mardi 3 mai 2022

De fête en fête, Kais Saied balise sa route pour une nouvelle dictature


De fête nationale en fête religieuse, Kaïs Saïed dévoile ses réelles intentions depuis son coup d'Etat du 25 juillet 2021 à l'occasion de la fête de la République et les Tunisiens découvrent à travers ses discours "martiaux" qu'il n'a nullement l'intention d'en finir avec l'islam politique comme il le leur avait fait croire mais qu'il ne fait que régler ses comptes personnels avec Ghannouchi. En réalité, en s'attribuant tous les pouvoirs, Kaïs Saïed est en train de mettre tout en oeuvre pour se maintenir à Carthage; puisqu'il est en guerre contre les Destouriens et sa véritable opposante Abir Moussi et non contre Ennahdha que les Tunisiens désespèrent de le voir interdire ! 

R.B


Lilia Blaise 

En Tunisie, la difficile opposition au président Kaïs Saïed

Neuf mois après sa prise de pouvoir, associations et intellectuels restent divisés sur la façon d’agir face aux risques de dérive autoritaire.

C’est devenu un rituel depuis son coup de force du 25 juillet 2021. A chaque date-clé (anniversaire, fêtes religieuses, etc.), le président tunisien Kaïs Saïed prononce un discours pour justifier sa « feuille de route », égratignant au passage la classe politique et tous ses détracteurs, des « ennemis de la démocratie au service de forces étrangères ».

Dimanche 1ermai, jour de la fête du Travail et veille de l’Aïd-el-Fitr, il n’a pas dérogé à la règle. A grand renfort de tirades belliqueuses contre ceux qui « essayent d’atteindre l’Etat pendant le ramadan plutôt que de passer leur soirée à la mosquée », Kaïs Saïed a donné le coup d’envoi de l’élaboration d’une nouvelle Constitution : rédigée par un comité d’experts, celle-ci devrait se baser sur la consultation nationale à laquelle quelque 500 000 Tunisiens ont participé en début d’année. Le chef de l’Etat a également annoncé la tenue d’un « dialogue national » qui exclura toutefois « ceux qui ont détruit le pays ».

Son discours n’a pas provoqué de levée de boucliers, pas plus que le démantèlement progressif des institutions acquises après la révolution de 2011, qui a marqué l’année écoulée. Pleins pouvoirs, gel puis dissolution du Parlement, dissolution du Conseil de la magistrature, réforme par décret de l’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE) : les réactions restent timides du côté de la société civile et des intellectuels.

« Peur d’un retour au chaos »

Comment expliquer une telle apathie ? Pour Aziz Krichen, sociologue et ancien conseiller du président Moncef Marzougui, le pays est dans « un moment de vide avec, d’un côté, des élites traditionnelles en déclin et, d’un autre, une nouvelle génération qui a besoin de temps pour émerger. Si ces élites n’ont pas fait la révolution, elles étaient présentes ensuite dans la construction démocratique du pays, poursuit-il, mais elles n’ont pas su se renouveler. » La chercheuse en sciences politiques Yasmine Wardi Akrimi voit dans ce silence « la peur d’un retour au chaos et surtout du manque d’alternative. Beaucoup se disent : arrêter Kaïs Saïed d’accord, mais pour mettre qui après ? »

Dans la rue, la contestation des décisions de Kaïs Saïed est circonscrite à deux mouvements d’opposition politique, qui ne parviennent pas à rassembler au-delà de leurs militants. L’un est mené par le constitutionnaliste Jaouhar Ben Mbarek avec « le collectif contre le coup d’Etat », soutenu par le parti islamo-conservateur Ennahdha. Ce 26 avril, ils ont été rejoints par cinq partis libéraux et socio-démocrates, qui ont constitué un « Front de salut national » à l’initiative de l’homme politique, Ahmed Néjib Chebbi, 78 ans. Mais il trouve peu d’écho en raison d’un fort rejet populaire d’Ennahdha, qui a participé au pouvoir pendant dix ans et dont il est proche.

Le second mouvement d’opposition gravite autour d’Abir Moussi, députée et présidente du Parti destourien libre (PDL), une formation anti-islamiste, se réclamant de l’héritage de l’ancien président Habib Bourguiba. Mais son discours jugé parfois trop clivant l’empêche d’agréger d’autres courants. Face à ce manque d’alternative politique, les associations locales, en grande partie constituées de jeunes qui se sont mobilisés dans le sillage de la révolution de 2011, peinent à se positionner. « Il y a eu un essoufflement de leur engagement, à cause du même désenchantement qui a poussé les Tunisiens à s’éloigner de la politique ces dernières années », explique la militante féministe Bochra Belhaj Hmida *.

Certaines structures tentent bien de prendre position. I Watch, une ONG œuvrant contre la corruption, qui avait soutenu le coup de force du 25 juillet 2021, appelle désormais à boycotter le référendum constitutionnel annoncé pour cet été. L’ONG Al Bawsala, qui lutte pour la transparence de la gouvernance, a mis en garde plusieurs fois contre les dérives autoritaires du président, de même que certains universitaires et juristes. Mais « l’état de sidération » dans lequel le pays a plongé après les mesures d’exception prises par Kaïs Saïed fait que beaucoup sont encore « en attente ou à la recherche de nouveaux leviers d’action », explique Salma Jrad, directrice d’Al Bawsala.

Emballement de l’inflation

Selon elle, une grande partie de la société civile a commencé par soutenir la prise de pouvoir du 25 juillet 2021. « Mais désormais, il y a une réelle fracture entre ceux qui veulent défendre les acquis des dernières années, notamment en matière de droits et libertés, et ceux qui considèrent que le référendum proposé par Kaïs Saïed est une opportunité pour changer le système politique », ajoute la juriste.

Olfa Lamloum, directrice du bureau de Tunis de l’ONG International Alert, qui travaille à la promotion des droits économiques et sociaux, confirme cette fragmentation de la société civile, que renforce un débat public polarisé entre pro et anti-islamistes. Ceux qui rejettent l’islam politique ont surtout vu dans le coup de force de Kaïs Saïed une défaite des islamistes, l’occasion de les mettre à l’écart du pouvoir, offrant un soutien de facto au nouveau président. « La haine des islamistes amène aujourd’hui à beaucoup d’opportunisme et de complaisance envers les violations des droits humains », juge aussi Bochra Belhaj Hmida **.

« Dans ce contexte, les questions socio-économiques sont encore reléguées au second plan », regrette Olfa Lamloum. Le facteur social est pourtant la principale inconnue de cette période. L’emballement de l’inflation (7,2 %) et du taux de chômage (18 %), le creusement de l’endettement dans un pays frappé par deux ans de pandémie et l’impact de la guerre en Ukraine rendent la période très incertaine. La grande centrale syndicale, l’Union générale tunisienne du travail, est en pourparlers avec le gouvernement, lui-même toujours en négociations avec le Fonds monétaire international pour l’obtention d’une énième aide financière. Mais rien ne permet d’exclure la montée de la colère au sein d’une population frappée de plein fouet par la hausse des prix.


* Le constat de Bochra Belhaj Hmida n'est que l'expression de l'immense déception suite à la trahison à laquelle elle avait participée, quand BCE lui faisait avaler des couleuvres pour lui faire admettre le "consensus" et l'alliance contre nature avec les Frères musulmans. R.B

** Il semble que Bochra Belhaj Hmida n'ait toujours pas compris que les islamistes cause de tous les problèmes des Tunisiens, ne peuvent faire partie de la solution ! Ce que Abir Moussi a parfaitement compris !! R.B

 

 

lundi 25 avril 2022

LA DEMOCRATIE CHEZ LES POPULISTES ...

OU QUAND LE PREMIER DE LA CLASSE DERANGE !

Article paru dans : Agoravox 

Le 24 avril 2022, sans surprise, Emmanuel Macron est réélu pour un second mandat avec 58,55 % des voix, ce qui en fait le premier président sortant réélu hors cohabitation et le plus jeune président de France.

A peine les résultats étaient-ils proclamés, que des commentaires pour le moins surprenants montaient de toute part de la part d'une classe politique secouée depuis l'entrée en scène de ce très jeune président en 2017; et qui suscite tant de haine irrationnelle trahissant une jalousie envers quelqu'un de jeune, de beau, de cultivé, de brillant, de diplômé des meilleures écoles ... et de surcroit Mozart de la finance, comme le moque Marine Le Pen qui s'embrouille dans les chiffres et veut raser gratis sans dire comment financer ses propositions populistes !

Drôle de démocratie où les vaincus se prennent pour les vainqueurs.
Drôle de démocratie où les abstentionnistes (28,01%) ne jouent plus le jeu démocratique, dés lors que leur favori est éliminé.
Drôle de démocratie où les vaincus contestent la légitimité du vainqueur en invoquant les abstentionnistes, ignorant les règles élémentaires démocratiques.
Drôle de démocratie où les perdants veulent rejouer le match, pour prendre leur revanche comme Melenchon qui pousse le ridicule jusqu'à demander à ses électeurs de l'élire premier ministre de Macron.
Drôles de démocrates qui ne pratiquent même pas la démocratie au sein de leur propre parti de France Insoumise et du Front National.

En 2017 Macron avait laminé le PS en 2017 (Benoît Hamon : 6,36 %) où tout le monde se bouffait le nez; et dont la mort est confirmée le 17 avril 2022 (Anne Hidalgo : 1,75 %).
En 2022 Macron a laminé LR où tout le monde se bouffe le nez; et dont la mort est actée le 17 avril 2022 (Valérie Pécresse : 4,78%).

Il reste à Macron de laminer le FN et d'en finir avec la dynastie Le Pen qui commence à se fissurer et où les ego et les couteaux s'aiguisent pour devenir chef du FN. Marine avait écarté le père pour devenir cheffe à la place du chef. Sa nièce Marion veut prendre la place de la tante. Elles ont beau changé la forme, jusqu'à effacer le nom Le Pen de leurs affiches, mais le fond de ce parti reste le même. Et Zemmour tel raminagrobis, veut récupérer leur parti pour l'élargir aux autres divers droites !

Donc de grands remaniements en perspective, pour une recomposition de la classe politique française; avec l'espoir que les plus sages reviendront au centre et laisseront les extrémistes aux extrêmes de l'échiquier, avec Jean Luc Melenchon à l'extrême gauche, lui qui se veut le leader de la gauche et qui se prend déjà pour la République; et à l'extrême droite celui qui héritera du FN, Eric Zemmour ou Marion Le Pen ou quelqu'un d'autre; puisque ce parti comme les autres, sera lui aussi dépecé.

A l'ère de la mondialisation, les démocraties se gouvernent au centre avec pragmatisme, pour en finir avec les idéologies et leur rigidité confinant à l'extrémisme et aux restrictions des libertés. Ce qu'avait bien compris Emmanuel Macron et que tarde à comprendre la classe politique en général.

Rachid Barnat


mardi 19 avril 2022

Le double jeu de Kais Said

D'un côté il prétend être en guerre contre Ghannouchi et ses Frères musulmans;

Et de l'autre, il ne ferme toujours pas le "centre culturel" de leur guide spirituel Qaradhaoui, centre qui forme les islamistes et les jihadistes bras armés des Frères musulmans et de leur sponsor l'émir du Qatar.

Comme il ne fait rien non plus contre la kyrielle d'associations caritatives financées par les pétromonarques pour diffuser le wahhabisme et l'obscurantisme qui va avec ...

Ce pan-arabiste est trahi par son frères Naoufel qui prône un "islamisme de gauche";

Et tout dernièrement, par la cérémonie au palais de Carthage de remise de "diplôme" pour des gamins et gamines "récitateurs du coran" ... affublés de tenues islamistes !

En réalité KS n'est en guerre que contre les Destouriens, ses véritables opposants qui veulent sauver la République des mains des complexés de l'Histoire, que sont les pan-islamistes et leurs frères ennemis les pan-arabistes !

Vivement la Troisième République avec une laïcité inscrite dans sa constitution !

R.B

Razika Adnani 

Avec Kaïs Saïed, la Tunisie a-t-elle un président ou un imam à la tête de l’État ?

Razika Adnani dénonce le dernier discours de Kaïs Saïed, président de la Tunisie. Il a défendu l'idée que les normes d’organisation de la famille ne devaient pas répondre aux lois de la constitution mais aux règles de l'islam.

Dans son discours prononcé à l’occasion de la fête nationale de la femme, le 13 août 2020, le président tunisien Kaïs Saïed a déclaré que l’Etat ne pouvait pas avoir de religion en faisant allusion à l’article 1 de la constitution tunisienne qui stipule que l’islam est la religion de la Tunisie. Pourtant, tout son discours a été digne d’un prêche du vendredi. Le président explique sa position : pour lui, l’État n’a pas de religion, mais la nation elle en a une et c’est l’islam. Quant au rôle de l’État, il consiste à respecter la religion de la nation. Quel est l’intérêt de soulever une telle question si c’est pour arriver au même résultat ?

LE CORAN POUR LA FAMILLE

En se présentant comme défenseur du droit divin, le président a affirmé que les normes d’organisation de la famille ne devaient pas répondre aux lois de la constitution mais aux règles de la religion, ce qui serait une grave dérive dans le fondement de l’État de droit. Il y aurait au sein de l’État deux normes suprêmes : le Coran pour la famille et la constitution pour les autres secteurs de la société. Ainsi, l’État abandonnerait la famille aux pratiques ancestrales dans lesquelles les femmes n’ont aucune place. Le président veut que la femme tunisienne du XXIe siècle se contente des droits dont disposait la femme en Arabie au VIIe siècle. Alors qu’elle est médecin, juge, avocate ou chef d’entreprise, son statut au sein de sa famille ne serait pas différent de celui de son arrière-grand-mère. Rien n’est surprenant. La règle est connue : plus le discours religieux avance, plus les droits des femmes reculent. Mais pour que cela soit possible, il faut que l’humanité de l’homme et sa maturité reculent.

Le discours du président au sujet de la constitution est une introduction pour arriver à la question cruciale : les inégalités successorales. Pour lui, c’est une affaire qui n’est pas à débattre afin d’éviter des discussions sans issue. Il ajoute que ces inégalités ne peuvent pas être abrogées, car elles sont inscrites dans des textes coraniques clairs qui n’admettent pas même d’être interprétés. Pour convaincre, il s’est forcé à expliquer que la justice n’était pas fondée sur le principe de l’égalité sinon on aurait dit "le palais d’égalité" et non "le palais de justice". Cependant, la finalité est de promouvoir la justice et l’égalité est un moyen pour y parvenir.

Pour défendre les inégalités en matière d’héritage le président, comme tous les conservateurs, s’est appuyé sur une idée de justice proportionnelle fondée sur le mérite contre une justice qu’il considère "formelle" car elle veut donner à tous les mêmes droits. Le problème est que pour eux c’est toujours l’homme qui mérite plus que la femme, qui a besoin plus que la femme et qui fournit davantage d’efforts que la femme. Ce qui nous ramène à une idée de justice fondée sur le respect strict de la hiérarchie des classes qu’on retrouve dans La République de Platon. Ici celle des hommes et celle des femmes. Ainsi, d’un revers de main, le président a balayé tant d’efforts fournis par des femmes et des hommes pour arriver à une conception moderne de la justice où tous les individus sont égaux devant la loi.

Au début du XXe siècle beaucoup de musulmans ont adopté l’idée de la réinterprétation comme solution pour sortir des difficultés juridiques qui bloquaient leur société. Une façon de faire qui n’était pas, pour beaucoup de questions, efficace, mais elle était au moins la preuve d’une reconnaissance de l’existence de problèmes qui nécessitaient des solutions. Logiquement un siècle après les musulmans auraient dû avancer pour adopter d’autres solutions plus capables de créer un réel changement dans les domaines politique et religieux. Construire un État moderne s’occupant des affaires de la cité et non de celles du divin. Rendre l’islam plus cohérent avec l’idée de Dieu sur laquelle il se fonde en abrogeant toutes les règles instituant les inégalités et appelant à la violence. Comment peut-on croire à un Dieu juste s’il ne considère pas égaux tous les êtres humains qu’il a créés ? Comment peut-on croire à un Dieu d’amour s’il incite à tuer ?

RETOUR EN ARRIÈRE

Je n’aborderai pas ici toutes les contradictions qui entourent la question des inégalités successorales en islam et celle de la méthode littéraliste, ce que j’ai eu l’occasion de faire dans d’autres textes et d’autres occasions. Je me contenterai en revanche de quelques questions. Si le fait qu’un texte nous paraisse clair implique l’impossibilité de l’amender ou de l’abroger, le président rétablira-t-il le châtiment de la main coupée ? Cette punition n’est-elle pas inscrite dans un texte clair selon les critères de clarté déterminés par les juristes ? Légalisera-t-il à nouveau l’esclavage évoqué dans plusieurs versets coraniques ? Les femmes tunisiennes seront-elles rappelées à leur obligation de se confiner chez elles comme l’ordonne clairement le verset 33 de la sourate 33, les Coalisés? Pour les commentateurs, ce verset s’adresse certes aux femmes du prophète mais celles-ci sont un exemple à suivre pour toutes les femmes musulmanes. La polygamie sera-t-elle rétablie après que Bourguiba l’a abolie en 1956 ?

Autant de questions qui s’imposent dès lors qu’on évoque les textes coraniques, leur explicité et la nécessité de les pratiquer. Ce qui interpelle, c’est le fait de poser aujourd’hui ce genre de questions comme si, pour les musulmans, le temps s’était arrêté au XIXe siècle. L’histoire des sociétés musulmanes est marquée par des retours en arrière qui reviennent après chaque évolution et chaque pas fait vers l’avenir, telle une règle à laquelle ces sociétés doivent répondre sans jamais pouvoir y échapper.

Dans son discours, le président a pourtant rendu hommage au penseur et réformiste Tahar Haddad (1898-1935). Il a même fait l’éloge de son fameux ouvrage Notre femme, la législation islamique et la société. Cependant, Haddad non seulement défend, dans ce même ouvrage, l’égalité entre les hommes et les femmes y compris en matière d’héritage, mais s’oppose aussi à l’interprétation littérale. Mieux encore, Haddad appelle à abroger les règles instituant les inégalités. "Je pense que la religion musulmane dans son esprit ne fait pas d’objection à la réalisation de l’égalité dans tous les domaines, une fois disparues les causes de la tutelle masculine[1]" écrit-il dans le chapitre de L’héritage.

En écoutant le président parler, notre attention ne peut qu’être attirée par son souci d’éloquence. Sa manière de parler la langue arabe rappelle fortement les acteurs des feuilletons et films religieux. C’est une caractéristique chez les islamistes maghrébins qui est révélatrice d’un contenu inconscient : l’excès de zèle du nouveau converti qui persiste depuis quatorze siècles. Dans cet élan d’éloquence, le président a utilisé l’expression, très péjorative, de celles qui "rabattent el hijeb" pour désigner les femmes. Elle a été utilisée par Ali, le gendre du prophète et quatrième calife, pour "rabaisser" ses hommes qui avaient refusé de faire la guerre contre Mouaouya, gouverneur de Damas, en leur disant : "Vous avez la cervelle de celles qui "rabattent el hijeb"", c’est-à-dire de femmes. Ainsi s’est adressé le président tunisien aux femmes tunisiennes et à travers elles à toutes les femmes.

En conclusion, les propos du président tunisien ne laissent pas indifférent parce qu’ils remettent en question tout ce que les Tunisiens ont construit depuis le XIXe siècle. La population tunisienne est celle qui s’est le plus adaptée à la modernité dans le monde musulman. Si la Tunisie entame ce retour en arrière, si les conservateurs arrivent à avoir raison de son esprit réformateur, c’est tout le combat des populations, dans les sociétés musulmanes, pour le changement et la modernité qui sera impacté.

Beaucoup de femmes et d’hommes dans toutes les sociétés musulmanes se battent pour le changement et pour la modernité. Leur tâche sera très difficile si le conservatisme se fait du haut vers le bas de la pyramide sociale.

[1] Tahar Haddad, Notre femme, la législation et la société. 

samedi 2 avril 2022

LE QATAR DONNE DES LECONS DE DEMOCRATIE A LA TUNISIE : On aura tout vu !

Article paru dans Kapitalis

Kais Saied ayant gelé le parlement, Ghannouchi son président, a organisé secrètement une réunion avec ses députés comme pour narguer le président de la république. Ce que Kais Saied considère comme un complot contre la sureté de l'Etat. Et comme tel, il veut punir les contrevenants qui seront jugés (devant une cour martiale ?) et sont d'ores et déjà condamnés à l'inéligibilité pour les prochaines élections !
Aljazeerza-TV, voix de son maître, s'est saisie de cette "affaire" pour dénoncer les dérives dictatoriales de Kais Saied; et de rappeler ce que sont les règles démocratiques et le respect de la constitution !
Curieux ce médias et curieux sont ses journalistes qui osent donner des leçons de démocratie aux Tunisiens, alors que le Qatar n'a toujours pas de constitution et dont le régime est la monarchie absolue et totalitaire; ce qui ne semble nullement déranger ces journaleux, puisqu'ils n'en parlent jamais dans les médias qataris !
Non seulement ces journalistes furent la cheville ouvrière de l'émir du Qatar pour le déclenchement du "printemps arabe" et de la première révolution qu'ils ont baptisée "révolution du jasmin" comme pour mieux narguer les Tunisiens, pour installer son protégé Ghannouchi et ses Frères musulmans au pouvoir; ils sont à nouveau derrière Ghannouchi pour le réinstaller sur son perchoir duquel Kais Saied cherche à l'éjecter; ... chose faite depuis cet énième coup d'Etat des Frères musulmans !
Kais Saied sera-t-il cette fois-ci plus cohérent qu'il ne l'était jusque-là, pour aller jusqu'au bout de cette nouvelle décision ? Car en pareil cas, les complotistes sont passibles de cours martiale, voir de peine de mort !
Ouvrira-il les dossiers concernant le financement d'Ennahdha par le Qatar ? Qui en soi constitue une ingérence dans les affaires de la Tunisie et par conséquent entraine l'interdiction de ce parti, en dehors des sanctions encourues par ses responsables ?
Dans sa guerre contre Ghannouchi, Kais Saied peut aussi demander à la justice d'enquêter sur les fortunes personnelles de celui-ci et de celles des membres du bureau politique d'Ennahdha : puisqu'il n'est plus de secret pour personne que ces mercenaires sont financés par l'émir du Qatar et qu'ils ont ruiné la Tunisie devenue leur butin de guerre et qu'ils ont razziée méthodiquement !
Kais Saied démantèlera-t-il les réseaux caritatifs mis en place par Ghannouchi et l'émir du Qatar pour le financement occulte de la myriades d'associations caritatives .... qui recrutent, forment les jihadistes et fiancent le jihadisme et les armes qui circulent dans le pays pour terroriser les Tunisiens ?
Et s'il est logique avec lui-même, Kais Saied fermera-t-il les "centres culturels" de Youssef Qaradaoui que finance l'émir du Qatar et dont on sait qu'ils recrutent et forment les futurs jihadistes-terroristes-mercenaires de l'émir du Qatar ?
Sans parler des dossiers concernant la corruption et les crimes commis par Ghannouchi et ses "Frères" qui sont toujours sous le boisseau ...
Alors Monsieur le Président, irez-vous jusqu'au bout pour débarrasser la Tunisie de l'islam politique / islamisme des Frères musulmans comme vous l'avez laissé croire aux Tunisiens un certain 25 juillet 2021 ?

Jusque-là les Tunisiens voyaient en Kais Saied un président timoré, qui semble obnubilé uniquement par un règlement de compte avec Ghannouchi avec lequel il n'a pas fini de croiser les fers ...
On verra cette fois-ci, si Kais Saied est sérieux et désireux d'en finir avec l'islamisme en Tunisie ou s'il s'agit d'un simple coup d'épée dans l'eau, comme tant d'autres ! Son ton martial devant son conseil de sécurité, plaide pour une action martiale de la part du chef des armées.
Affaire à suivre ...

Rachid Barnat

samedi 26 mars 2022

Pour Abir !

Le combat de Abir Moussi l'est pour la Tunisie pour préserver ses institutions et sauver la République des mains des complexés de l'Histoire; mais aussi pour les femmes pour préserver leurs acquis bourguibiens puisque le CSP est dans le viseur de Ghannouchi et de ses Frères musulmans. Les Tunisiennes, et particulièrement celles qui ont voté massivement pour Béji Caid Essebsi croyant qu'il sera leur rempart contre l'islamisme, devraient se mobiliser et rejoindre l'unique personne qui combat réellement ce cancer du siècle avec une conviction inébranlable, plutôt que rester passives voir critiquer Abir sur des futilités de bonne femme : maquillage, coiffure, tenues vestimentaires ... car il y va de leur sort ainsi que de celui de leurs filles. 

R.B 


Il y a des jours où j'en veux à tout le monde, à commencer par moi-même.
Je me dis, c'est bien, reste là derrière ton écran pendant qu’elle se bat sur tous les fronts.
Préserve-toi pendant qu'elle reçoit les coups.
Campe dans les rangs d'une gauche aveugle sur la réalité et incapable de s'unir.
Brandis tes slogans droit-d'hommistes et ferme les yeux sur la dictature religieuse qui se prépare en coulisse.
Dis-toi féministe en laissant une femme aux prises avec la meute.
Fais semblant d'ignorer que sa voix touche au cœur des problèmes de ton pays, ses points névralgiques, son ancrage dans le siècle, sa modernité, l'avenir de ses enfants et sa place dans le monde.
Tu es de celles et de ceux qui la regardent se faire violenter et restent les bras croisés, au risque de devenir une alliée objective de ses ennemis devant l’Histoire.

Alors, lève toi.
Lève-toi contre ceux qui manient l’orgueil et le mépris à son égard, et dis leur qu'ils ne sont pas les aristocrates de la pensée et elle la petite pauvresse venue de nulle part.
Qu'ils ne peuvent pas faire la fine bouche comme s'ils avaient une autre alternative à proposer.
Dénonce ceux qui, tous les jours lui lancent une accusation, lui inventent une tare, un manquement, une dérive, l'injurient et la moquent.
Dis leur que si elle les dérange, qu'ils ne se rallient pas à elle, mais qu'ils ne l'attaquent par sans raison ou par pur machisme.

Son programme ne les convainc pas ?
Qu'ils en débattent avec ses troupes. Elle ne correspond pas à leurs critères intellectuels ?
Qu'ils lui concèdent la stature d'une Mère Courage qui jamais ne faiblit ni ne baisse les bras.
Son physique et sa dégaine ne correspondent pas à leurs goûts ?
Qu'ils essaient d’avoir un peu, mais vraiment un peu, de la clarté de son discours, l’indéniable de son raisonnement, ses vraies qualités de tribun.

Elle passe le plus clair de son temps à dire non aux projets obscurantistes, au terrorisme, à la corruption, à la déliquescence de l’État, et vous râlez ?
Elle veut extraire le mal et son origine et vous lui demandez de l’occulter, de tourner autour comme tant d’autres qui nous gavent de formules d'« entente nationale » visant à noyer le poisson et frisant l'imposture, ou de vœux pieux de justice et de dignité, ces arlésiennes de la Révolution...

Qu'on prenne garde au jour où l’on ne nous traitera plus en citoyens mais en croyants uniquement ; où l’on fera de nos enfants les contingents de soldats daéchiens, et alors, ne venons pas pleurer.
Ce jour où notre liberté d’être et de penser, notre création, notre art, notre désir du monde seront frappés d’anathèmes et considérés comme blasphématoires.
Ce jour, Mesdames, où l’on nous assignera de nouveau au régime de tutorat et à la polygamie, où nous reviendrons contraintes et forcées au patriarcat et n'aurions d'autres missions que de servir de « moule » à procréer.
Nous aurons alors tout le temps de méditer dans nos cuisines ce que nous n'avons pas fait et aurions du.

J'exagère ?
J'espère bien.
Je me trompe ?
C'est un risque à prendre. Est-ce que je fais l'impasse sur l'absolue nécessité de la démocratie, de la liberté individuelle et de l'égalité des sexes, y compris dans l'héritage ?
Certainement pas.

Celle que je défends dans ces lignes doit nous en donner les gages.
Si toute son énergie se concentre aujourd'hui sur son adversaire, il y aura un moment où elle se prononcera sur les valeurs universelles.
Et si elle a le mérite de ne pas tomber dans le consensus à tout prix, le bons sens politique lui dictera de nous rassembler.
Ce jour là, nous aurons gagné.

Abir Moussi

Sept clés pour comprendre l'intégrisme islamiste

" L'islamisme n'est pas l'islam.
C'est une idéologie, pas une religion."
Yasmina Khadra

Rachid Mimouni analyse le mode opératoire islamiste à l'origine de la décennie noire en Algérie et oublie de dire que le FIS est une branche de l'organisation mondiale des Frères musulmans; comme il oublie de nommer le wahhabisme qui fonde son action politique, lui préférant un générique fourre tout : l'intégrisme religieux ! Il est vrai que tout le monde était pris de court par la barbarie des jihadistes Algériens rentrés au bled après avoir servi dans les rang d'Oussama Ben Laden en Afghanistan, pour comprendre le fonctionnement de cette organisation criminelle.
Dés les années 90, Rachid Mimouni dénonçait l'islamisme, mais les gouvernants de l'époque n'étaient pas disposés à l'écouter. Dommage pour les peuples qui le subissent; puisque les Occidentaux, non plus, ne sont pas épargnés par ce cancer du siècle !
R.B

Rachid Mimouni
C’est à un moment où la société et ses politiciens tergiversaient sur la nature de la mouvance religieuse qui s’abattit sur l’Algérie après l’ouverture du champ politique (1988), que des plumes se sont élevées pour dénoncer ce qui était un fascisme théocratique. Des intellectuels francophones et arabophones se sont mis au travail pour comprendre la vague qui portait le Front Islamique du Salut, à la tête duquel trônaient les sinistres Belhadj et Madani. La réplique intégriste contre ce travail ne s’est pas faite attendre : les intellectuels étaient traqués et assassinés un à un, ils tombaient dans des attentats individuels à l’arme blanche ou à l’arme à feu. Un climat de terreur s’est instauré chez les gens de la plume : ils rasaient les murs, sortaient « comme des voleurs », se déguisaient pour aller en ville et s’autocensuraient. Les plus chanceux ont gagné les capitales européennes, dépeuplant ainsi les universités algériennes et les livrant à la toute puissance de l’islamisme. C’est contre ce climat de terreur que s’est révolté un Tahar Djaout en écrivant : « tu dis, tu meurs. Tu te tais, tu meurs. Alors dis et meurs ! ». Il a été en effet tué le 26 mai 1993, ouvrant une longue liste de ce qui se révéla être un véritable carnage des penseurs algériens entre 1993 et 1997 approximativement. (Cf. une liste des intellectuels assassinés)

En pleine terreur, dans un moment de détresse collective, un penseur qui n’appartenait pas à la caste des hommes hyperprotégés du sérail ou à celle des dignitaires privilégiés, un homme qui vivait dans un bâtiment EPLF d’une cité populaire (équivalent d’un HLM) a osé braver la peur. Il fait paraître en Algérie un livre retentissant au titre on ne peut plus clair : De la barbarie en général et de l’intégrisme en particulier (1992). C’est ce qu’on appelle, au sens fort, risquer sa vie. En effet, les islamistes intégristes se sont immédiatement acharnés sur l’écrivain pour l’éliminer et plusieurs attentats n’ont pas eu raison de lui. Il mourra finalement d’une maladie dans un hôpital parisien, après avoir été contraint à l’exil.
Cet homme s’appelle Rachid Mimouni.
Ses idées survécurent. Les voici :

Première clé pour comprendre l’islamisme : Le FIS n’est pas un parti politique mais une résurgence du Moyen Age maghrébin.

Loin d’être organisé comme un parti politique contemporain, avec des instances locales, provinciales puis nationales, élues par les adhérents et renouvelées à échéance déterminées, le FIS est une nébuleuse instable. Il n’a jamais tenu de congrès ordinaire, n’a ni statuts, ni règlement intérieur. Il s’est présenté aux élections de 1991 avec pour seul programme le Coran. Ses réunions sont souvent secrètes et tenues à huis clos. Son seul organe reste un Conseil Consultatif (Majlis al-choura) dont on ne connaît ni le nombre de sièges, ni les noms exacts des membres, ni la durée de leur mandat. Il n’a ni président, ni secrétaire général mais seulement deux leaders autoproclamés et quelques personnalités qui gravitent autour d’eux.
« Ce sont des prédicateurs et ils s’inscrivent en cela dans la pure tradition historique maghrébine » (p. 17). Les leaders du FIS entretiennent donc une « obscurité délibérée » (p. 17) sur leur mouvement. Nul besoin d’un programme, il suffit de prêcher « la voie droite ». « Comme leurs modèles du Moyen Age, ils ne songent qu’à ramener le peuple vers l’orthodoxie religieuse » (p. 18). Ils ressemblent en cela aux Maïssara (à l’origine de Tahert), Obeïd Allah (au service des Fatimides), Ibn Tumart (Almohade), etc.

Deuxième clé : L'idéologie intégriste est un archaïsme

Le crédo par excellence de l’islamisme est « un retour à la pureté originelle de l’islam » (p. 21). Ce retour se fait concrètement par l’adoption d’un mode de vie censé avoir court au temps du Prophète. Barbe, tenue vestimentaire, khol, sommeil à même le sol, interdiction de la musique, etc. « Toute évolution au niveau des mœurs ou des pratiques devient suspecte d’hérésie » (p. 22). Refus du calcul astronomique pour fixer d’avance le premier jour de Ramadhan, refus du calendrier solaire et du week-end universel, interdiction du maquillage et de la cigarette (inconnue du Prophète) pendant le jeûne, attachement à une interprétation littéraliste sans tenir compte des changements du monde (moyens de transport bouleversant la notion de voyage par exemple).

Les crimes ne sont pas loin : couper la main au voleur, couper la langue du menteur, crever l’œil du faux témoin, lapider la femme adultère, etc. « Chaque fois que les croyants interrogeaient leurs guides pour savoir si l’usage de telle ou telle commodité était licite, un « La yajouz » (ce n’est pas permis) tombait comme un couperet » (p. 25). On s’accroche à l’état archaïque du monde du VIIème siècle et on refuse tout changement ultérieur au nom d’un islam pur et littéral.
Troisième clé : La femme chez les islamistes est comme le Juif chez Hitler !

« Il reste que, chez les islamistes, la femme est l’objet d’une fixation obsessionnelle, comme le juif pour Hitler » (p. 29). « Elle est la source de tous les tourments. L’inadmissible est qu’elle ait un corps, objet des désirs et fantasmes masculins. Sa beauté devient une circonstance aggravante. Tout apprêt ou parure devient une incitation intolérable » (p. 29).
« La question sexuelle reste l’un des fondements du projet islamiste. Contraint au réalisme, les intégristes accepteraient d’accommoder nombre de leurs principes (…) mais certainement pas le sort promis à la femme » (pp. 43-44)
Le hijjab (le voile et non le foulard) n’est d’ailleurs pour eux qu’une façon d’occulter la sexualité, incarnée par le corps de la femme. Cachez-moi ce corps désirant que je ne saurais voir…
Quatrième clé : Hijjab (voile) et Qamis (robe blanche) constituent l’uniforme intégriste.

Le voile dans les pays où les masses sont fanatisées, loin d’être une question de liberté de culte ou de liberté tout court, est un signe de ralliement et d’embrigadement. C’est une uniformisation des masses par le vêtement qui précède une uniformisation de la pensée. Arborer un hijjab dans ces sociétés, c’est se rallier à une certaine éthique du couple indissociable du projet politique intégriste. C’est adopter « la voie droite » et situer de facto les autres (moutabarijât) dans la dépravation et l’immoralité.

« Le hijjab est une invention géniale car il illustre la conception qu’ont les intégristes de la relation de couple. Ses larges plis, qui occultent les formes de la femme, découragent toute entreprise de séduction. Il procure surtout une formidable sérénité aux disgracieuses, grosses ou difformes, puisque l’ample tunique cèle les défauts de l’une et les attraits de sa rivale. Le voile est destiné à inhiber le désir masculin. Leur corps occulté, les femmes se retrouvent interchangeables, réduites à leur organe génital. On parvient ainsi à refréner l’émergence de tout sentiment amoureux et à rabaisser l’acte sexuel au niveau d’un besoin trivial. On fait l’amour comme on va aux toilettes » (p. 48)

Mimouni relève que le même souci de distinction vestimentaire caractérise les mouvements fasciste italien, nazi allemand et islamiste algérien. « Au chemises noires ou brunes correspondent le qamis et la barbe. Leurs militants aiment se coudoyer dans d’immenses meetings afin de se compter et d’éprouver cet enivrant sentiment de puissance de se voir ainsi par milliers regroupés. Ils vibrent de conserve aux discours enflammés de leurs tribuns. Cela donne lieu à des orgasmes collectifs. Les mots d’ordre qu’ils clament finissent par avoir un contenu magique. Fascisme, national-socialisme ou république islamique se retrouvent dotés d’un sens nouveau, radical ou utopique. Une réelle solidarité et d’obscurs désirs de revanche les rapprochent. » (p. 153)

Il faut ajouter à ce tableau la volonté délibérée des trois mouvements de recourir à la violence et la constitution à leur périphérie d’obscurs groupuscules faits d’illuminés, de fanatiques, de nervis terroristes, de « désaxés de tout genre » prêts à agir le moment venu.
Cinquième clé :
L'intégrisme est l’ennemi des intellectuels.

« Comme tous les mouvements populistes, l’intégrisme est ennemi des intellectuels et de la culture. Son discours fait appel à la passion plutôt qu’à la raison, à l’instinct plutôt qu’à l’intelligence. Toute activité intellectuelle doit se consacrer à l’approfondissement de la connaissance du message divin. Toute forme de création est taxée d’hérétique parce qu’elle est perçue comme faisant une coupable concurrence à Dieu. Le projet islamiste se propose donc d’étouffer toutes les formes d’expression artistique : littérature, théâtre, musique et bien entendu peinture » (p. 51)

Après juin 1991, les islamistes fermèrent la cinémathèque d’Alger, prétextèrent des problèmes d’hygiène ou des travaux de rénovation pour faire cesser l’activité des centres culturels, asphyxièrent financièrement nombre d’institutions de culture ou de loisir, interdirent par la violence des galas, des expositions, etc … avant de passer purement et simplement au meurtre des producteurs culturels après 1993 : écrivains (Djaout), hommes de théâtre (Alloula), chanteurs (Hasni), etc.
« Les sciences humaines restent globalement suspectes à leurs yeux. A l’université, elles se sont transformées en cours de propagande. » (p. 54)
Sixième clé : L’intégrisme récupère la pauvreté.

Les intégristes reçoivent de l’argent par le biais de diverses banques islamiques, ligues et associations religieuses. La manne provient essentiellement de l’Arabie Saoudite, des pays du Golf, du Soudan et de l’Iran et des collectes naguère organisées en Occident. Ils fructifient ensuite cet argent dans le trabendo (marché noir parallèle au marché), en enrôlant un nombre de chômeurs algériens. Au final, les caisses sont pleines, ce qui leur permet de porter secours aux pauvres, aux sinistrés, aux victimes des inondations et des séismes, aux mal logés et aux sans-abri, tout en récupérant ce beau monde dans le cadre de l’idéologie islamiste. Contrairement à l’absence et à la corruption de l’Etat, l’intégrisme gagne à lui les masses et progresse socialement et électoralement. Les terrains où se fait sentir une misère matérielle, un mécontentement populaire, une frustration larvée, un ressentiment, sont les terrains de recrutement par excellence de l’islamisme.
Septième clé : L’intégrisme est promu par l’enseignement et les média.

« La politique d’éducation épaissit d’une nouvelle strate le terreau intégriste. Les pas de clercs et les incohérences des programmes d’enseignement constituent sans doute une des causes du retour de la barbarie » (p. 121)

Aux lendemains de l’indépendance, pour combler son manque de personnel de l’éducation, l’Algérie a importé des enseignants d’Egypte, qui répandirent l’idéologie panarabiste parmi les élèves. L’arabisation, politique destinée à récupérer l’héritage linguistique arabe spolié par la colonisation, se transforma en apologie de l’islamisme et en mépris des langues locales et populaires. Menée à la hâte, cette arabisation était dépourvue de moyens pour incarner une ouverture vers la modernité. Elle se rabattît sur les dogmes islamiques du Moyen Age et sur la sacralisation de l’idiome coranique, à un moment où le reste des secteurs économiques sensibles fonctionnait encore en français. La bi-partition des compétences et des élites crée des frustrés, une partie de la population semi-lettrée se trouvant exclue du jeu économique. C’est cette partie qui, privée des moyens matériels et intellectuels modernes, s’identifia aux modes de vie rétrogrades. Elle vint par la suite grossir les rangs de l’intégrisme et stigmatiser les « francisants » privilégiés (moufanassoun).

Par ailleurs, des millions d’élèves écoutent chaque jour un catéchisme inspiré par les prédicateurs du Moyen Age comme Ibn Taymiyya. La télévision et les radios nationales retransmettent ces discours, tandis que l’école se chargeait de les enseigner dés le jeune âge.

Résultat d’un système éducatif désaxé, incapable d’amarrer les écoliers sur les acquis de la culture universelle tant spirituels que matériels, l’intégrisme sait d’où il vient. Aussi, ses promoteurs sont-ils farouchement opposés à la réforme de l’école qui leur permet de se reproduire. Ils pensent que celle-ci doit enseigner, à côté des matières techniques supposées « neutres » (sciences dites dures), les dogmes coraniques, les certitudes divines et les principes de la foi. Aussi tendent-ils à expurger de l’éducation le doute, la raison, l’esprit critique, la relativisation historique ou la discussion herméneutique qui caractérisent les sciences humaines.
Conclusion : Quelle démocratie pour l'Algérie ?

Le droit d’élire librement ses représentants n’est concédé qu’à des citoyens mâtures (pas à des enfants par exemple). Si l’analphabétisme perturbe l’exercice du jeu démocratique, le fanatisme le fausse gravement. Comment concéder la maturité à un « citoyen » convaincu que mettre le bulletin du FIS dans l’urne est une condition pour aller au paradis ? Comment convaincre un barbu muni d’une liasse de procurations que ses filles doivent accomplir elles-mêmes leur devoir électoral ? Comment fonder un Etat avec un « leader » islamiste qui proclame abroger la démocratie une fois au pouvoir ?

On ne parle pas de la vieille qui met la photo de son fils chahid (martyre) tué pendant la guerre d’Algérie dans l’urne, de l’Algérien moyen perdu dans le choix de 36 candidats, du quinquagénaire qui demande au chef du bureau quel bulletin il faut mettre, du jeune homme qui vient voter FLN pour avoir – croit-il – droit à un passeport, et de tous ceux qui viennent les « aider » avec des barbes opulentes. Comment expliquer aux Algériens, venus voter sur le Maître des lieux et le dépositaire du pouvoir (sultan, président ou monarque), qu’ils ne s’agit en réalité que de législatives ou de communales ? Comment leur demander de revenir au deuxième tour, alors qu’ils estiment avoir déjà voté le premier tour ? Comment imprimer des programmes et une littérature politique destinée aux membres d’une tribu dont le chef seul décide du vote de sa communauté ? Etc.

« Tu ne peux pas deviner, assurait un chef d’un centre de vote à Mimouni, ce qui peut se passer dans un bureau de vote. C’est inimaginable. Figure-toi que, dans l’urne provenant du bureau réservé aux femmes, on a trouvé quarante bulletins « Non ». Heureusement qu’on a pu s’en rendre compte et les changer » (p. 142)

Dans ces conditions, il n’y a que certains occidentaux, dont l’intégrisme rivalise avec celui des islamistes, pour réclamer l’application intransigeante et littérale du principe démocratique. « La démocratie suppose que soient réunies les conditions qui en permettent le sain exercice » (p. 152). Or, de toute évidence, tel n’était pas le cas après le premier tour des élections législatives de 1991 en Algérie. Le FIS, avant même de gagner, planifie l’iranisation du pays et met en place son fascisme théocratique. L’interruption du processus électoral a été un acte patriotique qui a épargné aux Algériens des décennies de charia, de lapidation, de mutilation publique, etc. Il n’a pas été effectué à l’instigation de la seule armée, comme le suppose ses détracteurs, mais le premier appel est venu des intellectuels menacés et de la société civile. L’armée algérienne elle-même n’est pas dépourvue d’intégrisme et l’écrasante majorité de ses généraux sont des hojjaj (ayant fait leur pèlerinage à la Mecque).

Mais comment établir une démocratie dans un pays où l'islamisme, vaincu militairement, se régénère socialement à vue d'œil ...
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Citations de Rachid Mimouni :

• « La religion a ainsi fini par investir tous les lieux de l’espace social, du culturel au scientifique. En ce cas, la barbarie n’est jamais loin. Les hommes de culture auraient été les premières victimes de ces souffles ravageurs » (p. 57)
• Les intégristes « promettaient l’instauration de tribunaux populaires pour juger les « mal-pensants », la lapidation des femmes adultères, la mutilation des voleurs à la tire, l’obligation pour les filles de porter le hidjab, l’interdiction de la mixité à l’école, etc. Le projet islamiste, dans sa radicalité et dans sa démesure, tient à la fois de la révolution culturelle chinoise et du régime des Khmers rouges. » (pp. 149-150)
• « Il fallut l’immense talent de Soljenitsyne, le formidable acharnement de Sakharov et le courage de tant d’autres intellectuels dissidents soviétiques pour faire prendre conscience aux intellectuels européens de l’abjection du goulag stalinien, occultée alors par l’utopie socialiste. Leurs émules s’obstinent à ignorer ce qui se passe en Iran et au Soudan » (p. 150)
• « Vis-à-vis de l’expérience politique algérienne, les occidentaux ont eu l’attitude de cette catégorie de médecins qui s’intéressent plus à la maladie qu’à l’état du patient et aux risques qu’il encourt. Le cas était inédit et fournissait donc un excellent sujet d’étude. (…) Quant à l’état du malade, ils s’en lavent les mains, comme l’a fait Ponce Pilate lors de la crucifixion de Jésus » (p. 149)
• « En pariant sur la prévisible modération d’un régime intégriste, on oublie que sa base le pousse vers une radicalisation forcenée » (p. 155)
• L’intégrisme est une imposture. Il discrédite le message de Mohammed en en donnant une image d’intolérance mâtinée de violence, et de son temps, le Prophète n’a pas manqué de dénoncer le dogmatisme » (p. 156)
• « Quelques uns de nos compatriotes adoptent une position qui rejoint en de nombreux points celles des Occidentaux. Au-delà de l’influence qu’exercent sur eux les médias des pays où ils vivent, je crois qu’il existe dans leur attitude une part de sadisme. D’outre mer, ils nous accusent de diaboliser les intégristes mais se gardent bien de venir partager le sort de leurs concitoyens. » (p. 156)
Sources : Rachid Mimouni, 1992, De la barbarie en général et de l'intégrisme en particulier, Belfond-Le Pré aux clercs. 10 Janvier 2008