lundi 14 septembre 2020

Les collabos du terrorisme islamiste, ont du sang sur la conscience


Le terrorisme islamiste prospère en France grâce aux collabos, ces idiots utiles; à moins qu'ils ne soient soudoyés par leurs sponsors, les pétromonarques !

R.B

Zineb El Rhazoui

Pascal Tenno 

Terrorisme islamiste : Zineb ose nommer les collabos

Tous les vrais Français apprécient le courage, l’insolence et la pertinence de Zineb El Rhazoui, lorsqu’il s’agit de placer les collabos de l’islam devant leurs responsabilités.

Alors, quand Zineb dresse la liste des coupables de l’attentat de Charlie Hebdo, on l’écoute avec la plus grande attention.

Elle commence par nommer le grand coupable. “Je pense au CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France NDLR), dont l’existence est une insulte pour nous les parties civiles de ce procès, car ce collectif milite à grands frais contre un “délit” qui n’en est pas en droit français: l’imposture intellectuelle nommée “islamophobie”. Alors même que mes collègues de Charlie ont justement été tués pour leur supposée islamophobie ! Le CCIF continue imperturbablement 5 ans après à distribuer des accusations d'”islamophobie”, mettant impunément des cibles dans le dos de ceux qui critiquent l’islam. Le CCIF est une fabrique à racisme qui promeut division et sectarisme, qui n’a jamais œuvré pour le bien commun de tous les Français, mais qui s’emploie uniquement à arracher des privilèges identitaires pour sa petite chapelle communautaire.”

Puis, elle s’occupe des collabos individuels. “Je pense aussi à Rokhaya Diallo qui, au lendemain de l’incendie au cocktail Molotov contre les locaux de Charlieen 2011, a signé une pétition minimisant cette agression et accusant le journal de racisme.”

N’oublions pas les ex de la politique. “Je pense à l’ancienne ministre Rama Yade qui, après la publication de caricatures du prophète Mahomet en 2012, a déclaré que “c’était la Une de trop” et qu’il s’agissait d’une “provocation”.”

Plenel y a droit aussi. “Je pense à Edwy Plenel qui, le 17 janvier 2015, a fait une conférence avec Tariq Ramadan, assurant qu’ils n’avaient “aucun désaccord sur le fond”.”

Tiens, voilà Obono… “Je pense à Danièle Obono à qui le sang de mes amis et les éclats de cervelle sur le plafond de la salle de rédaction n’ont pas réussi à arracher une larme, tant sa complaisance envers les bourreaux est grande.”

Et les médias, bien entendu. “Je pense à tous les journalistes qui avaient osé écrire quelques semaines ou quelques mois avant la tuerie que la protection policière de Charb était indue et qu’elle coûtait cher au contribuable, sans que l’honnêteté, ou peut-être tout simplement l’intelligence, ne leur souffle une seconde que c’est bien l’islamisme qui plombe le budget public, et non un dessinateur jovial et engagé.”

En finissant par la foldingue de la littérature porno. “Je pense aussi à Virginie Despentes qui a mis sa plume distinguée au service de deux ignobles tueurs (et, par extension, la richissime machine de guerre internationale qui les a armés) sous prétexte qu’ils seraient “morts debout” à cause du “désespoir”.

“Tout ceux-là n’ont certes pas de sang sur les mains, mais ils en ont sur la conscience. Honte à eux de nous avoir trahis. Je ne leur pardonnerai jamais, car entre eux et moi, il y a le sang des innocents”, conclut Zineb.

Merci, Zineb, pour cette liste de coupables. Nous ne l’oublierons pas. Vous faites honneur à la liberté d’expression à la française.

dimanche 13 septembre 2020

La novlangue des nouvelles élites ...

Portraits de Martina Chyba | Jay Louvion

Martina Chyba

Désolée je ne peux pas m’en empêcher. Je craaaque.

Amatrice inconditionnelle de la novlangue pédante, bureaucratique et politiquement correcte, je me dois de partager avec vous les dernières découvertes.

Déjà cet été, j’ai adoré les campings qui ne veulent plus qu’on les appelle campings parce que ça suscite instantanément dans l’esprit des gens l’image de Franck Dubosc en moule-boules ou de Roger et Ginette à l’apéro avec casquette Ricard et claquettes Adidas.
Donc les professionnels de la branche demandent que l’on dise désormais « hôtellerie en plein air ». Ha ha !

J’ai aussi appris que je n’étais pas petite mais « de taille modeste » et qu’un nain était une « personne à verticalité contrariée ». Si, si !

Mais rendons à César ce qui lui appartient, l’empereur du genre reste le milieu scolaire et ses pédagos à gogo.

J’étais déjà tombée de ma chaise pendant une soirée de parents quand la maîtresse a écrit sur le tableau que nos enfants allaient apprendre à manier « l’outil scripteur » au lieu de tenir un crayon.

Je me suis habituée au fait que les rédactions sont des « productions écrites », les courses d’école des « sorties de cohésion » et les élèves en difficulté ou handicapés des « élèves à besoins éducatifs spécifiques ».

Mais cette année, sans discussion aucune, la palme est attribuée au Conseil supérieur des programmes en France et à sa réforme du collège.
Z’êtes prêts ?... Allons-y.

Donc, demain l’élève n’apprendra plus à écrire mais à « maîtriser le geste graphomoteur et automatiser progressivement le tracé normé des lettres ».
Il n’y aura plus de dictée mais une « vigilance orthographique ».
Quand un élève aura un problème on tentera une « remédiation ».

Mais curieusement le meilleur est pour la gym… oups pardon ! pour l’EPS (Education physique et sportive).
Attention, on s’accroche : courir c’est « créer de la vitesse », nager en piscine c’est « se déplacer dans un milieu aquatique profond standardisé et traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête », et le badminton est une « activité duelle médiée par un volant ».
Ah ! c’est du sportif, j’avais prévenu !...

Les précieuses ridicules de Molière, à côté, c’est de l’urine de jeune félidé (je n’ose pas dire du pipi de chat).

Alors, les amis, ne perdons pas ce merveilleux sens du burlesque et inventons une nouvelle catégorie : la « personne en cessation d’intelligence », autrement dit, le con.

Signé Martina Chyba, parent d’élève. Ah non, re-pardon… Martina Chyba, « génitrice d’apprenant ».
Ben oui, un "outil scriptutaire" c'est un stylo, un "référentiel bondissant" c'est un ballon, et un "bloc mucilagineux à effet soustractif" c'est une gomme.

Je pense que les "zzzzzzzélites" qui ont inventé de telles conneries, devraient tous être en hôpital psychiatrique !

*****















La disparition progressive des temps (subjonctif, passé simple, imparfait, formes composées du futur, participe passé…) donne lieu à une pensée au présent, limitée à l’instant, incapable de projections dans le temps.
La généralisation du tutoiement, la disparition des majuscules et de la ponctuation sont autant de coups mortels portés à la subtilité de l’expression.
Supprimer le mot «mademoiselle» est non seulement renoncer à l’esthétique d’un mot, mais également promouvoir l’idée qu’entre une petite fille et une femme il n’y a rien.
Moins de mots et moins de verbes conjugués c’est moins de capacités à exprimer les émotions et moins de possibilité d’élaborer une pensée.

Des études ont montré qu’une partie de la violence dans la sphère publique et privée provient directement de l’incapacité à mettre des mots sur les émotions.
Sans mot pour construire un raisonnement, la pensée complexe chère à Edgar Morin est entravée, rendue impossible.
Plus le langage est pauvre, moins la pensée existe.

L’histoire est riche d’exemples et les écrits sont nombreux de Georges Orwell dans 1984 à Ray Bradbury dans Fahrenheit 451 qui ont relaté comment les dictatures de toutes obédiences entravaient la pensée en réduisant et tordant le nombre et le sens des mots.
Il n’y a pas de pensée critique sans pensée. Et il n’y a pas de pensée sans mots.

Comment construire une pensée hypothético-déductive sans maîtrise du conditionnel ? Comment envisager l’avenir sans conjugaison au futur ? Comment appréhender une temporalité, une succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés ou à venir, ainsi que leur durée relative, sans une langue qui fait la différence entre ce qui aurait pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait advenir, et ce qui sera après que ce qui pourrait advenir soit advenu? Si un cri de ralliement devait se faire entendre aujourd’hui, ce serait celui, adressé aux parents et aux enseignants: faites parler, lire et écrire vos enfants, vos élèves, vos étudiants.

Enseignez et pratiquez la langue dans ses formes les plus variées, même si elle semble compliquée, surtout si elle est compliquée. Parce que dans cet effort se trouve la liberté. Ceux qui expliquent à longueur de temps qu’il faut simplifier l’orthographe, purger la langue de ses «défauts», abolir les genres, les temps, les nuances, tout ce qui crée de la complexité sont les fossoyeurs de l’esprit humain. Il n’est pas de liberté sans exigences. Il n’est pas de beauté sans la pensée de la beauté".

vendredi 11 septembre 2020

On vous disait la constitution 2014, est la meilleure au monde ...




Quand on sait qu'elle a été fabriquée par et pour les Frères musulmans sous la houlette de l'américain qui a "aidé" les afghans et les irakiens à rédiger la leur, avec les résultats que l’on sait ; on ne peut que la rejeter ! YBA aurait mieux fait d'anticiper ces "difficultés" quand il supervisait la constituante; cela aurait économisé 10 années d'errance aux tunisiens avec une constitution minée dont ils payent le prix et n'ont pas fini de le payer. La révision de la constitution s’impose, sinon il faut la changer et passer à la Troisième République !

R.B

Tous les Tunisiens ont des raisons d'être fiers de l'élection » – Entretien  de Yadh Ben Achour dans le journal La Croix – Cahier des fellows de l'IMéRA

Yadh Ben Achour

 

La révision de la constitution entre utopie et réalisme  

 

Tout en soulignant que les questions constitutionnelles ne sont pas les seules causes de la crise tunisienne généralisée, il faut reconnaître qu’elles y participent largement, dans la mesure où elles sont à l’origine du blocage des institutions républicaines. En rédigeant la Constitution, nos constituants n’ont pas assez tenu compte des réalités aussi bien sociales que politiques de notre pays. Ayant en vue un régime parlementaire, la constituante a mis sur pied un régime hybride et complexe qui se rapproche du régime d’assemblée, entre tous le plus dangereux. La constituante a ignoré, par exemple, le manque d’expérience et de tradition parlementaires de nos partis politiques, la mentalité prédatrice d’une partie de la plupart des représentants à tous les niveaux, les faibles capacités financières de l’Etat, la déstabilisation de ce dernier après la révolution. Nous avons agi comme si nous avions une riche expérience parlementaire, avec des partis disciplinés, des acteurs formés à la culture des institutions, un Etat riche, stable et disposant d’une autorité régalienne suffisante. Les résultats sont aujourd’hui connus de tous. Résumons-les :

- Des coalitions parlementaires instables et fluctuantes.

- Une incapacité du parlement à exercer normalement sa fonction législative et une tendance désastreuse à se donner en spectacle.

Des abus de pouvoir caractérisés du côté de la présidence du parlement, incapable de sortir de son cercle idéologique et partisan.

Un hiatus entre le gouvernement et le parlement, une majorité de soutien au gouvernement n’existant pratiquement jamais.

Une instabilité gouvernementale chronique - gouvernements Jomaâ (1an), Habib Essid (1 an et demi), Fakhfakh (moins de six mois) et des délais anormaux pour leur formation. Depuis presque une année, la Tunisie vit sous le régime des gouvernements « chargés de la gestion des affaires courantes ».

Un dangereux dualisme de l’exécutif entraînant souvent des conflits entre le président de la République et le chef du gouvernement, comme on l’a observé durant la présidence du président Caïd Essebsi et des gouvernements Essid, mais surtout Chahed.

Et comme conséquence de ce qui précède, une présidentialisation insidieuse du régime constitutionnel, les gouvernements Essid (qui n’appartenait à aucun parti représenté au parlement), Chahed (qui a été appelé à former le gouvernement par le président), Fakhfakh  (dont le parti n’a obtenu aucun siège à l’ARP), de même que les chefs de gouvernement proposés après élections législatives (Jemli) ou démission du chef du gouvernement précédent (Mechichi) étant peu ou prou des créations présidentielles. Dans ce dernier cas, nous revenons en fait à la vieille pratique présidentialiste qui ne correspond nullement à l’esprit de la Constitution.

Cette présidentialisation ne peut cependant aller jusqu’au bout de sa course et reste évidemment bloquée par l’omnipotence parlementaire, au cœur de notre Constitution, omnipotence elle-même paralysée par le chaos parlementaire. Nous nous trouvons donc dans un cercle vicieux constitutionnel.


Face à cette situation, des appels sont lancés soit pour une dissolution de l’ARP, soit pour une solution radicale prônée par le président actuel et ses partisans qui consiste à procéder à une « nouvelle édification » (al bina’ al jadid), soit pour une révision de la Constitution en vue de sa simplification et de sa rationalisation. Regardons cela de plus près.

Disons d’emblée que la possibilité de dissolution prévue par l’article 77 de la Constitution ne pourrait pas résoudre les problèmes et serait même susceptible de les aggraver. Cette voie ne ferait que retarder les échéances avec le risque de perpétuer la situation actuelle de blocage. Si elle a pour résultat de donner une majorité «présidentielle» au Parlement, cela accentuerait la présidentialisation que nous avons évoquée précédemment, ce qui, tout d’abord, serait un comble dans une Constitution parlementaire, mais surtout constituerait une pente dangereuse pour un retour aux vieilles pratiques de la dictature que nous voyons déjà poindre aujourd’hui, avec la personnalisation du pouvoir.

La solution présidentielle d’ajustement de la Constitution, développée au cours de la campagne électorale(1), part d’une triple critique du système des partis, du système électoral et du principe représentatif. Elle consiste à revoir l’édifice constitutionnel, en particulier le pouvoir législatif, de fond en comble. Elle repose sur les principes suivants : tout d’abord l’affirmation du principe révolutionnaire de la souveraineté du peuple qui doit s’exprimer à partir de la base, en vue de neutraliser les effets négatifs à la fois du système des partis politiques (gangrenés par la corruption, l’achat des votes et le détournement de la volonté populaire) et du régime représentatif, qui vide la souveraineté populaire de son sens.  De la sorte, le pouvoir législatif, allant du local au centre, à travers le régional, serait totalement décentralisé et la souveraineté populaire reprendrait tout son sens. Ensuite, le ciblage et l’individualisation de la responsabilité, afin que cette dernière ne se perde pas dans les arcanes insaisissables de la responsabilité collective qui caractérise le régime représentatif, enfin la révision du système électoral.

Concrètement, cela consiste à ramener le centre de décision et les circonscriptions électorales de base au niveau des délégations, d’une part, pour encourager la participation populaire, et d’autre part pour que les responsables locaux soient directement connus de leurs électeurs, évitant ainsi le jeu malsain des partis politiques. Dans le même ordre d’idées, et pour organiser et diriger les affaires locales et contrôler l’exécutif de la localité, seraient instituées des autorités locales élues, dépendant du pouvoir législatif. Au niveau régional, et pour harmoniser et coordonner l’action de développement des collectivités de base, des conseils régionaux seraient désignés par tirage au sort. Le pouvoir législatif central serait donc composé des 265 représentants élus au niveau des délégations. Le nouveau système électoral serait fondé sur le mode de scrutin uninominal, en vue de constituer un lien plus direct entre les électeurs et leurs représentants au niveau de la délégation. Dans ce système, à la fois rousseauiste et kadhafiste, les représentants bénéficieraient d’un mandat révocable ad nutum par les électeurs.

Kaïs Saïed s’est toujours défendu de « vendre des illusions » au public. Il est convaincu que son système s’adosse entièrement aux principes de la révolution et qu’il répond aux vœux du peuple. A première vue, on ne peut qu’éprouver une forte sympathie pour ce type de projet qui a été longuement traité et théorisé dans l’histoire des idées politiques.

Pourtant, à y voir de plus près, ce projet ne tient pas le cap

1 - En premier lieu, il donne de la révolution une vue étriquée et fausse. Il est vrai que le slogan « le peuple veut » est un slogan révolutionnaire. Mais c’est un slogan qu’il faut manier avec prudence, car l’histoire nous montre assez éloquemment que les peuples ne savent pas toujours ce qu’ils veulent, ou même peuvent vouloir le pire, quand ils tombent sous l’ivresse des discours démagogiques de certains fanatiques ou illuminés. Avant de savoir ce que veut le peuple, il faut d’abord savoir répondre à la question : quel peuple ? La révolution n’a nullement défini la démocratie sur la base du critère numérique et formel d’un peuple qui, dans sa majorité, peut « tout vouloir ». La révolution tunisienne est, avant toute chose, une révolution antidictatoriale. Ce que le peuple de la révolution voulait ardemment, c’était la chute de la dictature, la liberté et la dignité. La dictature, en effet, est une insulte à la fois à la liberté et à la dignité. Dans ce contexte, pour pouvoir se proclamer fidèle interprète de la révolution ou, du moins, prétendre saisir mieux que les autres sa datation, sa portée et ses intentions, il faut tout d’abord avoir un minimum de culture sur les théories des révolutions, fort complexes, mais surtout avoir fait ses preuves sous la dictature. La résistance à la dictature a eu ses révoltes, ses émeutes, ses insurrections, ses personnalités de proue, ses pétitionnaires, ses suicidés, ses opposants par l’écrit ou la parole, ses partis exclus du jeu politique officiel par les trucages légaux, ses victimes, ses morts, ceux qui ont donné leur temps, leur confort, leur vie, pour que cesse la dictature. Toutes les mouvances politiques victimes de la dictature ont payé le prix fort pour que la révolution ait lieu et que nous puissions devenir des êtres libres. Cette révolution n’est pas tombée des nues. Elle n’est pas due non plus au hasard. Elle est le fruit d’un combat non pas pour un demos sans conditions, mais pour un peuple libre et dont la volonté soit encadrée et limitée par une exigence fondamentale de liberté. La démocratie est une question d’éthique, non d’arithmétique. L’idée rousseauiste, d’ailleurs mal comprise, d’une volonté générale absolue a conduit aux pires atrocités. Ce n’est pas le bon nombre qui donne le bon droit, mais le bon droit qui donne le bon nombre. « Saches le droit, tu connaîtras ses hommes » (A‘lam al haq, ta‘rif rijâlahu). « Le peuple veut », en démocratie, est un impératif conditionnel, et non pas une notion simpliste de rhétorique politique.

Sans cette résistance multiforme à la dictature, avec tous les degrés et toutes les nuances de son intensité, la révolution, telle que nous l’avons vécue, n’aurait pas eu lieu. Les collaborateurs et les complices ne peuvent se prévaloir de la révolution, à quelque titre que ce soit. Le parachutage révolutionnaire ne peut tromper que ceux qui y sont disposés, sans pouvoir saisir le véritable sens de la révolution. Les gens avertis ne peuvent être dupes de ces leurres. Il est paradoxal de voir ceux qui se sont toujours tenus à l’écart de la résistance à la dictature et qui se sont dérobés à la moindre sollicitation, devenir, avec arrogance et superbe, les porte-voix de la révolution et les interprètes de son message. Si la Constitution a été écrite sur les murs, par la jeunesse de la révolution, comme s’est plu à le rappeler le président actuel, sur quel mur de la résistance les complices de la dictature ont-ils apposé leurs signatures ? Voici l’effet trompeur du populisme : l’édification d’une illusion, pour gagner un électorat fatigué, découragé par les mornes années de l’après-révolution et, somme toute, non averti. Le malheur, c’est que ce type de populisme pourrait, s’il réussissait, entraîner la fin des libertés, chèrement conquises. J’espère qu’il finira en Tunisie par périr lui-même de ses propres contradictions et que les Tunisiens saisiront à temps la fausseté et le danger de ce mythe révolutionnaire mal compris. Autres possibilités : pour éviter leur déclin, les porteurs improvisés de ce mythe pourraient être condamnés à jouer en permanence la surenchère populiste en agitant « le peuple veut », ou encore, ce qui serait bien plus grave, à recourir à des moyens antidémocratiques, pour se maintenir au pouvoir. On parle déjà, parmi les partisans de « l’édification nouvelle », de « recourir à la rue » en cas de mise en échec du projet(2). Et pourquoi, tant qu’à faire, ne pas brûler notre Reichstag, pour que le vouloir du peuple ait sur quoi exercer sa vengeance ?

2 - En second lieu, il faudrait être bien naïf pour croire qu’un tel système mettrait fin à la corruption, à l’achat des votes et au détournement de la souveraineté populaire. Je crois, au contraire, qu’il participera bien plus que le système des partis actuels au développement et à la multiplication de la corruption, de l’achat des consciences et de « l’affairisation » des affaires publiques. Le désolant spectacle parlementaire que nous voyons aujourd’hui au niveau central, sera multiplié par au moins 265. La corruption disparaît par l’effet d’une ferme et constante politique à plusieurs dimensions, menée par des responsables politiques qui ne soient pas eux-mêmes des corrompus, comme c’est hélas le cas en Tunisie. Et Kaïs Saïed, dont la probité est au-dessus de tout soupçon, et je suis bien placé pour le dire, devrait profiter de sa position pour initier, avec le gouvernement, une véritable politique sans concession d’éradication de la corruption, comme ce fut le cas au Rwanda, et clouer les corrompus au pilori, au lieu de nous servir des utopies.

3 - Enfin, procéder à la réalisation de ce système nécessiterait un temps d’exécution assez long et un supplément de ressources financières. Or nous savons que les défis majeurs qu’affronte notre pays depuis des années s’appellent le temps et l’argent. Le pays en a assez des projets purement politiques et juridiques. Depuis une dizaine d’années, nous tournons et retournons dans tous les sens expériences, projets et contre-projets institutionnels. Haute Instance de la révolution, première petite Constitution, deuxième petite Constitution, première organisation provisoire des pouvoirs publics, deuxième OPPP, congrès du dialogue national, vote de la Constitution, et j’en passe… arrêtons le tourbillon des expériences et projets institutionnels. Souvent, une réforme institutionnelle, loin de juguler les dangers, peut les aggraver. Le peuple, en fait les déshérités du peuple, a besoin de pain, de salaires décents, de travail, de logement, d’eau potable, un État solide sur le plan de l’organisation et des finances. Le préambule de la Constitution suisse affirme « sachant que seul est libre, qui use de sa liberté; et que la force de la communauté, se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ». Voici notre but à tous. Je ne crois nullement qu’une énième réforme de structure panserait les plaies du peuple tunisien et donnerait au plus faible le bien-être qu’il veut. À mon avis, elle ne peut que démocratiser la souffrance et la frustration, détourner vainement l’attention du public et échouer à résoudre le moindre problème.

Que reste-t-il ? En priorité absolue, les réformes profondes à dimension sociale, économique et financière. Avec notre configuration constitutionnelle et politique actuelle, cette priorité risque d’être contrariée, pour ne pas dire stoppée. Il est donc urgent de corriger les faiblesses de la Constitution actuelle dans le sens de la simplification et de la cohérence.

Commençons par la cohérence, la plus importante. Cette question concerne l’organisation des pouvoirs publics. Sur ce plan, il faudrait, par une révision du chapitre 4 de la Constitution, tout d’abord rétablir l’unité de l’exécutif, soit au profit du président de la République, soit au profit du chef du gouvernement(3). Il faudrait ensuite revoir la relation entre l’exécutif et le parlement. Dans ce cas, nous aurions le choix entre une séparation plus ou moins accentuée entre le parlement et l’exécutif, ce qui nous ramènerait à la logique du régime présidentiel, et un modèle de collaboration ou d’associations entre les deux pouvoirs, ce qui nous ramènerait à la logique du régime parlementaire. Il est évidemment entendu qu’il n’existe ni pur régime présidentiel, ni pur régime parlementaire, tout est affaire de dosage. Cependant, le régime de collaboration ou d’association entre les deux pouvoirs ne peut fonctionner avec le système électoral actuel. Ce système, calqué sur celui qui a servi à l’élection de l’Assemblée constituante n’est pas susceptible de dégager une véritable majorité parlementaire. Si ce système a été choisi pour l’élection de l’Assemblée constituante, c’était précisément pour barrer la route à une majorité qui aurait pu monopoliser à son profit l’élaboration de la Constitution. Ce résultat a été obtenu. À partir de là, et pour l’élection du parlement, il était nécessaire de changer le régime électoral, en particulier le mode de scrutin et non pas copier celui qui a été adopté par la Haute instance de la révolution pour l’élection de l’Assemblée constituante. La logique d’une Assemblée constituante n’est pas la même que celle d’un parlement législatif. Par conséquent, le véritable problème ne se situe pas au niveau de la Constitution elle-même, mais au niveau de la loi électorale qu’il faut réviser de manière à assurer une représentation claire et cohérente des électeurs, à la place de cette mosaïque de partis avec leurs coalitions réversibles, inconstantes et finalement impuissantes et inefficaces. Tels sont les principes. La concrétisation de ces principes doit être confiée à une équipe d’experts compétents et indépendants. Elle doit, hélas, suivre la procédure lourde de révision prévue par les articles 143 et 144 de la Constitution.

Passons à présent à la simplification. Notre Constitution souffre d’une surcharge institutionnelle et procédurale. Le bicéphalisme marqué de l’exécutif a engendré et engendrera des conflits de compétence entre le président de la République et le chef du gouvernement. Or, il faut veiller à l’unité de l’exécutif. Quant à la procédure législative, notamment l’hallucinant et presque comique article 81, elle doit également être révisée pour atteindre les objectifs de clarté, de simplicité et de faisabilité. Le mode de désignation des membres de la Cour constitutionnelle doit être soustrait à la volonté et à la surenchère des partis politiques. La Constitution a été adoptée en janvier 2014 et, jusqu’à ce jour, la désignation des membres de la Cour constitutionnelle n’a pu avoir lieu, à cause des confrontations partisanes, qui, nécessairement, nous donneront une Cour constitutionnelle politisée, avec des membres dépendants, conciliants et très probablement incompétents. Quant aux autorités dites « autorités constitutionnelles indépendantes » objet du chapitre 6 de la Constitution, la vérité est qu’elles ont fait hélas l’objet d’un passage forcé dans la Constitution en 2014. Or, la plupart d’entre elles, par leurs objectifs et leurs fonctions, n’ont rien de constitutionnel. Il s’agit, en vérité, d’autorité administrative indépendante dont l’organisation et le fonctionnement doivent être renvoyés à la loi.

Je conclurai mon propos par une réflexion générale sur la situation politico-culturelle de l’État et de la société. La Tunisie est aujourd’hui sous la double influence d’un discours populiste et conservateur, fortement teinté de religiosité. Dans ce discours, les contradictions ne sont plus mesurables. Par exemple, le président de la République prétend d’un côté qu’un État ne peut avoir de religion, tout en entamant ses discours par des litanies, et tout en interprétant le texte constitutionnel, à la lumière du texte coranique, ajoutant que ce dernier n’est pas susceptible d’interprétation. Ainsi, le texte sacré aurait une valeur supérieure à la Constitution. Il est pour le moins contradictoire qu’un chef d’État, prétendant qu’un État ne peut avoir de religion, ce qui est absurde, se pose à la fois comme autorité constitutionnelle et l’interprète du texte sacré. Si un État ne peut pas avoir de religion, que viendrait faire le président de la République, chef de l’Etat, dans le magma des interprétations théologiques ? Par ailleurs, cette position, comme l’ont montré un certain nombre de collègues spécialisés dans les questions de l’herméneutique islamique, est une position primaire et simpliste, qui oublie qu’aucun texte, aucune phrase, aucun terme, et même aucune ponctuation, n’est à l’abri des divergences d’interprétation. Sur l’égalité successorale, la peine de mort, les questions d’orientation sexuelle, le président, qui n’a de ces problèmes qu’une vue commune, mal informée et superficielle, pense en vérité comme les islamistes. Je préfère encore les islamistes déclarés, aux islamistes masqués. Sa querelle avec Ennahdha n’est qu’un enjeu de pouvoir. Ne nous y trompons pas !

Pour défendre la société tunisienne et l’État tunisien contre l’envahissement de l’islamisation politique et constitutionnelle, il est urgent, me semble-t-il, de fonder un grand mouvement culturel et politique séculier, aux options claires et sans concessions politicardes, qui transcende les idéologies partisanes et qui défende les acquis de l’indépendance et du bourguibisme.


(1) Voir par exemple l’entretien de Kaïs Saïed avec Hamza Belloumi sur Shems FM, le 5 septembre 2019. Consultable sur huffpostmaghreb.com, 5 septembre 2019.

(2) Voir Kaïs Karoui, http://www.kapitalis.com/anbaa-tounes/2020/08/12.

(3) Sur cette question, Rafaâ Ben Achour: « La nécessaire réforme du régime politique tunisien », Leaders, https://www.leaders.com.tn/article/23049-la-necessaire-reforme-du-regime-politique-tunisien

 


 

  

mercredi 9 septembre 2020

Les leçons politiques d'Albert Camus

Camus par  Federica Masini

" Il est des vérités qui valent qu’on meure pour elles,
mais aucune qui vaille qu’on tue en leur nom."
Albert Camus
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Je suis déjà intervenu pour parler d’Albert Camus et la justice, et c’était déjà une façon d’aborder son intérêt pour la chose publique, pour la politique, à travers son action dans le journalisme notamment. Je voudrais, ici, m’appesantir davantage sur ce que l’on peut attendre et ce que l’on peut avoir comme leçon sur le plan de la politique, dans la vie et l’œuvre d’Albert Camus.

Alors il y a une première chose qui serait une erreur, c'est de considérer Albert Camus comme un très grand auteur classique, ce qu'il est au demeurant, en oubliant que c’est un auteur d'une très grande actualité. C'est un des auteurs les plus lu dans le monde entier.
Son théâtre est toujours joué, là encore, dans le monde entier et ce qu'il a écrit en matière politique a beaucoup servi, a beaucoup été utilisé dans des pays et par des peuples qui voulaient se révolter contre un ordre souvent dictatorial.
L'histoire a montré maintenant, que, par exemple, dans tous les combats très longs qui ont eu lieu dans le bloc de l'Est pour parvenir à sa libération, pour parvenir à la chute du mur de Berlin, comme on dit, les populations lisaient Camus, utilisaient Camus et prenaient chez lui un certain nombre d'arguments utiles pour leur combat ; et beaucoup parmi ces peuples, ont manifesté leur reconnaissance à Albert Camus.

Mais, il y a même plus récent, par exemple, dans les manifestations qui ont eu lieu à Hong Kong, on a vu des pancartes produites par la population qui se révolte là aussi, des pancartes sur lesquelles des phrases de Camus étaient affichées.

Enfin, je voudrais dire qu'en ce qui me concerne, j’ai utilisé, comme grille de lecture, des mouvements (Harak) qui ont eu lieu en Algérie pendant plus d'une année, qui n'ont été interrompus d'ailleurs que par la Covid-19 et qui peut être reprendront, j'ai utilisé la lecture de « L'Homme révolté » car, il me semble, qu'il y a dans l'attitude des algériens, je me rappelle qu'il s'agissait de manifestations très importantes en nombre mais dont une des caractéristiques était le côté tout à fait pacifique et j'ajouterais même le côté joyeux.

Il y avait dans ces manifestations un sentiment de révolte tel que le définit Albert Camus dans « L'Homme révolté » où il dit en gros, en substance : « La révolte c'est quand on arrive à un stade que jusque-là on pouvait l'accepter. C’était condamnable, mais on pouvait l'accepter. Maintenant la borne est dépassée, on ne peut plus l'accepter ». Et en Algérie, la borne dépassée, c'était de vouloir faire élire Bouteflika pour un énième mandant, quelqu'un de grabataire, quelqu'un qui était incapable de diriger le pays et dont la population n'en voulait pas. Ça a été le point qui a entraîné la révolte.

Là où il y a une petite difficulté en Algérie sur cette idée de révolte telle que la présente Camus, c'est que Camus dit très bien que dans la révolte, il y a d'abord un refus très net, mais qu'il y a un aspect positif aussi. « Nous ne voulons plus cela, mais nous avons des exigences, nous voulons telle ou telle chose ». Or malheureusement, et c'est le drame de l'Algérie et d'autres pays du Maghreb, je pense notamment à la Tunisie, l'Algérie n'est pas capable et n'a pas été capable, et je crains qu'elle ne soit pas capable de trancher entre deux grands courants qui la déchirent, qui sont totalement opposés et qui rendent une action positive, une volonté positive difficile, je veux dire par là qu'il y a une division quasiment de civilisation entre des gens qui veulent aller vers les droits universelles, vers les Lumières, vers ce qu'on appelle des valeurs européennes qui, en réalité, sont des valeurs universelles et une partie importante de la population qui est dans le conservatisme et plus grave encore dans une régression religieuse, dans une idéologie religieuse qui est totalement opposée  au droit de l'homme et aux valeurs des Lumières.

Ces pays ne progresseront pas tant qu'ils n'auront pas tranché, d'une manière claire sur cette ligne, car il n'est pas possible de faire des accommodements entre ces deux tendances. Pour l'Algérie c'est une révolte, mais c'est une révolte incomplète au sens Camusien du terme, car elle n'a pas le côté positif que demande la révolte chez Camus.

Allons plus loin maintenant et demandons-nous ce que peut apporter Camus aujourd'hui, puisque je viens de démontrer qu'il est d'une actualité par moment brûlante.

On va d'abord se poser la question du positionnement de Camus. La question s'est posée : est-il de droite, est-il de gauche et de quelle gauche ? La réponse n'est pas toujours simple à donner. Il a d'ailleurs dit dans une phrase qu'il convient à la fois de méditer et d'étudier : « Si la vérité était de droite, je serais à droite ». Autrement dit, c'est l'homme de la complexité, c'est l'homme de la nuance, c'est l'homme qui refuse absolument de raisonner sous forme de slogans, sous forme d'idée toute faite et complète et qui dans le fond, nous verrons tout à l'heure, plus en détail, se refuse aux idéologies fermées.

C'est si vrai que la droite et la gauche ont essayé, surtout de nos jours, de le rattraper, de se l'accaparer. Il a d'abord, dans un premier temps sur lequel on reviendra, été exclu par la gauche. C'est toute l'affaire de l'homme révolté, sur lequel je reviendrais. C'est le combat des sartriens, le combat dans lequel, je le dirais très clairement, les sartriens n'ont pas le beau rôle quand ils ont voulu placer Camus à droite, le rejeter de la famille de la gauche. Mais, ça c'est déjà un peu ancien. Et récemment, il est récupéré par tout le monde, la droite évidemment. On sait que Sarkozy a voulu qu'il aille au Panthéon. Quelle horreur ! Il est beaucoup mieux dans sa tombe à Lourmarin, sous le soleil de Provence, entouré de lavande, que dans ce lieu qui est, certes solennel et important, mais un peu sinistre qu'est le Panthéon. Sa famille n'a pas voulu. Tant mieux. Mais tout ça pour dire que la droite veut se l'accaparer.

On l’a vu aussi au moment des célébrations de l'Algérie, car d'une certaine manière, même les anciens partisans de la colonisation, les nostalgiques de l'Algérie française, essaient de le récupérer. Tout ça parce que clairement il n'a pas été, on reviendra plus en détail, pour l'indépendance du pays. Ils oublient simplement que Camus est avant tout un anticolonialiste de la première heure et un anticolonialiste qui argumente puissamment, qui écrit puissamment ; et par conséquent, il est difficile de le rattacher à des anciens colonialistes.

Tout ça pour dire qu'il est assez complexe d'une certaine manière, mais je crois qu'on doit pouvoir conclure sur ce positionnement en disant qu'il est indiscutablement un homme de gauche. Lui-même d'ailleurs dans une phrase également assez significative a écrit, je cite de mémoire : « Je mourrai à gauche, malgré elle, malgré moi ». Là aussi, c'est dans la nuance, mais ça veut dire qu'il se considère comme homme de gauche malgré elle, parce que la gauche a quand même beaucoup commis d'erreur ; et je pense notamment au parti socialiste en Algérie qui s’est fourvoyé et qui ne suivait d'ailleurs pas les analyses anticolonialistes de Camus. Et malgré lui, parce que bien que Camus ait commis des erreurs, il pense que les valeurs de gauche sont quand même des valeurs qui sont tout à fait respectables.

On sait qu'il a été aussi un moment au parti communiste en Algérie, mais là il faut être très clair, je crois qu'il n'a jamais adhéré au parti communiste en adhérant à la conviction communiste, à la théorie communiste. Mais il y a adhéré en Algérie parce que c'était le seul parti qui dans le fond combattait pour améliorer la situation des algériens, pour faire évoluer la situation. Et lorsque sur ordre de Moscou, le parti communiste algérien a renoncé à son combat pour l'évolution des algériens, il a été amené à quitter le parti communiste. Il y a des livres très approfondis sur cette question, on se demande s'il en a été exclu ou s'il est parti. Le fait est, s'il en a été exclu, il a tout fait pour l'être. Il n'admettait pas ce revirement imposé par Moscou sur un thème qui lui tenait à cœur : la défense des algériens. Ensuite, il a complètement condamné le communisme, c'est toute l'affaire de l'homme révolté. J'y reviendrais.

On a aussi, quelques fois dit qu'il était de cette gauche libertaire, qu’il n’était pas loin des théories anarchistes. Il y là d'importants livres de Michel Onfray, dont vous savez qu'il est aujourd'hui discuté et particulièrement discutable à mon point de vue, mais il a fait un livre qui est extrêmement intéressant où il veut tirer Camus vers l'idée de la gauche libertaire. Je n'ai pas été totalement convaincu par ça, même si la revendication de liberté totale chez Camus est évidente, je ne crois pas qu’il ait pensé qu'une société pouvait se passer de règles et d'un pouvoir minimum pour organiser la société. Je pense qu'il n'a jamais cru qu'une société livrée à elle-même et avec ce qu'il connaissait des passions humaines, pouvait se gérer et s'auto-gérer librement. Ça lui paraîtrait, je pense là encore, une idéologie utopique.

Alors, voilà un peu situé Camus sur le plan politique.

J'en viens de manière plus précise aux grandes idées politiques qui vont marquer : évidemment la première, c'est le refus absolu et cela a été son combat de toute sa vie, le refus des totalitarismes et de manière encore plus large des idéologies. Je répète qu'il n'accepte pas les systèmes tout faits ; et en politique pas plus qu'ailleurs. Il a d'ailleurs dit : « Je ne suis pas un philosophe, parce que je ne sais pas créer des systèmes de pensée. Je ne crois pas au système de pensée », et il ne croit pas du tout aux idéologies et les a combattues. Ça, c'est l'affaire qui est née avec l'homme révolté.

L'homme révolté est un livre qui a fait énormément de bruit quand il est paru, dans lequel Camus étudiait, on l'a vu, le sentiment de révolte dans tous les domaines, dans l'histoire et en politique. Mais dans l'homme révolté, il produit une condamnation argumentée complète de l'idéologie communiste. Il montre que cette idéologie, pour des résultats futurs tout à fait hypothétiques, est prête à sacrifier la liberté et même la vie des contemporains. Et ça Camus ne peut pas l'accepter. L'homme révolté est un combat contre cette idée que pour améliorer la justice d'une société, il faudrait passer par la suppression des libertés et par le meurtre. Ce qu’il condamne de façon absolue. Lorsqu'il prononce cette condamnation extrêmement motivée, on est à une époque, on l'a un peu oublié et il faut se la rappeler, où l'intelligencia en France, les élites, sont pratiquement toutes acoquinées aux idées communistes. Il y a très peu, parmi les intellectuels, de gens qui ne sont pas soit au parti communiste, soit ce qu'on appelle des amis, ces compagnons de route du parti communiste.

Cette élite, ainsi que le parti communiste, vont véritablement mettre en branle une action déterminée, la plupart du temps déloyale, pour condamner la thèse de Camus. On lira avec intérêt, pour ceux qui s'intéressent à la chose, aux échanges qui ont eu lieu entre l'équipe de Sartre, parce que Sartre au début n'a pas voulu prendre la plume, la laissant à un directeur de sa revue pour attaquer férocement Camus ; et Camus en répondant, s'est adressé directement à Sartre qu'il savait derrière cette attaque. Dans cet échange très violent sur le plan intellectuel, on va échanger les argumentations.

Je dois dire ici, parce que je le dis qu'à chaque fois que je parle de cette époque, que les sartriens et cette élite communiste de l'époque ou compagnons des communistes, a été à l'égard de Camus absolument odieuse, utilisant tous les moyens, des mensonges, des exagérations et la force qu'avait cet ensemble de personnes intellectuelles à l'époque. Camus en a beaucoup souffert, il en a été beaucoup peiné. Même s'il répond. Et il répond fermement.

Soyons clair, c'est Camus qui a triomphé. Il est clair que les thèses des sartriens et des communistes ont été passées à la poubelle de l'histoire. Personne de sérieux aujourd'hui ne peut accepter les thèses de l'époque ni le fait que ces intellectuels aient fermé les yeux sur les crimes innombrables et graves des communistes. Par conséquent, aujourd'hui, Camus a triomphé et sur ce terrain, il a battu évidemment, Sartre et toute cette équipe. Mais, il en a, évidemment, beaucoup souffert. 

Il n'a pas été le seul à lutter contre cette idéologie, ce totalitarisme. Il faut rappeler que déjà André Gides à l'époque avait fait une sorte de scandale, avait été également attaqué, comme l'a été Camus lorsqu'il a écrit « Retour d'URSS » ou « Nouveau retour d'URSS ». Il y avait également Raymond Aron, il y avait d'autres écrivains qui avaient levé le voile sur les crimes communistes que ne voulaient pas voir les sartriens aux prétextes, nous disaient-ils avec une imbécillité sans nom, qu'il « ne fallait pas désespérer Billancourt ». On voit l’imbécillité de la formule.

Bref, Camus nous donne une leçon et une leçon extrêmement intéressante qui est l'opposition à cette idéologie totalitaire.

Mais il n'a pas combattu que le communisme, il a également combattu de manière très importante le fascisme, car Camus a été un résistant. Il a combattu les thèses fascistes notamment dans un ouvrage qui s'appelle : « Lettre à un ami allemand », où il s'adresse aux allemands car il ne combat pas le peuple allemand, il condamne l'idéologie nazie.

Alors, ce qu'il a écrit sur les idéologies peut nous servir aujourd'hui encore de garde-fou, d'éléments de référence. Il est très certain que c'est toujours difficile de faire parler les morts. Evidemment et il vaut mieux en général l'éviter. Mais je suis absolument certain que Camus aurait, aujourd'hui, mené un combat absolument acharné contre l'idéologie islamiste qui est également un totalitarisme évidente et une idéologie mortelle. Il aurait été contre cette utilisation de la violence et j'y reviendrais là-dessus.

La grande leçon c'est d'être assez ouvert et de ne jamais succomber aux idées totalitaires, de préférer la liberté et d'écarter la violence. Dans le fond, il est assez proche, d’Hannah Arendt et de sa théorie du fait que l'on succombe à ces idéologies, ces scripts de bureau. D’ailleurs il y a une anecdote à ce propos : quand Hannah Arendt est venue en France, on lui a demandé si elle voulait rencontrer des personnalités littéraires. Elle a demandé si elle pouvait rencontrer Camus. On lui a demandé si elle voulait également rencontrer Sartre. Elle a répondu que Sartre n'aurait rien à lui apprendre et qu’elle souhaite rencontrer Camus. C'est tout dire sur ce point.

La seconde idée force de Camus, mais qui est dans un lien étroit avec cette condamnation des idéologies et du totalitarisme, c'est qu'il est convaincu que la politique, l'action politique, l'histoire comme il dit souvent, ça n'est pas tout. Camus veut dire l'histoire, la politique c'est important, mais il y a beaucoup d'autres choses dans l'humanité. La beauté du monde, la joie de vivre, l'amour … Il pense, au fond de lui-même, que les politiques ne sont pas chargés de faire le bonheur des peuples ; et que ceux qui prétendent faire le bonheur des peuples, comme ça a été le cas de ces idéologies, sont des gens dangereux. Ils sont dangereux parce qu'ils menacent les peuples de désintégration.

Et ce qui est très intéressant, c'est qu'on retrouve cette même idée que la politique a ses limites et qu'il faut les lui laisser.

Dans un texte d'un autre grand écrivain, que personnellement j'admire beaucoup, Marguerite Yourcenar, dans son roman très célèbre, qui l’a fait connaître, sont « Les mémoires d'Adrien » ; dans lesquels, se mettant à la place de l'empereur Adrien, elle écrit une sorte de mémoire dans une lettre qu'écrit Adrien à son successeur Marc Aurel. L'empereur Adrien réfléchit à ses pouvoirs d'empereur, à ce qu'est la politique, à ce qu'elle peut être, à ce qu'il faut faire. Il est amené à insister sur les limites de la politique. Il y a cette très belle phrase de Marguerite Yourcenar que je vous lis entièrement et qui dit ceci : « Quand on aura allégé le plus possible les servitudes inutiles, évité les malheurs non nécessaires ; il restera toujours pour tenir en haleine les vertus héroïques de l'homme, la longue série des mots véritables : la mort, la vieillesse, les maladies non guérissables, l'amour non partagé, l'amitié rejetée ou trahie, la médiocrité d'une vie moins vaste que nos projets et plus terne que nos songes, tous les malheurs causés par la divine nature des choses. »

Camus est bien conscient que la politique doit se donner une limite et la limite c'est que l'homme doit pouvoir vivre sa vie, profiter de la beauté du monde, profiter de la joie de vivre et des richesses que donne le monde, même quelquefois dans la misère.

J'en viens à la troisième leçon, me semble-t-il politique, de Camus : c'est qu’évidemment il faut être attentif aux pauvres, à ceux qui souffrent et ceux que la politique se grandit en en améliorant le sort, l'éducation, la santé des plus humbles. C'est d'ailleurs en ce sens que l'on peut dire que Camus est de gauche. Il faut dire que lorsqu'il parle des pauvres, ce qu’il a d'ailleurs dit à Sartre, il sait de quoi il parle. Je pense que chacun connait un peu la vie de Camus. Enfin, il faut rappeler tout simplement qu'il vient d'une famille très pauvre en Algérie. Son père était maître de chais dans un commerce appartenant à un viticulteur, assez peu payé et surtout il meurt tout de suite à la guerre de 14. Il lui reste sa mère et sa grand-mère qui sont deux femmes très pauvres, ne savent pas lire, illettrées et gagnent très petitement leurs vies en faisant des ménages. Camus habite dans un endroit qu'il décrit dans le premier homme et dans d'autres de ces livres, qui est un endroit très pauvre. Il vient de la grande pauvreté et il sait de quoi il parle. Il a connu dans le fond la misère. D'ailleurs c'est un livre également sur la misère qui l'a amené à écrire. Il a toujours dit que c'était l'œuvre d'André de Richaud qui s'appelle « La douleur », c'est un livre sur la pauvreté qui l'a conduit à se dire : « On peut donc écrire sur les pauvres ». Il a ensuite été un très grand ami d'un autre grand écrivain, Louis Guilloux, un breton, issu lui aussi d'un père cordonnier dans la Bretagne pauvre. Ils savent tous ces gens de quoi ils parlent, quand ils parlent de pauvreté.

Il a analysé cette situation. Il était pauvre mais il a eu la chance à la fois d'être doué je crois pour le bonheur et de vivre en Algérie, au soleil, près de la mer, dans un pays qui lui a donné le bonheur. Il a cette phrase dans la préface de « L'envers et l'endroit », qui est extrêmement intéressante, parce qu'elle montre, assez clairement, sa position vis-à-vis de ceux qu'ils condamnent.
Voilà ce qu'il écrit, que je lis là aussi textuellement : « La pauvreté d'abord n'a jamais été un malheur pour moi. La lumière répandait ses richesses. Même mes révoltes en ont été éclairées. Elles furent, presque toujours je crois pouvoir le dire sans tricher, des révoltes pour tous et pour que la vie de tous soit élevée dans la lumière. Il n'est pas sûr que mon cœur fût naturellement disposé à cette sorte d'amour mais les circonstances m'ont aidé. Pour corriger une indifférence naturelle, je fus placé à mi-distance de la misère et du soleil.  La misère m'empêcha de croire que tout est bien sous le soleil. Et dans l'histoire, le soleil m'apprit que l'histoire n'est pas tout. Changer la vie, oui mais sur le monde mais non le monde dont je faisais ma divinité. »

On retrouve ici l'idée qu'il faut faire progresser, aide et améliorer le sort des pauvres mais pas en leur supprimant les possibilités de liberté et de bonheur. L'histoire n'est pas tout. On y revient.

Et donc là il y a une grande leçon que nous donne Camus. C'est peut-être grâce à la leçon qu'il a reçue de ce merveilleux instituteur, genre hussard de la république comme j'en ai connu moi-même dans ma jeunesse, qu’était Louis Germain.

Louis Germain à qui il a dédié son discours de prix Nobel de littérature et auquel il a adressé une lettre, à ce moment-là. Une lettre que je conseille de lire, que je ne lis jamais sans être ému aux larmes. Lettre où il rend hommage à cet instituteur qui lui a permis de s'élever. Donc de cela aussi, il nous donne une leçon.

Enfin, il y a chez Camus, une réflexion essentielle d'une très grande actualité sur la violence en politique. Il a abordé cette question de la violence dans beaucoup d'ouvrages, bien sûr dans l'homme révolté, mais également dans son théâtre et notamment dans sa pièce « Les Justes ».

Dans « Les Justes », il oppose un certain nombre de personnes notamment à propos du terrorisme, à propos d'un acte terroriste qui consiste à jeter une bombe dans la calèche du tsar de Russie. Il y a deux théories : l'une dit qu'on doit faire cette violence quel que soit les situations et l'autre plaide, milite, argumente pour dire non, parce qu’il va y avoir dans la calèche du tsar, le prince un jeune enfant innocent et nous ne pouvons pas lancer cette bombe. Il y a tout un débat dans cette pièce de théâtre sur ce dilemme de la violence.

Camus sait que la violence est parfois nécessaire. Il ne la rejette pas totalement. Il sait qu'elle est inévitable. Il sait que le monde est tragique. Il connait l'histoire, la situation de son époque. L'histoire est tragique. Elle a toujours été et elle le restera. Mais, il a des valeurs et il a surtout une règle parfaitement arrêtée, qui est qu'on ne peut pas utiliser la violence contre des innocents et de le faire sciemment, de le faire volontairement, ça c'est la limite qu'il n'accepte pas de franchir.

Il est très clair dans cette analyse et c'est d'ailleurs le sens de sa réponse lorsqu'il est questionné par des étudiants à Stockholm, sur le sens de cette fameuse phrase, que les sartriens, là encore avec une mauvaise foi très grande lui ont opposée, où analysant la violence en Algérie, il condamne le terrorisme dans lequel, dit-il, sa mère innocente complètement, cette pauvre femme, pourrait être prise. Il a cette phrase, qui a fait beaucoup parler : « Si j'avais à choisir entre la justice et ma mère, je choisirais ma mère ». On le lui a beaucoup reproché sans en analyser ni le contexte, ni à mon avis, le sens exact. Mais le sens était en fait cette volonté absolue de refuser la violence touchant les innocents. Qu'il y ait des violences entre les armées, qu'il y ait de la violence entre éventuellement les responsables politiques, il n'en est pas très chaud mais enfin il pourrait l'accepter. La violence touchant les innocents, ça il ne l'accepte pas et il le dit à un moment, et je partage assez cet avis, que des peuples ou des organisations qui utilisent la violence contre des innocents, quel que soit la justesse de leur cause, quel que soit la justesse de leur but, le corrompt. 
Je crois qu'il y a là une phrase qui mérite d'être analysée et beaucoup de ces organisations qui ont utilisé la violence, y compris contre les innocents sous prétexte que c'était leur seule arme, ont montré par la suite qu'elles étaient des organisations criminelles. Suivez mon regard en cette matière. 
Mais je crois que Camus avait parfaitement raison sur ce point et donc il y a à voir encore ses analyses sur la violence, parfaitement d'actualité quand on voit la violence à laquelle se livrent les islamistes.

D'ailleurs, incidemment sur cette analyse de la violence dans le premier homme, Camus rappelle un incident qu'a connu son père lorsqu'il faisait des manœuvres militaires au Maroc où il a assisté au fait qu'on ait tué là des soldats, mais avec une cruauté tout à fait abominable. Son père avait dit à ce moment-là, cette phrase qu'avait utilisée Camus : « Un homme, ça s'empêche ». Une phrase qui est importante : un homme ça s'empêche. Et ça s'empêche de faire l'horreur, le mal absolu. On est amené quelquefois à utiliser la violence mais on s'empêche que ça dégénère. Je signale d'ailleurs qu’il est paru il y deux jours dans le blog tenu par Philippe Bilger l'ancien avocat général, une analyse de cette expression de Camus : un homme ça s'empêche, qu’on peut lire sur son blog.

Il y a aussi dans Camus, mais je n'y reviens pas car c'était l'objet de ma dernière intervention, beaucoup d'analyses sur ce que devrait être la presse et notamment la presse politique.

Je terminerais en posant la dernière question sur ces leçons politiques : ce sont l'analyse des rapports de Camus avec la religion et avec la foi, puisque c'est un problème qui reste toujours d'actualité.

On sait que Camus ne croit pas, il n'a pas la foi. Il ne croit pas qu'il y ait quoi que ce soit au-delà de la mort. C'est ce qui en fait d'ailleurs, pour lui, la base du mécanisme de l'absurde car il y a une vie qui se fait comme le mythe de Sisyphe qui monte son caillou qui redescend ; et à la fin il y a la mort qui débouche sur strictement rien. Il n'a pas la foi et ça gouverne évidemment toute son œuvre, toute sa philosophie.

Mais, ce qu'il y a à dire, c'est qu'il respecte les gens qui ont la foi. Il dit, d'une certaine manière, qu'il n'a pas pu entrer dans la foi, qu'il y a une forme de regret d'une certaine manière ; mais qu'il admet et qu'il comprend ceux qui ont cette foi. Il respecte donc les croyants. D'ailleurs, son mémoire d'étude en philosophie à Alger, était consacré au rapport de Saint Augustin un père de l'église avec Plotin, donc déjà une préoccupation sur ces problèmes. Il y a une réunion extrêmement intéressante qu'il a eu avec des moines dominicains à Paris, je crois, dans un couvent Boulevard de la Tour Beaubourg, où il a eu une discussion avec eux, où il leur dit très clairement : « Je ne crois pas mais je vous respecte ». Il y a une phrase qu'il prononce et qui est extrêmement intéressante à propos de l'attitude de Pie XII pendant le nazisme.

On sait qu'il y a eu une discussion importante à propos de Pie XII qui consiste à savoir s'il n'aurait pas pu et du faire autre chose que ce qu'il a fait. Car certes il a aidé à sauver un certain nombre de juifs à titre individuel, mais on n'a pas entendu de condamnation ferme du nazisme. Les dominicains lui disent : « Oui mais il a pourtant condamné le nazisme dans les termes de la papauté, dans les termes des anticycliques » ; et Camus leur répond : « Mais ne voyez-vous pas qu'il est là le problème ». « La condamnation, dit-il, aurait été portée dans les termes des anticycliques, mais nul ne l'aurait entendue ? Alors que j'ai longtemps attendu qu'une voix s'élève au niveau de la papauté, avec l'autorité du pape, pour condamner et appeler tous les chrétiens à lutter contre le nazisme ». Et dit à ces dominicains : « Voilà le problème, vous avez porté des condamnations mais dans des termes à la fois diplomatiques mais que personne n'a entendus. Alors qu'il fallait qu'il y ait un cri ! ». Tout cela pour dire que non seulement il respecte mais qu'il pense que le pape peut avoir une autorité.

Voilà l'ensemble de ce que l'on peut dire de Camus et des Leçons politiques.

Je rappelle qu'il a beaucoup écrit. Je vous signale un livre dans la collection Folio, recueil des conférences et des discours de Camus, où l'on retrouve plus avant, tout ce que je viens de résumer.

Par conséquent, je crois qu'il faut relire et relire Camus, d'abord parce que c'est un style magnifique et que l'on y apprend des choses qui peuvent servir de nos jours, à réfléchir comme lui, dans la complexité, dans la nuance, sans slogans et en combattant de toutes nos forces les idéologies qui veulent, comme elles le disent quelquefois, créer un homme nouveau.

NON, il n'y a pas d'homme nouveau !

Il y a une humanité avec ses grandeurs et ses faiblesses. Il faut lui laisser la liberté et la laisser vivre.

Voilà la grande leçon d'Albert Camus.