jeudi 19 février 2026

La France, on l'aime ou on la quitte ...


Le débat entre ces deux Français de confession juive, issus de l'immigration algérienne, doit être nuancé. Car si l'un cite les étrangers qui ont intégré la culture française et ont contribué à faire évoluer positivement la France pour la nourrir de leurs apports personnels; l'autre dénonce les islamistes dont les Frères musulmans qui sont en guerre contre la laïcité et refusent de s’intégrer mais cherchent à imposer leur religion et leur culture aux Français, en recourant au besoin à la violence et au terrorisme. 

R.B

Jacques ATTALI 

Jacques Attali, s'adressant à Eric Zemmour ... 

... On ne dira jamais assez de mal de tous ces gens venus d'ailleurs qui, depuis des siècles, s'acharnent à défigurer la France, à la détruire, à ne lui apporter que le pire. Et pire encore, qui y font des enfants qui continuent leur oeuvre destructrice.

Parmi ceux nés à l'étranger, innombrables ennemis de l'identité française, quelques noms, en vrac, venant :
- d'Italie (Mazarin, Catherine de Médicis, Casanova, Elsa Schiaparelli, Guillaume Apollinaire, Yves Montand, Pierre Cardin, Marcel Bich, Sergio Reggiani), 
- d'Allemagne (Simone Signoret), d'Autriche (Romy Schneider), 
- d'Espagne (Pablo Picasso, Juan Gris, Jorge Semprún, Michel del Castillo, Cristóbal Balenciaga), 
- de Suisse (Blaise Cendrars, Françoise Giroud, Le Corbusier), 
- de Belgique (Raymond Devos, Robert Denoël, Agnès Varda), 
- de Grèce (Kostas Axelos, Vassilis Alexakis, Costa-Gavras, Iannis Xenakis), 
- de République tchèque (Milan Kundera), 
- de Pologne (Frédéric Chopin, Marie Curie, Henri Krasucki, Octave Klaba, Jean-Marie Lustiger), 
- de Lituanie (Emmanuel Levinas), 
- de Hongrie (Joseph Kosma), 
- de Finlande (Ellen Thesleff, Helene Schjerfbeck, Elin Danielson-Gambogi), 
- de Suède (Siri Derkert, Hanna Hirsch-Pauli), 
- de Biélorussie (Marc Chagall), 
- de Russie (Nicolas de Staël, Romain Gary, Vassily Kandinsky, Arthur Adamov, la comtesse de Ségur, Andreï Makine, Léon Poliakov, Nathalie Sarraute, Henri Troyat, Elsa Triolet, Anna Golubkina, Marie Vassilieff), 
- d'Ukraine (Georges Charpak, Serge Lifar), 
- de Bulgarie (Tzvetan Todorov), 
- de Serbie (Enki Bilal), 
- de Roumanie (Eugène Ionesco, Cioran, Brancusi), 
- de Cuba (José-Maria de Heredia), 
- d'Uruguay (Jules Supervielle), 
- du Brésil (Tarsila do Amaral), 
- d'Argentine (Joseph Kessel), 
- des Etats-Unis (Julien Green, Jules Dassin, Joe Dassin, Joséphine Baker), 
- d'Egypte (Albert Cossery, Guy Béart, Georges Moustaki, Dalida, Claude François, Andrée Chedid, Louis Chedid), 
- du Maroc (Serge Haroche, Tahar Ben Jelloun, Jean Reno, Gad Elmaleh, Jamel Debbouze) ; - de Tunisie (Georges Wolinski, Azzedine Alaïa), 
- d'Algérie (José Aboulker, Jacques Derrida, Gilles Cohen-Tannoudji, Jean-Pierre Bacri, Jean Daniel, Kad Merad, Patrick Bruel), 
- du Sénégal (Ousmane Sembène), 
- de Turquie (Missak Manouchian, Henri Verneuil), d'Iran (Marjane Satrapi), 
- du Liban (Rodolphe Saadé, Ibrahim Maalouf), 
- de Syrie (Mohamed Altrad), 
- de Chine (François Cheng, Cai Guo-Qiang, Zao Wou-Ki, Fang Junbi), 
- du Japon (Kenzo Takada). 

Et tant d'autres, dont au moins, très récemment, de très grands chefs d'entreprise, de grands médecins, des chercheurs exceptionnels, deux maires de Paris, des dizaines de ministres et deux Premiers ministres.

Il ne faut pas non plus oublier ceux qui sont nés en France d'un parent venu de l'étranger, et qui ont fait, ou font encore, comme chacun sait, le plus grand tort à l'identité française : Germaine de Staël, Irène Joliot-Curie, Albert Uderzo, René Goscinny, Robert Badinter, Zinedine Zidane, Emile Zola, Emile et Isaac Pereire, Henri Bergson, Roger Vadim, Marcel Marceau, Charles Aznavour, Coluche, Edgar Morin, Isabelle Adjani, Fabrice Luchini, Raymond Kopa, Serge Gainsbourg, Vladimir Jankélévitch, Omar Sy, Jacques Tati, Roman Polanski, Emmanuelle Béart, Jeanne Moreau, Johnny Hallyday, Josiane Balasko, Manu Chao, Louis de Funès, Michel Jonasz, Mathieu Kassovitz, Jean-Paul Belmondo, Georges Brassens, François Cavanna, Joann Sfar, Lino Ventura, Francis Cabrel, Léon Gambetta, Michel Platini, Bernard Kouchner, Claude Berri, Agnés Jaoui, Jean-Jacques Goldman, Jean-Pierre Mocky, Georges Perec, Catherine Ringer, Françoise Dolto, Gérard Oury, Michel Polnareff, Maxime Rodinson, Pierre-André Taguieff, Marina Vlady, Alain Prost, Yannick Noah, Robert Hossein, Yasmina Reza, Francis Picabia. Et tant d'autres, dont très récemment encore, des centaines de maires, des dizaines de ministres et un président de la République.

A cela, il faut ajouter tous ceux qui, femmes et hommes, anonymes, ont tant nui à la France en lui donnant leur vie au combat. Et enfin, ceux qui, par millions, sont venus depuis plus de deux siècles, et viennent encore lui apporter leur savoir, leur créativité, leur travail ; qu'ils soient (au féminin ou au masculin) policiers, magistrats, pompiers, médecins, enseignants, chercheurs, avocats, ingénieurs, financiers, journalistes, artistes, cuisiniers, chauffeurs, carrossiers, mineurs, maçons, plombiers, éboueurs, infirmières, assistantes maternelles, aides-soignantes ; et tant d'autres.

Grâce au ciel, nous avons su aussi, au cours des siècles, chasser bien des protestants, juifs et musulmans, qui défiguraient notre pays et sont partis en enrichir d'autres.

Encore un effort, et nous serons bientôt pur de toute présence étrangère, sans grand ni petit remplacement, dans un néant réconfortant.


dimanche 8 février 2026

Quand les élites se délitent ...

..., elles font le lit des populistes; et s'est la fin de la démocratie et le règne des autocraties.

R.B

Le sacrifice  de la fille de Jephté * - de Giovanni Battista

 Nathalie Bianco

Toute société choisit ce qu’elle est prête à sacrifier.

Ses principes, la vérité, la justice.
Parfois (trop souvent) ce sont ses enfants.
L’affaire Epstein n’est pas une exception à cette règle. Elle en est juste une illustration.

Cette horreur n’aurait jamais pu durer aussi longtemps sans les innombrables connexions du milliardaire, sans les puissants qui gravitaient autour de lui, cette caste internationale qui sillonne le monde en jets privés : responsables politiques, célébrités hors-sol, hommes d’affaires. Tous ne partageaient pas forcément les penchants sordides de l'homme et de son entourage. Mais comment les ignorer ? Ceux qui savaient avaient tout intérêt à se taire et à regarder ailleurs. Pas par naïveté mais par confort, par calcul, par lâcheté. Inutile de s’évertuer à chercher une couleur politique majoritaire : la saloperie dépasse largement les clivages.
Ce qui importe, c’est que cette cécité volontaire et cette impunité prolongée ne sont pas tombées du ciel. Elles se sont construites et elles se sont négociées.

Tout à un coût.
Partout dans le monde.
Et ce coût n’est pas uniquement financier.

Par exemple, en Angleterre, avec l'ignoble affaire des "grooming gangs", ce coût a été jugé trop élevé pendant des décennies. Depuis les années 1990, des milliers de très jeunes filles, souvent issues de milieux populaires, parfois placées par les services sociaux, ont été violées, exploitées, prostituées. Les autorités savaient, les rapports existaient et les signalements se sont accumulés. Et pourtant, on a laissé faire. Parce que les auteurs appartenaient à des gangs pakistanais et que les institutions ont refusé d’agir par peur d’être accusées de racisme. Le risque politique, médiatique et idéologique de poursuites ciblant ces gangs a été jugé plus élevé que le sort des victimes.
Le calcul a été fait. Dans cet arbitrage, préserver une fiction de cohésion sociale a pesé plus lourd que protéger des gamines défavorisées.

En France aussi, on calcule. On évalue. On temporise. On pèse le coût avant d’agir. On attend d’être vraiment au pied du mur pour bouger. C’est bon, c’est bon. Poussez pas. On va y aller. Oui, d’accord, on va finir par demander des comptes à un ex-ministre cité depuis des années dans plusieurs affaires de pédocriminalité. Oui, OK, on va le faire sauter, ce vieux fusible dégueulasse. On va le laisser griller tranquillement, pour protéger le circuit.
On n’a plus le choix de toute façon, le coût de l’inaction serait désormais trop élevé, en termes d’image.

Tout à un coût.

Un jour peut-être, on parlera enfin des réseaux de prostitution infantile qui prospèrent aux portes mêmes des foyers de la protection de l’enfance. Des jeunes filles placées qui « disparaissent » dans des circuits pourtant connus des services sociaux. Des proxénètes qui recrutent dans les structures censées protéger. Les alertes existent. On les connaît. Mais on prend notre temps. C’est compliqué. Il faut des moyens, vous comprenez. Beaucoup de moyens. Ça ne se fait pas comme ça, d’un claquement de doigts. Qu’est-ce que vous croyez ? Dans quelques mois, peut-être. Dans quelques années, plus sûrement.
En attendant, occupez-vous avec ce qu’on vous donne. Vous avez-déjà un haut-commissariat à l’enfance, une « défenseure » des enfants, une « commission indépendante » à l’Assemblée nationale. Lisez leurs rapports. Comment ça, ce n’est pas suffisant ? Faisons une nouvelle commission parlementaire alors. Ils nous pondront un nouveau rapport. Toujours pas ? Alors, on va créer un nouveau poste de « défenseur des enfants à l’école ». Il fera un autre rapport, n’en doutez pas.
Pendant ce temps, on continue à cultiver l’impuissance et les plus jeunes, les plus fragiles sont sacrifiés, une fois de plus. Quand un système de protection devient un vivier pour des prédateurs, il ne s’agit plus d’une simple défaillance, mais d’une lourde responsabilité.

L’impunité a plusieurs visages. Elle n’est pas toujours le fruit d’un complot sophistiqué entre abjectes élites dégénérées. Parfois, elle n’est qu’une chaîne de silences, de renoncements et de lâchetés. Elle naît de la peur idéologique, du refus de nommer le réel, de la priorité donnée au maintien d’un système plutôt qu’à la protection des plus faibles. Le plus souvent, elle est le résultat d’un calcul froid et parfaitement rationnel.
Protéger les enfants, partout et tout le temps, devrait être notre instinct le plus évident, pour notre occident, si fier de sa supériorité morale. C’est devenu un simple arbitrage.
Toute société choisit ce qu’elle est prête à sacrifier.


* Je voulais mettre le tableau du Caravage « le sacrifice d’Isaac » ou celui de Delacroix « Médée tuant ses enfants », mais sur l’un, il y a un couteau et sur l’autre des seins nus et mon post aurait été censuré. Parce que, sur les réseaux, on peut fermer les yeux sur des gamins qui se sont fait broyer pendant des décennies, mais pas contrevenir aux standards de la communauté.

*****

Jack Lang, Epstein et l’Institut du monde arabe : la chute d’un symbole.

Quand l’exigence morale rattrape enfin les puissants *

Pendant plus d’une décennie, Jack Lang a incarné l’Institut du monde arabe, symbole de dialogue culturel, de diplomatie et de rayonnement intellectuel. Mais en février 2026, ce monument de la vie politique et culturelle française a vacillé. Acculé par des révélations accablantes sur ses liens financiers et d’intérêts avec Jeffrey Epstein, financier pédocriminel mondialement connu, Jack Lang a finalement annoncé sa démission. Une affaire tentaculaire, où se mêlent argent offshore, complaisance institutionnelle, silence politique et naufrage moral.

Une démission devenue inévitable 

Les appels à la démission se sont multipliés durant plusieurs jours. D’abord balayés d’un revers de main par l’ancien ministre, ils ont fini par produire leur effet.
Le samedi 7 février 2026, Jack Lang annonce son départ de la présidence de l’Institut du monde arabe (IMA), qu’il occupait depuis 2013.
Dans une lettre adressée au ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, et consultée par l’AFP, Jack Lang évoque un « climat délétère », fait « d’attaques personnelles, de soupçons et d’amalgames ». Il affirme que ces accusations sont « infondées » et assure vouloir préserver l’IMA d’un dommage supplémentaire.

Une rhétorique classique 

Se poser en victime d’un climat injuste, tout en quittant ses fonctions « pour le bien de l’institution ». L’Élysée et le Quai d’Orsay se contentent de « prendre acte ». Fin de règne feutrée, sans mea culpa, sans excuses, sans véritable explication publique.

La justice entre en scène 

La veille de cette démission, le Parquet national financier (PNF) avait pourtant ouvert une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale aggravée visant Jack Lang et sa fille, Caroline Lang.
Cette enquête fait suite aux révélations de Mediapart, fondées sur des documents du ministère de la justice américain (DOJ), établissant des liens financiers directs entre la famille Lang et Jeffrey Epstein, par l’intermédiaire d’une société offshore domiciliée aux îles Vierges américaines.
En droit français, le blanchiment de fraude fiscale est passible de cinq ans de prison, peine pouvant être doublée en cas de circonstances aggravantes. La présomption d’innocence demeure, mais les faits révélés sont suffisamment graves pour justifier l’ouverture d’une enquête judiciaire.
Prytanee LLC : une société offshore au cœur du scandale
En 2016, Caroline Lang crée, à parts égales avec Jeffrey Epstein, une société offshore baptisée Prytanee LLC, spécialisée dans la spéculation sur des œuvres d’art.
Epstein finance. Caroline Lang apporte son « expertise artistique ». Plus d’un million d’euros transitent par un compte à la Deutsche Bank.
Caroline Lang reconnaît ne jamais avoir déclaré cette structure au fisc français.
Plus troublant encore : Jeffrey Epstein, deux jours avant sa mort en prison en août 2019, inscrit Caroline Lang dans son testament, lui promettant 5 millions de dollars. Une somme qu’elle n’a jamais perçue, mais dont l’existence interroge lourdement.
Jack Lang, un spectateur… vraiment ?
Jack Lang nie toute implication directe. Pourtant, les documents américains racontent une autre histoire.
Dans un courriel de janvier 2016, Jeffrey Epstein détaille un projet explicite :
« J’investis 20 millions de dollars. Jacques achète les œuvres d’art. Je n’interviens pas. Nous partageons les bénéfices à parts égales. Les recettes lui reviennent ou reviennent aux membres de sa famille. Il peut appeler cela le Fonds Lang Art. »
Le nom de Jack Lang figure également dans des statuts internes de Prytanee LLC, lesquels prévoient la dissolution de la société en cas de décès… de Jeffrey Epstein, de Caroline Lang ou de Jack Lang.
Jack Lang affirme n’avoir découvert cette mention que récemment.

Avantages, services et complaisances

Les courriels révélés montrent aussi que Jeffrey Epstein prenait en charge des déplacements de Jack Lang, avec voiture et chauffeur.
Des frais assumés par le financier pédocriminel, sans que l’ancien ministre n’en conteste la réalité. Il les justifie comme une « économie » pour l’Institut du monde arabe.
À ce stade, la frontière entre naïveté, dépendance et conflit d’intérêts devient dangereusement floue.
Une chute politique et morale
Le 2 février, Caroline Lang démissionne de la tête d’un syndicat de producteurs de cinéma.
Cinq jours plus tard, son père est contraint de quitter l’IMA.
Jack Lang espérait rester en poste jusqu’aux 40 ans de l’institution. À 86 ans, il quitte finalement la scène par la petite porte, emporté par une affaire qui pose une question simple mais brutale :
- Peut-on diriger une grande institution publique tout en fréquentant, bénéficiant et collaborant financièrement avec un criminel sexuel international ?
La réponse, tardive mais claire, est désormais non.
Une affaire révélatrice d’un système
Au-delà de Jack Lang, cette affaire éclaire une réalité plus large :
celle d’une élite politique et culturelle trop longtemps protégée, excusée, sanctuarisée.
Celle d’un système où les symboles priment sur l’exemplarité, où la réputation sert de bouclier moral.
La démission n’efface rien. Elle ne répare ni les faits, ni le silence, ni l’indignité des complaisances passées. Mais elle rappelle une évidence : personne ne devrait être au-dessus de l’exigence démocratique et morale.

* Sources : Mediapart, AFP, Le Monde 

lundi 26 janvier 2026

Ce que Bourguiba a commencé et que Ben Ali n’a pas poursuivi

Le néo-destour : Faut-il jeter le bébé avec son eau de bain ? Pour avancer, rien ne sert de ressasser le passé, ni de nier les échecs ou de rejeter en bloc les Destouriens. 

C'est en analysant les échecs, qu'on peut palier aux manquements et aux ratages, que les Tunisiens pourront progresser. 

Ce que font Abir Moussi et le PDL, les héritiers des Destouriens. 

R.B

Basma Triki

Auto-Critique d’une destourienne

Il existe un mécanisme psychologique profond, aussi présent chez les individus que chez les peuples : la cohérence identitaire défensive. C’est le moment où l’être humain ne cherche plus à comprendre la réalité, mais à préserver l’image qu’il a de lui-même. Lorsque ce que nous vivons contredit ce que nous croyons être, le cerveau résiste. Non par mauvaise foi, mais par instinct de survie psychique. Reconnaître une erreur, une illusion ou une mauvaise lecture exige un courage immense. Alors, pour ne pas s’effondrer intérieurement, on se raconte une histoire… jusqu’à finir par y croire. Ce mécanisme enferme. Il fige. Il empêche toute remise en question réelle. On préfère défendre ce que l’on a été plutôt que regarder ce que l’on est devenu. On protège une identité au lieu de chercher la vérité. Et tant que ce mécanisme reste actif, aucune évolution n’est possible.

Mais cette fragilité identitaire ne naît pas par hasard. Elle prend racine très tôt, dans l’éducation. Nous n’avons pas suffisamment appris à nos enfants à se reconnaître eux-mêmes, à construire leur valeur intérieure, à comprendre que la dignité ne vient ni de l’argent, ni du pouvoir, ni de la visibilité, ni du regard de l’autre. Nous avons trop souvent laissé l’enfant chercher sa valeur à l’extérieur de lui-même : dans la réussite matérielle, dans l’image sociale, dans l’approbation, dans la peur d’être rejeté.

Lorsque l’estime de soi n’est pas construite dès l’enfance, l’adulte devient vulnérable. Il devient dépendant du regard extérieur. Il confond valeur et reconnaissance. Il confond réussite et domination. Il finit même par confondre existence et pouvoir. Et c’est ainsi que naissent les dérives les plus dangereuses : on ne cherche plus à être, mais à dominer pour exister.

C’est de là que naissent les dictateurs, les opportunistes et tous ceux qui utilisent le pouvoir comme béquille identitaire. Car lorsque l’individu ne se voit plus dans les yeux de l’autre, lorsqu’il ne se sent plus reconnu pour ce qu’il est, lorsqu’il ne possède ni richesse intérieure ni stabilité affective, il compense par le contrôle, l’autorité ou l’accumulation matérielle. L’argent devient alors un substitut de valeur personnelle. Et le jour où cet argent disparaît, où la reconnaissance s’effondre, où le statut vacille — surtout chez ceux qui n’ont pas beaucoup d’argent — il ne reste parfois plus rien à perdre : ni limites, ni morale, ni responsabilité.

Lorsque l’estime de soi n’est pas construite, l’émotion remplace la lucidité, la loyauté remplace la réflexion, et l’appartenance devient plus importante que la vérité. On s’accroche alors à une idée, même fausse, simplement parce que la remettre en question ferait trop mal. C’est ainsi que l’on se raconte une version qui nous protège… jusqu’à finir par y croire réellement.

Il serait injuste de nier l’effort historique accompli après l’indépendance. Bourguiba a élevé le niveau intellectuel du pays dans un contexte extrêmement difficile. Il a donné ce qu’il pouvait donner face à une Tunisie marquée par l’ignorance coloniale. Mais il ne pouvait pas tout faire. Et surtout, la construction de l’estime de soi collective n’a jamais été pleinement prise en charge.

Cette négligence s’est prolongée à travers les décennies. Elle s’est aggravée sous Ben Ali, où l’éducation de l’être a été remplacée par l’éducation de la soumission, de la peur et de l’apparence. Aujourd’hui, nous payons le prix de cette faille.

Car un peuple qui ne se sent pas digne ne peut pas être souverain. Un peuple qui doute de sa valeur ne peut pas défendre ses droits. Un peuple privé d’estime de soi finit par accepter l’humiliation, l’opportunisme, la corruption et l’injustice — parfois même en les justifiant. La cohérence identitaire défensive devient alors collective : on s’accroche à des récits, à des postures, à des camps, non pour construire le pays, mais pour protéger un ego blessé. Le « je » prend toute la place. Le « nous » disparaît.

Il faut aussi regarder une réalité douloureuse : lorsque l’existence d’un être humain ne vaut que par l’argent, le pouvoir, la visibilité ou le regard de l’autre, comment demander à ceux qui n’ont rien de tout cela de ne pas être dans la colère ou la haine ? Pour ceux qui possèdent reconnaissance et statut, cette souffrance n’existe pas. Mais pour ceux qui en sont privés, exister devient un combat permanent.

Comment alors s’étonner de voir des personnes enterrer leurs proches et applaudir, le même jour, l’arrivée d’un haut responsable ? Comment leur en vouloir sans regarder les valeurs qui structurent notre société ? Par quels critères une personne existe-t-elle chez nous ? Par quoi est-elle reconnue ? Par quoi est-elle respectée ? Tant que la valeur humaine sera mesurée par la proximité au pouvoir plutôt que par la dignité, ces scènes continueront à nous choquer sans jamais être comprises.

Je tiens aussi à le dire clairement : je suis destourienne. J’ai appartenu à cette famille politique, j’ai vécu ces deux régimes de l’intérieur, j’en ai partagé les convictions, les espoirs et une partie du chemin. Et aujourd’hui, sans gêne, sans peur et sans détour, je suis capable de me mettre devant un miroir et de le reconnaître : oui, il y a eu des défaillances. Oui, il y a eu des erreurs. Oui, certaines choses n’ont pas été vues, pas corrigées, pas assumées à temps. Le reconnaître ne retire rien à mon attachement, ni à mon histoire, ni à mes principes. Au contraire.

Car aimer un pays, un courant ou une idée ne signifie pas les défendre aveuglément, mais avoir le courage de les interroger. La fidélité véritable n’est pas dans le déni, elle est dans la lucidité. Et si je demande aujourd’hui à mon pays d’oser se regarder en face, c’est parce que je commence moi-même par cette remise en question, sans honte et sans peur.

Aucun peuple ne se relève sans ce moment de vérité. La transformation ne commence pas par le savoir, mais par l’intégration. Pas par les slogans, mais par la conscience. Et tant que nous refuserons de remettre en question ce qui fonde notre valeur collective, nous continuerons à tourner en rond, prisonniers d’un récit qui rassure, mais qui n’élève pas.

Cette autocritique n’est pas faite pour accuser, ni pour désigner des coupables, ni pour établir qui a eu raison ou tort. Elle n’est pas là pour régler des comptes avec le passé. Elle existe pour une seule raison : comprendre ce qui ne va pas, afin de savoir comment changer et aller de l’avant. Elle n’est pas une recherche de responsabilité individuelle, mais une tentative de lucidité collective. Car au fond, nous sommes à la fois coupables et victimes, responsables et héritiers, innocents dans nos intentions mais prisonniers de mécanismes que nous n’avons jamais appris à déconstruire. C’est seulement en acceptant cette vérité-là que nous pourrons enfin dépasser ce qui nous bloque et ouvrir un chemin réel vers l’avenir.

 

jeudi 15 janvier 2026

Les Tunisiens sont-ils condamnés à l'autocratie ?

Les Tunisiens viennent de fêter le 15éme anniversaire de leur "révolution" du 14 janvier 2011 : pour quel résultat ? Ils sont toujours en régime autocratique !

R.B


Quinze ans après la chute de Ben Ali, on se demande pourquoi ça n’a pas marché

Wahid Ferchichi, remet au centre l’essentiel : la liberté comme socle non négociable, en Tunisie comme dans le monde. Quinze ans après le 14 janvier 2011, son diagnostic est lucide - sur l’échec de la transition, l’amnésie démocratique, le recul du droit - mais sans résignation. Il rappelle une idée forte : la dictature n’est pas une fatalité.

Par Frida Dahmani - Publié le 14 janvier 2026 dans Jeune Afrique.
Avec son allure juvénile et son pas décidé, Wahid Ferchichi se fond dans la foule des étudiants de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis. Mais il ne faut pas s’y tromper : à 55 ans, ce représentant de la tradition juridique tunisienne est depuis août 2024 le doyen de l’établissement. Professeur agrégé en droit public et co-fondateur de l’association tunisienne de défense des libertés individuelles (ADLI), il a pour credo la liberté. Elle est selon lui le fondement non négociable qui nourrit aussi bien les droits humains que le droit international ou la question environnementale.
En ce quinzième anniversaire de la révolution de 2011, il évoque un début d’année mouvementé pour la communauté internationale et s’interroge sur l’évolution de la Tunisie depuis la chute du régime de Ben Ali.

Frida Dahmani : Droits humains bafoués, conflits sans fin comme la guerre menée par Israël en Palestine, offensive américaine au Venezuela, départ de feu au Yémen… Pourquoi le droit international peine-t-il tant à faire appliquer les règles du vivre-ensemble ?
Wahid Ferchichi : On présente souvent le droit international et son volet des droits humains comme une panacée mais à mon sens, il est perfectible. L’ensemble des normes internationales représente en fait une moyenne de ce que les nations acceptent ou accepteraient pour que chacun puisse faire des concessions. On aboutit ainsi à des textes moyens, parfois édulcorés, qui perdent leur dimension humaine alors qu’ils auraient pu permettre de transcender les difficultés. Les Etats-Unis d’Amérique, spécialistes de l’exportation des guerres, sont le pays qui ratifie le moins les conventions internationales, partant du principe que le droit américain est plus développé que ladite convention. Avec des variantes : cette attitude suprémaciste n’est pas nouvelle; elle est aussi adoptée par Israël.
Frida Dahmani : Sommes-nous aujourd’hui dans une période de droit international à minima ?
Wahid Ferchichi : Dans les faits, on est loin du minimum qui aurait permis, peut-être, une certaine cohabitation des nations. Le bât blesse en particulier dans l’application de ce droit. On se demande aujourd’hui à quoi il sert et à quoi servent les institutions internationales et nationales. Le droit est pourtant nécessaire aux plus faibles et il ne faudrait pas, parce qu’il est actuellement malmené, appeler par facilité, par ignorance ou par manipulation à ce qu’il n’existe plus.
On a oublié que le droit conférait à l’humain, même lorsqu’il est coupable de crimes contre l’humanité, une dignité. On a pu le voir lors du procès de Nuremberg [intenté de 1945 à 1946 contre des responsables du Troisième Reich]. Aujourd’hui, on assiste à un mépris de l’humain avec des prises de position publiques pour un retour des dictatures à la Saddam Hussein ou à la Kadhafi. Il y a de quoi être blessé par cette amnésie.
Il faut toujours rappeler que, même durant les pires moments de l’histoire, il y a toujours eu des hommes et des femmes qui ont dit non, que ce soit en 1933, en 1934, en 1939, en 1946, durant la guerre de Vietnam et à l’occasion d’autres conflits. Ces consciences existent, même si on ne leur donne que peu de moyens et qu’on tente de les museler et de les réduire.
Il y a des cycles, parfois on fait tout pour oublier, pour se protéger. À d’autres moments on fait dans la surenchère, toujours plus dans le spectaculaire et le déni sans que certaines questions ne s’imposent à partir d’un degré de prise de conscience et la nécessité de recentrer les problématiques. Cela relève de la même démarche qui fait que 15 ans après le 14 janvier 2011 et la chute de Ben Ali, on se demande : « pourquoi ça n’a pas marché ? »
Frida Dahmani : C’est le sujet de cette journée en effet : pourquoi les choses ont-elles tourné ainsi en Tunisie ?
Wahid Ferchichi : Beaucoup d’éléments n’ont pas aidé pour que ça marche. Mais l’essentiel est qu’au cours des 15 derniers siècles de notre histoire, nous n’avons jamais été, dans nos régions, des peuples qui ont connu la liberté ou qui ont été des citoyens. Le processus démocratique entamé en Tunisie n’a duré que quelques années, avec les entraves du terrorisme, le manque d’un certain développement économique et social. L’impact du processus n’a pas été ressenti individuellement dans un sens positif, les gens ne se sont pas reconnus dans cette démarche.
Il faut avoir fait l’apprentissage de la liberté pour pouvoir réagir à la dictature. Ce petit processus n’a pas produit de citoyens ni une masse de Tunisiens et de Tunisiennes qui croient en la liberté, en la démocratie comme un moyen parmi d’autres. Le coup qui lui a été porté le 25 juillet 2021 [lors du coup de force institutionnel du président Kaïs Saïed] se veut fatal mais je crois absolument à la lumière après ce passage par des méandres. D’ailleurs les pays dits de l’Est, avant la Seconde Guerre mondiale, ont tous vécu des moments similaires dans leurs différents et brefs processus vers la liberté. À la chute du mur de Berlin, ils se sont tous inspirés de leurs anciens processus pour accéder à la liberté.
Frida Dahmani : Quel rapport avec la Tunisie ?
Wahid Ferchichi : Une fois close la parenthèse actuelle, il est intolérable que le choix soit celui d’une dictature ou celui des islamistes. Il est clair que nous ne voulons ni de l’un ni de l’autre. L’autre voie est de reprendre le processus. La période 2011-2021 a montré que c’était possible. Ce temps a été fondamental : nous avons fait l’expérience d’élections démocratiques libres, ressenti que l’on pouvait ne pas avoir peur. Actuellement les Tunisiens se demandent quelle sera l’alternative, exactement comme à la veille de 2011.
Frida Dahmani : Il y a tout de même eu des tentatives de restauration durant cette période…
Wahid Ferchichi : En effet, on assiste à des réapparitions de figures de l’ancien régime. Ces dernières portent des idées en décalage total avec une jeunesse qui a grandi avec la révolution et qui n’a jamais connu que des moments de liberté. Ces jeunes, souvent, n’ont pas compris en 2021 qu’il fallait préserver les acquis de liberté alors que les indicateurs montraient un glissement autocratique. On aura beau expliquer, il y a aura toujours une frange de jeunes qui ira vers le conservatisme ou vers les tendances d’extrême droite.
La nostalgie des régimes qui ont soi-disant assuré la stabilité a produit de l’uniformité. Ces jeunes ont compris, beaucoup sont partis, mais j’espère que désormais ils ont intégré que le bien le plus précieux, le plus fragile, est la liberté. C’est le biais à partir duquel le processus peut être relancé pour se dérouler et se déployer d’autant plus aisément que beaucoup témoigneront que la liberté a un temps été possible. C’est ce qui avait permis de reconnaître la civilité de l’État et la liberté de conscience. C’est pourquoi ces dix années, en montrant que « c’est possible », représenteront un jour un repère qui a enclenché un processus, basé sur la volonté des Tunisiens d’être libres.
Frida Dahmani : Cette volonté n’implique-t-elle pas aussi une responsabilité ?

Wahid Ferchichi : Bien entendu. Mais en se basant sur cette idée que la liberté doit être responsable, il y a eu un glissement de la liberté. Elle a été sacrifiée au regard de la responsabilité. À choisir, je sacrifie la responsabilité pour préserver la liberté pour les citoyens.

samedi 10 janvier 2026

LE WAHHABISME : RETOUR A L'ENVOYEUR ?

Les Frères musulmans dont le wahhabisme fonde l'action politique, n'ont eu de cesse de répandre cette doctrine dans le monde arabe mais aussi en Occident depuis la chute du mur de Berlin, pour prendre le pouvoir. 

L'Occident qui a cru bon de laisser se répandre l'islamisme dans le monde "arabe" et de soutenir les Frères musulmans jusqu'à les imposer aux "Arabes" à la faveur du fumeux "printemps arabe", persuadé qu'il ne touchera pas les Occidentaux et qu'il restera cantonné dans les pays musulmans; poursuit son aveuglement et son déni de l'islamisation rampante des sociétés occidentales ... 

Il fallait pour dénoncer Les Frères musulmans, que ce soit les Emirats Arabes Unis qui mettent en garde les Occidentaux sur les dangers de l'islamisme qui les guettent et se méfient de la contamination de leur jeunesse par le wahhabisme bien implantéen Occident jusque dans ses institutions, universitaires comprises ! 

Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre; et il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir !

R.B  

Adrien Bez

«Complètement fou» : les Émirats arabes unis freinent les inscriptions dans les universités britanniques par peur d’une radicalisation islamiste.

Abou Dhabi, qui craint l’influence des Frères musulmans et a interdit la confrérie sur son territoire en tant qu’organisation terroriste, milite de longue date pour que les pays européens fassent de même.

Les universités du Royaume-Uni sont-elles gangrenées par l’islamisme radical (le wahhabisme) ? C’est bien ce que craignent les Émirats arabes unis, qui ont décidé de tenir leurs étudiants éloignés de ces campus en limitant les inscriptions, affirment ce vendredi deux médias britanniques de premier plan, The Times  et le Financial Times, citant des responsables proches du dossier. Ils expliquent que le financement fédéral dédié à ces inscriptions a été réduit, Abou Dhabi invoquant notamment des inquiétudes quant à l’influence des Frères musulmans, qu’ils ont interdits sur leur territoire en tant qu’organisation terroriste.

«Complètement fou», s’est étonné le vice-président américain J. D. Vance sur le réseau social X. «Certains de nos meilleurs alliés musulmans dans le Golfe estiment que l’endoctrinement islamiste dans certaines parties de l’Occident est trop dangereux.»

Le gouvernement émirien accorde des bourses généreuses aux étudiants du pays pour partir étudier à l’étranger. Les fonds doivent couvrir les frais de scolarité, de voyage, de subsistance ou encore d’assurance maladie. Le Royaume-Uni n’est pas totalement banni des destinations possibles : les jeunes Émiriens pourront toujours partir y faire leurs études, à condition que leurs familles assument elles-mêmes les frais. Ils n’étaient pas moins de 8500 sur les campus britanniques fin 2024, leur nombre ayant doublé depuis 2017.

Les Frères musulmans dans le viseur

Les Émirats arabes unis militent de longue date pour que les différents pays européens reconnaissent la confrérie des Frères musulmans comme terroriste et l’interdisent sur leurs territoires. Au Royaume-Uni, ils ont notamment «mené une campagne de lobbying qui a incité le gouvernement conservateur de David Cameron  à ouvrir une enquête sur le groupe en 2014», assure The Times. L’enquête était parvenue à la conclusion que les convictions du groupe étaient contraires aux valeurs britanniques, mais n’avait pas trouvé suffisamment de preuves pour l’interdire.

En France, l’organisation a fait l’objet d’un long rapport commandé à deux hauts fonctionnaires et dévoilé fin mai. Les Frères musulmans y sont décrits comme une «menace pour la cohésion nationale». Le rapport pointe notamment leur influence dans certains établissements scolaires. Emmanuel Macron avait demandé au gouvernement de lui faire des «propositions» au vu de la «gravité des faits». Pour Jordan Bardella, qui défend l’interdiction de la mouvance, la position des Émirats arabes unis est «un renversement qui en dit long sur notre aveuglement et notre faiblesse face à cet obscurantisme qui s’installe chez nous», comme il l’a écrit sur X ce vendredi.

Mercredi 7 janvier, les députés de la commission des Affaires européennes ont adopté une proposition de résolution visant à inscrire la mouvance sur la liste européenne des organisations terroristes. Le texte avait été déposé en mai 2025 par le député des Alpes-Maritimes Éric Pauget (Droite Républicaine). En Europe, seule l’Autriche a inscrit la confrérie sur sa liste noire. Les Frères musulmans sont par ailleurs interdits en Russie, en Syrie, en Égypte, en Arabie saoudite, à Bahreïn et en Jordanie.

 

 

À lire aussi Éducation, implantation associative, lobbying institutionnel : le plan des Frères musulmans pour islamiser en douceur la civilisation occidentale 

mardi 6 janvier 2026

LE NOUVEL ORDRE MONDIAL SELON TRUMP-POUTINE-JINPING ...

 ... ou le retour à la loi du plus fort, celle de la jungle !


Article publié dans : Agoravox

Les EU selon Trump ...

A la sortie de la première guerre mondiale, il y eut la SDN (Société des Nations) pour régler les problèmes entre les nations. Cette organisation internationale établie par le traité de Versailles en 1919, cherchait à prévenir les conflits par la coopération internationale, mais son incapacité à prévenir les agressions l’a conduite à disparaître en 1946, dominée qu'elle était par les puissances coloniales d'alors : l'Angleterre et la France, qui avaient redessiné le monde selon leurs intérêts et auxquelles bon nombres de pays doivent leurs "frontières" parfois dessinées en dépits des réalités ethniques des peuples, si elle n'étaient tracées à la serpe, en ligne droite ! Occasion pour ces puissances de s'accaparer des territoires comme l'avait fait la France en Algérie; quand pour agrandir ce nouveau département français, elle avait empiété sur le Maroc et la Tunisie... les amputant d'une bonne partie de leur territoire pour "le sécuriser" et mis la main sur tout le Sahara !  

A la sortie de la deuxième guerre mondiale, en 1946 l’ONU a pris le relais, avec l’espoir que les leçons du passé seraient mieux appliquées. A son tour l'ONU, dominée par les nouvelles puissances que sont devenues les EU et l'URSS, vainqueurs de la deuxième guerre mondiale, sera à leur merci par leur droit de veto qui la ridiculise régulièrement quand elles bafouent le droit international !


Lorsque des puissances majeures instrumentalisent le droit pour atteindre des objectifs géopolitiques, les mécanismes de contrôle et de contestation perdent de leur crédibilité.

Le problème n’est pas uniquement celui des États adversaires; il réside aussi dans la perception que les démocraties, en privilégiant les droits humains et les principes universels, se heurtent parfois à des choix pragmatiques et à des compromis qui alimentent le cynisme politique.


Le droit international n'a jamais vraiment existé. Le veto à l'ONU à rendu vaines les condamnations portées. Et le refus de nombreux pays de signer l'adhésion à la Cour Pénale Internationale, a fait que cette juridiction ne s'est occupée que de "petits dictateurs" car son action à géométrie variable ne s'attaquait jamais aux "grands dictateurs".

Dès lors, il ne faut pas s'étonner que les populistes méprisent le droit : qu'il soit national ou international, et jouent jeu franco une politique sans tabou; contrairement aux démocraties qui instrumentalisent les droits humains, les principes universels et le droit international, à des fins non avouables !


Par lassitude, les citoyens face à ce qu’ils perçoivent comme des élites déconnectées des réalités, cherchent des leaders promettant des solutions simples et visibles, ouvrant la porte au populisme où les notions de souveraineté, de sécurité et de revalorisation économique deviennent centrales, au détriment des compromis internationaux et du respect scrupuleux du droit.


Pour certains dirigeants, le droit devient un outil, rarement une fin en soi. Le droit peut être ignoré lorsque les coûts politiques semblent faibles et les bénéfices stratégiques élevés; d’où les démonstrations de force, les menaces nucléaires, les invasions ou les annexions unilatérales, qui saperont durablement la confiance dans les cadres multilatéraux.

Et le leadership sera réaffirmé par les "hommes forts" :

- Trump : positionnant les Etats-Unis comme gendarme et arbitre du monde, en alternant actions unilatérales et alliances circonstancielles, tout en affichant une rhétorique de sécurité nationale et d’intérêt national. Il s'en fiche de la démocratie, du droit international, des peuples. Ce qui l'intéressé, ce sont les richesses d'un pays : or jaune, or noir, or blanc et autres minerais... sur lesquels il veut mettre la main par tous les moyens.

- Poutine : veut consolider une sphère d’influence européenne et post-soviétique, utilisant des interventions directes et des formes de coercition hybridées (information, cyberespace, insinuations militaires).

- Jinping : promeut une Chine affirmant sa souveraineté et son rôle de puissance globale, utilisant des mécanismes économiques, technologiques et politiques pour remodeler les règles en contexte asiatique et mondial.


Les interdépendances économiques restent fortes, mais les alliances et les chaînes d’approvisionnement se restructurent sous l’emprise de calculs géoéconomiques de dépendances mutuelles réévaluées dans les domaines du commerce, de l’énergie et des technologies sensibles, ce qui peut conduire à une fragmentation partielle du système commercial mondial.


La sécurité et les sphères d’influence seront les nouvelles lignes de fracture. Car si depuis l’après-guerre, le monde a tenté de s’organiser autour d’institutions et de normes destinées à limiter l’anarchie internationale, pour remplacer le droit du plus fort par un cadre commun, celui du droit international, des organisations multilatérales et des mécanismes de coopération; l’histoire récente montre que ce cadre est mis à rude épreuve lorsque des puissances majeures privilégient leurs intérêts nationaux au détriment des règles collectives.

La faute à qui ? Evidemment aux "démocraties" qui ont décrédibilisé les valeurs civilisationnelles, nées de la révolution française, quand elles pratiquent la règle de "deux poids, deux mesures" face aux abus des uns et des autres.

On se rappelle que les premiers bébés de l'ONU furent le Pakistan et Israël. Et c'est eux qui seront les premiers à décrédibiliser cette instance quand ils bafouent ses règles et le droit international, soutenus en cela par les puissances qui usent et abusent de leur droit de véto pour secourir leurs "protégés" pour des raisons stratégiques de politique interne ou internationale. Ridiculisant par la même ces instances internationales, devenues la risée du monde entier, quand leurs résolutions sont bafouées et que le droit internationale devient à géométrie variable.

Israël ayant même dépassé par ses abus toutes les limites, en bafouant sans cesse les valeurs qui ont présidé à la naissance de l'ONU... dont le droit international. Détenant le record de résolutions non respectées par ce pays !

Ainsi l'ONU finira enterrée par l'enfant qu'elle avait enfanté : Israël !

Et comme l'histoire le démontre régulièrement, derrière ces instances internationales, il y a toujours des puissances qui s'en servent pour masquer leurs convoitises, sous de bons sentiments :

- Bush sous prétexte de répandre la démocratie au Moyen Orient et de faire tomber le dictateur Saddam Hussein qui entraînera, selon lui, dans sa chute les autres dictateurs de la région comme dans un jeu de domino, il a déclenché la guerre en Irak, alors qu'il convoitait son or noir !

- Trump sous le prétexte fallacieux de "sécurité des EU", prétend combattre lui aussi les dictateurs et les narcotrafiquants; alors qu'il convoite la richesse de leur pays, en l'occurrence l'or jaune et l'or noir du Venezuela dont il vient d'enlever le président Nicolas Maduro; en totale contradiction avec lui-même; puisqu'il demande de gracier son ami, le dictateur Jair Bolsonaro !

Et voilà comment le président Trump transforme les EU, gendarme du monde et champion de la démocratie, en bandit ; et donne ainsi le feu vert à Poutine pour faire de l'Ukraine et des ex-pays du pacte de Varsovie, sa chasse gardée; ainsi qu'à Jinping de pouvoir désormais récupérer Taiwan sans coup férir ni subir les foudres des EU; puisque lui-même veut faire de l'Amérique du Nord et celle du sud, la chasse gardée des EU ! 

Ainsi, "donnant-donnant", les trois nouveaux maîtres du monde reconfigureront, à leur tour, la nouvelle mappemonde, en acceptant les convoitises des uns et des autres, au mépris des règles universelles et du droit international, avec un pied-de-nez à l'UE marginalisée par ses divisions internes et que ces nouveaux maîtres du monde feront tout pour l'affaiblir. 

Comment s'étonner dès lors, de la multiplication des dictateurs parmi les "petits" ; quand les "grands" bafouent le droit international et le droit national pour suspendre les élections et les libertés civiles, pour proclamer l’état d’urgence pour un oui pour un nom, pour gouverner par décret, pour réprimer leurs opposants politiques, pour ne pas respecter les procédures de l’État de droit; et pour instaurer le culte de la personnalité centré sur eux-mêmes, en semant la terreur ?

- Netanyahu peut réaliser son grand Israël et chasser ce qui reste de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza ... au nom de la "sécurité" d'Israël !

- Poutine peut récupérer l'Ukraine et d'autres pays de l'ancien pacte de Varsovie; lui aussi au nom de la " sécurité de la Russie !!

- Jimping peut récupérer Taiwan qui faisait partie de la Chine d'antan...

- Erdogan qui se rêve nouveau Sultan d'un empire Ottoman disloqué par les puissances coloniales franco-anglaise, peut récupérer les provinces ottomanes, confisquées par les Anglais et les Français ...

Tout compte fait, ce sont toujours les puissances qui ont "dessiné" le monde à leur guise. Les "frontières" changeant selon leurs intérêts. Celles établies par les puissances coloniales espagnoles & portugaises, ont été changées par les puissances coloniales franco-anglaises; lesquelles à leur tour seront redessinées par les puissances actuelles EU & Russie... ainsi va le monde, l'homme étant un loup pour les hommes, guidé par sa cupidité... et le reste n'est qu'hypocrisie.

Triste réalité !

Triste humanité !!

Rachid Barnat