lundi 13 février 2012

HISTOIRE D’UN REVEUR

C'est l'histoire d’un idéaliste, complexé de l'Histoire et nostalgique d’une époque qu’il n’a pas connue, celle de l’âge d’or de la civilisation arabo-musulmane. Séduit par deux réformateurs, l’un fasciné par l'Occident mais néanmoins prudent, l’autre carrément hostile à cet Occident colonisateur; mais les deux désireux de sortir le monde dit « arabo-musulman » de sa léthargie. 

Il en tire une thèse lors de son séjour au Caire à l’université d’El Azhar, qu’il souhaite mettre en pratique à l’échelle de son pays, voir de tous les pays arabo-musulmans, en rêvant d’accomplir le projet de ces réformateurs. Il se verrait bien Le Réformateur du monde dit « arabo-musulman ».

Sa chance, est d'avoir rencontré un très riche sponsor prêt à l’aider pour mettre en route son expérimentation à l’échelle d’un pays, comme d’un laboratoire, prenant son peuple pour des souris sur lesquelles il pourrait expérimenter sa thèse.

Sauf que totalement dominé par sa lubie, l’apprenti sorcier ne semble pas réaliser qu’il est lui-même manipulé par son sponsor, qui va se servir de sa folie à d’autres desseins, plus terre à terre ceux-là; puisque le sponsor a d’autres objectifs à atteindre.

La chance du sponsor, est d’avoir affaire à un rêveur qui l’aidera dans ses plans machiavéliques, à moins qu'il ne soit qu'un vulgaire mercenaire offrant ses services au riche sponsor.

De qui et de quoi s’agit-il ? 

- L’étudiant apprenti-sorcier : Rached Ghannouchi

- Ses maîtres à penser, sont les réformateurs :

° Rifa'a Tahtawi* qui s’opposait à Napoléon tout en étant fasciné par la civilisation européenne; et dont le souci premier, est d’en tirer pour l’Égypte les éléments d’une modernisation compatible avec l’islam
Il voulait simplifier la langue arabe, pour en faire un moyen de transmission, d'un nouveau message au plus grand nombre. 
Afin que s’accomplisse la renaissance de l’identité musulmane, il proposait le développement de l’instruction et l’instauration de la démocratie. 
Il inspirera les réformateurs de la fin du siècle.

° Hassan el Banna** qui, pour lutter contre la colonisation anglaise, va instrumentaliser la religion comme moyen de lutte politique par l'adoption du wahhabisme tout en s'inspirant du nazisme de Hitler, pour lequel il avait de l'admiration.  

- Titre de sa thèse : « Ennahdha », nom du groupe des réformateurs de la renaissance intellectuelle musulmane, qui veut dire "le réveil, le renouveau, le sursaut", inspirée par Rifa'a Tahtawi et reprise par d’autres depuis ; pour devenir un mouvement politique qui instrumentalise à la fois la religion et l’identité arabo-musulmane à des fins moins avouables.
Les partis politiques vont vider de son sens ce vocable désignant une noble action; puisque les homme d'Ennahdha, visent une régression généralisée des peuples pour mieux les soumettre au chef (roi, émir, calife…) par l’endoctrinement au wahhabisme, seul système politique qui réussit la performance de soumettre au chef les croyants, en les soumettant à dieu !
Tout le génie du wahhabisme est dans cette performance : assujettir les peuples au chef en les abrutissants de recommandations de ce qui est "halal" (licite) et de ce qui est "haram" (illicite).
D’ailleurs, l’Arabie est le seul pays au monde dont le peuple et la terre sont propriétés privées du roi et de sa tribu Ibn Saoud : le pays ne s’appelle-t-il pas l’Arabie saoudite ? N’appelle-t-on pas ce peuple les saoudiens ?

- Son sponsor : l'émir du Qatar propriétaire d’un minuscule pays pas plus grand que la Corse bien que riche en hydrocarbures et dont la population est convertie au wahhabisme. Le soucis de l’émir est de se faire une place parmi les grands de ce monde ; car coincé entre deux puissants voisins dont il se méfie de leur désir d’hégémonie : l’Iran et l’Arabie saoudite !

- Stage en entreprise : Soudan, dont il fera l’éloge du régime politique qui applique la chariâa dans toute sa rigueur. Il en obtiendra même le passeport et la nationalité soudanaise. Il y épousera aussi une soudanaise, soeur de Hassan al-Tourabi, chef de file des Frères musulmans soudanais.. 
Ce n'est que depuis le 14 janvier 2011, qu'il dit prendre model sur la Turquie d’Erdogan, plus modéré que le soudanais Omar El Bachir. D’ailleurs Erdogan lui-même lui recommande la laïcité, secret de la réussite de son islamisme « modéré », lui rappelle-t-il.
Est-ce une stratégie pour ne pas effaroucher les souris tunisiennes ?

- Son laboratoire d’expérimentation : la Tunisie

- Ses souris de laboratoire : les Tunisiens.

- Son jury de thèse : les cheikhs wahhabites qataris et saoudiens avec à leur tête Youssef Qaradaoui, mais aussi le recteur d’el Azhar; puisque c’est là qu'il a découvert et fréquenté les Frères Musulmans.

- Dans ses conclusions, il rejette tout apport occidental et plus particulièrement en matière de lois et de droit de l’homme, puisqu’il préconise l’instauration de la chariâa et ne veut s’inspirer que des penseurs arabo-musulmans ! Les solutions étant dans "le coran et la chariâa" comme le proclame le slogan des "Frères musulmans" dont il fait partie !

Il rejette le Code Civil que Napoléon a diffusé en Europe mais aussi au Moyen Orient et en Afrique; et grâce auquel des peuples se sont libérés, émancipés et développés : fin du servage en Allemagne, en Russie … fin de l’esclavage dans bien d’autres régions …

Il n'a pas tenu compte de la prise de position de ses maîtres à penser Rifa'a Tahtawi et Hassan el Banna dans son contexte historique d'alors. Comme si pour Ghannouchi l'Histoire n'avançait pas. Car faut-il le rappeler, si Tahtawi était fasciné par l'Occident et son développement industriel et économique, il souhaitait une révolution similaire pour l'Egypte mais adaptée à l'islam; el Banna quant à lui, va rejeter tout ce qui s'apparente à l'Occident, dont il ne "voyait" que le coté négatif, oppresseur ... puisqu'il vivait la colonisation anglaise dans son pays jusqu'à s'inspirer du nazisme, lui qui admirait Hitler !

Mais l’étudiant Ghannouchi persiste à appliquer les conclusions de ses prédécesseurs, vieilles de plus d’un siècle, à un peuple dont l’histoire ne s’est pas arrêtée à cette époque, qui a fait du chemin depuis, qui s'est libéré de la colonisation et qui a pu avancer sur la voie du progrès…

Et rien ne trouve grâce aux yeux de l’apprenti sorcier : il veut tout déconstruire pour reconstruire la société rêvée des Califats ! Repartir de la page blanche avec une nouvelle constitution faite par et pour les Frères musulmans.

Sauf que son rejet de l'Occident ne fait pas un programme pour gouverner un pays ... ni le slogan " le coran, c'est la solution ", non plus ! 

Les Tunisiens laisseront-ils ce professeur tournesol faire ? Et défaire tout ce qu’ils ont construit patiemment depuis leur indépendance, pour retomber dans un nouveau type de colonisation, religieux celui-là ?

Abjureront-ils leur malékisme ancestral pour se soumettre au wahhabisme conquérant auquel notre apprenti sorcier livre le pays en laissant venir y prêcher les prédicateurs vedettes des chaines privées de TV de l’émir du Qatar et de son rival le roi d’Arabie ?

Rachid Barnat

PS : Attention aux rêveurs : ils peuvent être dangereux !

- Au Soudan, Omar Al Bachir conseillé par le Frère Musulman Hassan al-Tourabi qui fascinait Ghannouchi, va instaurer la chariâa au Soudan. Ainsi il a pu expérimenter l'islamisme à l’échelle de tout un pays; avec le résultat que l'on sait : scission du Soudan en 2 pays !
La Somalie est sur la bonne voie, prenant exemple sur le Soudan.

- Ghannouchi rêverait-il de faire de même en Tunisie ?
                                                    --------------------------------
* Rifa'a quitte son village natal de Tahta en 1817 pour suivre les cours de l'université al-Azhar au Caire. En 1826, il est nommé imâm de la première mission scolaire égyptienne envoyée en France par Méhémet Ali. Son expérience de la société française, après un séjour de cinq ans à Paris avant 1831, lui a inspiré une réflexion sur l’évolution de la civilisation musulmane et de sa rencontre avec la modernité occidentale. Chargé de l’instruction dans le programme de réformes de Mohamed-Ali, il a publié un ouvrage sur le devenir de la civilisation islamique en 1834 (Takhlîç al-ibrîz fî talkhîç Bârîs, trad. fr. L'Or de Paris, 1988), qui lance le débat qui sera repris par les réformateurs de la renaissance intellectuelle musulmane, la Nahda.
Il s'agit d'un récit de voyage (rihla) dans lequel il décrit la vie en France - mœurs, institutions et lois, organisation – le regard est celui d’un personnage fasciné par la civilisation européenne, et dont le souci premier est d’en tirer pour l’Égypte les éléments d’une modernisation compatible avec l’islam. Le style est limpide, et révèle une claire tendance à l’assouplissement de la syntaxe. Tahtawi veut simplifier la langue, pour transmettre un nouveau message au plus grand nombre. Afin que s’accomplisse la renaissance de l’identité musulmane, il proposait le développement de l’instruction et l’instauration de la démocratie. Il inspirera les réformateurs de la fin du siècle.
Mais le khédive Abbas Ier, opposé aux modernisateurs, éloigne Rifa'a al-Tahtawi au Soudan de 1848 à 1854. Le khédive Saïd le fait revenir et le nomme miralaï (général de brigade). Rifa'a transforme l'École militaire de la Citadelle qu'il dirige dès lors en université militaire. Une nouvelle fois écarté de ses responsabilités à l'École militaire en 1861, il devient directeur du département des traductions de 1863 à sa mort en 1873.

** Hassan al-Bannâ fonde l’association des Frères musulmans (djam'iyyat al-ikhwân al-muslimîn) en 1928 (Dhû l-Qa'da 1347). Il est convaincu que le seul moyen de libérer son pays de la colonisation culturelle britannique passe par l'émergence de ce qu'il appelle un islam social. Il s'engage à lutter contre l'emprise laïque occidentale et contre l'imitation aveugle du modèle européen.
Il prêche dans des lieux populaires, comme les cafés, le retour à la pratique religieuse et l’observance de la loi islamique. Ce souci de rencontrer les gens directement reste comme un trait caractéristique de l'action des Frères musulmans.
La formation des militants passe par la lecture et commentaire du Coran, étude du hadîth, du fiqh, de l'histoire musulmane, de la vie du prophète de l'islam, Mohammad. Ces enseignements sont accompagnés d'une formation pratique de communication. Soixante personnes suivent cette préparation la première année.
En octobre 1932, le siège des Frères musulmans est transféré au Caire où Banna venait d'être muté.
En avril 1933, la branche féminine des "Sœurs Musulmanes" est créée.
Hassan el-Banna devient quelqu'un de très populaire, il fonde des écoles, des associations de charité, des dispensaires, des bibliothèques, et des entreprises. En 1948 la confrérie compte 2 millions de membres, la monarchie égyptienne s'en inquiéta.

---------------------------------

Mohamed Abdou le réformateur, élève de Jamel Eddine Al Afghani, serait selon Ghannouchi l'Aristote des intellectuels fondateurs de la pensée islamique. 
Il a intégré la franc-maçonnerie par curiosité : il a découvert qu'elle favorisait la colonisation ! Dés lors, son but est d'organiser  la réforme de l'intérieur qui aiderait à l’évacuation des colons et à la fin de la colonisation.
Ce qui n'est absolument pas le cas de l'imposteur Ghannouchi qui veut ramener la Tunisie au statut de colonisée aprés qu'elle fut libéré par Bourguiba et les Destouriens !











vendredi 10 février 2012

ISLAMISTES ET MODERNITE

Article paru dans : Kapitalis

Les islamistes ont un complexe par rapport à la modernité, puisqu'elle est actuellement occidentale. D'où leur rejet viscéral de l'Occident.
Ils oublient que les sociétés évoluent et progressent en puisant dans celles qui les devancent dans le savoir. C'est ainsi depuis la nuit des temps. L'homme a toujours aspiré à s'améliorer et à progresser.
L'âge d'or mythique pour les islamistes, qui paralyse les islamistes, parlons-en ! Les arabes sortis de leur péninsule ont découvert d'autres cultures et d'autres civilisations : gréco romaine, byzantine.... Intelligemment ils se sont nourris de leur savoir. Ils l’ont intégré et ont intégré leurs technologies pour en créer d’autres concepts et d’autres technologies à leur tour. C’est ainsi qu’ils ont progressé.
Puis ce fut le tour des occidentaux de puiser dans le savoir arabe qu'ils ont à leur tour intégré et digéré pour se développer et progresser et sortir de leur moyen âge.... pour produire d’autres concepts et d’autres technologies, et progresser à leur tour.
Et tous les progrès, des uns et des autres, ne sont que le progrès de l’humanité toute entière. C’est ainsi !
Seulement voilà, depuis cet âge d’or, les musulmans se sont endormis sur leurs lauriers persuadés d'avoir atteint leur apogée. Or une civilisation qui ne progresse plus, fatalement elle décline.
Fierté et complexe des musulmans vis à vis d'un Occident en progrès permanent, vont faire qu’ils vont accumuler les retards à tout point de vu.
Et depuis l’époque coloniale, des palabres sans fin autour de la "modernité" et de la "tradition" occupent les musulmans pendant que l’Occident, lui progresse. Palabres qui ne sont que prétextes pour cacher un réel complexe vis à vis de l'Occident, qui, que les musulmans le veuillent ou non, détient les avancées dans tous les domaines : philosophique, intellectuel, culturel, scientifique, médical, techniques, artistique, industriel....
Qu’ont produit les pays dits "arabo-musulmans" depuis « l’époque glorieuse » comme grandes œuvres littéraires, comme inventions médicales ou techniques ? Poser la question, c’est y répondre et  constater malheureusement que ces pays sont à la traîne dans tous les domaines. 
Les monarchies du Golfe et d’Arabie, les plus riches du monde musulman, qui se veulent les gardiennes des traditions et que certains nostalgiques de l’âge d’or prennent pour exemples au point de vouloir importer leur model sociétal en Tunisie, qu’ont-elles donné à l’humanité ? Dans quel domaine se sont-elles distinguées ? Que les femmes ne puissent pas conduire un véhicule, est-ce là le progrès ?
Les prix Nobel, ou prix de l’invention, ou de l’innovation en tous genres, n’ont jamais récompensé une invention quelconque de leurs ressortissants. 
Le plus étonnant des paradoxes de la part de ces gardiens de l’identité « arabo musulmane », est qu’ils sont consommateurs de tout ce que l’Occident produit : avions, trains, voitures, bateaux, audiovisuels, satellites…, tributaire à plus de 90 % de leurs besoins de l’étranger ! Alors que leurs prêcheurs attitrés sur leurs chaînes TV personnelles, ne cessent de décrier la modernité occidentale et ses inventions diaboliques bien qu’ils utilisent eux-mêmes les médias télévisuels « diaboliques » pour diffuser l’obscurantisme ! Hypocrites ou schysophrénes ces pétromonarques ?
Quand à leurs enfants et ceux de la classe nantie, cela ne semble pas trop les gêner de les envoyer faire leurs études en Occident dans les meilleures universités ! D’ailleurs on vient d’apprendre que Ben Laden lui-même, le grand pourfendeur de l’Occident, souhaitait que ses enfants fassent leurs études en Occident. 
Comment se fait-il que GHANNOUCHI, le farouche défenseur de l'identité arabo-musulmane se soit réfugié à Londres et qu'il n'ait pas envoyé ses enfants faire leurs études dans un pays arabe ?
Quelle supercherie et quelle hypocrisie de tous ces pseudos gardiens de l’identité arabo-musulmane !
Or que trouve de mieux à faire Ennahdha qui domine la troika au pouvoir ? :
Elle invite un spécialiste de l'excision des fillettes, montrant par là à quelle bassesse certains sont parvenus, au lieu de faire venir des spécialistes de la science, de la médecine ou de l’économie….
Que fait le gouvernement, et notamment son ministre des affaires étrangères Rafik ABDESSALAM gendre de GHANNOUCHI ? Son premier déplacement consiste à aller se rapprocher de l’imam d’el Azhar, celui-là même qui vilipende la femme tunisienne, trop indépendante à ses yeux …
Que fait la secrétaire d’Etat de la femme ? Elle admet le mariage coutumier et reçoit un imam connu pour ses diatribes insultantes pour l’intelligence de la femme tunisienne. Elle ne fait absolument rien pour empêcher la multiplication anarchique des écoles pour enfants qui veulent inculquer un islam moyenâgeux !
Que dit le parlementaire Sadok CHOUROU ? Il incite à la haine et à la violence…
Et d’autres membres d’Ennahdha seraient d’avis de revenir à des pratiques archaïques telles que le « zaouaj el mouta » (mariage de plaisir), la polygamie, la répudiation ….
Quant au neveu de GHANNOUCHI, Habib KHEDHER rapporteur de la commission pour la constituante, n’a pas renoncé au projet moyenâgeux d’inscrire la chariâa dans la Constitution !!!
Pourquoi l’actuel gouvernement ne convie-t-il pas des savants en médecine, en économie, en sciences, en technologie… plutôt que ces cheikhs rétrogrades prônant la violence envers les femmes, le port du niqab, la mutilation des petites tunisiennes, tout en récitant des litanies d’interdits (haram) au nom d’Allah ….comme s’il n’avait pas mieux à faire pour juguler la crise économique dans laquelle s'enfonce un peu plus chaque jour tout le pays !
Tant que les musulmans n'auront pas compris cela, ils resteront à la traîne.
Pourtant le Coran, lui-même, leur donne l'injonction : « de lire » et le prophéte leur intime « d'apprendre du berceau au tombeau ! »
Or s’arque-bouter par orgueil sur une époque mythique défunte que ces islamistes fantasment, n'est sûrement pas un signe d'intelligence; c’est plutôt révélateur de beaucoup de complexes mal digérés.
Et ce n'est pas ainsi que les musulmans progresseront ! Ils doivent prendre le savoir là où il est et dominer leur réticence et leurs complexes pour s’ouvrir aux civilisations qui le maîtrisent : il n’y a pas de honte à cela. Charge à eux d’en pousser encore plus loin les limites !
Jean Daniel rapporte : Au grand arabisant Jacques Berque, exalté par la beauté des traditions musulmanes, qui recommandait à Habib BOURGUIBA de conserver attentivement la grandeur des traditions, celui-ci lui répondit vertement : "En somme, Monsieur le Professeur au Collège de France, vous me conseillez de maintenir mon pays dans un conservatisme culturel qui nous a empêché de nous diriger vers le progrès et qui nous a rendu colonisable." Rappelant, ainsi, à ce grand arabisant, nostalgique d’une civilisation « orientaliste » à la mode, que si les peuples musulmans ont été colonisés, c’est qu’ils étaient colonisables vu l’état où ils étaient et le grand retard qu’ils avaient accumulé par rapport à d’autres civilisations !
D’ailleurs à un journaliste qui demandait à Habib BOURGUIBA la différence ente lui et un islamiste ; il répondit d’un mot lapidaire : « 13ème siècles ! ». 
Quand donc les musulmans feront, comme l’Europe l’a faite avant eux, leur révolution " Des lumières "; au lieu de persister dans la nostalgie d’un passé perdu ?
La Tunisie était bien placée pour développer cet aggiornamento qui aurait profité à tout le monde musulman si elle ne s’était pas laissée envahir par les obscurantistes wahhabites que les hommes d’Ennahdha invitent à prêcher dans nos mosquées. Ce qu’a fait l’élu à la constituante Sadok CHOUROU en recevant un saoudien connu pour ses prêches expansionnistes pour le wahhabisme.
L'esprit des Lumières a conduit les français à la laïcité après 4ème siècles.
Les tunisiens qui ont une longueur d’avance en la matière, ne peuvent-ils franchir le pas de la laïcité, pour l'inscrire définitivement dans leur constitution ? Et soustraire ainsi le pays à tous les apprentis sorciers qui veulent ramener les tunisiens au moyen âge. Ou vont-ils attendre des siècles avant de comprendre qu'ils n'en ont pas d'autres issues ? 
Faudra-t-il que les peuples expérimentent l’idéologie islamiste comme ceux qui ont expérimenté le communisme pour se  rendre compte 70 ans après de l’impasse absolue de cette idéologie totalitaire ?
Et que l’on ne vienne pas dire que si l’Occident est en avance dans tous les domaines, il connaît une société en crise sur le plan moral. Le premier devoir moral des sociétés est de donner de l’instruction, du développement et de la liberté à leurs peuples ! Ce qui est loin d’être le cas des pays arabes qui voudraient que l’on adopte leur manière d’être, sous prétexte de préserver l’« identité arabo-musulmane » !
Il faut dénoncer ici la malhonnêteté intellectuelle des dirigeants d’Ennahdha qui, dans un but électoraliste, présentent la laïcité comme étant une religion en soi, regroupant des mécréants « koffar », voir des athées !

Alors que la laïcité est le système qui exclut les religions de l’exercice du pouvoir politique, en assurant aux croyants la liberté de leurs cultes quels qu’ils soient et l’égalité de tous les citoyens devant la loi.

Rachid Barnat

















mercredi 8 février 2012

Il y a Résistants et résistants.

Article paru dans : Kapitalis


Il y a des hommes pour qui l'Histoire s'est figée à leur propre histoire. Pourtant les choses bougent et évoluent.....mais pour eux tout s'arrête à leur petite histoire personnelle. C'est le cas de Gilbert Naccache et des islamistes d’Ennahdha qui ont subi les foudres de Bourguiba et Ben Ali. Ils n'ont pas fini de digérer leur rancune. 
Ils ne cessent de rappeler leur martyre sous Bourguiba et sous Ben Ali comme pour justifier leur légitimité à prendre le pouvoir en ressassant leur histoire compliquée avec leurs tortionnaires. 
Ils veulent prendre leur revanche. Sauf qu’ils n’ont d’autres programmes à proposer aux tunisiens que de déconstruire tout ce que Bourguiba avait construit. Et d’avoir été victimes n’en fait pas pour autant des compétents.

L’Histoire avance et eux sont restés à un combat d’arrière garde. Ils n’ont pas compris les aspirations de la jeunesse en révolte contre toute forme de dictature, qu’elle soit autocratique ou théocratique ; n’obéissant à aucune idéologie, qu’elle soit communiste ou islamiste !
Ne revendiquant haut et fort que : LIBERTE, DIGNITE et TRAVAIL ; faut-il le rappeler !

L’Histoire cependant reconnaît le mérite à Bourguiba d’avoir ancré la Tunisie dans la modernité.
Il n’était pas parfait ! Certes, il a commis des fautes et a fini en dictateur.
Mais faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ?
Qui peut croire que les hommes de Bourguiba eux aussi soient restés les mêmes ? 
Mr Béji Caid Essebsi, depuis la révolution, a changé et son esprit libéré du carcan bourguibien, s'épanouit. Il manifeste une jubilation sincère et presque juvénile à participer à l'installation d'une réelle démocratie dans son pays. Qui le lui reprocherait ?
Pourtant cela semble déranger le communiste Gilbert Naccache et les islamistes.   


Quant aux islamistes, profitant d’une révolution à laquelle ils n’ont pas participé, ils reviennent avec leur programme inchangé des années 80, pour proposer le wahhabisme comme solution aux problèmes de la jeunesse de la révolution, avec un slogan suranné « L’islam est la solution », repris aux « Frères Musulmans » d’Egypte ! Que reprend Moncef Marzouki à son compte !
Ce qui est évidemment faux. Comme si les jeunes qui se sont révoltés doutaient de leur identité, pour qu’avec prétention ce parti leur en propose une nouvelle, alors que leurs revendications n’ont jamais été de cet ordre !

Si "L'Islam était la solution", cela se saurait ! Et les pays ayant adopté la chariâa, ne seraient pas dans l’état où ils se trouvent loin du progrès comme le rapportent les organisations mondiales.
Il est un fait indéniable, que les pétromonarchies soumises pourtant à la chariâa, investissent pour ainsi dire tous les revenus des hydrocarbures en Occident. Elles importent tout ce dont elles ont besoins, ne produisant rien qu’elles puissent exporter ! Leurs exportations se limitant aux hydrocarbures à l’état brut, qu’elles n’ont même pas eu l’intelligence de transformer chez elles !
Et j’allais oublier, leur deuxième exportation c’est  leur wahhabisme via :
       - les chaînes TV personnelles des monarques ;
       - les prêcheurs qu’ils envoient sur le terrain convertir les peuples et les pays à leur obédience ; mais aussi 
       - les écoles coraniques qu’ils financent dans le monde entier.
Et que dire du Pakistan, de l’Afghanistan, du Soudan, de la Somalie ….. pays où la misère matérielle le dispute à la misère intellectuelle; eux aussi soumis à la chariâa !
Et que l’on ne vienne pas nous parler de la Turquie qui, effectivement se développe, notamment dans les villes. Mais faut-il le rappeler, il s’agit d’un état laïc où la religion reste dans le domaine privé. Ce qu’a très bien dit le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan lors de sa visite à Tunis et qu’il a rappelé à Ghannouchi venu le saluer pour montrer aux tunisiens sa proximité de l'islamiste « modéré » dont il prend model après avoir fait l'éloge aussi du model soudanais !

Ces anciens opposants n’ont donc pas compris que les peuples en ont assez des dogmes et des idéologies : ils rejettent le communisme, l’islamisme, le panarabisme, le panislamisme, le nationalisme ….. et aspirent à plus de pragmatisme.

Il faut croire qu’ils n’ont rien compris à la chute du mur de Berlin comme ils n’ont rien compris aux révolutions du « printemps arabe » initiées par une jeunesse tunisienne pacifiste qui disait son raz le bol à toutes les dictatures en rejetant toutes les idéologies !
La jeunesse tunisienne donnera le signal aux jeunes désillusionnés du monde entier, que le temps des idéologies et leurs utopies à l’origine des totalitarismes et leurs souffrances, est révolu ! Ils déclencheront le mouvement des indignés !

En somme tous ces aigris, règlent leurs comptes à ceux qui les ont torturés en prenant tout un pays et son peuple en otage pour satisfaire leur ego blessé........en dévoyant la révolution de la jeunesse tunisienne, qu'ils n'ont pas faite, pour leur compte.
Oubliant que tout le monde a changé et veut se diriger vers le mieux. Sauf eux !

Non contents d'être au pouvoir et qu’un bon nombre d’entre eux soient ministres grâce à une révolution à laquelle ils sont totalement étrangers, les hommes d'Ennahdha veulent d'avantage !
Ils veulent faire payer aux tunisiens les souffrances que leur avait fait subir Ben Ali.
En somme ils veulent solder son compte à Ben Ali en dépouillant le peuple tunisien en lui réclamant, de manière bien mesquine, des indemnisations pour tout ce qu’ils ont subis sous son régime.
 
Prendraient-ils les tunisiens pour responsables de ce qui leur est arrivé ? Voudraient-ils faire payer les tunisiens un service qu'ils ne leur ont pas demandé ? Quelle arrogance !
Il faut croire qu’ils n’ont aucune fierté ni dignité pour réclamer d’être payés pour fait de résistance à la dictature de Ben Ali. Comme si la résistance citoyenne était monnayable !


Tous les résistants de la Tunisie qui ont tout sacrifié pour de plus nobles causes pour leur pays, doivent se retourner dans leurs tombes ! Dont mon père feu Haj Boubaker Barnat, qui avait sacrifié sa jeunesse, sa santé et sa famille pour libérer son pays. Les idéaux pour lesquels il a avait combattu et souffert dés l’âge de 15 ans, étaient : Indépendance - Liberté - Démocratie - Droits de l’Homme - Émancipation de la Femme, convaincu que par elle naîtra une Tunisie nouvelle ! Ce qu’il a été l’un des premiers à appliquer pour ses filles et parmi ses proches; et ce, bien avant l'indépendance.

S’il avait lutté et accepté le bouguibisme à ses débuts, il a été comme beaucoup d’autres combattants pour la libération déçu par la tournure qu’il prenait depuis les années 70.
Cependant il a toujours refusé les dédommagements et les postes que lui proposaient ses codétenus et amis feu Béhi Ladgham et feu Mongi Slim ; à qui il a toujours répondu n’avoir fait que son devoir et n’attendre par conséquent aucune récompense financière ni compensation par quelque que poste étatique que ce soit !
La seule distinction qu’il ait acceptée avec beaucoup de fierté des mains d’un résistant comme lui, est celle que lui avait remise Bourguiba : la médaille de la plus haute distinction de la République Tunisienne !

Ces résistants là, se retourneraient encore plus dans leur tombe de savoir que des illuminés cherchent à détruire tout ce qu’ils ont construit patiemment, en instrumentalisant une religion qu’ils ont respectée et pratiquée dans la tolérance, pour en faire un outil de régression. 
En apprentis sorciers, ils livrent le pays à l’invasion salafiste wahhabite du Golfe et d’Arabie !


Confondraient-ils ces opposants à Ben Ali leur sort avec celui des martyres de la révolution tunisienne pour demander un dédommagement pécuniaire, comme le peuple souhaite l’accorder à ceux qui ont payé de leur vie une révolution qui a permis de sortir de l’ombre les hommes d’Ennahdha et le retour de leur exil de ses membres,  alors qu’ils ne l’ont pas faite ?

Un peu de décence messieurs les constituants et plus de respect pour les martyres de la révolution et leurs familles !

Rachid Barnat






Psychanalyse de l’intégriste : La frustration sexuelle en cause


Que se passe t-il dans la tête des intégristes, qu’ils soient politiques, religieux ou philosophiques ? Quels sont leurs symptômes ? Quelle est leur problématique ?
Les intégristes parlent beaucoup de sexualité et toujours de façon négative comme si le sexe était intrinséquement mauvais. Leur obsession, c’est le sexe. Et c’est logique dans la mesure où se sont avant tout des êtres frustrés. Chez eux, la frustration, c’est le manque de puissance, plus exactement, le sentiment de manquer de virilité. Les intégristes ont un problème avec leur propre virilité. L’intégriste confond d’ailleurs virilité et brutalité. Il a besoin d’être brutal, c’est-à-dire de dominer, de mépriser l’Autre pour se sentir viril. Par un phénomène de surcompensation, ce mode de fonctionnement est le même chez tous ceux qui se sont installés dans des certitudes. Tous les idéologues ont la même représentation de l’histoire. Celle-ci est considérée comme un combat terrible qui grâce au Graal, qu’ils sont certains d’avoir trouvé, se termine par la victoire apocalyptique des bons sur les méchants. Chez les intégristes religieux, le Graal, c’est la foi. Tous les intégrismes partagent le même fantasme. Tous rêvent de rétablir un passé mythique. Tous adhèrent à une vérité déjà dite une fois pour toute, tous condamnent la modernité et la démocratie, tous voient dans chaque idée nouvelle une erreur à combattre et chez ceux qui les produisent un ennemi à détruire. Au fond tous les intégristes aspirent à retrouver l’état idyllique ou fusionnel qu’ils ont connu quand ils étaient dans le ventre de leur mère. Il est frappant de voir que tous les intégrismes notamment religieux honorent la Mère et détestent les femmes qui sont toujours leurs premières victimes.
Pourquoi tant de haine envers les femmes ? Tout se passe chez les puritains, comme si la différence sexuelle était une maladie honteuse, comme si la féminité recelait un mystérieux danger, auquel la mort serait mille fois préférable. Les intégristes purs et durs n’ont pas peur de la mort : ils ont peur de la Femme. Mais pourquoi des êtres si forts auraient-ils tant à craindre des êtres si “faibles” que sont supposées être les femmes. Et pourquoi ces hommes qui n’en finissent pas de réaffirmer leur puissance virile, en méprisant les femmes, en s’offrant en sacrifice, pourquoi se donnent-ils tant de mal pour que leur virilité soit bien visible. Auraient-ils un doute sur ce point ?
La crainte de perdre sa maîtrise virile est centrale dans la problématique masculine. C’est tout d’abord parce que l’érection n’est pas un acte volontaire. Ne pas pouvoir contrôler son érection cause une blessure narcissique. Plutôt que d’assumer son désir, l’intégriste verra chez les femmes des êtres doués du pouvoir occulte de le posséder. D’où le fameux mythe de la sorcière. La femme symbolise la séduction et la tentation, elle est celle qui fait sortir du chemin. C’est pourquoi le voilement des femmes correspond non seulement à un déni de la réalité mais à un évitement de la différence sexuelle, et finalement, de la sexualité masculine. La femme représente aussi l’absence de pénis. Elle est celle qui est castrée. Cette absence de pénis la disqualifie. C’est pourquoi, la faiblesse est assimilée à la femme. Par conséquent, sa place doit se cantonner à la maison. Et de l’exclusion à la diabolisation, il n’y a qu’un pas. Il faut à tout prix protéger la société de l’influence des femmes. C’est à cause de la Femme que l’homme a été banni de son paradis originel.
Tous les intégristes sont misogynes. Ils affirment tous qu’ils ont un grand respect de la femme et que tout ce qu’ils font pour elle est destiné à l’honorer. En fait la seule femme qu’ils respecte, c’est la Mère. Il est bien évident qu’imposer un voile aux femmes, exiger d’elles qu’elles soient soumises au père au mari ou au frère n’a rien à voir avec des sentiments amoureux ! Dans le système de représentation des intégristes, ces comportements trouvent pourtant des justifications, pour la plupart liées à la notion de pureté. Les femmes possèdent le pouvoir de porter les enfants. Il faut donc les surveiller pour garantir la pureté du groupe. Du fait que ce sont les femmes qui sont enceintes, un homme ne peut jamais être sûr que l’enfant est de lui, d’où la nécessité du contrôle de la sexualité des femmes. Les tchadors et burkas des musulmanes n’ont pas d’autre fonction. Cependant, les femmes sont toujours suspectées d’être des créatures impures, du fait même qu’elles perdent régulièrement du sang. Ainsi quoi qu’elles fassent elles sont coupables ! Le fantasme de la pureté est le fondement inconscient de toutes les idéologies totalitaires. Le mot d’ordre qui appelle aux massacres et à la barbarie est “la purification”.
Ce mythe de la purification a pour conséquence la haine de celui qui est différent : le juif, le franc-maçon, le libre-penseur, etc. Cette haine a pour origine la haine de soi, en effet il y a toujours un écart entre l’image de soi que l’on aimerait donner aux autres et ce que l’on est réellement et qui se manifeste qu’on le veuille ou non. Ce rejet de sa nature profonde peut aller jusqu’à l’autodestruction que les intégristes nomment le sacrifice. D’où l’utilité des guerres saintes !
L’intégriste est très souvent violent envers son prochain. En effet, les gens qui sont solidement installés dans leurs certitudes condamnent ceux qui ne les partagent pas. Assurés de leur bon droit et de leur vérité, ils cèdent à la tentation d’imposer leur foi par la violence. Si un homme refuse de se convertir, l’Amour du Bien commande alors de le contraindre. L’alibi c’est : je le combats pour son bien. La violence est ainsi légitimée, et c’est une raison supplémentaire de considérer que la guerre puisse être sainte ! C’est grâce à ces “bonnes” intentions que l’on passe du désir de paradis à l’enfer qui lui n’a rien de virtuel comme le montre l’histoire humaine.
Les intégristes ont peur de la sexualité. Il est toujours question chez eux de ce doute sur la virilité. Pour lutter contre sa propre angoisse, le fanatique évite autant qu’il lui est possible de jouir. Et qui s’interdit de jouir ne supporte pas logiquement que l’autre jouisse. L’objectif alors devient évident : la répression du désir. Cela donne quoi ? Des hommes culpabilisés et par conséquent soumis, mais aussi des fous furieux, des meurtriers. De toutes les idéologies, les religions sont les armes les plus terribles, parce qu’elles peuvent transformer un être humain en guerrier voire en kamikaze. On ne peut en déduire pour autant que les religions sont dangereuses. Le message divin est ambivalent, il est à la fois guerrier et pacifique. “De vos socs, forgez des épées !” lit-on dans le prophète Joël. Mais dans Isaïe il est aussi écrit , ” De vos épées, forgez des socs ! “. La Bible dit tout et son contraire. Il en est de même pour le Coran. A la sourate 2, la guerre tuant tous les adversaires est permise face à l’agression, et à la sourate 8, il faut cesser les hostilités si l’ennemi le désire. Comme les textes sacrés sont souvent des compilations de maximes orales mises bout à bout , on y trouve à la fois la guerre et la paix. Si nous considérons la religion comme uniquement dangereuse nous tombons dans l’intégrisme athée. Les religions ne sont-elles d’ailleurs pas elles aussi en droit de vilipender les athéismes, quand on voit les horreurs commises par Hitler, Staline, Mao et plus récemment Pol Pot. Voyons plutôt à quel désir Dieu correspond. Le Dieu des intégristes est à leur image : cruel, sanglant, revanchard, sadique. Mais le vrai danger ne vient pas de la religion, il réside plutôt dans notre rapport à nos propres désirs. Devient intégriste celui qui refuse de regarder son désir en face, celui qui refuse de l’assumer, qui cherche à le contrôler en le niant et non à le maîtriser.
L’intégriste idolâtre le chef. Celui-ci est l’homme sans peur et sans reproche, un père imaginaire tout-puissant. L’intégriste n’a pas besoin de Dieu, mais il lui faut un gourou à la perpétuelle érection. Les dictateurs symbolisent le Phallus qui fascine. Le tyran est seul capable d’échapper au pouvoir maléfique de la féminité, il est crédité d’un contrôle total sur ses pulsions, donc sur ses désirs. L’intégriste en choisissant un chef aura par personne interposée l’impression “d’en avoir”. Son idolâtrie calme son angoisse de castration.
Ainsi, liée à une intense frustration sexuelle, la peur des femmes n’est pas seulement le symptôme d’une maladie appelée intégrisme , mais son ressort inconscient. Un fanatique ne discute pas car il dispose d’une arme absolue : la certitude d’avoir raison. L’intégriste est d’abord un homme qui est gonflé d’orgueil par son omniscience, au point qu’il trouve légitime d’imposer sa vérité à tous, fût-ce par la force. Il a la prétention de possèder la Vérité, et ce privilège le rend invincible. Et puisqu’il la possède, il peut s’en servir comme d’une arme, d’autant plus que cette vérité contient une promesse messianique qu’il lui appartient de réaliser. A lui de faire advenir le Paradis sur la terre ! La vérité ainsi conçue est unique et immuable. Or l’existence même de la féminité, parce qu’elle incarne la différence, remet en question la réalisation du fantasme d’une société parfaite. Voilà comment se fait la différence entre ceux qui croient savoir et ceux qui s’autorisent à douter. Entre ceux qui haranguent et ceux qui essaient de dialoguer. Entre une logique totalitaire, fondée sur le narcissisme, et une logique démocratique, fondée sur la reconnaissance de l’altérité.
Les intégristes sont incapables de passer du narcissisme à l’altruisme obsédés et tétanisés qu’ils sont par leur propre désir.

dimanche 5 février 2012

DES HOMMES POLITIQUES, PRISONNIERS DE LEUR HISTOIRE ?


Il y a des hommes pour qui l'Histoire s'est figée à leur propre histoire. Pourtant les choses bougent et évoluent mais pour eux tout s'arrête à leur petite histoire personnelle. C'est le cas de Gilbert Naccache et bien d'autres qui ont subi les foudres de Bourguiba et Ben Ali. Ils n'ont pas fini de digérer leur rancune. 

Ce qui est le cas des islamistes qui ne cessent de rappeler leur martyre sous Bourguiba et Ben Ali comme pour se donner une légitimité à prendre le pouvoir en ressassant leur histoire compliquée avec leurs tortionnaires. 

Ils veulent prendre leur revanche. Sauf qu’ils n’ont d’autres programmes à proposer aux tunisiens que de déconstruire tout ce que Bourguiba avait construit. 

L’Histoire avance et eux sont restés à un combat d’arrière garde. Ils n’ont pas compris les aspirations de la jeunesse en révolte contre toute forme de dictature, qu’elle soit autocratique ou théocratique ; n’obéissant à aucune idéologie, qu’elle soit communiste ou islamiste ; ne revendiquaient haut et fort que : LIBERTÉ, DIGNITÉ et TRAVAIL, faut-il le rappeler !

Alors que les islamistes reviennent avec leur programme inchangé des années 80 pour leur proposer le wahhabisme comme solution à leurs problèmes ! Puisque selon leur slogan suranné, « L’islam est la solution » ! Que reprend Moncef Marzouki à son compte !
Ces anciens opposants n’ont pas compris que les peuples en ont assez des dogmes et des idéologies : ils rejettent le communisme, l’islamisme …..et tout ce qui se termine par « isme » !

Il faut croire qu’ils n’ont rien compris à la chute du mur de Berlin comme ils n’ont rien compris aux révolutions du « printemps arabe » initiées par une jeunesse tunisienne qui disait son raz le bol à toutes les dictatures en rejetant toutes les idéologies !

Exemple repris par les jeunesses du monde entier qui, pragmatiques, rejettent elles aussi toutes les idéologies et leur utopie en créant le mouvement des "indignés".

En somme tous ces aigris, règlent leurs comptes à ceux qui les ont torturés en prenant tout un pays et son peuple en otage pour satisfaire leur ego blessé........en dévoyant la révolution de la jeunesse tunisienne, qu'ils n'ont pas faite, pour leur compte.

Oubliant que tout le monde a changé et veut se diriger vers le mieux. Sauf eux !

L’Histoire cependant reconnaît le mérite à Bourguiba d’avoir ancré la Tunisie dans la modernité.

Il n’était pas parfait ! Certes, il a commis des fautes et a fini en dictateur. Mais faut-il pour autant jeter le bébé avec son eau du bain ?

Qui peut croire que les hommes de Bourguiba eux aussi soient restés les mêmes ? 

Mr Béji Caïd Essebsi, depuis la révolution, a changé et son esprit libéré du carcan bourguibien, s'épanouit et je trouve qu'il manifeste une jubilation sincère et presque juvénile à participer à l'installation d'une réelle démocratie dans son pays. Qui le lui reprocherait ?    

Dés lors cette union des petits partis, initiée par Mr Mansour Moalla, est une excellente avancée ; mais il faut de toute évidence aller plus loin et parvenir à une grande union des partis progressistes. Les valeurs qui les unissent (démocratie, liberté, état civil) sont très importantes dans cette époque transitoire menacée par l’extrémisme islamiste. 

Dans cette situation, les critiques adressées à Beji Caïd Essebsi sont à la fois excessives (qui est parfait ?) et contreproductives. 

Dans cette période, l’opposition a un besoin impératif d’un leader qui ait une réelle stature d’homme d’état.

Or Beji Caïd Essebsi a cette stature ce qui n’est pas le cas des autres chefs de l’opposition. 

Lui donner l’occasion de fédérer l’opposition pour cette période transitoire est essentiel. 

A vouloir la perfection, les tunisiens n’auront RIEN sinon le pire ! 

Souvenons-nous, que le mieux est parfois l’ennemi du bien ! 

Cette confiance qui doit être accordée à Beji Caïd Essebsi est pour la durée de cette période transitoire cruciale.

Les nouveaux leaders en profiteront pour "grandir" et "mûrir" pour prendre la suite le moment venu.

Rachid Barnat





vendredi 3 février 2012

Qui sont les salafis en France ?


propos recueillis par Matthieu Mégevand - publié le 13/10/2011

A l’occasion de la sortir de son dernier ouvrage, Le salafisme d’aujourd’hui. Mouvements sectaires en Occident (Michalon), entretien avec Samir Amghar, docteur en sociologie à l’EHESS, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’université de Montréal et spécialiste des mouvements salafistes.
Vous décrivez trois mythes qui fondent le salafisme. Expliquez-nous.
C’est en lisant un ouvrage de l’historien français Raoul Girardet que m’est venue l’idée d’appliquer sa grille de lecture concernant les mythes et mythologies politiques de l’histoire de France au XIXe siècle à la réalité salafiste. Je pars du principe que nous avons affaire à des mouvements qui mythifient énormément l’histoire et qui portent un regard mythique par rapport à leur situation passée, actuelle, et future. Le premier mythe qui structure l’imaginaire des salafis est celui de l’âge d’or. C’est l’idée selon laquelle les musulmans, à un moment donné de leur histoire, étaient dominants d’un point de vue économique, militaire, politique, social, parce qu’ils étaient porteurs d’une foi religieuse inébranlable et véridique. Cet âge d’or correspond à la matrice idéologique et doctrinale du salafisme. Il correspond à l’âge des "salaf", des pieux ancêtres, pieux prédécesseurs, qui ont fréquenté de manière directe ou indirecte le prophète Muhammad. Cet âge d’or commence avec la Révélation du prophète, au VIIe siècle, et dure jusqu’au début du Xe siècle.
Pour les théologiens de l’islam, ces trois siècles sont considérés comme la meilleure période qu’ont pu connaître les musulmans en termes religieux parce qu’ils étaient porteurs d’une foi et d’une piété extraordinaires, mais aussi parce qu’ils étaient dominants en termes politiques et social et porteurs d’une civilisation florissante. Les théologiens ont peu à peu réalisé une relation mécanique entre ces deux événements. Autrement dit, c’est parce que les musulmans avaient une foi inébranlable que Dieu leur a permis de connaître des succès mondains. Le salafisme, dans ses discours, sa manière de prêcher, ses positionnements etc., essaye de rejouer ces gestes de l’âge d’or en affirmant que si l’on revient à l’islam tel qu’il a été professé et compris par les pieux ancêtres, ceux qui ont fréquenté de près ou de loin le prophète Muhammad, on arrivera plus facilement à renouer avec le passé, l’âge d’or économique, politique etc.
Le deuxième mythe qui structure l’imaginaire des salafis est le mythe conspirationniste. C’est l’idée que si les musulmans sont aujourd’hui dominés au niveau économique, social, politique, c’est certes parce qu’ils se sont éloignés du véritable islam, mais c’est surtout parce que l’Occident, piloté par un noyau de confessions juives, ferait tout pour maintenir sous domination les musulmans. En discutant avec un certain nombre de salafis quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001, j’ai par exemple constaté que certains mettaient en cause la véracité de la version officielle, en disant que tant qu’ils n’avaient pas de preuves formelles de l’implication d'Al Qaeda dans ces attentats, ils soupçonnaient plutôt les services de sécurité américains. Certains salafis imputaient même les attentats à Israël, qui aurait, selon la rumeur, appelé quelques minutes avant les attentats tous les employés de confession ou de culture juive des Twin Towers pour les faire quitter les bâtiments. C’est quelque chose qui peut paraître totalement farfelu mais qui est tenu pour véridique par un certain nombre de salafis, très friands des sites internet conspirationnistes et autres.
Le troisième mythe est celui de l’unité et de la division. Pour les salafis, il y a un principe d’unité dans la religion musulmane qui doit s’appliquer à toutes les dimensions de la vie. Pour eux, à partir du moment où il y a UN dieu, il y a UN prophète, UNE vérité, UN Coran. A partir de là, tout ce qui ne fait pas partie de l’unité est condamné. Cela donne une vision binaire du monde, le bien/le mal, le licite/l’illicite etc. Tous ceux qui remettent en cause l’unique vérité, y compris les musulmans, sont considérés comme extérieurs à la communauté.
Le fonctionnement des salafis s’apparente selon vous à un mouvement sectaire, pourquoi ?
C’est en fait le postulat de départ de mon livre. La grande majorité des chercheurs a abordé la question du salafisme de manière macrosociologique, en essayant de comprendre le mode de fonctionnement de tel ou tel mouvement par le discours, le programme politique, l’organisation etc. J’ai voulu faire l’inverse, et comprendre ce mouvement religieux par l’intérieur, en essayant de proposer une sorte de voyage au cœur du salafisme. Mon hypothèse de départ a été de considérer que le mode de socialisation au sein de ces organisations est de type sectaire. Je précise que j’utilise le terme sectaire au sens sociologique, pas du tout au sens juridique, psychologique ou religieux. Il n’y a pas de jugement de valeur sur le salafisme. Une organisation religieuse est considérée comme sectaire par les sociologues des religions à partir du moment où il y a une sorte de mise à distance du réel, de dépréciation du monde ainsi qu’une socialisation en interne, c’est-à-dire qu’on ne décide pas par soi-même d’appartenir à cette organisation, mais qu’il s’agit d’un processus de sélection religieuse.
En d’autres termes, si une personne veut devenir salafiste, certes elle doit le désirer, mais c’est le groupe qui décide si celle-ci est apte à le devenir ou pas. Qui sont les salafis en France ?
En enquêtant sur les salafis occidentaux, nous avons essayé d’esquisser un profil des fidèles. D’un point de vue sociologique, les leaders âgés entre 35 et 50 ans sont des Maghrébins ou des Machrékins, venus en France pour fuir la répression politique de leur pays d’origine ou pour des raisons économiques. Ils sont pour certains d’origine algérienne, issus de l’aile salafiste du parti islamiste, le Front islamique du salut. La totalité des leaders ont un niveau d’études élevé. Les salafis ont dans leur grande majorité effectué un cursus dans des universités islamiques du monde arabe (université islamique de l’Émir Abdelkader à Constantine, al-Azhar en Égypte, Qarawine à Fès, Zeytouna à Tunis). Depuis quelques années, à côté de cette première génération de leaders salafis, on trouve une deuxième génération : des hommes entre 20 et 35 ans, nés et scolarisés en Occident, ayant réalisé des études supérieures en sciences islamiques dans les universités de la péninsule arabique (université de Médine, la Mecque, Dar al-Hadith au Yémen…). Dans l’ensemble, les fidèles sont des adultes jeunes ou d’âge moyen. On compte plus d’hommes que de femmes. Généralement, ils ont poursuivi des études secondaires.
On peut repérer deux groupes sociaux. Le premier groupe, qui constitue la majorité des salafis, est composé de personnes issues des classes populaires. Le second est composé de personnes issues des classes moyennes voire supérieures. Une minorité d’entre eux a poursuivi des études supérieures, parfois allant même jusqu’au doctorat. Les autres appartiennent à la petite bourgeoisie commerçante (artisans, commerçants...). De plus en plus de jeunes appartenant au salafisme possèdent des sandwicheries hallal, des taxis-phones, des librairies islamiques, des magasins de vêtements. Certains font de l’import-export entre la France et le Moyen-Orient, d’autres deviennent artisans taxi ou encore vendent des produits sur les marchés. Cette fibre pour les activités commerciales se fonde pour une raison essentielle : pour les épigones du salafisme, le Prophète, modèle par excellence, étant lui-même commerçant, il est bien vu de se lancer dans le négoce.
Au-delà de ces caractéristiques sociologiques, ce qui est plus prégnant est la nature de la composition "ethnique" de la mouvance salafiste. À côté de personnes issues de familles de tradition musulmane venues en France pour des raisons économiques (Maghrébins, Maliens, Sénégalais...), une très forte proportion de salafis sont des convertis à l’islam, issus de familles de tradition catholique.
Comment s’est passée votre intégration dans les différents groupes salafis ?
J’ai commencé mes recherches juste après les attentats du 11 septembre. On était alors dans une période de stigmatisation du salafisme, considéré comme à l’origine de ces attentats et de la création d’Al Qaeda. Les salafis en avaient donc assez d’être systématiquement pointés du doigt, et ma recherche était l’occasion pour eux de présenter le "vrai" visage du salafisme comme mouvement non-violent et apolitique. Les salafis m’ont donc accueilli assez facilement à partir du moment où ils savaient que l’objectif de mes recherches était de comprendre leur mouvement. Des tensions ont commencé à apparaître à partir du moment où certains d’entre eux ont lu sur internet des interviews de moi sur le sujet. Parce que j’étais dans une posture de déconstruction du salafisme et parce que je n’étais pas dans une présentation apologétique, des tensions sont apparues. J’ai toutefois pu continuer mes recherches parce que les groupes salafis ne se connaissent pas nécessairement entre eux. Ceux de Seine-Saint-Denis ne côtoient pas ceux de Nanterre, et donc si j’étais mis à l’index chez les uns, je pouvais encore m’intégrer chez les autres.
Le salafisme est-il un mouvement violent ?
Cela dépend de quel salafisme on parle. Pour le salafisme de type révolutionnaire, oui on est face à de la violence et une légitimité de la violence physique -quelle qu’elle soit- par des principes religieux. Or, on assiste depuis un certain nombre d’années à un essoufflement de ce type de salafisme en France. Les partisans ont du mal à recruter de nouveaux adeptes. Dès lors va se développer un cyberjihad faisant la promotion du jihad et appelant à soutenir des salafis révolutionnaires en prison. Pour le salafisme de type politique et quiétiste, il s’agit d’une violence verbale et psychique. A partir du moment où vous rentrez dans ce genre d’organisation, vous devez vous plier aux règles et aux préceptes, sinon vous êtes mis à l’index et vous n’êtes pas cooptés par le reste du groupe. Il y a également une violence verbale chez les salafistes à l’égard de la France et des valeurs dominantes de l’Occident. La démocratie, la mixité etc. sont considérés comme extérieures à l’islam, et la France est attaquée de façon véhémente.
C’est un discours qui apparait d’ailleurs avant la "salafisation" de l’individu et qui est partagé parmi certaines catégories de jeunes issus de quartiers populaires, et qui trouve une caution religieuse et justifie cette mise à distance de la France, de l’Occident, dont les valeurs sont jugées incompatibles avec une bonne pratique de l’islam. Il faut toutefois rappeler que le salafisme est une tendance ultra-minoritaire, dont le nombre total de sympathisants ne dépasse pas plus de 0,3 % par rapport à l’ensemble des musulmans de France. Selon les renseignements généraux, les salafis seraient près de 12000 et contrôleraient environ une trentaine de lieux de culte sur les 2000 présents en France.