jeudi 6 novembre 2014

UN GRAND INTELLECTUEL TUNISIEN NOUS QUITTE !

Hommage paru dans : Kapitalis



Mohamed Meddeb était un homme très cultivé maîtrisant les deux cultures dans lesquelles il a baigné depuis l'enfance : aussi bien la culture dite "arabo-musulmane" que la culture française.
Indéniablement il est fils du siècle des Lumières comme beaucoup d'intellectuels de sa génération. Ce qui ne l'a pas empêché de plonger dans la culture arabe et plus particulièrement dans la théologie pour comprendre les défaillances qui ont conduit le monde dit "arabo-musulman" à rester à la traîne des civilisations modernes. Je pense que c'est par sa famille de grands érudits et surtout par son père qui fut imam, qu'il a eu le goût et la curiosité de s'y plonger. 
De ce fait il a joué un rôle de passeur entre deux cultures mais aussi entre les deux rives de la Méditerranée, aussi bien pour les tunisiens que pour les français, les deux peuples qui lui sont chers, et bien au-delà.

J'appréciais cet homme pour son honnêteté intellectuelle qui était sa force, quand il débattait par exemple sur des plateaux TV avec des gens souvent de mauvaise foi.

C'était un intellectuel engagé et militant acharné contre l'obscurantisme. Cet homme tolérant, était adepte du soufisme : ceci expliquant cela !
Il était mon e-ami sur Facebook. J'ai le souvenir d'un appel que j'ai posté sur son mur pour qu'il éclaire par son savoir les tunisiens pris de doute depuis que les Frères musulmans nahdhaouis se sont emparés de leur révolution pour remettre en cause leur identité tunisienne et leur inculquer une nouvelle identité, "saoudo-wahhabite" sous prétexte de les ramener à leur identité "arabo-musulmane", qu'ils auraient oubliée ! 

Dans mon appel je lui disais qu'il serait bien que les intellectuels et les universitaires sortent de leur tour d'ivoire pour éclairer les tunisiens qui depuis leur révolution ont montré un grand vide de savoir pour certains mais aussi une grande avidité pour s'instruire. Ce qui les mettrait à l'abri de l'obscurantisme sacré et leur donnerait des armes pour lutter contre les obscurantistes de tous poils !
Et depuis, je me suis bien régalé de ses postes sur sa page Facebook et de ses articles qui paraissaient dans certains journaux en ligne.

Je garderai de lui l'image d'un homme doux mais ferme. Sa courtoisie lors des débats sur des questions sociétales, désarmait souvent ses contradicteurs.

Qu'il repose en paix.                                                                      

Rachid Barnat

Dernier ouvrage de Abdelwahab Meddeb, commenté par Jean Pierre Ryf
Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines à nos jours sous la direction de Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora

Olivier Poivre d'Arvor : Disparition d'Abdelwahab Meddeb

Le romancier et universitaire tunisien Abdelwahab Meddeb est décédé ce jeudi 6 novembre 2014. L'information qui circulait depuis ce matin a été confirmée par des proches du défunt.

Abdelwahab Meddeb, né en 1946, était aussi poète et animateur radio. Il s'est illustré, lors de la période postrévolutionnaire, par ses prises de position en faveur de l'instauration de la démocratie en Tunisie.


meddeb islam tunisie
Hommage par Eric Guèguen

1 commentaire:

  1. HOMMAGE A UN GRAND INTELLECTUEL TUNISIEN !

    Souhaib Meddeb​ :

    Voilà un an jour pour jour que notre cher Abdelwahab Meddeb,qui est appelé tendrement ds notre cercle intime Haïba,nous a quitté pour un monde meilleur,pour son monde...
    Voici la supplique qu'il m'a gentiment envoyé à l'occasion de l'approche de l'an 2014 que je voudrais partager avec vous :

    Que dis-tu de nos pas qui chargent le monde ?
    Sais-tu que des semelles battant le macadam
    fusent des étincelles qui blessent l’arbre
    debout chétif dans son cercle de terre ?
    Entend-il le fracas des forêts qu’on abat
    au flux des gaz qui émanent de ton corps ?
    L’usine rumine autant que vaches
    comblant le pré où elles broutent ;
    les ailes du papillon s’emballent
    du sous-bois à l’intérieur des armoires,
    cashemire troué ça et là la chair se voit,
    chandail criblé du condamné qu’on mitraille ;
    chante plutôt la grâce du soleil – où il donne
    et offre-lui la main qui apprivoise
    quand craquèle et calcine la grenade
    qu’il a teinte comme joues que vent hale

    Abdelwahab Meddeb
    Barcelone, le 26 décembre 2013

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