lundi 23 février 2015

L’animal est une personne comme les autres

Franz-Olivier Giesbert

" Le combat pour les bêtes commence ici et maintenant "

Fondation 30 Millions d’Amis : Vous avez grandi au milieu des animaux de ferme. Quel regard portiez-vous sur ces compagnons lorsque vous étiez enfant ?

Franz-Olivier Giesbert : Mes parents, des « bobos » bios avant l’heure, avaient acheté une ferme en Normandie, sur le plateau du Roumois. J’ai donc vécu mon enfance puis mon adolescence au milieu des bœufs, des vaches, des chèvres, des chats, des poules, des canards, des pintades... A mes yeux, ils étaient tous des membres de ma famille que j’agrandissais même aux veaux et aux porcs qu’élevaient nos voisins. C’est là que j’ai commencé à avoir un rapport particulier avec les animaux, à leur parler, à les aimer, à les comprendre. C’est là aussi que je suis devenu de plus en plus végétarien, m’interdisant d’abord de manger du porc que je sentais si proche de nous, avec sa façon de stresser, puis du veau ou du bovin en général, une espèce tellement sage et patiente, que je la qualifie de philosophique dans mon ouvrage.

F30MA : L’adulte que vous êtes devenu a conservé cette compassion envers les animaux. Continuerez-vous à mettre votre notoriété à leur service ? 

F.-O.G. : Oui, bien sûr. C’est une cause que je sers depuis longtemps, dans mon travail de journaliste et jusque dans mes romans. Parallèlement à mon essai sur les animaux, je publie d’ailleurs un « Manifeste »** auquel ont collaboré Michel Onfray, Boris Cyrulnik ou Elisabeth de Fontenay. Et ce n’est qu’un début. Plus ça va, plus je deviens militant. Pour une raison toute simple : s’il y a eu des avancées en matière de bien-être pour des animaux de compagnie, pour les bêtes à viande, j’observe d’affreuses, d’abominables régressions, dans les élevages comme dans les abattoirs. Ces dérives sont d’autant plus inexcusables qu’elles se produisent à un moment où, comme je le raconte dans mon essai, la science nous apprend que nos sœurs et nos frères les bêtes sont beaucoup plus proches de nous qu’on pouvait le penser. Qu’elles rient, qu’elles sont capables d’empathie ou qu’elles ont, comme nous, la conscience de soi, tel le cochon qui se regarde dans le miroir.

F30MA : Votre ouvrage est un véritable cri contre la souffrance animale. Comment est née l’idée de cet essai ?

F.-O.G : Pour paraphraser George Bernard Shaw, les animaux sont mes amis et je n’ai aucune raison de laisser souffrir mes amis. « L’animal est une personne » est un constat objectif doublé d’un cri d’amour et de colère. Ma femme m’a poussé à l’écrire, à force de m’entendre enrager devant notre passivité face à l’impardonnable. Je ne supporte plus d’entendre les mêmes fadaises quand on évoque les souffrances qu’on fait subir aux bêtes à viande : « Est-ce qu’il n’y a pas des choses plus importantes à faire pour les humains avant de s’occuper des animaux ? » Pour moi, la compassion ne se divise pas. J’observe par ailleurs que ceux qui sont engagés dans la cause animale, sont souvent très actifs contre les guerres ou les injustices sociales. Quand on a du cœur, c’est pour tout le monde !

F30MA : La modification du statut juridique de l’animal dans le Code civil, actuellement en débat à l’Assemblée nationale, et dont la Fondation 30 Millions d’Amis est à l’initiative, s’inscrit-elle dans votre démarche ? 

F.-O.G. : Bien sûr, bravo à vous ! C‘est une belle victoire à laquelle j’applaudis. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Nous devons tous travailler à changer les mentalités et faire prendre conscience à tous les animaux humains que les animaux non-humains ont aussi droit au respect. C’est la raison d’être de mes deux livres.

F30MA : Vous connaissez bien les dérives de l’élevage industriel aux Etats-Unis. Comment empêcher ces pratiques atroces de se développer ?

F.-O.G : Ce qui se passe dans les élevages industriels américains, n’est certes pas reluisant et souvent même à vomir mais, de grâce, balayons aussi devant notre porte ! Une pensée pour nos poules qui, pondant au rythme démentiel de 300 œufs par an, ne peuvent plus tenir sur leurs pattes. Une autre pour nos veaux en batterie, gavés d’antibiotiques, qui n’arrivent plus à marcher et qu’il faut traîner au poste d’abattage. Une troisième pour les porcs traités comme des machines à faire de la viande. Où est l’humanité là-dedans ? Et je passe sur les conditions d’abattage... Le combat pour les bêtes commence ici et maintenant.

F30MA : Vous définissez le chien comme « un compagnon des bons et des mauvais jours ». Vivez-vous toujours entouré d’animaux ? 

F.-O.G : Tout au long de ma vie, j’ai eu des amis chiens, chats, chèvres, perroquets, bœufs, vaches, canards, dindes... Ces dernières années, mon nomadisme compulsif m’a interdit provisoirement de vivre avec des animaux de compagnie, que je ne voudrais pas laisser seuls, abandonnés. Mais je reste entouré d’animaux comme pendant ma jeunesse dans la campagne entourant mon mas dans le Vaucluse. Des animaux sauvages, notamment des chevreuils, des écureuils et des sangliers.


                                             *****
" Giesbert dérange. Il attaque bille en tête les monothéismes, coupables d’avoir séparé hommes et animaux dans la conscience commune.
" L’affaire est aussi philosophique. Descartes pensait que l’animal était une machine animée, sans jugement ni sensibilité. La science l’a démenti. Les animaux, à des degrés divers, raisonnent, aiment, s’amusent ou s’effraient, comme les hommes, même si l’homme maîtrise mieux - en général - les outils de la parole et de l’intellect. Et surtout, ils souffrent.
" Les hommes sont des animaux comme les autres, même s’ils sont en moyenne plus dangereux. Il est temps qu'ils en prennent conscience.



Un extrait du livre de Franz-Olivier Giesbert : " L'animal est une personne "


Dieu contre les animaux

Si l’animal a des ennemis sur cette terre, ce sont bien les trois religions monothéistes. Quant elles ne l’ont pas oublié, elles l’ont mis au service de l’homme, élevé par elles au rang de sous-Dieu avec le droit de ne faire qu’une bouchée de toute la création.

L'un de mes livres cultes est le Dictionnaire de la Bible d’André-Marie Gérard, l’œuvre monumentale d’un immense érudit : elle permet d’entrer dans les Saintes écritures comme on veut, c’est comme  un passe-partout doublé d’une clef à molette.
Or, deux occurrences manquent cruellement dans le dictionnaire; bêtes et animaux. C’est logique si l’on songe que nos frères et sœurs inférieurs  ne comptent pour rien dans la Bible. Dieu les a en effet crées pour les humains. Ils sont là pour leur remplir la panse et c’est à peu prés tout.

Gare aux caricatures : les religions du Livre sont cependant d’accord pour considérer qu’il faut bien traiter les animaux. Chez les Juifs, les lois dictées par Dieu à Noé prescrivent au paysan de donner à manger à ses bêtes de trait avant de se nourrir lui-même. Quant à la Genèse, elle lui demande de les soulager de leurs fardeaux excessifs et de les mettre au repos le 7 éme jour de la semaine.
Les monothéistes sont des humanistes : si les animaux ne sont à peine plus que des choses, ce n’est pas une raison pour les martyriser.

Arrivé sur terre quelques siècles plus tard, le Coran reste dans la filiation du Judaïsme et du Christianisme. Dans la sourate des abeilles, l’Islam nous a raconté que la Genèse après avoir inventé pour nous la nuit, le jour, le soleil et la lune, Allah nous a donné les bêtes pour assurer notre subsistance. Pour que nous en retirions aussi des « vêtements chauds ». Pour qu’ils portent nos fardeaux.
Mais Mohamed nuance ensuite son propos dans la sourate des troupeaux, quand il nous dit sur le mode bouddhiste : « il n’y a pas de bêtes sur terre, il n'y a pas d’oiseaux volants de leurs ailes, qui ne forment comme vous des communautés. »

Pour l’Islam, l’humanité, au sens de compassion est censée s’étendre aux animaux. Toute sa vie Mohamed s’est insurgé contre la souffrance animale. Les textes abondent qui l’attestent. Il interdisait notamment d’égorger une bête devant une autre ou encore de marquer aux fers les animaux sur la tête. Sans oublier d’exhorter le sacrificateur de toujours bien aiguiser son couteau. Apparemment la plupart des ses injonctions sont restées lettres mortes chez les salafistes et les intégristes.
Qui a vécu le fête de l’Aïd en terre d’islam ou pas sait que les moutons passent, ce jour là, un sale moment. Il n’y est plus question de respect, encore moins de miséricorde. Après avoir été transportées sans ménagement et en surnombre, les bêtes sont souvent jetées du haut des camions d’où elles atterrissent avec les pattes cassées, avant d’être égorgées le lendemain, en dépit du bon sens, dans les contrées ou les baignoires. S’il revenait sur terre, gageons que Mohamed serait horrifié par ce spectacle lamentable. Nous y reviendrons.

Je suis conscient que la maréchaussée du bien-penser, toujours sur le qui-vive, est déjà en passe de m’interpeller pour islamophobie, aiguë. J’aimerai en rester là pour le plaisir de la voir débouler mais je dois ajouter, ce qui la rassurera que, sur la question animale, le monde musulman n’a rien à envier au christianisme qui a attendu Saint François d’Assise (1182-1226) pour découvrir enfin que les animaux étaient nos frères et nos sœurs, réconciliant ainsi l’Asie et l’Occident.
Porté par le souffle des religions orientales, Saint François d’Assise avait des siècles d’avance sur son époque. Dynamiteur et transgresseur, c’est un visionnaire qui a remis les animaux à leur place. Ni au dessus ni au dessous de nous mais à côté, au cœur du monde.
Grâce à lui, la régénérescence du christianisme a pu commencer, mais à petit pas à peine visible, jusqu’à la consécration finale avec l’avènement en 2013 d’un Pape prénommé François, jésuite converti au franciscanisme. 

A terme les monothéismes n’ont pas d’autre solution que de se réconcilier avec le cosmos. D’accepter l’évolution au lieu de la nier. De faire voler en éclat les barrières de pacotille entre la religion et l’univers. Les créationnistes forment une espèce nuisible qui, hélas, prolifère encore dans les trois religions. Ce sont eux qui ont veillé et qui veillent  toujours à couper l’homme de l’animal. Ils supportent d’autant moins celui-ci que sa seule existence, ses mimiques et ses amours ridiculisent leurs fadaises en leur rappelant d’où ils viennent.

La grande méprise des monothéismes sur l’animal a finalement ses racines dans les premières lignes de l’Ancien Testament où, après avoir créé l’homme à son image, puis la femme, Dieu les bénit et leur dit, dans la traduction d’Augustin Crampon, chanoine de la Cathédrale d’Amiens au XIX° siècle : « Soyez fécond, multipliez, remplissez la terre et soumettez là, dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se meut sur la  terre. »
Une exhortation qui, aujourd’hui, apparaît dépassée, absurde, à rebours de tout ce que la terre n’a cessé, depuis de nous apprendre.




9 commentaires:

  1. Les animaux reconnus comme « êtres sensibles », un pas « totalement symbolique »

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/04/16/les-animaux-reconnus-comme-des-etres-sensibles-un-pas-totalement-symbolique_4402541_3244.html#SEgwSYT4olvoByDJ.99

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  2. DES FOIS ON SE DEMANDE S'IL N'Y A PAS PLUS D’HUMANITÉ CHEZ LES CHIENS QUE CHEZ LES HUMAINS !

    https://www.facebook.com/video.php?v=745741638821564&pnref=story

    et

    https://www.facebook.com/video.php?v=878997172126234&pnref=story

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  3. LA SOUFFRANCE ANIMALE ... COMME SPECTACLE !

    " L'homme est-il encore homme, un être de culture, un honnête homme quand il écorche, humilie, torture et tue un animal afin que jouisse la plus grande salope que la terre ait jamais portée : la foule " ? , demande Christian Laborde !

    NB : Bulle de Saint Pie V du 1 Novembre 1567, interdisant la corrida et autres spectales mettant en scène la souffrance animale :

    1. Assurément, la coutume détestable du duel introduite par le démon, en vue d’entraîner en même temps que la mort sanglante des corps la perte des âmes, a été condamnée en vertu d’un décret du Concile de Trente ; cependant, en de nombreuses villes et autres lieux, on ne cesse d’organiser des spectacles privés ou publics consistant en des courses de taureaux ou d’autres animaux sauvages destinées à faire exhibition de force et d’audace, courses qui occasionnent fréquemment des accidents mortels ou des mutilations, et sont un danger pour les âmes.
    2. Pour Nous donc, considérant que ces spectacles où taureaux et bêtes sauvages sont poursuivis dans l’arène ou sur la place publique sont contraires à la piété et à la charité chrétiennes, et désireux d’abolir ces sanglants et honteux spectacles dignes des démons et non des hommes et d’assurer avec l’aide divine, dans la mesure du possible, le salut des âmes :
    A tous et à chacun de princes chrétiens, revêtus de n’importe quelle dignité aussi bien ecclésiastique que profane, même impériale ou royale, quels que soient leurs titres ou quelles que soient la communauté ou république auxquelles ils appartiennent,
    Nous défendons et interdisons, en vertu de la présente constitution à jamais valable, sous peine d’excommunication ou d’anathème encourus ipso facto, de permettre qu’aient lieu dans leurs provinces, cités, terres, châteaux forts et localités, des spectacles de ce genre où l’on donne la chassa à des taureaux et à d’autres bêtes sauvages.
    Nous interdisons également aux soldats et aux autres personnes de se mesurer, à pied ou à cheval, dans ce genre de spectacle, avec les taureaux et les bêtes sauvages.

    http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-age-d-or-de-la-litterature-tauromachique-est-derriere-nous_900849.html

    http://consciencedelanimal.fr/98-causes-animales/104-quand-christian-laborde-danse-avec-les-ours-et-pourfend-la-corrida.html

    http://vegane.blogspot.fr/2009/07/corrida-basta-laborde-christian.html

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  4. HISTOIRES DE TORTUE ...

    Un chien et une tortue jouent au foot

    https://www.youtube.com/watch?v=RlUvRYm8P9M

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  5. POUR UN CHIEN ABANDONNÉ DANS UNE DÉCHARGE ET SAUVÉ PAR DES HOMMES DE CŒUR, combien y finissent leur vie ?

    https://www.youtube.com/watch?v=LL28eMbBxQk

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  6. UN TAUREAU, TOUT COMME UN CHIEN, NE NAISSENT PAS AGRESSIFS : Ils le deviennent quand l'homme les dresse pour ou les maltraite !

    Le gène du "combat" et de "l'agressivité" n'est qu'une supercherie des hommes de mauvaise foi qui se donnent en spectacle la souffrance animale ... par sadisme !

    http://www.histoiresordinaires.fr/Christophe-a-sauve-son-taureau-de-l-arene_a161.html

    http://rue89.nouvelobs.com/2011/07/16/le-top-19-des-mauvaises-raisons-de-defendre-la-corrida-214436

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  7. QUAND LE CHIEN COMPREND LE LANGAGE HUMAIN ...

    https://www.facebook.com/cduhofficiel/videos/10151963499606384/

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  8. CORRIDA : A quand l'abolition pure et simple de la corrida cette barbarie d'un autre âge ?

    " La décision d'inscription de la corrida à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France doit être regardée comme ayant été abrogée ".

    Le Code pénal qualifie la corrida de "sévices graves et actes de cruauté envers des animaux" (article 521-1)

    http://www.huffingtonpost.fr/roger-lahana/la-corrida-est-radiee-du-_b_7510366.html

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  9. FAUT-IL HIÉRARCHISER LA BARBARIE ?

    Souvent lors de massacres d'animaux pour le plaisir de l'homme (chasse, corrida, combats de chien, combats de coqs ...), ceux qui les dénoncent et s'en indignent s'entendent reprocher leur "silence" devant les tortures et les cruautés des hommes faites aux hommes.

    Les indignations ne peuvent être sélectives certes mais est-ce pour autant qu'il faille admettre que la souffrance infligée aux animaux doit être plus tolérable que celle infligée aux humains ?

    Il me semble même le contraire : si les hommes ne toléraient pas la maltraitance faite aux animaux, ils seraient plus humains avec leurs prochains !

    Marguerite Yourcenar va plus loin : elle pense que la souffrance infligée aux animaux les déshumanise.
    Ce qui explique les guerres et les cruautés qu'ils se font entre eux.

    L’indifférence et la cruauté s’exercent si souvent contre l’homme parce qu’elles se sont fait la main sur les bêtes, nous rappelle Marguerite Yourcenar.

    MARGUERITE YOURCENAR :
    « Je me dis souvent que si nous n’avions pas accepté, depuis des générations, de voir étouffer les animaux dans des wagons à bestiaux [...] personne, pas même les soldats chargés de les convoyer, n’aurait supporté les wagons plombés des années 1940-1945. »

    A méditer.

    http://latroisiemerepubliquetunisienne.blogspot.fr/2015/08/yourcenar-et-la-compassion-envers-les.html

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