vendredi 14 février 2014

Histoire de la dynastie Bayrem qui a marqué celle de la Tunisie

Famille issue du soufisme puis ancrée dans le hanafisme, lui même issu du malékisme, et qui a joué un rôle important en Tunisie.
Le soufisme a été adopté par les Ottomans pour sa tolérance, nécessaire dans un empire composé d'une mosaique de peuples, de cultures différentes.
R.B


ORIGINE DU NOM BAYREM* ET DE LA FAMILLE DU MÊME NOM :

L'ancêtre commun au Bayrem a vécu entre 1352 et 1430. 
Son vrai nom était Numan, qu'il a changé pour Bayram* après avoir rencontré son chef spirituel Somuncu Baba pendant les festivités de l'Aïd el-Adha. 

Haci Bayram est né dans un petit village dans la province d'Ankara. Il est devenu un érudit de l'Islam. Sa vie a changé après avoir reçu l'instruction dans le soufisme dans la ville de Kayseri de Shaikh Hameed Hāmeed'ūd-Din-ee wali, qui était en fait l'un des "mursheeds de la Sāfav'īyyah Tarïqah Cheikh Khoja Alā ad-Din Ali" (guide spirituel soufi).

Pèlerinage et fondement de la secte soufi :

Les deux mystiques, Shaikh Hāmeed'ūd-Din-ee wali et Haci Bayram, vivaient dans la ville de Bursa quand ils ont fait le Hajj (pèlerinage à La Mecque) ensemble. 
Au cours de ce voyage, Hāmeed'ūd-Din-ee wali a continué à enseigner le soufisme. 
Shaikh Hāmeed'ūd-Din est mort en 1412. Il a désigné pour successeur spirituel Haci Bayram-ı Veli, qui est retourné à Ankara et devient le cheikh (chef) de la secte appelée Bayrami. 
Il a construit un "Derviche", loge sur le site à Ankara. Son tombeau et sa mosquée s'y trouvent encore de nos jours.
Les gens viennent en visite et y demeurent le temps de s'initier au  soufisme. 
La secte s'est agrandie, car elle est devenue populaire grâce au succès de l'enseignement de Bayram.

Akşemseddin (Aqq-Shams'ūd-Dîn) et Haci Bayram :

Le développement de la secte ne plaisait pas à certaines autorités locales, au service du sultan Ottoman, Murad II. Celui-ci a appelé Haci Bayram à venir à Edirne (la capitale de l'Empire ottoman à cette époque). Le sultan a voulu vérifier par lui même la doctrine et le patriotisme de la secte. 
A cette époque, en Anatolie, il y avait beaucoup de clans turcs indépendants qui menaçaient l'unité de l'empire.
Haci Bayram a pris un autre savant, son mouride (élève) Akşemseddin (Aqq-Shams'ūd-Dîn) avec lui à Edirne, pour répondre à la demande du Sultan. 

Murad II a vite compris que les plaintes contre Bayram n'étaient que des rumeurs et Haci Bayram et Akşemseddin (Aqq-Shams'ūd-Dîn) sont restés pendant un certain temps à Edirne, donnant des conférences et faisant des prêches à la cour du sultan. 
Il a eu des entretiens privés avec le sultan lors desquels ils ont débattu de questions relatives au monde, à la vie et à l'avenir.
En particulier, le Sultan était préoccupé par la conquête de Constantinople, la capitale byzantine que les armées musulmanes avaient tenté de conquérir sans succès. 
Le sultan a demandé à Bayram : "Qui va conquérir la ville ?" 
La réponse fut : " Ce bébé ! Car ni Vous ni moi ne serions de ce monde, lors de cette conquête. Mais mon élève Akşemseddin (Aqq-Shams'ūd-Dîn) et lui, seront là. " 

Le bébé en question, c'était le fils du sultan, le futur Mehmed II, qui va conquérir cette ville (qui prendra pour nom Istanbul) en 1453 et recevra le titre de "Fatih" (le conquérant ).
Haci Bayram a demandé que son élève Akşemseddin (Aqq-Shams'ūd-Dîn) soit l'éducateur de l'enfant Mehmed; ce que le sultan Murad accepta. 
Haci Bayram a fait quelques voyages à Edirne, jusqu'à sa mort en 1430 à Ankara, après avoir transmis la direction de sa secte à Akşemseddin (Aqq-Shams'ūd-Din). 
Son tombeau et la mosquée qui lui est dédiée, se trouvent encore à Ankara.

LA BRANCHE TUNISIENNE : 

1°/ Mohamed Bayram II, Né le 28 octobre 1748 à Tunis et mort le 23 octobre 1832, est un savant appartenant au cercle des oulémas tunisiens.

Biographie :
Fils de Mohamed Bayram I, Il appartient à une famille de oulémas, notable d'origine turque ; sa mère est la fille du "bach mufti hanéfite" Hussein Baroudi. Mohamed Bayram apprend le "fiqh" (théologie) et les "hadiths" (les citations du prophète) de son père, le "tajwid" (l'art de réciter le coran) du cheikh Mohamed Qarbattaq et les autres sciences religieuses du cheikh Salah Kawech.
Il succède à son père comme imam de la mosquée Youssef Dey, puis enseigne à la Zitouna. 
En 1778, il est nommé cadi de Tunis avant de retourner à l'enseignement en 1780.
Après la mort de son grand-oncle Abdelkabir Cherif, il hérite de la charge de "nakib al achraf" (syndic des descendants du prophète Mahomet), en 1792.
Succédant à son propre père, il est nommé "bach mufti hanéfite" en 1801 par le souverain Hammouda Pacha et reste à la tête du "conseil charaïque" (conseil juridique religieux qui promulgue la chariâa) jusqu'à sa mort.

Il publie une série d'ouvrages sur la dimension historique et généalogique des "hanafites". 
Il s'appuie fréquemment sur l'école malékite pour tirer les arguments de ses fatwas.
Il bénéficie d'une réputation de travailleur prolifique.

Œuvres :
- Histoire de la littérature tunisienne sous les dynasties mouradite et husseinite (تاريخ الأدب التونسي في العهدين المرادي والحسيني);
- Compilation des biographies des savants tunisiens (عنوان الأريب عما نشأ بالبلاد التونسية من عالم أديب), entièrement composé en vers;
- Les maîtres de la poésie et de la littérature (أشهر ملوك الشعر والنثر);
- Il rédige aussi une brève histoire de sa famille depuis sa venue à Tunis avec le contingent de Sinan Pacha; 
- plusieurs ouvrages de jurisprudence islamique sur des sujets comme l'unicité de Dieu et un ouvrage sur le calendrier musulman, basé sur le calcul et l'observation de la lune (قلادة اللآل في نظم حكم رؤية الهلال).

2°/ Mohamed Bayram III, né en 1786 à Tunis et décédé en 1843 à Tunis, est un savant appartenant au cercle des oulémas tunisiens. 
Il est le fils du savant Mohamed Bayram II.

Biographie :
Brillant élève dans sa jeunesse, il devient professeur ("mudarris") à la "médersa El Bachia", puis à la "médersa El Onqiya" et enfin à la mosquée Zitouna. 
Il devient mufti hanéfite de Tunis en 1832.
À la mort de son père, en 1831, il lui succède et devient "Cheikh El Islam" et "nakib al achraf " (chef honorifique des descendants du prophète dans la Régence de Tunis).

Œuvres :
Il engendre une production littéraire moins abondante que son père ou son fils, néanmoins il écrit plusieurs épîtres sur des points de jurisprudence islamique et un sur la rhétorique. 
Bien que les jurisconsultes musulmans tenaient pour acquis la forme ronde de la Terre depuis le Moyen Âge, Bayram III publie un épître pour vulgariser cette découverte : Épître sur la rondeur de la Terre (رسالة في كروية الأرض).

3°/ Mohamed Bayram IV, Né le 26 août 1805 à Tunis et décédé le 5 novembre 1861 à Tunis, est un religieux appartenant au cercle des oulémas tunisiens.
Il est le fils du savant Mohamed Bayram III.

Biographie :
Né dans une famille de notable, il enseigne déjà à l'âge de 18 ans à la "médersa El Onqiya" (médersa de la médina de Tunis élevée à l'époque hafside) et à la "médersa El Bachia". 
Puis il devient mufti et "nakib al achraf" après la mort de son père en 18433, ceci du fait que sa grand-mère paternelle est une descendante du prophète. 
Il est nommé Cheikh El Islam sous le règne d'Ahmed Ier Bey et devient imam de la mosquée Saheb Ettabaâ.
La proximité de Bayram avec le prince héritier Mohammed le fait devenir son conseiller et, quand ce dernier accède au trône, il épouse sa sœur. 
De par cette proximité, Bayram devient l'un des principaux responsables sur le plan religieux et le bey ne prend que son avis ; il le conseille notamment sur les dispositifs de guestion administrative et des questions judiciaires et politiques. Son avis, préféré parmi ceux de l'élite scientifique et administrative du pays, est alors connu pour sa justice et son équité. 
Il est aussi le principal acteur du clan conservateur qui se forme autour du bey.

Bayram est aussi un écrivain et un poète ; c'est pour cela qu'il est retenu par Mohammed Bey pour répondre aux messages de félicitations qu'il reçoit, sous formes de poésies et de prose.

Il épouse la fille de Mahmoud Boukhris, un secrétaire beylical et ambassadeur. Son neveu est le savant théologien et réformateur Mohamed Bayram V.

4°/ Bayram V est né dans une famille d'oulémas et de dignitaires religieux du côté de son père et de la notabilité turque du côté de sa mère ; 
les Bayram forment l'une des principales lignées religieuses hanéfites en Tunisie. 
Sa mère est la fille de Mahmoud Khodja, ancien ministre de la Marine sous Ahmed Ier. 
Son père est lui plus tourné vers l'agriculture que la culture scientifique et religieuse.

Biographie :
Il poursuit ses études à la mosquée Zitouna où il apprend le Coran, l'exégèse et les hadiths, avec pour professeur Salem Khelil Bouhageb. Khodja aurait voulu l'inscrire à l'École militaire du Bardo, haute institution destinée à l'époque à la formation des cadres politiques et des hauts fonctionnaires, mais c'est son oncle le professeur, Mohamed Bayram IV, qui l'oriente vers les études de la langue (arabe) et de la rhétorique. 
Par la suite, il se tourne vers l'histoire et peut ainsi approfondir ses connaissances à travers les nombreux ouvrages que possède son oncle qu'il remplace, dès qu'il termine ses études, comme enseignant à l'Université Zitouna.

En 1875, le grand vizir Kheireddine Pacha remarque Bayram V pour ses opinions réformistes et progressistes et lui confie la direction de l'Imprimerie officielle tunisienne qui publiera plus tard le Journal officiel de la République tunisienne; journal fondé entre autres par les réformistes Kheireddine Pacha, Mahmoud Kabadou et Mokhtar Chouikha, succédant ainsi au général Husseïn. 
En 1876, il voyage en France et en Italie pour des soins et, à son retour, il est nommé à la tête de l'hôpital Sadiki en 1877 puis, après la démission de Kheireddine, il est maintenu à ce poste par les deux grands vizirs qui succèdent à celui-ci : Mohammed Khaznadar et Mustapha Ben Ismaïl. 
En 1879, il est nommé au Conseil constitutionnel aux côtés de Mohamed Larbi Zarrouk.
Lors de l'instauration du protectorat français en 1881, il quitte la Tunisie pour s'installer à Istanbul. 
En 1884, il part pour l'Égypte et y fonde le journal L'Information. 
En 1888, il devient magistrat au Tribunal civil de première instance égyptien. 
Il meurt finalement en décembre 18892 à Helouane et est inhumé au Caire.

Œuvres :
Outre son ouvrage intitulé "L'essentiel des enseignements"; Bayram V publie des mémoires où il recense ses impressions et suggestions concernant la politique dans les pays arabo-musulmans, dont la Tunisie. 
Parmi ses mémoires, un article paru en mai 1888, dans une revue égyptienne intitulée "Al Moktataf ", où il précise notamment l'importance d'adapter le système des démocraties constitutionnelles européennes aux pays arabo-musulmans en prenant compte des réalités de ces pays, sans toutefois les calquer. 
Aussi, ajoute-t-il que « dans un souci de démocratie, il convient de procéder aux élections des membres des conseils locaux et régionaux ».

Mémoire :
Le 28 octobre 1989, à l'occasion du centenaire de sa mort, un timbre postal émis par la Poste tunisienne, dessiné par Hatem El Mekki et tiré à 310 000 exemplaires, lui est dédié.

Publications :
- L'essentiel des enseignements ;
- Le caractère licite de la chasse aux armes à feu ;
- L'examen approfondi de la question de l'esclavage ;
- La tradition du prophète et les fatwas.

* Le mot bayram en turc signifie "aid". l'Aïd el-Adha appelé en turc Kurban Bayramı (fête du mouton comme disent les occidentaux avec ironie !).

PS : Bayrem Ettounsi (Bayrem le tunisien) descendant de cette grande famille, fut le grand compositeur qui a offert à Oum Kalthoum ses plus belles chansons dont Ahl el hawa ", un poème sublime. 
Mahmoud Bayrem Ettounsi (محمود بيرم التونسي), de son vrai nom Mahmoud Mohamed Mostapha Bayrem Al Hariri, né le 4 mars 1893 à Alexandrie et mort le 5 janvier 1961, est un poète et compositeur égyptien d'origine tunisienne.

Bayram 
Ettounsi forme avec son compagnon, le musicien Zakaria Ahmed, un tandem au service de la chanteuse Oum Kalthoum et écrit les paroles de près de 500 chansons. 
Il est auparavant exilé d'Égypte par les Britanniques en raison de sa poésie nationaliste. 


NB : Texte corrigé et remis en forme par Rachid Barnat

4 commentaires:

  1. C'est un océans de connaissances sur des personnalités historique qui ont marqués leurs époques.

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  2. LES AMOUREUX D'Oum KALTHOUM APPRÉCIERONT !

    Yesmina Alwani, une gamine égyptienne chante : "An el ochak saalouni" et bouleverse le jury !

    Auteur de la chanson, le tunisien : Mahmoud Bairam Tounsi;
    Compositeur : Zakaria Ahmed.

    https://www.youtube.com/watch?v=PqBkb5rKuCU

    عن العُشّاقِ سألوني

    كلمــات بيــرم التونســـــى

    عن العُشّاقِ سألوني
    وأنا في العشق لا أفهم

    سَمِعناهًم يقولوا العِشِق
    حلو حلو وآخِره عَلقَم

    سُهاد في الليل و ويل على ويل
    !وشيء منّه العذاب أرْحَم

    و من أعلَن هواه يِتعَب
    ومن خبَّى هَواه يِــعلَم

    قولولى مين من العاشقين
    ؟وَهَب قلبُه و لَم يِندَم

    عن العشاق سألوني
    وأنا في العشق لا أفهم

    عن العشاق لا نِسأل
    وخلّينا بعيد أسلَم!

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  3. LE 16 AVRIL : Les turcs feront-ils d'Erdogan, leur sultan ?

    Et dire que la Turquie, ce pays laic, au soufisme ancestral depuis que les Ottomans l'ont adopté pour sa tolérance, indispensable pour l'empire qui regroupait une mosaique de peuples aux cultures différentes ... a sombré dans le wahhabisme, depuis que les Frères musulmans sont parvenus au pouvoir !

    Ce que font les Frères musulmans en Tunisie aussi, où le wahhabisme est en train de supplétanter le malékisme ancestral des tunisiens et le soufisme intoduit par les turcs !!

    Ghannouchi affirme prendre pour modéle Erdogan : comme lui, il finira bien par détruire la République, pour rallier le califat de son ami et dissoudre la Tunisie dans la Oumma, objectif des Frères musulmans !!!

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  4. OUM KALTHOUM - SIRTI EL HOB chanté par Ysmina Alwani :

    كلمات الشاعر مرسى جميل عزيز
    الحان الموسيقار بليغ حمدى

    طول عمرى باخاف من الحب وسيرة الحب وظلم الحب لكل أصحابه
    وأعرف حكايات مليانه آهات ودموع وأنين والعاشقين دابوا ما تابوا
    طول عمرى بأقول لا أنا قد الشوق وليالى الشوق ولا قلبى قد عذابه
    وقابلتك انت لقيتك بتغير كل حياتى
    ما أعرفش إزاى حبيتك ما أعرفش إزاى ياحياتى
    من همسة حب لقيتنى باحب وأدوب فى الحب وصبح وليل على بابه
    ****
    فات من عمرى سنين وسنين شفت كتير و قليل عاشقين
    اللى بيشكى حاله لحاله واللى بيبكى على مواله
    أهل الحب صحيح مساكين
    ياما الحب نده على قلبى ما ردش قلبى جواب
    ياما الشوق حاول يحايلنى واقول له روح يا عذاب
    ياما عيون شاغلونى لكن ولا شغلونى
    إلا عيونك انت دول بس اللى خدونى وبحبك أمرونى
    أمرونى احب لقيتنى باحب وأدوب فى الحب وصبح وليل على بابه
    ****
    ياللى ظلمتوا الحب وقلتوا وعدتوا عليه قلتوا عليه مش عارف إيه
    العيب فيكم يا فى حبايبكم أما الحب ياروحى عليه
    فى الدنيا ما فيش أبدا أبدا أحلى من الحب
    نتعب نغلب نشتكى منه لكن بنحب
    ياسلام ع القلب وتنهيده فى وصال وفراق
    وشموع الشوق لما يقيدوا ليل المشتاق
    يا سلام ع الدنيا وحلاوتها فى عين العشاق
    أنا خدنى الحب لقيتنى باحب وأدوب فى الحب وصبح وليل على بابه
    ****
    يا اللى مليت بالحب حياتى أهدى حياتى إليك
    روحىقلبىعقلىحبى كلّى ملك ايديك
    صوتكنظراتكهمساتك شىء مش معقول
    شىء خللى الدنيا زهور على طول وشموع على طول
    الله ياحبيبى على حبك وهنايا معاك الله يا حبيبى يا حبيبى الله الله
    ولا دمعة عين جرحت قلبى ولا قولة آه
    ما بقولش فى حبك غير الله الله يا حبيبى على حبك الله الله
    من كتر الحب لقيتنى باحب وأدوب فى الحب وصبح وليل على بابه




    https://www.youtube.com/watch?v=nbEdJH7fFhc

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