Karim Akouche
En illustration : portrait réalisé par le peintre Robichaud Louis, ami de Karim Acouche.
Table des matières : http://latroisiemerepubliquetunisienne.blogspot.fr/2014/04/tables-des-matieres-de-mon-blog.html ...... Ce nouveau blog est ma contribution à la réussite de la révolution tunisienne. PS : J'utilise la rubrique "commentaires" pour "actualiser" l'article, par des commentaires piochés dans FB, ou par des liens vers d'autres articles pour un autre éclairage ...
En faisant du prosélytisme religieux, l'Europe piétine ce qui fonde son identité
«La beauté est dans la diversité, comme la liberté est dans le hijab», voilà dans quels termes l'Europe a choisi de promouvoir le port du voile. Si elle a depuis été retirée, cette campagne, financée par l'Union européenne et diffusée par le Conseil de l'Europe au nom de la «célébration de la diversité et du respect du foulard islamique» pose un problème politique majeur : elle piétine les fondamentaux qui constituent les piliers de la culture européenne.
On est en effet ici bien loin des valeurs d'égalité
et d'émancipation censées être aux sources de l'Union européenne. Celle-ci
n'est pas simplement censée regrouper des pays dont les intérêts commerciaux et
industriels seraient convergents, elle ne se résume pas à un simple marché
commun, mais elle puise sa légitimité dans l'idée qu'elle s'appuie sur la
reconnaissance des liens civilisationnels qui font de l'Europe une entité
définie par le partage de principes et d'idéaux communs. En faisant du
prosélytisme religieux, le tout sous l'influence d'associations islamistes
liées aux Frères musulmans, une secte obscurantiste qui fut proche des nazis,
l'Europe piétine ce qu'elle est censée défendre. Pire même elle le fait en
inversant toutes ses valeurs. Ainsi elle valorise un signe religieux en faisant
semblant de ne pas connaître sa signification, alors que celui-ci prône
l'infériorisation de la femme, lui refuse l'égalité en droit et fait de son
corps et de ses cheveux, un marqueur d'indécence. Elle pousse même le déni jusqu'à
présenter ce refus d'accorder l'égalité en droit aux femmes au nom de leur
impureté, comme la définition même de la liberté.
Le problème est que cette affaire est loin d'être anecdotique,
car si le Conseil de l'Europe est un organisme faible, dépourvu de toute
légitimité démocratique, son rôle est pourtant d'être «le gardien de la sécurité
démocratique, fondée sur les droits de l'homme, la démocratie et l'état de
droit» selon le Sommet de Vienne de 1993. De lui émane la CEDH
(Cour européenne des droits de l'homme), dont les arrêts, s'ils sont censés
avoir un caractère déclaratoire, influent énormément sur les cours de justice
de certains pays dans les faits. Si la Turquie ne fait que ce qui l'arrange et
ne leur accorde aucun crédit, la justice française, elle, par un arrêt de la
cour de cassation du 15 avril 2011 reconnaît la nécessité pour les états de
respecter la jurisprudence de la CEDH sans attendre d'avoir même modifié leur
législation.
C'est dire la gravité de l'influence d'organismes
violents, antidémocratiques et qui prônent le refus des valeurs universelles,
parce que présentées comme «occidentales» au regard du rôle absurdement confié
à un conseil, qui veille sur la démocratie en en étant l'antithèse. Il n'est
donc pas si étonnant que des émanations de l'organisation des Frères musulmans
ou de la fameuse Open Society (que l'on retrouve dans nombre d'affaires prônant
le port du voile ou attaquant la France pour sa législation ferme sur le port
du voile intégral) en font une porte d'entrée pour imposer sur le sol européen,
des signes à la fois religieux et politiques, profondément opposés à notre
civilité et à notre culture.
Le problème n'est pas tant la stratégie de ces organisations,
même si elles défendent un système de valeur qui est en rupture avec les
notions d'égalité et de liberté qui fondent nos sociétés politiques. Le
problème est l'influence grandissante qu'elles ont au sein des instances
internationales, qu'elles utilisent comme des chevaux de Troie.
L'influence d'organisations non démocratiques à la
manœuvre dans cette affaire parle de l'incapacité de nombre de dirigeants
européens à comprendre ce qui est en jeu et d'une naïveté abyssale en ce qui
concerne les associations dont elle ne paraît pas voir le rôle de lobby
politico-religieux que jouent certaines des plus influentes. Parmi celles-ci,
la FEMYSO (Forum of European Muslim Youth and Student Organisation),
association proche de l'Union des Organismes Islamiques en Europe (UOIE) et
liée aux Frères musulmans se vante d'être un partenaire incontournable de
l'Union Européenne. Elle a été étroitement associée à la définition de cette
scandaleuse campagne. Pareil pour l'European Forum of Muslim Women (EFMW) qui
est, selon Lorenzo Vidino, directeur d'un programme sur l'extrémisme à l'université
Georges Washington, l'émanation féminine de cette même UOIE.
Selon Florence Bergeaud Blackler, anthropologue et spécialiste
de ces questions, le FEMYSO est l'un des trente membres du Conseil consultatif
de la jeunesse auprès du Conseil de l'Europe. Imaginez un peu si ce même
conseil avait inclus une organisation néonazie ou une organisation de jeunesse
d'extrême-droite, comme Génération Identitaire, dans un conseil consultatif,
les cris d'orfraies qui auraient été poussés, à raison d'ailleurs, par les gouvernements
qui auraient rapidement mis fin à cette dérive. Là, cela passe crème alors que
ces organisations ne valent pas mieux.
En attendant dans cette histoire, la France semble
être la seule à s'indigner de cette campagne et à oser affirmer l'importance de
défendre l'égalité en droit des femmes et de lutter contre le prosélytisme
islamiste. Au moment où le voile est à la fois utilisé comme un moyen
d'attaquer l'idéal égalitaire de l'occident et de dénoncer comme de
l'islamophobie le refus de faire passer la charia avant la loi, l'Union
européenne choisit d'abandonner la cause des femmes et reprend la propagande
des frères musulmans, pour qui la bonne musulmane se résume à la femme voilée
qui consent à son infériorisation.
La France n'a pas été dupe de cette dérive prosélyte, qui s'en prend à l'égalité des femmes, en prétendant défendre la liberté. Elle a réagi par la voix de Sarah El Haïry, secrétaire d'État chargée de la jeunesse et de l'engagement : « Cette vidéo m'a profondément choquée (…) C'est absolument l'opposé de nos valeurs, des valeurs que la France défend ». La voix de la France n'est pas tout à fait restée sans écho, mais si le Conseil de l'Europe a prétendu suspendre sa campagne, cela s'est résumé à un retrait des visuels sur les réseaux sociaux. La prise de conscience de ce qui est en train de se jouer n'a toujours pas eu lieu et la puissance des réseaux islamistes, elle, a été démontrée.
Même quand la France dénonce la campagne, elle en reste aux conséquences et ne se mobilise pas sur les causes. Pour l'instant force est de constater que nul ne se dresse explicitement pour combattre l'influence islamiste qui grandit en Europe.
*Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste
et militante. Elle est la fondatrice de «Viv(r)e la République», elle a
également publié Silence coupable (Kero,
2016) et Ces biens essentiels (Bouquins,
2021).
" Le seul moment où un chien te brisera le cœur, c'est quand le sien cessera de battre ".
Le petit Vigo vient de nous quitter à l'âge de 17 ans et 7 mois, âge canonique pour les chiens. Il est né un premier avril 2004. Il a été baptisé Vigo de Belair. Vigo et sa soeur Verlaine, sont les enfants de Randy et d'Orphée.
Dynamique et turbulent à la fois, comparé à sa soeur Verlaine chétive et plus petite que lui de taille, Vigo faisait le meneur. Son nom comme le veut la règle instaurée par SCC (société centrale canine) depuis 1926 qui associe à chaque année une première lettre de nom, devait commencer par V, pour les natifs de 2004. Vigoureux comme il était, j'ai proposé à Hamida le non Vigo, qu'elle avait accepté pour rappeler sa vigueur, disait-elle.
Vigo adore monter sur le lit de Hamida. Un jour ne voyant plus clairement à cause de sa double cataracte de vieux chien; il a, en voulant descendre du lit, mal atterri malgré les nombreux tapis dont Hamida entourait son lit pour qu'il ne se fasse pas mal. Cette chute va lui être fatale. Une fracture d'une vertèbre cervicale en sera la conséquence. Ne pouvant lui mettre une minerve, Hamida l'obligeait au repos et pour cela, l'installa dans un lit à barreau de bébé. En quelques semaine de repos, Vigo semblait récupérer.
Puis un jour, voulant nettoyer son museau comme à son accoutumée, en frottant ses babines sur sa couverture, il a forcé la torsion de son cou au point que la vertèbre fracturée lui blessa la moelle épinière. Vigo s'est vite retrouvé paralysé des quatre membres.
Hamida pour abréger ses souffrances l'emmena chez le vétérinaire pour le faire euthanasier. La lésion médullaire étant trop importante, il mourra dans ses bras par arrêt cardiaque avant même d'arriver chez le vétérinaire.
Ainsi Vigo est parti sans avoir eu à subir les longues et pénibles maladies qu'avait connues son père Randy. On s'en doutait qu'il partira un jour mais Hamida l'espérait le plus tard possible. Et lui comme s'il l'avait compris, il prenait sur lui pour s'alimenter un peu pour lui faire plaisir; puisqu'elle le nourrissait à la seringue pour finir sa gamelle, pour ne pas le laisser dépérir depuis le départ de Randy.
Il est parti dans les bras de Hamida; ce qui est le rêve des chiens de mourir dans les bras de celui à qui ils ont tout donné, amitié et amour. Et ce qui console un peu Hamida, est de n'avoir pas eu à l'euthanasier et de le voir s'éteindre dans ses bras en toute quiétude.
En apprenant cette triste nouvelle, j'ai revu comme dans un flash, Vigo bébé que j'avais gardé avec sa soeur Verlaine tout un week-end, parceque Annie & Maurice s'absentaient. Il s'en est pris au papier peint de la salle de bain où je les avais enfermés pour la nuit, dont il tira un bout puis encore un autre, mettant un nu un pan du mur, comme pour dire sa désapprobation d'avoir été enfermé. J'ai réparé sa bêtise. Et depuis, chaque fois que je revois cette restauration, je revois le bébé Vigo qui me l'avait laissée en souvenir de lui.
Un mois plus tard, j'ai récupéré Vigo chez Maurice et Annie qui l'offraient à Hamida et que j'ai dû garder chez moi quelques jours avant de prendre l'avion pour la Tunisie, son pays d'adoption. Il était plein de vie et tellement joueur. Alors que cet été, je constatais l'effet de l'âge; puisque Vigo dormait beaucoup et ne voyait plus très bien à cause d'une cataracte bilatérale.
Ayant assuré le rôle de mère de substitution quand on l'avait séparé d'Orphée sa mère au sevrage à l'âge de 3 mois, il s'en est toujours souvenu; puisque à chacune de nos retrouvailles, il me fait une fête incroyable d'autant que j'étais porteur de " messages " de son père qu'il " lisait " des heures durant, en reniflant et humant mes mains qu'il léchait frénétiquement ainsi que mes affaires.
Vigo est comme un bébé pour Hamida. Il la consolait de la méchanceté de ses aînés. C'est un compagnon fidèle qui a confiance absolue en Hamida. Ces deux là, se comprennent bien; du moins Vigo sait se faire comprendre par Hamida, quand d'un regard et au besoin en l'interpellant de sa petite patte en lui grattant le bras, il communique avec elle. Elle lui parle alors; et lui, il lui répond en posant sa patte sur son bras en la fixant du regard avec l'air de converser avec elle. Un dialogue étonnant entre un enfant et sa maman.
Et tout petit de taille qu'il est, il est très tôt devenu son cerbère, rôle qu'il assurait même très âgé. Pour lui, Hamida est sa chasse gardée. Il la protège avec son petit corps. C'est touchant de le voir prendre son rôle de garde du corps, à cœur. Surtout quand elle est souffrante et s'alitait, il assurait son rôle de garde-malade et de garde-du-corps à la fois, comme pas deux. Le petit chihuahua qu'il est, devenait alors un féroce berger Allemand. Ce qui nous faisait rire car il grognait et aboyait mais ne mordait pas. Ce qui suffisait pour tenir à l'écart ceux qui s'approcheraient de prés de sa maman.
Hamida le prenait avec elle partout quand elle voyageait. Et comme son père Randy, Vigo adorait voyager. Occasions pour lui de retrouvailles avec Randy en villégiature en France, en Espagne, en Italie ou en Tunisie. Avec l'âge et depuis leur dernière retrouvaille à Pau avec Randy, suite à laquelle Vigo a déprimé gravement, pressentant qu'il ne verra plus son père; Hamida a sacrifié ses voyages pour le bien être de Vigo : elle n'a plus voyagé pour ne plus le perturber. Elle organisait sa vie autour de Vigo qui passait avant tout. Ce qui étonnait ses amis mais qu'ils respectaient. Elle qui adore voyager, a choisi de rester auprès de Vigo pour l'accompagner dans son grand âge. Mission accomplie. Elle a tout assuré jusqu'au dernier souffle de Vigo; puisqu'il s'est endormi dans ses bras en toute confiance, pour rejoindre Randy.
Son départ nous bouleverse. De là où il est désormais, il continuera à veiller sur Hamida comme elle a veillé sur lui durant toute sa vie.
Ils sont petits ces petits mais ils laissent un grand vide quand ils nous quittent : après Randy, voilà que son fils le rejoint au paradis. Une sympathique boule de poils pour les néophytes. Un grand cœur couvert de poils, pour les cynophiles qui les ont connus ! Ils vont beaucoup nous manquer ces deux-là. La vie des chiens est trop courte, c'est vraiment leur seul défaut.
Jean Pierre Ryf
ANALYSE DE L'ATTITUDE DE CAMUS SUR L'ALGERIE
Je reviens, une nouvelle fois, sur la position d’Albert Camus se refusant à envisager l’indépendance de ce pays, même s’il voyait bien, au fur et à mesure du déroulement de la guerre que cette solution allait probablement survenir.
Est-ce que cela a été une forme d’aveuglement, un refus purement sentimental ou, au contraire, le résultat d’une analyse politique, contraire totalement aux idées prévalant à l’époque, mais conforme, précisément, aux idées politiques de cet écrivain ?
Je pense qu’il est important de se poser cette question qui ne l’est pas souvent dans ces termes.
Cette décision a éloigné Albert Camus, non seulement de ceux qui l’avaient déjà excommunié au moment de la parution de l’Homme révolté, mais aussi, ce qui l’a beaucoup peiné, d’amis très proches, avec lesquels il avait une relation quasi fraternelle. Je pense notamment à Jean Sénac et à Jean Daniel.
Que devons-nous penser de cette position d’Albert Camus et cela porte-t-il atteinte à l’importance de sa pensée, à l’importance des leçons qu’il continue à donner au monde ?
Beaucoup ont expliqué et continuent d’expliquer cette position par son attachement à l’Algérie, sa terre natale ?
Je pense qu’il est inutile, ici, de redire la force de cet attachement ; et l’on pourrait citer mille phrases, extraites d’un peu partout dans son œuvre où il clame cet amour qu’il qualifie, en effet, souvent de vital pour lui.
Si l’on veut s’en convaincre, il faut relire son œuvre, les pages éblouissantes consacrées à ce pays et vous pouvez aussi, lire le très beau livre d’Alain Vircondelet : Albert Camus, le fils d’Alger dans lequel vous aurez accès à mille citations sur ce thème de l’amour du pays et des raisons de cet amour.
Cette explication a, évidement, sa part de vérité mais elle ne peut, à mon sens, tout expliquer.
Et cela d’autant moins qu’Albert Camus a été, dès sa toute jeunesse et tout au long de sa vie d’une grande lucidité sur la colonisation et que l’on peut dire, qu’avant beaucoup, il a été anticolonialiste en montrant les erreurs et même les crimes de cette politique coloniale.
Il faut donc ne pas oublier ses multiples écrits depuis « Misères en Kabylie » où il écrit, avant que ce ne soit dans l’actualité, que l’attitude de la France est inacceptable et qu’elle conduira inéluctablement au drame.
Comment dès lors, malgré ces jugements portés très tôt et avant même que les Algériens eux-mêmes, ne réclament l’indépendance, Albert Camus n’a pas été conduit à œuvrer pour cette indépendance ?
Je considère qu’expliquer sa position en se plaçant sur un terrain « sentimental » est, à la fois, insuffisant et très injuste car c’est faire l’impasse sur la lucidité et la pensée de cet homme.
Pour ma part je suis de plus en plus convaincu que sa position était en réalité justifiée par toute sa philosophie et que, l’avenir, c’est-à-dire ce qui est advenu, permet de dire qu’il n’avait pas tort sur son analyse même si la force de l’histoire et de la politique conduisait inévitablement à l’indépendance.
Autrement dit, connaissant les combats politiques de Camus, il n’était pas possible qu’il soutienne ceux qui luttaient pour l’indépendance à la fois dans la façon dont ils menaient cette lutte et dans les objectifs qu’ils se donnaient. Je ne parle pas ici du peuple Algérien mais bien des politiques, des dirigeants qui ont conduit ce mouvement.
On sait, et je n’insiste pas sur le fait, que dans sa vision politique, Albert Camus a lutte de toute son énergie et de toutes ses convictions contre deux fléaux de son époque et plus généralement de l’histoire humaine : le totalitarisme et le terrorisme.
Contre le terrorisme il publie dès 1949 sa pièce « Les justes » et contre les totalitarismes c’est l’ « l’Homme révolté » qui date de 1951, autrement dit des pensées qui ne sont pas liées à la guerre d’Algérie mais bien le fondement profond de son œuvre.
Dès lors s’abandonner et admettre des régimes totalitaires ou le recours au terrorisme, cela ne peut pas être Camus car il aurait dû renier tout ce qu’était sa pensée !
Or ceux qui ont conduit la guerre d’indépendance et qui ont d’ailleurs par la suite accaparer le pouvoir, ont usé très clairement et ouvertement du terrorisme et avait comme objectif un pouvoir totalitaire.
Ecrivant cela, je sais que je vais entrainer des polémiques et des critiques. Mais je ne pense pas cependant me tromper ; et l’actualité de l’Algérie depuis l’indépendance, me permet de dire que cette analyse est conforme à la vérité et qu’aujourd’hui beaucoup d’algériens eux-mêmes le pensent et veulent changer de modèle politique. Le Hirak, bien qu’ambigu, n’est-il pas la traduction du trouble des Algériens qui disent vouloir « reconquérir » leur indépendance ?
D’abord le recours au terrorisme et au terrorisme le plus violent et barbare, est évident, acté par l’histoire, et qui n’a d’ailleurs jamais été renié et condamné par les Algériens. Or ce terrorisme s’exerçait, là encore l’histoire est claire, à la fois contre les européens en Algérie mais aussi contre des Algériens hostiles au FLN.
Pensez-vous dès lors, que celui qui avait réfléchi, écrit et condamner le terrorisme dans de nombreux écrits (récits et pièce de théâtre), pouvait passer sur ces crimes et affirmer, par exemple, de manière odieuse ,ignominieuse, comme Sartre dans sa préface au livre de Franz Fanon : Les damnés de la terre :
« Le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen, c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ! Restent un homme mort et un homme libre »
Il semble d’ailleurs que Franz Fanon aurait contesté cette phrase et aurait voulu en parler avec Sartre sans pouvoir le faire en raison de sa mort.
Quoiqu’il en soit, voyez-vous Camus écrire ce genre d’horreur inacceptable ? Non bien sûr.
Ce terrorisme était-il inévitable comme certains l’ont théorisé ? Camus sur ce point a souvent cité Ghandi et sa non-violence.
En second lieu, le grand combat de Camus est celui contre les totalitarismes qui, sous prétexte de justice, le voyez-vous accepte d’enlever les libertés et même de tuer ?
Or l’histoire montre clairement encore que ceux qui dirigeaient la guerre d’indépendance, avaient en vue, selon les clans, soit le totalitarisme communiste soit le totalitarisme islamique.
C’est le livre de l’historien Roger Vetillard : « La guerre d’Algérie : une guerre sainte ? » qui m’a conduit à cette réflexion sur la position de Camus.
Là encore ce qui est advenu a montré que telle était le sort réservé à l’Algérie par ces dirigeants et que ce pays a connu d’une part les dérives du collectivisme et les dérives de l’islamisme et qu’il n’est toujours pas sorti de ces idéologies, certes contradictoires mais également destructrices.
L’Algérie depuis son indépendance a connu l’enfermement, le refus de l’ouverture, l’absence de démocratie et des droits de l’homme tout ce que Camus défendait.
Pouvait-il dès lors et conscient de cela, prendre le parti de cette indépendance ?
Beaucoup parmi ceux qui avaient soutenu ce mouvement d’indépendance et je pense à Jean Sénac et à ces beaux poèmes sur l’avenir du pays indépendant, sur l’ouverture et la liberté qu’il croyait advenir, ont bien vu finalement que ce n’était de leur part que des rêves qui ne se sont jamais accomplis.
Alors, si dans la position d’Albert Camus, il y a incontestablement une erreur d’appréciation sur la force de la volonté d’indépendance, sur la volonté du peuple Algérien de parvenir à cette indépendance en acceptant, provisoirement pensait-il peut être, un régime politique fermé et liberticide, il n’était pas possible au combattant du terrorisme et du totalitarisme de soutenir ce qui se passait.
Albert Camus était pris en tenaille entre ses convictions profondes et la force destructrice de l’histoire qui avance sans se soucier des nuances. Et qui est, comme on l’a souvent écrit, tragique.