vendredi 24 février 2012

LA LIBERTÉ DE LA PRESSE EST MENACÉE

Article paru dans : Kpitalis

Intéressant débat sur la liberté de la presse en Tunisie sur Nessma TV , en présence d'avocat, journaliste et du président de la Ligue des Droits de l'Homme en Tunisie :

Un avocat présent sur le plateau rappelle : qu’en 2002 un article, le 121, est né à la demande de Ben Ali.
Cet article ZABA s’en servira pour mettre en prison ses opposants. En ont "bénéficié" :
- Moncef Marzouki l’actuel président de la république ;
- Mustapha ben Jaafar, l’actuel président de l’Assemblée Constituante ;
- Samir Dilou, l’actuel ministre des droits de l’homme et de la justice…..

Ce qui étonne notre avocat, c’est que ZABA  parti , cet article n’a toujours pas été abrogé. Puisque la justice tunisienne a mis en prison le directeur d’un journal, en application de ce fameux article 121.
Ce qui le choque beaucoup, d’autant que tout le monde sait que c’est un article attentatoire à la liberté d’expression, fait sur mesure pour Ben Ali !

Or la plus part des partis de l’opposition et même ceux dans la troïka, ont exprimé leur vive émotion en apprenant que le juge a décidé l’incarcération d’un directeur d’un journal, et ont demandé sa libération.
Le seul parti qui a approuvé cette incarcération, comme par hasard c’est Ennahdha ! Quand on sait que le ministre de la justice Samir Dilou appartient à Ennahdha, et que le procureur de la république est aux ordres de ce ministre ; on peut comprendre qu’Ennahdha est derrière cette décision, qu’il veut exemplaire et dissuasive pour les autres médias !
En d’autres termes, Ennahdha reproduit ce dont elle a souffert sous Ben Ali : museler l’opposition et mettre au pas les journalistes.
Comme si la révolution du 14 janvier n’avait jamais eu lieu !!!

Ce qui étonne notre avocat, c’est la règle de « deux poids deux mesures » de ce gouvernement :
- En effet, ce gouvernement a demandé l’arrestation et l’incarcération de 3 journalistes pour une photo qu'il a jugé choquante et attentatoire à la moralité, en application d’un article que tout le monde sait vestige d’une dictature ; et ce, avec une célérité qui dénote le zèle d’une justice aux ordres pour plaire à son tuteur…
- Mais paradoxalement, ce gouvernement n'a rien fait contre des prédicateurs étrangers (égyptiens, saoudiens, qatari….) dont les discours sont autrement plus choquants et plus graves puisqu’ils incitent à la haine, à la violence et sont sources de « fitna » (discorde) entre les tunisiens…..ce qui tombe sous le coup de la loi plus précisément de l’article 52 !                                                                                                                           Comment se fait-il que le gouvernement et le procureur de la république n’aient pas réagi, alors que l’émotion des tunisiens est si vive et le climat est au bord d’une guerre civile ?

Un journaliste présent sur le plateau rapporte un autre paradoxe illustrant la règle de "deux poids deux mesures" : il s'étonne qu'un journal qui déplaît à Ennahdha soit épinglé pour une photo de nue à la une, alors que deux autres journaux proche de ce parti ont produit des photos de nues à leur Une sans que cela ne provoque l'ire de ce parti !..... Ce qui démontre que derrière ce prétexte fallacieux, il y a une volonté politique de contrôler la presse et de mettre au pas les journalistes récalcitrants !

Ce qui inquiète notre avocat, ce sont les méthodes vexatoires et le genre de discours caractéristiques du régime de Ben Ali que l’actuel gouvernement semble vouloir perpétuer :
- En effet ZABA avait une tactique très vicieuse pour humilier ses opposants.
° Le procureur rédigeait son mandat d’arrestation à une heure tardive après la fermeture administrative,
° Son mandat d'arrête est rendu exécutoire après 16 h ! Et tant qu’à faire, à l’approche d’un week-end, pour s’assurer d’une mise au cachot au minimum de quelques jours pour atteindre psychologiquement  l’opposant !
Or c’est le même procédé qu’a appliqué le ministre Samir Dialou pour l’arrestation des 3 journalistes en question ! 
- Quand au discours officiel pour fustiger les journalistes récalcitrants, il remarque que les termes utilisés sont ceux de l’époque Ben Ali : dégradants et du niveau du caniveau !


Ce qui augure selon notre avocat d’un retour à une dictature !
Or tant que le gouvernement n’a pas abrogé les lois d’«exceptions» voulues par Ben Ali ni dissout les organismes de "surveillance" des faits et gestes des citoyens, il sera toujours suspecté de vouloir à son tour poursuivre l’ « œuvre » de son prédécesseur. Ce que les tunisiens ne laisseront plus faire : ils ont dégagé un dictateur par pour le remplacer par un autre fut-il son opposant.
Ils ont en marre de ces pratiques avilissantes et injurieuses. Ils sont assez intelligents et matures pour juger par eux-mêmes : le paternalisme des chefs, des grands frères et des guides suprêmes ou spirituels, ils n’en veulent plus !


Récemment encore, une manifestation à majorité des sympathisants d’Ennahdha et de la mouvance salafiste, devant le siège de la télévision à Tunis. Ils ont dénoncé « le parti pris des médias contre le gouvernement et les forces islamistes » qui serait, selon eux, à l’origine  de « la fuite des investisseurs ». 
Bien sûr c'est encore la faute à la presse ! Croient-ils qu’il suffise de casser le thermomètre pour faire disparaitre la fièvre ? Désolante bêtise !


On voit bien ici la confirmation de l'offensive de Nahdha contre les médias et sa connivence avec sa base armée que sont les salafistes. Et bien non, il faut le répéter ce n'est pas la presse qui fait fuir les touristes ni les investisseurs mais bel et bien les manifestations des obscurantistes et la transformation de la société tunisienne d’une société pacifiste en une société que l’islamisme obscurantiste rend méconnaissable et inquiétante. (Voir ce qui s’est passé tout récemment à Jendouba)
Voilà où est la vérité et c'est le devoir de la presse de le dire.

Rachid Barnat





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