vendredi 8 mars 2019

ABIR MOUSSI ET L'EGALITÉ POUR LES FEMMES ...

Article publié dans : Kapitalis

Depuis que la campagne électorale a commencé, le projet de Abir Moussi prend de l’ampleur. Elle reçoit de plus en plus un accueil favorable auprès de très nombreux tunisiens qui veulent écarter les Frères musulmans et qui constatent, avec tristesse et amertume, que tous les partis sont prêts à nouveau à s’allier avec ces obscurantistes qui ont conduit le pays à son déclin.
On a vu apparaître dans certains médias et sur les réseaux, un argument important pour s’opposer à elle. Elle serait, selon ses détracteurs, totalement opposée au droit des femmes et à leur égalité, notamment en matière d’héritage.

La question est importante et mérite d’être examinée sérieusement mais sans parti-pris.

Dans une émission de Nessma TV, face à trois journalistes, elle a mis les points sur les "i" pour nombre de griefs que ses détracteurs lui faisaient et que les journalistes reprenaient à leur compte. Elle a clarifié sa position et les déclarations qu’elle avait été amenée à faire.

Elle a déclaré qu’elle s’était opposée non pas aux droits des femmes ni à l’égalité dans les successions mais à la façon dont ce projet avait été étudié et sur son contenu.

Reprenons son argumentaire et essayons de voire la réalité et non pas les fantasmes et les attaques à visée uniquement politique.

1° / Elle a dit d’abord que le projet lancé par Béji Caïd Essebsi l’a été, au moment où cela a été fait, pour des raisons purement électoralistes. 

Ce premier argument est tout à fait conforme à la réalité et beaucoup l’ont écrit à l’époque. Béji Caïd Essebsi conscient d’avoir perdu par sa trahison et son alliance avec les islamistes, la confiance de beaucoup de tunisiens et notamment des tunisiennes, a trouvé ce moyen pour se refaire une virginité; alors que dans le même temps, il reconnaissait s'être trompé sur les islamistes ! 

La manœuvre politique est un peu grosse et personne de sérieux ne pouvait le croire. 

Sur ce premier point, force est de constater que Abir Moussi a raison même si cela ne doit pas justifier une opposition au principe même d’égalité; et là, elle déclare clairement qu’elle n’y est pas opposée et qu’elle ne l’a jamais dit.

2°/ Son deuxième motif de rejet concerne la méthode adoptée par le Président Béji Caïd Essebsi qui a confié à une commission "la Colibe", le soin d’étudier la question alors que selon elle, il s’agit d’une question éminemment politique et qu’elle devait être de la compétence des politiques et non de techniciens, aussi brillants soient-ils.

Son argument ici est faible car la Colibe n’a eu qu’un rôle d’étude et de propositions mais il est clair, et l’actualité le démontre, que le débat et la décision seront politiques et viendront des politiques; puisque c'est le parlement qui tranchera en définitif.

3°/ La troisième critique est plus sérieuse. Elle a déjà été faite par certains.

Abir Moussi reproche aux propositions de la Colibe d’être des demi-mesures avec l’objectif évident de ne pas déplaire ou du moins de ne pas froisser les Frères musulmans.

En effet, dans la mesure où le choix sera donné aux familles d’appliquer ou non l’égalité, il y aura un risque que ce texte soit sans portée véritable. Il aboutira à deux situations différentes, alors que la loi est pour tous. Et surtout, il aboutira à une loi d’un Etat prétendument Civil mais qui fait une place à la chariâa. Ce qui peut rouvrir la porte aux tribunaux religieux, fermés par Bourguiba pour soumettre tous les citoyens au même et unique Code Civil de la République tunisienne.

Sur ce terrain, elle a amplement raison. Elle ajoute, que si elle est au pouvoir, tout cela sera revu et dans le sens d’une égalité parfaite. On peut croire volontiers cette fille et petite fille de destouriens. Qui pourrait douter une seconde que cette femme, pure produit du bourguibisme; qui plus est, se revendique de Bourguiba, puisse être opposée à l'égalité entre homme et femme; elle dont le combat pour se faire une place en tant qu'avocate et en tant que femme politique, dans un monde dominé par les hommes, est indéniable ?!

On voit dès lors, que les attaques sont injustes et sommaires, qu’elles ne tiennent pas compte du réel discours de l’intéressée. Cela confirme bien qu’il s’agissait, non pas d’argumenter mais de porter atteinte à son envol politique.

On peut espérer que les gens qui la critiquaient de bonne foi au vu de ce qu’ils avaient compris, reviendront sur leur jugement en écoutant bien ce que dit Abir Moussi, elle même.

Rachid Barnat

Voir Vidéo Abir Moussi chez "France 24" du 22.02.2019

mercredi 6 mars 2019

Macron : un homme qui arrive trop tard pour la France et pour l'UE ?


L'Europe a traîné pour se réaliser, les anglais y ont été pour beaucoup n'y voyant que leurs intérêts économiques uniquement. Beaucoup d'erreurs ont été commises qui ont fait que les peuples n'y croient plus. Il aurait fallu d'abord finir la construction du "noyau dur", avant d'intégrer dans l'euphorie de la chute du mur de Berlin, les pays de l'ex bloc soviétique. Il aurait fallu une politique de défense commune et une politique étrangère commune. On se rappelle à ce propos, la boutade d'Henry Kissinger : “L’Europe ? Quel numéro de téléphone ?”.
Quand l’empire soviétique s’est disloqué, il aurait été utile à l’UE et logique, d’intégrer la Russie plutôt que de s’en méfier et de continuer à dépendre des EU. D’avoir repoussé la main tendue de Poutine, elle a fini par en faire un ennemi, au pouvoir de nuisance considérable. Et avec Trump, elle se voit traitée avec mépris, elle qui a été toujours suiviste derrière les américains.
Si l'Europe a ses ennemis de l' "intérieur"(FN, les partis d’extrême droite …), elle a aussi beaucoup d'ennemis à l'extérieur qui feraient tout pour empêcher sa réalisation. Au début c'était les américains et depuis la chute du mur de Berlin et la globalisation, d'autres puissances émergentes œuvrent pour empêcher, elles aussi, que l'UE ne devienne une puissance : la Chine, l'Inde, le Brésil ...
Mais voilà Emmanuel Macron un européen convaincu, avec toute sa bonne volonté, semble arriver trop tard pour la France comme pour l'UE. Dommage pour les deux, qui ont pourtant besoin d'être réformées en profondeur pour avancer.
Mais face au populisme en vogue, il est à craindre que l'immobilisme guette l'une et l'autre !

R.B

Pour une renaissance européenne
Le chef de l’État s’est adressé aux citoyens européens pour vanter sa vision et prôner une dizaine de mesures concrètes, dans la perspective des européennes. Voici l’intégralité de son texte. :
Citoyens d’Europe,

Si je prends la liberté de m’adresser directement à vous, ce n’est pas seulement au nom de l’histoire et des valeurs qui nous rassemblent. C’est parce qu’il y a urgence. Dans quelques semaines, les élections européennes seront décisives pour l’avenir de notre continent.

Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’a été aussi nécessaire. Et pourtant, jamais l’Europe n’a été autant en danger.
Le Brexit en est le symbole. Symbole de la crise de l’Europe, qui n’a pas su répondre aux besoins de protection des peuples face aux grands chocs du monde contemporain. Symbole, aussi, du piège européen. Le piège n’est pas l’appartenance à l’Union européenne ; ce sont le mensonge et l’irresponsabilité qui peuvent la détruire. Qui a dit aux Britanniques la vérité sur leur avenir après le Brexit ? Qui leur a parlé de perdre l’accès au marché européen ? Qui a évoqué les risques pour la paix en Irlande en revenant à la frontière du passé ? Le repli nationaliste ne propose rien ; c’est un rejet sans projet. Et ce piège menace toute l’Europe : les exploiteurs de colère, soutenus par les fausses informations, promettent tout et son contraire.

Face à ces manipulations, nous devons tenir debout. Fiers et lucides. Dire d’abord ce qu’est l’Europe. C’est un succès historique : la réconciliation d’un continent dévasté, dans un projet inédit de paix, de prospérité et de liberté. Ne l’oublions jamais. Et ce projet continue à nous protéger aujourd’hui : quel pays peut agir seul face aux stratégies agressives de grandes puissances ? Qui peut prétendre être souverain, seul, face aux géants du numérique ? Comment résisterions-nous aux crises du capitalisme financier sans l’euro, qui est une force pour toute l’Union ? L’Europe, ce sont aussi ces milliers de projets du quotidien qui ont changé le visage de nos territoires, ce lycée rénové, cette route construite, l’accès rapide à Internet qui arrive, enfin. Ce combat est un engagement de chaque jour, car l’Europe comme la paix ne sont jamais acquises. Au nom de la France, je le mène sans relâche pour faire progresser l’Europe et défendre son modèle. Nous avons montré que ce qu’on nous disait inaccessible, la création d’une défense européenne ou la protection des droits sociaux, était possible.

Mais il faut faire plus, plus vite. Car il y a l’autre piège, celui du statu quo et de la résignation. Face aux grands chocs du monde, les citoyens nous disent bien souvent : « Où est l’Europe ? Que fait l’Europe ? ». Elle est devenue à leurs yeux un marché sans âme. Or l’Europe n’est pas qu’un marché, elle est un projet. Un marché est utile, mais il ne doit pas faire oublier la nécessité de frontières qui protègent et de valeurs qui unissent. Les nationalistes se trompent quand ils prétendent défendre notre identité dans le retrait de l’Europe ; car c’est la civilisation européenne qui nous réunit, nous libère et nous protège. Mais ceux qui ne voudraient rien changer se trompent aussi, car ils nient les peurs qui traversent nos peuples, les doutes qui minent nos démocraties. Nous sommes à un moment décisif pour notre continent ; un moment où, collectivement, nous devons réinventer politiquement, culturellement, les formes de notre civilisation dans un monde qui se transforme. C’est le moment de la Renaissance européenne. Aussi, résistant aux tentations du repli et des divisions, je vous propose de bâtir ensemble cette Renaissance autour de trois ambitions : la liberté, la protection et le progrès.

Défendre notre liberté
Le modèle européen repose sur la liberté de l’homme, la diversité des opinions, de la création. Notre liberté première est la liberté démocratique, celle de choisir nos gouvernants là où, à chaque scrutin, des puissances étrangères cherchent à peser sur nos votes. Je propose que soit créée une Agence européenne de protection des démocraties qui fournira des experts européens à chaque État membre pour protéger son processus électoral contre les cyberattaques et les manipulations. Dans cet esprit d’indépendance, nous devons aussi interdire le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères. Nous devrons bannir d’Internet, par des règles européennes, tous les discours de haine et de violence, car le respect de l’individu est le fondement de notre civilisation de dignité.

Protéger notre continent

Fondée sur la réconciliation interne, l’Union européenne a oublié de regarder les réalités du monde. Or aucune communauté ne crée de sentiment d’appartenance si elle n’a pas des limites qu’elle protège. La frontière, c’est la liberté en sécurité. Nous devons ainsi remettre à plat l’espace Schengen : tous ceux qui veulent y participer doivent remplir des obligations de responsabilité (contrôle rigoureux des frontières) et de solidarité (une même politique d’asile, avec les mêmes règles d’accueil et de refus). Une police des frontières commune et un office européen de l’asile, des obligations strictes de contrôle, une solidarité européenne à laquelle chaque pays contribue, sous l’autorité d’un Conseil européen de sécurité intérieure : je crois, face aux migrations, à une Europe qui protège à la fois ses valeurs et ses frontières.

Les mêmes exigences doivent s’appliquer à la défense. D’importants progrès ont été réalisés depuis deux ans, mais nous devons donner un cap clair : un traité de défense et de sécurité devra définir nos obligations indispensables, en lien avec l’OTAN et nos alliés européens : augmentation des dépenses militaires, clause de défense mutuelle rendue opérationnelle, Conseil de sécurité européen associant le Royaume-Uni pour préparer nos décisions collectives.
Nos frontières doivent aussi assurer une juste concurrence. Quelle puissance au monde accepte de poursuivre ses échanges avec ceux qui ne respectent aucune de ses règles ? Nous ne pouvons pas subir sans rien dire. Nous devons réformer notre politique de concurrence, refonder notre politique commerciale : sanctionner ou interdire en Europe les entreprises qui portent atteinte à nos intérêts stratégiques et nos valeurs essentielles, comme les normes environnementales, la protection des données et le juste paiement de l’impôt ; et assumer, dans les industries stratégiques et nos marchés publics, une préférence européenne comme le font nos concurrents américains ou chinois.

Retrouver l’esprit de progrès
L’Europe n’est pas une puissance de second rang. L’Europe entière est une avant-garde : elle a toujours su définir les normes du progrès. Pour cela, elle doit porter un projet de convergence plus que de concurrence : l’Europe, où a été créée la sécurité sociale, doit instaurer pour chaque travailleur, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, un bouclier social lui garantissant la même rémunération sur le même lieu de travail, et un salaire minimum européen, adapté à chaque pays et discuté chaque année collectivement.

Renouer avec le fil du progrès, c’est aussi prendre la tête du combat écologique. Regarderons-nous nos enfants en face, si nous ne résorbons pas aussi notre dette climatique ? L’Union européenne doit fixer son ambition - 0 carbone en 2050, division par deux des pesticides en 2025 - et adapter ses politiques à cette exigence : Banque européenne du climat pour financer la transition écologique ; force sanitaire européenne pour renforcer les contrôles de nos aliments ; contre la menace des lobbies, évaluation scientifique indépendante des substances dangereuses pour l’environnement et la santé... Cet impératif doit guider toute notre action : de la Banque centrale à la Commission européenne, du budget européen au plan d’investissement pour l’Europe, toutes nos institutions doivent avoir le climat pour mandat.

Le progrès et la liberté, c’est pouvoir vivre de son travail : pour créer des emplois, l’Europe doit anticiper. C’est pour cela qu’elle doit non seulement réguler les géants du numérique, en créant une supervision européenne des grandes plateformes (sanction accélérée des atteintes à la concurrence, transparence de leurs algorithmes…), mais aussi financer l’innovation en dotant le nouveau Conseil européen de l’innovation d’un budget comparable à celui des États-Unis, pour prendre la tête des nouvelles ruptures technologiques, comme l’intelligence artificielle.

Une Europe qui se projette dans le monde doit être tournée vers l’Afrique, avec laquelle nous devons nouer un pacte d’avenir. En assumant un destin commun, en soutenant son développement de manière ambitieuse et non défensive : investissement, partenariats universitaires, éducation des jeunes filles…

Liberté, protection, progrès. Nous devons bâtir sur ces piliers une Renaissance européenne. Nous ne pouvons pas laisser les nationalistes sans solution exploiter la colère des peuples. Nous ne pouvons pas être les somnambules d’une Europe amollie. Nous ne pouvons pas rester dans la routine et l’incantation. L’humanisme européen est une exigence d’action. Et partout les citoyens demandent à participer au changement. Alors d’ici la fin de l’année, avec les représentants des institutions européennes et des États, mettons en place une Conférence pour l’Europe afin de proposer tous les changements nécessaires à notre projet politique, sans tabou, pas même la révision des traités. Cette conférence devra associer des panels de citoyens, auditionner des universitaires, les partenaires sociaux, des représentants religieux et spirituels. Elle définira une feuille de route pour l’Union européenne traduisant en actions concrètes ces grandes priorités. Nous aurons des désaccords, mais vaut-il mieux une Europe figée ou une Europe qui progresse parfois à différents rythmes, en restant ouverte à tous ?

Dans cette Europe, les peuples auront vraiment repris le contrôle de leur destin ; dans cette Europe, le Royaume-Uni, j’en suis sûr, trouvera toute sa place.
Citoyens d’Europe, l’impasse du Brexit est une leçon pour tous. Sortons de ce piège, donnons un sens aux élections à venir et à notre projet. 

A vous de décider si l’Europe, les valeurs de progrès qu’elle porte, doivent être davantage qu’une parenthèse dans l’histoire. C’est le choix que je vous propose, pour tracer ensemble le chemin d’une Renaissance européenne.

lundi 4 mars 2019

Pas de frontiére pour le patriotisme

Depuis l'arrivée des Frères musulmans aux commandes en Tunisie, l'exode des diplômés, tous secteurs confondus, s'est accentué voir accéléré. Pourquoi ? Tout simplement les partants ne trouvent plus les conditions favorables à leur épanouissement dans un pays mis à mal par les islamistes où règnent anarchie et chaos. Sont-ils pour autant moins patriotes que ceux qui restent et l'aiment-ils moins qu'eux ? 
Dr Azza Filali répond à cette question dont certains en ont fait un grief récurrent contre les migrants pour douter de leur amour pour la Tunisie au point que certains partis politiques veulent les exclure de la vie politique tunisienne, leur interdisant même de postuler à certains postes s'ils ont d'autres nationalités autre que la tunisienne, doutant de leur loyauté.
R.B  
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Exode des diplômés : Loin des chiffres et des bons sentiments
Le départ devient une option, garantissant à l’individu ce que son pays n’a pas été en mesure de lui offrir.

Fuite des cerveaux: l’expression est pompeuse et erronée. Elle suggère que seuls les diplômés possèdent un cerveau, tandis que les tunisiens qui prennent la mer en fraude et sans diplômes, sont doublement pénalisés: par leur absence de cerveaux et par une mer qui tue. Cette discrimination par le cerveau est grotesque: encore faut-il s’entendre sur ce que le mot cerveau veut dire ou considérer que l’obtention d’un diplôme suffise à faire un cerveau! Toutes ces simplifications sont puériles, mieux vaut ne pas s’y attarder… Je parlerai donc d’exode des diplômés.

Pour user de raison face à un phénomène qui frappe de plein fouet notre pays, rien n’est plus périlleux que les chiffres ou les bons sentiments. Toutefois, il est bon de savoir que la Tunisie caracole en tête des pays d’Afrique du nord, en matière d’exode des diplômés. Quant au nombre exact de partants, les chiffres déclarés ne peuvent être considérés comme exacts: ils émanent d’institutions qui ne couvrent pas tout le spectre des mouvements, au sein d’une profession. Dans le cas des médecins, par exemple, le nombre exact de ceux qui partent, ne pourrait émaner que du conseil national de l’ordre, lequel est censé disposer d’un état des lieux actualisé de la profession. Or, le conseil de l’ordre est loin d’être informé de la mobilité de tous ses adhérents: l’institution ne prend pas la peine de s’en enquérir et les médecins “oublient” de l’informer. Dès lors, il est impossible de savoir combien de praticiens quittent le pays chaque année. La même inconnue plane sur les ingénieurs, les hommes d’affaires… Méfions-nous donc des chiffres avancés par les médias, ils sont loin de refléter la réalité.

Les sentiments sont aussi de mauvais outils d’appréciation du phénomène. Mauvais car faciles et interdisant l’analyse: arguer de l’appartenance à un groupe social ou un territoire, poser l’amour du pays comme pré requis, suppose que cet amour existe, tant chez ceux qui partent que chez les autres qui restent au pays et les regardent s’en aller. Qui peut affirmer que l’amour du pays existe encore comme élément agissant sur les décisions individuelles?

C’est donc armés de raison pure, et avertis des dérives possibles de la subjectivité qu’il nous faut aborder ce que certains appellent  la “fuite des cerveaux” (si cerveaux il y’a…)

Les migrations de populations ont toujours existé et ne sont spécifiques ni de notre pays, ni de l’époque actuelle. De tous temps, des hommes se sont déplacés à travers la planète. Mais, ces mouvements de populations ont atteint leur acmé au XXème siècle. À cela, plusieurs raisons. La première est la vitesse, inhérente à notre époque: tout va vite, les informations, les images et les hommes. En quelques heures, on se retrouve à l’autre bout de la terre. Les transports relativisent l’impact d’une résidence: vivre à Tunis, Paris, ou Milan, quelle différence? À peine deux petites heures d’avion, on est plus vite arrivé que si l’on vivait à Jerba…

Un second facteur ayant contribué à la mobilité des hommes au XXème siècle est la guerre qui a fait de ce siècle l’un des plus sanglants de l’histoire. Menacés dans leur vie, des millions de civils ont quitté (et quittent encore) leur pays d’origine, cherchant désespérément une contrée d’accueil. Mais, ce motif de départ ne concerne qu’une faible part des diplômés qui s’en vont. Un autre motif, plus important, réside dans la recherche d’une meilleure qualité de vie. Ce concept de ‘qualité de vie’ est flou, et sa traduction pratique très subjective. L’OMS a bien établi un indice de développement humain qui prend en compte, outre la qualité de vie, la pauvreté et le niveau d’éducation. Cet indice a le mérite de rattacher la qualité de vie à deux paramètres dont il faut dire quelques mots. D’abord la pauvreté, concept relatif, tributaire de l’époque, du lieu,  et de la perception par les individus : un pauvre suédois n’a rien à voir avec un  pauvre éthiopien. Celui-ci souffre le plus souvent d’un dénuement extrême: non ou peu scolarisé, souffrant de dénutrition, ne bénéficiant d’aucun encadrement sanitaire. A l’opposé, être pauvre en Europe ou en Amérique du nord, consiste à se situer au bas d’une échelle de revenus et de qualité de vie. Nous voici ramenés du concept théorique de pauvreté, à celui, plus concret et palpable, de “perception de la pauvreté” par l’individu et la société. Cette perception de la pauvreté, tout comme celle de la qualité de vie varient selon le contexte. Dans les dictatures où le peuple est muselé, la pauvreté est vécue comme une fatalité inéluctable, une seconde nature dont il est impossible de se défaire. En revanche, dans les sociétés dotées de liberté de parole (et se prétendant démocratiques), la pauvreté est perçue comme une injustice intolérable: les “victimes” réclament alors tout haut leur droit au travail, et à une meilleure qualité de vie. Au fil du temps, ces demandes s’exacerbent, puis les intéressés, déçus par leur plan A (travailler et vivre dans son pays), se tournent vers un plan B: aller vivre ailleurs. Le départ devient une option, garantissant à l’individu ce que son pays n’a pas été en mesure de lui offrir. En Tunisie, le départ des diplômés procède en partie de cette logique implacable. Il est indéniable que la libération de la parole et des revendications, a contribué à hâter la fuite des “cerveaux”. Dans ce sens, une enquête, effectuée auprès d’un millier de diplômés sur le départ, a révélé que trois raisons justifiaient leur décision: le désir d’évoluer dans sa carrière, l’aspiration à une meilleure qualité de vie, et la perspective d’un salaire plus avantageux.

De ceci découle un constat: qualité de vie et résidence dans son pays d’origine ne sont plus connectées. Le sentiment d’appartenance au pays véhicule avec lui des connotations identitaires: le passé du pays, même oublié ou méconnu, contribue à construire un individu. Les codes, respectés ou négligés, rythment la vie sociale et personnelle. Les difficultés économiques et le marasme politique affectent, à des degrés divers, les citoyens. Mais, le sentiment d’appartenance au pays n’implique pas nécessairement d’y résider. Etre tunisien et vivre à Amsterdam n’exclut pas de célébrer les fêtes du pays, de s’inquiéter de ses difficultés économiques ou de vibrer aux matchs de football que dispute l’équipe nationale. Mais, il est un fait contre lequel on ne peut rien, un “facteur de pondération géographique”: la proximité engendre un vécu individuel autrement plus fort, plus viscéral que toutes les transmissions instantanées. Regarder en live, sur Facebook, une manifestation à Tunis, ou la suivre en déambulant à l’Avenue Bourguiba, voilà deux situations qui n’ont pas le même impact chez les êtres. Certes, ceux qui résident à l’étranger restent  tunisiens, mais par correspondance. C’est que la proximité géographique représente un fondement essentiel de l’identité Toutefois, comme la nature a horreur du vide, le besoin d’appartenance va se mettre en quête d’autres amarres. Partout dans le monde, les sociétés regorgent d’associations, de clubs, de mouvements, affichant des mouvances variées et balayant le spectre des intérêts individuels: sport, musique, politique, photo, chant, ’expatriés’ et j’en passe. Ces groupes adoptent le nouveau-venu qui va leur confier son besoin, vital, d’appartenance. Notre époque est, plus que toute autre, celle des rassemblements, des agrégations, des meutes… Motivés par des goûts communs vis-à vis de telle ou telle pratique, ces structures parviennent à fédérer un nombre important d’adeptes. Qu’on pense aux associations, aux clubs de charité des nantis, tout comme  aux marathons, aux dream-partys et autres multitudes organisées…

Ainsi, le sentiment d’appartenance ne concerne plus exclusivement la revendication identitaire nationaliste et va se loger dans des regroupements supranationaux, obéissant à d’autres chartes, mais conférant aux êtres le sentiment (très sécurisant) de faire partie d’une seconde famille. Que reste-t-il alors aux tunisiens qui sont partis ? Deux registres, aussi fidèles  qu’anodins : les attaches familiales et le retour “touristisé” au pays, à la belle saison…

À cette appartenance nouvelle, répondent, comme en écho, de profonds changements dans l’exercice des professions. Notre époque foisonne de métiers “sans âme ni frontières”: marketing, gestion (avec leurs déclinaisons informatisées), finance internationale, business de haute volée, et j’en passe. Ces pratiques n’ont pas de pays et ne connaissent pas de frontières; leur seule bannière est le gain, anonyme et sans patrie. L’engouement pour ces professions va de pair avec le déclin des humanités: mal cotées durant les études, peu payantes et peu sollicitées, lors du choix d’une profession.

En vérité, la nouvelle sensibilité qui prévaut, grâce à la mondialisation, fait des individus une meute immense, cochant les mêmes cases au registre de l’existence: gain et succès rapides, bonheur et jeunisme affichés, solitude poignante mais bien calfeutrée, technocratie pointue, humanités néant, sauf si elles servent à quelque auto-valorisation sociale. Tout cela se déploie à l’échelle planétaire, construisant le portrait robot des adultes d’aujourd’hui.

Autre donne intéressante à relever: les jeunes diplômés qui vont vivre ailleurs ont souvent l’assentiment de leurs aînés: parents, amis, collègues. Ceux-ci “comprennent” très bien qu’on ait envie de quitter un pays où les horizons sont bouchés et l’avenir incertain. Eux-mêmes seraient partis, s’ils étaient plus jeunes. Ce discours, tenu par les plus de cinquante ans, toutes classes confondues, prouve bien que les aînés, non plus, ne s’embarrassent pas de sentiments patriotiques imposant de rester au pays pour le servir... Ainsi, la boucle est bouclée. Le patriotisme agissant a vécu : contemporain de la lutte de libération nationale, puis de la construction du pays, il était vivace chez ceux qui avaient quarante ans entre 1945 et 1970. Plus tard, il s’est, lentement, érodé. Au fil du temps, de la montée de l’individualisme et de la mondialisation, une autre époque et d’autres mentalités se sont installées. Ceux qui « acceptent aisément » que leurs enfants aillent vivre ailleurs, ont d’autres priorités qu’un patriotisme ou un militantisme agissant. Aujourd’hui, bien des gens confondent liberté de parole et patriotisme. En vérité, les événements de Janvier 2011, loin de raviver l’amour du pays,  n’ont fait que donner un bon coup de pied dans la fourmilière, révélant au grand jour des tunisiens, plus soucieux de leur sort que du bout de planète où ils sont nés. Il nous faut donc dépassionner ce problème d’exode des compétences, et éviter de l’enrober dans des considérations patriotiques, dont il est, en définitive, très éloigné. On a l’exode qu’on mérite et rien ne sert de se lamenter sur les plateaux télévisés…    

Ceux qui partent sont encouragés par leurs parents. Faut-il accuser les parents de manquer d’amour? Certes mais il ne s’agit pas de l’amour paternel ou maternel, mais de l’attachement au pays. Nous voici confrontés à une donne singulière: les tunisiens âgés de 50 à 65 ans ne possèdent pas cette fibre qui retient au pays, et maintient amarré au pays même si celui-ci passe par une période de profond malaise.

L’amour du pays est un concept flou. Il est loin d’être automatique et on l’apprend mal sur les bancs de nos écoles publiques. Qui peut affirmer que les adultes, jeunes ou moins jeunes, aiment leur pays au point de s’opposer à ce que leurs enfants dûment diplômés et pourvus d’un emploi en Tunisie, quittent le pays pour aller ailleurs. En vérité c’est le contraire qu’on voit: l’amour du pays est une notion théorique, non convertible dans la vie de tous les jours et le plus souvent les parents adhèrent au projet de leur fils ou leur fille. À la question de la séparation d’avec l’enfant, ils répondront par la formule magique: “là-bas, ils vivront mieux!” Ils savent qu’en Europe ou au Canada, leurs rejetons bénéficieront de meilleures conditions de travail, gagneront un salaire infiniment supérieur à celui qu’ils perçoivent en Tunisie et jouiront d’une qualité de vie bien plus “agréable”: villes propres, soins de santé de haut niveau, loisirs raffinés…

Ghannouchi, le stratège des Frères musulmans

Ghannouchi : Ses mamours fugitifs avec Ben Ali et ses années FIS
Après avoir fait les yeux de Chimène au nouveau président Zine el-Abidine Ben Ali - qui l’avait amnistié en 1988 alors qu’il purgeait une lourde peine pour l’implication de son parti Ennahdha dans des violences terroristes (vitriolage de citoyens, attentats à la bombe à Sousse et Monastir,…) - jusqu’à déclarer, lui le frère musulman historique : « J’ai confiance en Dieu et en Ben Ali », ce qui a conduit Michel Deure à publier dans le quotidien Le Monde du 17 mai 1988 un article intitulé « L'émir des islamistes exprime sa confiance en M. Ben Ali ».
Après avoir cru que ce nouveau président va instaurer les libertés politiques et démocratiques, libertés qui, pensait-il, va enfin permettre à Ennahdha d’arriver par les urnes au pouvoir, ses tentatives passées d’y parvenir par le terrorisme et les complots ayant toutes échoué, en étant convaincu de ce qu’il ne cesse de développer dans les réunions sectaires à propos d’un axiome cher à son maître à penser Youssef Al Qaradawi, axiome qui se résume en cette phrase « La lutte pour la liberté est seulement une étape nécessaire pour pouvoir appliquer, en toute liberté, la Sharia ».
Rached Ghannouchi perd ses illusions et ses espoirs quand Ben Ali, souhaitant se rapprocher des démocrates, désigne Mohamed Charfi, président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, comme Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, nomination qui, avec quelques autres, a marqué une période démocratique, malheureusement éphémère, du régime Ben Ali. 
Mohamed Charfi « nettoie les manuels scolaires de toutes les complaisances avec une morale musulmane archaïque. Le mouvement Ennahdha mène alors une campagne féroce contre Mohamed Charfi l'accusant de " tourner en dérision l’islam et ses valeurs sacrées "
Le président est devenu l’otage des gauchistes qui nourrissent un préjugé négatif contre les islamistes, explique Abdelfattah Mourou, un autre dirigeant d'Ennahdha proche des Saoudiens. Ils ont squatté le pouvoir, ils l'ont encadré dans le but de façonner l'opinion du président [a-t-il ajouté]». 
Tout cela n’a fait que confirmer la perte de ses attentes et espoirs de prendre le pouvoir par les urnes et l’a conduit à rejoindre le Front islamique du salut (FIS) à Alger dont il est devenu l’un des stratèges et le principal courtier auprès des financiers de l’islamisme international, comme le souligne Roland Jacquard - expert auprès de l’ONU et du Conseil de l’Europe, et président de l’Observatoire International du Terrorisme - dans son livre «Au nom d'Oussama Ben Laden... » ; ce même FIS qui a enfanté les divers groupes terroristes qui ont ensanglanté l’Algérie depuis le début des années quatre-vingt-dix. Ce qui explique le coup de gueule et les menaces à peine voilées de Rached Ghannouchi contenus dans la vidéo contre la France, pour avoir soutenu le gouvernement algérien, et confirme sa responsabilité dans la décennie noire algérienne qui a fait environ 200.000 morts.
Aujourd’hui, Rached Ghannouchi croit dur comme fer, que les libertés retrouvées depuis la Révolution de jasmin vont lui permettre, cette fois-ci, de mettre en application ledit axiome de Youssef Al Qaradawi. Il fera tout pour y arriver, quitte à se faire passer pour un islamiste "modéré" de plus en plus lighté, voire même pour un islamiste laïcisé ou, pourquoi pas, athéisé; puisque, au nom de la sainte Taqiya, son machiavélisme n’a pas de limite et il n’a jamais manqué d’imagination pour se métamorphoser, pour arriver à ses fins ! 
Après son double échec aux dernières élections législatives et présidentielles et en perspectives des élections municipales et régionales il suivra en cela l'exemple du FIS. Il faut rappeler à ce propos que lors de son exil à Alger en 1990, c’est Ghannouchi en personne qui a rédigé la plate-forme électorale du FIS pour les élections municipales algériennes de 1990, comme le révèle Roland Jacquard dans son livre [précédemment cité]. 
Selon un conseiller des Nations-Unies en matière de terrorisme, "en 1990 et 1991, Ennahdha a envoyé de nombreux cadres en Algérie pour aider les militants du FIS dans leur campagne électorale"». 
Pour eux, ce type d’élections est du déjà vu, qui plus est, fut couronné de succès. 
En conséquence, tunisiens redoublez vigilance : car ils sont en train de détruire la Nation et faire tout pour tuer la jeune démocratie.

A quoi joue Macron pour confondre antisionisme avec antisémitisme ?

Emmanuel Macron confondrait-il antisémitisme et antisionisme ou cherche-t-il à plaire à un électorat pro-israélien et plus exactement pro-sioniste toujours en accord avec les gouvernements sionistes qui dominent la politique israélienne ? Autrement dit fait-il de l'électoralisme en perspective d'un nouveau mandat ?
R.B
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Azza Filali *

Antisionisme, antisémitisme : Les terribles simplifications

Pour un lettré soucieux des mots, il faut croire qu’il était, ce soir-là, animé de considérations plus pressantes que le respect des définitions.

Le président de la République Française a eu récemment une sortie très remarquée en déclarant qu’il souhaitait voir l’antisémitisme intégrer l’antisionisme dans sa définition. Pour un lettré soucieux des mots, il faut croire qu’il était, ce soir-là, animé de considérations plus pressantes que le respect des définitions.

Comment amalgamer sémitisme et sionisme ? Le mot “sémite” désigne des groupes ethniques utilisant des langues voisines (hébreu, arabe, araméen, tamazigh). Vous, moi, cet autre qui passe, sommes tous sémites. En revanche, le sionisme est une idéologie politique fondée sur l’éveil et la structuration du sentiment national juif. Au XIXème siècle, cette idéologie a été portée par la flambée des nationalismes dans des pays européens envahis : Italie, Pologne, Hongrie. L’antisionisme a germé lorsque les juifs d’Europe, au lieu de rester marginalisés, ont entrepris d’infiltrer toutes les couches de la société. On doit au journaliste hongrois Théodore Herzl, venu assister, en 1894, au procès Dreyfus, l’idée fulgurante qu’il était illusoire d’espérer intégrer les juifs dans les sociétés européennes et qu’il leur fallait impérativement un État. 

Il est troublant de constater à quel point les mots s’influencent mutuellement : le sionisme, politique expansionniste juive, a déteint sur le sémitisme, le restreignant, chez la plupart des individus, à la population juive. Dès lors, l’antisémitisme implique, tel un prolongement naturel, d’être antisioniste. Il y a là un terrible amalgame : étant nous-mêmes d’authentiques sémites, il est impensable que nous soyons antisémites. En revanche, nous pouvons être opposés à cette tendance politique totalitaire qu’est le Sionisme. De plus, bien des juifs, sans renier leur judaïté, clament tout haut leur antisionisme.

Au XIX ème siècle, en Europe, l’une des manières les plus astucieuses de traiter les étrangers, les minorités, fut de mettre en place la théorie des races. Ce qu’on appelait alors le “racialisme” (pour le distinguer de son frère jumeau : le racisme) répartissait les individus en 4 ou 5 races. On s’appuyait sur des critères morphologiques, telle la couleur de la peau, les dimensions de la tête (crâniométrie)… Ces études, très sérieuses, ont donné lieu à une classification et donc à une inégalité des races, À la même époque (ironie du sort) les pays européens entreprenaient de coloniser des pans entiers de la planète. Alors même que les études scientifiques avaient démontré l’inanité du concept de race, les colonisateurs ont calqué leur politique sur le “racialisme” : eux, race supérieure, débarquaient apportant les lumières de la raison, les prouesses de la technologie et l’évangélisation, en bonus, à des indigènes qui leur étaient inférieurs…

Par-delà la “bévue” qui fait de tous les sémites des sionistes en puissance, la sortie de M. Macron relance le débat sur le problème du positionnement face à l’autre, celui qui est marginalisé par la couleur de sa peau, sa langue, ses coutumes et que l’on considère inférieur, par un automatisme quasi-viscéral. Il semble que le couple identité-altérité tourmente, à intervalles réguliers, la conscience politique française : qu’on se souvienne de la polémique sur l’identité, lors du gouvernement Sarkozy.

En vérité, l’ancienneté et l’universalité du racisme ne sont plus à prouver : la méfiance à l’égard de l’autre, l’étranger, est inhérente à la nature humaine. Dans l’Athènes de Socrate et Platon, les étrangers (tout comme femmes et enfants) étaient considérés comme des sous-êtres, et interdits d’exercice politique. Des exemples plus récents foisonnent : qu’il s’agisse du massacre des indiens d’Amérique par les Européens venus les coloniser, ou de la traite des noirs par les pieux musulmans, puis par les négriers européens...

Au XXème siècle, les génocides se sont multipliés : le plus horrible et le plus médiatisé est sans conteste le massacre des juifs par Hitler. Il y eut aussi l’extermination des Tutsis par les Hutu au Rwanda, la tuerie des Arméniens et des Kurdes par les Ottomans, au début du XXème siècle.

Aujourd’hui, le racisme existe toujours sous ses deux formes que sont l’agression de “l’autre” et la discrimination à son égard. Cet autre, irrémédiablement enfermé dans son altérité, constitue une menace pour ce que je suis. Il suscite donc méfiance, isolement et agressivité en tous genres. Dans ce sens, les exemples abondent : celui qui revient en permanence est l’afflux de migrants illégitimes aux portes de l’Europe. Par-delà le problème économique, indéniable, qui implique de loger et nourrir un surplus de population, il y a aussi, de la part des européens de souche, la crainte de ne plus se sentir chez eux : ces autres qui débarquent en masse, vont dénaturer l’aspect des villes, installer leurs rituels barbares, bref altérer l’atmosphère des “maîtres de céans”. 

Plus menaçant encore, le spectre de l’islamisme avec ses attentats qui se produisent n’importe où, sans prévenir, tout cela a généré et entretient soigneusement la flamme d’une islamophobie toujours vive. Au niveau social, il n’est que de se souvenir de la polémique soulevée par le port du foulard dans les lieux publics. Au plan politique, le développement en Europe de partis d’extrême droite (repliés sur eux-mêmes et refusant l’autre) représente une des réponses au phénomène de l’altérité. De manière assez caricaturale, le passage en force, par Donald Trump, du projet de mur séparant les Etats-Unis du Mexique, représente un exemple de ce que le racisme ordinaire peut engendrer. À ce propos, les Etats-Unis sont loin d’avoir fait leur paix avec la “négro-phobie”. La présidence de Barak Obama n’a pas suffi à effacer la haine sourde du noir ; et puis Obama, si fin, si élégant était, en somme, presque blanc... Aujourd’hui, les assassinats de citoyens noirs, émaillent régulièrement l’actualité aux USA, sans compter le menu fretin de mépris et de violences verbales à l’encontre des noirs.

Toutes ces déviances, ces perversions ne doivent pas nous faire oublier que le couple “identité-altérité” domine, depuis toujours, la pensée humaine. Étymologiquement “définir” signifie tracer une limite et c’est souvent ce à quoi l’identité, scrupuleusement respectée, nous oblige. Mais que serais-je si je n’existais pas sur le fond de toutes les différences qui m’environnent ? Comment oublier qu’une pensée féconde consiste à penser les choses autrement ? Ces pays que nous voyons se refermer sur leur identité, moyennant visas, passeports, et rejet de migrants, ne peuvent pourtant survivre qu’au contact d’autres identités. À travers l’histoire, les grands événements humains (apparition des monothéismes, découverte de terres inconnues, progrès de la science) ont tous introduit de l’altérité dans un mode de vie figé qui se répétait.

En revanche, le tourisme de masse qui marque notre époque, confronte le voyageur à une altérité sans aspérités, où on s’arrange pour lui présenter un autre dont les différences sont rabotées et intégrées dans les registres factices de l’exotisme ou du loisir. En définitive, cet autre qui passe dans ma rue, devrait convoquer en moi, non pas une crainte pour mon portefeuille, mais, pour reprendre Deleuze, le jaillissement “d’un monde possible”… 

Aux propos réducteurs d’Emmanuel Macron, amalgamant, en parfaite connaissance de cause, antisémitisme et antisionisme, je voudrais répondre par les derniers mots, écrits par Michel Foucault, peu avant sa mort : “il ne peut y avoir de vérité que sous la forme d’un autre monde, de la vie autre”.

*Ecrivain et aussi gastro-entérologue clinique Ibn Zohr.


dimanche 3 mars 2019

Analyse du projet d'Abir Moussi

Pour se débarrasser des Frères musulmans, l'idéal serait que les partis progressistes s'unissent en un front uni contre cette secte nuisible et dangereuse.
Pour cela, encore faut-il que leurs chefs aient le souci de la patrie avant celui de leur parti, s'ils n'étaient pas malades de leur ego !
Donc ne reste aux tunisiens que de compter sur eux mêmes et sur leur union face au danger que court la Tunisie avec ces islamistes sans foi ni loi, avides de sang et d'argent !!
Pour cela, ils doivent se fixer un seul objectif et exiger une seule condition du parti et de son chef, auxquels ils accorderont leurs voix :
- Objectif : débarrasser la Tunisie de l'emprise islamiste de Ghannouchi et de ses Frères musulmans qui travaillent pour des agendas étrangers qatari, turc ... ces futurs colonisateurs de la Tunisie;
- Condition : refuser catégoriquement toute alliance avec Ghannouchi et refuser le consensus machiavélique qu'il a imposé aux "progressistes".
Et pour réussir, il faut voter en masse avec un choix stratégique et utile pour le pays pour le parti qui combat les Frères musulmans et rejette leur consensus, leur constitution islamiste et ses lois électorales ...
Or "Quand un peuple veut, il peut", disait notre poète national Abou El Kacem Echabbi !!
R.B
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Voici un regard extérieur d’un juriste français, tunisien de cœur. Il fait une analyse sur la situation tunisienne depuis la « révolution du jasmin », à nos jours et en tire des conclusions, qu’il invite les Tunisiens qui seront appelés aux urnes en octobre 2019, les tunisiens méditer !