lundi 20 octobre 2014

Ravalement de façade chez les islamistes d’Ennahdha

GHANNOUCHI suit finalement la même stratégie que les Frères musulmans turcs !
Après avoir tenté le coup de force en Tunisie et en Egypte, grisés par leur accession au pouvoir, les Frères musulmans d'Egypte ayant été écartés du pouvoir; les nahdhaouis, ont fini par mettre de l'eau dans leur vin pour amadouer les tunisiens et adoptent la stratégie des étapes chère à Bourguiba qu'avait mise en place leur "frère" Erdogan en Turquie ... Sauf que c'est dans le mauvais sens : puisqu'ils veulent détricoter ce que Habib Bourguiba et Kamel Atatürk avaient construit pour instaurer le wahhabisme et l'obscurantisme qui le fonde !
R.B

Même Rached Ghannouchi, le chef spirituel, a lissé son discours et cultive une image de concorde, loin des diatribes de 2011 contre les « mécréants ».

Neuf mois après la chute du gouvernement qu’il dirigeait, le parti Ennahdha, conseillé par une agence de communication américaine, a lissé son discours et cultive une image de concorde en vue du scrutin législatif de dimanche prochain.

Les chants religieux ont laissé place aux rythmes entraînants d’une mélodie traditionnelle. Tout de bleu vêtus, les jeunes islamistes du parti Ennahdha esquisseraient presque un pas de danse, en hélant les badauds qui déambulent sur l’avenue Habib Bourguiba, dans le centre de Tunis. En campagne pour les élections législatives du 26 octobre, ils tentent de faire oublier leur bilan et de convaincre les électeurs de leur bonne foi « démocratique », neuf mois après la démission du premier ministre islamiste Ali Larayedh et de son gouvernement de troïka, sous la pression de la rue. Barbe courte taillée avec soin, Adnen Krayni arbore un large sourire, en tendant aux francophones des tracts rédigés dans la langue de Molière. À vingt-deux ans, cet étudiant en sciences criminelles est déjà un militant aguerri, entré à Ennah-dha en 2006. « On ne peut plus se contenter de dire que l’islam est, seul, la solution. Nous prônons un islam de paix, de démocratie, de tolérance, respectueux du multipartisme », expose-t-il, en justifiant le piètre bilan social de son parti par l’absence de « baguette magique ». Son autre credo, le respect du « modèle tunisien ». « Nous ne pouvons pas tourner le dos à notre environnement. Ennahdha est une émanation de la société tunisienne », poursuit le jeune militant. Le discours est rodé, il est répété à l’envi sur tous les points de rencontre déployés par les islamistes à une semaine du scrutin. 

Le maître mot du relooking électoral, c’est le « consensus »

Handicapés par l’échec de leur expérience gouvernementale, accusés de vouloir imposer un projet de société rétrograde et antidémocratique, les nahdhaouis veulent offrir une image d’ouverture, loin des discours clivants de la campagne électorale de 2011. D’où ce revirement stratégique, pour tenter de surmonter la sérieuse concurrence de Nidaa Tounes, le parti emmené par l’ancien premier ministre Béji Caïd Essebsi, un vétéran du bourguibisme.
Pour passer son discours et ses pratiques à la lessiveuse démocratique, Ennahdha n’a pas lésiné sur les moyens. Le parti a fait appel à une multinationale américaine de la communication, Burson-Marsteller. Implantée dans 109 pays, cette agence avait géré, dans les années 1970, les relations publiques du dictateur argentin Jorge Videla. Le contrat, que l’Humanité s’est procuré, stipule que les communicants de Burson-Marsteller se fixent comme « principal but » de « fournir au parti Ennahdha un soutien sur les médias et la sensibilisation des intervenants en vue des prochaines élections ». Le maître mot de ce relooking électoral, c’est le « consensus ». Les figures du parti islamiste tunisien n’ont plus que cette expression à la bouche. Même Rached Ghannouchi, le chef spirituel, a lissé son discours et cultive une image de concorde, loin des diatribes de 2011 contre les « mécréants ». Désormais, lorsqu’il évoque publiquement Habib Bourguiba, Ghannouchi consent à prononcer la formule consacrée « qu’il repose en paix », refusée jusqu’ici au père de l’indépendance. 

« Le changement doit se faire 
étape par étape. »

L’opération séduction vise tous les secteurs de la société, jusqu’au monde de la culture : une délégation d’artistes et d’intellectuels était reçue, le 13 octobre, au domicile de celui que les islamistes appellent le « cheikh ». À l’arrière-plan de la photo souvenir immortalisant cette rencontre censée faire oublier les relations orageuses entre islamistes et créateurs, un piano et … un tableau d’art contemporain. Le ravalement de façade n’est pas pour autant synonyme d’aggiornamento sur le fond. « Les islamistes ont un sens aigu du rapport de forces. Traumatisés par le scénario égyptien et par la chute du gouvernement qu’ils dirigeaient, ils se savent contraints de changer sur la forme. Cela ne signifie pas qu’ils ont renoncé à des références doctrinales faisant toujours primer le religieux sur le politique  », analyse Kamel Jendoubi, l’ancien président de l’Isie, l’instance chargée de l’organisation des élections. Sur l’avenue Bourguiba, Adnen Krayni, le jeune militant islamiste, admet que tout est question de temps et de rythme. « Nous ne sommes pas comme les salafistes, qui veulent changer la société tunisienne trop vite, trop brutalement, explique-t-il. Le changement doit se faire étape par étape. » 

fort chômage et inflation

Le taux de chômage tunisien est à un haut niveau, 15,3 %. Il l’est encore plus chez les jeunes de 19 à 25 ans, pour lesquels il s’établit à plus de 32 %. L'inflation également est un sujet de préoccupation. Elle atteint 5,4 % en septembre. Mais elle se trouve être plus élevée encore pour les produits alimentaires : 7,6 % pour les viandes, 8,3 % pour les poissons et 10,4 % pour les fruits.



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