mardi 6 octobre 2026

Lettre ouverte d'une prisonnière politique

Dans sa lettre du 5 octobre, depuis sa prison de Bulla regia, Abir Moussi dénonce les abus de la justice et démontre comment le pouvoir en place instrumentalise la justice pour l'écarter de l'action politique comme de son propre parti, le PDL, donnant la preuve de sa détention politique pour l'empêcher de concourir à la présidence de la République.

Elle déplore la traîtrise de certains membres du bureau plique du PDL qui se compromettent avec ses ennemis; et met en garde les adhérents et les sympathisants du PDL, contre les manœuvres du pouvoir en place et de celles des infiltrés du PDL, pour l'écarter définitivement afin de pouvoir changer la ligne politique du parti pour le disloquer de l'intérieur et le rendre malléable, pour le mettre au service du pouvoir en place.

Ce qui rappelle le triste sort de Nidaa Tounes, l'autre parti destourien, dont BCE avait trahi la ligne politique qu'il résumait dans sa formule : " Nidaa et Ennahdha, sont 2 lignes parallèles qui ne se rencontrent jamais", qu'il avait fini par les croiser, et que certains membres du bureau politique ont accepté; et dont le fils avait fini par achever le parti, en le transformant en coquille vide !

Or l'ADN du PDL et sa ligne politique est, et doit rester : " pas d'instrumentalisation de la religion en politique ". Donc rejet des islamistes et de ceux qui ont pactisé avec eux ou admettent de s'allier à eux !

R.B

Bulla Regia, le 5 octobre 2026,

À l'opinion publique nationale,

Chers Tunisiens, recevez mes salutations patriotiques les plus chaleureuses.

C'est en ce jour, le 5 octobre 2023, qu'a été émis à mon encontre le premier mandat de dépôt à la prison pour femmes de Manouba, dans le cadre du dossier dit du « Bureau d'ordre » — une affaire qui restera une tache indélébile sur le front de tous ceux qui l'ont orchestrée, exécutée ou qui sont restés silencieux à son sujet.

Après trois années de détention arbitraire, d'injustice, de répression, de harcèlement judiciaire et politique, ainsi que de violences de toutes sortes, je vous adresse cette lettre en réaction aux événements politiques et juridiques de la semaine écoulée. Mes harceleurs ont confirmé que la haine et la colère du pouvoir en place comme de ceux dont les intérêts convergent avec les siens, qu’ils nourrissent à mon égard se sont intensifiées et enracinées, au point de risquer de prendre des formes et des dimensions encore plus dangereuses dans la période à venir.

Premièrement : le 29 septembre 2026 restera une journée noire dans l'histoire de la Cour de cassation. Cette juridiction — garante de la légalité, instituée pour assurer la bonne application des textes, rectifier le cap et rétablir les droits lorsque les juridictions du fond s'écartent de la voie du droit — s'est permis de bafouer le système de procédure pénale.
Elle a en effet examiné des affaires criminelles ayant donné lieu à de lourdes peines d'emprisonnement avant même l'expiration du délai de trente jours — accordé par l'article 263 bis du Code de procédure pénale à l'avocat du requérant pour déposer ses moyens de cassation — et a confirmé des arrêts d'appel entachés de violations et d'abus juridiques sans précédent.

On pourrait se demander pourquoi le système procédural a été manipulé pour avancer les dates des audiences au 29 septembre 2026, alors que la loi ne permettait de les fixer qu'à partir du 5 octobre 2026.

Une fois la raison connue, l'étonnement disparaît : au moins deux motifs justifient cette atteinte flagrante à mes droits.

Le premier motif est que le pouvoir a voulu conférer un caractère définitif aux lourdes peines de prison — celles-là mêmes qui m'écarteraient de la scène politique jusqu'en 2036 — afin d'adresser un message aux participants au « Congrès de la Fidélité » (prévu les 3 et 4 octobre 2026) : Abir Moussi est finie ; il faut donc lui trouver un successeur et cesser d'espérer son retour prochain. On escomptait ainsi que ce choc judiciaire provoquerait le report du congrès, ce qui ne s'est finalement pas produit.

La deuxième raison est que les autorités ont décidé de me sanctionner et de m'exclure du bénéfice de la révision de l'article 24 du décret-loi n° 54, qui a supprimé la peine d'emprisonnement ; si l'affaire avait été programmée au début du mois d'octobre conformément à la loi, j'aurais bénéficié d'une réduction de deux ans de ma durée de détention.

L'obstacle auquel l'autorité s'est heurtée pour exécuter la décision de sanction — prévoyant notamment une exception à la remise de peine de deux ans d'emprisonnement — résidait dans la nécessité d'adopter ses décrets estivaux après le prononcé d'un jugement définitif à mon encontre dans l'affaire dite « ISIE - 2 ». Or, elle a été confrontée à la reprise des activités parlementaires la semaine dernière, marquée par l'annonce de la tenue de réunions des commissions ; ainsi, attendre le début du mois d'octobre lui aurait fait perdre le droit d'exercer le pouvoir législatif durant les vacances parlementaires. Il ne lui restait donc d'autre choix que d'avancer l'examen des affaires me concernant et de faire prononcer des jugements définitifs à mon égard, ce qui a conduit à la tenue du Conseil des ministres le jour même du prononcé de ces jugements, soit le 29 septembre 2026. Les amendements aux décrets ont été publiés au Journal officiel le 30/09/2026, moins de 24 heures après le prononcé desdits jugements.

Ainsi, Tunisiens, vous pouvez constater le lien étroit entre la décision politique et la décision judiciaire, entre temps judiciaire et calendrier politique ; je vous laisse, à vous ainsi qu'à l'histoire, le soin de commenter cette injustice et cette persécution.

Deuxièmement : le 2 octobre 2026, une ordonnance de référé « d'heure à heure » a été rendue, ordonnant la suspension des travaux du congrès « Al-Wafaa » (Loyauté), prévu pour les 3 et 4 octobre 2026, avec autorisation d'exécution provisoire sur minute en raison de l'urgence.

Ce qui importe dans cet événement politique — masqué, comme à l'accoutumée, par une décision judiciaire — c'est la preuve de l'implication du pouvoir dans l'empêchement de la tenue de ce congrès.

Celui-ci aurait dû aboutir à mon élection pour un nouveau mandat à la tête du parti, une perspective totalement inacceptable pour les décideurs au sein du pouvoir ainsi que pour ceux dont les intérêts convergent avec les leurs.

Cette implication est démontrée par les éléments suivants :

1- La justice a abandonné l'approche qu'elle adoptait précédemment — sous le régime mis en place le 25 juillet 2021 — lorsqu'elle a été saisie de requêtes en référé visant à suspendre les travaux du congrès du parti « Hizb ut-Tahrir », lequel prône ouvertement le renversement de la République et l'instauration d'un califat.
À l'époque, la décision rendue en faveur de cette organisation avait rejeté la demande au motif que la justice n'était pas compétente pour suspendre les activités des partis légalement agréés, cette prérogative relevant exclusivement de la Présidence du gouvernement.
Or, aujourd'hui, la justice se mobilise pour rendre, dans des délais records, une décision suspendant les travaux du congrès du Parti destourien libre (PDL) — une formation attachée à la République et au régime civil — s'arrogeant soudainement, comme par enchantement, une compétence qu'elle n'avait pas auparavant.

2- L'autorité a annoncé sa décision d'interdire la tenue du congrès en empêchant le parti d'accéder aux espaces publics et privés nécessaires à cet effet ; elle est donc directement impliquée dans la décision d'entraver cette échéance électorale démocratique et ne saurait se soustraire à sa responsabilité quant à la violation des dispositions du décret régissant l'activité des partis, lequel impose à l'autorité de ne pas entraver l'action partisane.

3- La fixation de l'audience en référé « d'heure à heure », alors qu'il n'existe aucun motif d'urgence — la date du congrès étant connue de tous, et en premier lieu du demandeur qui a intenté l'action dès le 13 août 2026 —, constitue une démarche totalement étrangère au champ de compétence du juge des référés.
À cet égard, je rappelle aux autorités qu'une demande de fixation d'audience en référé « d'heure à heure » avait été rejetée en juin 2026 ; cette demande visait à suspendre les élections législatives partielles organisées par l'instance électorale après l'expiration du mandat de son conseil le 9 mai 2026.

4- La validation, par la juridiction — laquelle est pilotée par l'autorité via des notes de service —, de la manœuvre frauduleuse de la partie demanderesse concernant la signification de la convocation ; en effet, celle-ci s'est limitée à signifier l'acte au siège du parti à Tunis, alors qu'elle savait pertinemment que la représentante légale du parti était détenue à la prison de Bulla Regia (Jendouba). Il lui incombait de signifier la convocation tant à l'adresse du parti qu'à celle de sa représentante légale ; de surcroît, bien que la requête ait été déposée au greffe du tribunal dès le 30/09/2026, la signification de la convocation n'a été effectuée que le 02/10/2026 à huit heures et quart du matin pour une audience fixée à neuf heures, rendant ainsi impossible pour la représentante légale d'avoir connaissance de cette audience.
Il est indéniable que cette manœuvre est délibérée, sachant que les putschistes avaient déclaré vouloir recourir à toutes les actions ou déclarations de leur choix ce vendredi-là, convaincus que je ne serais informée de leurs agissements que le lundi, lors de la visite des avocats du collectif de défense. Je me réserve le droit de poursuivre les auteurs de cette irrégularité.
Il est inutile de s'attarder sur le refus d'accorder un report — qui aurait permis à la défense de répondre à la requête et de contester les éléments qu'elle contient — tant ce refus témoigne d'une partialité flagrante du tribunal à l'encontre du parti et de sa présidente.

Au vu de ces faits, la question qui se pose est la suivante : quel est l'intérêt de toutes les actions entreprises par les putschistes et quelle est la finalité d'empêcher la tenue du congrès du parti ?

Les instigateurs du putsch ignorent-ils que les statuts sont d'une clarté absolue ? Ils stipulent que la vacance de la présidence du parti ne survient qu'en cas de démission — laquelle doit être écrite, signée (avec légalisation de signature) et déposée au bureau d'ordre central du parti par l'intéressé — ou en cas de décès. En dehors de ces cas, l'impossibilité pour le président d'exercer ses fonctions, quelle qu'en soit la raison, n'est pas considérée comme une vacance ; il est expressément stipulé que le président conserve la plénitude de ses pouvoirs durant cette période d'empêchement et peut charger la personne de son choix d'accomplir toute mission spécifique, et ce, jusqu'à la tenue du prochain congrès du parti.

Les putschistes ignorent-ils que le Parti est régi, depuis mon arrestation le 3 octobre 2023, par ce texte fondamental explicite ?
Toutes les décisions et tous les communiqués du Parti au cours des années écoulées n'ont-ils pas été émis conformément à ce texte ?
Ne l'ont-ils pas adopté lors du Congrès de « l'Éveil » en 2021 ?
N'ont-ils pas annoncé ma candidature à l'élection présidentielle de 2024 à l'issue d'une réunion du Bureau politique convoquée conformément à ce texte ?

Quel est l'intérêt d'empêcher la tenue du congrès si cela doit conduire au maintien du statu quo jusqu'à la convocation d'un second congrès électif du parti ?
Quel est l'intérêt d'empêcher ce congrès si cela doit inévitablement et sans la moindre ambiguïté me maintenir à la tête du parti en tant que présidente légitime, investie de la plénitude de mes pouvoirs et de mes droits ?
Les auteurs de ce putsch ignorent-ils qu'il n'existe aucun mécanisme pour m'évincer de la direction du parti autre que le recours aux urnes ?
Pourquoi le meneur de ce putsch — mort-né — n'a-t-il pas saisi l'occasion de l'ouverture du congrès pour se porter candidat face à moi et prendre la tête du parti grâce à la volonté libre et intègre des congressistes ?

La réponse à ces questions est claire : il existe une volonté de m'évincer de la scène politique, alors même que les architectes de ce plan savent pertinemment que leurs pions sont incapables de me concurrencer ou de détourner les structures du parti pour les amener à me lâcher — ce qui reviendrait à abandonner la ligne politique du parti, laquelle constitue une source de blocage pour le pouvoir et pour ceux dont les intérêts convergent avec les siens.

Je ne cache pas avoir décelé le complot putschiste il y a plus d'un an ; j'ai confronté l'auteur de cette tentative de coup de force, lui assurant qu'il échouerait à soumettre les militants destouriens, fidèles aux principes auxquels ils s'étaient engagés envers le peuple tunisien.

J'ai décidé de ne prendre aucune mesure à son encontre — malgré sa transgression des règles de l'action partisane — afin de ne pas lui offrir l'opportunité de se poser en victime : celle d'une voix réprimée pour avoir porté un regard critique et prôné une remise en question (comme il l'a déclaré dans les médias), ou celle d'un rival sérieux à la présidence du parti écarté pour cette raison. Je l'ai laissé agir à sa guise et j’ai ouvert la voie au congrès pour lui permettre de se porter candidat ; toutefois, il n'a pas osé franchir le pas, car il poursuivait un agenda différent. En témoigne un extrait de la lettre qu'il a adressée aux membres du Bureau politique le 26 juin 2026 — date de la réunion consacrée au lancement des premières étapes du processus électoral interne du parti :

Il s'agit donc du plan visant à mettre en œuvre le programme de « décapitation » — ce projet ancien mais réactivé, annoncé dès 2021 par le fondateur du parti lorsqu'il avait déclaré dans les médias qu'une décision avait été prise de « couper la tête » d'Abir Moussi (plan qui n'avait pas abouti en raison des événements du 25 juillet 2021, sans qu'il soit nécessaire d'entrer dans les détails).

Comme je vous l'ai expliqué, il n'existe aucun différend intellectuel ou politique, ni aucune scission au sein du parti ; jamais nos structures n'ont été aussi unies autour de notre méthode de travail qu'elles le sont aujourd'hui.

Ce à quoi nous avons assisté, c'est à la décision de certains membres de la direction — connus pour leur proximité avec moi — de se mettre au service d'une stratégie d'exclusion. Leur objectif était de faire du parti une proie facile pour ceux qui souhaitaient le soumettre, modifier sa ligne politique et le transformer en une organisation sans identité, sans saveur, sans couleur ni odeur, afin de pouvoir l'utiliser comme une simple machine électorale à l'instar de « Nidaa Tounes ». Or, ces individus se sont heurtés à la solidité des structures et cherchent à me faire plier malgré l'amertume de la prison et la privation de mes filles. Ils ont affiché leur alliance avec les détenteurs du pouvoir et leur entourage contre leur propre parti, trahissant ainsi la confiance, le lien sacré du partage du pain et du sel, ainsi que les années de vie commune ; la honte les poursuivra où qu'ils aillent.
Il faut donc en finir avec ce discours appelant à la réconciliation, qui tend à présenter la situation comme une simple querelle partisane ou idéologique nécessitant de la sagesse pour être surmontée...
C'est faux ; une telle approche dénature la réalité et la gravité de l'enjeu.

L'alternative qui se pose aujourd'hui est la suivante : soit maintenir un Parti Destourien Libre fidèle à ses principes, incapable de trahir le peuple et refusant de sauver le régime du 24 & 25 juillet 2021, soit voir cet édifice politique disparaître, laissant ainsi la voie libre à la reproduction des erreurs passées qui mèneront inévitablement aux mêmes résultats.

Enfin, je lance un appel à l'opinion publique, car le dernier espoir des instigateurs de mon assassinat politique réside désormais dans mon élimination physique ; celle-ci entraînerait la vacance de la tête du parti, alors même que je persiste à défier toute tentative d'exclusion et refuse de faillir à ma mission ou d'abandonner spontanément la responsabilité qui m'incombe.
Sommes-nous en route vers une liquidation physique en détention, comme l'avait laissé entendre l'auteure de ces menaces tristement célèbres proférées à mon encontre il y a quelques mois ?
Ou bien s'achemine-t-on vers une nouvelle instrumentalisation du pouvoir et de la justice pour salir le parti et le compromettre, ouvrant ainsi la voie à sa dissolution — un scénario rappelant celui de la dissolution du RCD ?

Gardez-vous, oh gardez-vous de ces tendances destructrices !

Tenez bon, militants destouriens ; défendez votre existence ainsi que votre droit à vous organiser, à penser et à vous exprimer. Nous finirons par l'emporter grâce à la force de la loi, car notre destin est de devenir un symbole de résistance pacifique et légitime.

Ô Dieu, sois témoin que j'ai transmis le message.

Que la malédiction de Dieu s'abatte sur les politiques et les intérêts qui aveuglent les cœurs et obscurcissent le discernement : la lutte continue.

Je resterai fidèle à mon engagement jusqu'à mon dernier souffle, dussé-je en mourir en martyre, alors que je suis une prisonnière opprimée et muselée.

À suivre...

Que l'histoire en prenne acte.

Veuillez m'excuser pour la longueur de ce texte ; je pourrais ne plus avoir l'occasion de m'adresser à vous à l'avenir si l'on décidait de m'interdire les visites et de me couper du monde extérieur.

Abir Moussi

***

الحمد لله وحده
بلاريجيا في 05 أكتوبر 2026
رسالة من الأستاذة عبير موسي رئيسة الحزب الدستوري الحرّ
إلى الرأي العــام الوطني
تحية وطنية عطرة يا توانسة،
في مثل هذا اليوم 05/ 10/ 2023 صدرت ضدّي أول بطاقة إيداع بسجن النساء بمنوبة في ملف "مكتب الضبط" الذي سيبقى وصمة عار على جبين كل من هندسه ونفذه وسكت عنه،
بعد ثلاث سنوات من الإحتجاز القسري والظلم والقمع والهرسلة القضائية والسياسية والعنف بكل أنواعه أكتب إليكم هذه الرسالة تفاعلا مع الأحداث السياسية والقانونية التي جدت خلال الأسبوع الماضي وأكدت أن حقد السلطة ومن تتقاطع مصالحهم معها وغضبهم مني تعزّز
وتعمّق، وقد يتخذ أشكالا وأبعادا أكثر خطورة في المرحلة القادمة،
أولا : 29/09/2026 اليوم الأسود في تاريخ محكمة التعقيب التي سمحت لنفسها - وهي محكمة القانون التي تم إحداثها لضمان حسن تطبيق النصوص القانونية وتعديل البوصلة وإرجاع الحقوق إلى أصحابها إذا إنحرفت محاكم الأصل عن الصواب - بالدوس على منظومة الإجراءات الجزائية و نظرت في قضايا جنائية موضوع أحكام سجنية ثقيلة قبل إنتهاء أجل الثلاثين يوما التي منحها الفصل 263 مكرر من مجلة الإجراءات الجزائية للمحامي القائم بالطعن لتقديم مستندات تعقيبه وأقرت الأحكام الإستئنافية المثقلة بالخروقات والتجاوزات القانونية غير المسبوقة
لسائل أن يتساءل لماذا تم التلاعب بمنظومة الإجراءات الأساسية وتقديم مواعيد القضايا الى يوم 29/09/2026 والحال أنه لا يجوز قانونا تعيينها إلا بداية من يوم 05/10/2026 ؟
إذا عرف السبب بطل العجب: هناك سببان على الأقل يبرران هذا الإعتداء المفضوح على حقوقي،
السبب الأول: هو أن السلطة أرادت أن تكسي الأحكام السجنية الثقيلة التي ستقصيني إلى حدود سنة 2036 بالصبغة الباتة لتوجه رسالة إلى المؤتمرين والمؤتمرات المشاركين في مؤتمر الوفاء الذي كان مبرمجا يومي 03 و04 أكتوبر 2026 مفادها أن عبير موسي انتهت وعليكم الإنصراف إلى تعويضها وعدم التعويل على إمكانية رجوعها إليكم قريبا وبذلك قد تتسبب هذه الصدمة القضائية في تأجيل المؤتمر وهو ما لم يحصل،
السبب الثاني: هو أن السلطة قررت معاقبتي واستثنائي من الإنتفاع بتنقيح الفصل 24 من المرسوم عدد 54 الذي ألغى العقوبة السجنية ولو عيّنت القضية في بداية شهر أكتوبر طبق القانون لكنت انتفعت بتخفيض بسنتين في مدة إعتقالي،
الإشكال الذي وجدته السلطة لتنفيذ قرار العقوبة والإستثناء من حذف سنتين سجن هو أنها لا بد أن تصدر مراسيمها الصيفية بعد صدور حكم بات ضدّي في ملف ما يعرف بـ "إيزي 2" إلا أنها اصطدمت بآجال عودة البرلمان لنشاطه خلال الأسبوع الماضي من خلال إعلان عقد جلسات لجانه و بالتالي لو انتظرت إلى بداية شهر أكتوبر ستفقد حقها في ممارسة السلطة التشريعية أثناء العطلة البرلمانية و لم يبق لها أي خيار إلا تقديم جلسة النظر في القضايا المتعلقة بي و إصدار أحكام باتة في شأني و بذلك تم عقد المجلس الوزاري في نفس يوم صدور تلك الأحكام يوم 29/09/2026 و نشرت تنقيحات المراسيم بالرائد الرسمي يوم 30/09/2026 بعد أقل من 24 ساعة من صدور الأحكام المذكورة،
هكذا يتبين لكم يا توانسة الترابط الوثيق بين القرار السياسي والقرار القضائي وبين الزمن القضائي والروزنامة السياسية وأترك لكم وللتاريخ التعليق على هذا الظلم والاضطهاد،
ثانيا: 02/10/2026 صدر حكم استعجالي من ساعة إلى أخرى يقضي بإيقاف أشغال مؤتمر الوفاء المبرمج يومي 03 و04 أكتوبر 2026 مع الإذن بالتنفيذ على المسودة لشديد التأكد،
المهم في هذا الحدث السياسي المقنّع كالعادة بقرار قضائي هو ثبوت تورّط السلطة في منع عقد المؤتمر الذي كان سيفضي إلى إنتخابي لعهدة جديدة على رأس الحزب وهو أمر مرفوض جملة وتفصيلا من قبل أصحاب القرار داخل السلطة ومن تتقاطع مصالحهم معها ، ويثبت تورطها من خلال ما يلي:
1- تخلي القضاء عن منهجه السابق تحت حكم منظومة 25 جويلية 2021 عندما نشرت أمامه قضايا إستعجالية لإيقاف أشغال مؤتمر حزب التحرير الداعي صراحة إلى إسقاط الجمهورية وإقامة دولة الخلافة إذ جاء الحكم برفض المطلب الذي صدر لصالح ذلك التنظيم بأن القضاء غير مختص بإيقاف أعمال الأحزاب المتحصلة على رخص قانونية وأن ذلك يرجع إلى إختصاص رئاسة الحكومة دون غيرها واليوم يتجنّد القضاء لإصدار حكم في وقت زمني قياسي بإيقاف أشغال مؤتمر الحزب الدستوري الحر المؤمن بالجمهورية والحكم المدني وأصبح مختصا بقدرة قادر،
2- إعلان السلطة قرارها بمنع عقد المؤتمر من خلال منع الحزب من النفاذ إلى الفضاءات العامة والخاصة لعقد ذلك المؤتمر وبالتالي فهي منخرطة بصفة أصلية في قرار عرقلة هذا الإستحقاق الإنتخابي الديموقراطي ولا يمكنها التفصّي من مسؤوليتها في خرق أحكام المرسوم المنظم لعمل الأحزاب الذي يوجب على السلطة عدم عرقلة العمل الحزبي.
3- تعيين القضية إستعجاليا من ساعة لأخرى رغم عدم وجود أي وجه للإستعجال والتأكد بإعتبار أن تاريخ المؤتمر معلوم لدى الجميع وأولهم من قدم الدعوى منذ 13 أوت 2026 وبالتالي فإن نشر قضية لمنع عقده قبل 24 ساعة من تاريخه يعتبر خارجا تماما عن مجال تعهد القضاء الإستعجالي، وأذكر السلطة في هذا الإطار أنه تم رفض تعيين قضية إستعجالية من ساعة لأخرى في شهر جوان 2026 تهدف لإيقاف الانتخابات التشريعية الجزئية التي نظمتها هيئة الانتخابات بعد إنتهاء صلوحية مجلسها في 09/05/2026.
4- تزكية القضاء الذي تسيّره السلطة بمذكرات العمل لما قامت به المدعية في القضية من تحيّل في تبليغ الإستدعاء بأعتبار أنها اقتصرت على تبليغ الدعوة بمقر الحزب بتونس في حين أنها تعلم جيدا أن الممثلة القانونية للحزب محتجزة و مقيمة بسجن بلاريجيا بجندوبة و كان عليها تبليغ الإستدعاء في عنوان الحزب و عنوان ممثلته القانونية فضلا عن أن القضية أودعت بكتابة المحكمة منذ 30/09/2026 ولم يتمّ تبليغ الإستدعاء إلاّ يوم 02/10/2026 على الساعة الثامنة والربع صباحا للحضور بالجلسة على الساعة التاسعة صباحا وهو ما يجعل بلوغ العلم للممثلة القانونية بهذه الجلسة مستحيلا ولا جدال في أنّ ذلك متعمد بإعتبار أن المنقلبين سبق أن صرّحوا بأنهم سيلجؤون إلى أيّ أعمال أو أقوال يريدونها يوم الجمعة لأنّهم متأكدون من أنني لن أعلم بما اقترفوه إلاّ يوم الإثنين عند تلقي الزيارة من المحامين أعضاء هيئة الدفاع، وأحتفظ بحقي في تتبع من ارتكب هذه المخالفة ولا فائدة من التعرّض إلى رفض التأخير حتى يتمكّن الدفاع من الجواب عن الدعوى و دحض ما جاء فيها من معطيات وهو ما يعتبر انحيازا مفضوحا من المحكمة ضد الحزب ورئيسته ،
السؤال المطروح بعد استعراض هذه الحقائق: ما هي الفائدة من كل ما فعله المنقلبون وما هي الجدوى من منع عقد مؤتمر الحزب؟
ألا يعلم مهندسو الإنقلاب أن النظام الأساسي واضح وضوح الشمس في كبد السماء وينص على أن الشغور في موقع رئاسة الحزب لا يتحقق إلا بإستقالة مكتوبة وممضاة مع التعريف بالإمضاء ومودعة بمكتب الضبط المركزي للحزب من طرف طالب الإستقالة أو بموجب الوفاة وفيما زاد على ذلك لا يعتبر تعذر مباشرة رئيس الحزب لمهامه لأي سبب كان شغورا مع التنصيص صراحة على أن هذا الأخير يحتفظ بكامل صلاحياته أثناء فترة التعذر وبإمكانه تكليف من يراه مناسبا للقيام بأي مهمة محددة وذلك إلى حين إنعقاد المؤتمر الموالي للحزب،
ألا يعلم المنقلبون أن الحزب مسير منذ إعتقالي في 03/10/2023 بموجب هذا النص الأساسي الواضح؟
ألم تصدر كل قرارات الحزب وبياناته خلال السنوات الماضية طبقا لهذا النص؟
ألم يصوتوا عليه في مؤتمر التنوير 2021؟
ألم يعلنوا ترشحي للإنتخابات الرئاسية في 2024 على إثر اجتماع الديوان السياسي تمت الدعوة له طبقا لهذا النص؟
إذا ما الفائدة من منع المؤتمر إذا كان ذلك سيؤدي إلى إبقاء الحالة على ما هي عليه إلى حدود عقد مؤتمر إنتخابي ثاني للحزب؟
ما الفائدة من منع المؤتمر إذا كان ذلك سيؤدي حتما ودون أي لبس إلى بقائي رئيسة شرعية له مع كامل الصلاحيات والحقوق؟
ألا يعلم المنقلبون أنه لا وجود لأي آلية للتخلص مني على رأس الحزب إلا بالصندوق؟
لماذا لم يغتنم قائد الإنقلاب الذي ولد ميّتا فرصة فتح المؤتمر ليترشح ضدي ويتسلم قيادة الحزب بإرادة المؤتمرين والمؤتمرات الحرة والنزيهة ؟
الجواب عن هذه الأسئلة واضح هناك إرادة لتجريدي من موقعي في المشهد السياسي مع علم مهندسي هذا المخطط أن بيادقهم غير قادرة على منافستي وعاجزة عن تحويل وجهة الهياكل وإقناعها بالتخلي عني وهو ما يعني التخلي عن الخط السياسي للحزب الذي شكّل عقدة لدى السلطة ومن تتقاطع مصالحهم معها،
ولا أخفي سرا أنني تفطنت منذ أكثر من سنة إلى مخطط الإنقلاب وواجهت المنقلب بذلك وأكدت له أنه سيفشل في تطويع الدساترة المؤمنين بمبادئهم التي عاهدوا التوانسة عليها
وقررت ألا أتخذ أي قرار ضده رغم خروجه عن ضوابط العمل الحزبي لكيلا أمنحه الفرصة لتقديم نفسه كضحيّة ّ التعبير تم قمعه لأنه يحمل رؤية نقدية ومراجعات كما صرح في أحد المنابر الإعلامية وتم إقصاؤه لأنه منافس جديّ على رئاسة الحزب وتركته يصول ويجول كما يريد وفتحت المؤتمر لأمكنه من فرصة الترشح إلا أنه لم يتجرأ على ذلك لأنه يحمل أجندة مختلفة إذ وجه رسالة إلى أعضاء الديوان السياسي بتاريخ 26/06/2026 الموافق للإجتماع المخصص للإنطلاق في أولى خطوات الإستحقاقات الانتخابية الحزبية فيما يلي مقتطف منها:
إذا المخطط الرامي لتنفيذ برنامج "قطع رأسي"، هذا البرنامج القديم المتجدد الذي بشر به مؤسس حزب التحرير في 2021 عندما صرح في وسيلة إعلامية أن هناك قرار بقطع رأس عبير موسي ولم ينفذ المخطط لحصول تغيير 25 جويلية 2021 ولا داعي لمزيد الخوض في التفاصيل،
بناء على ما شرحته لكم أنه لا وجود لأي خلاف فكري أو سياسي أو شقوق داخل الحزب
و لم تكن هياكلنا موحدة حول منهج عملنا مثلما هي اليوم ، الموجود هو قرار بعض أعضاء القيادة الذين عرفوا بقربهم مني بأن يضعوا أنفسهم على ذمة برنامج إقصائي حتى يكون الحزب لقمة سائغة لمن يريد تطويعه و تغيير خطه السياسي و تحويله إلى تنظيم بلا هوية ولا طعم ولا لون ولا رائحة حتى يسهل إستعماله كآلة إنتخابية على شاكلة نداء تونس واصطدم هؤلاء بصلابة الهياكل وعدم تركيعي رغم مرارة السجن والحرمان من بناتي فأعلنوا استقواءهم بأصحاب السلطة و مقربيها ضد حزبهم و خانوا الأمانة و الماء و الملح و العشرة و سيلحقهم العار أينما حلوا،
لذا كفى من خطاب الدعوات للمصالحة الذي انطلق لتصوير الحالة وكأنها "عركة" حزبية فكرية تستوجب الحكمة لتجاوزها ... هذا غير صحيح وفيه انحراف بحقيقة وخطورة الموضوع، المطروح اليوم وجود حزب دستوري حر وفيّ لمبادئه وغير قابل لخيانة الشعب ورافض المساهمة في إعطاء طوق النجاة لمنظومتي 24 و25 جويلية أم إندثار هذا الصرح السياسي ليفسح المجال لإعادة إنتاج نفس الأخطاء التي إرتكبت سابقا والتي ستؤدي إلى نفس النتائج،
أخيرا أطلق صرخة للرأي العام بإعتبار أن آخر أمل تبقّى لأصحاب مخطط إغتيالي السياسي هو أن يتم إغتيالي وتصفيتي جسديا بما يحقق شرط الشغور على رأس الحزب في ظل إصراري على تحدي الإقصاء وعدم انتظار أي تخاذل أو تخلي تلقائي مني عن الأمانة التي أحملها. فهل نحن سائرون نحو تنفيذ عملية تصفية جسدية داخل المعتقل كما بشرت بذلك صاحبة التهديد الشهير الذي وجه لي منذ أشهر؟ أم نحن متوجهون نحو إستعمال السلطة والقضاء مجددا لتلطيخ الحزب وتوريطه تمهيدا لحله في إعادة لسيناريو حلّ التجمع؟
حذار ثم حذار من هذه التوجهات المدمرة أصمدوا يا دساترة دافعوا عن وجودكم وحقكم في التنظّم والتفكير والتعبير وسننتصر في النهاية بقوة القانون فقد كتب لنا أن نتحول إلى رمز للمقاومة السلمية المشروعة،
اللّهم إشهد أني بلغت،
ألا لعنة الله على السياسة والمصالح التي تعمي القلوب وتغشي البصائر: النضال مستمر،
أنا على العهد إلى آخر رمق في حياتي ولو كلفني ذلك الإستشهاد وأنا سجينة مظلومة ومقموعة،
للحديث بقية،
سجل يا تاريخ،
عذرا على الإطالة فقد لا تتوفر لي الفرصة لمخاطبتكم مستقبلا إذا إتخذ قرار بمنع الزيارة عني ومنعي من التواصل مع العالم الخارجي .
الامضــــــــــاء
عبيـــــــــــر موســـــــي

mercredi 26 août 2026

Muhammad. Nouvelle biographie

Hela Ouardi *

« Mahomet s’est accompli grâce aux femmes, comme Napoléon »

Hela Ouardi avait fait sensation, il y a dix ans, avec Les Derniers Jours de Muhammad (Albin Michel). Cette universitaire tunisienne, spécialiste de l’islam, revient avec une biographie inattendue du Prophète des musulmans en explorant son humanité. Au risque de le désacraliser. Iconoclaste et savoureux.

***

Jérome Cordelier - Pour Le Point : Pourquoi écrire un nouveau livre sur Muhammad [Mahomet, NDLR] ? Ne connaît-on pas déjà tout de la vie du Prophète ? 

Hela Ouardi : Cette question, je me la pose dès la première ligne de mon livre : à quoi bon écrire une énième biographie de Muhammad alors que les étagères des librairies et des bibliothèques croulent sous les ouvrages de toutes sortes, qu’ils soient apologétiques ou plus critiques ? Pourtant, dans toutes ces biographies, un aspect demeurait profondément négligé, voire totalement ignoré : la dimension intime de la vie du Prophète, c’est-à-dire son histoire familiale, sa vie conjugale, extrêmement tumultueuse, et ses très nombreux mariages.

On connaît évidemment l’importance de certaines femmes auxquelles l’islam lui-même attribue une place majeure, comme sa jeune épouse Aïcha ou sa fille Fatima, notamment pour les chiites. Mais il y a aussi toutes ces autres femmes qui ont joué un rôle dans l’existence de Muhammad et qui n’apparaissent dans les biographies que comme de simples fantômes. J’ai donc décidé de faire un zoom sur chacune d’elles : comprendre qui elles étaient, pourquoi il les avait choisies et, surtout, à quel moment précis il les avait épousées..

En croisant la ligne de sa vie privée avec celle de son action apostolique, militaire et politique, j’ai découvert des correspondances passionnantes. Cela m’a permis, sans prétention aucune, de récrire une histoire inédite de sa vie. J’ai constaté que même les biographies contemporaines les plus brillantes et classiques – comme celle, excellentissime, de Maxime Rodinson ou celle de William Montgomery Watt – négligent complètement ce côté intime. On y reproduit le récit canonique : l’histoire d’un homme qui part de très bas pour finir en héros glorieux entrant en grande pompe à La Mecque. C’est le schéma traditionnel du conte de fées, où tout commence mal pour se terminer dans la gloire.

En réalité, en partant exactement des mêmes sources – c’est là tout le paradoxe –, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un conte de fées à l’envers. Cet homme s’est beaucoup marié, mais il n’a pas eu de descendance mâle survivante. Alors que le conte dit : « Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », lui n’a pas été heureux.

Jérome Cordelier : Comment pouvez-vous en être certaine ?

Hela Ouardi : J’ai suivi une intuition que j’avais déjà explorée dans mon livre Les Derniers Jours de Muhammad, qui racontait sa fin tragique. Il est mort rongé par des frustrations non résolues. La première d’entre elles est l’absence d’héritier mâle. À l’époque, être privé de fils était perçu comme un signe d’impuissance ou d’émasculation ; un homme qui n’avait que des filles était qualifié en arabe d’un terme très cruel (abtar), qui signifie littéralement « émasculé » ou « coupé de racine ». C’est la grande blessure de sa vie, et l’une des raisons pour lesquelles il épousait délibérément

 Les points clés de l'entretien :

  • La dimension intime : Hela Ouardi explique qu'elle a voulu explorer l'histoire familiale, la vie conjugale et les nombreux mariages du Prophète, un aspect souvent négligé dans les biographies classiques. 
  • Le rôle des femmes : Elle affirme que « Mahomet s'est accompli grâce aux femmes », s'appuyant sur une lecture minutieuse des dictionnaires biographiques anciens de la tradition musulmane (comme le Kitab al-Nisa). 
  • Une approche scientifique : L'autrice précise que chaque information est rigoureusement appuyée par des notes de bas de page renvoyant directement aux auteurs et textes classiques de l'islam. 
  • Refuser la peur : Face aux menaces et à la violence extrémiste, elle défend la liberté de penser, d'analyser et d'écrire, estimant qu'il ne faut pas céder au diktat de la terreur ni traiter les croyants avec une ultra-fragilité excessive. 

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lundi 10 août 2026

Ces Tunisiens qui quittent la Tunisie ...

La Tunisie, petit pays riche essentiellement de ses enfants et de leur matière grise, est-elle condamnée à les voir partir et la quitter après les avoir formés ?

Ce fut le cas de la communauté israélite dans les années post coloniales, dont les enfants ont été formé au Lycée Carnot essentiellement; et qui, pour toutes sortes de raisons politique et historique, ont préféré quitter leur pays ...

Puis ce fut le cas de bon nombre de ses enfants, formés par Bourguiba qui fuyaient la dictature, plus particulièrement celle de Ben Ali ...

Et depuis la fumeuse "Révolution du Jasmin", dont les complexés de l'Histoire se sont emparés pour régler ses comptes à Bourguiba, bâtisseur de la Tunisie moderne dont ils détruisent méthodiquement les institutions ... et cherchent même à effacer son nom de la mémoire collective. Et pour ce faire, ils prennent en otage la Tunisie et les Tunisiens !

Nouvelle vague de départ, souvent au péril de leur vie, de ses enfants qui ne trouvent plus de débouchés en Tunisie, malgré leurs diplômes ... depuis que les islamisto-arabistes sont aux commandes.

Dommage pour la Tunisie ! 

R.B



Paul Germon

CE DONT LA TUNISIE S’EST PRIVÉE
Avant même de parler de politique, de statistiques ou de responsabilités historiques, il suffit de regarder les hommes et les femmes que la Tunisie a vus partir, ou dont les familles ont été conduites au départ.
À deux ou trois exceptions près, tous les noms cités ici sont ceux de Juifs originaires de Tunisie.
Ils n’étaient pourtant qu’environ 100 000, au sein d’une population de plusieurs millions d’habitants.
Cent mille personnes seulement, mais une présence considérable dans la médecine, la recherche scientifique, l’enseignement, le droit, l’économie, la littérature, les arts, l’architecture, le commerce, l’industrie et la vie intellectuelle.
Et encore, je ne parlerai ici, pour l’essentiel, que de quelques anciens élèves du lycée Carnot de Tunis et de quelques personnalités appartenant au même monde.
Comme si Tunis se résumait à Carnot et la Tunisie à Tunis !
Il y eut aussi Sousse, Sfax, Bizerte, Nabeul, Jerba, La Goulette et tant d’autres villes dans lesquelles les Juifs participaient pleinement à la vie et au développement du pays.

Yves Meyer, originaire de Tunisie, est l’un des plus grands mathématiciens contemporains.
Ses travaux sur l’analyse harmonique et les ondelettes ont profondément transformé le traitement du signal et de l’image. Ils ont trouvé des applications dans la compression numérique, l’imagerie médicale, l’astronomie et jusque dans la détection des ondes gravitationnelles.
Professeur à l’École polytechnique, à l’université Paris-Dauphine et à l’École normale supérieure de Cachan, il reçut en 2017 le prix Abel, l’une des plus hautes distinctions mondiales en mathématiques.

Il faut ensuite citer non pas un, mais deux Daniel Cohen, tous deux originaires de Tunisie, tous deux parvenus au premier plan dans des domaines entièrement différents.
Le professeur Daniel Cohen, médecin et généticien né à Tunis, fut l’un des pionniers mondiaux de la cartographie du génome humain.
Cofondateur du Centre d’étude du polymorphisme humain avec Jean Dausset et Howard Cann, puis acteur majeur de l’aventure du Généthon, il dirigea les équipes qui établirent au début des années 1990 la première grande carte physique du génome humain.
Il ne s’agissait pas encore du séquençage complet de l’ensemble de l’ADN humain, mais d’une étape décisive : dresser une véritable carte de nos chromosomes afin d’y localiser les gènes et de faciliter l’identification de ceux qui sont responsables de maladies.
Cette réalisation plaça la recherche française au premier rang mondial dans la connaissance du génome humain et ouvrit la voie à de nombreux progrès en génétique médicale.

Son homonyme, Daniel Cohen, l’économiste, né lui aussi à Tunis, fut l’un des économistes français les plus brillants et les plus écoutés de sa génération.
Normalien et agrégé de mathématiques, il devint professeur d’économie à l’École normale supérieure, dont il dirigea le département d’économie. Il participa à la création de l’École d’économie de Paris, qu’il présida, et dirigea également le CEPREMAP.
Ses travaux portèrent sur la dette des États et des pays en développement, la mondialisation, la croissance, le travail et les transformations du capitalisme.
Il possédait surtout un talent rare : expliquer simplement les mécanismes économiques les plus complexes sans jamais les dénaturer.

Jean-Paul Fitoussi, né à La Goulette et ancien élève du lycée Carnot de Tunis, fut lui aussi l’un des économistes français les plus importants de sa génération. (Encyclopædia Universalis⁠)
Professeur à Sciences Po, il présida pendant plus de vingt ans l’Observatoire français des conjonctures économiques, l’OFCE.
Spécialiste de la croissance, du chômage, des politiques macroéconomiques et de la construction européenne, il fut également associé à de nombreuses réflexions internationales sur la mesure de la richesse et du progrès social.
Avec Joseph Stiglitz et Amartya Sen, il participa notamment à la commission chargée de réfléchir aux limites du produit intérieur brut comme mesure de la performance économique et du bien-être.

Alain Maruani, physicien et universitaire, enseigna à l’École normale supérieure et à l’École polytechnique.
Il fut longtemps président de jury à l’École des Ponts et Chaussées et rédigea pendant des années des sujets de concours d’entrée à ces grandes écoles.
Il participa ainsi directement à la sélection et à la formation de plusieurs générations de scientifiques et d’ingénieurs français.
Son rôle ne se limita donc pas à la recherche ou à l’enseignement : il occupa une place importante au cœur même du système français des grandes écoles.

Margaret Maruani, née à Tunis, fut l’une des pionnières françaises de la sociologie du travail et de l’emploi des femmes.
Directrice de recherche au CNRS, elle démontra que les inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes ne relevaient ni du hasard ni de simples différences individuelles, mais de mécanismes économiques et sociaux parfaitement identifiables.
Elle créa le MAGE, premier groupement de recherche du CNRS consacré au marché du travail et au genre, puis fonda la revue Travail, genre et sociétés.
Elle contribua ainsi à imposer ce domaine comme un véritable champ de recherche scientifique et reçut la médaille d’argent du CNRS.
À titre anecdotique, je précise qu’Alain et Margaret Maruani sont mes cousins.

Sydney Galès, né à Tunis, fut l’une des grandes figures européennes de la physique nucléaire.
Directeur de recherche au CNRS, il dirigea l’Institut de physique nucléaire d’Orsay, puis le GANIL de Caen, l’un des principaux centres mondiaux consacrés à l’étude des noyaux atomiques.
Il occupa également d’importantes responsabilités à l’IN2P3 avant de prendre la direction scientifique du projet européen ELI-NP, en Roumanie, consacré aux lasers de très haute puissance, aux rayonnements gamma et à la physique nucléaire.
Il fut en outre membre du panel de sélection du prix Nobel de physique de 2005 à 2009, responsabilité qui témoigne de la reconnaissance internationale dont il bénéficiait dans la communauté scientifique. (Institut des Études Avancées⁠)
Il ne fut donc pas seulement un chercheur de premier plan : il fut aussi un bâtisseur de grands instruments scientifiques et un organisateur de la coopération européenne.

Henri Bismuth, né à Tunis, devint l’un des pionniers mondiaux de la chirurgie du foie et de la transplantation hépatique.
À l’hôpital Paul-Brousse, il créa un centre de référence internationale consacré aux maladies et à la chirurgie du foie.
Il fut le premier en France à mettre en place un programme de transplantation hépatique et développa plusieurs techniques décisives : la réduction d’un foie adulte afin de le greffer à un enfant, la transplantation partielle et le partage d’un même foie entre deux receveurs.
Derrière ces termes techniques se trouvent des milliers de vies sauvées.
Il présida également l’Académie nationale de chirurgie.

Gabriel Coscas, né à Tunis, devint l’un des plus grands spécialistes français de la rétine.
Il fonda en 1970 le service universitaire d’ophtalmologie de Créteil et en fit une école de réputation internationale.
Pionnier de l’angiographie oculaire, de l’utilisation du laser et de l’étude des maladies de la macula, il joua un rôle déterminant dans le diagnostic et le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge.
Il forma plusieurs générations d’ophtalmologistes et participa également à la lutte internationale contre le trachome.

Paul Chemla, né à Tunis, ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé de lettres classiques, aurait pu mener une brillante carrière universitaire.
Il choisit le bridge et devint l’un des plus grands joueurs de tous les temps.
Champion du monde, vainqueur de la Bermuda Bowl, double vainqueur des Olympiades mondiales, champion du monde individuel et plusieurs fois champion d’Europe, il représenta la France au plus haut niveau pendant plus de trente ans.
Son intelligence du jeu, sa mémoire, son audace, son humour et son imagination en firent une véritable légende internationale du bridge.

Albert Memmi, né dans la Hara de Tunis, transforma son expérience de Juif tunisien, partagé entre plusieurs langues, plusieurs cultures et plusieurs appartenances, en une œuvre universelle.
Dans La Statue de sel, il raconta ce déchirement identitaire.
Dans le Portrait du colonisé, il analysa les mécanismes de domination, de dépendance et d’exclusion avec une force qui fit de cet ouvrage une référence internationale.
Romancier, sociologue, essayiste et professeur, il donna à la Tunisie une place majeure dans la littérature et la pensée françaises du XXe siècle.

Éliane Amado Lévy-Valensi, philosophe, psychanalyste et universitaire, fut l’une des grandes figures du renouveau de la pensée juive française après la guerre.
Elle confronta la philosophie occidentale, la psychanalyse et les textes fondamentaux du judaïsme.
Ses travaux sur Freud, Jung, Moïse, Job et la tradition juive influencèrent plusieurs générations d’intellectuels.
Elle enseigna notamment à la Sorbonne, puis à l’université Bar-Ilan en Israël.

Gisèle Halimi, née Zeiza Taïeb à La Goulette, devint l’une des avocates françaises les plus célèbres du XXe siècle.
Elle défendit Djamila Boupacha, torturée pendant la guerre d’Algérie.
Elle transforma le procès de Bobigny en étape décisive vers la dépénalisation de l’avortement et mena le combat pour que le viol soit pleinement reconnu et jugé comme un crime.
Fondatrice de l’association Choisir la cause des femmes, avocate, députée, ambassadrice et écrivaine, elle contribua directement à modifier le droit français et la condition des femmes.

Georges Wolinski, né à Tunis, fut l’un des dessinateurs les plus célèbres de France.
Son trait immédiatement reconnaissable, son humour provocateur et son regard féroce sur la politique, les rapports entre les hommes et les femmes et les hypocrisies sociales marquèrent durablement Hara-Kiri, Charlie Hebdo, L’Humanité et Paris Match.
Il fut assassiné le 7 janvier 2015 lors de l’attentat contre Charlie Hebdo.

Olivier-Clément Cacoub, né à Tunis, obtint le Grand Prix de Rome d’architecture en 1953.
Architecte-conseil de la République tunisienne après l’indépendance, il conçut notamment le palais présidentiel de Carthage, le stade de Monastir, des hôtels, des équipements publics et des stations balnéaires.
Son œuvre s’étendit ensuite à la France, à l’Afrique, à la Russie et au Pacifique.
Il fut architecte en chef des bâtiments civils et des palais nationaux.
La Tunisie utilisa donc son talent, mais ne sut pas conserver durablement l’homme ni le milieu humain dont il était issu.

Le professeur Jacques Salat-Baroux, originaire de Sousse, fut un grand gynécologue-obstétricien français et l’un des pionniers de la fécondation in vitro.
Chef du service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital Tenon, il appartint aux équipes engagées dans les premières grandes réussites françaises des « bébés-éprouvette ».
Son équipe fut l’une des premières en France à obtenir une naissance après fécondation in vitro.
Il consacra une part essentielle de sa carrière au traitement de la stérilité, à la procréation médicalement assistée et au don d’ovocytes.
Son parcours rappelle précisément que l’excellence juive tunisienne ne se limitait ni à Tunis ni au lycée Carnot : il était originaire de Sousse.
Il fut également le père de Frédéric Salat-Baroux, ancien secrétaire général de l’Élysée et gendre de Jacques Chirac.

Le professeur Marcel Hayat, né à Tunis, fut l’un des grands cancérologues et hématologues français de sa génération.
Ancien élève du collège Alaoui puis du lycée Carnot, il se spécialisa dans les leucémies et les lymphomes.
À l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif, il dirigea le service d’hématologie, puis le département de médecine, et occupa également d’importantes responsabilités dans la direction de l’Institut.
Professeur de cancérologie à la faculté de médecine Paris-Sud, il participa au développement des traitements modernes des cancers du sang et forma de nombreux médecins et chercheurs.
Il ne faut pas le confondre avec David Khayat, autre grand cancérologue juif originaire de Tunisie.

David Khayat, né à Sfax, quitta la Tunisie alors qu’il était encore enfant et ne fut donc pas élève du lycée Carnot.
Il devint chef du service d’oncologie médicale de la Pitié-Salpêtrière, fonction qu’il occupa pendant près de trois décennies.
Il fut également le premier président de l’Institut national du cancer, participa à l’élaboration de la Charte de Paris contre le cancer et joua un rôle important dans la mise en place du premier Plan cancer français.

Daniel Houri, né à Gabès et ancien élève du lycée Carnot de Tunis, fit carrière dans l’économie, la banque et les grandes institutions financières françaises. (AfricaPresse.Paris⁠)
Après des études d’économétrie et d’administration des entreprises, il enseigna notamment les mathématiques à l’université Paris-II Assas puis à Paris-Dauphine. Il joua également un rôle dans l’introduction et la diffusion en France de la Rationalisation des choix budgétaires, la RCB, méthode destinée à améliorer la décision publique en confrontant les objectifs poursuivis, les moyens engagés et les résultats attendus. Il fut notamment responsable de formations consacrées à la RCB au sein du Service des affaires économiques et internationales.
Son parcours à HEC fut particulièrement remarquable : bien qu’il ne fût pas lui-même diplômé de cette prestigieuse école, il y fut recruté comme enseignant avant de devenir directeur général du groupe HEC.
Il occupa ensuite d’importantes responsabilités dans le secteur bancaire et financier.
Ancien banquier et administrateur notamment du Crédit Lyonnais, il fut nommé conseiller maître à la Cour des comptes en 1991 et exerça également des responsabilités au sein de la Commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations. (Pappers Politique⁠)

Alain Amado, médecin et universitaire, s’inscrivit lui aussi dans cette tradition d’excellence médicale.
Comme tant d’autres médecins juifs originaires de Tunisie, il participa à la recherche, à l’enseignement et à la formation de générations de praticiens en France.

Le professeur Meyer-Michel Samama, né à Tunis, fut l’un des grands spécialistes internationaux de l’hémostase et de la thrombose.
Médecin, pharmacien-biologiste et professeur d’hématologie, il exerça à l’Hôtel-Dieu de Paris, où son laboratoire devint une référence dans le diagnostic et le suivi des troubles de la coagulation et des prédispositions aux thromboses.
Ses travaux contribuèrent au progrès de la connaissance et du traitement des maladies thromboemboliques.
Il forma des générations de médecins, de pharmaciens et de biologistes, parmi lesquels de nombreux Tunisiens, et participa à la constitution de réseaux internationaux consacrés à l’hémostase.

Le professeur Gérard Slama fut l’un des pionniers de la diabétologie moderne.
Chef du service de diabétologie de l’Hôtel-Dieu de Paris et professeur à la faculté de médecine Paris-Descartes, il fut notamment à l’origine de travaux majeurs sur le traitement du diabète par pompe à insuline.
Ses recherches contribuèrent à transformer la prise en charge quotidienne des diabétiques et à développer une médecine plus précise, adaptée au rythme de vie et aux besoins de chaque malade.
Il faudrait consacrer un article entier au seul domaine médical pour mesurer l’ampleur de la contribution des Juifs originaires de Tunisie à la médecine française.

Pierre Cohen-Tanugi, ancien élève de l’École normale supérieure et docteur d’État en sciences économiques, fit une importante carrière dans l’entreprise et l’édition.
Après avoir exercé des responsabilités de direction dans l’industrie et la finance, il devint directeur général du groupe Gallimard de 1991 à 2000.
Il dirigea ainsi l’un des plus prestigieux ensembles éditoriaux français, comprenant notamment les Éditions Gallimard, Denoël, le Mercure de France et Gallimard Jeunesse.
Il prit ensuite la direction de l’Institut de l’École normale supérieure et dirigea les activités de prospective et de recherche du groupe La Poste.

Son frère, Laurent Cohen-Tanugi, né à Tunis, est normalien, avocat aux barreaux de Paris et de New York, essayiste et spécialiste des affaires économiques et internationales.
Il exerça notamment au cabinet Cleary Gottlieb, devint membre du comité exécutif de Sanofi-Synthélabo, puis associé du cabinet international Skadden, avant de créer son propre cabinet.
Auteur de nombreux ouvrages consacrés à la démocratie, à l’Europe, aux États-Unis, à la mondialisation et aux relations internationales, il fut également chargé par le gouvernement français de conduire une mission sur la place de l’Europe dans la mondialisation.
Deux frères, deux parcours de premier plan : l’un à la tête de Gallimard et dans la prospective des grandes institutions françaises; l’autre dans le droit international, l’entreprise et la réflexion géopolitique.

Victor Chaltiel, mon cousin, était issu du quartier juif de Tunis, avenue de Londres.
Parti de ce milieu modeste, il fut diplômé de la prestigieuse Harvard Business School.
Il créa et dirigea ensuite un groupe coté à Wall Street, réussissant au plus haut niveau du monde américain des affaires.
Mais son parcours ne s’arrêta pas là.
Il s’engagea dans la vie politique américaine au sein de l’équipe de John McCain, l’une des grandes figures du Parti républicain et candidat à la présidence des États-Unis.
En 2011, sans expérience électorale préalable, Victor Chaltiel se présenta à la mairie de Las Vegas.
Pour ce premier essai, face à de nombreux candidats, il obtint un score appréciable et se classa parmi les principaux candidats de cette élection.
Du quartier juif de Tunis à Harvard, de Wall Street à l’équipe de John McCain, puis à une candidature remarquée à la mairie de Las Vegas : son parcours résume à lui seul l’extraordinaire potentiel humain que la Tunisie a laissé partir.

Jacques Saada, né à Tunis, poursuivit sa carrière au Canada.
Universitaire, traducteur puis député fédéral du Parti libéral, il fut élu à trois reprises à la Chambre des communes.
Il devint ensuite ministre fédéral au gouvernement d’Ottawa. Sous le Premier ministre Paul Martin, il fut successivement ministre responsable de la Réforme démocratique, ministre de l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec et ministre responsable de la Francophonie. Il fut également leader du gouvernement à la Chambre des communes.
Trois ministères fédéraux au gouvernement canadien pour cet enfant de Tunis.
Son parcours montre, une fois encore, jusqu’où pouvait conduire cette formation tunisienne lorsqu’elle trouvait ailleurs un pays disposé à accueillir ces compétences et à leur permettre de s’exprimer.

Benjamin Haddad illustre, lui, la génération suivante.
Né à Paris en 1985, il est le fils d’un Juif tunisien né en Tunisie et le petit-fils de Juifs tunisiens venus s’installer en France. Il a lui-même raconté que ses grands-parents avaient quitté la Tunisie pour fuir l’antisémitisme.
Diplômé de Sciences Po et d’HEC, spécialiste des relations internationales, il travailla plusieurs années à Washington, notamment comme directeur Europe de l’Atlantic Council.
Élu député de Paris en 2022, il entra au gouvernement français en 2024 et devint ministre délégué chargé de l’Europe auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, fonction qu’il exerce encore aujourd’hui.
Avec lui apparaît une autre dimension de cette histoire : non plus seulement celle des Juifs nés en Tunisie et partis vers d’autres pays, mais celle de leurs enfants, devenus à leur tour universitaires, entrepreneurs, hauts responsables et, dans son cas, ministre de la République française.

Claude Hagège, né en Tunisie, devint l’un des plus grands linguistes français.
Professeur au Collège de France, polyglotte exceptionnel, il consacra ses recherches à la structure des langues, à leur diversité et aux menaces qui pèsent sur leur survie.
Il défendit avec passion le plurilinguisme face à l’uniformisation culturelle et linguistique.
Il constitue l’une des deux ou trois exceptions signalées au début de cet article.

Philippe Séguin, né à Tunis et ancien élève du lycée Carnot, fut député, ministre, président de l’Assemblée nationale puis premier président de la Cour des comptes.
Grand orateur, gaulliste social, adversaire déterminé du traité de Maastricht, il fut l’une des personnalités les plus marquantes de la vie politique française.
Il est le seul non-Juif de cet échantillon. Mais il grandit dans le quartier juif de Tunis, dans ce même environnement humain, culturel et scolaire dont sont issus tant des hommes et des femmes cités dans cet article.
Son parcours témoigne ainsi, lui aussi, de l’extraordinaire qualité du creuset tunisien de cette époque.

Cette liste demeure très incomplète.
Elle rassemble surtout quelques personnalités parvenues au premier plan, celles dont les découvertes, les responsabilités, les entreprises ou les œuvres ont dépassé les frontières de leur profession.
Mais combien d’autres faudrait-il encore citer !
Dans la médecine, la pharmacie, l’enseignement, le droit, l’ingénierie, la banque, l’industrie, le commerce, l’architecture, le journalisme, l’imprimerie, la musique, le cinéma, l’artisanat et tant d’autres secteurs, des milliers de Juifs originaires de Tunisie exercèrent leur métier avec compétence, intelligence et passion.
Tous ne devinrent pas académiciens, professeurs au Collège de France, ministres, grands patrons, champions du monde, chefs de service ou lauréats de prix internationaux.
Tous n’occupèrent pas le premier plan comme les noms cités ici.
Mais, là où ils travaillaient, ils firent briller leur entreprise, leur cabinet, leur atelier, leur commerce, leur hôpital, leur école ou leur profession.
Ils soignèrent, enseignèrent, créèrent, inventèrent, bâtirent, entreprirent, exportèrent, transmirent et formèrent les générations suivantes.
Et ils étaient issus d’une communauté qui ne comptait qu’environ 100 000 personnes.
Je n’ai parlé ici, pour l’essentiel, que de Tunis et du lycée Carnot.
Or Carnot n’était pas toute la Tunisie !
Il y eut quantité d’autres exemples à Sousse, à Sfax, à Bizerte, à Nabeul, à Jerba, à La Goulette et ailleurs.

Des médecins, des pharmaciens, des enseignants, des avocats, des ingénieurs, des commerçants, des industriels, des artisans, des artistes, des musiciens et des architectes participaient quotidiennement à la vie et au développement du pays.
De nombreux secteurs ne sont même pas abordés ici.
L’imprimerie, la musique, le cinéma, le commerce international, la banque, l’industrie, la pharmacie, l’artisanat, l’édition et tant d’autres domaines mériteraient chacun un article.
Et ces noms ne représentent que la partie la plus visible d’un monde beaucoup plus vaste.

On peut toujours discuter des circonstances, des responsabilités, des dates et des mots.
Mais les faits sont là.
Voilà un exemple de ce dont la Tunisie s’est privée en poussant les Juifs au départ !