mercredi 26 mars 2014

Hymen national, malaise dans l’Islam

Ou quand les hommes placent leur honneur dans ... une membrane vaginale !

Vu hier au cinoche "La Clef" dans le cadre du " Maghreb des films ", un documentaire sur un problème sociétal : la virginité des filles.
Après la projection, il y a eu un débat animé par Jamel Mokni, le réalisateur du film et par Wassyla Tamzali. 
Jamel Mokni dit avoir eu l'idée du film le jour où un ami lui avait demandé un service comptant sur sa discrétion totale : aider une jeune tunisienne à reconstituer sa "virginité".
Il découvre à cette occasion à la fois une pratique archaïque en Tunisie mais surtout le tabou qui l'entoure !
Il travaillera sur cette question plus de trois ans le temps pour lui de trouver les personnes qui voudraient bien apporter leur témoignage. 
Quand au titre de son documentaire, il le changera le jour où il a lu dans un opuscule du ministère de la femme et de l'enfant en Tunisie : hymen national au lieu d'hymne national !
Fatale erreur qui va donner plus de poids à son sujet dans lequel il voulait dénoncer l'hypocrisie générale autour de la virginité des filles, puisque "hymen" correspond phonétiquement au mot arabe " ايمان ", qui veut dire "foi" !

L'hymen étant devenu le symbole de l'honneur d'une famille voir de tout un village, il va être sacralisé par les hommes au point qu'ils se laisseront duper par l'hyménoplastie qui redonne une seconde virginité aux filles de plus en plus nombreuses à y recourir.

Si Jamel Mokni refuse de voir dans ce problème une cause pour féministe, persuadé qu'il s'agit d'un problème propre aux hommes qui traduit leur peur des femmes, leur doute sur leur propre sexualité; Wassyla Tamzali y voit plutôt un problème politique maintenu en l'état par un pouvoir qui veut opprimer les hommes car que mieux pour lui que de contrôler leur sexualité pour mieux les tenir !
Ce que je disais du wahabisme, qui fonde tous les islamismes actifs de nos jours et qui instrumentalise aussi la sexualité !

Autrement qu'est-ce qui empêche les gouvernants d'éduquer les peuples et d'instaurer l'éducation sexuelle aux enfants pour rompre avec des croyances qui frisent l'hystérie collective ! Ils rompraient ainsi avec des pratiques archaïques et barbares, sources de tant de souffrance et d'humiliation pour les femmes mais aussi pour les hommes.

Le pire, c'est que les femmes intériorisent ces pratiques et les transmettent à leur tour à leurs enfants, bien qu'elles ont du en souffrir; puisqu'elles finissent par admettre que leur corps appartient à l'homme et que leur virginité appartient à tout le groupe voir à tout le village quand les parents de la mariée exhibent tel un étendard de leur honneur "sauf", le drap nuptial ou la robe blanche immaculée de leur fille, entachés du sang de sa "virginité" lors du viol pendant sa nuit de noce (" eddakhla " / pénétration ) ... et gare à celles dont le sang n'aura pas coulé, car sur le champ elles seront répudiées et la honte rejaillira sur sa famille et sur son clan ... se terminant des fois par une guerre que ne manquera pas de déclencher par le clan du mari bafoué !! 

Et bien que les femmes gardent un souvenir traumatisant de leur nuit de noce, lors de laquelle le couple est mis à rudes épreuves; lui, devant prouver sa virilité et elle sa virginité, sous contrôle de tout le clan voir de tout le village; et malgré cela, elles perpétuent cette tradition en donnant tous les droits à leur fils, qui se doit de prouver sa virilité en multipliant les conquêtes, mais interdisant tout à leur fille qui doit veiller à rester vierge car l'honneur de sa famille est dans son hymen ! 

Pourtant, quand les hommes politiques veulent, ils peuvent ! 
Faut-il rappeler que Bourguiba avait mis fin à la polygamie, à la répudiation, au mariage coutumier ("Orfi"), et à tant d'autres pratiques archaïques que des oulémas ont accumulées en 14 siècles, exprimant souvent leurs fantasmes les plus fous, pour mieux dominer la femme ... et que des salafistes obscurantistes ont sacralisées sous prétexte qu'elles sont le prolongement de la parole divine; puisqu'elles sont l' "interprétation" humaine de la volonté d'Allah ! 

Pratiques qui ont maintenu les peuples dits "arabo-musulmans" dans un retard civilisationnel les rendant colonisables, comme disait Bourguiba !

A propos de la nuit de noce telle que pratiquée dans les couches populaires, Bourguiba en dénonçait la violence dans un de ses discours "pédagogiques" ("tawjihat errais" / les directives du président) en comparant le marié à un taureau qui saute avec violence sa femelle ... insistant bien par cette image, sur le manque de délicatesse du marié et son manque de respect pour la mariée !

Comme quoi, il reste d'autres révolutions à faire ... pour changer les mentalités des tunisiens !

Rachid Barnat
   

Jamel Mokni et Wassyla Tamzali

Réalisateur(s) : Jamel Mokni 
Pays de production : Tunisie
Scénario : Jamel Mokni, 
Né en 1964, nord de la Tunisie. Il intègre la faculté de sciences de Tunis, où il crée un cinéclub. 
En 1990 il part étudier le cinéma en Belgique. Il réalise des publicités, des magazines, des clips et plusieurs courts métrages.
En 1999 il crée sa société de production À Bout de Souffle Production
Synopsis : C’est un réquisitoire impitoyable contre le mythe de la virginité dans la société tunisienne et, plus généralement, dans l’Islam.
L’auteur a été incarcéré deux fois pendant le tournage. Les sbires de Ben Ali n’en voulaient pas.
Le film a été censuré par le pouvoir tunisien. C’était une autre époque.
Le film deviendra-t-il un emblème de la nouvelle Tunisie ? Et d’ailleurs où va la Tunisie ? Et s’il y avait danger pour la laïcité ?

Interview du réalisateur par Jeune Afrique
Jeuneafrique.com : Quel est le message de votre film ?
Jamel Mokni  : Qu’une fille qui a perdu sa virginité ne doit pas avoir honte parce que c’est un acte normal, ordinaire. Pourtant, quand une fille a perdu sa virginité, elle a tout perdu : on la traite de pute, et tout le monde veut coucher avec elle ! J’ai fait le film pour dénoncer l’omerta, le black-out, le silence. Pour changer la mentalité, le regard des gens. D’autant qu’en Tunisie la moyenne d’âge du mariage des filles est d’environ 28 ans. Alors de leur puberté, vers 14 ans, à 28 ans, qu’est-ce qu’elles vont faire ? Le problème se pose réellement car une fille en bonne santé va avoir des envies, et donc des relations sexuelles.

Vous donnez la parole aux partisans et aux opposants de la virginité mais vous avez clairement un parti pris…
Jamel Mokni  : Pour moi, un documentaire doit avoir un point de vue documenté. Je connais très bien le sujet, j’ai rencontré pratiquement tout le monde mais, oui, j’ai mon point de vue, clair et net. On voit la souffrance de ces filles… Ce film est un film de droits de l’homme. Je défends les droits de la femme à avoir une relation sexuelle avant le mariage.

Il y a une hypocrisie sociale sur la virginité…
Jamel Mokni  : Les hommes veulent avoir des relations avec les filles qui ont perdu leur virginité, mais après ils veulent se marier avec des filles vierges ! Mais si le vrai problème est dans la tête des hommes, il l’est aussi dans la tête des femmes : elles ont intériorisé qu’une fille doit être vierge le jour du mariage. Du coup, elles essaient de transmettre cette idée à leurs filles et à leurs garçons.

Votre film a été bien reçu lors de la projection-débat, mais vous avez des détracteurs. 
Que vous reprochent-ils ?
Jamel Mokni  : Comme la production a été financée par la Belgique, quelques conservateurs pensent que le film est une tentative des pays occidentaux de nuire à la réputation de la Tunisie ou de régler leurs comptes avec le pays à travers ses ressortissants. Mais ce n’est pas vrai !

Votre film est dédié à Tahar Haddad. Qui est-il ?
Jamel Mokni  : En 1930, ce syndicaliste tunisien très actif a écrit le livre Notre femme dans la charia et la société. Il explique d’une façon très scientifique qu’il est contre la polygamie, la répudiation… et tout ce que Bourguiba [l’ancien président tunisien Habib] a dénoncé par la suite. Tahar Haddad a été empêché de terminer ses études de droit, il a dû s’exiler. Et il est mort à 36 ans d’une crise cardiaque, suite à une tuberculose. À son enterrement, il n’y avait que cinq personnes parce qu’il représentait la honte : “Il a défendu la femme ? Comment ça se faisait qu’il la défende ?” À l’époque, c’était inadmissible.

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Le Figaro.fr/madame : Quel est le regard porté par les femmes sur la notion de virginité aujourd’hui ?
Yvonne Knibiehler : Autrefois, l’un des arguments qui donnait le plus de valeur à la virginité était celui de la
grossesse. Lorsque l’acte sexuel était principalement associé à un acte de procréation, se préserver pour le mariage permettait de maîtriser sa descendance, sa lignée. Cette justification a été écartée par la démocratisation des moyens de contraception, et son caractère symbolique avec. Mais la virginité revêt une importance encore très forte pour les hommes. Déflorer une fille, c’est en faire une femme, c’est une façon de déployer sa force masculine, d’exercer une forme de domination. La gent féminine s’empare aujourd’hui de cette virginité fantasmée par les hommes pour servir sa propre cause. Alors que la peur et l’inquiétude physique de la première fois ne sont souvent plus primordiales, les femmes ont bien compris qu’elles pouvaient encore s’en servir pour manipuler « le sexe fort ». Derrière ces ventes aux enchères, se cachent la désacralisation de la virginité, la prise de conscience du pouvoir sexuel de la femme mais également une question de moralité, propre à chacune. C’est aussi une manière, qui peut être maladroite, de dire « Je fais ce que je veux de mon corps ». 

1 commentaire:

  1. LE POIDS DES TRADITIONS : L'INFANTICIDE DES FILLES ...
    QUE PERPÉTUENT LES HOMMES ... MAIS AUSSI LES FEMMES !
    FATALITÉ ?
    QUE FONT LES RESPONSABLES POLITIQUES ??

    Pratique aussi courante au Pakistan, pays pourtant musulman, dont la religion interdit ces pratiques !
    Mais le wahhabisme qui cultive la haine pour les femmes, importé par Ben Laden au Pakistan, encourage à de telles pratiques !!

    http://www.dailymotion.com/video/xjrz3_un-genocide-silencieux_news

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