mercredi 7 août 2019

Quand les Frères musulmans jouent aux progressistes ...

Le Caméléon aux cotés de Ghannouchi l'homme à la cravate ...

A l'approche des échéances électorales, les Frères musulmans tentent chaque fois de redorer leur image ... en jouant aux " progressistes" !
Ils mettent souvent en avant Abdel Fattah Mourou qui ne trompe plus les Tunisiens avec ses pitreries de " baldi " (citadin) ! D'ailleurs les Tunisiens le surnomment le caméléon.

Quant à Lotfi Zitoun, il nous joue le nostalgique des traditions tunisiennes et de la " tunisianité ", alors que depuis le 14 janvier 2011 les Frères musulmans n'ont cessé de critiquer les Tunisiens dans leur mode de vie et leur culture, pour leur fourguer le wahhabisme et le model sociétal qui va avec sous prétexte de leur faire recouvrer leur identité "arabo-musulmane", qu'ils auraient perdue ! Mais cela ne trompe plus personne !

Encore Lotfi Zitoun qui plaide pour une Cour Constitutionnelle, qui plaide la cause des homosexuels et qui est pour la dépénalisation des consommateurs de drogues ...
Et comme par hasard il n'en parle qu'à l'approche des élections mais plus du tout après ; alors qu'il est membre du bureau politique d'Ennahdha et longtemps il a été la tête pensante de Ghannouchi !

Idem pour les femmes "en cheveux", que les Frères musulmans exhibent durant leurs campagnes électorales et qui vont se rhabiller et remettent leurs voiles aussitôt les élections terminées ... comme ce fut le cas de la mairesse de Tunis, Souad Abderrahim !

Idem pour les homosexuels, idem pour les juifs ... qui deviennent fréquentables durant la campagne électorale, mais après les élections retrouvent leur statut de paria, pour être humiliés et poursuivis en justice ...

En somme, des Frères musulmans plus progressistes que les progressistes, tu meurs ! 
Mais qui peut encore les croire ? Islamistes & progressistes : deux notions antinomiques.

Comment voulez-vous qu'il en soit autrement, alors que le projet des Frères musulmans n'a guère changé depuis Sayid Qutb ! La preuve, Ghannouchi a beau s'habiller en costume-cravate et prétendre que son parti n'instrumentalise plus la religion pour devenir un parti civil ... les faits sont là : chassez le naturel, il revient au galop ! Il est constamment trahi par sa base et ses cadres qui sont toujours sur le logiciel Frères musulmans !

Alors méfiance, il ne faut pas prendre les vessies pour des lanternes et les Frères musulmans pour des modernistes progressistes ! Leurs beaux discours " progressistes " et leurs postures modernistes, font partie de leur " taqyia", dont il faut se méfier.

Le bel argument de Lotfi Zitoun : « J’ai vécu en Grande-Bretagne et le mensonge est le pire des crimes que l’on peut commettre. Mes enfants ont été élevés dans le respect de la vérité » ; ne dupe pas d'avantage les Tunisiens qui doivent le mettre sur le compte de la " taqyia " des Frères musulmans d'autant qu'ils sont habitués à ses gros mensonges et à la langue de bois !!

R.B

« L’islam politique divise plus qu’il ne rassemble », estime Lotfi Zitoun

De tous les purs et durs nahdhaoui, Lotfi Zitoun est le personnage le plus controversé. Ce diplômé des Sciences politiques, qui défend les droits des homosexuels, plaide pour la mise en place d’un cadre légal pour une consommation contrôlée du cannabis et appelle à séparer le politique du religieux, suscite le doute et la suspicion des Tunisiens progressistes et le gourou des islamistes invétérés.

A la question de savoir s’il n’est pas en train de jouer le rôle du « bon flic » pour flouer et séduire le Tunisien lambda, Zitoun s’indigne : « J’ai vécu en Grande-Bretagne et le mensonge est le pire des crimes que l’on peut commettre. Mes enfants ont été élevés dans le respect de la vérité ».
Entretien en trois actes.

Amel BelHaj Ali : Lorsque nous citons le nom de Lotfi Zitoun devant des observateurs avisés de la scène politique tunisienne, on nous dit souvent que vous représentez l’image éclatante d’Ennahdha, tolérante et démocratique. Vous avez été pendant des années le directeur de cabinet de Rached Ghannouchi et le détenteur de ses secrets mais pas sa boite noire qui, elle, serait de fait Saïd Ferjani. Qu’en dites-vous ?

Lotfi Zitoun : Cette idée que l’on se fait de nous peut se justifier par les longues discussions que j’ai toujours eues avec M. Ghannouchi. J’ai vécu longtemps en Grande-Bretagne, je lis beaucoup -lire est ma nourriture quotidienne. Ma bibliothèque est âgée de 25 ans et j’adore converser de mes lectures avec d’autres personnes venant d’horizons divers, dans un cadre collégial ou en tête-à-tête.
La Grande-Bretagne a donné refuge à tous les opposants non seulement des pays arabo-musulmans mais du monde entier, qu’il s’agisse de nationalistes, d’islamistes, ou encore de la gauche toutes tendances confondues.
Tout au long des dix dernières années, nous n’avons pas arrêté de débattre de l’avenir de l’islam politique, et le malheur est que lorsque nous sommes rentrés dans notre pays, nous sommes restés au même niveau de discussions. L’islam politique a prouvé qu’il ne peut se libérer de sa dimension violente. C’est ce qui a été confirmé par l’expérience de son exercice ces dernières années dans de nombreux pays arabes. Et en particulier ceux traversés par les révolutions du printemps.
Ceci prouve sa faillite idéologique, car il est devenu une partie du problème dans la région arabe et il n’a pas offert de solution. La plupart des pays arabes ont connu des crises aiguës illustrées par des affrontements violents entre l’État et le peuple.
En fait, cette violence a sonné le glas du Printemps arabe. Un printemps qui a modifié la nature même de l’État et a imposé le changement de ses substances politiques et idéologiques.

Je me souviens qu’en 2011, j’ai écrit, à la demande d’Ennahdha, un texte sur notre vision de l’avenir pour dire que nous ne nous présenterons pas en tant que mouvement aux élections mais que nous serons représentés autant que nous le pouvons au sein de plusieurs partis. Parallèlement, Ennahdha devait devenir un mouvement social de prêche opérant au sein de la société civile par des actions sociales.
Aujourd’hui avons-nous besoin d’un mouvement contestataire ? Ennahdha fait partie de l’histoire du pays eu égard à ses luttes et ses sacrifices, une fois que nous avons changé de régime, que nous évoluons vers une démocratie et que les libertés sont garanties, à quoi bon garder sa dimension hautement politique ?
Avec la nouvelle Constitution et la constitutionnalisation de la liberté de conscience, de quel droit un mouvement ou un parti se donne-t-il le droit de discuter des choix idéologiques, religieux ou du mode de vie de ses compatriotes ?
Le régime contre lequel nous nous sommes révoltés est tombé. Quelle est donc notre raison d’être ? Nous-mêmes, nous faisons partie du passé. En 2010, notre parti avait atteint ses 40 années d’existence. Nos choix économiques sont libéraux et ce qui nous a unis tous à Ennahdha n’a jamais été politique mais idéologique. Notre affiliation s’est faite sur la base de convictions purement idéologiques dans un pays où les libertés étaient manquantes.
Mais nous n’avons jamais discuté d’un modèle sociétal ou mis en place une vision et un projet socioéconomique pour notre pays. Toutes les démocraties sont construites sur la base de choix sociétaux, de gouvernance et de modèle économique et politique. Ce n’est pas notre cas.

Amel BelHaj Ali : A vous entendre, on ne peut croire que vous êtes tous d’accord dans le parti Ennahdha autour d’un modèle sociétal et encore moins sur la séparation du religieux du politique ?

Lotfi Zitoun : Effectivement, nous ne sommes pas d’accord sur le modèle de société, car dans le mouvement, il y a une partie conservatrice qui rejette même l’ouverture d’un débat sur la question. Quand je suis rentré en Tunisie, j’ai vu que nous devions communiquer avec notre peuple pour s’entendre sur les fondamentaux. Je suis allé à la rencontre de gens, je les ai écoutés, j’ai la chance d’avoir grandi à Bab Mnara et j’ai le contact facile et cela m’a permis de savoir ce que veut le peuple et ce qu’il attend des acteurs politiques.
Rached Ghannouchi qui vivait en exil comme d’autres adeptes du parti outre ceux emprisonnés ou libérés après des années d’incarcération, ont chacun eu un parcours particulier. Il aurait dû unifier les rangs surtout après le développement d’un courant salafiste extrémiste chez les jeunes qui se nourrissaient des chaînes satellitaires.
Il est malheureusement resté ancré dans l’année 1996, et c’est la raison de l’éloignement politique et intellectuel entre nous.
Pour revenir à votre première question : non, je ne suis pas la voix de Rached Ghannouchi, et à maintes reprises, j’ai exprimé des positions contraires aux siennes, le fait que j’ai été son conseiller politique ne veut pas dire que je colle à ses idées. Je reste intellectuellement et politiquement indépendant.

Amel BelHaj Ali : Vous n’avez jamais occupé un poste dans la sphère organisationnelle, vous opérez ailleurs.

Lotfi Zitoun : Vous l’avez dit, ma relation avec M. Ghannouchi ne relève pas de l’organisationnel. Après la révolution, je me suis comporté et agit en tant qu’indépendant, je me suis tenu à l’écart pendant une année sans aucune mission, mais le président du mouvement tenait à ce que je sois présent dans toutes les sphères organisationnelles et m’a nommé en tant que conseiller politique.
Toutefois, l’année dernière, il y a eu un différend politique à propos du consensus que j’ai toujours considéré comme une nécessité pour assurer la transition démocratique dans notre pays. La Tunisie a besoin de l’existence d’un équilibre entre les forces politiques sur place car l’hégémonie idéologique qui a approfondi les clivages entre nous autres Tunisiens est devenue dangereuse pour le pays. L’idéologie doit se traduire par un projet sociétal et un programme de travail, mais, sous la tyrannie, elle risque de devenir une arme de guerre dont certains peuvent user contre l’Etat.
C’est feu Béji Caïd Essebsi qui a été à l’origine du consensus. Au début, le parti Ennahdha était hésitant mais ses dirigeants ont compris qu’ils seraient les plus menacés s’ils n’acceptaient pas d’évoluer dans ce cadre. Et c’est grâce au consensus que les institutions de l’Etat ont continué à fonctionner, que les lois bloquées ont été votées et que la nouvelle Constitution a vu le jour.
C’est ce consensus qui a également permis l’organisation des élections municipales ; toutefois, pour nous, il a été réduit à un choix tactique et non un outil qui garantit la stabilité gouvernementale. Et conséquence : il n’y a pas eu de stabilité. Je n’ai pas apprécié et encore moins approuvé, tout comme j’ai désapprouvé qu’il n’y ait pas une séparation entre la religion et le parti.
La religion ne peut être utilisée comme une arme politique à partir du moment où la deuxième République s’est portée garante de la liberté de culte, et les menaces d’une oppression sur la base de la religion ont été définitivement éliminées.
En fait, il s’agit là d’une question fondamentale en rapport avec l’Etat et sa civilité. J’aime la religion mais je n’en suis pas le dépositaire car elle appartient à tous mes compatriotes. Elle fait partie de notre héritage et de notre identité.
Cette position a refroidi ma relation avec M. Ghannouchi, qui ne pouvait plus supporter cette liberté de pensée, alors j’ai décidé, pour ma part, de prendre de la distance car je ne pouvais supporter le choix de politiques que je réprouvais.
J’ai donc envoyé à M. Ghannouchi une lettre où j’énumérais les raisons de ma démission du poste de conseiller politique.

Amel BelHaj Ali : Justement, vous n’avez jamais parlé avec exactitude des raisons de votre démission, vos réponses ont toujours été empreintes d’ambiguïté lorsque l’on vous posait la question.

Lotfi Zitoun : Les raisons sont nombreuses. Certaines d’ordre personnel qui n’appartiennent qu’à moi, et d’autres relatives au fonctionnement du parti Ennahdha. Mais le point de rupture a été le “jeudi noir“ (25 juillet 2019, ndlr) et les événements qui ont succédé à l’hospitalisation de feu Béji Caïd Essebsi. J’en voulais à tous ceux qui ont bloqué les élections de la Cour constitutionnelle. Pendant 5 ans, je n’arrêtais pas de dire et redire que la seule institution garante du sauvetage du pays, d’une Constitution qui a institutionnalisé pour que des forces sur place n’arrêtent pas de se livrer des guerres aux dépens des intérêts de la Tunisie empêchant toute stabilité et tout progrès, c’est cette cour.
Le système politique est fragile, hybride et incapable de permettre une gestion saine de la Tunisie. Notre seul recours était la Cour constitutionnelle qui pouvait gérer tous les différends, de vérifier la conformité des lois, d’assurer un Etat de droit.
Je vous cite juste un point : Il y a un article de loi qui stipule que “le président de la République est le chef des forces armées“. Si nous devons prendre cet article à la lettre, nous dirons que les forces armées ne se limitent pas aux soldats mais concernent au même titre tous les agents de l’Etat qui portent des armes (la police, la douane et ainsi de suite). Il y a de nombreux textes de loi dans la Constitution qui ne peuvent être appliqués à cause de leur ambiguïté. La Cour constitutionnelle a pour rôle de les interpréter et de combler les lacunes.

Amel BelHaj Ali : Cela n’a pas empêché le succès du passage du pouvoir après la mort du président Essebsi.

Lotfi Zitoun : C’est une chance pour nous. Mais il n’y a aucun organe de l’Etat pour constater la vacance du pouvoir. En Tunisie, on a toujours respecté la forme, même à l’ère de la dictature, la transition entre Bourguiba et Ben Ali fut une transition constitutionnelle, une transition médicale. Comment pouvons-nous, nous qui avons prétendu avoir fait une révolution, violé aussi honteusement, aussi ignoblement la Constitution ? Qu’Ennahdha y soit, c’est inacceptable et inadmissible ! C’est ce qui explique ma démission.

Amel BelHaj Ali : Pensez-vous que la popularité du parti Ennahdha en a pris un coup ? Comment évaluez-vous votre place aujourd’hui sur la scène politique tunisienne ?

Lotfi Zitoun : Nous occupons toujours la première place, mais un vrai politicien ne voit pas les choses ainsi. Nous parlons là de l’avenir d’un pays, d’un modèle sociétal et d’une vision qui tient la route pour nous permettre d’assurer le bien-être de nos concitoyens et d’un projet d’avenir. Tout cela ne pourra pas se réaliser lorsqu’un parti est ancré dans l’idéologie. Les partis, les vrais, planifient sur 30 et 50 ans. Le parti travailliste britannique a 100 ans. Je veux vivre dans mon pays et le servir, mais voyez ce qu’il en est du parti Ennahdha : nous sommes passés de 1,5 million en 2011 à 500 000 en 2017 aux élections municipales.
Ils ne comprennent pas qu’à mesure que nous avançons dans la démocratie, la dimension idéologique recule. Les gens se rendent de plus en plus compte que ce ne sont pas en lesquels ils ont mis toute leur confiance et qui ont peur de Dieu n’ont pas résolu leurs problèmes et n’ont pas amélioré leur quotidien.
L’idéologie ne peut pas être un programme pour édifier un pays. A Gafsa ou à Kasserine à 45° température, cette idéologie ne peut pas équiper les foyers de climatiseurs ou de ventilateurs, elle ne peut pas résoudre les problèmes de bébés qui meurent dans les hôpitaux, ce qui n’est même pas arrivé du temps de la dictature
Les partis travailliste et conservateur en Grande-Bretagne ont des socles idéologiques mais ne travaillent pas sur cette base. Ils proposent des programmes socioéconomiques.
Ces partis donnent des solutions aux problèmes économiques et sociaux, ils travaillent sur les projets d’investissement, la lutte contre le chômage et l’ouverture du pouvoir d’achat et du niveau de vie.
Nous ne pouvons pas utiliser la religion et des années de répression pour justifier une mainmise sur la politique dans notre pays. La religion et le discours religieux ne doivent pas être au cœur des batailles politiques car ils relèvent de la sphère personnelle et privée. Le débat religieux doit avoir lieux entre érudits, chercheurs et penseurs sinon il se transforme en un instrument de division de la société.
En Europe, il y a eu des guerres religieuses sanglantes pour établir un État civil et laïc, mais dans nos sociétés, nous n’avons pas vécu de telles guerres, les mosquées sont ouvertes et personne n’est empêché d’entrer ou de pratiquer ses rites. A partir du moment où l’Etat devient le garant de la justice et de l’équité, la religion ne peut être que personnelle.
La religion appartient à tous et un jour viendra où l’on demandera à Ennahdha : qui vous a autorisé à parler au nom de la religion, et de quel droit vous la monopolisez ?
La toute puissance idéologique dans notre pays, qu’il s’agisse de partis de gauche ou de droite, est dangereuse. Pour que le processus démocratique réussisse, il faut que la bataille électorale se passe entre projets économiques et sociaux, mais que l’on dise “si je sors du pouvoir je serai“ jugé, c’est en fait le meilleur moyen de mettre fin à l’expérience démocratique.
Par ailleurs, il faut impérativement séparer la religion de l’exercice du pouvoir.



samedi 3 août 2019

NABIL KAROUI, LE BERLUSCONI TUNISIEN ?

Article paru dans : Kapitalis

Nabil Karoui était hier l'invité de Myriam Belkadhi dans son émission "Tounes El Yaoum"sur El Hiwar Ettounsi TV. Elle lui posait des questions, souvent celles qui fâchent comme elle dit, à propos de son action caritative qui est en train de devenir politique. Elle a beau insisté, mais son ex-patron éludait certaines de ses questions.

A la suite du décès de son fils Khalil, Nabil Karoui a voulu honorer sa mémoire à travers une action sociale pour aider les plus démunis à vivre et à se soigner. Il a créé l’association Khalil Tounes ", le nom de son fils prenant tout son sens ici : l’ami intime des tunisiens.

En patron d'une chaîne de télévision, il a tenté de sensibiliser le pays à travers Nessma TV, à la grande misère qui s’est généralisée depuis le 14 janvier 2011; touchant les classes pauvres mais aussi la classe moyenne à cause de la gestion désastreuse de la Tunisie par les gouvernements successifs toujours dominés par les Frères musulmans, adeptes du capitalisme sauvage et de la paupérisation des peuples pour les pousser vers leurs associations caritatives. 
Son idée, était d’inciter les tunisiens à aider les plus démunis d’entre-deux et palier ainsi à l’absence de l’Etat dans les régions délaissées par lui. Il a crée ainsi une chaîne de solidarité. Et selon lui, ça marche; puisque même des médecins assurent des actes gratuits aux nécessiteux.

Devant le succès de son émission et de son association caritative, de plus en plus de bénéficiaires lui demandent pourquoi ne ferait-il pas de la politique avec un tel programme devenu une priorité pour tous les laissés pour compte.

Pour ne pas mélanger les genres, il a créé donc son parti sous un nom différent de son association caritative, qu’il a baptisé " Kalb Tounes " (Le Cœur de la Tunisie).

Sa popularité et les sondages en sa faveur, commençaient à agacer les Frères musulmans au point de tenter de l’éliminer de la course aux élections législatives et présidentielles, sous prétexte qu’il instrumentalise la pauvreté en pratiquant la " charity business " !
Curieux que les Frères s’en offusquent, eux qui ont fait par populisme de la pauvreté leur fonds de commerce et des associations caritatives un moyen d’acheter leurs électeurs ! Comme disent les tunisiens, " le dromadaire ne voit pas son cou tordu, mais voit bien celui des autres " ou encore " ما اخيبك يا صنعتي عند غيري ", (qu'il est mauvais mon vice chez les autres) !

Voilà quelqu’un qui a compris en huit ans d’islamisme, la nouvelle façon de faire de la politique introduite par Ghannouchi et ses Frères musulmans : instrumentaliser la pauvreté et la misère ! Mais il lui fallait être encore plus efficace en mettant au grand jour son action. Là où les "Frères" cherchent la discrétion, se limitant au bouche-à-oreille et aux lieux de culte, pour recruter de nouveaux sympathisants; lui, l'homme de médias, a su faire en conviant les caméras pour que ses actions soient filmées et partagées via sa chaîne de télévision par des milliers de tunisiens.

D’où la hargne de Ghannouchi à lui barrer la route en s’appuyant sur son allié Youssef Chahed qui découvre subitement " l'amoralité de la charity-business en politique ", bien que pratiquée par les Frères musulmans depuis leur retour d'exil; mais qui y trouve son compte puisque sa popularité baisse, alors que celle de Nabil Karoui monte.

Toujours en observant les pan-islamistes & leurs pendants les pan-arabistes, Nabil Karoui a rajouté à son discours en les copiant, celui de la " cause palestinienne "; toujours aussi vendeur auprès des peuples dits " arabo-musulmans " ! Il a bien rappelé ô combien cette cause, lui est chère, insiste-t-il ! Alors que nous savons les relations amicales qu'entretiennent les pétromonarchies avec les sionistes d'Israël et particulièrement celle de l'émir du Qatar avec Netanhyahu ! 

Ainsi Nabil Karoui instrumentalise ce qui réussit le mieux aux Frères musulmans : la pauvreté et la cause palestinienne. En somme il les concurrence sur leur propre terrain, l’instrumentalisation de la religion en moins car il a compris que leur impopularité vient de là et que l'islam politique ne paie plus !

Devant une classe politique qui a brillé par sa médiocrité et son incompétence depuis la fumeuse révolution, cédant au populisme à tout va; pourquoi reprocher à Nabil Karoui le sien, plus efficace encore ?

Au moment du choix crucial qui se présente devant les Tunisiens, comme tous les politiques, à l'exception d'Abir Moussi, Nabil Karoui ne dit rien des réels problèmes du pays et ne dit rien de ses alliances éventuelles ni de sa position face à ce qui est le problème majeur du pays : les Frères musulmans. Il laisse même entendre qu’il pourrait s’allier à eux, selon le résultat des urnes, n'étant l'ennemi de personne répète-t-il; d'autant qu'il a toujours gardé de bonnes relations avec Ghannouchi se rendant souvent au siège de son parti à Mont-plaisir et qu'il a été l'un des artisans du rapprochement de feu Béji Caïd Essebsi de Ghannouchi.

Il axe sa campagne sur l'aide qu'il veut apporter aux pauvres et détaille longuement ce qu'il a fait depuis le décès de son fils pour aider les pauvres. Certes c'est charitable et c'est utile aux pauvres mais malheureusement ce n'est pas de la politique. La charité n'a jamais fait une politique.

Aider les pauvres c'est mener une politique économique qui développe le pays, qui crée de la richesse, qui offre des emplois et qui permet d'avoir une monnaie qui a de la valeur. Le pays se portant bien, c'est encore mieux les aider que de leur faire de la charité sous forme de repas ou de vêtement. Aider les pauvres, c'est redonner à l'Education nationale ses moyens et sa compétence et permettre à tous les enfants, y compris les pauvres, d'aller à l’école et à apprendre en accordant des bourses par exemple.

Nabil Karoui se prend pour " la bonne dame charitable " du XIXème siècle, croyant faire de la politique ! C'est une tromperie manifeste. Son positionnement est de la démagogie et du populisme. Rien n'avancera avec ce genre de politique.

Alors comment lutter contre le populisme et ses dérives ? Il faut des responsables politiques sérieux patriotes et désireux de lutter contre ce qui le nourrit en mettant sur pied une réelle politique économique et sociale. Pas la charité, la justice sociale !

Vivement la Troisième République !

Rachid Barnat  



mardi 30 juillet 2019

L'hommage de Hélé Béji au président disparu Béji Caïd Essebsi


Tant d'intellectuels, de journalistes et d'hommes politiques croient en la rédemption des " Frères " ; devenus par la magie du consensus, démocrates et patriotes !
Si dans son éloge pour Béji Caïd Essebsi, notre amie Hélé Béji a réussi le portrait de l'homme; pour ce qui est de son action politique, elle se berce encore d'illusion en pensant que l'islamisme des Frères musulmans est soluble dans la démocratie, pour saluer le " consensus " et le " dialogue ", pratiqués par le président disparu, avec les ennemis de la République !
Ce n'est pas parceque Ghannouchi s'est mis en costume-cravate, qu'il a rompu pour autant avec le pan-islamisme nourri du wahhabisme qui fonde son parti Ennahdha ! Et ce n'est pas d'avoir martelé dans ses discours que la Tunisie ne peut être gouvernée que par le consensus, que Béji Caïd Essebsi avait raison de le pratiquer avec Ghannouchi.
R.B

Sans Béji Caïd Essebsi

Il nous faudra vivre sans la malice de son regard bleu, sans l’éclair tranchant de sa conversation qui ordonne le fatras où nous nous débattons pour démêler le jeu embrouillé des passions post-révolutionnaires, sans son élégance intellectuelle qui nous fait aimer la politique dans sa compagnie enjouée, sans son charme auguste; sans son esprit perçant, sans le tact délicat de son écoute, sans son impertinence, sans le style délié de ses entretiens; sans l’intensité de sa présence, sans le souffle raffiné de ses discours, sans l’éclat qui émane de son autorité, sans la profondeur de sa mémoire, sans la curiosité amusée qui lui fait accepter les gens avec leurs travers, sans la justesse de ses anticipations, sans la limpidité de ses formules, sans son art de pardonner aux offenses avec une moue délicieusement narquoise, sans la pudeur de ses blessures.

La Révolution du 14 janvier avait été sauvée du chaos par la tradition d’un État qui l’a enchâssée dans la continuité de son histoire, se gardant de l’autodestruction par un enchaînement de forces intrinsèques où la concorde l’a emporté sur la discorde. Béji Caïd Essebsi en a été le principal artisan. Parce que l’Etat portait un passé de réformes qu’il connaissait par cœur, il a su consentir à la désobéissance civile sans la réprimer. Dirigé par lui, l’État a accueilli la part de désordre révolutionnaire comme un ferment inévitable. Mais toutes les surenchères qui ont voulu faire table rase de l’État national ont échoué. L’esprit réformiste de Béji Caïd Essebsi s’est mis au service de la passion révolutionnaire en la tempérant et en la canalisant. Il nous a épargné la guerre civile. Le vieux parti constitutionnel a subverti le parti révolutionnaire.

Contrairement à l’opinion ignare qui accuse Béji Caïd Essebsi de trahison, il a eu l’intelligence de ne pas dédaigner le suffrage populaire qui donnait un grand nombre de voix au parti Ennahdha, et de leur accorder une place dans les charges de l’Exécutif. Lors d’une interview, le 24 octobre 2014, Béji Caïd Essebsi avait refusé d’exclure la minorité élue de la participation politique. C’était un acte de courage et de vision, un acte de sécularisation de la religion, où le sacré était condamné à adopter toutes les réformes profanes de l’État républicain. L’Etat national a résisté à l’ambition islamiste de suborner le peuple. L’idéologie de l’islam radical était de ce fait neutralisée sous le poids de la fonction et la sanction de l’opinion. Béji Caïd Essebsi savait qu’on ne pouvait appeler à l’unité de la Nation tout en divisant le pays en deux peuples éternellement ennemis. Il a libéré la politique des rapports de domination. Il a eu l’intelligence d’imposer aux islamistes les contraintes de l’Etat bourguibien, tout en l’ouvrant à toutes les facettes des libertés individuelles, y compris religieuses.

Non seulement il n’a pas trahi ses électeurs, mais il a donné aux modernistes une mission démocratique par excellence, traité la liberté des conservateurs à égalité avec la leur. Il a aidé les citoyens à résoudre la crise morale qui les déchirait entre leurs valeurs anciennes et leurs libertés nouvelles. La paix civile trouvait dans cette élévation un dépassement de soi au-dessous de laquelle on ne pouvait plus descendre. Il a imposé à l’idéologie religieuse son humanisme, grâce à l’étendue de sa double culture traditionnelle et occidentale. Il savait trouver le secret de l’accord même entre les voix les plus désaccordées. Il a rajeuni la doctrine d’État en la pliant aux libertés de conscience. Il a créé les conditions d’une réconciliation historique entre le sentiment national et l’esprit libéral.

Mais Béji Caïd Essebsi n’a pas encore d’héritiers dignes de sa pensée et de son œuvre. Ils existent peut-être, mais ils ne se sont pas exprimés. Ses propres lieutenants lui ont fait défaut, ils ont cédé à l’aveuglement de la jeunesse qui a la vanité de croire que le jeune âge est un mérite en soi. Qu’ils se rappellent le mythe d’Icare, qui n’a pas écouté les conseils de ses aînés, et a vu fondre ses ailes de cire en voulant se rapprocher trop vite du soleil, pour être précipité dans l’océan.

Oui, avec la disparition de cet être dont le patriotisme s’animait de tendresse plébéienne, de sympathie gracieuse, de douceur familiale, une transmission s’achève. Les disciples de Béji Caïd Essebsi ont-ils été à la hauteur de ce qu’il fut pour Bourguiba, dont il apprit en élève surdoué l’art de négocier et de convaincre, le discernement du réel, la raison qui protège des extrêmes ? Ses disciples ont-ils été aussi appliqués, ou au contraire agités et paresseux, sourds aux leçons du savoir, détestant l’apprentissage, s’ennuyant dans les cours magistraux auxquels ils préfèrent la distraction des SMS ? Sauront-ils s’inspirer de ses méthodes, de sa philosophie non conflictuelle, de son mépris des attaques, de son refus d’écraser ses détracteurs, quitte à paraître faible aux yeux de l’opinion vulgaire, alors que la force du compromis est bien supérieure à l’obtuse radicalité des démagogues de droite ou de gauche? Sauront-ils comme lui servir la liberté en ne censurant personne, en ne persécutant pas les opposants, en ne les jetant pas en prison, en ne les excluant pas du jeu électoral ?

Il nous a protégés des petites hordes sauvages qui se sont crues malignes en se séparant de lui pour jouer aux petits maîtres. L’inculture politique leur fait croire qu’il suffit de s’affirmer démocrate pour le devenir. Un malentendu s’est creusé entre la hauteur de sa pensée et leur impatience de piétiner son modèle. Certes, les éloges pleuvent maintenant. Mais que ne les ai-je entendus de son vivant ! Pourquoi ces mêmes laudateurs n’ont-ils jamais exprimé aussi fort leur admiration, leur vénération ? Malgré les soupirs à fendre l’âme qu’on entend sur les ondes dans les oraisons funèbres, Béji Caïd Essebsi a été méconnu, incompris, insulté durant toute sa présidence par les élites de son camp. Mais il n’a pourchassé personne de sa vindicte. Hier encore, il récoltait toutes les plantes vénéneuses de l’hostilité et de la diffamation. Aujourd’hui tombent sur son cortège des bouquets de louanges. Que n’en ai-je humé le parfum plus tôt !

Par sa stature morale, il a compensé les traditions démocratiques que nous n’avions pas encore, il les a incarnées comme s’il en était la genèse, il a reconstruit la cohésion nationale par-delà le parti unique, pourtant conscient des dissensions dangereuses qui nous guettent ; il a supporté avec une patience stoïque les délires des uns et des autres, subissant leurs caprices, leurs trahisons, leur immaturité. Il a observé avec un sens aigu de l’analyse toutes les déviances que la démocratie porte en elle comme potentiel de délinquance, d’autodestruction, d’appétits personnels, quand la présence avisée d’un sage ne parvient pas à arracher le bon sens aux plus récalcitrants.

Il a neutralisé les fauteurs de guerre civile avec une promptitude qui les a désarmés, car il ne baissait jamais la garde. Il était dans le frémissement du qui-vive, vigile infatigable, résistant à tout et à tous. Grâce à lui, durant cinq ans, l’Etat ne s’est pas disloqué, la population ne s’est pas déchirée, la société ne s’est pas brisée en morceaux irréparables. Seuls, les partis politiques ont joué à la guerre en saccageant leurs propres rangs, par une surenchère théâtrale où chaque protagoniste a cru se grandir dans la négation de l’autre, sans pour autant trouver le langage de sa vérité et de son identité. 

C’est le jour de ses obsèques, l’ardeur de la foule populaire me serre la gorge dans un sanglot. Mais l’affliction des politiciens à la nouvelle de sa mort ne peut masquer que la jeune génération qu’il a tirée avec lui au sommet de l’Etat s’est écartée de sa filiation intellectuelle et morale. Le deuil que la classe politique exprime aujourd’hui n’efface pas son ingratitude d’hier. Qu’elle retienne un peu ce qui lui a été dispensé chaque jour à foison durant cinq ans, leçon d’empire sur soi, considération d’autrui, magnanimité face à l’outrage, accueil de toutes les revendications sans exclusive. Le sourire las de Béji Caïd Essebsi se penche tristement sur les dégâts d’une classe politique sans inspiration, qui abandonne le sentiment populaire à la détresse où ne parvient plus à s’incarner l’avenir au moment où s’éloigne son visage rassurant. Les traits de sa personnalité exceptionnelle restent inimitables, sans disciple, sans relève, sans copie. La cargaison d’un trésor immatériel se perd avec lui. Il a été le premier grand démocrate tunisien à conduire l’Etat vers la règle de la discussion qui nous a préservés de la violence.

Une sorte d’errance démocratique a commencé, plus inquiétante qu’au lendemain de la Révolution, qui avait trouvé dans la transition la main habile qui la retenait de chavirer dans la guerre de tous contre tous. La démocratie n’est pas une obsession partisane mais une manière d’être au monde. Qui saura reprendre ce travail de tolérance, d’autocritique, d’abnégation, de conscience de ses devoirs et de ses limites, de clémence, de considération de l’adversaire ?

Je n’ai jamais beaucoup prisé le jeunisme, c’est un orgueil d’immaturité et de suffisance. Mon sang se glace à la lecture de certains post imbéciles rédigés à sa mort par des écervelées qui agitent leurs têtes de linottes remplies de babioles politiciennes, servent des ONG étrangères où elles font carrière en sortant les petites griffes rouges de leurs ongles vernis, comme si leur cynisme leur avait été mandaté par le peuple. Eh ! le seul vrai sentiment du peuple est la compassion, dont leur œil sec est totalement privé. En les écoutant, je préférerais changer de sexe, tant j’ai honte d’appartenir au leur ! Notre jeune démocratie s’est mise à ressembler à un jeu malveillant, un passe-temps vulgaire où il s’avère plus rentable de rabaisser l’autre que de l’admirer ; de le trahir en ayant l’air de servir ses intérêts, de flatter son orgueil en brisant sa fierté, de faire son malheur en lui jurant le bonheur, de fomenter la discorde en jouant la fraternité, d’exciter les passions en simulant la raison, d’attiser la violence en invoquant la paix, d’énoncer le mensonge avec l’accent de la vérité, de commettre l’injustice en brandissant le glaive de justicier.

Au contraire, Béji Caïd Essebsi a humanisé la politique avec un raffinement qui n’existe probablement dans aucune démocratie moderne. Il a créé au sommet de l’Etat ce qui ne s’y était jamais vu, un climat d’urbanité qui fait de la société une famille agrandie de soi, la sensibilité de l’ancien, la transmission de quelque mémoire de civilité. Il est inutile de chercher dans la classe politique un émule de Béji Caïd Essebsi, il n’y en a pas. Ses successeurs sont dans le défi non de l’imiter mais d’inventer leur style, leur conviction, leur langage. Quelle gageure !

Il n’est pas donné à tout le monde d’atteindre le savoir-faire où la passion infatigable d’agir se confond avec l’art de dire, ni de posséder cet humour subtil dont il pare sa gravité, sa maîtrise dans l’adversité, sa haute courtoisie, sa puissance d’argumenter, ses digressions ludiques, ses traits cinglants contre la bêtise, sa bienveillance espiègle, la souveraineté de sa pensée, son génie de l’union, sa dignité contre la calomnie, l’ironie de sa superbe.


Mais au moins, il aura donné à la froideur fastidieuse de la politique, la saveur populaire d’une vérité accessible à tous, et dans le corps immatériel de nos souvenirs, dans l’ombre raffinée de nos ancêtres qui n’auront pas dérogé à leur antique allure, je vois passer sa silhouette ténue de gentilhomme du peuple qui traverse le siècle, qui nous a procuré la certitude de posséder une chose à soi, un pécule intérieur, et au milieu de toutes les déceptions, du gâchis, du désordre, des disparitions, des destructions, il nous aura remplis, malgré nos manques et nos échecs, de la douce sensation d’être malgré tout un peuple civilisé. 


dimanche 28 juillet 2019

L'EXCEPTION TUNISIENNE

Article paru dans : Kapitalis


A l'occasion du décès du président Béji Caïd Essebsi, et contrairement à ce que nous avons l'habitude de voir dans les pays dits "arabo-musulmans" d'hystérie collective, une fois de plus les tunisiens se sont distingués par des pratiques plus civilisées, apanages des pays démocratiques.

Béji Caïd Essebsi est le premier président à avoir été élu au suffrage universel de façon démocratique et transparente, alors qu'ailleurs chez les arabes, c'est le règne des coups d'Etat ou des élections "démocratiques" truquées avec bourrage des urnes !

Béji Caïd Essebsi en véritable démocrate, dit qu' "une main ne peut applaudir toute seule", pour dire que la démocratie ne peut se construire au dépens des femmes. Il est pour l'égalité des hommes avec les femmes. Et pour cela il a souhaité compléter le Code du statut personnel (CSP), en accordant aux femmes encore plus de droit dont celui de l'égalité en matière d'héritage. Mais le temps lui a manqué.
Alors que la condition de la femme est encore déplorable dans bon nombre de pays "arabes" !

Béji Caïd Essebsi fait confiance aux médecins de son pays, alors que les autres chefs d'Etats "arabes" partent généralement se faire soigner en Occident, trahissant leur manque de confiance en leurs hôpitaux et en leurs médecins.

Dès que le médecin traitant du président Béji Caïd Essebsi a constaté son décès, une demie heure après, il a été annoncé officiellement aux tunisiens et au monde.
Alors qu'il est de coutume dans les pays "arabes" de différer cette annonce de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines, temps de palabres, de tractation avec rapport de force entre les prétendants pour "organiser" la succession du président décédé.

Quatre heures après l'annonce officielle du décès du président Béji Caïd Essebsi, le président du parlement Mohamed Ennaceur s'est investi président par intérim comme prévu par la Constitution. Ce qui s'est fait tout naturellement sans contestation ni drame.
Alors que dans d'autres pays "arabes" la vacation du pouvoir aiguise les appétits, ce qui se traduit souvent par un coup d'Etat militaire, ou un coup d'Etat civil ourdi par un opposant rentrant de son exil, soutenu par des puissances étrangères.

Une passation de pouvoir civilisée qui étonne le monde, trop habitué aux révolutions de palais avec régicide, voire parricide quand un prince ambitieux et impatient veut dégager son père !

Ce qui rend le peuple tunisien une exception dans ce monde dit "arabo-musulman" !

Faut-il s'en féliciter ? Oui, tout en restant vigilant car des forces obscurantistes sont toujours là pour ramener la Tunisie à des siècles en arrière, d'autant qu'elles sont soutenues par des pétromonarques qui aspirent à faire avorter la "révolution tunisienne" et le processus démocratique qui pourrait donner des idées à leurs peuples !

Or durant le deuil qu'a vécu la Tunisie après le décès de son premier président mort en exercice, certains commentateurs et intellectuels se sont emballés pour dire "embrassons-nous, Folleville". Ils semblent tomber dans un angélisme inquiétant; puisque déjà adeptes du consensus imposé par Ghannouchi, ils croient pouvoir dire que " Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" ... miracle du consensus !

Faut-il leur rappeler que les Frères musulmans jouent le temps pour durer ?

En Algérie, le FLN & les militaires au pouvoir ont cru bon de leur lâcher du lest en leur abandonnant le "social". Résultat l'islamisation de l'Algérie s'est généralisée dans tout le pays et le terrorisme, son pendant, est toujours latent.
Si Erdogan a rusé pour durer au pouvoir en donnant le change aux turcs et aux occidentaux de l'islamiste modéré ... depuis 2016, il tombe le masque et passe à la vitesse supérieure pour retirer la laïcité de la constitution et remplacer celle-ci par la chariâa, en rétablissant la peine de mort ... avec dans sa ligne de mire la restauration du califat !

Or le pouvoir de nuisance des Frères musulmans ne cessera pas car ils ont un projet précis. Et la constitution de 2014 telle qu'ils l'ont voulue, est faite pour le concrétiser : paralyser le pays et ses institutions pour mieux le soumettre à leurs amis qatari & turcs ! Pourtant le président Béji Caïd Essebsi a cru pouvoir s'en accommoder et faire de son alliance avec Ghannouchi ce que fit François Mitterrand de Georges Marché, mais il ne pouvait pas grand-chose, les islamistes ont tout prévu pour réduire son pouvoir constitutionnellement.

Il faut que les démocrates se ressaisissent et cessent de croire au miracle du consensus qui n'est qu'un piège pour les éliminer un à un, comme l'a fait Ghannouchi à bien d'autres, le temps pour lui d'islamiser le pays et assurer aux Frères musulmans une meilleure assise populaire en Tunisie. Il leur faut amender la loi électorale, voire changer de régime politique pour mettre un terme au régime bâtard actuel dont tout le monde s'accorde à dire qu'il a paralysé le pays ; et instaurer un régime présidentiel démocratique avec des institutions démocratiques chapeautées par une Cour Constitutionnelle !

Les Tunisiens vivent une apparente démocratie : elle reste à confirmer et à consolider ; car les forces hostiles et rétrogrades sont toujours là pour tuer leur démocratie naissante !!

Rachid Barnat