vendredi 7 novembre 2014

Ultime message de Abdelwahab Meddeb

C'EST LE SOUFISME QUI SAUVERA L'ISLAM, semble être le testament de feu Abdelwahab MeddebCar le soufisme pense la croyance dépouillée du châtiment et de la récompense, hors la fiction du Paradis et de l’Enfer, dit-il.
« Que ton cœur soit le temple qui accueille toutes les croyances », ainsi parlait Ibn Arabî.
P.S : Preuve de l'ignorance des Frères musulmans : ils ont pris pour symbole de résistance à al-Sissi qui a déposé Mohamed Morsi, un emblème qui renvoie à Râbi’a al-Adawiyya (les 4 doigts levés), une grande soufie ... dont le wahhabisme honnit le soufisme !! 
R.B
Photographie non datée d'Abdelwahab Meddeb, fournie par sa famille.
Face au désastre

Comment laisser des barbares, coupeurs de têtes, égorgeurs d’anges, d’innocents fiers de leur crime, le mettant en scène, le diffusant universellement, comment les laisser sévir, envahir le monde par leur amour de la mort, leur haine de la vie, leur phobie de tout autre, comment les laisser souiller le mot islam et les laisser agir en notre nom?
Comment accepter que le si bon Hervé Gourdel soit sacrifié comme l’agneau mystique? Pourquoi les musulmans ne descendent-ils pas protester en masse dans leur ville? Comment laisse-t-on dans l’impunité le rapt du mot islam, de son usurpation par de tels malfaisants? Comment laisser les trésors de notre legs se dilapider devant un monde ébahi qui assimile le mot islam à ces cruautés théâtralisées pour semer la terreur? 

Quant à nous, nous estimons que nous avons deux positions à prendre d’urgence, une de circonstance, la seconde de fond. La première consiste à une immédiate protestation, celle qui dit que moi, en tant que musulman, ces horreurs ne peuvent être faites en mon nom. A l’instar de l’initiative « Not in my name », des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont posté sur les réseaux sociaux leur photo en brandissant le slogan. Si chaque musulman honnête agit individuellement ainsi, nous recueillerons la masse de voix protestataires qui sera entendue, même par les sourds, pour rétablir l’honneur et la dignité du mot islam. 

La seconde, de fond avons-nous dit, consiste à ne jamais cesser de transmettre les merveilles de l’islam en ces temps de désolation. Car une partie de l’antidote à cette peste noire est à trouver à l’intérieur de notre héritage culturel. Comment lâcher en ces circonstances l’immense corpus du soufisme ? C’est de son entretien au quotidien que viendrait peut-être le salut. Le soufisme ne bouscule-t-il pas la norme, ne perturbe-t-il pas le recours à l’orthopraxie et au littéralisme auxquels on veut réduire l’islam? Il impose, en effet, au sujet la complexité et l’affranchit pour une parole plus libre qui fait trembler le dogme. Il instaure l’intersubjectif dans la reconnaissance de l’altérité. En outre, le soufisme pense la croyance dépouillée du châtiment et de la récompense, hors la fiction du Paradis et de l’Enfer.
Malgré toutes ces licences que les docteurs de la loi condamnent, dans les pays d’islam, le soufisme a depuis toujours joué un rôle pratique, de structuration sociale, par la transmission d’une morale digne qui ouvre sur la métaphysique, sur l’envol de l’esprit sans pourtant dénouer le lien social. Le moteur en est l’éthique du don et de l’altérité.

Le soufisme, dont les premiers maîtres apparaissent dès le début du VIIIe siècle, dérive lui-même de plusieurs sources qui font de lui dès le commencement une spiritualité ouverte inspirée aussi bien de la tradition chrétienne des Pères du désert comme du néoplatonisme, sans oublier l’apport de l’Inde et de la Perse antique. Et son efficience n’a jamais failli, produisant jusqu’au XXe siècle des voix dissidentes que jamais l’opposition des docteurs de la loi n’ont réussi à faire taire.

Prenons un seul exemple de l’efficacité du recours au soufisme en ces temps corrompus par la malignité du mal: celui de l’altérité. Nous savons que l’islamisme, sous toutes ses formes, voue une haine à tout autre, même aux coreligionnaires qui ne partagent pas sa vision mortifère d’un islam dépouillé de sa civilisation qui, selon eux, le rendrait impur, car, comme toute civilisation, la nôtre est construite selon le principe d’hybridation, qui conduit à l’assimilation et à l’adaptation à soi de multiples apports étrangers. Et bien, par le soufisme, nous retrouvons une vision tout opposée de l’altérité : non seulement, l’autre, l’étranger à la croyance, est reconnu, il est même célébré. Dès le VIIIe siècle, les maîtres soufis christiques, par exemple, sont en nombre: citons Râbi’a al-Adawiyya (VIIIe s.), Bestami (VIIIe-IXe s.), Hallâj (IXe-Xe s.), Ibn Arabî (XIIe-XIIIe s.); et la chaîne ne s’est pas interrompue jusqu’à l’émir Abdelkader (XIXe s.) et le sheikh Allaoui de Mostaganem (XXe s.).
Plus encore, ces maîtres ont la certitude que la pluralité des croyances est un bienfait pour l’expérience intérieure ; il est fécond de butiner dans la roseraie de la sagesse, qu’elle que soit l’origine de ses fleurs. Ainsi, Ibn Arabî écrit-il dans un de ses fameux poèmes que son cœur est capable d’accueillir toutes les formes de foi, qu’il est temple païen, couvent chrétien, tabernacle pour rouleau de Torah, codex pour feuillets de Coran, que sa religion est celle de l’amour et qu’il va où que mènent ses cortèges.

Il est un pays qui a saisi que le soufisme peut être l’antidote à la maladie qui rend perclus l’islam aujourd’hui : c’est le Maroc dont la ligne officielle encourage le soufisme, à la fois comme corpus d’audace et comme participant à  la structuration sociale à travers la solidarité confrérique et les rites assurant une catharsis qui déchargerait le sujet de l’excès tragique qui l’encombre.    

Mais, selon les soufis, nous vivons au présent un temps d’occultation qui exige le retrait pour le maintien et la revivification de l’expérience  intérieure. Les soufis n’ont pas disparu, loin de là, ils sont partout dans les cités d’islam, femmes et hommes d’amour ouverts à l’aventure, ils sont présents jusqu’à Médine et la Mecque, gouvernées par la doctrine wahhabite qui honnit les soufis. Ils y préservent le saint et le sacré dans un paysage urbain voué à cette espèce de techno-islam qui écrase tout saint et tout sacré.

Aussi les soufis, ne les trouve-t-on que si on les cherche, sinon on ne les voit même pas. Pourtant, ils nous doivent d’être plus voyants. Ils ont, plus que d’autres, droit de cité en ces temps de détresse. Nous parions que c’est par le soufisme que cesserait le cauchemar du déni de l’autre qui conduit à la mise en scène abominable de son élimination physique. «Que ton cœur soit le temple qui accueille toutes les croyances» : ainsi parlait Ibn Arabî. A travers lui et d’autres maîtres soufis apparaît ce qui sauve en ces temps de péril.

5 commentaires:

  1. C'EST LE MOULED, UNE OCCASION POUR AFFIRMER L’IDENTITÉ RELIGIEUSE DES TUNISIENS, faite de malékisme et de soufisme, et non de wahhabisme auquel Ghannouchi et ses frères tentent de convertir les tunisiens ... sous prétexte de leur réapprendre leur religion !

    Cette fête de la naissance du prophète Mohammad, est fêtée comme il se doit par BCE, qui a tenu a rendre visite au mausolée de Sidi Bou Saïd, lieu de sa naissance comme le voulut son grand père.

    Le rituel est remis à l'honneur, et les participants ont sorti leur plus beaux costumes tunisiens bien de chez nous ... pour afficher leur rejet du wahhabisme et de ses accoutrements du Golfe et d'Arabie ... qui heurtent leurs traditions tunisiennes !

    Tradition remise en valeur à travers toute la Tunisie pour affirmer l'islam tunisien face au wahhabisme des obscurantistes salafistes, enfants de Ghannouchi, qui ont osé incendier le mausolée de Sidi Bou Saïd et bien d'autres ... parce que leur wahhabisme ne tolère aucune autre obédience que la leur ... puisqu'elle exclue le culte des saints.
    Wahhabisme dont Noureddine El Khadem organisait la diffusion dans les crèches, les écoles, les prisons jusqu'aux pèlerins qu'il encadrait de "conseillers" qui leur inculquaient la bonne pratique de l'islam ... wahhabite évidemment !

    Saints qui ne sont autres que les intellectuels de leur époque, adeptes du soufisme, connu pour son approche de dieu à travers sa création et à travers tout ce qui est beau : poésie, musique, chant, danse ... et l'amour de son prochain !
    Car dieu est amour et miséricordieux pour les soufis contrairement au dieu des wahhabites qui menace et terrorise les hommes !

    http://latroisiemerepubliquetunisienne.blogspot.fr/2012/07/le-wahhabisme-systeme-politique.html

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  2. Cheikh Khaled Bentounès, le soufi de pére en fils ...

    https://www.youtube.com/watch?v=5997Z1mbyJQ

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  3. UN CONTE ILLUSTRANT LE SOUFISME

    Noura Komiha :

    Il était une fois un vieil homme assis à l’entrée d’une ville.
    Un voyageur s’approcha de lui et lui dit : « Je ne suis jamais venu ici. Comment sont les gens dans cette ville ? ».
    Le vieil homme lui répondit par une question : « Comment étaient les gens dans la ville d’où tu viens ? ».
    « Egoïstes et méchants, c’est la raison pour laquelle j’étais bien content de partir », dit le jeune homme.
    Le vieillard répondit : « tu trouveras les mêmes gens ici ».

    Un peu plus tard, un autre voyageur lui posa la même question :
    « Je viens d’arriver dans la région. Comment sont les gens qui vivent dans cette ville ? »
    Le vieil homme répondit encore une fois par la même question :
    « dis-moi mon garçon, comment étaient les gens dans la ville d’où tu viens ? » Ils étaient aimables et accueillants. J’avais de bons amis et j’ai eu du mal à les quitter, répondit le jeune voyageur.
    Tu trouveras ici les mêmes, répondit le vieil homme.

    Un homme assis tout près de là et qui avait tout entendu s’étonna auprès du vieux sage de ses réponses différentes.
    Ce dernier répondit :
    « Chacun porte en lui sa vision du monde. Et celui qui ouvre son cœur change aussi son regard sur les autres. »

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  4. ISLAM et ISLAMISME,
    SOUFISME et WAHHABISME ...

    L'islamisme c'est l'instrumentalisation de l'islam pour faire de la politique !

    Thierry Tuot (conseiller d'État) : " L'islamisme, c'est la revendication publique de comportements sociaux présentés comme des exigences divines et faisant irruption dans le champ public et politique "

    Certains croient à l’existence d'un islamisme "modéré" !

    Il ne peut exister d'islamisme modéré; puisque tous les partis islamistes des néo-salafistes actuels, ont pour doctrine le wahhabisme.

    Par contre l'islam comprend de nombreuses obédiences (ou écoles théologiques) selon les interprétations du coran que font les imams, (maîtres de ces écoles).

    L'obédience la plus "cool", est le Soufisme, très répandu en Afrique du Nord et en Afrique sub-saharienne, tout comme dans les Balkans.
    Le but de cette obédience est de permettre à l'homme de "rencontrer" dieu et de le reconnaître et l'apprécier à travers sa création.
    Pour cela l'homme doit jouir de tous ses sens, car à travers la musique, le chant, la danse, la poésie, l'amour, la nature ... l'homme rend grâce à dieu en jouissant de tant de beauté !

    Mais la pire des obédiences en islam, est celle de l'imam Mohamed Abdelwahhab, fondateur du wahhabisme.
    Le but de cette obédience est de ne point distraire l'homme de son dieu par : le chant, la musique, la danse, la poésie ....

    D'où la guerre des wahhabites contre le soufisme et contre le maraboutisme qui n'est autre qu'un hommage aux intellectuels soufis qui par leur érudition, leur sagesse et leurs œuvres littéraires, leurs poésie, leurs chants ... ont célébré dieu avec amour jusqu'à fusionner avec lui lors de leurs méditations.
    D'où le culte que certains peuvent développer pour ces sages soufis qu'ils vénèrent tels des saints, ayant pu atteindre l'extase.

    http://latroisiemerepubliquetunisienne.blogspot.fr/2012/07/le-wahhabisme-systeme-politique.html

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  5. Pour faire simple, dans le sunnisme la pire des "écoles" est celle du wahhabisme.

    De tout l'organigramme, c'est le soufisme qui est le plus ouvert en islam.
    C'est le soufisme qui a permis aux ottomans de gouverner des peuples d'ethnies et de religions différentes.

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