jeudi 13 novembre 2014

N'EST-IL PAS TEMPS DE FAIRE LA PAIX AVEC BOURGUIBA ?

Article paru dans : Kapitalis

A maintes reprises j'ai entendu çà et là, certains intellectuels tunisiens et étrangers, nous ressasser le "despotisme" de Bourguiba, oubliant le reste de son oeuvre.


Pourtant aux élections législatives, les tunisiens ont montré leur attachement au bourguibisme qui a façonné la Tunisie moderne puisqu'ils ont plébiscité Bourguiba à travers son élève BCE ... n'en déplaise aux grincheux qui n'ont pas encore fini de digérer leur histoire sous le régime de Bourguiba !

Pour juger Bourguiba, il faut le resituer dans son époque. Tous les "libérateurs" de leur peuple sont devenus dictateurs : Gamel Abdennasseur, Houari Boumédiene, Mouammar el Kadhafi, Fidel Castro ... 
Certes il a fini dictateur, mais son "dirigisme totalitaire" était éclairé et nécessaire pour imposer les réformes indispensables pour construire la Tunisie moderne et installer les institutions qu'il faut pour le bon fonctionnement de la République nouvelle, fondée sur la notion de nation. 
Si la Tunisie a été colonisée, c'est qu'elle est devenue colonisable disait Bourguiba, à cause de son retard civilisationnel !

Si vers la fin de sa vie la maladie l'avait amoindri, faut-il pour autant lui imputer toutes les dérives que nous avons connues depuis, et que nous savons qu'elles étaient du fait de la bande d'opportunistes qui l'a entouré pour exercer le pouvoir en son nom, passant souvent par sa nièce Saïda Sassi manipulable par les plus habiles d'entre eux ?

Il faut rendre à César ce qui est à César : jusqu'à la fin des années 60, il a été un despote éclairé; et sa lutte contre les communistes et les islamistes était justifiée ! 
L'histoire lui donne raison d'avoir préservé la Tunisie de leurs utopies.

La chute du mur de Berlin a marqué la fin du communisme et son rejet par les "intellectuels" qui l'ont soutenu. Quand à l'islamisme des Frères musulmans, clairvoyant Bourguiba très tôt a su que le pan islamisme qui le fonde, comme son pendant le pan arabisme, sont la négation même de l'idée de nation qu'il souhait affirmer en Tunisie. Car ce sont des utopies qui, comme toutes les utopies conduisent les peuples vers l’échec ! 

La prise de pouvoir par les islamistes, a été de remettre Bourguiba et son œuvre à l’honneur. Pourtant les Frères musulmans nahdhaouis et le "pan-arabo-islamiste" Marzougui voulaient détruire l'image de Bourguiba et son héritage, pour l'effacer de la mémoire des tunisiens ! Ils ont complètement échoué en réalisant le grand attachement des tunisiens à cet homme et à son oeuvre. A contre cœur, ils l'ont remis à l’honneur pour l'utiliser hypocritement dans leurs campagnes électorales.
Ainsi les farouches opposants à Bourguiba, Ghannouchi & Marzougui, multiplient les éloges et lui rendent hommage pour l'ensemble de son œuvre ... lui reconnaissant ne serait-ce que de les avoir instruits et éduqués grâce à l'école républicaine ... alors que dans un premier temps ils ont vilipendé sa mémoire croyant l'effacer de la mémoire des tunisiens !

Tout comme ZABA, qui en déboulonnant la statue de Bourguiba sur l'avenue du même nom et en changeant le nom de son parti ("Parti socialiste destourien" devenu "Rassemblement constitutionnel démocratique") après avoir fait un hold-up sur ce parti, n'est pas parvenu à l'effacer en 23 ans de dictature, de la mémoire collective des tunisiens !

Alors je déplore que quelques uns trouvent encore à critiquer sans nuance Bourguiba, comme si l'Histoire de la Tunisie s'était arrêtée à leur histoire; oubliant, au passage, que si la révolution s’est déroulée à peu prés convenablement en Tunisie, c’est au travail de Bourguiba en matière d’éducation, de promotion des droits de la femme, d’installation d’une véritable administration moderne ... qu’ils le doivent !
Oui, il est curieux que certains intellectuels tunisiens comme dans une rengaine, rappellent à tout bout de champs le "despotisme" de Bourguiba !

Mon père Haj Boubaker Barnat, un résistant et un militant authentique, nationaliste convaincu, avait admis le despotisme éclairé de Bourguiba, lui qui n'avait que le certificat d'étude. Il avait admis "sieset el marahel" (la politique des étapes) pour imposer dans un premier temps à un peuple, dans son immense majorité illettré, qu'il soit instruit, qu'il soit débarrassé des carcans qui le maintenaient dans l'ignorance et l'obscurantisme, ayant compris que d'étape en étape, arrivera celle où le nouveau citoyen bénéficiera de plus de liberté et s'acheminera vers la démocratie à laquelle mon père croyait fermement ! Car comme disait Bourguiba lui même, s'il avait demandé démocratiquement son avis au peuple à propos du statut de la femme, il est certain que nos tunisiennes d'aujourd'hui ne seraient pas ce qu'elles sont devenues, persuadé qu'une société ne peut se moderniser sans l'émancipation des femmes !
Qu'elle n'a été la déception de mon père suite au congré de Monastir en 1971 quand l'ouverture vers le pluralisme et l'idée de démocratie naissante furent tuées dans l’œuf par ceux qui tiraient les ficelles à un Bourguiba déjà bien atteint par la maladie ... puisqu'ils vont le nommer président à vie (en 1974) s'assurant ainsi le pouvoir dans l'ombre du commandeur ! 
Il n'était pas le seul : En 1972, Béji Caïd Essebsi avait démissionné parce que Bourguiba qui souhaitait instaurer plus de démocratie a finalement renoncé sous la pression de son entourage, prouvant s'il en est besoin que c'est un homme  et c'est un homme d'Etat qui sait démissionner et abandonner ses postes pour des valeurs supérieures !

Si par ailleurs mon père n'a pas apprécié le "coup d'état médical" commis par ZABA, il a cru néanmoins, comme bon nombre de destouriens et de tunisiens, en ses promesses de démocratie, de liberté de la presse, de la fin du parti unique, de la fin du culte de la personnalité, de la fin de la présidence à vie. Mais très vite il va déchanter comme beaucoup de destouriens qui ont rejoint ZABA, dont BCE; pour très vite se retirer déçus eux aussi de la tournure dictatoriale que prenait son régime !

D’ailleurs une lecture des résultats des élections législatives du 23 octobre 2014 montre bien l'attachement des tunisiens à la nation et à la République telles que Bourguiba le nationaliste et véritable patriote les avaient voulues pour que son pays ne soit plus colonisable !

Et à contrario, ces mêmes résultats démontrent que les tunisiens rejettent les Frères musulmans dont ils ont découvert la doctrine nuisible pour le pays; puisqu'ils le livrent à un colonialisme d'un genre nouveau, le colonialisme politico-religieux du Qatar que fonde le wahhabisme 
Leur score aux législatives aurait du être voisin de celui de leurs alliés dans la troïka (CPR & Ettakattol). C'est à dire presque nul ! Les 68 sièges obtenus, ils les doivent au Qatar qui les finance et au soutien des EU&UE qui veulent faire plaisir à l'émir, en soldant leurs dettes envers lui sur le dos des tunisiens !

On ne peut donc, à mon sens, critiquer Bourguiba en totalité. Il faut distinguer deux périodes de sa vie : 
- la première où, par nécessité, face à un peuple qui sortait du colonialisme, mal instruit, encore dans des réflexes tribaux, il a, certes avec autorité, mais une autorité nécessaire, choisi pour son pays la voie du progrès et de la modernité; et 
- la seconde partie, où en raison de l’âge, de la maladie, de l’entourage, des habitudes du pouvoir, il n’a pas su compléter son œuvre par l’instauration de la liberté et de la démocratie. 

Voilà le jugement nuancé qui devrait être porté; et c’est à nous, aujourd’hui, nous appuyant sur ce qu’il a fortement fondé, devons aller vers une réelle liberté et une réelle démocratie et faire comme lui, barrer la route à l’obscurantisme moyen âgeux et aux utopies tombées dans la poubelle de l’histoire.




4 commentaires:

  1. Maouia Bbacha :

    Dans son émission télévisée (radioscopie en 1974 ), Jacques Chancel avait demandé à Bourguiba : " Pourquoi vous n'accordez pas la démocratie à votre peuple ? Alors qu'on vous qualifie de despote éclairé " ?

    Réponse de Bourguiba :
    " Comment voulez vous accorder la démocratie à un peuple dont 80% sont illettrés ".

    Je pense que tout est dit et que avant de reprocher sa dictature à Bourguiba, il faut se replacer dans l'histoire du pays en ces temps là ; par ailleurs je suis en accord total avec cette analyse.

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  2. LES RAISONS DE LA DÉMISSION DE Béji Caïd Essebsi EN 1972 :

    Voici comment un homme fidèle à ses principes réagit quand il constate que des valeurs auxquelles il tient ne sont pas respectées ... Mustapha Ben Jaafar et Marzougui devraient en prendre de la graine !

    http://www.leaders.com.tn/article/beji-caid-essebsi-les-raisons-d-un-depart?id=15560

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  3. Les peuples dits "arabo-musulmans", et plus particulièrement les tunisiens, n'avanceront que lorsqu'ils cesseront de voir dans le rétroviseur pour languir une époque révolue où la civilisation "arabo-musulmane" était à son apogée ... ce qui remonte à l'Andalousie, pour les plus nostalgiques d'entre eux !

    Je ne vois pas où est le problème pour eux de s'inspirer de ce qui marche et de ce qui a fait de l'Occident ce qu'il est devenu, qui lui même a pris ce qui se faisait de mieux en Orient !

    Orgueil ou complexe d'anciens colonisés pour rejeter le progrès occidental et refuser de s'en inspirer ?

    Or ce qui frappe chez les pan islamistes & les pan arabistes, c'est leur hypocrisie quand ils diabolisent l'Occident mais utilisent toutes ses techniques innovantes, et ce dans tous les domaines !!

    La chance des tunisiens, est que Bourguiba leur a inculqué l'amour de la France et de sa culture, pour les décomplexer par rapport à l'Occident, persuadé que la Tunisie a vocation par sa géographie et son histoire de faire partie de l'Occident.

    Mais il n'a jamais confondu la politique coloniale qu'il a combattue, avec la culture de la France et ses Lumières, qu'il a adoptées et transmises à son peuple.

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  4. AVEC MZALI DÉBUTE LA FIN DU RÈGNE DE BOURGUIBA ...

    Et à cause de la proximité du pan arabiste Mohamed Mzali avec les islamistes, Ghannouchi sort de l'ombre ... et le terrorisme des Frères musulmans fait peur ... et prépare le terrain à l'arrivée de l'homme fort : ZABA !

    PS : Ce documentaire était filmé sous le régime de Ben Ali !

    https://www.facebook.com/Documentary.Documentaire/videos/1432440049129/

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