Rached Ghannouchi
Il y a encore des Tunisiens qui croient aux "oiseaux rares" de Ghannouchi !
Table des matières : http://latroisiemerepubliquetunisienne.blogspot.fr/2014/04/tables-des-matieres-de-mon-blog.html ...... Ce nouveau blog est ma contribution à la réussite de la révolution tunisienne. PS : J'utilise la rubrique "commentaires" pour "actualiser" l'article, par des commentaires piochés dans FB, ou par des liens vers d'autres articles pour un autre éclairage ...
Il y a encore des Tunisiens qui croient aux "oiseaux rares" de Ghannouchi !
Article paru dans : Kapitalis
17 décembre 2010 - 17 décembre 2020 : voilà 10 ans que débutaient à Sidi Bouzid avec l'auto-immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, les événements qui vont déclencher la fumeuse révolution du jasmin avec le "dégagisme" de Zineddine Ben Ali dans le cadre du " printemps arabe " fomenté par le Qatar avec le soutien des EU et de l'UE, pour installer Ghannouchi au pouvoir, pour lui succéder !
Et depuis le départ de Ben Ali un certain 14 janvier 2011, une multitude de révolutionnaires et de résistants de la 25 éme heure ont surgi d'en ne sait où; jusqu'à s'autoproclamer protecteurs de la révolution en créant la fameuse LPR (Ligue de la protection de la révolution) milice au service du Frère musulman Ghannouchi pour terroriser les Tunisiens !
La laïcité n'est pas athéisme, comme veulent le faire croire les extrémistes religieux de tous bords, islamistes compris ! Et c'est une rabbine qui le rappelle.
R.B
La laïcité est devenue synonyme d’athéisme. Mais ça ne l’a jamais été.
Marion Galy-Ramounot - Madame Figaro : Dans une tribune
publiée sur votre site Tenou'a, vous défendez, au
nom de la liberté d’expression, l’idée de «penser contre soi». Qu’est-ce que ça
veut dire ?
Delphine
Horvilleur : Ce post est né après que j'ai publié une
caricature de Charlie Hebdo pour réagir à l'assassinat de
Samuel Paty. Il s'agit d'une vieille couverture sur laquelle on voit les trois
religions (catholique, musulmane et juive, NDLR) inscrites sur
du papier toilette déroulé, et titrée «Aux chiottes toutes les religions !».
J’ai volontairement choisi cette caricature où il était question d’une critique
des trois religions, parce que je crois qu’on est dans un moment où les leaders
religieux doivent être capables d’incarner une auto-critique. Et j’ai été très
étonnée de voir que beaucoup de gens l’ont pris au premier degré. Quand
certains, athées convaincus, m'ont dit «vous avez enfin compris, les religions
sont toutes à jeter», d’autres ont été choqués que, en tant que rabbin,
j’attaque les religions. Ce qui m'a le plus troublée, c'est de m'apercevoir que
beaucoup pensent qu’on est ce que l'on poste ; c'est de voir que beaucoup ne
sont pas capables de faire preuve de deuxième degré à un moment où on devrait
tous publier ces caricatures, pas pour dire qu’on est d’accord avec leur message
littéral, ni d’ailleurs nécessairement avec leur message caché, mais pour dire
à quel point on luttera, et on luttera jusqu’au bout, pour qu’elles aient le
droit d’exister sur la place publique, et pour qu’elles continuent de raconter
quelque chose de notre société et de notre histoire.
Marion
Galy-Ramounot : Dans votre post, vous affirmez qu'«une société libre
passe par la distance critique et par l'autodérision». Cette autodérision et
cette prise de distance dont vous parlez, qu'en a-t-on fait ?
Delphine Horvilleur : Le propre des moments
de crise est qu'on les vit comme des citadelles assiégées, sur un mode de
défiance. On devient suspicieux à l’égard de tous ceux qui expriment des
critiques, jusqu'à devenir nous-mêmes incapables d’autocritique. On voit bien
ce qu’il s’est passé vis-à-vis de l’humour ces dernières années. On fait partie
d’une génération où l'on pouvait regarder, ados, des sketches qu’on ne pourrait
plus voir aujourd'hui. Pas parce qu’on a moins d’humour mais parce qu’on a pris
conscience que dans un contexte de crise et de tension identitaires, on peut
continuer à rire de tout, mais plus avec tout le monde. Et cela a un impact sur
notre capacité de mise à distance des événements.
Marion
Galy-Ramounot : C'est-à-dire
?
Delphine Horvilleur : Désormais, on hésite à rire, on ne sait plus de quoi on peut rire, qui va se vexer, qui va être offensé, offusqué. Caroline Fourest est très juste quand elle parle de cette génération offensée, on vit dans un monde dans lequel les gens ne tendent plus l’oreille qu’à l’offense qu’on leur impose, pas à la contradiction. Alors qu’il n’y a rien qui nous fasse plus grandir que d'être contredit, que de penser contre soi. C'est là où le symbole de l’assassinat d’un enseignant de la République est si fort et bouleversant pour tant d’entre nous. On sait au fond de nous que c’est ce que l’école nous promettait qu’elle allait nous apprendre : penser contre nous-même. On arrive enfant avec un bagage, culturel, identitaire, religieux, et l'école nous aide à l’interroger.
Marion Galy-Ramounot : Il faudrait donc réapprivoiser, ou réaffirmer, cet esprit critique...
Delphine Horvilleur : Il faut surtout s’assurer de ne pas y renoncer, et ce dans tous les domaines de nos vies. C'est très difficile à enseigner. À l'école, cela passe avant tout par l'histoire, cette matière qu'enseignait justement Samuel Paty. Rien ne nous apprend mieux la théologie que l’histoire ; on ne peut tout simplement pas comprendre sa religion si on ne comprend pas par quoi et par qui elle a été influencée, et pourquoi elle est le produit des temps et des espaces qu’elle a traversés. Quand on sera capables de raconter nos histoires religieuses à travers les influences qu’elles ont subies, on aura un outil formidable pour lutter contre le fondamentalisme religieux. Parce que ce qui colle à la peau de tous les fondamentalistes quels qu’ils soient, c’est qu’ils sont tous allergiques à l’histoire. Ils sont tous chronophobes, détestent tous l’idée que leur religion a pu évoluer, qu’elle a pu être influencée par d’autres, parce que cela va à l'encontre de leur obsession pour la pureté, la pureté des corps, la pureté des femmes, la pureté des pratiques, la pureté de leur histoire. Si vous commencez à leur expliquer à quel point leur religion est emprunte d’influences extérieures et conditionnée par un contexte, alors vous avez avec vous un outil extrêmement puissant de destruction de leur discours.
Marion
Galy-Ramounot : Il y a eu les tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012,
l'attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015, celui du Bataclan en novembre,
puis celui du 14 juillet 2016 à Nice, l'assassinat du père Hamel... Et
aujourd'hui celui de Samuel Paty. Comme à chaque fois, on assiste à un sursaut
d'humanisme. Et aujourd'hui, peut-être, à un tournant dans la prise de
conscience ?
Delphine Horvilleur : J’adorerais pouvoir vous dire oui. Le danger, c’est qu’il y ait une
retombée d’émotions. La date de la rentrée scolaire, le 2 novembre prochain,
est très critique pour notre société. Parce qu’un peu de temps aura passé,
l’émotion sera retombée, et là on verra vraiment ce que l'on fait. Mettre tout
sous le tapis et regarder ailleurs peut paraître impensable, et pourtant on
sait qu’on l’a déjà fait en plein d’occasions. D'autant qu'on va être rattrapés
par d’autres actualités, la question du reconfinement ou pas, le couvre-feu, la
psychologie des enfants, la contamination des familles… Il va y avoir d’autres
urgences et la vraie question, c’est comment on va être capable de s’astreindre
à une forme de discipline d’enseignement qui se joue à l’école, certes, mais
aussi dans la façon dont les parents vont parler à leurs enfants le jour de la
rentrée, dans la manière qu’on aura tous de ne faire qu'un, et d'admettre qu’il
y a des valeurs sur lesquelles on ne transigera pas.
Marion Galy-Ramounot : Que faire de cette colère qui traverse
la France depuis vendredi ?
Delphine Horvilleur : La colère,
c’est comme la peur. La peur peut susciter ou au contraire inhiber l'action. La
colère, c’est pareil, elle peut vous enfermer un peu plus sur vous-même, avec
un ressentiment qui débouchera toujours sur de la haine ; ou alors elle peut
vous mener à l’action. Il faut que chacun d’entre nous, dans son domaine des
possibles, se pose la question de quelle alliance il crée, de ce qu’il décide
de faire ou de ne plus faire.
Marion Galy-Ramounot : Que penser des réseaux sociaux, cet
endroit où l'on est finalement au summum de la liberté d'expression, mais «où
la haine s'étale aussi sans filtre» comme le dit Leïla Slimani ?
Delphine Horvilleur : Sans aucun
doute, les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur dans l'appauvrissement de la
pensée, en nous invitant continuellement à simplifier nos messages, en ne
tolérant plus quoi que ce soit qui serait implicite, en nous permettant de
constituer des communautés autour de nous, des gens qui pensent comme nous, qui
votent comme nous, qui lisent les mêmes livres, qui ont les mêmes références
culturelles... En réalité, on a anéanti, ou on est en phase d’anéantissement,
du débat possible entre nos cultures. L'autre problème, c'est que les jeunes
s'informent sur les réseaux sociaux. Ils croient que quand c'est sur une chaîne
YouTube c'est vrai. Un point crucial à travailler avec l'école, c'est de les
faire se questionner sur leurs sources d'information. À une époque, on disait
«d’où tu parles, toi ?» Et en fait, le «d’où tu parles», il est génial, parce
que c’est exactement la question qu’il faut poser aux jeunes aujourd’hui : d'où
tu parles ? D’où détiens-tu l’information qui te permet de dire ce que tu dis ?
Marion Galy-Ramounot : Comment expliquer que la jeunesse, si
libre au XXIe siècle, puisse tomber dans le panneau du fondamentalisme
religieux ?
Delphine Horvilleur : Refuser la complexité du monde, c’est toujours tentant. Il y a quelque chose de radical dans la simplification du débat, et la radicalité a toujours tenté la jeunesse, et c’est normal. Il y a d'ailleurs une responsabilité très forte des modèles de la jeunesse, les animateurs de télévision, les youtubeurs, les influenceurs, les sportifs… Qui n'apportent pas la subtilité, la complexité, l'humour fin, et, je le redis, l'esprit critique, dont les jeunes ont besoin. Il y a une expression qu’on a beaucoup entendue dans la jeunesse ces dernières années : «tu me manques de respect». C’est intéressant de réfléchir à ça. Qu’est-ce que c’est que de respecter quelqu’un ? C’est savoir le contredire, le plus souvent. Protéger à tout prix quelqu’un d’une autocritique, c’est, au contraire, lui manquer de respect. C’est considérer qu’il est trop infantile, ou sous-développé, pour être capable de faire face à un questionnement, à une interrogation de ses repères.
Marion Galy-Ramounot : À travers votre discours, on comprend aussi qu'il y a cet enjeu de croire en la laïcité tout en étant croyant (religieusement)...
Delphine Horvilleur : Beaucoup de gens ont l’impression qu’on est laïque ou religieux, qu’on est croyant ou pas croyant. C’est comme s’il fallait choisir entre la science et la religion, c’est absurde. Pour moi, la laïcité et l’attachement à une religion cohabitent parfaitement. Je reconnais à la laïcité la bénédiction de me permettre de vivre la religion telle que je la vis. Je me sens profondément attachée à la laïcité parce que pour moi, elle est un cadre qui permet qu’aucune conviction, aucune croyance et aucun dogme ne sature l’espace dans lequel je vis. La laïcité est une garantie d’oxygénation permanente parce qu’il y a toujours un espace autour de moi qui reste vide de ma croyance ou de celle de mon voisin. Pour beaucoup, et on en revient à l'appauvrissement de la pensée et du vocabulaire, la laïcité est devenue synonyme d’athéisme. Mais ça ne l’a jamais été.
Marion Galy-Ramounot : Depuis l'attentat, on entend çà et là des gens dire : les hommages c'est bien, maintenant, il faut du courage. «Ça ne peut plus se passer dans le pacifisme», dit Elisabeth Badinter. Quel est votre sentiment sur ce point ?
Delphine
Horvilleur : Il n’est pas question aujourd'hui d’être pacifiste, ou de baisser
les bras, ou de trouver un compromis avec des assassins. Il y a un combat à
mener, et comme dans tous les combats, y compris dans les combats militaires,
il faut penser les alliances. Il n'y aurait rien de pire que de se tromper
d’ennemi, et de commencer à se déchirer entre gens qui sont d’accord sur le
fond, mais peut-être pas nécessairement sur la forme que doit prendre ce
combat. Aujourd’hui, l’enjeu est là, il est dans comment on fait pour trouver
des alliances qui soient salutaires, tout en étant conscient, lucide, que oui,
nous sommes en guerre.
* Elle est à la fois l’une des rares femmes rabbins de France, une ardente défenseure de la laïcité et une intellectuelle engagée dans le dialogue avec le monde musulman.
Le procès de "Charlie Hebdo" aura été l'occasion pour dénoncer les Frères musulmans et leur supercherie qui ne recule devant rien pour mettre à feu et à sang le monde, même sur des mensonges ! Ce que rapporte dans sa plaidoirie Maître Richard Malka dans l'espoir que les responsables politiques et les médias ne tombent plus dans le piège de l'islamophobie, cette arme dissuasive pour l'organisation criminelle de la confrérie, avec laquelle elle veut empêcher toute critique et faire taire ses opposants ! R.B
Richard Malka, avocat de « Charlie Hebdo », a clos les plaidoiries de parties civiles par un puissant hommage à la liberté d’expression, dont voici de larges extraits.
Le temps qui passe, les contretemps, les renvois
d’audience, les déficiences et les indécences de certains, tout cela ne peut
rien changer à la profondeur de notre chagrin. Celui d’être privé de
l’intelligence, du talent et de la bonté de ceux qui ne sont plus. Alors on
cherche un sens. C’est le seul moyen de le supporter. Un sens à ce qui est
arrivé. Un sens à ce procès.
Il a été épique, tragique, tourmenté. Il a déclenché
la fureur du monde. Il a été ponctué d’attentats. Il nous a livré la parole
bouleversante des victimes et nous a perdus dans les tentatives d’explication
des accusés. Son sens c’est évidemment, et d’abord, de juger ces accusés. C’est
de démontrer que le droit prime la force. Tout cela est déjà énorme, et dans
n’importe quel procès ce serait suffisant. Mais pas là. Pas au regard des
crimes commis. Les attentats de l’Hyper Cacher et de Charlie ne sont pas que
des crimes. Ils ont une portée politique, philosophique, métaphysique. Ils
convergent vers la même idée, ils ont le même but. Quand Coulibaly tue des
juifs, il ne tue pas que des juifs, il tue l’autre. Charlie Hebdo aussi, c’est
l’autre. Le sens de ces crimes, c’est l’annihilation de l’autre, de la
différence. Si l’on ne répond pas à cela, on se sera arrêté en chemin.
Cette cour n’a pas pour objet de protéger la liberté
et l’altérité. Mais de la même façon que vous avez organisé ce procès en deux
temps, celui des victimes et celui des accusés, il faut accepter qu’il y ait
deux procès en un. Celui des accusés et celui des idées que l’on a voulu
assassiner. Ces fameuses valeurs républicaines ébranlées. Ces crimes ne sont
pas des crimes comme les autres et ce procès ne peut pas être un procès comme
un autre. Il doit tenir compte de sa dimension symbolique. Et mon rôle, comme
avocat de la personne morale Charlie Hebdo sera de m’attacher à ce second
volet.
Je ne plaide pas pour l’histoire. Je n’en ai rien à
faire, de l’histoire. Je veux plaider pour aujourd’hui, pas pour demain. Pour
les hommes d’ici et maintenant, pas pour les historiens du futur. Le futur,
c’est comme le ciel, c’est virtuel. C’est à nous, et à nous seuls, qu’il
revient de s’engager, de réfléchir, et parfois de prendre des risques pour
rester libres d’être ce que nous voulons. C’est à nous, et à personne d’autre,
de trouver les mots, de les prononcer pour recouvrir le son des couteaux sous
nos gorges. A nous de rire, de dessiner, de jouir de nos libertés, face à des
fanatiques qui voudront nous imposer leur monde de névroses et de frustrations.
C’est à nous de nous battre pour rester libres. C’est ça qui se joue
aujourd’hui.
Rester libre, cela implique de pouvoir dire ce que
l’on veut des croyances sans être menacé de mort, abattu par des kalachnikovs
ou décapité. Or, ce n’est plus le cas aujourd’hui dans notre pays. Pendant ce
procès, un enseignant a été coupé en deux. Pendant ce procès, on a tué dans une
basilique. On a atrocement blessé rue Nicolas-Appert. On a menacé dans
plusieurs communiqués, dont un d’Al-Qaida.
Le message de ces terroristes est clair. Ils nous
disent : vos mots, vos indignations ne servent à rien. On continuera à vous
tuer. Vos juges, vos procès, sont indifférents. Vos lois sont des blagues, nous
ne répondrons qu’à celles du Ciel. Ils nous disent de renoncer à la liberté
parce qu’un couteau et un hachoir seront plus forts que 67 millions de
Français, une armée et une police. C’est l’arme de la peur pour nous faire abandonner
un mode de vie construit au fil des siècles. Et évidemment, ça ne s’arrêtera
pas aux caricatures, ni même à la liberté d’expression. Ils détestent nos
libertés. Ils ne s’arrêteront pas, parce que nous sommes un des rares peuples
au monde à être porteur d’un universalisme qui s’oppose au leur.
Qu’est-ce que cette nouvelle guerre qui oppose des dessinateurs avec leurs crayons, des enseignants avec leur tableau, à des fanatiques armés de kalachnikovs ou d’ustensiles de boucherie ? Par quel enchevêtrement d’idées, de discours et d’errements en est-on arrivé à ce que, pour la première fois dans le monde occidental depuis la fin de la guerre, un journal soit décimé, avant de devoir se retrancher dans un bunker à l’adresse secrète ? Qui a nourri le crocodile en espérant être le dernier à être mangé ? Parce que c’est toujours la même chose : quand on est confronté à la peur, certains choisissent de pactiser.
L’histoire que je vais vous raconter est notre
histoire à tous. C’est en partie, Messieurs, celle qui vous a amenés dans ces
box, alors j’espère qu’elle va vous intéresser.
Le compte à rebours s’est déclenché à Amsterdam le
2 novembre 2004. Theo Van Gogh était un journaliste et un réalisateur pas
sympathique. En 2004, il réalise Submission pour dénoncer la soumission des
femmes dans l’islam. Le 2 novembre 2004, il est abattu dans une rue d’Amsterdam
de huit balles dans le corps par un jeune islamiste de tendance takfiriste [une
sous-branche du salafisme]. Ensuite il est égorgé, et on lui plante deux poignards
dans le torse. Sur l’un de ces poignards, un petit mot de menaces de mort
contre les juifs. C’est la matrice de 2015 et de ses deux obsessions : la
liberté d’expression et l’antisémitisme.
A la suite de cet assassinat, un autre écrivain,
danois cette fois, Kare Bluitgen, veut écrire un livre sur la vie de Mahomet
dans un souci pédagogique à destination de la jeunesse. Il cherche un
illustrateur. Tout le monde refuse. La peur a déjà gagné. Alors, le 17
septembre 2005, il écrit dans un journal pour dénoncer l’autocensure dès qu’il
s’agit de l’islam. Flemming Rose, rédacteur en chef des pages culture du
Jyllands-Posten, un journal de centre droit qui serait l’équivalent chez nous
du Figaro, va demander au syndicat des caricaturistes danois comment il représente
Mohamed. Le 30 septembre 2005, ces caricatures sont publiées. Pendant deux
mois, il ne se passe pas grand-chose.
Cette affaire ne va prendre sa véritable ampleur qu’à
raison d’une escroquerie à la religion. Elle a été commise par des imams danois
de la mouvance des Frères musulmans, essentiellement des salafistes. En
décembre 2005, ces imams partent faire le tour des capitales arabes. pour
mobiliser les Etats musulmans contre ces méchants danois islamophobes. Et pour
le prouver, ils constituent un dossier, comprenant les caricatures. Ce dossier,
on l’a récupéré.
Le problème, c’est que dans ce dossier, ils ont ajouté
trois dessins qui n’y figuraient pas. Deux d’entre eux viennent d’un site de
fous furieux, des suprémacistes blancs américains. Un autre vient de France, il
n’a rien à voir avec l’islam, c’est un dessin sur la Fête du cochon à Tulle en
Corrèze. Et les imams disent : « Voilà comment on représente l’islam en
Occident. » Et alors là évidemment, sur le fondement de cette supercherie, de
cette mystification, le monde s’embrase. Et il y a des manifestations, des
morts, des drapeaux brûlés. Ils ont allumé le feu et ils nous traitent
d’incendiaires ? Alors oui, c’est dur d’être aimé par des cons d’intégristes
mais c’est encore plus triste d’être instrumentalisé par des escrocs !
Puis vient le temps de la récupération politique. En
janvier 2006, la très officielle Organisation de la conférence islamique, qui
regroupe 57 pays, va saisir l’ONU et lui demander d’obliger tous les pays du
monde à interdire la critique des religions. Voilà comment une escroquerie va
tenter d’obtenir une modification du droit mondial sur la liberté d’expression
!
Et c’est là que l’on va commencer à nourrir le
crocodile. Le 3 février 2006, le cheikh Al-Qaradawi, guide spirituel des Frères
musulmans, déclare un « Jour de la colère ». Le même jour, Jacques Chirac, Bill
Clinton et le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, déclarent que « les
journaux ayant contribué à diffuser les caricatures ont fait un usage abusif de
la liberté de parole » et font appel à plus de respect envers les sentiments
religieux
On en est arrivé là : le monde a cédé devant
l’obscurantisme, la vérité a été recouverte par le mensonge. Et ceux qui
détestent nos libertés ont senti le sang de nos démocraties et ça leur a donné
de l’appétit. L’opération d’Al-Qaradawi a parfaitement réussi.
Cette histoire des caricatures, il faut la connaître.
Il faut la répéter, il faut l’enseigner. [Le premier ministre canadien] Justin
Trudeau connaît-il cette histoire, lui qui nous donne des leçons
d’accommodements raisonnables pendant ce procès ? Le président [turc, Recep
Tayyip] Erdogan, qui nous fait des leçons d’antiracisme, connaît-il cette
histoire ? Savent-ils que tout cela n’a pas été commis par nous ?
Mais la machine va se gripper. La machination
politique ne va pas aller jusqu’au bout. France Soir va publier ces caricatures
en France, son directeur [Jacques Lefranc] sera immédiatement limogé et Charlie
Hebdo va reprendre ces caricatures et les publier par solidarité. En 2007, nous
sommes poursuivis par l’UOIF [Union des organisations islamiques de France] et
la mosquée de Paris, nous gagnons le procès. On croyait qu’on avait gagné. En
fait, on n’avait rien gagné du tout.
Il faut encore savoir quelque chose. Le monde entier
pense que le procès des caricatures a eu lieu en France. Le premier procès, il
a eu lieu au Danemark, avec le même résultat. Mais il n’a intéressé personne.
Et pourquoi ? Parce que la France a une histoire particulière. Parce que c’est
le premier pays au monde à avoir banni le blasphème du code pénal. C’était en
1791. La même année que le décret sur l’égalité des juifs. Je ne sais pas
pourquoi, mais ces deux questions sont toujours liées, pour le pire et pour le
meilleur.
Alors l’histoire du blasphème en France, je vais vous
la raconter.
En 1789, la liberté d’expression est proclamée comme
un des droits les plus précieux de l’homme. Deux ans plus tard, on sort le
blasphème du code pénal. En 1881, on vote la grande loi sur la liberté de la
presse. Les débats font rage à l’Assemblée et c’est frappant de constater à
quel point ils se focalisent sur ceux d’aujourd’hui : le dessin et la religion.
C’est comme si Charlie Hebdo existait déjà ! « Dieu se défendra bien lui-même,
il n’a pas besoin pour cela de la Chambre des députés ! », répond Clemenceau à
l’évêque d’Angers qui invoque la blessure des catholiques outragés.
Alors vous voyez, on n’a pas le choix. Renoncer à la
libre critique des religions, renoncer aux caricatures de Mohamed, ce serait
renoncer à notre histoire, à l’Encyclopédie, aux grandes lois de la République.
Renoncer à enseigner que l’homme descend du singe et pas d’un songe. Renoncer à
l’égalité pour les femmes, qui ne sont pas la moitié des hommes, à l’égalité
pour les homosexuels, alors que, bizarrement, dans 72 pays au monde, les mêmes
ou à peu près que ceux qui ont encore une législation contre le blasphème,
l’homosexualité est encore une abomination.
Ce serait renoncer à l’indomptable liberté humaine
pour vivre enchaîné. Ce serait renoncer à ce droit si merveilleux d’emmerder
Dieu, monsieur le président. Charlie Hebdo ne peut pas y renoncer, et nous n’y
renoncerons jamais, jamais, jamais. C’est ça, Charlie Hebdo. C’est notre droit,
il est reconnu par les tribunaux. Et au-delà de nos tribunaux nationaux, par la
CEDH [Cour européenne des droits de l’homme], qui lie des centaines de millions
de personnes et ne dit pas autre chose.
Mais alors comment on fait pour sortir l’islam de cela? Il faudrait le sortir du pacte républicain ? Il faudrait dire, non, il n’y a
qu’une religion qui devrait avoir un traitement de faveur, qu’on ne pourrait
pas caricaturer, et ce serait l’islam ? Ce n’est pas possible. Le combat de
Charlie Hebdo, c’est aussi un combat pour la banalisation de l’islam. C’est un
combat pour qu’on regarde cette religion comme une autre. Qu’on la traite comme
une autre. En faire une exception, c’est évidemment le pire service qu’on
pourrait lui rendre. On ne peut pas sortir une religion de l’égalité. Les
religions doivent faire l’objet de la satire, et pour reprendre les mots de
Salman Rushdie, de « notre manque de respect intrépide ».
On nous reproche des caricatures des religions. Mais
en réalité, nous n’en avons jamais fait. Ce n’est pas vrai. Toutes les
caricatures dont nous avons parlé ici ne sont pas des caricatures de la
religion, ce sont des caricatures du fanatisme religieux, de l’irruption de la
religion dans le monde politique.
Alors j’en viens à l’histoire de Charlie, la personne
morale que je représente. En 1960, nous sommes dans la France corsetée du
général de Gaulle, Cavanna rencontre Choron, ils décident de créer un journal
transgressif pour bousculer les mœurs, un journal essentiellement fait de
dessins, c’est Hara-Kiri. Le slogan de ce journal au départ, c’est : « Si tu ne
peux pas l’acheter, vole-le. ». Cabu va les rejoindre, puis Gébé, Topor,
Wolinski, Reiser. En 1970, c’est l’interdiction.
Le 1er novembre, y avait eu un incendie, 146 morts
dans une discothèque. Le 9 novembre, le général de Gaulle meurt. Et le 16
novembre, Hara-Kiri titre « Bal tragique à Colombey, un mort ». Ça n’a pas plu du tout au ministre de l’intérieur de l’époque, Raymond Marcellin, qui ne doit
d’ailleurs sa postérité qu’à cela. Interdiction d’Hara-Kiri.
A l’époque, il existait un Charlie Mensuel, dirigé par
Wolinski, il a été décidé de faire une déclinaison hebdomadaire. C’est-à-dire
que le fondement de l’existence de Charlie, c’est là censure de son ancêtre. Et
son premier numéro va être consacré à la censure. C’est l’ADN de ce journal.
« “Charlie Hebdo”, un symbole ! »
Arrive 1981, la gauche est au pouvoir, ce n’est plus
le temps de la transgression, les ventes du journal s’effondrent, Dix ans
d’interruption. 1992, sous la houlette de Philippe Val, l’équipe se reforme.
Cabu, Wolinski, Gébé, Cavanna et Renaud, le chanteur, décident de relancer
Charlie Hebdo, c’est la formule que vous connaissez aujourd’hui. Et je me
revois rédigeant les statuts de ce journal – probablement bien mal, j’avais 23
ans. Par une triste ironie de l’histoire, ses créateurs avaient décidé
d’appeler la société éditrice de ce journal, la « société Kalachnikov ».
Sous la houlette de Philippe Val, ce journal est devenu
une pépinière de talents. Mélangeant les anciens et les modernes, Siné, Joann
Sfar, Jul, Riad Sattouf, Catherine Meurisse, Fourest, Corcuff, Polac, Cavanna,
Gébé, tant d’autres ont passé par là. C’est devenu un journal d’une richesse
incroyable. Des crises, des ruptures, des psychodrames, il y en a eu tant que
je ne peux pas m’en rappeler. Mais il y a un point sur lequel tout le monde
était toujours d’accord : la liberté d’expression, la libre critique des
religions, pas des hommes à raison de leur religion, ça, c’est autre chose, ça,
c’est du racisme ou de l’antisémitisme. Mais la libre critique des idées, des
opinions, des croyances.
Et puis, il y a eu l’attentat. Et ce journal continue
à faire vivre ce rire, et ce journal continue à vivre. Il vit dans un bunker,
mais il vit. Il vit entouré de policiers, mais il vit. Il vit avec des
collaborateurs qui ne peuvent plus se déplacer avec leurs époux et leurs
enfants, mais il vit. Il vit sous les menaces, il vit avec les disparus et les
blessés, il vit avec les milliers de difficultés, il vit grâce à ses lecteurs,
il vit grâce à cette merveilleuse banalité du bien, il vit grâce à l’aide de
tous ceux, anonymes, qui viennent à son secours tous les jours, il vit aussi
grâce à ceux que vous avez vus à votre barre, et qui vivent plus intensément et
plus profondément que nous-mêmes.
Ils pourraient tous nous tuer, ça ne servirait plus à
rien, parce que Charlie est devenu une idée. Et Charlie pourrait disparaître
aujourd’hui, cette idée vivrait encore. On ne peut pas tuer une idée, c’est pas
la peine d’essayer. Charlie Hebdo, vous en avez fait un symbole ! Vous en avez
fait une idée ! On ne la tuera plus.
Ce procès a été un formidable accélérateur de
l’histoire. Pendant ce procès, il y a un islam républicain qui a grandi dans ce
pays, avec de nouvelles voix, et je pense en particulier au recteur de la
[Grande] Mosquée de Paris [Chems-Eddine Hafiz], qui a été mon adversaire,
puisqu’il était avocat en 2006 au moment du procès des caricatures de Mohamed,
et qui développe aujourd’hui un discours magnifique et courageux qui lui vaut
d’ailleurs à son tour d’être menacé. Il nous dit qu’il faut accepter le droit
aux caricatures, et c’est important qu’il le dise.
Les discours politiques ne sont plus les mêmes non
plus, ils ont évolué. Il y a beaucoup moins d’accusations d’islamophobie. Les
choses bougent, il y a un éveil des consciences. Ce procès y aura contribué, et
à ce titre-là, il aura été historique.
Alors ces trois mois ont été tragiques, difficiles,
autant que cela serve. Autant que ce soit pour que nous ne perdions pas nos
rêves, pour que nous ne perdions pas nos idéaux, pour que nous ne tournions pas
le dos à notre histoire, pour que nous ne soyons pas la génération qui aurait
abandonné l’histoire que je vous ai racontée, qui a abandonné ses rêves, ses
idéaux, son rêve de liberté et de liberté d’expression.