'embauche; entourée de femmes entrées dans l'islamisme par opportunisme* pour la plus part d'entre elles ... en tournant dans la direction où souffle le vent !
* Ce qui est souvent le cas dans ce pays de dictature, où l'individu ne trouve son salut que dans l'infantilisation ou l'hypocrisie face au pouvoir; au mépris de ses convictions religieuse et politique, si toute fois il en avait !

lundi 2 juillet 2018

Le consensus en bout de souffle !

Le consensus, cette trouvaille du quartet nobélisé, porte ses fruits de pagaille généralisée dont l'unique bénéficiaire est comme d'habitude Ghannouchi et son parti Ennahdha ! 
Ça tourne au vaudeville si les Tunisiens n'en pâtissaient pas !
Ghannouchi doit jubiler : il a ficelé tout le monde par une constitution faite sur mesure pour les Frères musulmans !
Vivement la troisième République et une nouvelle constitution pour stabiliser le pays.
R.B
Résultat de recherche d'images pour "benoit delmas"

Cette chakchouka que mitonnent les politiques

Alors que le pays est au beau milieu du gué d'une crise économique, Nidaa Tounes, le parti du chef du gouvernement, bataille contre celui-ci.

De quoi s'agit-il à l'évocation de ce mot ? De cuisine, bien sûr. En l'occurrence, de cuisine politique. Quand on sait que la chakchouka, plat préparé au Maghreb, est une ratatouille que l'on peut agrémenter de poivrons et de piment, notamment de harissa, on situe vite que la cuisine politique est tunisienne. Car une guerre ouverte fait rage depuis près de deux mois dans les hautes sphères de la politique de ce pays. Face à l'ampleur de la crise économique (inflation à 7,7 %, chômage à 15,4 %) qui contraint l'État à contracter des crédits pour assurer son budget, certains exigent le départ du chef de gouvernement, Youssef Chahed, alors que d'autres défendent son maintien au nom de la stabilité au sommet de l'État. 

Ce qui ne pourrait être que la vie politique usuelle, telle qu'on la connaît partout, s'est subitement transformé en affrontements entre clans dans le Tunis des élites.

Acte I : le chef du gouvernement lâché par son parti

En plein ramadan, le 29 mai dernier, deux heures après l'iftar (rupture du jeûne), Chahed intervient brusquement sur la chaîne publique Wataniya 1. Une prise de parole très attendue. Face à la conjuration des mécontents politiques, à savoir le puissant syndicat UGTT (très présent dans la fonction publique) et le parti de Chahed, Nidaa Tounes, le jeune quadra se devait de quitter la pénombre. 

Une semaine auparavant, Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif de Nidaa Tounes et fils du président de la République, demandait son départ et le laminait sur les réseaux sociaux. Exigeant le départ de Chahed, Essebsi Junior s'est fendu d'un statut assassin sur Facebook – qui fait usage d'agence de presse en Tunisie –, statut égrenant les reproches : « Dégradation du pouvoir d'achat, chute effrayante de tous les indicateurs économiques, chute du dinar, crise des finances publiques, incapacité à réaliser la moindre réforme, quasi-faillite des caisses sociales. » Et d'ajouter, perfide, que Chahed n'avait pas été élu, mais nommé… 
Piquant statut, donc, Nidaa Tounes dirigeant le pays depuis sa victoire aux législatives et à la présidentielle de la fin 2014. 

Tout cela, avec cette réalité que Hafedh Caïd Essebsi ne s'est jamais frotté à un scrutin.

Acte II : le chef du gouvernement accuse le fils du président de la République

L'insurrection fut suivie d'une contre-insurrection : Chahed rendait alors « Hafedh Caïd Essebsi » responsable d'« avoir détruit Nidaa Tounes ». La guerre verbale et clanique qui sévissait jusque-là dans un théâtre d'ombres devint publique, l'opinion interpellée. 
Depuis lors, le bloc parlementaire Nidaa est fracturé entre pro et anti-Chahed. Ces derniers étant plus d'une quarantaine sur 56 élus. Les islamistes d'Ennahdha soutiennent mordicus une stabilité gouvernementale. 

La situation tutoie les sommets de l'absurde : le chef du gouvernement conserve son poste grâce au parti concurrent du sien.

Acte III : les silences sibyllins du palais

Béji Caïd Essebsi, le président d'une république semi-parlementaire, ne peut, en vertu de la Constitution, agir à sa guise. Depuis l'échec du pacte de Carthage II, sorte de dialogue national réunissant patronat, syndicat et principaux partis, échec acté par lui, aucune fumée blanche n'a été entraperçue au-dessus du palais présidentiel. Le mutisme prévaut. 
Et BCE, en stratège, sait que le pourrissement joue en faveur de celui qu'il a choisi pour la Kasbah. 

Pendant ce temps, le gouvernement poursuit son activité. Et décide. Augmentations des carburants, ouverture de négociations au sein de la fonction publique, limogeage du ministre de l'Intérieur…, la cadence est soutenue. Le vibrionnant Lyed Dahmani, porte-parole du gouvernement, a martelé sur les ondes d'Express FM que le taux de croissance enregistré au premier trimestre, + 2,5 %, ainsi qu'une baisse de 0,1 % du chômage (15,4 %, désormais) étaient les preuves d'un redémarrage de l'économie. Des éléments de langage ont été distribués en ce sens afin que les ministres assènent le message à chaque intervention médiatique.

Acte IV : une situation politique figée

La violence du climat politique se délite dans le temps. Faute d'obtenir la tête de Chahed, Hafedh Caïd Essebsi et sa garde rapprochée multiplient les rencontres, les piques dans les médias… Du fait d'une Assemblée divisée, aucun groupe n'a le pouvoir de destituer Chahed. La furia des injures – « mafieux », « incompétent » et autres amabilités – laisse petit à petit la place à un début de raison et à une myriade de calculs politiciens. Ennahdha et Nidaa Tounes sont plongés dans les prochains scrutins de 2019. 

Si l'actuel locataire de la Kasbah endosse les réformes impopulaires qui doivent être menées (fonction publique, caisses de compensation, âge du départ à la retraite, glissement du dinar…), il pourrait arriver exsangue à la présidentielle. 

Mais une autre grille de lecture inquiète les prétendants.

Acte V : Chahed affaibli, mais maintenu

Depuis les premières élections démocratiques de 2011, cinq gouvernements se sont succédé. Chahed détient le record de longévité à la Kasbah, le 10 Downing Street tunisois : vingt-deux mois aux commandes de l'exécutif. 

À 42 ans, un âge très rare dans les sphères du pouvoir tunisien (le président de la République est âgé de 91 ans et celui de l'ARP, Mohamed Ennaceur, de 84 ans), Chahed tente de peaufiner son profil de présidentiable. Avec les législatives, cette élection se déroulera dans 17 mois. Aucun candidat ne s'est encore déclaré. 

Si Chahed devait quitter l'exercice du pouvoir, la situation se compliquerait. Il ne peut plus compter sur l'intégralité de son parti. D'anciens députés Nidaa évoquent, off, la création d'un nouveau parti. Et on prête au bras droit du chef du gouvernement, Mehdi Ben Gharbia, une future fonction : celle de directeur de campagne pour 2019.

Entre Richard III et le vaudeville

Ce qui a commencé comme un combat jusqu'au sang pourrait s'éteindre durant l'été. Les haines d'aujourd'hui patienteront jusqu'au prochain scrutin. Faute de combattants suffisamment nombreux pour déloger Chahed de son fauteuil de président du gouvernement, on rangera dagues et cimeterres. 

D'une tragédie shakespearienne on glisserait, climat estival aidant, vers une comédie du pouvoir. Avec, en suspens, une situation économico-sociale qui inquiète. 

En septembre, la rentrée scolaire sera un crash-test pour les ménages. L'inflation dépasse les 10 % dans l'alimentaire et les 8 % pour l'habillement. Les augmentations décidées ces jours-ci (électricité, carburant…) vont être rudement ressenties à la tombée de l'été. Les mouvements sociaux qui ont éclaté en janvier sont des feux mal éteints. La baisse continuelle du pouvoir d'achat est devenue le sujet de préoccupation numéro un. 

Le spectacle politique saignant n'a non seulement pas diverti les Tunisiens mais les a encore plus éloignés de ceux qui les gouvernent ou veulent les diriger. 

Pas bonne, la chakchouka.

dimanche 1 juillet 2018

Tunisie : d'autres révolutions restent à faire ...

" La véritable égalité homme-femme sera atteinte 
quand une incompétente sera nommée à un poste de responsabilité ".
Françoise Giroud

Pourquoi un déchaînement de haine avec menace de mort à l'encontre de Bochra Bel Haj Hmida la présidente de la Colibe* ? Ces détracteurs ont poussé la malhonnêteté jusqu'à l'accuser de vouloir criminaliser la "tahara" (la purification ) !
Quand on sait qu'en arabe ce mot englobe aussi bien la circoncision des garçons que l'excision des fillettes; et quand on sait que la circoncision est admise aussi bien chez les musulmans que chez de plus en plus d'occidentaux pour son aspect hygiénique, alors que l'excision cette pratique pharaonique, n'a d'autre but que d'amputer le clitoris, pour empêcher les femmes de toute jouissance sexuelle; et quand on sait que cette pratique est totalement étrangère aux tunisiens; cela trahirait-il la crainte des détracteurs de Bochra Bel Haj Hmida de voir criminaliser l’excision que recommande le frère musulman égyptien Wajdi Ghanime qui veut introduire cette pratique barbare en Tunisie et qu'il considère cyniquement comme une chirurgie esthétique pour rendre plus beau le sexe de la femme ?
Les libertés individuelles, comme c'est souvent le cas, demeurent malheureusement,  affaire de la société civile; puisque les partis dits progressistes, manquent souvent de courage politique, électoralisme oblige, pour les faire progresser !

R.B

* Colibe : Commission pour les libertés individuelles et l'égalité
Jean Pierre Ryf

Débat autour du rapport de la Colibe

Lorsque le Président Beji Caïd Essebsi a demandé à une commission de réfléchir et de faire des propositions, notamment sur l’égalité homme-femme dans l’héritage, avait-il en tête de mettre les Tunisiens face à un choix crucial de société et je dirai de civilisation ?

Pensait-il qu’il allait, ce faisant, mettre tout le monde, les partis politiques, la société civile, chaque tunisien face à sa conscience et face à un choix déterminant ?

Cet homme est trop fin et il a trop d’expérience pour qu’il n’ait pas compris l’importance du mécanisme qu’il mettait en marche.

On peut dire que la suite de ce rapport va avoir pour mérite de clarifier les choses et de séparer d’un côté ceux qui sont réellement progressistes (en dehors des mots) et les rétrogrades, les conservateurs de tous poils. Il va mettre tous les partis face à leur responsabilité historique car il ne s’agit ni plus ni moins que de continuer sur la voie qu’avait ouverte avec détermination et courage le Président Habib Bourguiba ; où de revenir en arrière avec les islamistes en montrant alors, que la Tunisie a bien été conquise par les idées arriérées de ces gens-là.

Les conservateurs (pas seulement islamistes politiques) ont commencé leur campagne de contestation, quelques fois avec violence en proférant des insultes et des menaces, notamment, contre la Présidente de la Commission Madame Bochra Bel Haj Hmida. Elle a reçu aussitôt l’appui de beaucoup de tunisiens car tous ont été choqué qu’au lieu de raisonner, les attaquants se sont souvent bornés à l’insulte. 

Et pour mieux la stigmatiser, ils ont osé lui imputer ce dont on ne trouve nulle trace dans son rapport : « La criminalisation de la circoncision ! ». 

Il y a, d’ailleurs, des positions opposées même chez les religieux et c’est ainsi que l’on a vu des prises de position à l’opposé des membres de la Zitouna et du syndicat des Imams !

On a aussi observé avec regret, comme l’a fait la Présidente, un silence éloquent des partis qui se disent démocrates, partisans de la liberté et progressistes mais qui, soit par manque de conviction soit par tactique pour ne pas heurter (cette absence de courage politique qui a caractérisé depuis le début la classe politique tunisienne à la traîne de la société civile) se murent dans un silence prudent mais qui les discrédite.

Qu’il y ait des discussions passionnées, c’est normal et il fallait s’y attendre. Ces discussions rappellent celles qui ont aussi existé en France lorsque le Pacs a été débattu, puis le mariage pour tous. On se souvient de la violence de ces débats qui ont d’ailleurs montré que les français étaient assez en retard comparé à des pays, comme l’Espagne et le Portugal, pourtant de tradition très catholique où ces réformes sont passées dans le calme et en quelques semaines de débats !

Que faut-il faire face à ces débats ? Une chose est certaine c’est que l’anathème, la passion n’apporteront rien et ne feront pas bouger les lignes. Il faut d’abord et encore et toujours de la pédagogie, de l’analyse, du raisonnement. Cela ne fera pas bouger les plus ancrés dans des convictions religieuses mais cela fera réfléchir les autres, tous ceux qui veulent faire un effort de compréhension et qui se rendent compte que certaines positions déshonorent leur pays.

Un article du Huffigntonpost, montre les diverses attitudes possibles depuis le refus jusqu’à l’acceptation de l'homosexualité, en passant de la volonté de silence sur la question jusqu’à la thèse de sa visibilité.
Dans cet article, la position du parti Ennahdha est de dire que l’on ne peut aller voir ce qui se passe dans l’intimité des gens mais qu’il faut interdire d’en parler. 
C’est déjà un progrès par rapport à une condamnation totale mais il a la volonté de maintenir les lois liberticides actuelles. Ce qui est une position complètement hypocrite. C’est Tartuffe : " cachez ce sein que je ne saurai voir " ! Car cette position ne fait pas avancer une véritable analyse de l’homosexualité. 
D’autres estiment, au contraire, qu’il faut en parler et faire des éclats. Ils ont raison car toutes les causes qui ont avancé, l’on fait à cause de militants qui bougeaient et heurtaient les mentalités arriérées.

Revoyez l’évolution de la cause des femmes dans l’histoire avec les suffragettes, les manifestations pour l’obtention du droit de voter etc…
Regardez l’évolution de la cause des noirs aux Etats Unis avec les manifestations qui virent des fois à l’émeute.
Regardez, enfin, l’évolution de la situation des gays aux Etats-Unis et en Europe qui n’a bougé que par des actions voyantes et qui heurtaient la sensibilité de certains mais qui amenaient aussi à réfléchir.

En ce qui concerne la peine de mort qui est aussi évoquée dans ce rapport, c’est une question qui, elle aussi, a été passionnément débattue. Il a fallu, en France, des siècles de combat pour arriver à sa suppression. Que cette question soit l’occasion pour ceux qui veulent réfléchir, de lire les écrits majeurs de Victor Hugo, Albert Camus et Robert Badinter.

En Tunisie le combat commence. Il sera, n’en doutons pas, âpre mais il aura le mérite de faire réfléchir chacun et quand la réflexion fera place à la passion je suis persuadé que des progrès notables seront accomplis.