lundi 10 mars 2014

Les islamistes à l’épreuve du pouvoir

Pour les pétro monarques, les "Frères musulmans" sont bons pour les autres ! Mais ils voient rouge dés qu'ils menacent leur trône !!  
R.B 


Une puissante vague islamiste issue d’une alliance entre Frères musulmans, salafistes et émirs du Golfe semble submerger le monde arabe. A y regarder de plus près, le Coran n’est pourtant pas la boussole qui permet de naviguer dans le paysage politique régional.

Les Frères musulmans ? « Un petit groupe qui a dévié du droit chemin. » 
La révolution en Egypte ? « Elle n’aurait pas été possible sans l'appui de l'Iran, et elle est le prélude à de nouveaux accords Sykes-Picot (1). » 
L’élection de M. Mohamed Morsi ? « Un choix malheureux. » 
Comme beaucoup d’officiels du monde arabe, le chef de la police de Dubaï, le général Dahi Khalfan Al-Tamim, communique aussi sur Twitter : « Si les Frères musulmans essaient de mettre en cause la sécurité du Golfe, le sang qui coulera les submergera. »

Tout au long de l’été 2012, le « premier flic » de Dubaï a multiplié les attaques contre la confrérie, la qualifiant d’« organisation pécheresse dont la fin est proche » (2), prônant le gel de ses avoirs et de ses financements. Joignant le geste à l’anathème, les autorités des Emirats arabes unis — dont fait partie Dubaï — ont déféré une soixantaine de Frères devant la justice pour complot contre le régime.

Le journal Al-Chark Al-Awsat est la propriété de la famille du prince héritier saoudien Salman. Malgré la réputation de ce quotidien panarabe en Occident, son degré d’autonomie à l’égard de la politique de l’Arabie frôle le zéro (3). Au lendemain de la prestation de serment de M. Morsi, le 30 juin 2012, son rédacteur en chef, Abdul Rahman Al-Rashed, faisait part de ses interrogations — ou plutôt de celles de la famille Al-Saoud (4).
Le nouveau chef de l’Etat égyptien combattrait-il le terrorisme et s’opposerait-il vraiment à Al-Qaida ? Reprendrait-il le rôle de médiateur joué par l’ancien président Hosni Moubarak sur la question palestinienne ? Epaulerait-il réellement l’opposition syrienne, alors même qu’il s’opposait à toute intervention militaire étrangère ? Soutiendrait-il le roi Abdallah II contre la contestation menée par la branche jordanienne des Frères musulmans (5) ? « Alors que l’Iran a longtemps été un solide allié des Frères musulmans, le président égyptien renouera-t-il des relations diplomatiques avec Téhéran sous prétexte que les pays du Golfe eux-mêmes entretiennent de telles relations ? Restera-t-il silencieux sur les activités idéologiques et religieuses de l’Iran, qui se sont intensifiées depuis la chute de Moubarak, comme le prouve l’appui de Téhéran à des groupes locaux qui veulent répandre le chiisme parmi les Egyptiens ? Al-Azhar [institution majeure de l’islam sunnite basée au Caire] a déjà mis en garde contre cette influence qui pourrait déclencher un conflit confessionnel en Egypte. »Quelques semaines plus tard, en septembre, le même journaliste dénonçait la volonté du Caire d’inclure Téhéran — aux côtés de Riyad et d’Ankara — dans un groupe quadripartite chargé de trouver une solution à la crise syrienne (6). On ne sera pas étonné d’apprendre que le ministre des affaires étrangères saoudien a boycotté une réunion de cette instance qui s’est tenue le 17 septembre au Caire.
Ces témoignages de défiance et bien d’autres, parus dans la presse du Golfe, ont suscité peu d’échos en Occident, peut-être parce qu’ils contredisent la vision communément admise : celle d’une grande alliance de l’islam sunnite regroupant les émirs du Golfe et les mouvances islamistes afin d’imposer un ordre religieux rigoureux et de faire appliquer la charia. Comme si la référence commune à une vision conservatrice de l’islam effaçait les considérations politiques et les rivalités diplomatiques, les différences nationales et les divergences de stratégie.
Certains précédents historiques alimentent ce fantasme, même s’ils doivent plus à la politique qu’à la religion. Dans les années 1950 et 1960, des milliers de cadres des Frères musulmans, persécutés en Egypte, en Syrie, en Algérie et en Irak, se sont établis dans le Golfe, notamment en Arabie saoudite. Comme le rappelle un intellectuel égyptien proche de la confrérie, « il ne s’agissait pas d’un pacte formel. A l’époque, l’organisation avait été démantelée et ne disposait pas d’une direction structurée. Mais il est vrai que les militants qui se sont installés en Arabie saoudite ont fourni à ce pays des milliers de cadres qui ont contribué à la lutte contre le nationalisme arabe, notamment celui du président égyptien Gamal Abdel Nasser, et contre la gauche ».
L'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques, en décembre 1979, relança l’entente au nom du combat commun contre le communisme (7). Mobilisés notamment par les réseaux islamistes — les Frères musulmans restèrent plutôt sur la réserve, se bornant à une aide humanitaire (8) —, appuyés par les Etats-Unis et la Central Intelligence Agency (CIA), financés par les monarchies pétrolières, des milliers de volontaires affluèrent pour combattre l’armée rouge. Al-Qaida devait naître de cette mobilisation en faveur des « combattants de la liberté » afghans.
Le « printemps arabe » représente-t-il la troisième étape de cette « sainte alliance » ? Cette hypothèse séduisante occulte des réalités plus subtiles nées de l’après-guerre froide, à commencer par la rupture entre les Frères et la monarchie saoudienne survenue au début des années 1990, à l’ombre de l’invasion du Koweït. C’est dans un quotidien de cet émirat, Al-Seyassah, que le puissant ministre de l’intérieur saoudien de l’époque, le prince Nayef, détaillait dès 2002 ses griefs à l’égard de l’organisation (9) : « Les Frères musulmans sont la cause de la plupart des problèmes dans le monde arabe et ils ont provoqué de vastes dégâts en Arabie saoudite. Nous avons trop soutenu ce groupe, et ils ont détruit le monde arabe. »
Le prince rappelait que, durant la crise du Golfe de 1990-1991, il avait reçu une délégation comprenant notamment le Tunisien Rached Ghannouchi (actuel président d’Ennahda), le Soudanais Hassan Al-Tourabi, le Yéménite Abdoul Majid Al-Zindani et le Turc Necmettin Erbakan, qui appartenaient tous à la mouvance des Frères. « Nous leur avons demandé : “Entérinez-vous l’invasion du Koweït ?” Ils ont répondu qu’ils étaient là pour recueillir notre point de vue. Mais ils se sont ensuite rendus en Irak, où, à notre grande surprise, ils ont publié une déclaration soutenant l’occupation du Koweït. »
Le prince évitait cependant de mentionner une autre cause de sa fureur, partagée par d’autres émirs de la région : l’implantation des Frères au sein des sociétés du Golfe et leur participation, depuis la guerre du Koweït, aux contestations qui ont frappé le royaume. Car leur vision politique — un Etat islamique, certes, mais bâti sur des élections — diverge de celle de la monarchie, fondée sur l’allégeance sans faille à la famille royale saoudienne. Celle-ci a d’ailleurs préféré financer les divers courants salafistes, dont le refus d’intervenir dans le champ politique et l’appel à soutenir les pouvoirs en place, quels qu’ils soient — la famille royale comme M. Moubarak —, la rassuraient.
Le fossé entre Riyad et la confrérie s’est encore creusé dans les années 2000, avec la participation des Frères musulmans, à travers le Hamas palestinien, à l’« axe de la résistance » face aux Etats-Unis et à Israël, aux côtés de l’Iran, de la Syrie et du Hezbollah libanais.
Quand la realpolitik pèse davantage que la solidarité religieuse
Puis les révoltes arabes ont redistribué les cartes. L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis y sont opposés. Pour eux, le succès des expériences menées par les Frères en Egypte ou en Tunisie serait tout sauf une bonne nouvelle. Les dirigeants wahhabites, qui ont développé d’excellentes relations avec M. Moubarak et ont accueilli l’ancien président Zine El-Abidine Ben Ali après sa fuite — ils refusent de l’extrader comme le demande le nouveau pouvoir tunisien —, reprochent aux Frères d’avoir fait tomber les deux dictateurs, et aux Etats-Unis de les avoir lâchés. La monarchie s’érige en centre de la contre-révolution et écrase la révolte à Bahreïn en mars 2011.
Pourtant, la première visite du président Morsi à l’étranger — comme celle du premier ministre tunisien Hamadi Jebali, membre d’Ennahda —, le 11 juillet 2012, a été réservée à l’Arabie saoudite. Non par solidarité « islamiste », mais au nom de la realpolitik qui domine les relations internationales. L’Egypte a fortement besoin de l’argent de Riyad — elle a reçu 1,5 milliard de dollars et s’en est vu promettre 2,5 milliards supplémentaires (10). D’autre part, plus d’un million et demi de ses citoyens travaillent dans le royaume, et les fonds qu’ils envoient à leurs familles alimentent la balance des paiements du pays. Quant à l’Arabie, quelles que soient ses préventions, elle ne peut se couper du principal pays du Proche-Orient.
« La visite de Morsi n’a pas résolu tous les problèmes », commente un diplomate égyptien. C’est un euphémisme. De nombreux sujets de contentieux persistent, que ce soit le traitement des Egyptiens dans le royaume ou le sort des investissements saoudiens en Egypte. En avril 2012, le royaume rappelait son ambassadeur au Caire après des manifestations dénonçant l’arrestation dans le royaume wahhabite de Me Ahmed Al-Gizaoui, un avocat accusé de détention de drogue. En août 2012, M. Essam El-Erian, l’un des principaux dirigeants des Frères devenu conseiller du président, demandait sur son compte Twitter à l’ambassade saoudienne « d’apporter des éclaircissements sur le crime, le jugement et les circonstances de l’arrestation de Mme Nagla Wafa », une citoyenne égyptienne détenue depuis 2009, condamnée à cinq ans de prison et à cinq cents coups de fouet à la suite d’un désaccord financier avec une princesse (11).
Le sort des investissements du royaume en Egypte alimente le contentieux. En juin 2011, un communiqué du richissime prince Al-Walid Ben Talal annonçait qu’il « donnait au peuple égyptien » trois quarts des cent mille acres qu’il avait achetés à un prix bradé grâce au système de corruption dominant sous le président Moubarak (12). Il s’évitait ainsi des ennuis avec la justice égyptienne. D’autres enquêtes ont été ouvertes par le parquet égyptien qui visent notamment des intérêts saoudiens, même si Le Caire et Riyad tentent d’apaiser les tensions qui en résultent et si un bureau spécial a été créé au ministère de l’investissement égyptien pour régler les contentieux avec l’Arabie (13).
Riyad prend également ombrage du retour du Caire sur la scène diplomatique, alors que la dernière décennie avait vu l’effacement de l’Egypte, souvent à la traîne de la monarchie wahhabite. Le voyage de M. Morsi en Chine — signe que le temps du tête-à-tête avec les Etats-Unis est terminé —, puis en Iran, a confirmé ses craintes. Sa visite à Téhéran à la fin du mois d’août 2012 a valu au président une estime certaine auprès de l’opinion publique égyptienne, fière qu’il ait résisté aux pressions des Etats-Unis et en même temps peu sensible au discours anti-iranien et antichiite des dirigeants du Golfe. Mais, pour éviter de heurter l’Arabie, M. Morsi a dû se livrer à un numéro d’équilibriste : il n’est resté que quelques heures dans la capitale iranienne, n’a pas rencontré le Guide de la révolution comme cela était prévu, et a refusé d’évoquer la reprise des relations diplomatiques bilatérales. Après avoir rendu hommage à Gamal Abdel Nasser — un comble quand on sait que l’ancien Raïs avait violemment réprimé les Frères dans les années 1950 et 1960 —, il a durci son discours sur la Syrie en appelant au départ de M. Bachar Al-Assad, tout en refusant l’intervention étrangère demandée par l’Arabie saoudite. Quant à M. Ghannouchi, le dirigeant tunisien d’Ennahda, il a longtemps résidé à Londres, qu’il a préféré à Riyad pendant son long exil. Durant sa visite aux Etats-Unis, en décembre 2011, il a déclaré que le « printemps arabe » éradiquerait les émirs du Golfe ; cette prédiction lui a valu une réponse ironique du quotidien saoudien Al-Riyad (14), qui se demandait si elle concernait aussi l’émir du Qatar.
Riyad prend ombrage du retour du Caire sur la scène diplomatique régionale après une décennie d’effacement
Car les relations entre le Qatar — lequel se réclame, comme l’Arabie saoudite, du wahhabisme (lire « Repères ») — et les Frères sont solides. L’émirat pense avoir trouvé dans la confrérie un relais de sa politique, alors même qu’il ne dispose ni d’armée, ni de diplomates, ni d’espions en nombre suffisant pour jouer un rôle régional actif, ses réserves de dollars sans fond étant son seul atout. Il a su utiliser la présence sur son territoire, depuis les années 1970, du cheikh Youssef Al-Qaradaoui, devenu l’un des prêcheurs les plus populaires de la région grâce à son émission sur la chaîne qatarie Al-Jazira, « La charia et la vie ». M. Al-Qaradaoui est une référence religieuse pour la confrérie, à laquelle il a appartenu — même s’il conserve son autonomie à son égard.
Après avoir un temps flirté avec le Hezbollah, la Syrie et l’Iran — tout en maintenant de solides relations avec les Etats-Unis —, le Qatar a choisi, depuis les « printemps arabes », de miser sur la victoire des Frères. Al-Jazira, chaîne totalement financée par l’émirat, y a perdu beaucoup de son aura et quelques-uns de ses meilleurs journalistes ; elle est devenue, en Egypte et parfois en Tunisie, le porte-voix des Frères. La visite de l’émir du Qatar au Caire, en août 2012, en plein ramadan, et son dépôt de 2 milliards de dollars à la Banque centrale égyptienne pour l’aider à résoudre ses problèmes de trésorerie confirment la solidité de l’entente. La visite de l’émir du Qatar au Caire, en août 2012, en plein ramadan, et son dépôt de 2 milliards de dollars à la Banque centrale égyptienne pour l’aider à résoudre ses problèmes de trésorerie confirment la solidité de l’entente. Qui plus est, l’émir s’est rendu avec l’aval des autorités égyptiennes le 23 octobre à Gaza, où il a rencontré le gouvernement dirigé par le Hamas.
Contrairement à ce que pensait le général de Gaulle, qui s’envolait, avec des idées simples, vers l’« Orient compliqué », cette région du monde n’est pas mystérieuse, mais peut s’analyser à partir des mêmes concepts politiques que le reste du monde. Encore faut-il accepter de les appliquer. Ainsi, les différentes branches des Frères ne suivent pas la baguette d’un chef d’orchestre clandestin dissimulé à La Mecque et lisant une partition inspirée des dogmes de l’islam : leur stratégie se coule souvent dans le moule des intérêts nationaux de chacun, comme le montre la politique de M. Morsi à l’égard d’Israël ou de Gaza, qui n’est pas sans provoquer une sérieuse déception au sein du Hamas.
A ce tableau s’ajoutent les salafistes — leur entrée en politique en Egypte et en Tunisie implique de nouveaux défis pour ces courants qui s’y étaient jusque-là refusés (15) ; le rapprochement entre le Qatar et l’Arabie saoudite, même si l’émirat reste méfiant à l’égard de son puissant voisin ; ou encore les menaces sur la monarchie jordanienne — qui refuse désormais de coordonner son aide aux rebelles syriens avec le Qatar, soupçonné de favoriser les Frères. De quoi prendre la mesure de la difficulté à lire le paysage islamiste régional à travers le seul prisme du religieux.


dimanche 9 mars 2014

ÇÀ Y EST, ON A MARIÉ LA PETITE !

Alors, voilà que nous venons de marier la petite ! 
Nous avons assisté samedi au mariage de Cathy et Yves à Biarritz où nous avons passé une après-midi et une soirée très agréable dont nous garderons un bon souvenir.
La cérémonie à la mairie de Biarritz, dans ce bâtiment « art-déco », plus joli de l'intérieur que de l'extérieur, a été simple et chaleureuse.
A la sortie, une haie de skieurs du club de ski d'Yves, ont fait une haie d’honneur aux mariés qui sont ainsi passés sous une douzaine de paires de skis. 

On a d’ailleurs retrouvé le thème du ski dans la belle pièce montée en fin de repas où se trouvaient en haut de la pyramide un gros skieur en sucre (Yves ?) et un tout petit skieur tout menu (Cathy ?).
Après la cérémonie nous avons pris la direction du Château du clair de lune, (En basque Argizagita ),  où devait se dérouler la soirée et où nous avions pris une chambre pour demeurer sur place et profiter de la soirée.
C’est un endroit magnifique à la sortie de Biarritz sur la route d’Arbonne : un petit château et ses dépendances dans un très joli parc aux arbres centenaires.
Ce château a une belle histoire : construit dans les années 1900 par une riche américaine. Il a abrité par la suite, un neveu de la propriétaire, le poète Alan Seeger qui est connu pour s’être engagé dans la légion étrangère et qui est mort en 1916 sur le front de la Somme après avoir écrit le poème connu : « J'ai rendez-vous avec la mort ».     
La rue qui mène au château s'appelle avenue Alan Seeger depuis 1982.
Et voici un texte qui ne peut que faire aimer et plaindre ce poète mort si jeune.
Nous étions logés dans une chambre du pavillon de chasse, équipée de manière moderne et donnant sur un beau coin de jardin avec notamment une belle haie de bambous.
La soirée a débuté par un cocktail autour d'une piscine dans une autre annexe avec une terrasse d'où l’on avait une vue époustouflante sur le pays basque et au loin sur la chaîne des Pyrénées. On a pu assister à la lente tombée de la nuit et ensuite à une nuit pleine d’étoiles avec un magnifique croissant de lune éclairant les villages du pays basque et les Pyrénées descendant doucement vers la mer, dans une belle lumière.
Au début du cocktail une surprise attendait la mariée : un groupe  folklorique de jeunes basques a donné une aubade et a dansé pour les nouveaux époux. C’était gai et entraînant.  La mariée a rejoint le groupe de danseurs et esquissé quelques pas savants avec eux ... il faut dire qu'elle a des origines basques.
Le cocktail s’est prolongé agréablement et nous avons profité longuement de la vue magnifique et du temps printanier et chaud.

Nous avons dîné ensuite, à l’intérieur d’une salle agréablement décorée. Un repas très fin, servi  parfaitement par un personnel sympathique et souriant.
A la fin du repas une soirée dansante où jeunes et moins jeunes se sont déchaînés sur la piste dans une atmosphère joyeuse et bon enfant.
Une soirée en tous points réussie et l’on se souviendra donc avec grand plaisir de ce jour où « nous avons marié la petite ! »
Tous nos voeux de bonheur pour les jeunes mariés !   

PS : Choisir pour date de mariage le 8 mars : " Journée des droits de la femme" ... 
voilà Yves averti !

vendredi 7 mars 2014

HAYART ALBY MAAK حيرت قلبي معاك

JE VOUDRAI TANT TE DIRE CE QUI ME TROUBLE ET ME TOURMENTE, 
MAIS MON AMOUR PROPRE M'EN EMPÊCHE !

Très beau texte de Baligh Hamdi !
Très belle mélodie de Riadh Sombati !!
Interprétés par "el Essitt" *, la sublime Oum Kalthoum 
!!!

Traduction par Rachid Barnat.



حيرت قلبي معاك وأنا بداري واخبي
قل لي أعمل إيه وياك ولا أعمل إيه ويا قلبي
بدي اشكي لك من نار حبي بدي احكي لك ع اللي في قلبي
وأقولك ع اللي سهرني وأقولك ع اللي بكاني
وأصور لك ضنى روحي وعزة نفسي منعاني
يا قاسي بص في عيني وشوف إيه أنكتب فيها
دي نظرة شوق وحنيه ودي دمعة بداريها
وده خيال بيين الأجفان فضل معاي الليل كله
سهرني بين فكر وأشجان وفات لي جوه العين ظله
وبين شوقي وحرماني وحيرتي ويا كتماني
بدي اشكي لك من نار حبي
بدي احكي لك ع اللي في قلبي
وأقول لك على اللي سهرني وأقول لك ع اللي بكاني
وصور لك ضنى روحي وعزة نفسي منعاني
ياما ليالي أنا وخيالي ، أفضل أصبر روحي بكلمة يوم قلتها لي
وبات أفكر في اللي جرى لك واللي جرى لي
وأقول ماشافشي الحيرة على لما با سلم
ولاشافش يوم الشوق في عيني راح يتكلم
وارجع أسامحك تاني واحن لك والقاني
بدي اشكي لك من نار حبي
بدي احكي لك ع اللي في قلبي
وأقول لك ع اللي سهرني وأقول لك ع اللي بكاني
وأصور لك ضنى روحي وعزة نفسي ما نعاني
خاصمتك بيني وبين روحي وصالحتك وخاصمتك تاني
وأقول أ بعد يصعب علي روحي تطاوعني ليزيد حرماني
ح أفضل أحبك من غير ما أقولكإيه اللي حير أفكاري
لحد قلبك ما يوم يدلك على هواي المداري
ولما يرحمني قلبك ويبان لعيني هواك
وتني ع اللي انشغل بك وروحي تسمع نداك
بدي اشكي لك من نار حبي
بدي احكي لك ع اللي في قلبي
وأقول ع اللي سهرني وأقول لك ع اللي بكاني
وأقول يا قلبي ليه تخبي وليه يا نفس منعاني




Tu troubles mon cœur et je ne sais comment cacher mon trouble,
Dis-moi que dois-je faire de toi 
Ou que dois-je faire de mon cœur ?

Il me faut te dire le feu qui me consume, 
Il me faut te dire tout ce que j'ai sur le cœur, 
Te parler de celui qui m'empêche de dormir, 
Te parler de celui qui me fait pleurer, 
Te décrire mon état d'âme
Mais mon amour propre m'en empêche !

Toi l'indifférent, regardes-moi dans les yeux; qu'y lis-tu ? 
N'est-ce pas un regard d'amour et de tendresse
N'y vois-tu pas une larme que j'ai du mal à retenir
Et le rêve entre mes paupières qui m'a tenue compagnie toute la nuit
M'empêchant de dormir, entre pensées et tourments
Alors que ce n'était que son ombre !

Entre désir et privation, inquiétude et mutisme 
Je dois t'avouer ma flemme
Et t'ouvrir mon cœur
Te parler de celui qui m'empêche de dormir 
Te parler de celui qui me fait pleurer
Te décrire mon état d'âme
Mais mon amour propre m'en empêche !

Que de nuits, seule avec mon imagination 
Je tentai de me calmer par un mot doux qu'un jour tu m'as dit 
Je passe mes nuits à me demander ce qui nous arrive
Et comment se fait-il que tu n'ais rien remarqué de mon trouble quand je te salue ?
Pas un jour que tu n'aies perçu dans mon regard l'amour qui a failli s'exprimer ?

En moi-même je t'en ai voulu, puis je t'ai pardonné,  
Mais aussitôt je t'en ai voulu à nouveau
Je me suis dit qu'il vaut mieux m'éloigner de toi car ma volonté me lâchera
Et  je ne pourrai supporter d'avantage de souffrir.

Je préfère t'aimer sans te dire tout ce qui me trouble 
En attendant qu'un jour ton cœur découvre l'amour que j'ai du mal à laisser s'exprimer 

Et quand enfin ton cœur aura pitié de moi, que je perçois ton amour pour moi
Que tu appelleras celle que tu tourmentais et que mon âme entendra ton appel

Alors je te dirai le feu qui me consume, 
Je te dirai aussi tout ce que j'ai sur le cœur, 
Je te parlerai de celui qui m'empêchait de dormir, 
Je te parlerai de celui qui m'a fait pleurer, 
Et te décrirai mon état d'âme ...
Mais pourquoi mon amour propre m'en empêchera-t-il ?

* Essitt, en vieux égyptien de l'époque pharaonique : c'est le nom de la déesse ISIS, la mère protectrice.

jeudi 6 mars 2014

Quand l'Europe perd ses valeurs ...

 ... et les monnaient pour le plus offrant :
- Le roi d'Arabie, puis
- L'émir du Qatar, 
- Et maintenant Poutine !

" Dans les années 1980, l’URSS parlait du marxisme international mais n’y croyait plus,
" La Russie croit que Bruxelles aujourd’hui parle encore des droits de l'homme, mais n’y croit plus non plus.
" L’Europe est en fait gérée par une élite qui a la moralité d’un hedge fund : faire de l’argent coûte que coûte, et l’envoyer offshore " !

Les Tunisiens ne doivent compter que sur eux mêmes.

Ils n'ont rien à espérer de l'UE ni des EU pour les débarrasser des "Frères musulmans".
R.B


Audrey Duperron, 


La vraie raison pour laquelle la Russie n'a plus peur de l'Occident


Le monde a assisté, incrédule, à l’envoi de troupes en Crimée. Pourquoi le président russe Vladimir Poutine a-t-il choisi de mettre en jeu les milliers de milliards de dollars de liens qu’il partage avec l’Occident avec une telle opération ? Selon Ben Judah, auteur de « Fragile Empire: How Russia Fell In And Out Of Love With Vladimir Putin », la raison est simple : Poutine pense qu’il n’a rien à perdre. Dans le magazine en ligne Politico, il explique que la Russie n'a plus le même respect pour l'Europe occidentale que dans la période qui a fait suite à la Guerre Froide, parce que tout ce qui intéresse l'Europe désormais, c’est de gagner de l’argent en attirant la richesse des oligarques russes.
« La classe dirigeante russe rachète l’immobilier européen depuis des années. Elle possède maintenant des villas et des appartements de luxe du West End de Londres à la Côte d'Azur en France. Ses enfants sont inscrits dans les écoles d'élite britanniques et suisses. Et ses réserves d’argent sont placées en sécurité dans des banques autrichiennes et des paradis fiscaux britanniques.
Le cercle des proches de Poutine ne craint plus l’Establishment européen. (…) Ils ont vu autrefois comment les aristocrates occidentaux obséquieux et les magnats des affaires tournaient leur veste subitement lorsque c’était leur propre argent qui était en jeu. Ils les considèrent maintenant comme des hypocrites, la même élite européenne qui les aide à cacher leur fortune.
Autrefois, les puissants de la Russie écoutaient lorsque les ambassades européennes émettaient des communiqués pour dénoncer la corruption baroque des sociétés d'Etat russes. Mais plus maintenant. Parce qu’ils savent très bien que ce sont les banquiers, hommes d’affaires et avocats européens qui font le sale boulot pour eux de cacher l’argent de la corruption dans des planques allant des Antilles néerlandaises aux îles Vierges britanniques.
Nous ne parlons pas ici de grosses sommes d’argent, mais de très grosses sommes d’argent. La banque centrale de Poutine elle-même a estimé que les deux tiers des 56 milliards de dollars de capitaux qui sont sortis de Russie en 2012 pouvaient être liés à des activités illégales ». (…)
« Lorsque la Russie voit l'Espagne, l'Italie, la Grèce et le Portugal surenchérir les uns sur les autres pour devenir le meilleur partenaire de la Russie au sein de l’UE (en échange de leur silence sur la question des droits humanitaires), ils voient que le contrôle que l’Amérique exerce sur l’Europe est en train de se dissoudre lentement». (…)
« Moscou n’est pas nerveuse. Les élites russes se sont largement exposées, tout ce qu’elles possèdent est maintenant bloqué dans des propriétés et des comptes bancaires européens. Théoriquement, cela devrait les rendre vulnérables. L’UE pourrait décider subitement de les couper de leurs richesses avec des enquêtes de blanchiment d’argent et des interdictions de visa. Mais à de nombreuses reprises, ils ont vu les gouvernements européens rechigner à passer leur propre version de la Loi Magnitski américaine, qui interdit à une poignée d’officiels russes corrompus d’entrer aux Etats-Unis ».
« Et cela rend Vladimir Poutine confiant, très confiant, que les élites européennes se soucient plus de gagner de l’argent que de se dresser devant lui. La preuve est là. Après l’arrivée de la force de frappe russe dans la banlieue de Tbilisi, la capitale géorgienne en 2008, il y avait eu des déclarations et des fanfaronnades, mais aucun bruit concernant les milliards de la Russie. Lorsque les membres de l’opposition russe ont été arrêtés et jugés, il y a eu des courriers soucieux de la part de l’Union Européenne, mais là encore, un silence concernant les milliards de la Russie ». (…)
« Le Kremlin pense qu’il connait le vilain petit secret de l’Europe, maintenant. (…) De même que dans les années 1980, l’URSS parlait du marxisme international mais n’y croyait plus, la Russie croit que Bruxelles aujourd’hui parle encore des droits de l'homme, mais n’y croit plus non plus. L’Europe est en fait gérée par une élite qui a la moralité d’un hedge fund : faire de l’argent coûte que coûte, et l’envoyer offshore ».
« Le Kremlin en voit la preuve avec les précédents dirigeants de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne. Tony Blair conseille maintenant la dictature au Kazakhstan sur la manière d’améliorer son image en Occident. Nicolas Sarkozy envisageait de créer un hedge fund avec l’argent de la monarchie absolue du Qatar. Et Gerhard Schröder préside le consortium Nord Stream, un pipeline dont Gazprom détient la majorité des parts et qui relie la Russie directement à l’Allemagne via la Mer Baltique ». (…)

« Vladimir Poutine sait tout cela. Il sait que des millions de Russes le féliciteront comme un héros lorsqu’il leur rendra la Crimée. Il sait que les bureaucrates européens vont pousser des cris d’orfraie avant de retourner à leurs affaires consistant à aider les élites russes à acheter des maisons de ville à Londres et des châteaux en France » (…) « C’est la raison pour laquelle Poutine vient d’envahir la Crimée. Il pense qu’il n’a rien à perdre ».


mardi 4 mars 2014

MEHDI JOMAA : PEUT MIEUX FAIRE !

PREMIER RENDEZ-VOUS DE Mehdi JOMAA AVEC LES TUNISIENS.

Après l’entretien qu’a accordé le premier Ministre Mehdi Jomaa aux journalistes Meryem Belkadhi de "Nessma" et à Walid ABDALLAH de "Watania 1"; on sent sur les réseaux sociaux une déconvenue qui tourne même à la moquerie. Est-ce légitime ?

Depuis la prise de fonction de ce nouveau premier ministre, les réseaux sociaux bruissaient d'impatience pour savoir ce qu'il avait l'intention de faire pour répondre à l'attente des tunisiens exaspérés par ses annonces de bonnes intentions, sans rien voir venir de concret. C'est dire que ce premier rendez-vous avec les tunisiens était très attendu.

Chacun s’accorde à trouver l'homme posé, clair. Si les deux journalistes se sont faits les portes paroles des tunisiens en posant les questions qui les préoccupent, sans ambages; les réponses de Mehdi Jomaa quant à elles, laissaient à désirer. Elles n'ont pas été à la hauteur du débat escompté par nos deux journalistes et par de milliers de tunisiens ... du moins si on en juge par les réactions sur les réseaux sociaux ! 

Bien qu'il ne manie pas la langue de bois, Mehdi Jomaa nous laisse sur notre faim en ne donnant pas plus de précisions sur l'état de la Tunisie qu'il hérite d'une troïka ayant échoué mais qui n'a cessé d'affirmer que les voyants sont au verts ! 

Quand les questions se faisaient plus précises et insistantes, Mehdi Jomaa finit par dire à mi demi mot qu’il n’a pas les mains libres. Dommage qu'il ne dise pas assez fort, un certain nombre de vérités sans lesquelles le diagnostic ne sera pas suffisant.

On retient essentiellement de cet entretien que le pays est dans une grande difficulté ! Ce n'est pas une grande nouvelle. Les tunisiens savent bien que cela ne va pas. Mais, il y a là, déjà, une condamnation évidente de l'ex troïka au pouvoir puisqu'il est clair que « le meilleur gouvernement que la Tunisie ait jamais eu » a conduit  le pays au désastre en commettant deux fautes majeures pointées par le premier ministre : un recrutement inconsidéré de fonctionnaires, pas toujours compétents et surtout pas nécessaires qui alourdit la dette nationale et un climat politique tel, qu’il a démobilisé les tunisiens pour travailler. Peut-on être plus net sur l’incapacité des précédents gouvernements ?

Par contre c’est sur les remèdes que le premier Ministre est nettement insuffisant et cela, parce qu’il doit ménager les islamistes et leurs incompétences, et qu'il est sous le contrôle de l'Assemblée dont il a reconnu la légitimité; et qui sera indiscutablement un frein à son action. Quand il nous dit que le remède passe par la remise au travail des tunisiens, il parle d’or. Mais ce qu’il aurait dû dire, c’est comment on parvient à cette remise au travail. La méthode Coué ne suffit pas.

Il faut que les responsables politiques progressistes cessent de tomber dans le piège des islamistes et de se laisser entraîner dans des débats relatifs à la religion, à l'identité des tunisiens, à la charia ou autres balivernes. Que les islamistes cessent de politiser de manière éhontée les mosquées pour fomenter le désordre et souvent la violence. Qu’ils s’occupent de politique et d’économie et cessent de nous bassiner avec la religion de leur amis pétro monarques dont ils veulent importer le model sociétal en Tunisie, dont chacun a bien compris maintenant qu’elle n’est pas la solution mais qu’au contraire elle cause un désordre dans la société.

Mehdi Jomaa aurait dû nous dire ensuite que la reprise de l’économie passe par la sécurité des personnes et des biens et que le pouvoir doit être très ferme ! Il dit vouloir appliquer la loi rien que la loi à ceux qui l’enfreignent ! C'est bien. Mais la question est de savoir s'il se décide à appliquer la résolution martelée mainte fois par l'immense majorité de tunisiens, d'associations civiles, de partis de l'opposition : La dissolution des Ligue de Protection de la Révolution que tout le monde sait que ce ne sont que des milices au service d'Ennahdha et du CPR ! Alors pourquoi tergiverser sur une résolution clairement exprimée dans sa feuille de route ? Qu'attend-il pour en débarrasser le pays et permettre une vie politique démocratique propice pour le bon déroulement des élections ?

Tant que la fermeté ne sera pas revenue, que le laxisme existera dans l’attitude de la police et de l’administration, qui peut croire que les investisseurs reviendront, ou que le tourisme reprendra ?
On aurait attendu un discours plus net du premier Ministre sur ce point et une résolution ferme pour dissoudre les LPR devenues un cancer dans la société tunisienne ! C'était La Question dont les tunisiens attendaient la Réponse. La tergiversation de Mehdi Jomaa le décrédibilise déjà. 
Même incapacité de dire clairement et fermement que ce qui se passe dans de nombreuses mosquées est intolérable et faute de régler ce problème il n y aura aucune reprise sérieuse. 

Il a admis que les élections devaient se tenir le plus rapidement possible. C’est la condition pour stabiliser politiquement le pays et permettre la reprise de l'activité économique du pays. Encore faut-il que le premier ministre agisse pour que cela arrive vite.

Alors, au final, un homme de qualité, qui dit un certain nombre de vérités mais qui manque d’énergie véritable et de leadership pour entraîner derrière lui tout un peuple. Dommage parce qu’il a bénéficié d'un capital sympathie important et d'un préjugé favorable pour la mise en route de la feuille de route !

Il aurait pu le faire avec un diagnostic plus clair, en mettant les points sur les i des responsabilités,  en exigeant qu’on le laisse assurer la sécurité, la reprise du travail par les administrations et en exigeant que les élections se déroulent rapidement.

En ne tenant pas ce langage de vérité et de fermeté, il s’est montré sans doute un gestionnaire mais pas un homme d’état.

Rachid Barnat


lundi 3 mars 2014

Vers une guerre de religion au sein du mouvement islamiste Ennahdha

En acceptant de céder les commandes du pays à une équipe de technocrates, dirigée par Mehdi Jomaâ, le leader islamiste du mouvement Ennahdha, Rachid Ghannouchi, montre bien là son habileté tactique.
En se retirant ainsi du gouvernement à quelques mois des élections annoncées pour la fin 2014 ou le début 2015, les islamistes tentent de faire oublier le bilan catastrophique de leur participation au pouvoir et se donnent le temps de rebattre le jeu pour mieux distribuer les cartes. Bien joué! Sauf qu’au sein du mouvement Ennahdha, le chef historique du mouvement, qui avait réussi jusqu’à présent à être l’homme des synthèses successives, se heurte à une contestation grandissante.
Le nouveau Premier ministre tunisien, Mehdi Jomaâ, qui bénéficie d’un véritable état de grâce, assure à tous ses interlocuteurs qu’il faut à tout prix aboutir à des élections législatives et présidentielles au plus vite dès octobre 2014. Quatre ans presque après le départ de l’ancien président Ben Ali du pouvoir, il est grand temps en effet de conclure. Ces louables intentions pourront-elles se traduire dans les faits ? Rien n’est moins sûr. « Les élections n’auront pas lieu avant le premier trimestre 2015 », assurent aujourd’hui la plupart des représentants du microcosme politique tunisien. En effet, la situation sécuritaire s’aggrave de jour en jour et rend problématique, selon ces mêmes responsables tunisiens, la tenue d’élections apaisées dès le mois d’octobre. "Il faut se rendre compte, affirme un proche de l’ancien Premeir ministre et principal opposant aux islamsites, Beji Caid Essebsi, que la plupart des partis non islamistes ne peuvent pas, en raison de la pression des activistes, tenir des réunions dans les grandes villes de l’intérieur, qu’il s’agisse de Beja, de Kasserine ou de Sidi Bouzid. Comment organiser des élections dans de pareilles conditions ?"

Ainsi la tentative du ministère de l’Intérieur du nouveau gouvernement Jomaâ de mettre fin, ces derniers jours, à l’activité de certaines Ligues de Protection de la Révolution (LPR) qui provoquent un climat de peur dans une grande partie du pays, n’est pas franchement concluante. Ces milices qui prétendent agir au nom d’une idéologie salafiste pure et dure mais regroupent des petits caïds de quartier, ont la capacité d’entretenir d’innombrables troubles dans les quartiers populaires. Le mercredi 26 février, l’arrestation d’Imed Dhgit, chef de la Ligue de Protection de la Révolution de la cité du Kram, a provoqué de nombreux mouvements erratiques dans cette banlieue de Tunis. Des policiers ont été agressés, une trentaine de personnes ont été interpellées !

Stratégie de la tension :
Cette situation de désordre permet aux islamistes de se refaire une virginité. En effet le mouvement Ennhadha a tout intérêt à multiplier les affrontements pour blanchir le bilan sécuritaire calamiteux de son passage au pouvoir. C’est en effet en 2013, alors que les Frères Musulmans gouvernaient avec l’aide de leurs alliés, que deux leaders politiques de gauche, Chokri Belaid et Mohamed Brahimi, ont été assassinés en pleine rue. A l’époque, personne, au niveau des autorités, n’avait cru bon de prendre en compte les nombreux signaux qui annonçaient les dérapages sanglants.

C’est peu dire que les militants nahdaouis s’emploient aujourd’hui à mettre de l’huile sur le feu. Ces derniers jours, on a vu vingt cinq élus de l’Assemblée constituante proches d’Ennahdha plaider, auprès du ministère de l’Intérieur, la cause des activistes interpellés notamment au Kram. Depuis la Révolution, les islamistes ont toujours protégé ces "brebis égarées", comme les avait surnommé Ghannouchi lorsqu’il tentait de rassurer les diplomates occidentaux des menées erratiques de ces groupes violents. "Comprenez qu’il nous appartient de cadrer cette génération qui, en raison du vide idéologique sous Ben Ali, a été amenée à se tourner vers la violence politique". Beaucoup de ces petits malfrats travaillaient, hier, pour le compte de la police du régime défunt et ont servi, après janvier 2011, de force d’appoint à l’appareil du parti Nahdaoui. Ne serait-ce que pour répondre par la violence à la mobilisation de la société civile face aux tentations salafistes du pouvoir.

Après nous, le chaos !
Cette stratégie de la tension menée par Ennahdha est d’autant plus efficace que l’appareil gouvernemental est aujourd’hui très divisé, notamment en matière de maintien de l’ordre. Au sein du gouvernement Jomaâ, qui se veut consensuel, deux ministres coexistent, non sans mal, sur les dossiers sécuritaires. Le premier, Ben Jeddou, déjà en poste sous le gouvernement islamiste précédent, reste proche d’Ennahdha. Le second, simple ministre délégué, a servi le ministère de l’Intérieur jusqu’en 2003 sous les années Ben Ali, et est prêt à en découdre avec les salafistes, du moins si on lui en donne les moyens. La semaine dernière, ce dernier a tenu un discours carré au nouveau Premier ministre à qui il avait demandé un rendez vous : "Ou bien vous me permettez de nommer aux postes clés des hommes sûrs qui ne soient pas inféodés aux islamistes, a-t-il affirmé en substance, ou bien je démissionne". 

Pour l’instant, le Premier ministre, nommé sur la base d’un consensus entre toutes les forces politiques, islamistes compris, n’a pas tranché. Or l’ultimatum lancé par le ministre délégué expire ce dimanche soir !

Après nous, le chaos ! Telle est la stratégie d’Ennahdha qui ne veut à aucun prix que l’expérience gouvernemental actuelle puisse réussir. Avec près de 4000 nominations dans l’administration, qui seront difficiles à annuler, Ennahda conserve son réseau d’influence à l’intérieur du système. En cela, elle reproduit, à une moindre échelle évidemment, la stratégie du noyautage développée par l’ancienne dictature.

Surtout, le mouvement continuera à exercer son influence à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) où elle occupe 97 sièges sur 217 et qui reste souveraine. Ennahda peut ainsi faire la pluie et le beau temps en faisant promulguer des lois et en demandant des comptes au gouvernement de Mehdi Jomâa. « Elle n’aidera pas cet exécutif, elle table sur son échec pour faire prévaloir que sa propre gouvernance n’était pas si mauvaise en assurant que quiconque au pouvoir n’aurait pas réussi » affirme Abdelwaheb El Hani, fondateur du parti El Majd.

Avec leurs alliés, les élus nahdaouis vont multiplier les embûches lorsqu’il va s’agir de définir le code électoral et les modalités d’organisation du scrutin. Gagner du temps, c’est l’espoir que la situation notamment économique et sociale puisse empirer. Dans la Tunisie de l’intérieur, dite "des oubliés" et désormais majoritaire, la situation est marquée par un chômage endémique et des pénuries généralisées. D’où les jacqueries dans les grandes villes populaires de Thala et de Kasserine, le premier faux barrage de policiers dans l’ouest du pays et encore les attaques contre les symboles de l’autorité, y compris, soit dit en passant, les locaux du mouvement Ennahdha.

Au total, l’éloignement d’Ennhadha du pouvoir présente pour le mouvement un double avantage. 
- Première retombée favorable, un scénario à l’égyptienne est désormais exclu puisqu’ils ont montré, par un repli tactique, une capacité de compromis. "Il n’est pas si fréquent, remarque un diplomate occidental, qu’une formation politique qui a avec ses alliés la majorité des voix à l’Assemblée, abandonne d’elle même les rênes du pouvoir". Ce qui n’est pas tout à fait faux.
- Deuxième avantage pour nos islamistes, plus le gouvernement actuel sera impuissant face à la situation sociale et sécuritaire, plus l’opinion publique reviendra sur le bilan des deux années de gouvernement islamiste. On entend déjà le redoutable Bhiri, ancien ministre de la justice et la personnalité la plus populaire du mouvement, vanter "les 3% de croissance" et les avancées sociales des Frères Musulmans au pouvoir.

Contestations internes :
Sauf que ce mouvement qui s’est toujours présenté comme un front uni est désormais traversée par de nombreux courants, dont plusieurs sont ouvertement en froid avec la ligne du "Cheikh" Ghannouchi. Certes les divisions internes au sein d’un mouvement dont le fonctionnement ressemble fort au centralisme démocratique des partis communistes occidentaux, ne sont pas une nouveauté. Le "Majlis El Choura", le conseil consultatif du parti élu démocratiquement à chaque congrès, a souvent exposé des vues opposées à celles du bureau politique. On a vu l’ex-premier ministre Jebali claquer la porte de cette haute instance après y avoir été mis en cause. Mais Ennahdha nettoyait son linge sale en famille et sous l’autorité jusqu’alors incontestée d’un Ghannouchi passé mètre dans l’art de la duplicité et de la capacité de synthèse. Cette fois, les querelles des Nahdhaouis, modernistes contre salafistes, sont mises sur la place publique.

Ces dernières semaines, le départ du gouvernement a été soutenu par des personnalités pragmatiques comme l’ancien Premier ministre Hamadi Jebali ou le co-fondateur du mouvement, Abdelfatah Mourou, décidés à rassurer les partenaires occidentaux et l’opinion publique tunisienne. Il n’est pas exclu que Hamadi Jebali que l’on voit beaucoup à Bruxelles et en Europe se présenter aux présidentielles en tant qu’indépendant. Avec ou sans le soutien discret de Ghannouchi, un scénario sur lequel les avis divergent.

A l’autre bord, la branche ultra du mouvement ne pardonne pas à Rached Ghannouchi d’avoir accepté que la chariâa ne soit pas mentionnée comme référence principale dans la constitution, promulguée le 26 janvier 2014. Les plus radicaux, menés par Sadok Chourou (le mieux élu au Majis el Choura en 2012) et Habib Ellouze, soient tentés de fonder leur propre formation politique. 

Mais ce qui est certain, c’est que parmi les jeunes d’Ennahda nombreux sont ceux qui seraient favorables à un courant de réflexion hors de tout objectif politique. 

Si Ennahda doit travailler à sa mutation, elle n’en demeure pas moins pragmatique ; à peine a-t-elle récupéré ses ténors qui étaient au gouvernement, qu’elle les a envoyés sur le terrain ; Ali Laarayedh à Paris, a renoué avec la communauté en France, Abdelatif Mekki à Kairouan, a réinvesti un fief tenu par les ultras et Habib Ellouze continue à quêter le soutien des petits et moyens entrepreneurs de Sfax.

A droite, si on peut dire, un vif courant de contestation est animé par Habib Mokni, co-fondateur du mouvement et opposant historique à Ben Ali, le modéré qui rencontre l’ensemble des forces politiques. Cet homme rond, consensuel, aimable, qui se présente comme l’"ami" du nouveau Premier ministre, estime qu’Ennahda a voulu aller trop vite en se positionnant, dès le départ de Ben Ali en janvier 2011, comme candidat au pouvoir. "Après tant d’années de clandestinité, il fallait faire le point sur nos positions en organisant un congrès. Or, dès son retour début 2011, Ghannouchi a fait un coup de force, un putsch, en créant un bureau d’une cinquantaine de militants qu’il a lui même choisis". Et d’ajouter: "Ghannouchi était assoiffé de pouvoir, mais ne pouvait pas et ne devait pas gouverner tout de suite. C’était prématuré, trop risqué, nous n’étions pas aptes après toutes ces années de répression. Il fallait d’abord faire notre propre bilan, savoir pourquoi Ben Ali était parti". La priorité était, selon lui, de "sauver le pays" et non de "partir en guerre". Ce discours pragmatique semble aujourd’hui séduire une fraction importante des jeunes générations.

Pris en tenaille entre ces différentes forces, Rached Ghannouchi laisse entendre, certains jours, que les urnes porteront à la désignation d’un gouvernement d’union nationale ou à une cohabitation. Mais il exprime parfois aussi que son vœu le plus cher est de voir Ennahda remporter largement les élections de manière à régner sans partage.

samedi 1 mars 2014

Ghannouchi : un démagogue aux Etats Unis !

Que ne ferait pas Ghannouchi, pour redorer le blason de ses "Frères Musulmans" !
R.B
Par Zohra Abid,
Rédactrice en chef à Kapitalis 

Rached Ghannouchi annonce la chute prochaine de Hafedh Assad en Syrie et de Abdelfattah Sissi en Egypte et prévoit un gouvernement de coalition nationale prochainement en Tunisie.
Invité par le Carnegie Endowment for International Peace à Washington (USA), Rached Ghannouchi, qui était accompagné notamment du député Zied Ladhari, porte parole d'Ennhadha, de la député nahdhaouie Amel Azouz, et de Radwan Masmoudi, président du Centre for the Study of Islam & Democracy (CSID), un think tank proche d'Ennahdha financé par des fonds américains, a fait, mercredi, une conférence en arabe sur la situation en Tunisie et dans la région. Il a parlé, surtout, du «modèle tunisien et de la réussite de la transition démocratique en Tunisie qui peut inspirer les autres pays du Printemps arabe».
Vers un gouvernement de coalition nationale
Rached Ghannouchi a évoqué aussi les prochaines élections, qui devraient avoir lieu avant la fin de l'année, estimant que le meilleur qui puisse arriver à la Tunisie, c'est «un gouvernement rassemblant toutes les tendances et sensibilités politiques».

«Il nous faut un gouvernement de coalition nationale, seul à même d'assurer la stabilité et le développement dans le pays», a martelé M. Ghannouchi.

ghannouchi carnegie 2 27 2
Au premier rang, de gauche à droite, Zied Ladhari, Amel Azzouz et Radwan Masmoudi : 
les visages avenants d'Ennahdha. 
Habib Ellouze, Sadok Chourou et les autres restent à la maison.
La Tunisie a su lutter contre le terrorisme et éviter la contre-révolution, a-t-il aussi indiqué, ajoutant que Ali Larayedh, ancien chef du gouvernement, «a donné une leçon de démocratie aux pays musulmans, en acceptant de céder les rênes du pouvoir» à un gouvernement de compétences nationales indépendantes.
Selon le chef d'Ennahdha, il n'y a aucune crainte pour les pays du Printemps arabe, malgré le mauvais tournant actuel, notamment en Egypte, en Libye, au Yémen et en Syrie.
«L'expérience tunisienne peut être un modèle à suivre par ces pays. La Tunisie dit au monde entier qu'il n'y a aucune contradiction entre la démocratie et l'islam», a martelé chef d'Ennahdha, reprenant un discours que beaucoup d'Américains aiment entendre.
A en croire le chef d'Ennahdha, son parti n'a pas quitté le pouvoir par tactique ou sous la contrainte, mais pour privilégier le dialogue et la constitution d'une marge coalition nationale.
ghannouchi carnegie 2 27 3
Plus démocrate et plus souriant que Ghannouchi, tu meurs !
Le wagon de la démocratie mis sur les rails
«Nous-nous sommes gardés d'imposer une quiconque idéologie et nous avons abouti à une nouvelle constitution. Nous avons adhéré au Dialogue national, qui réunit 22 partis, pour éviter que le pays sombre dans la crise», a encore indiqué M. Ghannouchi, qui a tendance à présenter la situation tunisienne sous un jour resplendissant.
«Notre pays est uni et lutte contre le terrorisme. Il a tourné définitivement une page difficile de son histoire et mis le wagon de la démocratie sur les rails», a-t-il souligné, dans une langue de bois que n'aurait pas renié l'ex-dictateur Ben Ali.
Entre le récit de Ghannouchi et le vécu des Tunisiens, il y a toute la distance de la langue de bois, de la duplicité et de la tromperie, qui caractérisent depuis toujours le discours des islamistes.