jeudi 23 février 2012

LE WAHHABISME REVIENT A LA CHARGE !

Chassez le wahhabisme par la PORTE, il rentre par la fenêtre!

Un imam d’Arabie du nom de Mohamed Ibn Abdel Waheb a durci le salafisme, puisqu’il va le rigidifier par une lecture encore plus stricte et « textuelle » du Coran et de la sounna, mais aussi de la chariaa. L'intention de cet Imam est de ramener l'islam à sa pureté d'origine. Ses fidèles rejettent toute tradition extérieure au Coran et à la sunna et refusent le culte des saints. D’ailleurs la plupart des musulmans se désolidarisent de ce mouvement qu'ils considèrent comme sectaire et extrémiste.
Ce fut le cas du Bey Hafside de Tunis, du Dey d'Alger et du Sultan du Maroc : tous ont répondu par la négative à la demande de Mohamed Ibn Abdel Waheb, refusant sa doctrine.
Le Bey de Tunis motivera son refus dans sa lettre, en précisant à ce prédicateur d'Arabie, qu'après consultation des Imams de l'université Ezzitouna, ceux-ci l'ont mis en garde contre le wahhabisme le jugeant obscurantiste, rétrograde et dangereux pour la Tunisie. Par conséquent, lui dira-t-il, il n'a pas de leçon à donner aux tunisiens. (Lettre dans les archives nationales de Tunis selon Jelloul AZOUNA, homme de lettre tunisien).
Mais voilà ce Wahhabisme chassé par la grande porte, revient par la fenêtre ou plus exactement par la petite lucarne qu'est la télévision, puisque les monarques saoudiens et leur concurrent qatari, possèdent tous leurs chaînes de télévision satellitaires qui ignorent les frontières et s'arrachent les meilleurs prédicateurs du monde "arabo musulman", qui se vendent au plus offrant. 
La "starisation" aidant, certains prédicateurs seront conviés à prêcher le wahhabisme en vue de convertir à l'obédience de leurs financeurs, leurs fans et admirateurs !
En Tunisie leurs fans tels que le parti Ennahdha, les invitent à bras ouverts; à moins qu'ils ne leur soient imposés par ceux qui les financent et les soutiennent : l'émir du Qatar et le roi d'Arabie ! Ainsi ces monarques assurent avec la complicité de GHANNOUCHI, "le service après vente" de leur prosélytisme cathodique par l'envoi sur le terrain de leurs prédicateurs.

Et voilà comment tout un peuple est livré par une bande d'irresponsables avides de pouvoir, au prosélytisme d'une obédience que des imams zeïtouniens ont jugé très dangereuse et qu'un bey sage a refusé qu'elle ne se diffuse en Tunisie !

Rachid Barnat

mercredi 22 février 2012

LES ENJEUX CLAIREMENT EXPLIQUES DE LA CONSTITUTION

La Charia source de la législation ?
Signification et portée.

Ali Mezghani *


Le 21 février 2012

Les Tunisiens se sont-ils libérés d’une peur pour en ressentir une autre ? Crainte persistante et intense sur leur devenir immédiat, sur la préservation d’un mode de vie qui fait leur originalité. C’est cette peur qui conduit les nouveaux dirigeants du pays à tenter de les rassurer. C’est un paradoxe de la vie politique que les vainqueurs des élections se sentent dans l’obligation de donner des gages quant à leurs intentions. Et, s’il en est ainsi c’est bien parce que celles-ci ne sont pas de nature à apaiser l’inquiétude que ressentent les Tunisiens. Un discours fait de déclarations générales et imprécises peut-il rassurer ? Le peut-il alors qu’un contre discours explicite parfois, implicite plus souvent mais sans équivoque, vient introduire le doute ?

Les hérauts peuvent inquiéter lorsqu’ils évoquent les signes divins qui annonceraient l’ère d’un sixième Califat. A l’évidence ce sont ces signes qui conduisent au pouvoir les vicaires de Dieu et non le peuple. Les élections elles-mêmes ne seraient qu’un de Ses signes. Comment ne pas craindre pour les libertés et l’intégrité physique des citoyens lorsque, stigmatisant les sans-emplois, les démunis, les travailleurs protestataires, un membre de l’assemblée constituante évoque à leur propos les sanctions corporelles de crucifixion, d’amputation des mains et des pieds en diagonale, de bannissement ? Il est vrai, précise-t-il ultérieurement, que ceux qui, sans qualité, occupent l’université pour faire valoir le port au niqad ne sont pas astreints à de telles rigueurs. Ceux-là, en effet, ne combattent pas Dieu mais tentent de réaliser ses desseins, plus exactement ceux que des hommes, minoritaires dans l’orthodoxie, lui ont attribués. Il est ainsi fait abstraction du droit tunisien qui a banni depuis fort longtemps de telles sanctions. Mais là aussi ce sont les hérauts annonciateurs d’un ordre ancien, mais qui se veut nouveau, qui parlent. Il y a des mots qui sont distillés : Une caisse de zakat est évoquée sans que l’on sache s’il s’agira d’un impôt obligatoire ou d’une contribution de solidarité volontaire. Le waqf (ou habous, biens de mainsmortes) est aussi annoncé sans que l’on sache si seul est visé le waqf public affecté à l’entretien d’une œuvre d’intérêt social (une mosquée, une école, un hôpital), à l’exclusion du waqf privé dont seuls les descendants de sexe masculin sont en général les bénéficiaires. Tout ceci ne compte point, de même que ne sont pas prises en considération les conséquences économiques d’une institution, qui est l’œuvre des fuqaha, dont l’effet était la dégradation matérielle et la dévaluation économique d’un bien, exclu des échanges marchands, figé à perpétuité. L’essentiel est de remplir l’horizon mental des Tunisiens de catégories anciennes et de les y habituer. Il est de réveiller dans l’imaginaire et l’inconscient collectifs la nostalgie du passé. Restaurer le passé, tel est le projet, puisque les habous ont été dissous en Tunisie en 1957. Comment être rassurés alors qu’avec la bénédiction de ceux qui nous gouvernent, des prédicateurs d’un autre âge viennent, sur nos terres, tenter d’introduire dans un pays qui l’ignore, la pratique barbare de l’excision des jeunes filles, diviser le peuple en croyants et incroyants, jeter l’anathème sur la démocratie et excommunier les démocrates, appeler à la violence et, sans vergogne, s’attaquer, à travers son drapeau, à la Nation?

La Tunisie est une Nation bien singulière : ni d’Orient ni d’Occident, ou plus exactement appartenant autant à l’un comme à l’autre, avait soutenu Mahjoub Ben Miled, il y a plus de cinquante ans. Sans se renier elle a épousé son temps. Refusant de rester prisonnière d’un passé révolu, elle s’est modernisée. Privée de vie démocratique, elle n’en a pas moins réalisé certains de ses pré-requis. Car la démocratie n’est pas seulement un système politique, une procédure de sélection des dirigeants, elle est aussi un état social. En même temps que l’instauration d’un système politique démocratique, c’est à la préservation et au renforcement de ce qu’il est convenu d’appeler « les acquis de la Tunisie moderne », qui sont bien réels, que la révolution doit naturellement conduire. La peur est une émotion qui peut aussi réveiller l’instinct de survie.

C’est par la loi et notamment par le Code du Statut Personnel que la société tunisienne s’est libérée. C’est autour de la loi que se joue aujourd’hui son devenir. Si la loi fut libératrice, ne risque-t-elle pas de devenir liberticide ? Invoquer la loi c’est convoquer l’Etat et ses prérogatives juridiques, législatrices notamment. C’est aussi soulever la question du politique et de la souveraineté populaire. Or il se trouve que les islamistes investissent le politique pour tuer le politique en le chargeant de théologie. Ils investissent l’Etat pour faire obstacle à la construction de l’Etat de droit en le soumettant à une Loi déjà faite et en le mettant à son service. Ce faisant ils vident de sa substance la souveraineté populaire et dépossèdent les citoyens de leur pouvoir de faire leur loi. Lorsque la ministre de la femme tient le mariage orf (coutumier) qui ne nécessite pas l’intervention d’un officier public, pour l’exercice d’une liberté, le sens de l’Etat, en prend un coup, la loi est violée, et la notion de liberté est pervertie. Le registre de l’état civil n’est pas un caprice de l’Etat moderne, il est une de ses exigences, indispensable à son organisation. C’est pour répondre à besoin d’ordre et de protection des deux époux que l’intervention d’un officier ministériel lors de la célébration du mariage, est requise. Madame la ministre ignore que c’est parce que le recours à la forme traditionnelle du mariage avait été utilisée pour contourner l’interdiction de la polygamie qu’elle a été interdit et incriminée. Par sa déclaration intempestive Madame la ministre n’en appelle pas moins à la violation d’une loi pénale. Il est vrai que même lors de ses multiples mises au point, il apparaît clairement qu’elle n’en a cure, puisque c’est en référence au char‘ et à la religion (dîn) qu’elle prend position. En invoquant les libertés individuelles, elle fait montre de confusions puisqu’elle tient la liberté pour de la licence et le laisser faire. Elle aura réussi sur un point puisqu’elle prétend avoir voulu tester les réactions de l’opinion. Si elle a été servie, cela en dit long sur son sens des responsabilités.

Pour réaliser leur projet, les islamistes tunisiens ont la lourde tâche de devoir, d’abord, défaire l’œuvre de l’Etat moderne et ses lois. Malgré les promesses, ils ne peuvent avoir de la religion qu’une conception légale. Elle est à leurs yeux à la fois aqida et charia, foi et Loi, l’une n’allant pas sans l’autre, l’une se confondant avec l’autre. Comment alors prétendre qu’il ne s’agit point de théocratie ? Leur horizon est naturellement le passé. Lorsqu’ils annoncent de revenir sur l’adoption pour l’interdire c’est pour se conformer à une norme déjà donnée, sans se préoccuper de son efficacité sociale, sans voir les avantages comparatifs qui militent sans conteste en sa faveur: offrir à un enfant abandonné et sans filiation la chaleur d’un foyer, et l’amour de ses parents. Ainsi, ils anticipent sur le contenu de la future constitution, c’est-à-dire sur la volonté du peuple. La charia est déjà en œuvre dans leur démarche. Plus encore, ils ne tiennent pas parole, car si la loi qui organise l’adoption n’est pas intégrée au CSP, ils savent pertinemment que c’est dans sa logique qu’elle a été édictée. Ils savent qu’elle n’en est pas séparable, puisqu’elle participe de sa philosophie.

L’heure de la rédaction de la nouvelle constitution ayant sonné, ils ne respectent pas plus la parole donnée. Texte fondamental, la constitution est au fondement de la vie commune, et de l’organisation des pouvoirs publics. Démocratique elle ne reconnaît d’autres souverains que la Nation, et préserve toutes les libertés qui doivent être reconnues à des citoyens égaux. Dans ce cas elle unie le peuple sans méconnaître ses diversités. Lorsqu’elle est au service d’une idéologie, elle est particulière à un groupe. Elle divise le peuple et le dépouille de sa souveraineté. La question est d’autant plus légitime qu’est à l’ordre du jour l’insertion dans la nouvelle constitution d’un article aux termes duquel la charia est une des principales sources de la législation (a-charia masdarun assassiyun min masâdir a-tachri‘). Si la proposition était retenue, ce serait une première dans l’histoire constitutionnelle de la Tunisie, la plus ancienne du monde arabe. Elle l’alignerait sur les pays arabes du Moyen - Orient, Bahreïn et l’Égypte en particulier. Dans le même temps elle l’éloignerait de l’Algérie et du Maroc dont les constitutions ne prévoient rien de comparable. Ce serait, dans tous les cas, une régression pour un pays qui était jusque là à la tête du mouvement de réforme et de modernisation politique et sociale.

Pour autant la disposition n’est pas sans signification. Elle ne se comprend que dans la mesure où elle montre que le simple fait de dire que l’islam est la religion de l’Etat n’implique nullement que la législation doit être conforme à ses prescriptions. Rétrospectivement, un démenti formel est apporté à certaines interprétations soutenues pendant de longues années sous l’empire de l’ancien article 1er de la constitution de 1959, prétendant qu’il subordonne la loi étatique au fiqh. Le fait pour un Etat d’avoir une religion officielle est donc sans incidence sur l’étendue de sa liberté législatrice. Il y a bien une différence entre religion et droit, entre foi et loi. Dont acte !

Il faut interroger la proposition dans sa mise en œuvre pour en entrevoir la portée réelle. L’ambiguïté peut alors s’ajouter à l’incertitude. Que faut-il entendre par charia? Quelle place elle occupera dans la théorie des sources, et quel effet elle produira sur la fonction législatrice de la Nation ?

C’est à dessein que le terme charia n’est pas défini. Sa signification n’est cependant pas évidente. Dépassant son sens étymologique de voie ou de chemin, les auteurs classiques l’ont différemment comprise, loi pour certains, religion (dîn) pour d’autres, Parce qu’on ne peut refaire l’histoire, la charia s’est au fil des siècles remplie de normativité. Système global plus large que le droit, rien n’échappe à son emprise. Nous admettrons qu’en se rapportant aux sources de la législation, la formule retenue en limite le domaine aux seules questions d’ordre juridique. Sauf si dorénavant la morale et les mœurs seront aussi l’objet de réglementation. Mais une telle limite ne dit rien sur ses règles ni sur leur contenu ou sur le procédé de leur reconnaissance. La réponse peut bien être implicite quoique aux yeux de certains sans équivoque. Il s’agira alors de se référer au système tel qu’il fut stabilisé au tournant du XIème siècle, soit au moment où se ferme la porte de l’ijthâd. Au nom de la fidélité aux ancêtres, l’ère de l’imitation est ainsi appelée à se prolonger. L’interprétation des versets coraniques qui a été ainsi donnée par les théologiens et jurisconsultes des siècles passés est la seule interprétation valide, l’ijtihâd leur étant exclusivement réservé. Ainsi, par exemple, ne serait pas admise, parce qu’erronée, la justification de la monogamie dégagée du Coran lui-même en raison de l’impossible égalité de traitement des coépouses par le mari. Les tentatives de relecture du corpus par les réformateurs des XIXème et XXème siècles ne seront donc pas à considérer. De même que seront interdits d’innovation les contemporains. Il est vrai qu’ainsi entendue la charia ne peut obéir au principe d’actualité. Il ne serait alors pas possible de reconsidérer sa théorie des sources. En conséquence il ne serait pas possible de redonner effet à la distinction classique entre les hadiths récurrents (mutawatîr) et les hadiths unipersonnels (ahâd). S’il ne faut retenir que ce que le passé nous a légué, il faudra alors tenir pour obligatoires tous les hadiths, quel que soit leur mode de transmission, dès lors qu’ils ont été reçus comme tels par la communauté. Fera ainsi partie de la charia l’ensemble normatif établi par sa source la plus importance à savoir le consensus (ijma‘). Œuvre purement humaine, les règles qu’il a établi devraient-elles continuer à régir les temps présents et à obstruer l’évolution ? Il est en effet utile de rappeler que les règles établies par le consensus de nos ancêtres obligent toutes les générations qui les suivent jusqu’à la fin des temps. Elles sont le seules à ne pas subir l’effet du temps, à ne pouvoir être abrogées. Si le rôle de la doctrine est essentiel dans l’élaboration du système, comment régler les nombreuses divergences qui l’affectent. Faut-il alors à l’instar de la Haute Cour Constitutionnelle d’Egypte, distinguer entre les règles absolues que le temps ne peut affecter et celles qui peuvent, à partir de la construction des fuqaha, faire l’objet de divergences ? Le règlement de toutes ces questions est-il de la compétence des ulémas de formation traditionnelle, ou relèvera-t-il de la compétence des autorités étatiques sécularisées? Dans le premier cas la souveraineté populaire est mise à mal puisqu’elle n’a pas le mot de la fin. Dans le second, la disposition pourrait être vidée de son sens.

Au delà de ces interrogations sur la signification précise de la charia, la proposition peut n’avoir aucune utilité. Source matérielle, c’est-à-dire d’inspiration pour le législateur, la charia n’a pas vocation à s’appliquer directement. La médiation de la loi lui est donc nécessaire. Or, si le législateur est souverain, il lui appartient de déterminer librement ses sources d’influence. Mais l’inspiration n’est pas la subordination et n’entraîne aucune obligation de conformité. Elle est, en effet, libératrice de la créativité. Dans l’art de faire la loi, le législateur s’instruit des expériences passées, il prend aussi connaissance des solutions étrangères. Dans tous les cas, l’acte de légiférer n’est pas réductible à l’acte passif de la copie.

Si la charia n’est qu’une source, fut-elle principale, d’inspiration pour le législateur, c’est qu’elle n’est pas seule. L’on est alors en droit de s’interroger sur l’absence de toute référence à d’autres sources susceptibles d’inspirer le législateur. Pourquoi il n’est pas fait mention des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, au respect de l’intégrité physique, à l’égalité entre les sexes, à la non discrimination pour cause d’appartenance confessionnelle, à la liberté de conscience et de pensée ? Leur radicale absence signifie-t-elle, que dans l’esprit de ses rédacteurs, la charia n’est pas, dans la disposition, l’une des principales sources de la législation mais la seule? Sans être sûr qu’elle puisse pourvoir à tous les besoins de la vie moderne et à toutes les attentes, il est probable que c’est dans cette signification qu’il faut l’entendre. Si la charia doit coexister avec d’autres sources, se pose alors la question de leur coordination et de leur harmonisation. Que faire avec les préceptes qui attentent à l’intégrité physique ou qui contredisent le principe d’égalité et de liberté ? L’horizon idéologique de la proposition devra-t-il conduire naturellement à la prévalence de la charia ?

Dans les faits ce n’est pas ainsi qu’opère un législateur. L’Etat de droit agit par le droit pour répondre à des besoins sociaux et pour préconiser des évolutions. Le droit n’est pas une coquille vide que viendrait remplir des instances sociales, économiques, sociales, ou idéologiques ayant chacune sa propre logique et répondant à des finalités spécifiques. Le droit est précisément cette instance d’arbitrage qui pour ce faire a besoin d’être autonome. C’est pourquoi dans un système démocratique moderne la source première et ultime de la loi est la volonté du peuple souverain. S’il faut donner quelque effet à la disposition proposée, il faut l’entendre dans le sens où la loi se doit d’être conforme à la charia. C’est ainsi qu’à été compris l’article 2 de la constitution égyptienne faisant de la charia la principale source de la législation.

Dans une telle hypothèse, la Nation n’est plus souveraine. La loi cesse d’être l’expression de la volonté générale si son contenu est prédéterminé par un ordre qui lui est extérieur, antérieur et supérieur.

Dans son principe même le souverain est celui qui n’est pas soumis. Or, l’obligation de se conformer aux enseignements de la charia, est une limite à la souveraineté qui est ainsi vidée de sa substance, puisque ses prérogatives sont limitées. En effet ce n’est plus au regard de la société que la loi est édictée dès lors que sa validité est tributaire de sa conformité à l’ordre transcendant. La charia n’est alors plus uniquement une source matérielle d’inspiration, elle devient une norme fondamentale à l’aune de laquelle s’apprécie la constitutionalité et donc la validité de la loi. La conformité risque alors de prendre la forme d’une identité ce qui exclurait l’adoption de solutions qui sont seulement différentes. La question est de savoir si cette vérification ne vaut que pour l’avenir ou si elle s’applique aux lois antérieures. La Haute Cour constitutionnelle d’Egypte a sans convaincre limiter les dégâts en invoquant le principe de non rétroactivité. Les lois anciennes ne peuvent donc être remises en cause en vertu de l’article 2. Il y allait en effet de la sécurité nécessaire à tout ordre juridique et à sa stabilité. La solution n’est pas incontestable mais elle a, le tout relatif, mérite de préserver ce qui a été acquis. Cependant si la solution égyptienne est adoptée c’est toute possibilité d’évolution, qui serait alors proscrite. Le législateur ne pourrait pas même tenter d’améliorer les lois anciennes parce qu’il se soumettrait à l’obligation de conformité. En revanche si malgré sa faiblesse cette voie n’est pas suivie alors il sera possible de remettre en cause les innovations du droit tunisien. Ce qui signifie que la voie sera ouverte à l’abandon des acquis de la Tunisie moderne. Dans tous les cas, la solution n’est pas adéquate à un pays qui a besoin de se moderniser. En effet, elle conduira nécessairement à la remise en cause de l’œuvre que les juges ont réalisée dans le sillage du CSP. Libérant le droit étatique de la normativité religieuse, ils ont donné sens à l’égalité entre les hommes et les femmes et ont banni la discrimination en raison de l’appartenance confessionnelle. De la sorte, ils ont non seulement approfondi et renforcé les apports du CSP ; ils ont, en les mettant en œuvre dans le cadre des relations familiales, rendu plus effectifs les droits fondamentaux. A peine entamée, l’œuvre est déjà menacée !

La volonté générale est vide de substance, est inexistante si la loi de l’Etat n’a d’autre fonction que de servir de relais à une norme qui est déjà faite, et qui de surcroît est jugée parfaite non pas tant en raison de contenu qu’en raison de son origine. Plus exactement, son origine est le gage de sa perfection substantielle. Pourtant, cette norme n’est que le fruit d’interprétations et d’élaborations purement humaines et circonstanciées.

Ces préconisations restent, en toute hypothèse, incompatibles avec l’essence même de la démocratie. Car la capacité qui y est reconnue aux citoyens libres et égaux de faire et défaire la loi suppose que son contenu soit indéterminé. Fait social et culturel la loi est une œuvre humaine inscrite dans un certain contexte. En démocratie la perfection de la loi est une quête jamais atteinte. Œuvre humaine elle est toujours imparfaite. C’est pourquoi il est du pouvoir de ceux qui l’ont faite de la défaire. La délibération du peuple est sans signification et est dépourvue d’effectivité si la loi, qui doit être son œuvre, n’est pas le résultat de son choix, toujours renouvelé, et n’est pas l’expression de ses décisions toujours actualisées. C’est aussi cela, c’est-à-dire cette remise en cause permanente, qui fait défaut à une norme qui, transcendant le temps, est immuable. C’est au final la démocratie qui est en question.

Pour achever le travail, il ne restera plus qu’à introduire une règle, qui cette fois s’adressera au juge, l’obligeant, pour les besoins du comblement des lacunes de loi étatique et de son interprétation, de revenir aux solutions du fiqh. C’est alors que toute l’œuvre juridique engagée depuis le XIXème siècle et accomplie par l’Etat moderne sera reléguée à l’histoire. Ce faisant, c’est bien une restauration qui est aujourd’hui en marche. Restauration d’un passé antérieur que l’on pensait, en Tunisie du moins, révolu.

Comment ne pas ressentir de la tristesse lorsque la Tunisie se voit contrainte de revenir à un débat d’un autre âge ? L’obscurantisme est le contraire des lumières. Empêchant de voir, ses ténèbres ne s’ouvrent sur aucune perspective d’avenir. C’est pourquoi il s’oppose au progrès. Occupés par des controverses anachroniques et stériles, sommes-nous condamnés à nouveau, après avoir manqué la révolution copernicienne, puis la révolution industrielle, puis ensuite la révolution informatique, à ne pas prendre part à la révolution des nanosciences et des nanotechnologies que le monde est par ailleurs en train de préparer et de s’y préparer ? La posture de consommateur et de récepteur passif est-elle notre destin ? Si les hommes doivent s’en libérer c’est en devenant maîtres de leur histoire. Il s’avérerait alors que les techniques, le progrès économique, culturel et social, que la démocratie même, sont inséparables des valeurs et des principes de la modernité. Franchement la Tunisie mérite mieux !

* Pr Ali Mezghani, juriste, professeur de droit à la Sorbonne



Tribune dans Nouvel Obs + : Le sens de la transition en Tunisie


Dernier ouvrage : L'Etat inachevé. La question du droit dans les pays arabes, Gallimard.

mardi 21 février 2012

LA CENSURE : SERAIT-ELLE DE RETOUR ?


 La censure on sait où elle commence mais on ne sait où elle s’arrêtera…
Article paru dans : Kapitalis

« Sans la liberté de blâmer il n’est pas d’éloge flatteur ». Cette phrase de Beaumarchais est d’actualité dans la Tunisie d’aujourd’hui. Il est regrettable de constater que le pouvoir actuel, comme le pouvoir précédent, a des velléités de limiter la liberté d’expression.
Les Tunisiens doivent savoir qu’il y a là un risque majeur de dérive vers une dictature. Ils doivent être intransigeants pour faire respecter la liberté d’expression et la liberté de la presse. Car toute atteinte à la liberté de la presse est le prélude certain à des atteintes à d’autres libertés.
Les tunisiens qui savourent la liberté d’expression acquise de haute lutte doivent rester vigilants pour que plus personne ne vienne leur retirer cette liberté.

Tous les pouvoirs ont une tendance à vouloir éviter les critiques. Ils n’aiment que les journalistes qui disent du bien d’eux et de leur politique. On sait jusqu’à quel degré était parvenu le pouvoir de Ben Ali pour empêcher toute critique. La presse quelle soit écrite ou télévisée ou radiophonique faisait honte par sa servilité, son absence totale de sens critique et, de fait, comme le disait Beaumarchais les éloges dont cette presse n’était pas avare, ne trompaient personne et faisaient rire les tunisiens au fond d’eux-mêmes.

Il est peu probable que le pouvoir actuel parvienne à un tel recul après ce qui s’est passé et que l’on se retrouve dans la situation antérieure. Les journalistes, les hommes de culture, l’ensemble des tunisiens qui apprécient les débats et les informations qui leurs sont données aujourd’hui, ne le permettraient pas. Mais il faut être vigilant et lutter contre toutes formes de censure que l’on voit poindre, plus insidieuses, plus perverses qui n’auront en fait qu’un intérêt limité pour le pouvoir mais qui dénote un état d’esprit contraire aux libertés.

Pour mémoire, la tentative du premier Ministre Jebali de mettre ses pions à la tête des médias, les attaques physiques de journalistes par les salafistes, les déclarations ici où là pour soutenir que la presse était « hostile »  et entravait le travail du gouvernement….. sont des signes avant coureur d’une nouvelle dictature !

Des événements récents démontrent que cette liberté de s’exprimer, si chèrement acquise, est encore menacée et que les tunisiens doivent se manifester pour faire cesser ces attaques :
- D’abord un petit incident sans doute mineur, s’il n’était révélateur d’un état d’esprit. Le Ministre  dit « des droits de l’homme », donc normalement défenseur de la liberté de la presse, n’a pas hésité à exclure des journalistes d’une réunion, provoquant le départ de certains participants qui n’ont pas apprécié la façon dont le ministre traitait la presse. Est-ce inexpérience ? Volonté de cacher les choses ? Énervement contre une presse qui n’est pas à sa dévotion ? Sans doute tout cela à la fois.
- Dans le même temps, le parquet dont on sait qu’il est aux ordres du Ministre de la Justice a fait emprisonner (oui, vous lisez bien emprisonner) le dirigeant d’un organe de presse pour une photo publiée à la une, prétendument choquante ! Et avec quelle célérité !!
Alors que rien n’a été engagé par le pouvoir contre un prêcheur, venu d’un autre pays et d’un autre temps, aux propos encore plus choquants quand il appelle à la haine des femmes, à l’excision des fillettes…. Actes beaucoup plus grave qu’une simple photo d’une femme dénudée !
Là, sans doute le ministre nous invoquera la liberté d’expression !
Deux poids, deux mesures qui montrent bien le côté complètement rétrograde de ce pouvoir.
- L’arrestation du directeur d’Attounsia commence à faire le tour du monde et c’est fortement regrettable pour l’image de la Tunisie premier pays à avoir fait sa révolution pour les libertés. New York Times, Washington Post, Le Figaro et de multiples autres journaux internationaux de renom ont publié l’information de l’arrestation de leur confrère Nasreddine Ben Saïda. Ils ont raison de s'inquiéter pour l’avenir des libertés en Tunisie puisque ce gouvernement commence par vouloir mettre au pas la première d’entre elles : la liberté de la presse ! Aussi choquante que puisse être la photo incriminée, les juges avaient toutes une panoplie de lois pour réprimander l’inconscient directeur…mais sûrement pas de le mettre en prison !

- Puisque ni Moncef Marzouki ni Mustapha Ben Jaafar n’ont  « bougé », bien que l’un et l’autre nous avaient assuré qu’ils  veillaient et qu’ils seraient des remparts contre  toute atteinte aux libertés ; et que Hammadi Jebali semble s’en désintéresser, le CNIIC en appelle à l'Assemblée Constituante pour défendre la liberté d’expression. Mais là non plus pas de réponse.

- Ce qui est grave c’est que selon les quotidiens Attounissia et le Maghreb, qui citent une intervention deM. Trifi sur Shems FM, l’arrestation du directeur du journal Attounissia était préprogrammée et la décision a été prise à l’avance. En effet,  si tel est le cas, c’est très grave : cela veut dire que le gouvernement veut pérenniser le système de Ben Ali que nous pensions fini avec lui !

Le cauchemar que les tunisiens ont cru fini avec Ben Ali vont-ils accepter de le revivre ?

- Des lois ont été conçues sous la forme des décrets-lois n°115 et n°116. Elles ont été publiées au Journal officiel de la République Tunisienne. Mais elles attendent une application effective de la part des pouvoirs publics. 
- Le double langage du gouvernement concernant le secteur de l’information n’augure rien de bon. Les tunisiens s’en méfient, ils ne l’ont que trop expérimenté avec Ennahdha et ce depuis la légalisation de ce parti ;
- Dans l’affaire de la radio Ezzitouna, le président de l’INRIC ne mâche pas ses mots :
« C’est une soumission totale à des interventions illégales menées par des parties étrangères à ce média public. Ce qui constitue un précédent grave et inacceptable, surtout que la justice s’est déjà prononcée sur cette affaire en ordonnant à M. Mohamed Mechfar, proche collaborateur du fondateur de cette radio, Sakhr El Matri, de remettre tous les documents en sa possession à Mme Iqbal Gharbi, nommée le 12 septembre 2011 en qualité d’administrateur judiciaire de cet établissement qui a été empêché d’exercer ses fonctions par les membres de l’Association religieuse de « l’incitation au bien et de prévention du mal ».

Bien que Mme Gharbi ait gagné son procès contre ce groupe devant les tribunaux, le jour du verdict elle a été limogée de son poste et remplacée et rien n’est fait pour appliquer une décision de justice.

Concernant les nominations des directeurs et rédacteurs en chef de médias publics, le président de l’INRIC constate que «la méthode de désignation ne diffère guère de celle d’avant le 14 janvier ».

- Enfin je peux attester, pour en avoir souffert moi-même à trois reprises, que sévit actuellement une pratique qui consiste à censurer sur le net, et notamment en piratant des pages Facebook, les rendant inaccessibles. Comme par hasard, il s’agit de pages appartenant à des soutiens du progrès et des libertés. Ceux qui n’ont aucun argument valable à faire valoir, fuient tout débat honnête et documenté, allant jusqu’à empêcher les idées de circuler en les bloquant ou pire en les détruisant en effaçant les comtes qu’ils piratent. Bel exemple d’ouverture !
Il faudrait que des journalistes s’emparent de cette question et investiguent. Certes, c’est une question technique mais elle est primordiale pour que le débat puisse continuer d’exister entre les tunisiens, qui découvrent la libéralisation de la parole et aident là où ils sont chacun à son niveau et selon ses moyens à reconstruire un pays que nous aimons tous.
On sait que dans des pays comme l’Iran par exemple, l’internet est contrôlé et depuis peu « coupé », comme cela était aussi le cas dans la Tunisie de Ben Ali. Mais prenons garde que, par des procédés  comme celui dont je fais état , nos libertés se réduisent.
Voulons-nous que la Tunisie prenne exemple sur l'Iran ?

Je n’accuse pas ici le pouvoir dans ses institutions officielles, encore que tous les instruments de censure de l’internet qui existaient sous ben Ali n’ont pas, semble-t-il, été détruits ni les agences qui les organisent dissoutes; mais je l’accuse, à tout le moins, de laisser faire ses partisans et le résultat est le même : empêcher les gens de s’exprimer librement.
Cela commence doucement, insidieusement. Cette orientation étant prise par le pouvoir, on peut légitimement se demander où cela s’arrêtera et s’il ne s’oriente pas vers une dictature.

Il est choquant que la jeunesse tunisienne par sa bravoure ait redonné la parole à tous les tunisiens et notamment à ceux que l’ancien régime bâillonnait et que depuis qu’ils ont recouvré la parole et pris le pouvoir, à leur tour ils tentent de bâillonner ceux qui ne partagent pas  leurs idées ni leurs idéaux !
Cela, je le dis haut et fort, les tunisiens ne l’accepteront pas.

Rachid Barnat


lundi 20 février 2012

CHEIKH MOUROU DÉNONCE LES DÉRIVES DE SES AMIS

Ou le double langage du camélon Mourou, vitrine de l'islamisme "modéré" des Frères musulmans nahdhaouis ?
Article paru dans : Kapitalis



Abdelfattah MOUROU sur Nessma, dans l'émission "Le Dimanche Politique" du 19 février 2012 :

Le cofondateur avec Ghannouchi du premier parti islamiste en Tunisie, devenu depuis Ennahdha, étonne par sa modération, son raisonnement empreint du malékisme qu'il ne cesse de revendiquer, et dont il rappelle les principes : la bonne mesure en TOUT ; réfléchi et intelligent ; toujours en intelligence avec la réalité de la société tunisienne et de l’époque ; connu pour sa tolérance et son ouverture ..... alors que Ghannouchi et son parti semblent s'être écartés de ce en quoi Mourou croyait.
Il semble même que le discours de Mourou ait changé.

Se serait-il émancipé de son encombrant ami Ghannouchi ? Réalise-t-il que ses amis sont allés trop loin dans « l’islamisation » à des fins électoralistes de la Tunisie qu’ils livrent à tous les pseudo-prêcheurs étrangers , au risque de convertir les tunisiens au wahhabisme et à d’autres extrémismes d’importation, heurtant par la même la sensibilité tunisienne empreinte d’un malékisme ancestral et bien implanté en Tunisie ?
Ghannouchi aurait-il trompé aussi Mourou comme il a trompé les tunisiens ? 

On sent chez Mourou un attachement viscéral à la Tunisie et à ses valeurs qu’on ne trouve pas chez Ghannouchi. Cela trahit-il pour autant chez Mourou un réel nationalisme ?
Alors que Ghannouchi, ne se cache plus de son panislamisme ni de son panarabisme, reprenant les thèses qui avaient séduits en leur époque Salah Ben Youssef, dont le père de Moncef Marzouki était partisan, ce qui l’a contraint à s’exiler au Maroc.
Tel père tel fils, Marzouki est panarabiste lui aussi, puisque bien que président provisoire, il veut relancer le projet du Grand Maghreb dans l’impasse depuis presque 20 ans ! Et souhaite participer au règlement des problèmes des autres (Syrie, Libye…), alors que la Tunisie est toujours empêtrée dans ses propres problèmes ! Ceci explique cela. 
Ce qui étonne Mourou de voir ce président s'occuper de "son" panarabisme, comme s'il n'avait pas assez à faire pour les tunisiens dans la panade ! Il sourit de la naïveté des pan arabistes qui se persuadent d’unir tous les peuples arabo-musulmans sous la houlette d’un Chef unique (de Calife diront les panislamistes). Ce qui est une pure lubie, dit Mourou, car chacun voudra être le Chef.
Ce qu’il résume par le dicton tunisien «  chaque chat chasse pour lui-même ».

Mourou a été écouté avec beaucoup d'attention et ses réponses semblent satisfaire les 3 animateurs de l'émission ainsi que le public présent sur le plateau de l'émission. J’imagine que ses paroles ont du mettre du baume au cœur de million de tunisiens inquiets et malmenés par le gouvernement Jebali. 
Il a été chaleureusement applaudi pour ses points de vus et ses réponses sur les questions qui agitent la société tunisienne, relatives :
- à la religion, au mariage coutumier, à l'excision..., qu’il condamne fermement dénonçant le mépris de leurs adeptes pour la femme tunisienne.
- Il exhorte les jeunes filles de ne pas se laisser embarquer dans ce type de mariage, illégal au regard du droit tunisien, et qui n’honore pas l’islam qui respecte la femme.
- les prêcheurs étrangers, auraient du passer par la case du ministère du culte ou de l’éducation pour être autorisés à officier en Tunisie, et non venir par effraction semer la zizanie parmi la population ; dit-il.
- Quand aux prêches, Abdelfattah Mourou rappelle aux prêcheurs étrangers qu’ils ne doivent pas confondre la religion avec la tradition culturelle de leur pays d’origine. En cela, rappelle-t-il, ils ont fauté de vouloir convertir les tunisiens à des pratiques qui leur sont totalement étrangères, au nom d’une lecture erronée des préceptes de l’Islam.
- Ils font injure à l’Islam en prônant de telles inepties, dit-il ! 
- si les prêcheurs trouvent un terrain propice en Tunisie, la faute incombe à Bourguiba, dira-t-il, qui a réduit le rayonnement de notre célèbre université la Zitouna. Il a exprimé le regret que Bourguiba ait démantelé cette institution célèbre dans toute l’Afrique du Nord et ailleurs alors qu'elle aurait pu accompagner la politique de modernisation de la Tunisie, dans un esprit d’ouverture en poursuivant son travail de réflexion.
- le droit de la femme, dont la tunisienne est la première à avoir bénéficié, puisque le contrat de mariage existait bien avant l'indépendance, doit être maintenu et complété.
- le statut de la famille et de la femme, uniques en leur genre doivent être préservés eux aussi.
- Mieux encore, il faut les pousser plus loin pour atteindre l’égalité entre homme et femme en matière d’héritage, en finalisant le droit des femmes à l’héritage. 
- Il exhorte par conséquent les femmes à défendre leurs droits !
- Il rappellera que la constitution de 1959 est inspirée par la chariâa de l’Imam Malek. Par conséquent il pense que quelques modifications nécessaires suffiraient pour donner aux tunisiens la constitution attendue.
- Il recommande même que l’on conserve en l’état l’article 1 de cette constitution !
- il insiste que la constitution ne doit pas faire l’objet de calcul partisan. Elle doit réunir le consensus le plus large possible pour que les tunisiens ne soient pas obligés d’en changer tous les 5 ans.
- à ceux qui se hasarderaient à ce calcul, il leur rappelle que le peuple les « dégagera » comme il a dégagé Ben Ali.
- Il rappelle au gouvernement Jebali qu’il est provisoire et en tant que tel, les tunisiens n’attendent pas de lui de faire des plans et des projets sur 5 ou 10 ans : son rôle est de parer au plus urgent.
- Car avoue-t-il, ce gouvernement n’a pas de programme économique : c’est tout juste si le parti Ennahdha commence à en élaborer un.
- Juriste (étant lui même avocat) et légaliste, il rappelle au gouvernement et à ses amis d’Ennahdha les règles démocratiques : il précise que ni le président ni le premier ministre n’ont été élus par le peuple. Ce qui sous entend qu’ils n’ont pas la légitimité nécessaire pour outre-passer le rôle que les constituants leur ont affecté.
- Quand au choix entre régime présidentiel ou parlementaire : il rappelle que les deux peuvent conduire vers une dictature. Donc, rappelle-t-il aux constituants, l’essentiel est de trouver les parades pour empêcher les dérives totalitaires.
- Il s’étonne qu’on n’ait pas donné plus de places et de postes à responsabilité, à la jeunesse tunisienne, pourtant à l’origine de la révolution tunisienne.
- ......

Il s'exprime dans un style tunisois truffé d’anecdotes et de citations populaires qui le rapprochent des tunisiens. Bref, il rassure. Serait-il un rempart aux dérives de ses anciens amis d'Ennahdha ? Il faut l'espérer.

Avant les élections d’octobre 2011, j’avais rédigé un appel à Yad Ben Achour, notamment auteur de "La deuxième Fatiha", dans lequel je soulignai qu’il me paraissait le mieux placé parce qu’il était à la fois attaché à la culture musulmane de la Tunisie mais aussi ouvert à la démocratie et au respect des droits de l’homme.

Il me semble que Mourou pourrait lui aussi jouer ce rôle de pivot central entre les partisans d’un parti respectant la culture musulmane tunisienne et les progressistes. Il faudra y venir car la Tunisie n’a rien à gagner à cette division que l’on sent de plus en plus profonde et qui n’est que le résultat de l’extrémisme alors que le génie de ce peuple est dans la modération.

Certains expriment une grande méfiance à l’égard d’Abdelfattah Mourou qui aurait tenu, dans le passé d’autres discours. Qui n’évolue pas ? L’essentiel pour les Tunisiens n’est-il pas que les choses soient clairement dites : ils ne veulent pas d’un islam de combat, venu de pays étrangers et complètement étranger à leur culture. Que Mourou dise clairement que les Tunisiens sont des Malékites, tolérants,  ouverts et pacifistes mais ne sont ni des salafistes ni  wahhabites, c’est très bien. Il faut lui en savoir gré de le rappeler à tous ceux qui voudraient diviser les tunisiens en une multitude d’obédiences à des fins politiques intérieures mais aussi extérieures. Car il est connu, pour régner vaut mieux diviser.
Or les premiers bénéficiaires de la divisions des tunisiens sont ceux qui financent l’extrémisme et sèment la fitna parmi eux : les monarques d’Arabie et du Golfe qui font tout pour faire avorter la révolution tunisienne, trop dangereuse pour leur trône et leur propre survie.

Il était temps qu’un tel homme, cofondateur d’Ennahdha mais aussi ancien élève de la Zitouna, et quelque soit son degré de sincérité, remette les pendules à l’heure et rappelle à ses amis d'Ennahdha que la Tunisie est malékite depuis des millénaires ! Qu’il leur faut  par conséquent respecter l’identité tunisienne façonnée par cette obédience.
Le discours de Mourou a du conforter tous les tunisiens dans leur rejet du salafisme et du wahabisme non conformes au génie de ce peuple.

Rachid Barnat

PS : Mourou est aussi un homme politique. Et comme tous les hommes politiques il « s'adapte » à l'air du temps !
Tous ont leur double "facette".
Pour rappel :
- Marzouki et ses beaux discours de « droit-de-l’hommiste », de même
- Ben Jaafar et ses promesses...jusqu'à
- Ghannouchi qui nous promettait ne pas toucher au Code de la famille et au statut de la femme; et promettait de conserver un Etat Civil..... Pourtant de jour en jour nous réalisons à quel point ils mentaient !!!
Je continue ?

Le mérite de Mourou est que, pour une fois, quelqu'un du sérail dise haut et fort que la Tunisie est MALEKITE ! Et mette en garde ceux qui y laissent se propager d'autres obédiences (salafistes, wahhabites ….) aussi dangereuses les unes que les autres. N'est- ce  pas une avancée en soi ? Alors que l'opposition à peine audible, semble dépassée par le déferlement des islamistes sur la Tunisie.
Je répété, quelque soit le degré de sincérité de Mourou, c'est le fond de son discours que j'apprécie. Il fallait absolument que quelqu'un le dise et il est bien placé pour le faire. Chacun pourra se servir de son analyse pour combattre les formes rétrogrades de l'islam.

Quant à ceux qui croient que le fait d'être "islamiste" est une garantie suffisante de moralité et d'honnêteté, ils découvrent, s'ils sont assez honnêtes intellectuellement pour l'admettre, que ces hommes sont comme les autres hommes politiques simplement avides de pouvoir et prêts à tout pour cela !!!!

La stratégie de Mourou est une stratégie politique comme bien d'autres.... Aux partis de l'opposition de la contrer par leur propre stratégie. En ont-ils une seulement ? Il serait temps qu'ils s'unissent et unissent leurs efforts en ce sens. Seront-ils raisonnables ?
Pour le moment c'est la société civile qui "assure" avec ses propres moyens contre la vague d’islamisation mise en place par le gouvernement et son parti détenant la majorité : c'est à dire sa seule VOLONTÉ ! Car, hélas, on n'entend pas beaucoup les politiques !

L'homme politique rêvé : c'est une utopie ! Il faut s’accommoder de ce qu'on a en écartant les pires.
Ceux qui ont cru au "sauveur" Ghannouchi arrivé de son exil Londonien sur son cheval blanc, blanc comme neige lui-même, en sont pour leur frais !


dimanche 19 février 2012

A QUI PROFITE L’INVASION DE LA TUNISIE PAR LES PRECHEURS ÉTRANGERS ?



Le double langage d’Ennahdha devant « les événements et les incidents » à répétition devient grave. 
Ce parti joue avec le feu en cherchant à instaurer un climat de guerre civile dans le pays. La réaction, voir l’absence de réaction des responsable, révèlent leur duplicité avec ceux qui sont à l’origine de ces incidents. 

Pour s’accaparer le pouvoir, Ennahdha n’a rien trouvé de mieux que de diffuser et laisser diffuser les thèses islamistes parmi une population déjà traumatisée par la crise post révolutionnaire que vit le pays. 
Les tunisiens découvrent l’invasion de la Tunisie par des prêcheurs étrangers souvent interdits chez eux mais que le gouvernement cautionne s’il ne les invitait pas lui-même. Le ministre des affaires étrangères redit sa bien venue à celui qui gravement crée une véritable « fitna » parmi les tunisiens, et dont les propos choquent et blessent leur identité.

Faut-il rappeler que trois malheureux journalistes comparurent devant le juge, après avoir été détenus et le directeur de la publication est en prison pour une photo "choquante" ! Alors que des prêcheurs aux discours encore plus choquants, heurtant la sensibilité des tunisiens et plus particulièrement des tunisiennes circulent librement dans tout le pays avec la bénédiction du gouvernement Jebali ! 

Pourtant ce gouvernement contrôle nos frontières pour empêcher l’importation des armes mais les ouvre grandes ouvertes à des armes encore plus redoutables pour les tunisiens : les prêches des saoudiens, égyptiens, qataris… qui viennent semer en toute impunité des obédiences et des traditions de leurs pays en Tunisie comme en un pays conquis. 
Ce qui choque et heurte nos tradition, notre identité tunisienne et notre fierté nationale !

Il faut que les tunisiens se réveillent : Ennahdha est entrain de leur voler leur révolution pour leur imposer sournoisement un model sociétal totalement étranger à leur identité TUNISIENNE, sous prétexte de défendre leur « identité arabo musulmane », instrumentalisant pour çà la religion et l’identité, dans un but purement électoraliste !

Est-ce que les tunisiens ont fait leur révolution parce qu'ils doutaient de leur foi ? De leur identité ???
S'ils ne réagissent pas rapidement contre cette action sournoise d'Ennahdha, ils sont perdus et s’en sera fini de leur identité tunisienne !
J’avoue que je ne comprends pas que tous les partis, en dehors d’Ennahdha, je dis bien tous les partis, ne condamnent pas plus fermement ces dérives. 
Il y a un moment où se taire ou « parler doucement » devant l’inacceptable, vous rend complice des agissements qui doivent être condamnés.

Et que l’on ne vienne pas dire que le pouvoir a été élu et qu’il agit dans le cadre des pouvoirs qui lui ont été donnés par le peuple. Cela est absolument faux. Jamais les tunisiens de quelques tendances qu’ils soient n’ont décidé ce qui se passe aujourd’hui puisque même Ennahdha a toujours tenu, avant les élections, un discours rassurant. Dans la mesure où c’était de toute évidence un mensonge, qu’ils ne viennent pas nous parler de démocratie et d’élection. 
Ils ont trahi le mandat du peuple et le peuple a le droit et le devoir de réagir.

Rachid Barnat

samedi 18 février 2012

LE NOUVEAU TYPE DE COLONISATION : la colonisation PSEUDO-RELIGIEUSE !



Les prêcheurs étrangers qu'invitent des irresponsables d'Ennahdha et leurs sympathisants, n'ont rien à dire aux tunisiens ! Qu'ils retournent chez eux. 


L'égyptien qui prône l’excision des fillettes, vit en exil en Turquie, parce qu'il est interdit d'Egypte, son pays d'origine. Qu'il y retourne et prêche cette pratique pharaonique parmi les siens !


Le plus choquant, c'est que le gouvernement Jebali et les membres d'Ennahdha livrent la Tunisie à un nouveau type de colonisation : la COLONISATION pseudo-religieuse ! 

Qui, sous couvert de pseudo-religiosité, veulent importer et imposer aux tunisiens des traditions d'un autre âge, venues d'Egypte, d'Arabie, du Golfe.... sous prétexte de défendre l' « identité arabo- musulmane » des tunisiens. 

Les tunisiens ont leur propre identité TUNISIENNE ! Ils en sont fiers. 

Ils n'ont pas fait leur révolution pour se faire rééduquer par des obscurantistes (les nahdhaouis & C°), qui font appel à d'autres obscurantistes (saoudiens, qataris, égyptiens ....), pour les coloniser : physiquement, mentalement et culturellement !!! 

Le tunisien est malékite depuis des siècles. 

Il faut qu'il rejette l'envahisseur wahhabite qatari et saoudien, s’il ne veut pas perdre son identité façonnée par le malékisme de ses ancêtres qui fait de lui le tunisien pacifiste, tolérant et ouvert !

Rachid Barnat.