samedi 26 décembre 2020

LES OISEAUX RARES DE GHANNOUCHI


Rached Ghannouchi

Il y a encore des Tunisiens qui croient aux "oiseaux rares" de Ghannouchi !

Après Moncef Marzougui, alias Tartour, qui doit à Ghannouchi le "coup de pouce" électoral pour l'introniser à Carthage; et dont certains ont espéré qu'il soit un contrepoids aux islamistes; mais qui ne fera rien et sera balayé lui et son parti le CPR, par les élections de 2014.

Après Moustapha Ben Jaafar, alias Groggy du perchoir, alibi démocratique de Ghannouchi, dont certains espéraient qu'il soit un frein au projet islamiste, mais qui va avaler toutes les couleuvres islamistes; pour finir par disparaître aux élections de 2014, lui et son parti Ettakatol.

Après Habib Essid, dont tout le monde louait l'intégrité et l'efficacité; et dont certains espéraient un redressement du pays après toutes les catastrophes provoquées par les gouvernements d'une troïka dominée par Ennahdha; mais qui n'a rien pu faire contre Ghannouchi qui a fini par le remplacer par un autre "oiseau rare".

Après Mehdi Jomaa, dont tout le monde saluait la compétence, étant lui-même haut cadre chez Total; et dont certains espéraient qu'il renflouera les caisses de l'Etat vidées par les Frères musulmans; mais qui n'a rien pu faire, d'autant que Ghannouchi n'a cessé de lui mettre des bâtons dans les roues, pour finir par le dégager.

Après Béji Caid Essebsi, qui jurait tous ses dieux qu'il ne s'alliera jamais à Ghannouchi et qui a trahi Bourguiba dont il disait être l'élève mais aussi ses électeurs; et dont beaucoup espéraient qu'il sera leur rempart contre les Frères musulmans; mais qui n'a rien pu faire, et son parti a connu le même sort que celui de ses prédécesseurs qui se sont alliés à Ghannouchi.

Après Youssef Chahed, dont tout le monde louait la jeunesse, le dynamisme et les déclarations tonitruantes de lutter contre la corruption; et dont certains espéraient une guerre contre une corruption qui s'est démocratisée avec la fumeuse révolution et qui commence à gangrener le pays; mais très vite il sera récupéré par Ghannouchi qui lui fait du pied pour le rallier à Ennahdha et tuer par la même Nidaa Tounes, en créant son propre parti Tahya Tounes ! Avec le résultat que l'on sait : l'homme a disparu des radars et son parti s'est réduit à une peau de chagrin.

Après Abdelkrim Zbibi, illustre inconnu, qui passera sous les projecteurs lors des funérailles de Béji Caid Essebsi, présenté comme son héritier spirituel et homme providentiel, soutenu par Ghannouchi, loué pour son honnêteté et son intégrité; et dont certains espéraient la réalisation des promesse de son mentor; mais qui n'a pas fait long feu lors de la course présidentielle de 2019 !

Après Nabil Karoui qui a voulu défier Ghannouchi et se présenter aux élections de 2019, jurant tous ses dieux qu'il ne s'alliera jamais à Ennahdha; mais aussitôt les résultats électoraux proclamés, il a rallié Ghannouchi lui assurant le perchoir du Bardo et une majorité au parlement.
Tout récemment, il est retourné à la case prison pour corruption et dépassement de frais de campagne électorale ! Qui derrière cette nouvelle arrestation ? Encore Ghannouchi ? On se le demande.

Après Lyés Fakh Fakh qui a déjà servi dans le gouvernement de Ali Larayedh quand son parti Ettakatol faisait parti de la troïka au pouvoir, et bien que son parti soit mort pour s'être allié à Ghannouchi, ce dernier le choisit pour former le nouveau gouvernement. Mais ni lui ni son gouvernement n'ont fait long feu !

L'actuel chef du gouvernement Hichem Mechichi a soulevé beaucoup d'espoirs quand le président Kais Saied lui a proposé de former un nouveau gouvernement. L'homme était loué pour ses compétences de haut fonctionnaire, son sens de l'Etat, son intégrité. Mais malheureusement pour lui, il ne peut rien faire sans l'aval des Frères musulmans ni de celui des enfants de Ghannouchi !

Or, aux dernières nouvelles Ghannouchi est devenu centriste !
Les Tunisiens se rappellent que dans un premier temps Ghannouchi avait renié son appartenance aux Frères musulmans, dans l'espoir de les tromper.
Puis il a dit qu'il avait quitté l'organisation des Frères musulmans, depuis qu'elle a été classée organisation terroriste par bon nombre de pays; et que désormais son parti Ennahdha est un parti civil, délaissant la religion aux religieux.
Après, il a joué la carté du démocrate moderniste; et pour preuve il a troqué sa "jebba" contre un costume-cravate.
Et voilà que maintenant il se dit centriste pour regrouper dans sa nouvelle coalition les centristes, excluant ainsi les extrémistes/terroristes ... dont le PDL (Parti Destourien Libre) !
Cela ferait sourire si l'UGTT (Union Générale des Travailleurs Tunisiens) ne jouait pas à nouveau le jeu de Ghannouchi, pour lui organiser le "dialogue national" auquel il appelle les partis du "centre", après avoir vendu aux Tunisiens le fumeux " consensus/tawafouq " !

Après l'arnaque au "consensus", voici l'arnaque au "dialogue national" que propose Ghannouchi pour rester au pouvoir, en tirant les ficelles à ses "oiseaux rares"; leur imposant la politique des Frères musulmans tout en faisant porter la responsabilité de son échec et de son impopularité, aux partis dont ils sont issus !

Machiavélique Ghannouchi ! Et quelle traitrise de la part de l'UGTT.

Et depuis que l'homme d'affaire Nabil Karoui est en prison, Ghannouchi fait les yeux doux à un autre homme d'affaire qui fait à nouveau fantasmer beaucoup de tunisiens, voyant en lui le sauveur de la Tunisie : Fadhel Abdelkafi ! Certains même vous disent naïvement, qu'il faut lui donner sa chance, peut-être qu'il fera mieux que ses prédécesseurs ! Jusqu'à quand poursuivront-ils cet " apprentissage au dépens des Tunisiens " (t'allem lah'jama, fi rous li'tama / se faire la main sur les orphelins, pour devenir coiffeur). En 10 ans tous les progressistes approchés par Ghannouchi n'ont rien pu faire contre lui : et ils ont fini par mourir "politiquement" ! Abdelkéfi connaitra le même sort que ses prédécesseurs, s'il s'avisait à collaborer avec le diable.

Incorrigibles Tunisiens ! Toujours aussi naïfs pour n'avoir pas encore compris au bout de 10 ans de pouvoir islamiste, la stratégie du Frère musulman Ghannouchi : appâter ses adversaires, pour mieux les tuer !

On comprend mieux la position de Abir Moussi qui veut en finir avec l'islam politique en interdisant les partis qui instrumentalisent la religion; et qui refuse aussi de collaborer avec de tels "oiseaux rares" que déniche régulièrement Ghannouchi parmi les "démocrates, progressistes", qui ont perdu toute crédibilité et dont il n'y a rien à espérer pour restaurer l'Etat que détruisent méthodiquement les Frères musulmans !
Rachid Barnat

PS : Sans oublier un autre oiseau que Ghannouchi a plumé totalement : Hamma Hammami !
Hamma Hammami croit faire de la politique alors qu'il n'est qu'un romantique, novice en politique, quand par solidarité avec ses anciens codétenus islamistes, les avait suivis dans leur revendication lors de la manif " Casbah II " pour une constituante et une nouvelle constitution; ignorant lui le communiste athée, qu'elle sera forcément islamiste, inspirée de la chariaa ... si ce n'est toute la chariâa !
Et le plus grotesque dans l'amateurisme de Hamma Hammami; c'est que de peur que Ghannouchi lui siphonne son électorat, quand il dit de lui qu'il est un " kafer " (mécréant); Hammami n'a rien trouvé de mieux pour le démentir, que de faire le pèlerinage à la Mecque ... ce qui est un comble pour un communiste et preuve d'absence de conviction !!

Hamma Hammami critiquant les sympathisants et les électeurs de Abir Moussi, les compare à la femme qui aurait divorcé d'un mari qui la battait pour en épouser un autre. Quand elle découvre que le nouveau mari la viole, elle a demandé à revenir au premier mari !
Voilà l'état d'esprit du misogyne qui voulait devenir président des Tunisiens ! çà trahit le progressiste qu'il prétend être et qui a choisi délibérément de soutenir Ghannouchi et ses Frères musulmans.

mercredi 23 décembre 2020

LE PDL LANCE LA REVOLUTION DES LUMIERES

Article paru dans : Kapitalis

" Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur.
Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé "
George Orwell

17 décembre 2010 - 17 décembre 2020 : voilà 10 ans que débutaient à Sidi Bouzid avec l'auto-immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, les événements qui vont déclencher la fumeuse révolution du jasmin avec le "dégagisme" de Zineddine Ben Ali dans le cadre du " printemps arabe " fomenté par le Qatar avec le soutien des EU et de l'UE, pour installer Ghannouchi au pouvoir, pour lui succéder !

Et depuis le départ de Ben Ali un certain 14 janvier 2011, une multitude de révolutionnaires et de résistants de la 25 éme heure ont surgi d'en ne sait où; jusqu'à s'autoproclamer protecteurs de la révolution en créant la fameuse LPR (Ligue de la protection de la révolution) milice au service du Frère musulman Ghannouchi pour terroriser les Tunisiens !

En 10 ans de "révolution", les Tunisiens sont dans un désenchantement total et une désillusion de voir tous leurs espoirs trahis par les "révolutionnaires islamistes" qui ont chevauché leur "révolution" en ruinant le pays.

Une seule personne a fait le bon diagnostic du mal qui ronge le pays et a eu le courage de désigner le responsable pour combattre les Frères musulmans par la loi, c'est Abir Moussi !

Devant les autoproclamés révolutionnaires, qui se gargarisent du mot révolution à l'envi, alors que leur projet est de plus en plus clair pour un retour à l'obscurantisme avec restauration de la chariâa, elle a décidé avec les membres de son parti le PDL (Parti Destourien Libre) de lancer une véritable révolution baptisée "révolution des lumières", pour éclairer les Tunisiens sur les véritables causes de leurs malheurs depuis 2011 !

Les Tunisiens commencent à se rendre compte de la supercherie de Ghannouchi; et le PDL avec à sa tête Abir Moussi, s'attelle à dénoncer quotidiennement cette supercherie et à expliquer le funeste projet des Frères musulmans et celui de leurs sponsors Qatar & Turquie, pour la Tunisie !

D'où la décision du PDL d'analyser et d'expliquer quasi quotidiennement aux Tunisiens la stratégie mise en place par Ghannouchi, pour détruire la République et ses institutions et diffuser le wahhabisme et l'obscurantisme qu'il véhicule !

Ainsi le 19 décembre, le PDL a lancé depuis Monastir la "Révolution des Lumières" pour contrer l'obscurantisme des "révolutionnaires" islamistes; et plus précisément sur l'esplanade du mausolée de Habib Bourguiba qui fut l'incarnation en Tunisie, du siècle des Lumières ... tout un symbole !

En quoi consiste cette révolution ? Elle se donne pour but, d'éclairer les tunisiens sur :

- La stratégie d'Ennahdha où tout le monde sous-traite en vu du même projet : Ghannouchi étant le pion de Qaradaoui; qui lui, est au service de son maître l'émir du Qatar; les deux sous-traitant avec des associations dites caritatives et des partis dits islamistes; à la tête desquels Ghannouchi place ses hommes pour brouiller les pistes et donner l'illusion que tout se fait indépendamment les uns et des autres; et que Ghannouchi n'est coupable ni responsable de rien !

- Le rôle de l'organisation des Frères musulmans dans le terrorisme en Tunisie et à l'étranger.
Terrorisme que légalise Qaradaoui par des fatouas précises, que le PDL rappelle sans cesse aux Tunisiens, et associe désormais le nom de Ghannouchi à celui de Qaradaoui pour bien marquer les esprits des Tunisiens que Ghannouchi n'est qu'un exécutant des ordres de son "guide", auquel il fait allégeance, pour un agenda étranger !

- La couverture politique du terrorisme par l'Etat tunisien de plus en plus évidente; puisque l'ADP (Assemblée du peuple), tous les présidents de la République, comme tous les chefs des gouvernements successifs depuis 2011, refusent d'y toucher.
Et depuis que Abir Moussi a mis le doigt sur la cause des problèmes, l'Etat devient complice des terroristes quand toutes motions du PDL pour dénoncer le terrorisme et pour interdire les associations "caritatives" qui l'organisent et l'alimentent, restent lettres mortes; et que l'Etat refuse de contrôler les financements de ces associations et de ces partis islamistes ...

- Le rôle des partis prétendument progressistes, qui ne sont que des idiots utiles à Ghannouchi, corrompus pour une bonne partie d'entre eux, pour soutenir son terrorisme et taire ses exactions et ses abus des lois et des règles internes de l'ADP, depuis qu'il se considère président de tous les Tunisiens !

- Les idéologies au service de Ghannouchi, pour que les Tunisiens sachent enfin qui est qui et qui fait quoi : pan-islamisme, pan-arabisme, communisme ... Abir Moussi ayant le mérite de clarifier la scène politique tunisienne pour distinguer les patriotes des autres qui bradent la souveraineté de la Tunisie, voire qui cherchent à la ramener au statut de colonisée !

- Le consensus/tawafouq, la conciliation nationale/tasamouh, le vivre ensemble/taâyouch ... toutes ces ruses dont se sert Ghannouchi chaque fois qu'il est dans une difficulté ou impasse politique, pour rester au pouvoir malgré les échecs de son parti à gérer le pays, comme le pensent les Tunisiens; et qui ne sont en réalité que des réussites de la politique des Frères musulmans dont le projet est la destruction de la République et de ses institutions !
Dont la nouvelle ruse soutenue par l'UGTT (Union générale de travail tunisien), appelant au " dialogue national/ta'ha'our watani " toutes les forces centristes à l'exclusion des extrémistes. Ce qui veut dire que Ghannouchi se considère désormais "centriste" et cherche par ce stratagème machiavélique à exclure le PDL qu'il range avec ses enfants d' "Iitilaf el Karama" dont il prétend se séparer, traitant ces deux partis de terroristes !
Façon pour lui de marginaliser le PDL, en confirmant qu'il reste le maître du jeu !

Comble de l'hypocrisie à laquelle l'UGTT donne à nouveau son aval, comme si cette centrale syndicale historique n'avait pas tiré de leçon du foireux "consensus" qu'elle avait soutenu et organisé, et qui paralyse le pays; puisqu'elle continue de croire que les Frères musulmans sont incontournables et indispensables à la vie politique du pays, alors que tout le monde sait qu'ils sont derrière tous les échecs et toutes les crises que vivent les Tunisiens.

C'est pourquoi le PDL, véritable et unique parti d'opposition aux islamistes, informe quotidiennement les Tunisiens via ses vidéos dont l'audience augmente régulièrement, mais aussi des médias qui invitent Abir Moussi dont la popularité augmente de jour en jour, pour leur expliquer preuve à l'appui, les manœuvres diaboliques de Ghannouchi et celles de ses sbires; pour dénoncer sans relâche Ghannouchi et son guide spirituel Qaradaoui qui ont semé le chaos en Tunisie et mis à genoux les Tunisiens !
Bon vent à la Révolution des Lumières !

Vivement la Troisième République !

Rachid Barnat  

Adhésion à la campagne de "révolution des Lumières" :
https://www.pdl-tunisie.com/page/%D8%A7%D9%84%D8%A7%D9%86%D8%AE%D8%B1%D8%A7%D8%B7-%D9%81%D9%8A-%D8%AB%D9%88%D8%B1%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%AA%D9%86%D9%88%D9%8A%D8%B1/?fbclid=IwAR3PhfFI3__avQzIkKvrzOFkpAcUwxFw_mHCMy-pKHz3S12W7ydrlc9iSe8

vendredi 18 décembre 2020

La laïcité devenue synonyme d'athéisme chez les extrémistes religieux

La laïcité n'est pas athéisme, comme veulent le faire croire les extrémistes religieux de tous bords, islamistes compris ! Et c'est une rabbine qui le rappelle. 

R.B


Delphine Horvilleur *

La laïcité est devenue synonyme d’athéisme. Mais ça ne l’a jamais été.

Marion Galy-Ramounot - Madame Figaro : Dans une tribune publiée sur votre site Tenou'a, vous défendez, au nom de la liberté d’expression, l’idée de «penser contre soi». Qu’est-ce que ça veut dire ?

Delphine Horvilleur : Ce post est né après que j'ai publié une caricature de Charlie Hebdo pour réagir à l'assassinat de Samuel Paty. Il s'agit d'une vieille couverture sur laquelle on voit les trois religions (catholique, musulmane et juive, NDLR) inscrites sur du papier toilette déroulé, et titrée «Aux chiottes toutes les religions !». J’ai volontairement choisi cette caricature où il était question d’une critique des trois religions, parce que je crois qu’on est dans un moment où les leaders religieux doivent être capables d’incarner une auto-critique. Et j’ai été très étonnée de voir que beaucoup de gens l’ont pris au premier degré. Quand certains, athées convaincus, m'ont dit «vous avez enfin compris, les religions sont toutes à jeter», d’autres ont été choqués que, en tant que rabbin, j’attaque les religions. Ce qui m'a le plus troublée, c'est de m'apercevoir que beaucoup pensent qu’on est ce que l'on poste ; c'est de voir que beaucoup ne sont pas capables de faire preuve de deuxième degré à un moment où on devrait tous publier ces caricatures, pas pour dire qu’on est d’accord avec leur message littéral, ni d’ailleurs nécessairement avec leur message caché, mais pour dire à quel point on luttera, et on luttera jusqu’au bout, pour qu’elles aient le droit d’exister sur la place publique, et pour qu’elles continuent de raconter quelque chose de notre société et de notre histoire.

Marion Galy-Ramounot : Dans votre post, vous affirmez qu'«une société libre passe par la distance critique et par l'autodérision». Cette autodérision et cette prise de distance dont vous parlez, qu'en a-t-on fait ?

Delphine Horvilleur : Le propre des moments de crise est qu'on les vit comme des citadelles assiégées, sur un mode de défiance. On devient suspicieux à l’égard de tous ceux qui expriment des critiques, jusqu'à devenir nous-mêmes incapables d’autocritique. On voit bien ce qu’il s’est passé vis-à-vis de l’humour ces dernières années. On fait partie d’une génération où l'on pouvait regarder, ados, des sketches qu’on ne pourrait plus voir aujourd'hui. Pas parce qu’on a moins d’humour mais parce qu’on a pris conscience que dans un contexte de crise et de tension identitaires, on peut continuer à rire de tout, mais plus avec tout le monde. Et cela a un impact sur notre capacité de mise à distance des événements.

Marion Galy-Ramounot : C'est-à-dire ?

Delphine Horvilleur : Désormais, on hésite à rire, on ne sait plus de quoi on peut rire, qui va se vexer, qui va être offensé, offusqué. Caroline Fourest est très juste quand elle parle de cette génération offensée, on vit dans un monde dans lequel les gens ne tendent plus l’oreille qu’à l’offense qu’on leur impose, pas à la contradiction. Alors qu’il n’y a rien qui nous fasse plus grandir que d'être contredit, que de penser contre soi. C'est là où le symbole de l’assassinat d’un enseignant de la République est si fort et bouleversant pour tant d’entre nous. On sait au fond de nous que c’est ce que l’école nous promettait qu’elle allait nous apprendre : penser contre nous-même. On arrive enfant avec un bagage, culturel, identitaire, religieux, et l'école nous aide à l’interroger.

Marion Galy-Ramounot : Il faudrait donc réapprivoiser, ou réaffirmer, cet esprit critique...

Delphine Horvilleur : Il faut surtout s’assurer de ne pas y renoncer, et ce dans tous les domaines de nos vies. C'est très difficile à enseigner. À l'école, cela passe avant tout par l'histoire, cette matière qu'enseignait justement Samuel Paty. Rien ne nous apprend mieux la théologie que l’histoire ; on ne peut tout simplement pas comprendre sa religion si on ne comprend pas par quoi et par qui elle a été influencée, et pourquoi elle est le produit des temps et des espaces qu’elle a traversés. Quand on sera capables de raconter nos histoires religieuses à travers les influences qu’elles ont subies, on aura un outil formidable pour lutter contre le fondamentalisme religieux. Parce que ce qui colle à la peau de tous les fondamentalistes quels qu’ils soient, c’est qu’ils sont tous allergiques à l’histoire. Ils sont tous chronophobes, détestent tous l’idée que leur religion a pu évoluer, qu’elle a pu être influencée par d’autres, parce que cela va à l'encontre de leur obsession pour la pureté, la pureté des corps, la pureté des femmes, la pureté des pratiques, la pureté de leur histoire. Si vous commencez à leur expliquer à quel point leur religion est emprunte d’influences extérieures et conditionnée par un contexte, alors vous avez avec vous un outil extrêmement puissant de destruction de leur discours.

Marion Galy-Ramounot : Il y a eu les tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012, l'attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015, celui du Bataclan en novembre, puis celui du 14 juillet 2016 à Nice, l'assassinat du père Hamel... Et aujourd'hui celui de Samuel Paty. Comme à chaque fois, on assiste à un sursaut d'humanisme. Et aujourd'hui, peut-être, à un tournant dans la prise de conscience ?

Delphine Horvilleur : J’adorerais pouvoir vous dire oui. Le danger, c’est qu’il y ait une retombée d’émotions. La date de la rentrée scolaire, le 2 novembre prochain, est très critique pour notre société. Parce qu’un peu de temps aura passé, l’émotion sera retombée, et là on verra vraiment ce que l'on fait. Mettre tout sous le tapis et regarder ailleurs peut paraître impensable, et pourtant on sait qu’on l’a déjà fait en plein d’occasions. D'autant qu'on va être rattrapés par d’autres actualités, la question du reconfinement ou pas, le couvre-feu, la psychologie des enfants, la contamination des familles… Il va y avoir d’autres urgences et la vraie question, c’est comment on va être capable de s’astreindre à une forme de discipline d’enseignement qui se joue à l’école, certes, mais aussi dans la façon dont les parents vont parler à leurs enfants le jour de la rentrée, dans la manière qu’on aura tous de ne faire qu'un, et d'admettre qu’il y a des valeurs sur lesquelles on ne transigera pas.

Marion Galy-Ramounot : Que faire de cette colère qui traverse la France depuis vendredi ?

Delphine Horvilleur : La colère, c’est comme la peur. La peur peut susciter ou au contraire inhiber l'action. La colère, c’est pareil, elle peut vous enfermer un peu plus sur vous-même, avec un ressentiment qui débouchera toujours sur de la haine ; ou alors elle peut vous mener à l’action. Il faut que chacun d’entre nous, dans son domaine des possibles, se pose la question de quelle alliance il crée, de ce qu’il décide de faire ou de ne plus faire.

Marion Galy-Ramounot : Que penser des réseaux sociaux, cet endroit où l'on est finalement au summum de la liberté d'expression, mais «où la haine s'étale aussi sans filtre» comme le dit Leïla Slimani ?

Delphine Horvilleur : Sans aucun doute, les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur dans l'appauvrissement de la pensée, en nous invitant continuellement à simplifier nos messages, en ne tolérant plus quoi que ce soit qui serait implicite, en nous permettant de constituer des communautés autour de nous, des gens qui pensent comme nous, qui votent comme nous, qui lisent les mêmes livres, qui ont les mêmes références culturelles... En réalité, on a anéanti, ou on est en phase d’anéantissement, du débat possible entre nos cultures. L'autre problème, c'est que les jeunes s'informent sur les réseaux sociaux. Ils croient que quand c'est sur une chaîne YouTube c'est vrai. Un point crucial à travailler avec l'école, c'est de les faire se questionner sur leurs sources d'information. À une époque, on disait «d’où tu parles, toi ?» Et en fait, le «d’où tu parles», il est génial, parce que c’est exactement la question qu’il faut poser aux jeunes aujourd’hui : d'où tu parles ? D’où détiens-tu l’information qui te permet de dire ce que tu dis ?

Marion Galy-Ramounot : Comment expliquer que la jeunesse, si libre au XXIe siècle, puisse tomber dans le panneau du fondamentalisme religieux ?

Delphine Horvilleur : Refuser la complexité du monde, c’est toujours tentant. Il y a quelque chose de radical dans la simplification du débat, et la radicalité a toujours tenté la jeunesse, et c’est normal. Il y a d'ailleurs une responsabilité très forte des modèles de la jeunesse, les animateurs de télévision, les youtubeurs, les influenceurs, les sportifs… Qui n'apportent pas la subtilité, la complexité, l'humour fin, et, je le redis, l'esprit critique, dont les jeunes ont besoin. Il y a une expression qu’on a beaucoup entendue dans la jeunesse ces dernières années : «tu me manques de respect». C’est intéressant de réfléchir à ça. Qu’est-ce que c’est que de respecter quelqu’un ? C’est savoir le contredire, le plus souvent. Protéger à tout prix quelqu’un d’une autocritique, c’est, au contraire, lui manquer de respect. C’est considérer qu’il est trop infantile, ou sous-développé, pour être capable de faire face à un questionnement, à une interrogation de ses repères.

Marion Galy-Ramounot : À travers votre discours, on comprend aussi qu'il y a cet enjeu de croire en la laïcité tout en étant croyant (religieusement)...

Delphine Horvilleur : Beaucoup de gens ont l’impression qu’on est laïque ou religieux, qu’on est croyant ou pas croyant. C’est comme s’il fallait choisir entre la science et la religion, c’est absurde. Pour moi, la laïcité et l’attachement à une religion cohabitent parfaitement. Je reconnais à la laïcité la bénédiction de me permettre de vivre la religion telle que je la vis. Je me sens profondément attachée à la laïcité parce que pour moi, elle est un cadre qui permet qu’aucune conviction, aucune croyance et aucun dogme ne sature l’espace dans lequel je vis. La laïcité est une garantie d’oxygénation permanente parce qu’il y a toujours un espace autour de moi qui reste vide de ma croyance ou de celle de mon voisin. Pour beaucoup, et on en revient à l'appauvrissement de la pensée et du vocabulaire, la laïcité est devenue synonyme d’athéisme. Mais ça ne l’a jamais été.

Marion Galy-Ramounot : Depuis l'attentat, on entend çà et là des gens dire : les hommages c'est bien, maintenant, il faut du courage. «Ça ne peut plus se passer dans le pacifisme», dit Elisabeth Badinter. Quel est votre sentiment sur ce point ?

Delphine Horvilleur : Il n’est pas question aujourd'hui d’être pacifiste, ou de baisser les bras, ou de trouver un compromis avec des assassins. Il y a un combat à mener, et comme dans tous les combats, y compris dans les combats militaires, il faut penser les alliances. Il n'y aurait rien de pire que de se tromper d’ennemi, et de commencer à se déchirer entre gens qui sont d’accord sur le fond, mais peut-être pas nécessairement sur la forme que doit prendre ce combat. Aujourd’hui, l’enjeu est là, il est dans comment on fait pour trouver des alliances qui soient salutaires, tout en étant conscient, lucide, que oui, nous sommes en guerre.

 * Elle est à la fois l’une des rares femmes rabbins de France, une ardente défenseure de la laïcité et une intellectuelle engagée dans le dialogue avec le monde musulman.  

jeudi 17 décembre 2020

La grande arnaque de " l'islamophobie " !

Le procès de "Charlie Hebdo" aura été l'occasion pour dénoncer les Frères musulmans et leur supercherie qui ne recule devant rien pour mettre à feu et à sang le monde, même sur des mensonges ! Ce que rapporte dans sa plaidoirie Maître Richard Malka dans l'espoir que les responsables politiques et les médias ne tombent plus  dans le piège de l'islamophobie, cette arme dissuasive pour l'organisation criminelle de la confrérie, avec laquelle elle veut empêcher toute critique et faire taire ses opposants ! R.B


Richard Malka

Richard Malka, avocat de « Charlie Hebdo », a clos les plaidoiries de parties civiles par un puissant hommage à la liberté d’expression, dont voici de larges extraits.

Le temps qui passe, les contretemps, les renvois d’audience, les déficiences et les indécences de certains, tout cela ne peut rien changer à la profondeur de notre chagrin. Celui d’être privé de l’intelligence, du talent et de la bonté de ceux qui ne sont plus. Alors on cherche un sens. C’est le seul moyen de le supporter. Un sens à ce qui est arrivé. Un sens à ce procès.

Il a été épique, tragique, tourmenté. Il a déclenché la fureur du monde. Il a été ponctué d’attentats. Il nous a livré la parole bouleversante des victimes et nous a perdus dans les tentatives d’explication des accusés. Son sens c’est évidemment, et d’abord, de juger ces accusés. C’est de démontrer que le droit prime la force. Tout cela est déjà énorme, et dans n’importe quel procès ce serait suffisant. Mais pas là. Pas au regard des crimes commis. Les attentats de l’Hyper Cacher et de Charlie ne sont pas que des crimes. Ils ont une portée politique, philosophique, métaphysique. Ils convergent vers la même idée, ils ont le même but. Quand Coulibaly tue des juifs, il ne tue pas que des juifs, il tue l’autre. Charlie Hebdo aussi, c’est l’autre. Le sens de ces crimes, c’est l’annihilation de l’autre, de la différence. Si l’on ne répond pas à cela, on se sera arrêté en chemin.

Cette cour n’a pas pour objet de protéger la liberté et l’altérité. Mais de la même façon que vous avez organisé ce procès en deux temps, celui des victimes et celui des accusés, il faut accepter qu’il y ait deux procès en un. Celui des accusés et celui des idées que l’on a voulu assassiner. Ces fameuses valeurs républicaines ébranlées. Ces crimes ne sont pas des crimes comme les autres et ce procès ne peut pas être un procès comme un autre. Il doit tenir compte de sa dimension symbolique. Et mon rôle, comme avocat de la personne morale Charlie Hebdo sera de m’attacher à ce second volet.

Je ne plaide pas pour l’histoire. Je n’en ai rien à faire, de l’histoire. Je veux plaider pour aujourd’hui, pas pour demain. Pour les hommes d’ici et maintenant, pas pour les historiens du futur. Le futur, c’est comme le ciel, c’est virtuel. C’est à nous, et à nous seuls, qu’il revient de s’engager, de réfléchir, et parfois de prendre des risques pour rester libres d’être ce que nous voulons. C’est à nous, et à personne d’autre, de trouver les mots, de les prononcer pour recouvrir le son des couteaux sous nos gorges. A nous de rire, de dessiner, de jouir de nos libertés, face à des fanatiques qui voudront nous imposer leur monde de névroses et de frustrations. C’est à nous de nous battre pour rester libres. C’est ça qui se joue aujourd’hui.

Rester libre, cela implique de pouvoir dire ce que l’on veut des croyances sans être menacé de mort, abattu par des kalachnikovs ou décapité. Or, ce n’est plus le cas aujourd’hui dans notre pays. Pendant ce procès, un enseignant a été coupé en deux. Pendant ce procès, on a tué dans une basilique. On a atrocement blessé rue Nicolas-Appert. On a menacé dans plusieurs communiqués, dont un d’Al-Qaida.

Le message de ces terroristes est clair. Ils nous disent : vos mots, vos indignations ne servent à rien. On continuera à vous tuer. Vos juges, vos procès, sont indifférents. Vos lois sont des blagues, nous ne répondrons qu’à celles du Ciel. Ils nous disent de renoncer à la liberté parce qu’un couteau et un hachoir seront plus forts que 67 millions de Français, une armée et une police. C’est l’arme de la peur pour nous faire abandonner un mode de vie construit au fil des siècles. Et évidemment, ça ne s’arrêtera pas aux caricatures, ni même à la liberté d’expression. Ils détestent nos libertés. Ils ne s’arrêteront pas, parce que nous sommes un des rares peuples au monde à être porteur d’un universalisme qui s’oppose au leur.

Qu’est-ce que cette nouvelle guerre qui oppose des dessinateurs avec leurs crayons, des enseignants avec leur tableau, à des fanatiques armés de kalachnikovs ou d’ustensiles de boucherie ? Par quel enchevêtrement d’idées, de discours et d’errements en est-on arrivé à ce que, pour la première fois dans le monde occidental depuis la fin de la guerre, un journal soit décimé, avant de devoir se retrancher dans un bunker à l’adresse secrète ? Qui a nourri le crocodile en espérant être le dernier à être mangé ? Parce que c’est toujours la même chose : quand on est confronté à la peur, certains choisissent de pactiser. 

L’histoire que je vais vous raconter est notre histoire à tous. C’est en partie, Messieurs, celle qui vous a amenés dans ces box, alors j’espère qu’elle va vous intéresser.

Le compte à rebours s’est déclenché à Amsterdam le 2 novembre 2004. Theo Van Gogh était un journaliste et un réalisateur pas sympathique. En 2004, il réalise Submission pour dénoncer la soumission des femmes dans l’islam. Le 2 novembre 2004, il est abattu dans une rue d’Amsterdam de huit balles dans le corps par un jeune islamiste de tendance takfiriste [une sous-branche du salafisme]. Ensuite il est égorgé, et on lui plante deux poignards dans le torse. Sur l’un de ces poignards, un petit mot de menaces de mort contre les juifs. C’est la matrice de 2015 et de ses deux obsessions : la liberté d’expression et l’antisémitisme.

A la suite de cet assassinat, un autre écrivain, danois cette fois, Kare Bluitgen, veut écrire un livre sur la vie de Mahomet dans un souci pédagogique à destination de la jeunesse. Il cherche un illustrateur. Tout le monde refuse. La peur a déjà gagné. Alors, le 17 septembre 2005, il écrit dans un journal pour dénoncer l’autocensure dès qu’il s’agit de l’islam. Flemming Rose, rédacteur en chef des pages culture du Jyllands-Posten, un journal de centre droit qui serait l’équivalent chez nous du Figaro, va demander au syndicat des caricaturistes danois comment il représente Mohamed. Le 30 septembre 2005, ces caricatures sont publiées. Pendant deux mois, il ne se passe pas grand-chose.

Cette affaire ne va prendre sa véritable ampleur qu’à raison d’une escroquerie à la religion. Elle a été commise par des imams danois de la mouvance des Frères musulmans, essentiellement des salafistes. En décembre 2005, ces imams partent faire le tour des capitales arabes. pour mobiliser les Etats musulmans contre ces méchants danois islamophobes. Et pour le prouver, ils constituent un dossier, comprenant les caricatures. Ce dossier, on l’a récupéré.

Le problème, c’est que dans ce dossier, ils ont ajouté trois dessins qui n’y figuraient pas. Deux d’entre eux viennent d’un site de fous furieux, des suprémacistes blancs américains. Un autre vient de France, il n’a rien à voir avec l’islam, c’est un dessin sur la Fête du cochon à Tulle en Corrèze. Et les imams disent : « Voilà comment on représente l’islam en Occident. » Et alors là évidemment, sur le fondement de cette supercherie, de cette mystification, le monde s’embrase. Et il y a des manifestations, des morts, des drapeaux brûlés. Ils ont allumé le feu et ils nous traitent d’incendiaires ? Alors oui, c’est dur d’être aimé par des cons d’intégristes mais c’est encore plus triste d’être instrumentalisé par des escrocs !

Puis vient le temps de la récupération politique. En janvier 2006, la très officielle Organisation de la conférence islamique, qui regroupe 57 pays, va saisir l’ONU et lui demander d’obliger tous les pays du monde à interdire la critique des religions. Voilà comment une escroquerie va tenter d’obtenir une modification du droit mondial sur la liberté d’expression !

Et c’est là que l’on va commencer à nourrir le crocodile. Le 3 février 2006, le cheikh Al-Qaradawi, guide spirituel des Frères musulmans, déclare un « Jour de la colère ». Le même jour, Jacques Chirac, Bill Clinton et le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, déclarent que « les journaux ayant contribué à diffuser les caricatures ont fait un usage abusif de la liberté de parole » et font appel à plus de respect envers les sentiments religieux

On en est arrivé là : le monde a cédé devant l’obscurantisme, la vérité a été recouverte par le mensonge. Et ceux qui détestent nos libertés ont senti le sang de nos démocraties et ça leur a donné de l’appétit. L’opération d’Al-Qaradawi a parfaitement réussi.

Cette histoire des caricatures, il faut la connaître. Il faut la répéter, il faut l’enseigner. [Le premier ministre canadien] Justin Trudeau connaît-il cette histoire, lui qui nous donne des leçons d’accommodements raisonnables pendant ce procès ? Le président [turc, Recep Tayyip] Erdogan, qui nous fait des leçons d’antiracisme, connaît-il cette histoire ? Savent-ils que tout cela n’a pas été commis par nous ?

Mais la machine va se gripper. La machination politique ne va pas aller jusqu’au bout. France Soir va publier ces caricatures en France, son directeur [Jacques Lefranc] sera immédiatement limogé et Charlie Hebdo va reprendre ces caricatures et les publier par solidarité. En 2007, nous sommes poursuivis par l’UOIF [Union des organisations islamiques de France] et la mosquée de Paris, nous gagnons le procès. On croyait qu’on avait gagné. En fait, on n’avait rien gagné du tout.

Il faut encore savoir quelque chose. Le monde entier pense que le procès des caricatures a eu lieu en France. Le premier procès, il a eu lieu au Danemark, avec le même résultat. Mais il n’a intéressé personne. Et pourquoi ? Parce que la France a une histoire particulière. Parce que c’est le premier pays au monde à avoir banni le blasphème du code pénal. C’était en 1791. La même année que le décret sur l’égalité des juifs. Je ne sais pas pourquoi, mais ces deux questions sont toujours liées, pour le pire et pour le meilleur.

Alors l’histoire du blasphème en France, je vais vous la raconter.

En 1789, la liberté d’expression est proclamée comme un des droits les plus précieux de l’homme. Deux ans plus tard, on sort le blasphème du code pénal. En 1881, on vote la grande loi sur la liberté de la presse. Les débats font rage à l’Assemblée et c’est frappant de constater à quel point ils se focalisent sur ceux d’aujourd’hui : le dessin et la religion. C’est comme si Charlie Hebdo existait déjà ! « Dieu se défendra bien lui-même, il n’a pas besoin pour cela de la Chambre des députés ! », répond Clemenceau à l’évêque d’Angers qui invoque la blessure des catholiques outragés.

Alors vous voyez, on n’a pas le choix. Renoncer à la libre critique des religions, renoncer aux caricatures de Mohamed, ce serait renoncer à notre histoire, à l’Encyclopédie, aux grandes lois de la République. Renoncer à enseigner que l’homme descend du singe et pas d’un songe. Renoncer à l’égalité pour les femmes, qui ne sont pas la moitié des hommes, à l’égalité pour les homosexuels, alors que, bizarrement, dans 72 pays au monde, les mêmes ou à peu près que ceux qui ont encore une législation contre le blasphème, l’homosexualité est encore une abomination.

Ce serait renoncer à l’indomptable liberté humaine pour vivre enchaîné. Ce serait renoncer à ce droit si merveilleux d’emmerder Dieu, monsieur le président. Charlie Hebdo ne peut pas y renoncer, et nous n’y renoncerons jamais, jamais, jamais. C’est ça, Charlie Hebdo. C’est notre droit, il est reconnu par les tribunaux. Et au-delà de nos tribunaux nationaux, par la CEDH [Cour européenne des droits de l’homme], qui lie des centaines de millions de personnes et ne dit pas autre chose.

Mais alors comment on fait pour sortir l’islam de cela? Il faudrait le sortir du pacte républicain ? Il faudrait dire, non, il n’y a qu’une religion qui devrait avoir un traitement de faveur, qu’on ne pourrait pas caricaturer, et ce serait l’islam ? Ce n’est pas possible. Le combat de Charlie Hebdo, c’est aussi un combat pour la banalisation de l’islam. C’est un combat pour qu’on regarde cette religion comme une autre. Qu’on la traite comme une autre. En faire une exception, c’est évidemment le pire service qu’on pourrait lui rendre. On ne peut pas sortir une religion de l’égalité. Les religions doivent faire l’objet de la satire, et pour reprendre les mots de Salman Rushdie, de « notre manque de respect intrépide ».

On nous reproche des caricatures des religions. Mais en réalité, nous n’en avons jamais fait. Ce n’est pas vrai. Toutes les caricatures dont nous avons parlé ici ne sont pas des caricatures de la religion, ce sont des caricatures du fanatisme religieux, de l’irruption de la religion dans le monde politique.

Alors j’en viens à l’histoire de Charlie, la personne morale que je représente. En 1960, nous sommes dans la France corsetée du général de Gaulle, Cavanna rencontre Choron, ils décident de créer un journal transgressif pour bousculer les mœurs, un journal essentiellement fait de dessins, c’est Hara-Kiri. Le slogan de ce journal au départ, c’est : « Si tu ne peux pas l’acheter, vole-le. ». Cabu va les rejoindre, puis Gébé, Topor, Wolinski, Reiser. En 1970, c’est l’interdiction.

Le 1er novembre, y avait eu un incendie, 146 morts dans une discothèque. Le 9 novembre, le général de Gaulle meurt. Et le 16 novembre, Hara-Kiri titre « Bal tragique à Colombey, un mort ». Ça n’a pas plu du tout au ministre de l’intérieur de l’époque, Raymond Marcellin, qui ne doit d’ailleurs sa postérité qu’à cela. Interdiction d’Hara-Kiri.

A l’époque, il existait un Charlie Mensuel, dirigé par Wolinski, il a été décidé de faire une déclinaison hebdomadaire. C’est-à-dire que le fondement de l’existence de Charlie, c’est là censure de son ancêtre. Et son premier numéro va être consacré à la censure. C’est l’ADN de ce journal.

« “Charlie Hebdo”, un symbole ! »

Arrive 1981, la gauche est au pouvoir, ce n’est plus le temps de la transgression, les ventes du journal s’effondrent, Dix ans d’interruption. 1992, sous la houlette de Philippe Val, l’équipe se reforme. Cabu, Wolinski, Gébé, Cavanna et Renaud, le chanteur, décident de relancer Charlie Hebdo, c’est la formule que vous connaissez aujourd’hui. Et je me revois rédigeant les statuts de ce journal – probablement bien mal, j’avais 23 ans. Par une triste ironie de l’histoire, ses créateurs avaient décidé d’appeler la société éditrice de ce journal, la « société Kalachnikov ».

Sous la houlette de Philippe Val, ce journal est devenu une pépinière de talents. Mélangeant les anciens et les modernes, Siné, Joann Sfar, Jul, Riad Sattouf, Catherine Meurisse, Fourest, Corcuff, Polac, Cavanna, Gébé, tant d’autres ont passé par là. C’est devenu un journal d’une richesse incroyable. Des crises, des ruptures, des psychodrames, il y en a eu tant que je ne peux pas m’en rappeler. Mais il y a un point sur lequel tout le monde était toujours d’accord : la liberté d’expression, la libre critique des religions, pas des hommes à raison de leur religion, ça, c’est autre chose, ça, c’est du racisme ou de l’antisémitisme. Mais la libre critique des idées, des opinions, des croyances.

Et puis, il y a eu l’attentat. Et ce journal continue à faire vivre ce rire, et ce journal continue à vivre. Il vit dans un bunker, mais il vit. Il vit entouré de policiers, mais il vit. Il vit avec des collaborateurs qui ne peuvent plus se déplacer avec leurs époux et leurs enfants, mais il vit. Il vit sous les menaces, il vit avec les disparus et les blessés, il vit avec les milliers de difficultés, il vit grâce à ses lecteurs, il vit grâce à cette merveilleuse banalité du bien, il vit grâce à l’aide de tous ceux, anonymes, qui viennent à son secours tous les jours, il vit aussi grâce à ceux que vous avez vus à votre barre, et qui vivent plus intensément et plus profondément que nous-mêmes.

Ils pourraient tous nous tuer, ça ne servirait plus à rien, parce que Charlie est devenu une idée. Et Charlie pourrait disparaître aujourd’hui, cette idée vivrait encore. On ne peut pas tuer une idée, c’est pas la peine d’essayer. Charlie Hebdo, vous en avez fait un symbole ! Vous en avez fait une idée ! On ne la tuera plus.

Ce procès a été un formidable accélérateur de l’histoire. Pendant ce procès, il y a un islam républicain qui a grandi dans ce pays, avec de nouvelles voix, et je pense en particulier au recteur de la [Grande] Mosquée de Paris [Chems-Eddine Hafiz], qui a été mon adversaire, puisqu’il était avocat en 2006 au moment du procès des caricatures de Mohamed, et qui développe aujourd’hui un discours magnifique et courageux qui lui vaut d’ailleurs à son tour d’être menacé. Il nous dit qu’il faut accepter le droit aux caricatures, et c’est important qu’il le dise.

Les discours politiques ne sont plus les mêmes non plus, ils ont évolué. Il y a beaucoup moins d’accusations d’islamophobie. Les choses bougent, il y a un éveil des consciences. Ce procès y aura contribué, et à ce titre-là, il aura été historique.

Alors ces trois mois ont été tragiques, difficiles, autant que cela serve. Autant que ce soit pour que nous ne perdions pas nos rêves, pour que nous ne perdions pas nos idéaux, pour que nous ne tournions pas le dos à notre histoire, pour que nous ne soyons pas la génération qui aurait abandonné l’histoire que je vous ai racontée, qui a abandonné ses rêves, ses idéaux, son rêve de liberté et de liberté d’expression.

jeudi 10 décembre 2020

IL Y A LES PATRIOTES, ET LES AUTRES !

Jean Moulin

"Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde,
on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui"
Jonathan Swift

C'était la réponse à son jeune secrétaire Daniel Cordier, de Jean Moulin chef de la résistance française au service de de Gaulle et de la France libre.
Car ce jeune homme, l'un des premiers résistants qui avait refusé la défaite de la France, mélangeait tout ! Il aimait passionnément la France mais aussi le Maréchal Pétain et l'éditorialiste Charles Maurras du journal L'Action française. Il détestait les ennemis de la France dans lesquels il mettait pêlemêle, les boches, les communistes et les juifs. Et comme ses parents, il était antidreyfusard !
Entré en Résistance contre le régime de Vichy collaborationniste, il va découvrir que les résistants à l'occupation allemande se trouvent souvent être des juifs et des communistes !
C'est pourquoi Jean Moulin lui demande de revoir ses préjugés en lui simplifiant la chose par la formule : " il y a les patriotes et il y a les autres ! "; en lui recommandant de changer de journal, l'Action Française et Mauras étant devenu la voix de Pétain qui a signé l'armistice et déshonoré la France !
Voilà ce que devraient faire les tunisiens noyés dans plus de 200 partis souvent se revendiquant "progressistes", "démocrates", "modernistes" ... alors que la plupart sont disposés, s'ils ne l'ont déjà fait, à collaborer avec le pire ennemi de la Tunisie et de sa République : Ghannouchi !
Le mérite revient à l'unique personne à n'avoir jamais admis cette alliance contre nature contractée par Béji Caid Essebsi quand il a trahi ses électeurs en admettant et en banalisant le "consensus" voulu par Ghannouchi; et cette personne lucide est Abir Moussi !
Abir Moussi rejette ce consensus, comme elle rejette la "politique d'ouverture" des Frères musulmans, à laquelle semblent répondre les "progressistes", comme s'ils n'avaient pas encore compris que c'est un nouveau piège de Ghannouchi.
Abir Moussi ne collaborera qu'avec les patriotes; et sûrement pas avec les prétendus progressistes/démocrates qui ont collaboré, ou s'apprêtent à le faire, avec les islamistes et leurs amis arabistes !

Or les détracteurs de Abir Moussi l'accusent d'être dictateure ! A choisir entre une probable dictature laïque et une dictature islamiste effective, le choix est vite fait, quand on voit :
- la Tunisie que Ghannouchi a clochardisée en moins de 10 ans, ruinant tout un pays pour mettre à genoux son peuple ...
- la Turquie d'Erdogan où les libertés individuelles se réduisent comme peau de chagrin et où les opposants aux Frères musulmans, sont éliminés, jetés en prison; s'ils n'étaient pas assassinés !
- l'Iran où bientôt 40 ans d'islamisme, ont mis à genoux les iraniens,
- sans oublier toutes les pétromonarchies d'Arabie, berceau du wahhabisme qui fonde tous les islamismes, chiite compris; ce grand mal du siècle qui a ravagé les républiques "arabes" et commence à ravager les sociétés occidentales !!

Alors à ces détracteurs, qui semblent s'accommoder de la dictature de Ghannouchi en supputant une dictature à Abir Moussi, il leur faudrait trouver d'autres arguments pour contrer l'unique personne qui combat Ghannouchi, le véritable ennemi de la Tunisie et de sa jeune République !

Quant aux progressistes, est-on encore progressiste quand on est au service des Frères musulmans ? Car tous ces prétendus progressistes se trompent d'ennemi ! Ils combattent Abir Moussi alors qu'ils devraient s'unir pour dégager Ghannouchi du pouvoir !
Ghannouchi, les aura-t-il corrompus au point d'en faire des alliés contre le PDL, l'unique parti qui le combat et qui lutte contre l'islamisation de la société tunisienne ? On se le demande vraiment ! Aveuglement ? Opportunisme ? Populisme ? Une chose est sûre, ils ne voient pas plus loin que leur ego; et leur attitude face à un parti de plus en plus populaire dont la cheffe a de l'étoffe et du charisme qui leur manquent à tous, trahit leur jalousie ! Toujours est-il, qu'ils sont les idiots utiles de Ghannouchi et prouvent qu'ils n'ont rien de patriotes !!

Certains prétendent que Abir Moussi en fait trop en diabolisant Ghannouchi et ses Frères musulmans, et osent même dire qu'elle en fait des victimes; confondant l'ennemi de la République avec ses victimes que sont les tunisiens qui subissent la pieuvre islamiste qui impacte jusqu'à leur porte monnaie !

Et d'autres lui reprochent l'absence de programme; qui se réduirait selon eux, à celui de dégager les Frères musulmans ! Ce qui est faux puisqu'ils ne l'ont pas lu.

Et si elle fait une priorité des priorités de mettre un terme aux nuisances de Ghannouchi, c'est tout à son honneur d'avoir compris qu'il est à l'origine de tous les problèmes de la Tunisie et des Tunisiens depuis 2011; et qu'il ne peut y avoir de réformes tant que les adeptes du consensus admettent de régler les problèmes en s'associant à celui qui les avait créés ! Demande-t-on à un pompier pyromane d'éteindre un feu qu'il a lui même allumé ?

Or Ghannouchi et ses Frères musulmans ont mis à genoux la Tunisie et les Tunisiens, et certains font encore la fine bouche pour rallier l'unique parti qui les rejette et les combat !

Il faut être réaliste et pragmatique : actuellement il n'y a que Abir Moussi qui sort du lot de tous les politicards sortis d'en ne sait où, à la faveur d'une fumeuse révolution, avec 220 partis politiques à la clef ! Elle est la seule à avoir fait le bon diagnostic et à avoir désigné les ennemis de la République, contrairement à une majorité de progressistes toujours disposés à collaborer avec Ghannouchi croyant (hypocritement ?) au "consensus", au "dialogue national" et au "vivre ensemble", qu'il leur propose !

A vouloir attendre encore le Messie ou l'homme providentiel qui sauvera la Tunisie de l'emprise mortelle de la pieuvre islamiste, Ghannouchi et sa bande se seront bien incrustés au pouvoir pour installer leur dictature théocratique, comme en Iran !

Le salut ne viendra que du PDL, l'unique parti qui ne se trompe pas d'ennemi; et que tout patriote doit soutenir.

Rachid Barnat