mercredi 2 février 2022

ADIEU L'AMI, Raouf Ben MANSOUR

Encore un ami qui s'en va. J'ai appris la triste nouvelle aussitôt que Raouf fut hospitalisé suite à un accident. Dans le coma, son cœur a flanché à deux reprises. La troisième crise, lui a été fatale.

J'ai connu Raouf au lycée Mont Fleury. Nous n'étions pas dans la même classe : lui en terminale math et moi en terminale sciences. C'était l'année où débutait la mixité dans le secondaire. Nous n'étions qu'une poignée de garçons dans un lycée de jeunes filles. Il n'était pas difficile pour nous de nous rencontrer; puisqu'à la récréation nous nous retrouvions souvent entre garçons. Très vite nous avions sympathisé d'autant qu'il était d'un tempérament joyeux, prompt à faire des blagues à propos de tout le monde, des enseignants comme des élèves. Il était attentionné aux autres et ne cherchait pas à blesser par ses plaisanteries légères et taquines. En tous les cas les filles ne lui en voulaient pas. Bien au contraire elles cherchaient sa compagnie, parce qu'il était sympathique et avait une coupe à la Beatles avec de beaux et longs cheveux à la Paul McCartney, ce qui n'était pas pour leur déplaire. Mode qui plaisait aux filles mais aussi aux garçons qui admirions sa chevelure et son audace de la porter longue. 

Nous nous retrouvions souvent dans les excursions qu'organisait le lycée Mont-Fleury le dimanche, pour visiter Sousse, Hammamet ... occasion pour nous de nous amuser et de faire la fête loin des parents. 

Après obtention du baccalauréat, nous nous sommes régulièrement vus durant l'été pour courir les administrations en vue de l'inscription, lui à l'ENIT (Ecole Nationale des Ingénieurs de Tunis) et moi à la faculté des sciences; de l'obtention d'une bourse d'étude; et de l'octroi d'une chambre dans une cité universitaire. Ce qui fut fait en très peu de temps. Raouf usant de son charme auprès des secrétaires, elles traitaient vite et bien les dossiers qu'il leur remettait pour lui mais aussi pour moi et pour son ami Fathi Ch. 

Et c'est ainsi que nous nous sommes retrouvés étudiants boursiers et résidents dans la toute nouvelle cité universitaire à Mutuelleville, occupant deux chambres voisines en rez-de-chaussée : lui avec Fathi et moi avec un étudiant français venu faire des recherches pour sa thèse en géologie, en Tunisie.

Lui comme moi, bénéficions alors de locaux tout neufs dans le nouveau campus universitaire de Tunis, où venaient d'ouvrir leurs portes une école des ingénieurs, une faculté des sciences et une faculté de droit. 

La promotion de Raouf n'était pas nombreuse; et le peu d'élèves, étaient choyés par un directeur, lui même ingénieur ayant fait ses études en France : Mokhtar Latiri. Il leur offrait toutes sortes d'activités en dehors de leurs études, pour compléter leur formation : équitation, cinéma, photos ... Directeur dynamique, néanmoins adepte des Frères musulmans qui sera à l'origine de la mosquée au minaret stylisé attenante à l'ENIT. Il fera du prosélytisme pour l'islamisme, autrement dit pour le wahhabisme qui fonde l'action politique des "Frères" auquel certains de ses élèves vont adhérer; dont probablement Raouf qui me faisait l'éloge de Ghannouchi et défendait les réalisations d'Ennahdha, lors de notre dernière rencontre.

Raouf comme à son accoutumé, s'est vite formé un petit groupe d'amis composé de filles et de garçons pour étudier ensemble, réviser ensemble et se distraire ensemble. C'était la bande à Raouf. Il a eu la gentillesse de m'intégrer à certaines de ses activités parascolaires, dont l'équitation et le cinéma. C'est grâce à lui que j'assistais le soir aux cours de cinéma que leur prodiguait leur professeur de physique, féru de technique cinématographique qui joignait la pratique à la théorie en leur faisant faire un documentaire, caméra au poing ... c'est là où j'ai appris le b.a.-ba du cinéma.  

Pour l'équitation, nous allions à la Soukra où des militaires assuraient la formations des futurs ingénieurs à l'art équestre et qui m'acceptaient grâce à Raouf. J'ai le souvenir de chevauchées à travers des vergers luxuriants, jusqu'en bord de mer ... Soukra d'alors, étant vierge des constructions qui la défigurent depuis quelques années.

Nos chemins se sont séparés quand je suis parti en France poursuivre mes études à l'ENVA, après obtention de mon D.E.S à la faculté des sciences.

Raouf va poursuivre brillamment ses études à l'ENIT. Il était l'un des premiers ingénieurs tunisiens formés en Tunisie. 

Je n'ai découvert que tardivement que ma soeur Hamida est l'amie de Faouzia, la soeur de Raouf, élèves de la même classe au lycée de la rue de Pacha et qui l'invitait souvent à déjeuner dans la maison paternelle toute proche de leur lycée, ce dont il ne m'a jamais parlé. Pudeur ? Depuis, c'est par Hamida que j'avais des nouvelles de Raouf. 

La dernière fois où j'avais vu Raouf, c'était à la crémaillère organisée par Hamida dans son jardin, où j'ai eu plaisir à discuter avec lui, évoquant nos souvenirs du lycée comme ceux de l'université, entre autres. Un garçon affable et de bonne compagnie. Il va beaucoup manquer à ceux qui l'ont aimé.

Qu'il repose en paix.

Toutes mes condoléances à Faouzia, à la famille et aux amis de notre cher regretté Raouf.

Rachid Barnat

jeudi 27 janvier 2022

ARNAQUES DES ASSUREURS ET AUTRES PRESTATAIRES DE SERVICES ...

Article paru dans : Agoravox

Le travail au noir ...


ARNAQUES DES ASSUREURS ...

Vous avez un dégât des eaux ? Attention à la galère de la sous-traitance que pratiquent les assureurs : c'est une arnaque à tous les niveaux !

Un exemple parmi tant d'autres :

Votre banquier du " Crédit Mutuel ", vous propose une assurance. Il la sous-traite avec " Constatel ", une société d'assurance. " Constatel " la sous-traite avec " Dynaren ", une société d'assistance spécialisée dans la remise en état après sinistre. " Dynaren " la sous-traite avec "Bâtiment de France", une entreprise de bâtiment.

" Bâtiment de France " au nom " évocateur du bon ouvrage " et " rassurant ", tenu par un franco-algérien, exploite une main d'œuvre pas ou peu qualifiée, ne maîtrisant pas le français si elle ne le baragouinait pas, voir ne le parlait pas du tout : pakistanais, afghans, " noirs ", " arabes ", algériens, égyptiens ... visiblement sans papiers; et qui arrivent sur les chantiers par binôme, avec le strict minimum : pinceaux, couteaux de peintre, enduit et peinture ! Le binôme étant constitué par un gars avec " papiers " et un autre " sans-papiers "; l'un couvrant l'autre.

Pour le reste, et en cas de besoin qui sortirait de leur " ordinaire " mais qui fait partie de leur travail, c'est la panique chez ces "artisans" formés sur le tas, ne comprenant souvent pas le pourquoi du comment des gestes qu'ils ont appris machinalement à faire comme ouvrir les fissures dans le mur, les reboucher avec l'enduit et peindre au rouleau le mur ... pour pouvoir travailler et survivre. Ou la débrouille auprès du propriétaire ! Et gare au propriétaire non équipé et qui n'aurait ni marteau, ni tournevis, ni scie manuelle, ni scie électrique, ni perceuse, ni vis, ni clous ... son chantier lui restera sur les bras : parce qu'ils n'ont pas les moyens de le finir correctement, leurs employeurs les ayant équipés du strict minimum !

D'où le bâclage et le " travail d'Arabe " avec ces " nouveaux artisans ", que les entreprises françaises exploitent sans vergogne et harcèlent pour abréger votre chantier car d'autres les attendent ailleurs. Toujours dans l'urgence et la précipitation, ce qui explique l'usage abusif qu'ils font d'un radiateur électrique d'appoint faisant partie de leur panoplie, sensé réduire le temps de séchage préconisé entre les couches d'enduit et de peinture en dépit du bon sens et des recommandations des fabricants; laissant derrière eux d'autres dégâts en perspectives pour le client, faits de cloques et de fissurations induites par l'humidité cumulée ... qui nécessiteront de nouveaux " constats amiables ", auprès de votre assureur !

Et vogue la galère …

Une manne pour ces escrocs Assureurs, chipotant pourtant pour débourser le minimum pour vos dégâts des eaux et exploitant indirectement une main d'oeuvre bon marché ! Puisqu'ils dérogent même à la règle qui veut que lorsqu'un mur est touché par un dégât des eaux, ce sont les 4 murs qui seront repeints pour respecter la couleur des murs de la pièce. Ils refusent cette coordination de la couleur, vous laissant à votre charge l'harmonisation des murs saints.

Et qui est responsable ? Il faut le chercher, quand la responsabilité est diluée entre plusieurs intermédiaires.

Pour réclamer, il faut s'armer de patience car souvent vous vous trouvez avec des boîtes vocales lassantes, pour vous dissuader. Et si vous êtes patient et que vous avez quelqu'un au bout du fil, il vous renvoie à l'autre sous-traitant !

Sans parler des travaux convenus avec le préposé à l'établissement d'un devis pour les travaux de remise en état de vos dégâts des eaux, qui seront réduits à peau de chagrin quand les travaux commencent parce que les " instructions " de l'exécutant ont été modifiées en cours de route sans vous prévenir; de sorte que, le couteau sous la gorge, ils cherchent à vous facturer en supplément les travaux pourtant convenus de faire !

Et pour éviter toute contestation, aucun devis des travaux à faire ne vous sera communiqué malgré votre insistance pour l'obtenir : ils font tous la sourde oreille. Et pour cause : cela autorise tous les abus et toutes les arnaques.

Il ne vous reste alors qu'à ravaler votre colère; et si vous êtes adroit de vos mains, de retrousser vos manches pour finir vous-même les travaux convenus avec " Bâtiment de France ".

Et le plus touchant, alors que vous voyez bien qu'ils sont novices et ne comprennent rien au " bâtiment ", c'est quand ces immigrés reconnaissent qu'ils sont démunis et qu'ils feront de leur mieux pour vous satisfaire, s'ils ne dénonçaient l'arnaque de leur employeur envers vous ! Et " c'est comme çà ! ", ils vous disent, fatalistes et impuissants, victimes eux-mêmes du système et de leur propre misère.

... ET L'ARNAQUE DES FOURNISSEURS D'ACCES A INTERNET !

Pour le raccordement au câble coaxial ou à la fibre optique de votre appartement au boîtier du fournisseur d'accès à internet de votre immeuble, SFR sous traite avec des boîtes privées dont on ne peut connaître ni le nom, ni le nom de leurs chefs d'entreprise ni l'adresse ni le téléphone ... et qui vous téléphone d'un "numéro privé" pour que vous ne puissiez pas les rappeler ! Quand vous vous en étonnez, c'est pour " des raisons de sécurité ", vous expliquent les préposés aux réclamations de SFR; qui eux aussi, refusent de vous communiquer leur nom mais vous donnent tout au plus leur prénom souvent un prénom d'emprunt; alors que la politique " sécuritaire " de SFR vérifie auprès de vous : vos nom, prénom, adresse, adresse mail, numéro de téléphone fixe et numéro de téléphone portable !

Et le plus étonnant, ce sont les comportements de ces techniciens qui tentent par tous les moyens de vous soutirer de l'argent, arguant que SFR n'a pas " précisé " le travail à faire, qui au final vous incombe et qui sera à votre charge fatalement !

Attention, leur technique est imparable : ils vous mettent en colère avec leur mauvaise foi qui sent l'arnaque; et s'étonnent que vous soyez en colère, que " vous leur parliez mal "... 

Et de se lancer dans des diatribes du genre " Vous voyez comment vous me parlez ? ", " Pourquoi vous me criez dessus ? ", jouant la susceptibilité réelle ou feinte ... menaçant même de repartir sur le champs en vous laissant en plan avec le problème qu'ils sont venus résoudre. Vous mettant ainsi un peu plus la pression pour que vous cédiez et acceptiez de payer de votre poche un service que SFR vous assure qu'il est à sa charge et que vous confirme au téléphone le préposé de SFR qui présente régulièrement de plates " excuses " de SFR pour " les contretemps et les ennuis qu'elle vous occasionne ", vous privant de fait durant une bonne dizaine de jours, voir plus, d'Internet, du WiFi et de la TV ...

Ou pire, ils bâclent le travail fait " à contre cœur ", pour vous obliger de revenir à la case départ, et solliciter à nouveau les services techniques-SFR ... 

Sans parler de ceux qui recourent à ce genre de diatribe et s'énervent pour un oui pour un non, pour cacher leur incompétence parce que vous voyez bien qu'ils s'y prennent mal pour faire leur travail, car par expérience vous vous rendez compte du faible niveau de formation de ces " techniciens ". Plus ils s'énervent et plus est grande leur incompétance.

Et vous voilà reparti pour un tour : une nouvelle demande, un nouveau rendez-vous ... et pendant tout ce temps-là vous êtes privé d'internet bien que vous payez; pardon, bien que SFR prélève régulièrement sur votre compte bancaire les mensualités de votre abonnement,  puisqu'il a accès à votre compte, condition sine qua non pour vous abonner, vous facturant même un service interrompu par leur faute qui peut durer des semaines ! 

Le plus curieux, est que tous les intervenants au téléphone refusent de confirmer par mail ou par SMS ce qu'ils vous promettent, pour que vous ne disposiez d'aucune trace de leurs dires ni de leurs décisions, de sorte que d'un appel à l'autre et d'un intervenant à l'autre les réponses changent; chacun infirmant la décision de l'autre avec l'argument qu' " il ne sait pas ", se présentant lui-même pour le plus sachant et celui qui connaît le mieux les règles et la politique de SFR !

En somme vous êtes traité comme un chien dans un jeu de quilles, pris en otage par " la grosse boîte / SFR " et " la petite boîte / sous-traitante de SFR ", qui se renvoient la balle et mettent vos nerfs à rude épreuve !

Est-ce un hasard que les employés de ces " petites boites intérimaires " sous-traitantes pour " grosses boites " (Assureurs, SFR ...), soient souvent des " noirs " et des " arabes ", à la formation sommaire ? Esclavage des temps moderne ...

Voilà l'autre aspects de l'immigration illégale que certains Etats feignent de combattre (Angleterre, France ...) parce que lucrative pour toutes sortes de professions : bâtiment, hôtellerie, restauration, agriculture, service à la personne ... dont il ne faut pas fâcher les patrons, car ils votent ! 

Pourtant l'immigration a été toujours décriée et dénoncée par les responsables politiques populistes. Mais comment contourner ce mal nécessaire pour l'économie d'un pays, quand on sait que des vagues d'immigrations se sont succédées en France pour reconstruire le pays, après deux guerres mondiales qui ont détruit des villes entières : Russes, Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais, Maghrébins ... ?

La dernière trouvaille des politiques, est " l'immigration choisie ", autrement dit qualifiée dont la formation n'aura rien coûtée aux pays d'accueil : c'est tout bénef ! Et ce, au détriment des pays d'origine où une hémorragie de leur "matière grise" les font régresser sur tous les plans. Ainsi médecins, ingénieurs, infirmières ... arrivent en masse et sont accueillis à bras ouvert en Europe pour palier à un manque de personnel qualifié faute de politiques prévisionnelle de la part des dirigeants de ces pays.

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, ces immigrants fuyant la pauvreté et la misère ou la dictature et les guerres dans leur pays d'origine, sont une proie facile, bonne à exploiter par d'autres ... comme par les assureurs et autres prestataires de service !

Rachid Barnat



jeudi 23 décembre 2021

«Nous gagnerons par vos lois et nous vous gouvernerons par nos lois.», disent les Frères musulmans aux démocrates !

Les Frères musulmans surfent sur la naïveté des démocrates, occidentaux aussi !

Ils instrumentalisent tous les concepts tels que "démocratie", "droits de l'homme" ... pour arriver au pouvoir. Concepts occidentaux, disent-ils; puisqu'ils ne figurent nulle part dans le Coran, affirment-ils !

Erdogan ne disait-il pas que la démocratie est à usage unique ? Une fois au pouvoir, petit à petit il a islamisé la Turquie; et finira par imposer la chariaa !
Ce que font les Frères musulmans dans les pays du fumeux printemps arabe; et ce qu'ils finiront par faire en Occident aussi !

Ghannouchi ne dissuadait-il pas les islamistes d'Europe de créer leurs propres partis pour leur recommander de pénétrer les partis existants et influencer leurs lignes politiques, à défaut d'en prendre les règnes ?!

R.B

Marie-Thérèse Urvoy

L’islamisme ne vise pas à séparer mais à conquérir


L’islamologue publie Islam et islamisme, frères ennemis ou frères siamois? (Artège), un ouvrage érudit où elle analyse la montée en puissance d’une interprétation radicale du Coran au fil des siècles. Professeur émérite de l’université Michel de Montaigne Bordeaux 3 et de l’Institut catholique de Toulouse, Marie-Thérèse Urvoy a enseigné l’islamologie, l’histoire médiévale de l’islam, l’arabe classique et la philosophie arabe. Elle est l’auteur ou coauteur d’une vingtaine d’ouvrages sur l’islam.

LE FIGARO. – Quand apparaît le mot «islamisme» tel que nous l’entendons aujourd’hui, c’est-à-dire comme une forme politique et radicale de l’islam?

Marie-Thérèse URVOY.- Il est vrai que le «isme» dans islamisme n’a pas la même valeur que dans «christianisme» ou «bouddhisme»: il est censé ajouter une tonalité négative. Cependant, cet usage moderne du terme islamisme n’a rien à voir avec celui du XIXe siècle. Il s’agissait alors de distinguer la religion («islamisme») de la civilisation («islam»), sur le modèle du christianisme et de la chrétienté. Puis à partir des années 1970, «islamisme» s’est mis à désigner exclusivement une variante politique agressive de l’islam. Cela a abouti à la disparition de l’adjectif «islamique» au profit de «musulman». C’est une distinction très française.

La distinction entre islam et islamisme n’est-elle pas cependant judicieuse?

La distinction entre islam et islamisme est pertinente, le premier désignant le système socioreligieux comme tel, et le second étant en outre la conviction que les lois de l’islam doivent prédominer sur les lois des hommes. Mais elle ne désigne pas une simple distinction entre modération et radicalité. La modération et la radicalité sont affaire de musulmans individuels. Un musulman dit modéré est quelqu’un qui parvient à mettre une distance entre lui et les dogmes fondamentaux, et accepte de ranger sa foi dans son for intérieur. L’islamiste est celui qui pousse les préceptes de sa foi jusqu’au bout, la conquête de tout lieu où se trouve l’oumma. Partout où il y a deux croyants, l’oumma est là.

Contrairement au christianisme, l’islam porte dès l’origine une dimension politique. Ce n’est pas seulement une religion, mais un code qui régit l’essentiel de l’existence. Le chrétien ne pourra pas tirer de préceptes politiques clairs des Évangiles. En revanche le musulman trouvera toujours de la politique dans ses textes sacrés: la discrimination entre musulmans et non-musulmans est inscrite dès la charte de Médine dictée par le Prophète. La distinction entre musulmans et dhimmis est éminemment politique, ainsi évidemment que celle entre homme et femme, détaillées dans tous les traités de droit islamique.

Tout de même, n’y a-t-il pas eu, tout au long de l’histoire, un combat entre une interprétation modérée et une interprétation radicale du Coran?

Ce débat est apparu très tôt, mais, au fur et à mesure que l’islam progressait géographiquement, il s’est arrêté. Entre le IXe siècle, où la foule s’est opposée à une tentative du pouvoir d’imposer une dogmatique rationalisante, et le XIIIe siècle, il y a eu une série de trois durcissements appelés traditionnellement les «restaurations du sunnisme», c’est-à-dire de la conception traditionnelle. Dans le premier épisode, le personnage d’Ibn Hanbal (mort en 855) apparaît pour fonder une école juridique, la plus littéraliste, qui sera reprise neuf siècles plus tard par le wahhabisme. C’est une évolution en négatif. Il y a eu un dépérissement du débat spirituel en islam.

L’appellation « islam des Lumières » est française. Ses promoteurs cherchent dans l’histoire des exemples qu’ils enjolivent. On a instrumentalisé Averroès et on a répandu l’image mythifiée d’un apôtre de la tolérance.

Pourquoi les plus radicaux ont-ils acquis une influence croissante?

Je crois que c’est parce qu’ils ont réussi à s’appuyer sur le sacré des textes. Avec cette conception du Coran comme dictée divine livrée à Mohamed, la nature du texte coranique favorise le durcissement, le raidissement idéologique. Il y a eu des tentatives de réforme, mais aucune n’a abouti. On peut prendre l’exemple du Soudanais Mahmoud Mohamed Taha qui a tenté de promouvoir une version théologique libérale de l’islam dans les années 1960, en élaborant toute une distinction entre la période mecquoise et la période médinoise. Il a subi une levée de boucliers de la part des théologiens d’al-Azhar et a fini par être considéré comme apostat et pendu à Khartoum en 1985. Ou encore, l’Égyptien Ali Abdel Raziq, un cheikh de l’université islamique du Caire al-Azahr qui, dans les années 1920, voulait éliminer le concept même du califat, jugé mortifère, et développer une version non politique de l’islam. Il a été chassé de son poste de juge religieux, mis au ban et n’a dû la vie sauve qu’au fait qu’il appartenait à une famille importante. Quand certains musulmans élèvent la voix pour dire qu’ils veulent un autre islam, personne ne les écoute ; bien plus, ils sont persécutés.

Le surgissement du voile est-il un produit de l’islamisme?

Dans le Coran il n’y a pas un seul verset qui prescrive le voilement. Il y a deux versets rattachés au port du foulard, mais quand on regarde l’étymologie des mots utilisés, cela n’a rien à voir avec les voiles d’aujourd’hui. Comme l’a dit al-Ashmâwî, qui fut l’un des conseillers de Sadate, le hijab n’est pas islamique. Dans le Coran, le voilement concerne les femmes du Prophète (XXXIII, 59), et il ne parle pas de la tête, mais de la poitrine: «Rabattez vos voiles sur vos gorges» (XXIV, 31).

Dans certains pays la tenue traditionnelle a été progressivement sacralisée, par une surinterprétation des textes. Dans d’autres, essentiellement au Moyen-Orient, un courant féministe s’est activé, autour des années 1920, pour résister à la poussée islamiste, ce qui, en réaction, a entraîné un durcissement et une généralisation des exigences islamistes.

L’erreur de l’Occident, c’est d’avoir accepté au départ des prémisses qui se sont développées et aggravées avec le temps. Ça a commencé à la fin des années 1970. Nous en sommes à ne plus pouvoir lutter contre l’envoilement total des femmes. Nous voulons sauver les femmes voilées des pays islamiques et ensuite nous nous battons avec la laïcité en Occident parce que les mêmes veulent le voile jusque dans sa forme la plus outrancière, lequel, au dehors de terres islamiques, a un sens avéré de marque politico-communautaire.

Vous critiquez dans votre livre le thème de l’islam des Lumières, souvent mis en avant comme une référence oubliée qu’il conviendrait de réinvestir pour sauver l’islam de ses penchants violents. Pourquoi?

Il faut relier ceci aux illusions occidentales sur la transition des musulmans vers un islam moderne. Cette appellation «islam des Lumières» est française. Je suis tentée d’y voir une corruption du sens historique des «Lumières» réduites à un simple qualificatif laudatif. On a la même chose avec un supposé «islam de progrès» ou la mise en avant du soufisme censé être plus modéré. Les promoteurs de cet «islam des Lumières» cherchent dans l’histoire des exemples qu’ils enjolivent. L’idée est de montrer que cela est possible dans le futur, car cela a déjà existé dans le passé. On a beaucoup instrumentalisé Averroès (1126-1198) par exemple, en en faisant une figure quasiment voltairienne. En réalité, c’était un juge sourcilleux de la légitimation religieuse, un prédicateur qui appelait au jihad. C’était un musulman pieux, normal, parfaitement inscrit dans l’idéologie de son époque. Le film Le Destin (1997), du réalisateur égyptien Youssef Chahine, a beaucoup contribué à répandre l’image mythifiée d’un apôtre de la tolérance. «Chacun doit se soumettre aux principes religieux, les suivre et ne pas douter de ceux qui s’y sont ancrés. Car les nier et les discuter rend vaine l’existence humaine et de ce fait les hérétiques doivent être tués», écrivait-il. Difficile d’y voir un antidote à l’islamisme.

À vous lire, il y aurait une sorte de fatalisme qui condamnerait l’islam à rester violent. Ne croyez-vous pas pourtant que la grande majorité des musulmans entendent sans aucun doute vivre une vie paisible?

Ces musulmans-là existent bel et bien. Cependant ils ne sont pas encore une force de frappe assez nombreuse pour imposer leurs volontés et leur désir d’une société laïque et moderne. Ils n’ont pas droit à la parole. Actuellement ce sont les musulmans fidèles à leurs fondamentaux (fréristes, salafistes, etc.) qui tiennent le haut du pavé. Ils se nourrissent de l’ignorance crasse de l’Occident de ce qu’est l’islam.

Comment jugez-vous les efforts du gouvernement français pour réguler l’islam de France?

On m’accuse souvent de pessimisme. Mais je n’ai souvent que de l’avance sur les constats qui sont faits par les politiques eux-mêmes. Au début, il y a une certaine naïveté, et quand celle-ci disparaît, il est trop tard. Quand j’entends le ministre de l’Intérieur dire qu’il ne peut pas fermer plus de six mois les mosquées salafistes, car c’est la loi… il faut changer la loi.

Quant à la «loi sur le séparatisme islamiste», c’est le mot même de «séparatisme» qui pose problème. Il n’est pas adéquat, car l’islamisme ne vise pas à séparer mais à conquérir. Lorsque la démographie le lui permet, il ne veut pas partager et œuvre à exploiter les moyens administratifs et financiers de l’État d’accueil, avec l’intention de les subvertir au profit de la seule communauté universelle, appelée oumma. Ce qui est illustré dans la proclamation fameuse avec laquelle sont taraudées les terres d’accueil : «Nous gagnerons par vos lois, et nous vous gouvernerons par nos lois.». Et qu’illustre également l’imam Iquioussen (prédicateur vedette sur internet, figure de l’ex-UOIF, NDLR) en incitant ses coreligionnaires à traiter avec des candidats aux élections : apport des voix contre satisfactions données à leurs exigences.

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lundi 13 décembre 2021

Une irrésistible ascension : qui peut arrêter Abir Moussi ?

La ligne éditoriale de Kapitalis, aura-t-elle changée ? Certains de mes articles qui sont consacrés à Abir Moussi et au PDL, n'étaient pas édités, au mieux différés au-delà de l'événement du moment, concernant cette opposante au système mis en place par Ghannouchi et ses complices pan-arabistes. Alors que dans le même temps, ce médias éditait ceux qui la critiquaient en reprenant les "arguments" des Frères musulmans d'Ennahdha faisant d'elle leur tête de Turc. 
Je suis surpris du portrait dithyrambique (ci après) qu'en fait Kapitalis. Tant mieux. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.
Cependant, l'auteur va vite en besogne en comparant la popularité du "professeur" et celle de l'avocate pour les mettre sur un pied d'égalité; alors qu'il doit savoir que si celle de Abir Moussi est réelle et palpable sur le terrain, ses meetings et ses réunions politique déplaçant spontanément les foules; celle de Kaïs Saïed est fictive ne s'appuie que sur les réseaux sociaux. Dommage qu'il n'ait pas fait ce distinguo, d'autant que Kaïs Saïed personnage hors temps par sa culture et son langage, pour ne pas dire passéiste, ne l'étonne pas qu'il recourt à une technologie des plus modernes, pour se demander qui derrière cet extra-terrestre sans parti politique pour se retrouver subitement président de la Tunisie avec 72% des suffrages ... plébiscité par les jeunes ! Ni, qu'il n'ait rappelé les bâtons dans les roues que met Kaïs Saïed à Abir Moussi, la harcelant et l'empêchant de toute activité politique sous des prétextes toujours fallacieux !!
R.B

Imed Bahri

Qu’est-ce qui fait courir Abir Moussi et qui peut arrêter son ascension ? Par la multiplicité et la densité de ses activités, qu’elle diffuse elle-même, et souvent en direct, à travers les réseaux sociaux, l’infatigable présidente du Parti destourien libre (PDL) donne le tournis à ses partisans autant qu’à ses adversaires, qui ont du mal à suivre son rythme endiablé ou à rivaliser avec sa verve tribunicienne ou sa capacité de mobilisation populaire.

Si beaucoup d’acteurs politiques détestent cordialement la présidente du PDL, qui leur fait de l’ombre, la plupart d’entre eux la craignent et reconnaissent son talent, d’autant qu’elle continue de s’imposer, jour après jour, comme la principale figure politique en Tunisie capable de se mesurer à Kaïs Saïed, le très populaire président de la république, et peut-être même aussi de le battre à plates coutures lors de la prochaine présidentielle.

Rien ne lui a été donné d’avance

Cette dame de fer, dont on a tort de réduire le programme politique à une hostilité absolue au parti islamiste Ennahdha, n’a pas seulement une volonté de fer, une conviction qui déplace les montagnes et de l’énergie à en revendre, elle est aussi un véritable animal politique. Elle a, en tout cas, toutes les qualités requises pour un futur chef d’Etat : d’abord la tête bien faite d’une ancienne première de la classe (elle avait obtenu tous ses diplômes en étant lauréate de sa promotion), une éloquence de grand tribun qui sait improviser sans perdre le fil d’une pensée bien structurée, une connaissance intime des lois de la république, une détermination qui ne faiblit pas devant les obstacles de toutes sortes que l’on met sur son chemin, trouvant dans l’adversité un moyen pour affûter ses armes et aller toujours de l’avant, ne rechignant jamais à la tâche et multipliant les contacts avec les petites gens dans le profond pays…

Cette femme, que certains veulent souvent réduire au statut de rescapée ou de survivante de l’ancien régime dictatorial de Ben Ali, est pourtant, en vérité, la figure politique la plus marquante et la plus méritante de la génération passée aux commandes après le 14 janvier 2011. C’est, en effet, après ladite «révolution» qu’elle a commencé à s’imposer sur la scène politique, qui plus est, dans un contexte d’ouverture tout azimut et de rude concurrence. Et dans cette irrésistible ascension, elle ne doit rien à personne, car personne ne lui a rien donné. Elle a tout pris avec ses propres moyens et en comptant sur sa force de caractère, son irrésistible charisme et son grand flair politique : elle sait trouver les idées mobilisatrices et les slogans qui font mouche.

Une popularité qui ne faiblit pas

Abir Moussi, que beaucoup de biens pensants aiment détester, a, en réalité, arraché sa place au centre même de l’échiquier politique tunisien, contre vents et marées, car personne ne la ménageait et tous craignaient ses coups de gueule et ses coups de pattes qu’elle sait asséner, sans excès de langage ni haine ni vulgarité. Ses mots sont souvent taillés dans l’esprit et le texte des lois : des mots d’une fine juriste qui sait parler un langage simple que comprend le petit peuple. Et c’est ce petit peuple, davantage que les élites sophistiquées des quartiers huppés, qui la plébiscite et qui voit en elle la seule personnalité capable aujourd’hui de prendre en main le destin du pays avec la poigne, la rigueur, la foi et le dévouement nécessaires.

La présidente de PDL en fait peut-être trop, comme disent certains de ses détracteurs. Son narcissisme lui inspire certes parfois des postures où l’outrance le dispute à l’entêtement, mais ce «défaut» n’est-il pas en réalité l’une des conditions de la réussite en politique où l’altruisme idéaliste des bien-pensants est rarement porteur ?

Quoi qu’il en soit, ceux qui parient sur la chute de la popularité de Mme Moussi et ne cessent d’annoncer à cor et à cri l’imminence de sa fin politique, en ont à chaque fois pour leurs frais, car les sondages se suivent et leurs résultats se ressemblent en donnant le PDL en tête des intentions de vote pour les législatives et en donnant Mme Moussi en seconde position dans les intentions de vote pour la présidentielle derrière Kaïs Saïed, avec, toutefois, une tendance constante qui doit inquiéter ce dernier, l’effritement de l’écart entre le professeur de droit et l’avocate. Et cela se comprend, car on a beau dire et répéter que Abir Moussi est desservie par son passé de RCD-iste; en réalité, elle ne cesse de prouver qu’elle a, plutôt, un grand avenir devant elle : une véritable «autoroute» que ses adversaires, par leurs mesquineries et leurs petitesses, ne cessent de baliser devant elle.

dimanche 12 décembre 2021

Lettre ouverte aux falsificateurs de l'Histoire ...

La France tout comme la Tunisie, sont des pays de brassage ethnique depuis la nuit des temps, n'en déplaise à Zemmour et à Le Pen pour la France et à Ghannouchi et ses amis pan-arabistes qui s'obstinent à faire des Tunisiens des arabes parce qu'arabophones, oubliant que la tunisianité des Tunisiens est le produit de 3000 ans d'histoire

Ce qui faisait dire à Bourguiba, que la Tunisie par son histoire et par sa position géographique, a vocation à faire partie du monde occidentale que du monde arabo-musulman et de la lointaine Arabie, comme le veulent les pan-islamistes et les pan-arabistes.

R.B


Il y a un peu moins de 1000 ans, n'en déplaise à Z et autres nationalo-populistes à l'esprit très "imaginatif" et à la mémoire sélective, la France n'existait pas. Il y avait, entre autres, les Plantagenêts et les Capétiens, ces derniers appelant judicieusement leur royaume morcelé et instable "Royaume des Francs" et se nommant "Rois des Francs" (et non de France, car inconnue à leurs yeux) sur leurs pièces de monnaie.
Les Francs étant d'ailleurs une tribu germanique (une région de Bavière porte le nom d'une partie de leurs territoires d'origine), dont le représentant le plus célèbre fut Charlemagne, qui établit le siège de son empire à Aachen (Aix-la-Chapelle, Allemagne) et ne parlait que deux langues : le francique (dialecte germanique proche des dialectes actuels de l'Allemagne centrale), qui était sa langue maternelle, et le latin qu'il apprit plus tardivement pour pouvoir mieux régner administrativement sur les ruines européennes occidentales de l'Empire Romain que ses lointains ancêtres avaient conquis et qu'il réunifia partiellement sous sa tutelle.
La France métropolitaine, telle que nous la connaissons, dans une quasi unité politico-géographique (mais pas culturelle), a au mieux 400 ans. Son unité linguistique, hors langue administrative (issue de la langue d'Oïl, à composante celto-germano-latine), est encore plus récente. Quant à ses frontières actuelles, elles ont moins de 200 ans (rattachement par un traité de Nice et de la Savoie à la France en 1860, le Val d'Aoste restant italien).
De même, le concept d'une Gaule mythiquement unifiée, cher aux mêmes nationalo-populistes, date des débuts de la 3ème. République, donc de la fin du XIXème. siècle. Ce sont les romains qui appelèrent Gaule le territoire composé de tribus celto-germaniques entre Mer du Nord, Alpes et Pyrénées. Lesquelles tribus passaient leur temps à se faire la guerre entre elles au point que les armées romaines conquirent ce vaste territoire, à pied et en moins de 7 ans, au cours de plusieurs campagnes militaires qui mobilisèrent au mieux 15000 légionnaires latins.
L'Empire Romain était d'ailleurs un vaste melting-pot ethnique, linguistique (où le latin n'était qu'une langue administrative) et culturel. Plusieurs empereurs et militaires romains qui en firent la réputation n'étaient pas des latins mais natifs d'Afrique ou d'Asie. Grâce à son ouverture et à sa capacité d'intégration et de promotion de populations d'origines diverses, il dura presque 2000 ans (Byzance inclus). On ne trouve pas trace de racisme dans les écrits latins de cette époque. Bien au contraire. Il suffit de lire, parmi d'autres, les écrits de Tite Live, Tacite, Marc Aurèle (militaire, empereur et philosophe), Flavius Josèphe (militaire et historien), Sénèque et Cicéron pour s'en convaincre. L'Empire Romain n'était pas "étriqué", grâce à l'esprit et à la pensée de tous ceux, de toutes origines, qui contribuèrent à sa réussite. Ce fut sa force plus que ses légions multi-ethniques.
Quant aux Celtes : ils venaient du sud de l'Asie (grosso modo de l'Inde, du Pakistan et de l'Afghanistan actuels) avant de s'établir durablement dans l'est de l'Europe puis de se répandre principalement dans son nord-ouest. Ainsi que la plupart des peuples indo-européens qui colonisèrent l'Europe et dont beaucoup d'entre nous sont les lointains descendants ; lointains descendants seulement car il y eut bien d'autres mixages de populations après eux et il y en aura encore d'autres après nous, n'en déplaise à certains. C'est l'histoire de l'humanité et le futur ne nous appartient pas plus que le passé.
Monsieur Z, lui, porte un nom arabo-berbère et son prénom est d'origine germanique. Et les chiffres qu'il utilise, comme nous tous pour calculer, sont d'origine arabe. D'ailleurs ils sont toujours qualifiés officiellement comme tels.
Il est donc bon de visiter des expositions comme celle consacrée en ce moment au Royaume des Plantagenêts par l'Abbaye Royale de Fontevraud (Anjou). Elles ont le mérite de rappeler les réalités historiques.
Quant au chroniqueur-amuseur public Z, il ferait mieux de retourner sur les bancs de l'école pour (ré)apprendre tout ceci. Et plutôt que se présenter facétieusement aux prochaines élections présidentielles, il serait plus utile qu'il donne des cours d'orthographe et de grammaire à beaucoup de ses supporters énamourés, lesquels ont des lacunes manifestes en la matière, au point qu'à les lire on ne se croirait plus ... en France !
Et pourtant, nous avons tous bénéficié d'une scolarité obligatoire, non ? Comme le dirait J.M. Le Pen, patriarche d'une dynastie nationalo-populiste mais de plus grand renom que Z en la matière : "être français, cela se mérite". Et moi, j'y oppose fermement le verset biblique : "La paille qui est dans l'œil de ton frère, tu la vois. Mais la poutre qui est dans ton œil, tu ne la vois pas." Mais si "être français cela se mérite", commençons donc par une remise à niveau en orthographe et grammaire pour les français qui se proclament "soucheux". À lire leurs commentaires sur les réseaux sociaux, beaucoup d'entre eux en ont un cruel besoin.
Comme l'écrivit Émile Zola, fils d'immigré italien : "La langue est le ciment d'un pays". Et il maniait bien mieux la langue française que certains chroniqueurs-amuseurs publics contemporains.
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Zemmour, c'est la Saint-Barthélémy de l'esprit.
Sur France-Inter, Eric Zemmour nous explique que le catholicisme a un droit d'aînesse en France, non seulement sur l'islam, mais aussi sur le judaïsme et le protestantisme. Le vocabulaire ne manque pas d'intérêt. Le christianisme est réduit au catholicisme romain, le mot protestantisme désigne une religion extérieure à l'Eglise, quand la Réforme rappelle sa fondation, à savoir les proclamations de Luther sur la porte de l'église d'Augsbourg et, en France, les thèses formulées par Jean Calvin, chapelain de la cathédrale de Noyon, Picardie, ville où il naquit en 1509. Quant au droit d'aînesse, il a été aboli en France avec tous les privilèges, dans la nuit du 4 août 1789.
Au passage, ce droit d'aînesse rendu aux catholiques, qui ne le demandent pas, contredit Jean-Paul II, qui appelait les juifs "nos frères aînés dans la foi". Pour Zemmour, les religions minoritaires sont seulement tolérées, et il rappelle l'obligation de modestie imposée aux synagogues et aux temples, construits au XIXème siècle et qui selon lui devaient être masqués par un mur. Cette obligation date en fait du moyen-âge, elle n'a jamais figuré dans les lois de la République et les constructions du XIXème siècle n'y étaient pas soumises. Il suffit pour s'en convaincre de regarder la façade de la grande synagogue de Paris, rue des Victoires, et la statue de Gaspard de Coligny, érigée en 1889 devant l'oratoire réformé du Louvre.
Selon Zemmour, les églises sont le visage de la France, quand les temples, les synagogues et les mosquées ne sont que des pièces rapportées.
C'est historiquement faux, les fondements du judaïsme moderne furent écrits ancien français, par Salomon de Troyes, Rachi (1040-1105). Une nation se définit par sa langue, disait Michelet, il est vrai descendant de Huguenots, et les commentaires de Rachi sont écrits en français, un peu avant la Chanson de Roland.
L'établissement des juifs en France précède la fondation de l'église apostolique, et si peu de synagogues forment le paysage français c'est qu'elles ont été détruites.
Celle de Rouen précédait la cathédrale, les juifs assuraient la prospérité de la ville avant l'arrivée des Vikings. Ils furent massacrés par les preux chevaliers en route pour la première Croisade, en 1096. Le magnifique palais épiscopal de Rouen, à n'en pas douter visage de la France, a été bâti sur les ruines de la ville juive et de la synagogue. Les temples, églises réformées, ont eux aussi été détruits massivement, sur ordre de Louis XIV, lors de la révocation de l'édit de Nantes. Il s'en trouvait dans chaque village des Cévennes et du Forez.
Il s'en trouve tout de même d'impressionnants en Alsace, celui de Mulhouse est une ancienne cathédrale, mais pour Zemmour cette région n'est sans doute pas tout à fait française, puisque Pétain l'avait cédée à l'Allemagne en signant l'armistice du 22 juin 1940.
Nul doute que les clochers marquent le paysage français, mais avec Zemmour, on y entend la sonnerie aux juifs de la cathédrale de Strasbourg et le tocsin de Saint-Germain l'Auxerrois au soir de la Saint-Barthélémy. Les Huguenots ne seraient donc pas la France, ni Coligny, ni Sully, ni Henri de Condé, pour ne rien dire du roi de Navarre...
Il est vrai que le pasteur Trocmé du Chambon sur Lignon et les descendants des Camisards des Cévennes n'ont pas obéi au Maréchal, ces mauvais français sauvèrent des milliers de juifs "étrangers" que la police de Vichy ne put livrer aux bourreaux nazis.

Zemmour, décidément, c'est la Saint-Barthélémy de l'esprit.
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L'Algérien, mal dans sa peau, mal dans son pays ...

Pauvres Algériens, toujours otages d'un FLN prisonnier d'un passé qui ne passe pas !
R.B


Kamel Daoud 

Le pays de nos yeux fermés

Fascinante expression : “L’ennemi de derrière les mers.” Leitmotiv de la théorie du complot, rappel de l’histoire, mais aussi topographie de nos imaginaires mauvais marins. Car chez nous (comme chez d’autres), la géographie est un produit dérivé de l’histoire et l’imaginaire collectif y projette ses peurs et ses préjugés. La mer est donc la porte mal fermée de notre histoire, le lieu par lequel sont venus les Ottomans, les Français, les Vandales, les Espagnols et tous ceux qui manquaient de terres ou d’argent.
La mer reste associée à la peur, l’invasion, la nudité des vaincus, l’exposition, le malaise et la mort, la perte de l’identité et des valeurs. La mer, c’est le lieu de bataille des islamistes contre le corps, l’endroit où on perd le corps par la mort, mais aussi le seul moyen de vaincre la mort quand on n’a pas de visa. Lieu de chaloupes, frontière, mur horizontal.
On a été pirates vainqueurs, on n’en garde que le souvenir d’une défaite. La baie d’Alger d’ailleurs n’existe que vue de face, par l’arrivant. Mais la baie d’Alger est un lieu “pied-noir” pour les Algériens, le point de vue de l’immigré, un visage que l’on ne peut voir de face. Ceux qui habitent Alger ne la voient jamais, cette baie, que dans le langage ébloui des étrangers.
Autre lieu de notre géographie mentale, la montagne. Lieu du fantasme de l’authenticité, du “vrai”, point de départ de la généalogie. Quand la mer nous a envahis, il ne nous restait du pays que ses montagnes : lieu de refuge, mais aussi lieu de l’identité. La montagne, c’est la révolte, le maquis, la guerre, la résistance. Une casbah d’arbres, de grottes et de broussailles. On n’y va presque jamais pour escalader, mais pour se défendre. Pas pour respirer, mais parce qu’on est en colère ou attaqué. La montagne, c’est le manteau de la colère.
Et d’autres lieux ? La plaine. C’est la terre des trahisons lentes. Y vivent les vaincus, les déracinés, ceux qui n’ont plus d’armes ni de racines. La plaine, c’est un peu la ville, l’histoire de nos défaites, le lieu où on ne fait plus la guerre, mais les morts. La plaine, c’est un peu le village mais déjà la ville et ses perditions. La plaine, c’est la terre du pouvoir du moment. Toute la plaine va d’ailleurs vers la ville.

Et la ville ? C’est là où personne n’a une véritable adresse. La ville, c’est le lieu des vainqueurs ou du butin. On veut y aller, mais on ne l’aime pas. On s’en réclame, mais pour se réclamer d’un village des origines. On y habite, mais elle n’est jamais à nous. Les villes algériennes, au Nord, sont l’œuvre du vainqueur, sa trace sur nos peaux tannées. Le mauvais tatouage de notre histoire. Alors, on rêvera toujours de construire une nouvelle capitale, on se réclamera des quartiers mais pas de la totalité, et on attend que les centres villes tombent en ruine pour déplacer la ville. La ville est désirée, mais insultée. C’est là que l’on apprend à lire et écrire, c’est-à-dire à trahir. La ville est la liberté et la liberté, c’est la perte de la tribu, des femmes et des terres. La ville, un puits. Une impasse et une angoisse.
Le Sahara est aussi une topographie de nos imaginaires. Du fantasme de celui qui croit retrouver une origine plus vaste que la sienne. Un lieu où l’on respire, dans un pays qui n’a qu’un seul poumon. Mais le Sud est un pays vu de dos, une immobilité saluée comme une authenticité, un folklore que l’on veut figer, le plus grand selfie de l’Algérien du Nord. La réalité et différente car le Sud est invisible.
Même Abdelkader le Malien est un Tlemcénien blanc. Et être Noir algérien, c’est être une dune avec un sourire, un dromadaire avec un imzad, un Mali sans Malien, une route pour le lait en poudre et l’âme en cendres.
La liste peut être longue. On peut citer la route, par exemple : quand elle n’arrive pas chez soi, on la réclame, mais dès qu’elle est là, on la coupe.
C’est une histoire d’amour/haine avec le pouvoir, romain ou autre. La frontière aussi : lieu où les martyrs filtrent le passage des vivants, le plus grand bijou en or de l'Algérie fantasmée, seconde épouse du militaire et du contrebandier.
On peut citer la “villa” : lieu du véritable pouvoir, contraire du palais, lieu des complots des deys d’autrefois et d’aujourd’hui. On peut continuer. C’est comme une archéologie d’amateur, la coupe verticale dans le corps d’un Algérien assis, une enquête sur nos imaginaires. Avis aux amateurs, comme l’auteur de ces lignes.
La villa Abd-el-Tif, par Albert Brado (1894-1964)