vendredi 13 février 2015

La « Réforme-Mère » de toutes les Réformes Universitaires

POUR REFORMER L'ENSEIGNEMENT, IL FAUT S'ATTAQUER AU MAL QUI LE RONGE !
Le système scolaire tunisien instauré par Bourguiba a été mis à mal par ZABA. 
Et depuis le niveau des étudiants n'a cessé de baisser. 
Un universitaire en donne les raisons en vue d'y remédier. 
Du temps de la troïka, il n'a pas été entendu. 
Le sera-t-il par le gouvernement de Habib Essid ?
Il faut l'espérer car la Tunisie n'est riche que de la matière grise de ses enfants.
R.B

Salah Horchani

Depuis les années quatre-vingt-dix  est née une politique délibérée de notre Ministère de tutelle de réduire, au minimum, les responsabilités et les prérogatives des Structures élues et des Enseignants-chercheurs : la vie universitaire [ au sens le plus large, depuis les réformes des Programmes et de la Pédagogie, jusqu’au fonctionnement des Jurys de Recrutement, en passant par la Planification de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, le déroulement des examens, les conditions d’obtention des Diplômes , la création de nouvelles Institutions, la répartition des dotations budgétaires entre les différents établissements,…] est régie, de plus en plus, dans le moindre détail, par des Notes , Circulaires Ministérielles et Décrets, Propositions , Décisions,…confectionnés par les « Gardes rapprochées » des divers Ministres qui ont défilé au Département de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, auxquels se sont ajoutées, ces dernières années, d’autres Missives et Instructions (parfois transmises verbalement, et même par téléphone) émanant de l’Administration Centrale ou Régionale. Je ne peux m’empêcher, dans ce contexte, de mentionner le ridicule de la Circulaire N°58/CAB du 7 décembre 1995 qui stipule dans son paragraphe III traitant du déroulement des Examens : «La dactylographie des sujets peut être faite par l’enseignant concerné»(sic).
En outre, ce type de gouvernance a induit des injustices flagrantes à tous les niveaux : Combien d’incompétents, « rapprochés » du Pouvoir, qui, bien qu’ayant arrêté toute activité de Recherches depuis des décennies, se sont trouvés désignés, de façon permanente, dans les diverses Structures des Réformes, d’Evaluation, d’Orientation,…, dans les divers Jurys de Recrutement, les diverses Commissions Consultatives, ou parmi les Conseillers Ministériels, Présidentiels,… ! Combien d’injustices et de favoritisme commis par ces mêmes Structures et Jurys ! Combien d’Unités de Recherches, compétentes, asphyxiées par des réductions draconiennes de crédits, alors que d’autres, incompétentes, ont profité de largesse de crédits inacceptables ! Combien de nominations, parmi eux, d’Experts, de Consultants Internationaux, … avec des salaires et/ou des avantages faramineux, par rapport aux salaires de leur Corps d’attache,…Une autre injustice, connue par tout le Monde, mais dont personne n’osait parler, qui s’est établie comme étant incontournable et qui fut, encore, plus désastreuse pour le Pays, dans le sens où elle concernait, directement, notre jeunesse : c’est l’injustice par l’Orientation Universitaire ou par les Affectations des Enseignants-chercheurs. Combien de places sur mesure, d’Etudiant ou d’Enseignant-chercheur, ont été réservées, dans le Top des Etablissements Universitaires, à la progéniture de ces Messieurs-Dames de la Haute ! Combien de bacheliers, avec des scores justes passables, se trouvaient admis dans les filières les plus prestigieuses telles que Médecine ou HEC, alors que d’autres bacheliers, beaucoup plus méritants, se trouvaient orientés vers les moins prestigieuses, si ce n’est vers des Cycles courts! Dans ce cadre, il m’est arrivé d’intervenir plus d’une fois, mais en vain, soit auprès de la plus Haute Autorité de l’Etat, soit auprès du Ministre Compétent pour rectifier de telles injustices.
Cette conception, qui a toujours prévalu pour gérer la marche de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche du Pays, a rétréci, considérablement, la contribution et l’engagement de la partie concernée la plus experte, la plus compétente et la plus critique, à savoir les Enseignants- Chercheurs. Car, quoi qu’on pense, cette gérance doit leur revenir, largement, de Droit à travers leurs Structures élues : chacun de nous n’est-il pas un expert dans son domaine disciplinaire, un pilote et un concepteur de sa pratique pédagogique qui est en situation de création permanente ? Et je crois, sincèrement, que l’échec des diverses réformes qui se sont succédées jusqu’aujourd’hui, est dû, principalement, à la négligence de cette composante.
C’est dans ce cadre que j’ai proposé, voilà bientôt quatorze ans, une profonde réforme de la gouvernance de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche du pays par la création d’un Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (CNESR) dont la principale particularité est d’être composé de deux tiers de représentants des enseignants-chercheurs, élus, et d’un tiers de personnalités extérieures représentant les grands intérêts nationaux, désignés par le Ministre. Cette proposition a été faite dans le corps du Mémoire, mentionné dans la Note ci-dessous  (et dont on trouvera un Extrait dans l’Annexe qui suit),  qui donne une ébauche de la composition, du fonctionnement et des prérogatives du CNESR, proposition qui reste d’actualité,Mutatis Mutandis, sa qualification de « Réforme-Mère » apparaît à la lecture du dit Extrait.

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