lundi 10 août 2026

Ces Tunisiens qui quittent la Tunisie ...

La Tunisie, petit pays riche essentiellement de ses enfants et de leur matière grise, est-elle condamnée à les voir partir et la quitter après les avoir formés ?

Ce fut le cas de la communauté israélite dans les années post coloniales, dont les enfants ont été formé au Lycée Carnot essentiellement; et qui, pour toutes sortes de raisons politique et historique, ont préféré quitter leur pays ...

Puis ce fut le cas de bon nombre de ses enfants, formés par Bourguiba qui fuyaient la dictature, plus particulièrement celle de Ben Ali ...

Et depuis la fumeuse "Révolution du Jasmin", dont les complexés de l'Histoire se sont emparés pour régler ses comptes à Bourguiba, bâtisseur de la Tunisie moderne dont ils détruisent méthodiquement les institutions ... et cherchent même à effacer son nom de la mémoire collective. Et pour ce faire, ils prennent pris en otage la Tunisie et les Tunisiens !

Nouvelle vague de départ, souvent au péril de leur vie, de ses enfants qui ne trouvent plus de débouchés en Tunisie, malgré leurs diplômes ... depuis que les islamisto-arabistes sont aux commandes.

Dommage pour la Tunisie ! 

R.B



Paul Germon

CE DONT LA TUNISIE S’EST PRIVÉE
Avant même de parler de politique, de statistiques ou de responsabilités historiques, il suffit de regarder les hommes et les femmes que la Tunisie a vus partir, ou dont les familles ont été conduites au départ.
À deux ou trois exceptions près, tous les noms cités ici sont ceux de Juifs originaires de Tunisie.
Ils n’étaient pourtant qu’environ 100 000, au sein d’une population de plusieurs millions d’habitants.
Cent mille personnes seulement, mais une présence considérable dans la médecine, la recherche scientifique, l’enseignement, le droit, l’économie, la littérature, les arts, l’architecture, le commerce, l’industrie et la vie intellectuelle.
Et encore, je ne parlerai ici, pour l’essentiel, que de quelques anciens élèves du lycée Carnot de Tunis et de quelques personnalités appartenant au même monde.
Comme si Tunis se résumait à Carnot et la Tunisie à Tunis !
Il y eut aussi Sousse, Sfax, Bizerte, Nabeul, Jerba, La Goulette et tant d’autres villes dans lesquelles les Juifs participaient pleinement à la vie et au développement du pays.

Yves Meyer, originaire de Tunisie, est l’un des plus grands mathématiciens contemporains.
Ses travaux sur l’analyse harmonique et les ondelettes ont profondément transformé le traitement du signal et de l’image. Ils ont trouvé des applications dans la compression numérique, l’imagerie médicale, l’astronomie et jusque dans la détection des ondes gravitationnelles.
Professeur à l’École polytechnique, à l’université Paris-Dauphine et à l’École normale supérieure de Cachan, il reçut en 2017 le prix Abel, l’une des plus hautes distinctions mondiales en mathématiques.

Il faut ensuite citer non pas un, mais deux Daniel Cohen, tous deux originaires de Tunisie, tous deux parvenus au premier plan dans des domaines entièrement différents.
Le professeur Daniel Cohen, médecin et généticien né à Tunis, fut l’un des pionniers mondiaux de la cartographie du génome humain.
Cofondateur du Centre d’étude du polymorphisme humain avec Jean Dausset et Howard Cann, puis acteur majeur de l’aventure du Généthon, il dirigea les équipes qui établirent au début des années 1990 la première grande carte physique du génome humain.
Il ne s’agissait pas encore du séquençage complet de l’ensemble de l’ADN humain, mais d’une étape décisive : dresser une véritable carte de nos chromosomes afin d’y localiser les gènes et de faciliter l’identification de ceux qui sont responsables de maladies.
Cette réalisation plaça la recherche française au premier rang mondial dans la connaissance du génome humain et ouvrit la voie à de nombreux progrès en génétique médicale.

Son homonyme, Daniel Cohen, l’économiste, né lui aussi à Tunis, fut l’un des économistes français les plus brillants et les plus écoutés de sa génération.
Normalien et agrégé de mathématiques, il devint professeur d’économie à l’École normale supérieure, dont il dirigea le département d’économie. Il participa à la création de l’École d’économie de Paris, qu’il présida, et dirigea également le CEPREMAP.
Ses travaux portèrent sur la dette des États et des pays en développement, la mondialisation, la croissance, le travail et les transformations du capitalisme.
Il possédait surtout un talent rare : expliquer simplement les mécanismes économiques les plus complexes sans jamais les dénaturer.

Jean-Paul Fitoussi, né à La Goulette et ancien élève du lycée Carnot de Tunis, fut lui aussi l’un des économistes français les plus importants de sa génération. (Encyclopædia Universalis⁠)
Professeur à Sciences Po, il présida pendant plus de vingt ans l’Observatoire français des conjonctures économiques, l’OFCE.
Spécialiste de la croissance, du chômage, des politiques macroéconomiques et de la construction européenne, il fut également associé à de nombreuses réflexions internationales sur la mesure de la richesse et du progrès social.
Avec Joseph Stiglitz et Amartya Sen, il participa notamment à la commission chargée de réfléchir aux limites du produit intérieur brut comme mesure de la performance économique et du bien-être.

Alain Maruani, physicien et universitaire, enseigna à l’École normale supérieure et à l’École polytechnique.
Il fut longtemps président de jury à l’École des Ponts et Chaussées et rédigea pendant des années des sujets de concours d’entrée à ces grandes écoles.
Il participa ainsi directement à la sélection et à la formation de plusieurs générations de scientifiques et d’ingénieurs français.
Son rôle ne se limita donc pas à la recherche ou à l’enseignement : il occupa une place importante au cœur même du système français des grandes écoles.

Margaret Maruani, née à Tunis, fut l’une des pionnières françaises de la sociologie du travail et de l’emploi des femmes.
Directrice de recherche au CNRS, elle démontra que les inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes ne relevaient ni du hasard ni de simples différences individuelles, mais de mécanismes économiques et sociaux parfaitement identifiables.
Elle créa le MAGE, premier groupement de recherche du CNRS consacré au marché du travail et au genre, puis fonda la revue Travail, genre et sociétés.
Elle contribua ainsi à imposer ce domaine comme un véritable champ de recherche scientifique et reçut la médaille d’argent du CNRS.
À titre anecdotique, je précise qu’Alain et Margaret Maruani sont mes cousins.

Sydney Galès, né à Tunis, fut l’une des grandes figures européennes de la physique nucléaire.
Directeur de recherche au CNRS, il dirigea l’Institut de physique nucléaire d’Orsay, puis le GANIL de Caen, l’un des principaux centres mondiaux consacrés à l’étude des noyaux atomiques.
Il occupa également d’importantes responsabilités à l’IN2P3 avant de prendre la direction scientifique du projet européen ELI-NP, en Roumanie, consacré aux lasers de très haute puissance, aux rayonnements gamma et à la physique nucléaire.
Il fut en outre membre du panel de sélection du prix Nobel de physique de 2005 à 2009, responsabilité qui témoigne de la reconnaissance internationale dont il bénéficiait dans la communauté scientifique. (Institut des Études Avancées⁠)
Il ne fut donc pas seulement un chercheur de premier plan : il fut aussi un bâtisseur de grands instruments scientifiques et un organisateur de la coopération européenne.

Henri Bismuth, né à Tunis, devint l’un des pionniers mondiaux de la chirurgie du foie et de la transplantation hépatique.
À l’hôpital Paul-Brousse, il créa un centre de référence internationale consacré aux maladies et à la chirurgie du foie.
Il fut le premier en France à mettre en place un programme de transplantation hépatique et développa plusieurs techniques décisives : la réduction d’un foie adulte afin de le greffer à un enfant, la transplantation partielle et le partage d’un même foie entre deux receveurs.
Derrière ces termes techniques se trouvent des milliers de vies sauvées.
Il présida également l’Académie nationale de chirurgie.

Gabriel Coscas, né à Tunis, devint l’un des plus grands spécialistes français de la rétine.
Il fonda en 1970 le service universitaire d’ophtalmologie de Créteil et en fit une école de réputation internationale.
Pionnier de l’angiographie oculaire, de l’utilisation du laser et de l’étude des maladies de la macula, il joua un rôle déterminant dans le diagnostic et le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge.
Il forma plusieurs générations d’ophtalmologistes et participa également à la lutte internationale contre le trachome.

Paul Chemla, né à Tunis, ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé de lettres classiques, aurait pu mener une brillante carrière universitaire.
Il choisit le bridge et devint l’un des plus grands joueurs de tous les temps.
Champion du monde, vainqueur de la Bermuda Bowl, double vainqueur des Olympiades mondiales, champion du monde individuel et plusieurs fois champion d’Europe, il représenta la France au plus haut niveau pendant plus de trente ans.
Son intelligence du jeu, sa mémoire, son audace, son humour et son imagination en firent une véritable légende internationale du bridge.

Albert Memmi, né dans la Hara de Tunis, transforma son expérience de Juif tunisien, partagé entre plusieurs langues, plusieurs cultures et plusieurs appartenances, en une œuvre universelle.
Dans La Statue de sel, il raconta ce déchirement identitaire.
Dans le Portrait du colonisé, il analysa les mécanismes de domination, de dépendance et d’exclusion avec une force qui fit de cet ouvrage une référence internationale.
Romancier, sociologue, essayiste et professeur, il donna à la Tunisie une place majeure dans la littérature et la pensée françaises du XXe siècle.

Éliane Amado Lévy-Valensi, philosophe, psychanalyste et universitaire, fut l’une des grandes figures du renouveau de la pensée juive française après la guerre.
Elle confronta la philosophie occidentale, la psychanalyse et les textes fondamentaux du judaïsme.
Ses travaux sur Freud, Jung, Moïse, Job et la tradition juive influencèrent plusieurs générations d’intellectuels.
Elle enseigna notamment à la Sorbonne, puis à l’université Bar-Ilan en Israël.

Gisèle Halimi, née Zeiza Taïeb à La Goulette, devint l’une des avocates françaises les plus célèbres du XXe siècle.
Elle défendit Djamila Boupacha, torturée pendant la guerre d’Algérie.
Elle transforma le procès de Bobigny en étape décisive vers la dépénalisation de l’avortement et mena le combat pour que le viol soit pleinement reconnu et jugé comme un crime.
Fondatrice de l’association Choisir la cause des femmes, avocate, députée, ambassadrice et écrivaine, elle contribua directement à modifier le droit français et la condition des femmes.

Georges Wolinski, né à Tunis, fut l’un des dessinateurs les plus célèbres de France.
Son trait immédiatement reconnaissable, son humour provocateur et son regard féroce sur la politique, les rapports entre les hommes et les femmes et les hypocrisies sociales marquèrent durablement Hara-Kiri, Charlie Hebdo, L’Humanité et Paris Match.
Il fut assassiné le 7 janvier 2015 lors de l’attentat contre Charlie Hebdo.

Olivier-Clément Cacoub, né à Tunis, obtint le Grand Prix de Rome d’architecture en 1953.
Architecte-conseil de la République tunisienne après l’indépendance, il conçut notamment le palais présidentiel de Carthage, le stade de Monastir, des hôtels, des équipements publics et des stations balnéaires.
Son œuvre s’étendit ensuite à la France, à l’Afrique, à la Russie et au Pacifique.
Il fut architecte en chef des bâtiments civils et des palais nationaux.
La Tunisie utilisa donc son talent, mais ne sut pas conserver durablement l’homme ni le milieu humain dont il était issu.

Le professeur Jacques Salat-Baroux, originaire de Sousse, fut un grand gynécologue-obstétricien français et l’un des pionniers de la fécondation in vitro.
Chef du service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital Tenon, il appartint aux équipes engagées dans les premières grandes réussites françaises des « bébés-éprouvette ».
Son équipe fut l’une des premières en France à obtenir une naissance après fécondation in vitro.
Il consacra une part essentielle de sa carrière au traitement de la stérilité, à la procréation médicalement assistée et au don d’ovocytes.
Son parcours rappelle précisément que l’excellence juive tunisienne ne se limitait ni à Tunis ni au lycée Carnot : il était originaire de Sousse.
Il fut également le père de Frédéric Salat-Baroux, ancien secrétaire général de l’Élysée et gendre de Jacques Chirac.

Le professeur Marcel Hayat, né à Tunis, fut l’un des grands cancérologues et hématologues français de sa génération.
Ancien élève du collège Alaoui puis du lycée Carnot, il se spécialisa dans les leucémies et les lymphomes.
À l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif, il dirigea le service d’hématologie, puis le département de médecine, et occupa également d’importantes responsabilités dans la direction de l’Institut.
Professeur de cancérologie à la faculté de médecine Paris-Sud, il participa au développement des traitements modernes des cancers du sang et forma de nombreux médecins et chercheurs.
Il ne faut pas le confondre avec David Khayat, autre grand cancérologue juif originaire de Tunisie.

David Khayat, né à Sfax, quitta la Tunisie alors qu’il était encore enfant et ne fut donc pas élève du lycée Carnot.
Il devint chef du service d’oncologie médicale de la Pitié-Salpêtrière, fonction qu’il occupa pendant près de trois décennies.
Il fut également le premier président de l’Institut national du cancer, participa à l’élaboration de la Charte de Paris contre le cancer et joua un rôle important dans la mise en place du premier Plan cancer français.

Daniel Houri, né à Gabès et ancien élève du lycée Carnot de Tunis, fit carrière dans l’économie, la banque et les grandes institutions financières françaises. (AfricaPresse.Paris⁠)
Après des études d’économétrie et d’administration des entreprises, il enseigna notamment les mathématiques à l’université Paris-II Assas puis à Paris-Dauphine. Il joua également un rôle dans l’introduction et la diffusion en France de la Rationalisation des choix budgétaires, la RCB, méthode destinée à améliorer la décision publique en confrontant les objectifs poursuivis, les moyens engagés et les résultats attendus. Il fut notamment responsable de formations consacrées à la RCB au sein du Service des affaires économiques et internationales.
Son parcours à HEC fut particulièrement remarquable : bien qu’il ne fût pas lui-même diplômé de cette prestigieuse école, il y fut recruté comme enseignant avant de devenir directeur général du groupe HEC.
Il occupa ensuite d’importantes responsabilités dans le secteur bancaire et financier.
Ancien banquier et administrateur notamment du Crédit Lyonnais, il fut nommé conseiller maître à la Cour des comptes en 1991 et exerça également des responsabilités au sein de la Commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations. (Pappers Politique⁠)

Alain Amado, médecin et universitaire, s’inscrivit lui aussi dans cette tradition d’excellence médicale.
Comme tant d’autres médecins juifs originaires de Tunisie, il participa à la recherche, à l’enseignement et à la formation de générations de praticiens en France.

Le professeur Meyer-Michel Samama, né à Tunis, fut l’un des grands spécialistes internationaux de l’hémostase et de la thrombose.
Médecin, pharmacien-biologiste et professeur d’hématologie, il exerça à l’Hôtel-Dieu de Paris, où son laboratoire devint une référence dans le diagnostic et le suivi des troubles de la coagulation et des prédispositions aux thromboses.
Ses travaux contribuèrent au progrès de la connaissance et du traitement des maladies thromboemboliques.
Il forma des générations de médecins, de pharmaciens et de biologistes, parmi lesquels de nombreux Tunisiens, et participa à la constitution de réseaux internationaux consacrés à l’hémostase.

Le professeur Gérard Slama fut l’un des pionniers de la diabétologie moderne.
Chef du service de diabétologie de l’Hôtel-Dieu de Paris et professeur à la faculté de médecine Paris-Descartes, il fut notamment à l’origine de travaux majeurs sur le traitement du diabète par pompe à insuline.
Ses recherches contribuèrent à transformer la prise en charge quotidienne des diabétiques et à développer une médecine plus précise, adaptée au rythme de vie et aux besoins de chaque malade.
Il faudrait consacrer un article entier au seul domaine médical pour mesurer l’ampleur de la contribution des Juifs originaires de Tunisie à la médecine française.

Pierre Cohen-Tanugi, ancien élève de l’École normale supérieure et docteur d’État en sciences économiques, fit une importante carrière dans l’entreprise et l’édition.
Après avoir exercé des responsabilités de direction dans l’industrie et la finance, il devint directeur général du groupe Gallimard de 1991 à 2000.
Il dirigea ainsi l’un des plus prestigieux ensembles éditoriaux français, comprenant notamment les Éditions Gallimard, Denoël, le Mercure de France et Gallimard Jeunesse.
Il prit ensuite la direction de l’Institut de l’École normale supérieure et dirigea les activités de prospective et de recherche du groupe La Poste.

Son frère, Laurent Cohen-Tanugi, né à Tunis, est normalien, avocat aux barreaux de Paris et de New York, essayiste et spécialiste des affaires économiques et internationales.
Il exerça notamment au cabinet Cleary Gottlieb, devint membre du comité exécutif de Sanofi-Synthélabo, puis associé du cabinet international Skadden, avant de créer son propre cabinet.
Auteur de nombreux ouvrages consacrés à la démocratie, à l’Europe, aux États-Unis, à la mondialisation et aux relations internationales, il fut également chargé par le gouvernement français de conduire une mission sur la place de l’Europe dans la mondialisation.
Deux frères, deux parcours de premier plan : l’un à la tête de Gallimard et dans la prospective des grandes institutions françaises; l’autre dans le droit international, l’entreprise et la réflexion géopolitique.

Victor Chaltiel, mon cousin, était issu du quartier juif de Tunis, avenue de Londres.
Parti de ce milieu modeste, il fut diplômé de la prestigieuse Harvard Business School.
Il créa et dirigea ensuite un groupe coté à Wall Street, réussissant au plus haut niveau du monde américain des affaires.
Mais son parcours ne s’arrêta pas là.
Il s’engagea dans la vie politique américaine au sein de l’équipe de John McCain, l’une des grandes figures du Parti républicain et candidat à la présidence des États-Unis.
En 2011, sans expérience électorale préalable, Victor Chaltiel se présenta à la mairie de Las Vegas.
Pour ce premier essai, face à de nombreux candidats, il obtint un score appréciable et se classa parmi les principaux candidats de cette élection.
Du quartier juif de Tunis à Harvard, de Wall Street à l’équipe de John McCain, puis à une candidature remarquée à la mairie de Las Vegas : son parcours résume à lui seul l’extraordinaire potentiel humain que la Tunisie a laissé partir.

Jacques Saada, né à Tunis, poursuivit sa carrière au Canada.
Universitaire, traducteur puis député fédéral du Parti libéral, il fut élu à trois reprises à la Chambre des communes.
Il devint ensuite ministre fédéral au gouvernement d’Ottawa. Sous le Premier ministre Paul Martin, il fut successivement ministre responsable de la Réforme démocratique, ministre de l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec et ministre responsable de la Francophonie. Il fut également leader du gouvernement à la Chambre des communes.
Trois ministères fédéraux au gouvernement canadien pour cet enfant de Tunis.
Son parcours montre, une fois encore, jusqu’où pouvait conduire cette formation tunisienne lorsqu’elle trouvait ailleurs un pays disposé à accueillir ces compétences et à leur permettre de s’exprimer.

Benjamin Haddad illustre, lui, la génération suivante.
Né à Paris en 1985, il est le fils d’un Juif tunisien né en Tunisie et le petit-fils de Juifs tunisiens venus s’installer en France. Il a lui-même raconté que ses grands-parents avaient quitté la Tunisie pour fuir l’antisémitisme.
Diplômé de Sciences Po et d’HEC, spécialiste des relations internationales, il travailla plusieurs années à Washington, notamment comme directeur Europe de l’Atlantic Council.
Élu député de Paris en 2022, il entra au gouvernement français en 2024 et devint ministre délégué chargé de l’Europe auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, fonction qu’il exerce encore aujourd’hui.
Avec lui apparaît une autre dimension de cette histoire : non plus seulement celle des Juifs nés en Tunisie et partis vers d’autres pays, mais celle de leurs enfants, devenus à leur tour universitaires, entrepreneurs, hauts responsables et, dans son cas, ministre de la République française.

Claude Hagège, né en Tunisie, devint l’un des plus grands linguistes français.
Professeur au Collège de France, polyglotte exceptionnel, il consacra ses recherches à la structure des langues, à leur diversité et aux menaces qui pèsent sur leur survie.
Il défendit avec passion le plurilinguisme face à l’uniformisation culturelle et linguistique.
Il constitue l’une des deux ou trois exceptions signalées au début de cet article.

Philippe Séguin, né à Tunis et ancien élève du lycée Carnot, fut député, ministre, président de l’Assemblée nationale puis premier président de la Cour des comptes.
Grand orateur, gaulliste social, adversaire déterminé du traité de Maastricht, il fut l’une des personnalités les plus marquantes de la vie politique française.
Il est le seul non-Juif de cet échantillon. Mais il grandit dans le quartier juif de Tunis, dans ce même environnement humain, culturel et scolaire dont sont issus tant des hommes et des femmes cités dans cet article.
Son parcours témoigne ainsi, lui aussi, de l’extraordinaire qualité du creuset tunisien de cette époque.

Cette liste demeure très incomplète.
Elle rassemble surtout quelques personnalités parvenues au premier plan, celles dont les découvertes, les responsabilités, les entreprises ou les œuvres ont dépassé les frontières de leur profession.
Mais combien d’autres faudrait-il encore citer !
Dans la médecine, la pharmacie, l’enseignement, le droit, l’ingénierie, la banque, l’industrie, le commerce, l’architecture, le journalisme, l’imprimerie, la musique, le cinéma, l’artisanat et tant d’autres secteurs, des milliers de Juifs originaires de Tunisie exercèrent leur métier avec compétence, intelligence et passion.
Tous ne devinrent pas académiciens, professeurs au Collège de France, ministres, grands patrons, champions du monde, chefs de service ou lauréats de prix internationaux.
Tous n’occupèrent pas le premier plan comme les noms cités ici.
Mais, là où ils travaillaient, ils firent briller leur entreprise, leur cabinet, leur atelier, leur commerce, leur hôpital, leur école ou leur profession.
Ils soignèrent, enseignèrent, créèrent, inventèrent, bâtirent, entreprirent, exportèrent, transmirent et formèrent les générations suivantes.
Et ils étaient issus d’une communauté qui ne comptait qu’environ 100 000 personnes.
Je n’ai parlé ici, pour l’essentiel, que de Tunis et du lycée Carnot.
Or Carnot n’était pas toute la Tunisie !
Il y eut quantité d’autres exemples à Sousse, à Sfax, à Bizerte, à Nabeul, à Jerba, à La Goulette et ailleurs.

Des médecins, des pharmaciens, des enseignants, des avocats, des ingénieurs, des commerçants, des industriels, des artisans, des artistes, des musiciens et des architectes participaient quotidiennement à la vie et au développement du pays.
De nombreux secteurs ne sont même pas abordés ici.
L’imprimerie, la musique, le cinéma, le commerce international, la banque, l’industrie, la pharmacie, l’artisanat, l’édition et tant d’autres domaines mériteraient chacun un article.
Et ces noms ne représentent que la partie la plus visible d’un monde beaucoup plus vaste.

On peut toujours discuter des circonstances, des responsabilités, des dates et des mots.
Mais les faits sont là.
Voilà un exemple de ce dont la Tunisie s’est privée en poussant les Juifs au départ !

samedi 8 août 2026

Emmanuel Macron : un président incompris ?

 

Jean Pierre Ryf 

Détestation d'Emmanuel Macron : Tentative d'analyse.

J’ai souhaité réfléchir au fait que Emmanuel Macron a été le président le plus détesté (beaucoup notamment sur les réseaux sociaux ont manifesté une véritable haine). Comment expliquer cette détestation qui, au passage, a fait écrire souvent n’importe quoi. Ceux qui par exemple ont mis en doute son intelligence, n’ont pu que m’étonner. On peut, sans doute critiquer mais dire que cet homme manque d’intelligence est complétement absurde.

Ce qu’il y a de certains, c’est que dans un premier temps il a enthousiasmé par sa volonté de changer le monde politique et de mettre fin à des luttes de postures en montrant bien qu’il n’y avait, au fond, pas grande différence entre la gauche de gouvernement, le centre et la droite républicaine. Tous ces partis exagéraient leurs différences mais si on veut bien réfléchir, tous acceptaient l’économie de marché et refusaient donc toute politique collectiviste et étatique dont l’histoire avait montré la faillite. 

Sur le plan des mœurs, la gauche sentait mieux les évolutions sociales mais centre et droite républicaine ne revenaient jamais sur les grandes réformes : l’avortement, le divorce par consentement, le pacs puis le mariage pour tous et l’abolition de la peine de mort !

Cette idée que les Français voulaient être gouvernés au centre et qu’ils rejetaient les extrêmes, était vraie et est toujours vraie, mais j’ai, déjà en 2023 montré que ce  « en même temps » était une idée qui avait ses limites car si le pouvoir est toujours au centre (gauche de gouvernement, centre et droite républicaine) alors il n’y a plus d’alternance possible; alors que l’alternance est la respiration nécessaire de la démocratie.

Après cette analyse du système politique d’Emmanuel Macron, passons en revue rapidement ses deux quinquennats.

Je dirais d’abord que nul ne peut contester le fait qu’il ait rempli très honorablement ses missions de représentation du pays, tant en France qu’à l’étranger; et qu’il n’a pas mesuré ses efforts.

Sur le plan international il s’est montré à la fois lucide et efficace et je crois que jamais la France n’a eu une action plus efficace, notamment en Europe où depuis le début il s’est efforcé d’amener les autres pays à plus d’unité et d’indépendance. Il est vrai qu’il a été beaucoup aidé sur ce point par les dérives de Poutine et de Trump mais qu’il a su remuer les pays.

Dans le domaine militaire il a fait ce qui était nécessaire en présence de l’évolution des choses.

Sur le plan économique il a voulu d’un pays ouvert aux entreprises. Préfèrerait-on que les entreprises aillent ailleurs et que celles qui le peuvent quittent la France ? Peut-être peut-on lui reprocher sur ce terrain d’être allé un peu trop loin sur le plan fiscal.

Sur le plan des questions de sociétés il a sécurisé un certain nombre de textes en les intégrant à la Constitution (avortement, peine de mort...) et je pense que c’était sage : compte tenu des évolutions possibles du pouvoir.

Il a ouvert de nouveau droit et notamment celui de permettre à chacun de choisir de refuser les douleurs insupportables et les agonies cruelles et sans fin. D’autres pays en Europe avaient déjà fait ce pas et je lis que la droite si elle revient au pouvoir ne reviendra pas sur cette réforme qu’elle mettra simplement « sous contrôle » !

Dans ce pays, chacun mesure que des reformes sont absolument nécessaires et qu’un rétablissement des comptes publiques est indispensable. Le coût des emprunts est aujourd’hui énorme et limite considérablement les marges de manœuvres. Il a échoué sur cette question pourtant fondamentale mais que pouvait-il faire avec la composition de l’Assemblée ? Certes on peut juger qu’il a eu tort de dissoudre mais les élus que les Français ont envoyé siéger à l’Assemblée ont rendu toute politique impossible. Est-ce sa faute ?

Ainsi quant on analyse cette période politique, on a du mal à comprendre la détestation d’une partie des Français contre Macron et personnellement je n’arrive pas à la comprendre. Il est vrai que les populistes qui ont toujours des réponses péremptoires, simples et sans nuance aux problèmes pourtant complexes, facilitent les jugements à l’emporte pièce et les commentaires de chacun sur les réseaux sociaux ne vont pas, non plus, c’est le moins que l’on puisse dire, vers l’objectivité et la nuance.

Ceci dit, Emmanuel Macron a terminé ses mandats. Peut-être viendra le jour où on le regrettera. Mais aujourd’hui les Français sont face à une situation difficile. S’ils vont vers la facilité, l’absence de nuance, le refus de voir la complexité des problèmes, et s’ils suivent les partisans du « Ya qu’à »; ils iront alors, peut -être, vers les extrêmes de droite ou de gauche et ils en paieront rapidement le prix.

En dehors de ces hypothèses absolument funestes, il conviendrait que cette grande masse des gens de la gauche de gouvernement, du centre et de la droite républicaine prennent conscience du réel danger; et dans un souci d’efficacité et de défense des intérêts du pays, réussissent à s’unir et à présenter un front commun.

C’est difficile mais dans certaines circonstances tous ces politiques ne peuvent-ils réussir à se dépasser dans l’intérêt vital du pays ?

jeudi 28 mai 2026

MARIAGE COUTUMIER OU LÉGALISATION DE LA PROSTITUTION !

Mon article référencé dans la table des matières de mon blog : 246 - MARIAGE COUTUMIER OU LÉGALISATION DE LA PROSTITUTION ! – Rachid BARNAT – 08.11.2012

http://latroisiemerepubliquetunisienne.blogspot.com/2012/11/mariage-coutumier-ou-legalisation-de-la.html

Bien qu'ancien, cet article a été supprimé le 3.5.2026 par "Blogger", hébergeur de mon blog. 

J'ai beau réclamé pour le rétablir, "Blogger" me dit que l'article contrevient au Règlement de la communauté de Blogger, sans me préciser en quoi !

Censure ? 

Donc je le remet ici pour mes lecteurs.

R.B

 

Article paru dans : 
Kapitalis
 Agora Vox
Saudiwave

Le wahhabisme c’est un puritanisme délirant, 

avec une débauche sexuelle extrême dans les faits !

 

Depuis son retour de son exil londonien, Ghannouchi n'a cessé de créer des problèmes parmi un peuple qui venait de s'unir pour dégager son tyran; pour mieux le diviser à nouveau, appliquant la règle " diviser pour mieux régner ".

C'est ainsi qu'il a créé tout un tapage médiatique autour de questions qui n’ont aucun rapport avec les objectifs d’une révolution à laquelle ni lui ni ses Frères musulmans n’avaient participée en remettant en cause la " tunisianité " des Tunisiens, qu’il critique en les accusant de s’être éloignés de leur identité arabo-musulmane; pour développer toute une thématique autour de leur identité religieuse et de leur identité ethnique, sur lesquelles il a fait disserter toute l’opposition, piégée par son stratagème; sous prétexte que les Tunisiens auraient perdu leur identité " arabo-musulmane ", pour la leur faire recouvrer; alors qu'en réalité, il veut leur coller une nouvelle identité "arabo-wahhabite", celle de ses maîtres pétro-monarques !

Et de lancer des débats que nous croyons enterrés depuis le Code du Statut Personnel de 1959, autour de la polygamie, du mariage coutumier " zawej orfi ", de la réactivation de la cellule des fatouas, du statut de la femme ... pour remettre en cause la République et son Code Civil, qu'il assurait pourtant respecter durant sa campagne électorale d’avant le 23 octobre 2011 !

Créant ainsi intentionnellement la zizanie parmi les Tunisiens pour les diviser pour mettre la main sur le pouvoir suprême et en devenir le Guide Suprême. Ce dont il rêve ! 

Malheureusement, sa politique nihiliste commence à produire ses effets :

- La Tunisie est devenue une grande poubelle à ciel ouvert, au sens propre comme au figuré;

- Un peuple réputé pour sa tolérance et son pacifisme, s'est transmué en spectateur et victime de toute sorte de violences, quasi quotidiennes, jusqu'à l'assassinat politique !

Et socialement, un nouveau phénomène est en train de se répandre, dont la Tunisie aurait pu se passer, le retour du " Zaouaj el Ourfi " (mariage coutumier) ! 

Des mariages illégaux se multiplient. On en dénombre déjà 500 cas selon les responsables … et déjà des cas d’enfants naturels  !

Le pire, c'est que la plupart de ces mariages, sont contractés par des étudiantes à l'université ! Il faut croire que d'être parvenues à l'université, n’a pas rendu ces jeunes filles " plus intelligentes "; puisque ces dindes, se sont fait avoir par les discours " pseudo-religieux " de leurs copains barbus pour accepter des mariages bidons, où elles sont à la merci de leurs hommes qui peuvent les quitter quand ils veulent, les abandonner elles et leurs enfants en toute impunité, devenues les dindes de la farce.

Un retour à des pratiques d'avant l'indépendance, que la Tunisie avait connues dans les régions les plus reculées au sens géographique et intellectuel; et que Bourguiba s’est fait un point d’honneur d’éradiquer. 

Et ce, avec la complicité de militantes islamistes inconscientes, pour ne pas dire idiotes !

Dont certaines commencent à peine à réaliser le pétrin dans lequel elles se sont mises par suivisme imbécile d'étudiants " beaux parleurs " nouvellement convertis au wahhabisme, appâtés par " le mariage coutumier "  halal, qui leur permet de jeter leur gourme et assouvir leurs bas instincts sans bourse délier et sans conséquences pour eux ! Abusant des dindes nouvellement converties elles aussi à l’islamisme, qui admettent le " zaouaj el ourfi ", convaincues qu’il est " halal " !!

Certaines, désemparées, cherchent à avorter le fruit de la supercherie " religieuse ", allant jusqu’à tenter de se suicider, pour laver la honte qui éclabousse déjà leurs familles. Ce qui rajoute à leur péché, celui du " haram el akbar " (le grand péché), d'attenter à la vie : la leur ou à celle du fruit de leur péché !

D'autres se retournent vers la justice pour faire reconnaître à leur Jules une paternité qu'il nie, après avoir " consommé " la mère !

La régression est affligeante, comme dirait Amna Mnif : " Aurions-nous fait la révolution pour nous retrouver réduits à défendre les acquis de 1959 ! ". Terrible constat d’une militante des droits des femmes !

Un responsable universitaire a voulu tirer la sonnette d’alarme en exposant ce nouveau phénomène indigne de la Tunisie moderne à un responsable du gouvernement. Celui-ci ne semblait nullement s’en alarmer. Il affirme même que c’est le cours normal qui reprend, dans une société qui recouvre ses traditions et sa religion ! C’est ahurissant !

Le responsable universitaire relève tout de même l’hypocrisie du gouvernement Ghannouchi qui s’est scandalisé d’un flirt d’une jeune tunisienne avec son fiancé qui, bien que violée par trois policiers, s’est retrouvée dans le boxe des accusés pour atteinte à la pudeur mais qui ne semble nullement s’émouvoir du sort des prostituées " halal " que sont les victimes des mariages coutumiers ni des enfants naturels qu’auront ces filles-mères !

Ce qui fait dire au responsable universitaire que Ghannouchi et ses " Frères " tolèrent cette pratique honteuse pour la faire admettre aux Tunisiens; et à travers elle, de les ramener à la chariâa et lieu et place du code civil.

Ce qui revient à dire que la chariâa que les Tunisiens ont cru avoir sorti par la porte, leur revient par la fenêtre ! Machiavéliques, les islamistes !!

Les mariages coutumiers sont monnaies courantes au Maroc et en Egypte, contractés souvent par les ressortissants du " Khalije " (pays du Golfe), qui s'en servent pour " couvrir " une prostitution " touristique " qui ne dit pas son nom ! Et qui rentrent chez eux, une fois leur " besoin " satisfaits, la conscience tranquille; puisque c’est " halal ". Mais laissant derrière eux des drames familiaux terribles : des filles mères abandonnées par leurs familles et dont les enfants sont considérés comme des bâtards dans une société empêtrés encore dans ses traditions patriarcales ! Que de drames au nom de la religion en perspectives ! 

Quelle hypocrisie !!

On comprend mieux le désir des bédouins d'Arabie et du Golfe de diffuser leur wahhabisme en Afrique du Nord et en Tunisie où ils voudraient développer un tourisme sexuel " halal " : pour en faire un paradis sur terre où les belles houris se ramassent à la pelle, sans se mettre hors la loi (leur loi !) ni être accusés de s'adonner à la prostitution ni au proxénétisme !! 
Une façon aussi de rabaisser la tunisienne au niveau de leurs bédouines de la péninsule arabique, et remettre en cause le statut exceptionnel dont elle jouissait depuis l'indépendance et que le monde dit " arabo-musulman ", lui envie.

Voilà la morale que défend Ghannouchi ! 

Quand les Tunisiens se décideront-ils à se débarrasser de ces tartufes et de leur dangereux gourou ?

Pauvre Tunisie !

Rachid Barnat



dimanche 15 mars 2026

Un mirage nommé Dubaï

Des pétromonarques pris au piège de leur désinvolture et de leur arrogance. Bédouins sortis à peine de leur moyen âge avec l'or noir qui leur a tourné la tête jusqu'à jouer aux faiseurs "de président" dans les républiques "arabo-musulmanes" depuis le fumeux printemps arabe ourdi par l'émir du Qatar avec l'aval des EU et de l'UE !

Pétromonarques qui pensent pouvoir tout acheter et coloniser des pays à la civilisation millénaire comme la Tunisie ! Alliant la cupidité à la stupidité.

Les Tunisiens se souviennent de l'humiliation infligée à Tartour alias Moncef Marzougui, par son ex-employeur, l'émir du Qatar lors de sa venue en Tunisie en conquérant !

Mais voilà, ces pétromonarques à la faveur de la "guerre d'Iran" de Trump et de celui qui le mène par le bout du nez Netanyahu, découvrent leur propre fragilité; et que leur "réussite", n'est qu'un mirage qui disparaîtra avec l'extinction de leur or noir.

Seule Abir Moussi dénonçait ces nouveaux colonisateurs de la Tunisie et ne cesse de dénoncer leur mainmise sur la Tunisie.
R.B

Il fut un temps où Dubaï se rêvait comme la première ville post-géopolitique de l’histoire. Une ville au-dessus des nations, au-dessus des conflits, au-dessus même de la gravité économique. Une ville où l’argent circulerait plus vite que les missiles et où les gratte-ciel serviraient de talismans contre les brutalités du monde. Une ville-refuge pour milliardaires anxieux, oligarques exilés, princes fatigués et traders insomniaques. Une ville où l’on viendrait oublier la guerre pendant que d’autres la feraient à votre place.

Le projet était audacieux : transformer un désert sans eau ni mémoire urbaine en capitale officieuse de la mondialisation. Tout y a été pensé comme une vitrine de puissance : ports géants, compagnies aériennes planétaires, îles artificielles visibles depuis l’espace, centres financiers qui promettaient de rivaliser avec Londres et Singapour.
Le message était simple : l’histoire appartient désormais aux hubs logistiques.

Mais le désert a une ironie très ancienne : il aime se moquer des mirages. Car derrière la façade de verre, une vérité brutale s’impose aujourd’hui : Dubaï n’est pas une puissance. C’est un pari. Et ce pari reposait sur une hypothèse simple : que quelqu’un d’autre ferait la guerre pour vous.

Depuis quarante ans, les monarchies du Golfe vivent sous une équation stratégique d’une simplicité presque biblique : vous achetez les armes, l’Amérique fait la guerre. Le pétrole finance les contrats d’armement, les bases américaines garantissent la stabilité, et les princes peuvent se consacrer à des tâches plus nobles comme inventer des pistes de ski dans le désert ou construire des hôtels à sept étoiles.

Le système semblait parfait. Les États-Unis vendaient des centaines de milliards de dollars d’armes, les monarchies du Golfe obtenaient une illusion de sécurité, et les compagnies pétrolières continuaient à pomper tranquillement l’or noir sous la protection de la bannière étoilée. Une symbiose idéale : Washington vendait la peur, Riyad et Abou Dhabi achetaient la tranquillité. Sauf que la géopolitique, comme la gravité, finit toujours par rappeler qu’elle existe.

Face aux monarchies du Golfe se tient une réalité que les architectes de Dubaï auraient préféré ignorer : l’Iran. Une vieille civilisation qui existait déjà lorsque le Golfe n’était qu’un archipel de villages de pêcheurs. Un pays immense, peuplé de près de quatre-vingt-dix millions d’habitants, capable de produire ses missiles, ses drones, ses réseaux d’alliés et sa propre mythologie stratégique. Une puissance qui n’a jamais cru que l’histoire pouvait être remplacée par des centres commerciaux climatisés.

La comparaison est cruelle. D’un côté, des villes-vitrines construites à la vitesse des flux financiers. De l’autre, un État-civilisation qui pense en décennies et en guerres longues. L’un possède les plus grands malls du monde. L’autre possède la capacité de fermer le détroit d’Ormuz.
C’est un mauvais rapport de force pour une économie qui dépend entièrement des flux. Car Dubaï n’est pas seulement une ville spectaculaire. C’est un mécanisme délicat. Une gigantesque machine à attirer les capitaux étrangers. Les fortunes russes y stationnent leurs yachts, les entrepreneurs africains y ouvrent leurs comptes, les élites du sous-continent indien y investissent leurs profits, et les multinationales y installent leurs sièges régionaux. Tout repose sur une promesse implicite : ici, vous êtes à l’abri du chaos.
Mais la promesse commence à trembler.

Les tensions avec l’Iran ont rappelé une évidence stratégique que les tours de verre ne peuvent masquer : dans le Golfe, toutes les infrastructures vitales sont à portée de missile. Les ports, les raffineries, les aéroports, les terminaux pétroliers, les gratte-ciel eux-mêmes. Tout ce qui fait la richesse de ces États est aussi ce qui les rend vulnérables. Les villes du Golfe sont des merveilles d’ingénierie… et des cibles idéales.

Et soudain le paradoxe apparaît dans toute sa brutalité : les monarchies du Golfe possèdent certaines des armées les plus chères du monde, mais elles ne peuvent pas mener une guerre sérieuse. Elles peuvent acheter des avions furtifs, des batteries antimissiles et des frégates dernier cri. Mais elles ne peuvent pas acheter ce qui fait réellement la puissance militaire : la profondeur stratégique, la démographie, l’endurance et, surtout, la volonté politique de supporter des pertes. C’est la différence entre un arsenal et une armée.

L’illusion devient encore plus troublante lorsqu’on observe le rôle des Etats-Unis dans ce théâtre. Washington reste la puissance militaire dominante dans la région, mais sa stratégie est devenue erratique. Les Etats-Unis peuvent décider d’affronter l’Iran pour des raisons qui tiennent autant à la politique intérieure américaine qu’à la sécurité du Golfe. Ils peuvent déclencher une escalade… puis laisser leurs alliés gérer les conséquences.
Les monarchies du Golfe découvrent alors une vérité inconfortable : elles financent la protection américaine, mais elles ne contrôlent ni la guerre ni la paix.
Autrement dit, elles paient l’assurance… sans lire les clauses du contrat.
Et dans ce contrat implicite, Dubaï apparaît comme le symbole ultime de la mondialisation naïve. Une ville construite sur l’idée que la prospérité peut flotter au-dessus des rivalités impériales. Une ville persuadée que la finance internationale peut neutraliser la géographie.

C’était oublier une règle élémentaire de l’histoire : les routes commerciales sont toujours les premières victimes des conflits.

Dubaï est un carrefour. Et les carrefours brûlent toujours quand les empires s’affrontent. Ce qui rend la situation presque ironique, c’est que la ville elle-même reste un prodige. L’efficacité administrative, l’audace architecturale, la capacité à attirer les talents du monde entier sont réelles. Dubaï est probablement l’une des expériences urbaines les plus fascinantes du XXIᵉ siècle. Mais elle repose sur une hypothèse géopolitique fragile : que les grandes puissances continueront à garantir l’ordre régional.
Or cet ordre est en train de se fissurer.

L’Amérique doute d’elle-même. L’Iran teste ses limites. La Chine observe patiemment. La Russie s’infiltre dans les interstices. Et au milieu de ces plaques tectoniques se dressent les villes étincelantes du Golfe, comme des casinos construits au bord d’un volcan.
Dubaï n’est pas sur le point de disparaître. Les villes ne meurent pas si facilement. Mais le mythe qui l’entourait, celui d’un sanctuaire économique hors de l’histoire est en train de se dissoudre.

La vérité est plus simple et plus cruelle. Dubaï n’est pas un refuge. C’est une illusion prospère au milieu d’un champ de forces géopolitiques qui la dépassent largement.
Et comme tous les mirages du désert, il suffit que la chaleur de l’histoire monte un peu pour que l’image commence à trembler.

vendredi 13 mars 2026

Abir Moussi prisonnière politique ?


Brahim Oueslati

Abir Moussi, une lionne en cage

Son nom est sur toutes lèvres et sa réputation a dépassé les frontières pour devenir une figure incontournable de la scène politique tunisienne.

Avocate, femme politique, féministe et patriote convaincue, Abir Moussi a su faire preuve de courage et de détermination sur tous les fronts, sans jamais déroger à ses valeurs et ses principes. Femme de loi, née d’un père sécuritaire et d’une mère institutrice, et mariée à un haut gradé de la police, elle a toujours fait du respect des lois un credo, aussi bien dans l’exercice de la profession que dans son combat politique contre l’obscurantisme et le déni.

Le 15 mars courant elle fêtera ses 50 ans, en prison où elle croupit depuis le 3 octobre 2023 pour des accusations graves, de « tentative de changement de la forme du gouvernement », « incitation à la violence sur le territoire tunisien » et « agression dans le but de provoquer le désordre » en vertu de l’article 72 du Code pénal, passible de la peine capitale, après qu’elle eut tenté, accompagnée d’un huissier-notaire, de déposer un recours contre les décrets présidentiels à la veille des élections locales au bureau d’ordre de la présidence de la République. Elle fait, également, l’objet d’autres accusations dans le cadre de procédures judiciaires distinctes liées à l’exercice de ses droits aux libertés d’expression et de réunion pacifique.

Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, relevant du Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies, saisi par le collectif de défense de Moussi, a émis un arrêt demandant la libération immédiate de la présidente du PDL, qualifiant sa détention d’arbitraire. Un jugement, transmis, selon ses avocats au gouvernement tunisien pour « exécution ».
Elle a failli être lynchée
Peu connue avant 2011, elle s’est révélée au monde au cours du procès de dissolution de l’ancien parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), dont elle était secrétaire générale adjointe chargée des affaires de la femme, au Tribunal de première instance de Tunis, le 2 mars, dans une Tunisie en pleine effervescence révolutionnaire.

La scène avait marqué les esprits. « Une avocate seule, a accepté de défendre ce parti, Abir Moussi. Elle s’avance dans une salle chauffée à blanc qui la hue et l’insulte. À la levée de l’audience, elle est prise à partie par ses confrères. La foule la poursuit jusque dans la rue, la rouant de coups et lui tirant les cheveux. L’avocate manque d’être ­lynchée. Par chance, elle trouve refuge dans une estafette de police. »

J’étais la voir avec ma consœur Fawzia Zouari, dans ses bureaux au 6eme étage à l’avenue Kheireddine Pacha pour l’interviewer pour le compte de la revue Jeune Afrique, et sonder ses projets. Elle nous a reçus avec le sourire béat de madone, entourée de ses deux filles, la famille compte énormément pour elle, répondant à toutes nos questions, sans faux fuyants. Elle a relaté, avec beaucoup de fierté cette scène mémorable qui illustre l’engagement d’une femme se battant seule contre tous. Une scène qui a vu la naissance d’une grande femme politique. Elue Le 13 août 2016, à la tête du Mouvement destourien de l’ancien premier ministre Hamed Karoui, rebaptisé en Parti destourien libre (PDL), elle s’est avérée une véritable communicante, verbe et arguments à l’appui, pour en faire en peu de temps une véritable machine à conquérir les sondages, effaçant des tablettes les partis ayant gouverné le pays, le mouvement islamiste Ennahdha et Nida Tounes, miné par les dissensions.

Elue députée de la deuxième circonscription de Tunis lors des élections législatives de 2019, avec le plus grand nombre de suffrages exprimés, elle s’est distinguée par son opposition frontale au mouvement Ennahdha et son président Rached Ghannouchi, porté au perchoir. Subissant tous les affronts et les agressions de tous genres de la part de quelques députés déchainés et sans scrupules devant les écrans de la télévision qui transmettait en direct les débats parlementaires.

Se revendiquant de l’héritage des régimes du père de l’indépendance Habib Bourguiba et de son successeur Zine El Abidine Ben Ali, son engagement veut s’inscrire comme une alternative à un ordre établi par la connexion de « deux droites parallèles » qui ont fini par se rencontrer. Deux traits de caractère ressortent nettement, l’autorité et le discours limpide et sans fioritures. L’autorité, elle l’a exercée au sein de son parti qu’elle dirige avec une main de fer. Une vraie « tigresse autoritaire ». Ses interventions à l’intérieur de l’hémicycle font école. Avec une voix suave et continue, chiffres et arguments à l’appui, elle arrive à retenir l’attention et à convaincre, même ses détracteurs et ses ennemis jurés.

Un statut d'Icône
Avec une image accessible et sans stridence, un tempérament volontaire, la brillante étudiante en droit, lauréate de sa promotion, Abir Moussi a donné un visage féminin à la politique en Tunisie et a réussi à donner du vernis au discours souvent populiste et démagogique.

Après le 25 juillet 2021, elle est devenue la seule la figure de l’opposition non violente au président Kais Saied et une virulente critique de son régime. Ce qui n’a pas manqué de lui causer des ennuis jusqu’à son arrestation, sous forme d’enlèvement selon ses avocats, devant le palais présidentiel de Carthage. Commence alors un combat mené par son collectif de défense formé par des figures du barreau, dévoués à sa cause, composé notamment de son bras droit au PDL Karim Krifa, Ali Béjaoui, Nafaa Laribi et bien d’autres. Ce sont eux qui ont réussi à porter son affaire devant l’instance onusienne chargée de la détention arbitraire, « Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, relevant du Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies » qui leur a donné raison. Une victoire pour cette femme qui a accédé à un statut supérieur, celui d’une véritable Icône de la scène politique nationale. Le cercle de ses soutiens s’élargit de plus en plus au bonheur de ses fidèles partisans qui continuent de la défendre bec et ongles.
Celle que j’avais appelé « la Battante » en 2013, est aujourd’hui « une lionne en cage ». Mais une lionne est une lionne même si elle est en cage.