vendredi 20 juin 2014

L'islam a ses réformateurs ...

... encore faut-il qu'une volonté politique veuille de leurs réformes !
La révolution française a accouché de la laïcité après deux siècles, faudrait-il autant pour les révolutions arabes pour comprendre qu'il n'y a d'autres issues pour le vivre ensemble que par l'adoption de la laïcité ? 
Et si la lumière venait une fois de plus de la France, en aidant l'Islam à évoluer grâce aux musulmans de France ? C'était le voeux d'un bon nombres de penseurs et d'intellectuels français d'origine maghrébine.
R.B


Abdennour Bidar *

L'Islam de France découvre enfin Mohammed Iqbal

Le Conseil français du culte musulman vient de publier un texte intitulé « Convention citoyenne des Musulmans de France pour le vivre ensemble », dont la nouveauté vaut d’être signalée et analysée par rapport à ce qui tenait officiellement lieu de doctrine à ce Conseil depuis sa création en 2003. On aurait tort, par la faute d’une lecture paresseuse, de penser qu’il s’agit là simplement d’une énième redite des habituelles protestations de fidélité de l’islam de France à la République.
Plusieurs points précis amènent au contraire à considérer qu’on est allé ici très au-delà de ces sempiternelles déclamations d’attachement aux valeurs républicaines (laïcité, démocratie, liberté de conscience et d’expression, égalité entre les femmes et les hommes notamment). Le plus capital sans aucun doute est le désir formulé dès l’introduction au nom des « musulmans de France », de « se joindre au mouvement de renouveau et de reviviscence de la pensée religieuse de l’Islam ». Ce « Renouveau » désigné même avec une majuscule dans la phrase suivante « s’entend comme une action de « contextualisation », dans le temps et l’espace, de la compréhension de la religion et l’ajustement de son application dans une société en perpétuel développement et transformation ». Quelques pages plus loin arrive une référence étonnante, extrêmement inattendue: le « Renouveau » en question est défini à partir de la « reconstitution de la pensée religieuse » opérée par le philosophe « Mohammed Iqbal (1877-1938) ».
On aura certainement du mal à mesurer ici en France l’audace de cette référence, dès lors que l’œuvre philosophique de ce penseur est totalement ignorée par le champ de la recherche universitaire française –alors que dans le monde anglo-saxon il est étudié comme l’un des deux ou trois plus grands penseurs réformistes modernes de l’islam… Inadmissible pour notre pays qui devrait être le Harvard des études occidentales sur l’islam, eu égard à sa si longue proximité historique avec le monde musulman !
Combien de nos intellectuels français connaissent d’ailleurs le nom et l’œuvre d’Iqbal, qui est pourtant l’équivalent au moins d’un Nietzsche ou d’un Sartre ? Et jamais auparavant l’islam de France lui-même n’avait semblé s’intéresser à Iqbal… Bref, voir Iqbal cité par le Conseil français du culte musulman c’est un peu comme si soudain – toutes proportions gardées – l’Eglise catholique se plaçait sous l’autorité des théologiens de la libération sud-américains, Don Helder Camara ou Léonardo Boff, ce qui est tout bonnement impensable !
C’est même bien plus fort que cela en réalité car la thèse centrale d’Iqbal est un véritable scandale théologique pour l’orthodoxie islamique. Il considère en effet l’être humain comme le « co-créateur » de l’univers, auquel Allâh aurait confié le parachèvement de son œuvre. C’est le poème philosophique le plus célèbre d’Iqbal, qu’on a appelé parfois le Victor Hugo indien (il est mort à Lahore en 1938, neuf ans donc avant la Partition entre Inde et Pakistan), poème dans lequel l’homme s’adresse à Allâh en ces termes : « Tu as créé la nuit et j’ai fait la lampe, Tu as créé l’argile et j’ai fait la tasse, Tu as créé les déserts, les montagnes et les forêts, J’ai fait les vergers, les jardins et les bosquets; C’est moi qui transforme la pierre en un miroir, C’est moi qui transforme le poison en antidote ». Et Iqbal de conclure : « Dieu a fait le monde, l’homme l’a fait plus beau encore. L’homme est-il destiné à devenir le rival de Dieu ? »
J’espère que le Conseil français du culte musulman est réellement prêt à assumer cette référence à Iqbal, parce que si tel est le cas cela va l’obliger à aller infiniment plus loin que dans ce texte. Car dans celui-ci le Conseil affirme que le « Renouveau » envisagé « ne concerne pas la doctrine de l’islam mais est d’ordre politique et social », puisque « L’islam s’il est unique en sa doctrine est multiple dans son histoire et ses expériences ». Or la singularité de l’œuvre de Mohammed Iqbal dans l’univers de pensée du monde musulman est précisément qu’elle ose aller bien au-delà d’une simple adaptation de la doctrine islamique aux contextes sociaux et politiques de la modernité. Elle élabore en effet la théorie d’une révolution spirituelle qui touche la doctrine elle-même, c’est-à-dire les fondements théologiques et tout l’édifice religieux qui a été construit sur eux : les dogmes, les lois, les rites, les mœurs.
C’est l’identité même de l’islam comme religion que Mohammed Iqbal bouleverse de fond en comble, sa représentation historique de lui-même qu’il déconstruit en écrivant notamment que « le Coran n’est pas un code légal ». Que devient, à partir d’une telle affirmation, l’islam centré sur la notion de Chari ‘a, la fameuse loi islamique ? Dire que le Coran ne proclame pas de lois a pour conséquence de désacraliser le système législatif de l’islam – de le ramener à ce qu’il fut historiquement, à savoir une construction postérieure au Coran, le choix humain, trop humain, qui a été fait par les premiers califes omeyyades de définir cette spiritualité comme « religion de la loi » pour des raisons politiques liées au besoin d’unification du monde musulman alors en expansion.
Dès lors cependant qu’on en arrive à des considérations de ce type, on est de toute évidence très loin de la simple ambition d’adapter les lois islamiques à chaque contexte de société. Il s’agit, bien plus radicalement, de remettre en cause la nature et la valeur spirituelle de la notion même de loi islamique, aussi bien que la définition même de l’islam comme loi ; et cela permet de mesurer le potentiel de remise en question d’une œuvre comme celle d’Iqbal qui, comme le fera ici en France le regretté Mohammed Arkoun, dissocie le « fait coranique » initial de ce que le « fait islamique » lui a fait dire ensuite.
En choisissant de se référer à Mohammed Iqbal, le Conseil français du culte musulman a donc pris un risque que je salue. Mais la portée de cette œuvre (à laquelle j’ai consacré un livre (1) et une thèse de doctorat en philosophie pour essayer de la faire exister dans l’espace intellectuel français) est si phénoménale qu’elle dépasse manifestement les intentions de ce Conseil - qui a eu là, en quelque sorte à son corps défendant, une spectaculaire capacité d’anticipation, une véritable inspiration d’avenir, si tant est que demain c’est bien avec la relecture critique de ses propres fondements que l’islam de France et d’ailleurs doit avoir enfin rendez-vous !

* «France Islam : question croisées» : dix huit émissions d’une dizaine de minutes réalisées par Abdennour Bidar, démarreront sur France Inter à partir du 5 juillet, tous les samedis et dimanches, juste après le journal de la mi-journée - vers 13h 20 donc.


5 commentaires:

  1. ENFIN UN IMAM RÉFORMATEUR !

    Les musulmans ne peuvent continuer à refuser l'autocritique de leur religion pour réformer leurs pratiques, s'ils ne veulent continuer à régresser.
    Les chrétiens l'ont faite, les musulmans ne peuvent en faire l'économie.

    Voilà un discours nouveau venant d'un imam chiite qui étonne et détonne dans un monde musulman mis à feu et à sang par les pétromonarques qui veulent imposer le wahhabisme et son obscurantisme à tous les musulmans et aux autres religions !

    Ahmed Kabanji est un réformateur de l'islam :
    Il affirme que l'islam s'adapte à la modernité.

    Le thème de sa conférence est : " La rationalité dans la foi".
    Il explique que la logique et l'intelligence de l'homme sont indispensables pour l'exercice de la foi.
    Le pratiquant doit se poser des questions et non suivre aveuglément des consignes dictées par autrui. Sinon il devient hypocrite de pratiquer ce que sa raison refuse.

    http://www.blog.sami-aldeeb.com/?s=%D8%A7%D9%84%D9%82%D8%A8%D8%A7%D9%86%D8%AC%D9%8A&searchsubmit

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  2. Youssef SEDDIK : UN INTELLECTUEL EN COLÈRE CONTRE L'OBSCURANTISME SACRÉ ET CONTRE CEUX QUI LE PROPAGENT !

    https://www.facebook.com/video.php?v=959352820748974&set=vb.100000227967564&type=2&theater

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  3. Le Pr Mohamed TALBI veut revenir aux sources de l'Islam, c'est à dire : le Coran et la Sunna (actes et paroles du prophète); et le dépoussiérer de toutes les strates de chariâa (lois des hommes) accumulées depuis 14 siècles !

    Pour cela il milite dans :
    ASSOCIATION INTERNATIONALE DES MUSULMANS CORANIQUES,
    qu'il a crée pour régénérer l'islam !

    http://latroisiemerepubliquetunisienne.blogspot.it/2013/10/mohamed-talbi-le-disait-deja-ennahdha.html

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  4. Adnan Ibrahim, l'imam préféré des jeunes musulmans libéraux.

    http://www.fait-religieux.com/adnan-ibrahim-l-imam-prefere-des-jeunes-musulmans-liberaux

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  5. Ces intellectuels qui tissent un islam progressiste

    http://www.humanite.fr/ces-intellectuels-qui-tissent-un-islam-progressiste-565419

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