samedi 9 août 2014

Quand les fous de dieu mènent la danse ... macabre !

Les guerres de religions ont repris de plus belle, d'autant qu'elles sont menées par des fous de dieu : les uns rêvant à la reconstitution du royaume de David et les autres au Califat ! 

Deux lubies qui mettent le monde à feu et à sang !!

R.B


Le Proche-Orient et ses funestes bifurcations idéologiques

Dans le fatras des immeubles écrasés et les rues devenues des champs de tirs, la Bande de Gaza ne cesse de compter les victimes d'une armée israélienne sans retenue. Plus silencieux est l'exil forcé des chrétiens de Mossoul par les barbares de l'Etat islamique de l'Irak et du Levant (devenu Etat islamique).
Si le sort tragique des Palestiniens de Gaza trouve un écho en France -à juste titre tant il est bouleversant-, celui des chrétiens de Mossoul ne mobilise pas autant. A ce sujet, Régis Debray écrivit voilà quelques années que "Les chrétiens d'Orient sont trop Arabes pour les Occidentaux bon teint et trop chrétiens pour les progressistes bon teint." Alors que les médias semblent s'en être aussi un peu détournés, comment oublier aussi le conflit syrien avec ses millions de réfugiés et ses 200.000 morts, à la fois victimes d'un pouvoir brutal et de certains groupes jihadistes voulant remplacer une dictature nationaliste par une dictature islamiste.
Le sujet ici n'est pas la différence de traitements entre trois actualités. Car les trois destinées dont nous parlons sont rattrapées par une même violence. Qu'ils soient Palestiniens interdits d'accès aux droits les plus fondamentaux par Israël, Syriens écrasés parce qu'ils veulent sortir d'un régime autoritaire et corrompu sans pour autant embrasser les normes d'un islamisme rétrograde, ou qu'ils soient Irakiens, chrétiens ou musulmans, persécutés par les jihadistes barbares de l'Etat islamique, c'est une même violence qui s'abat sur eux: celle qui recourt à la force pour nier l'Autre dans sa différence mais surtout dans son aspiration universelle à la dignité.
En prenant un peu de surplomb historique par rapport à ces trois actualités - avouons-le, l'exercice est difficile tant l'émotion est forte - on ne peut que faire le constat d'une lente dérive de trois idéologies qui se voulaient libératrices à leur début : le sionisme, le nationalisme arabe et l'islam politique.
- Le sionisme avait notamment pour visée d'éloigner les Juifs du Vieux continent du climat d'antijudaïsme de plus en plus prégnant. Quoique contesté à ses origines par les Juifs d'Europe, il finit par l'emporter, aidé en cela par les calculs stratégiques britanniques qui fondèrent un foyer national juif en Palestine puis par la terrible montée en puissance de l'antijudaïsme en Allemagne. Dans la famille sioniste, les partisans d'une Palestine binationale accueillant Arabes et Juifs furent marginalisés dès les années 30 avant de disparaître au profit des sionistes intégraux. Au cœur de ce courant, les plus "modérés", d'idéologie travailliste, gouvernèrent jusqu'en 1977 avant de laisser la place aux ultra-sionistes du Likoud aiguillonnés par des religieux en quête de territoires à coloniser.
En dépit de la parenthèse des années 2000 avec le processus d'Oslo, cette mouvance ultra-sioniste n'a plus quitté la scène politique israélienne et c'est elle qui domine désormais, sa base électorale renforcée par des colons étant très solide.
- Se libérer de la tutelle ottomane, tel était l'objectif du nationalisme arabe naissant. Pétris d'idéaux des lumières, les pères fondateurs de ce courant partageaient l'ardent désir de ressusciter la nation arabe et ses attributs : la langue, l'art et les lettres. 

Cependant, une fois libérés de la tutelle ottomane, les pays arabes furent contrôlés par des puissances mandataires (France et Grande-Bretagne) qui domestiquèrent ces élites nationalistes arabes, les décrédibilisant en partie auprès de leurs populations. Après les indépendances, des nationalistes plus révolutionnaires que démocrates prirent donc progressivement le pouvoir en Syrie et en Irak notamment. Et ces pouvoirs connurent la lente dérive autocratique et ploutocrate que l'on connaît sans compter qu'ils perdirent la guerre des Six Jours supposée libérer la Palestine en 1967. Dans ce contexte, c'est une autre idéologie de substitution qui prit le relais : l'islamisme.

- Réformiste à ses débuts, ce courant a lui aussi émergé à la fin de l'Empire ottoman. La pensée de Jamal Eddine al-Afghani (1839-1897) et Mohamed Abduh (1849-1905) se voulait libératrice des Arabes qui devaient revenir à une certaine rationalité islamique. Mais dans une Egypte dominée par l'Angleterre, cette pensée fut supplantée par celle d'Hasan el-Banna, qui fonda les frères musulmans en 1928. 

Plus sectaire que ses prédécesseurs, il fut lui-même dépassé, dans un contexte de violence nassérienne contre les frères musulmans, par l'un de ses héritiers Sayyed Qotb (1906-1966), auquel nombre de jihadistes se réfèrent.
Cette radicalisation progressive de l'islam politique et surtout son succès doivent beaucoup à l'échec social, économique et politique des nationalistes arabes, aux agissements d'Israël, à l'enrichissement de ses parrains du Golfe, puis plus tard, aux dérives américaines sous l'administration de George W. Bush.

Trois courants politiques, trois trajectoires certes différentes mais interagissant entre elles tandis qu'elles sont engagées sur un chemin de bifurcations malheureuses qui les a conduites vers plus de radicalité. Certes le recours à la nation juive ou arabe ou encore à l'islam, comme matrices primordiales et totalisantes, peut être porteur d'exclusion dans la mesure où le facteur d'appartenance rompt avec un certain universalisme : le sionisme annonce la déconsidération de celui qui n'est pas juif, le nationalisme arabe de celui qui n'est pas arabe (par exemple le Kurde), l'islam politique de celui qui n'est pas, selon une vision néo-orthodoxe, dans la lignée spirituelle du Prophète (le chrétien ou le juif).

Mais cette empreinte doctrinale plus ou moins marquée ne saurait expliquer les sauts successifs qui ont conduit ces courants à emprunter toujours plus les artères de la violence. Les vicissitudes historiques (persécution des Juifs en Europe, colonialisme européen puis ingérences américaines, iraniennes et saoudiennes), les violations territoriales en Palestine par Israël et l'impéritie économique et sociale des pouvoirs en exercice dans les pays arabes sont autant de facteurs puissants des mutations idéologiques qui se sont succédées et qui nous conduisent aujourd'hui à ce chaos.

La sortie des violences idéologiques ne saurait donc se faire sans revenir au politique. Autrement dit aux processus diplomatiques justes et engagés, aux systèmes politiques inclusifs basés sur la citoyenneté et aux politiques économiques et sociales qui ensemble ouvriraient une porte de sortie à cette combinaison d'idéologies agressives qui n'a que trop duré.

vendredi 8 août 2014

Des intellectuels enfermés dans leur tour d'ivoire

Dommage que des intellectuels, experts et savants, repris par les médias, continuent à apporter de l'eau au moulin des hommes politiques qui s'obstinent à vendre aux peuples dits "arabes" l'islamisme "modéré" des frères musulmans dont ils ne veulent pas chez eux ! 

Un bavardage intellectuel largement à côté de la plaque. Se triturer le cerveau et faire des classifications des différentes chapelles de l'islamisme, pour affirmer qu'il existe un "islamisme modéré", tel que les "frères missionnaires", alors que ce qui les fonde toutes c'est le wahhabisme, ferment pour le développement de la violence ... relève de la masturbation intellectuelle et de l'inconscience. 

Car toutes ces formes d'islamisme participent au développement de ce cancer qu'est le djihadisme violent. 

C'est à se demander si ces intellectuels occidentaux, sortent de leur tour d'ivoire ? 
Ont-ils entendu les peuples égyptiens et tunisiens dire leur rejet pour leurs pseudo "modérés" islamistes les Frères musulmans que leurs chefs d'Etat (Obama, Hollande, Merkel, Cameron ... ) s'obstinent à leur vendre; poussant le cynisme jusqu'à affirmer que leur islamisme est compatible avec la démocratie ?

Aurait-ils ces intellectuels l'idée de distinguer entre les formes de communismes alors que les fonde toutes le marxisme ... dont le but était de faire le bonheur des hommes malgré eux ?
R.B


historienne de formation, 
maître de conférences à Sciences Po en Questions internationales.

Hamas, Frères musulmans, jihadistes : les différents visages de l'islamisme

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Qu'y a-t-il de commun entre un prédicateur salafiste et un combattant du Hamas ? Entre Tariq Ramadan et le calife de Mossoul ? La chercheuse Anne-Clémentine Larroque nous donne les clefs pour comprendre la nébuleuse islamiste.

Figarovox: Sous le nom d' «islamistes», on regroupe des réalités qui n'ont rien à voir: le Hamas, les frères musulmans, les djihadistes d'EEIL. Qu'est ce que l'islamisme?

Anne-Clémentine Larroque: Sur le sujet, les amalgames sont quotidiens, c'est une thématique complexe qu'on a tendance à vouloir désespérément rendre simple. Il convient avant tout de distinguer islam, islamisme et islamisme radical ou violent, terminologies très souvent confondues dans le débat public.

L'islam correspond à la religion monothéiste numériquement la plus importante au monde aujourd'hui, mais chronologiquement la dernière apparue après le judaïsme et le christianisme. Les Sunnites sont majoritaires et se placent à côté des Chiites, branche minoritaire.

L' «islamisme» est la dénomination occidentale d'un «réveil de l'islam» au moment de la Modernité occidentale. C'est une idéologie politico-sociale qui a un ressort religieux, né au XIXème siècle en réaction à la Modernité qui a touché le monde musulman, via la colonisation. On oppose systématiquement l'islamisme au progrès, alors que cette idéologie n'est pas anti-moderne au départ. Au contraire les réformistes Muhammad Abduh et Jamal Afghani, pères du réformisme islamiste au XIXème siècle, prônent une réinstauration de l'islam dans les sociétés musulmanes tout à fait compatibles avec les valeurs modernes. Finalement, l'islamisme s'inscrit parmi les grandes idéologies (socialisme, libéralisme, marxisme) nées au XIXe siècle.

En revanche l'islamisme radical ou islamisme violent est une des formes que prend l'islamisme (qui peut aussi s'incarner dans des mouvements pacifiques de prédications qui refusent la violence). Les salafistes prédicateurs barbus que l'on voit dans certains quartiers sont loin de tous prôner le djihad armé! A certains égards on pourrait les comparer aux ordres mendiants dans la Chrétienté car leur vocation est uniquement missionnaire.

Finalement, il y aurait trois familles d'islamismes: l'islamisme missionnaire, l'islamisme politique et l'islamisme violent ou djihâdisme, que vous nommez islamisme «radical».

Ainsi, les Frères Musulmans sont des islamistes réformistes avec un projet politique ; certaines de leurs branches ont pu évoluer vers la violence mais ce n'est pas l'objectif sous-tendu, le Hamas a été fondé par les Frères: cependant, il est constitué d'un parti puis d'une branche armée, tandis que l'EIIL est un groupe djihadiste.

Figarovox: Quel est le point commun entre ces différentes formes d'islamisme?

Anne-Clémentine Larroque: Le point commun de tous ces islamismes est la volonté de mettre en place un Etat islamique, c'est-à-dire une structure étatique où l'autorité mène une politique islamique, au sein de laquelle la «charia», la loi islamique, demeure centrale et est imposée à l'ensemble des habitants. Cependant, leurs moyens diffèrent et leur objectif varie selon l'échelle de temps et d'espace.

Figarovox: Qu'est-ce que le salafisme?

Anne-Clémentine Larroque: La Salafiyya symbolise une nouvelle idéologie islamiste défendant le «retour à l'islam» ou le «réveil de l'islam» favorisant la remise en question de celui-ci vis-à-vis la Modernité occidentale. C'est une idéologie islamiste apparue au XIXe siècle. Le salafisme prône le retour vers le message des pieux ancêtres (salaf signifie «ancêtre»). Mais il prend aussi un visage réformiste avec l'émergence de l'islam politique. 

Suivant la même logique que l'islamisme, trois formes différentes de salafisme existent:
- Le salafisme missionnaire ou de prédication: éducation, œuvres de bienfaisance, etc
- Le salafisme politique : réformisme menant à la création d'un Etat islamique par des voies «politiques»: les Frères musulmans par exemple.
- Le salafisme djihadiste qui ne veut pas se limiter au strict message politique et va plus loin en utilisant l'action violente et terroriste soit à l'intérieur d'un pays musulman (comme le Hamas) soit à l'extérieur (comme Al-Qaïda).

Figarovox: Quelles sont les racines du «djîhadisme»? Est-ce un phénomène contemporain au consubstantiel à l'islam en tant que religion?

Anne-Clémentine Larroque: Non, on ne peut pas dire que le djihâdisme soit consubstantiel à la religion. Si le djihâd existe littéralement dans l'islam (petit et grand djihâd dans le Coran), le «djihâdisme»: (idéologie qui place le djihad comme moteur d'action et comme finalité), est un mouvement contemporain qui puise ses racines dans les thèses de deux grands idéologues:
- La pensée de Sayyid Qotb (1906-1966), militant des Frères musulmans qui lutta activement contre l'Etat de Nasser jugé «mécréant» car ne respectant pas la loi coranique et théorisa dans les années 60 le retour à un islam politique où le djihad prend une place centrale.
- La pensée de Maulana Maududi (1903-1979) théologien fondamentaliste pakistanais qui à la même époque pense et encourage la lutte pour la création d'un état islamique pakistanais. Ses thèses seront suivies par les Talibans: il prône un retour au djihad global.

L'application du djihâd se résume en trois vagues successives dans le monde arabe:
- Dans les années 70-80, dans le cadre de la guerre d'Afghanistan contre les Soviétiques ;
- Le djihâd des années 90, contre les régimes militaires algérien, égyptien et en Bosnie
- Depuis la fin des années 90, le nouveau djihâd contre l'Occident, qui est devenu la raison d'être du mouvement d'Al-Qaida.
On pourrait ajouter une quatrième «vague»: que ce soit Boko Haram au Nigéria, EEIL en Irak ou Al-Nosra en Syrie, les shabbabs en Somalie on assiste à l'émergence d'un djihâdisme plus ancré territorialement qui s'inscrit d'abord localement dans une histoire particulière avant de revendiquer une perspective internationaliste globalisée.

Figarovox: Vous distinguez islamisme de prédication, islamisme politique et djihâdisme. Dans quelle catégorie se trouve le Hamas?

Anne-Clémentine Larroque: Le Hamas, «Mouvement de résistance islamique» est une émanation des Frères musulmans en Palestine, où leur présence date des années 30. Dans les années 40, se crée une branche armée dont le but est de lutter contre les Britanniques et le projet de création de l'Etat d'Israël, Etat sioniste pour eux.
Le Hamas actuel est créé en 1987 lors de la première intifada. L'objectif affiché est alors d'anéantir Israël et le sionisme tout en islamisant la Palestine. Ils lancent les premières vagues d'attentats dans les années 90. En 2006, ils deviennent la première force politique du pays, devant le Fatah, en remportant les élections législatives palestiniennes avec 56 % des suffrages.
On pourrait donc dire que le Hamas constitue un groupe islamiste politique (au départ fondé par les Frères musulmans) qui adopte les moyens d'une mouvance djihadiste de résistance.

Figarovox: Le Printemps arabe avait vu la consécration des frères musulmans qui sont devenus une force politique capable de rassembler les masses arabes, à l'instar du nationalisme panarabe autrefois. Quelle idéologie véhiculent les Frères musulmans?

Anne-Clémentine Larroque: Les Frères musulmans sont un mouvement islamiste réformiste fondé par Hassan Al-Banna en 1928, en Egypte, peu après l'effondrement de l'empire ottoman. La confrérie prône une conquête du pouvoir politique par le bas mais elle s'inscrit dans les trois formes d'islamismes que je décris: missionnaire, politique et violent. Cependant, son but reste politique. 
Certaines branches radicales violentes en sont issues mais ne fondent pas le cœur de leur action. Ils font partie du mouvement des Salafistes réformistes. Leur but est avant tout politique: mettre en place un Etat islamique et installer la Charia. Leur évolution est corrélée à leurs rapports avec les pouvoirs en place.

Dans les années 1960-80, Nasser et Sadate jouent entre répression et instrumentalisation des Frères Musulmans, ce qui pousse ceux-ci à migrer en péninsule arabique et notamment en Arabie Saoudite où ils s'allient momentanément avec les wahhabites. C'est la période particulière du «wahhabo-salafisme».

Les Frères musulmans prennent dès lors, une dimension internationaliste et essaiment dans de nombreux pays, y compris en Occident au travers des prises de positions d'intellectuels musulmans réformateurs comme Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères Musulmans Hassan Al-Banna, même s'il ne revendique pas son appartenance à la Confrérie.

Figarovox: Où en est l'islamisme politique quatre ans après les révolutions arabes?

Anne-Clémentine Larroque: On a longtemps cru que les dictatures arabes réussissaient à cantonner et maîtriser les islamistes. Mais en réalité, l'islam radical s'est renforcé en réaction aux pouvoirs dictatoriaux, le nationalisme de Nasser puis l'autoritarisme de Moubarak en Egypte, la tyrannie de la dynastie Assad en Syrie, la «ploutocratie» de Ben Ali en Tunisie. 

Dans les années 2000, certains tentent l'ouverture et l'adoucissement, c'est le cas d'Hosni Moubarak en Egypte, lors des élections de 2005, mais cela ne suffit pas car les revendications économiques et sociales du peuple prennent le pas et les islamistes s'intègrent au mouvement de protestation.


Ensuite, les révolutions arabes ont révélé au grand jour la «frérisation» du monde arabe. Mais les Frères musulmans n'ont pas su garder le pouvoir. L'islamisme a gagné socialement, «par le bas: les stigmates visuels de l'islamisation se sont multipliées en dix ans dans bon nombre de pays arabes. Mais il ne l'a pas gagné politiquement. Les islamistes ont perdu le pouvoir, faute d'expérience, de vision politique et économique globale. Hormis deux exceptions: la Tunisie où le parti Ennahdha de Ghannouchi a su s'adapter à la transition politique du pays, et la Turquie d'Erdogan, qui n'a pas fait la Révolution mais où l'islamisme politique a gagné depuis 2002, dans un pays laïc où se dessinent aujourd'hui les contours de ce que l'on peut qualifier de «post-islamisme».

Des intellectuels va-t-en-guerre ?

Le risque que l'islamisme prenne le relais des dictatures en place lors du "printemps arabe", était évident.

L'expérience de l'Iran n'aurait-elle servie à rien ? Pourtant le Shah a été dégagé par les islamistes soutenus par l’intelligentsia occidentale et les hommes politiques d'alors. Ils ont fait le lit de l'actuelle dictature religieuse que subissent les iraniens depuis plus de 30 ans !

Le pire est que certains intellectuels occidentaux "influents" vont jusqu'à distinguer entre les "islamismes" les classant de "modérés" à "extrémistes", alors que ce qui les fonde c'est le wahhabisme; comme s'il était possible de distinguer dans les "communismes", alors que le marxisme les fonde tous.

Quelle clairvoyance, quelle intelligence des situations.
En réalité ils se targuent de réfléchir et ne sont que des apprentis sorciers.

Ils feraient mieux de se taire s'ils sont à ce degré d'ignorance.

A moins qu'ils ne cachent d'autres intentions moins avouables ... tel que le soutien aux sionistes !
R.B

La Libye en plein chaos : 

fallait-il vraiment renverser Kadhafi ?


Face au chaos qui règne en Libye, devenu trois ans après la chute de Mouammar Kadhafi un vaste champ d'affrontements entre milices, certains commencent à douter de l'opportunité de l'intervention occidentale de 2011.
Dans son éditorial du 30 juillet, "Le Monde" dresse le bilan "du naufrage de la révolution" et s'interroge sur la "pertinence" d'une opération que le quotidien avait pourtant approuvée : "Washington, Paris et Londres ont-il eu raison de mener cette campagne de bombardements aériens qui a permis aux rebelles de l'emporter sur Kadhafi ? [...] Questions auxquelles, au regard du chaos qui emporte la Libye, il est difficile d'échapper."
Le 16 mars 2011, le quotidien avait publié un texte d'intellectuels appelant à un engagement urgent des Occidentaux en Libye. Parmi les signataires : Bernard-Henri Lévy, Pascal Bruckner, Nicole Bacharan, Dominique Simonnet ou encore Frédéric Encel. Regrettent-ils d'avoir signé ? Avec le recul, doutent-ils finalement du bien-fondé de l'opération militaire ? Voici leurs réponses.

Dominique Simonnet, écrivain, à l'initiative du texte

"On ne peut pas prôner l'indifférence et la non-intervention au nom d'un futur hypothétique"

"'Le Monde' a raison, il est impossible de ne pas se poser la question. Que fallait-il faire ? Faut-il regarder des crimes abominables commis par un Etat ou un dictateur contre son propre peuple sans bouger ? Faut-il intervenir ? Ces questions n'ont pas de réponse simple, c'est toujours un pari sur l'avenir.
A l'époque, j'étais avec mon ami André Glucksmann, nous discutions de la Libye et nous étions absolument terrifiés par ce qu'il se passait. André m'a poussé à écrire un texte. Nous l'avons rédigé en 2 heures. Je l'ai proposé au "Monde" qui a donné aussitôt son accord. L'intervention ensuite a fait débat, mais pour nous, l'idée était de pousser un cri, d'essayer de mobiliser les politiques, de susciter chez eux, si ce n'est l'envie d'intervenir, mais au moins celle de réfléchir, de prendre leur responsabilité. C'était une prise de position morale.
Kadhafi était en train de massacrer son peuple dans une abomination sans nom. Je pense qu'il était impossible de ne pas dire : "Faisons quelque chose, nous qui avons les moyens d'intervenir".
S'il n'y avait pas eu d'intervention, la Libye ne serait-elle pas déjà dans le chaos ? On ne peut pas se permettre de prôner l'indifférence et la non-intervention au nom d'un futur hypothétique. La Libye résume très bien toute la question des droits de l'homme aujourd'hui et des interventions au nom des principes démocratiques et de la liberté.
Que font les démocraties face à des peuples qui sont en souffrance ? Il ne peut pas y avoir une réponse générale. Parfois, on aide et on avance, parfois c'est un échec. Quelque soit l'option choisie, on est toujours perdant dans cette histoire... Ou je dirai plutôt, on n'est perdant qu'aux yeux de ceux qui restent assis et ne bougent pas.
Peut-on faire mieux ? Là, une autre question se pose, une question de démocrate : jusqu'où intervenir ? Peut-on aller jusqu'à construire une démocratie malgré un peuple ? Non, il faut aussi que le peuple qui réclame de l'aide reprenne son destin en main. Mais malgré tout, c'est vrai qu'il faudrait une mobilisation plus importante, un poids politique plus important, notamment au niveau européen, pour que l'accompagnement du peuple en détresse se fasse au mieux, mais on ne peut vivre à sa place non plus."

Bernard-Henry Levy, philosophe

"Kadhafi serait un autre Bachar al-Assad"

"Que se serait-il passé si l'Occident n'était pas intervenu ? La guerre se serait sans doute installée. La Libye serait peut-être devenue une sorte de Syrie. Kadhafi serait, aujourd'hui, un autre Bachar al-Assad. Et le nombre des morts libyens se chiffrerait en dizaine de milliers, pour ne pas dire davantage.
J'ajoute qu’il y a là une vraie question de principe. Un événement ne se juge pas à ses conséquences. Ni ces conséquences à leurs possibles et propres conséquences. On ne juge pas le présent en fonction de son éventuel futur dont, par définition, nous ne savons rien. Ou bien soit : mais alors, personne ne bouge, et cette éventualité d'un présent réinterprété par avenir lourd de péripéties, de drames, de tragédies imprévisibles paralyse toute espèce d'action et d'initiative.
Bref, je n'ai, pour ma part, aucunement changé d’avis. Il fallait sauver Benghazi. Il fallait lever le siège de Misrata bombardée. Il fallait montrer que l'Occident n'était pas l'allié, par principe, des tyrans contre les peuples. Il fallait, pour notre part au moins, casser le mauvais ressort de la guerre des civilisations et montrer que les démocraties ne pariaient pas, a priori, sur je ne sais quelle impossibilité ontologique de la démocratie dans le monde arabe. Et à ceux qui ont donné sa chance à la liberté et au droit, à Sarkozy, à Cameron et, dans une moindre mesure, à Obama, vous verrez que l'Histoire rendra justice."

Nicole Bacharan, historienne et politologue 

"On ne peut pas faire de brouillon de l'Histoire"

"Fallait-il intervenir ? C'est une question à laquelle on ne peut répondre ni par oui ni par non. En 2011, Kadhafi et ses fils promettaient que le sang allait couler dans les rues et il y avaient toutes les raisons de les croire sur parole. Un carnage était annoncé. L'Otan a tenté de l'arrêter. Si l'intervention n'avait pas eu lieu, le carnage aurait eu lieu, et peut-être qu'aujourd'hui, au vu ce qu'on voit en Syrie ou ailleurs, la Libye aurait tout de même plongé dans la guerre civile. On ne peut pas faire de brouillon de l'Histoire.
J'ai signé cet appel, je n'ai pas de regret de l'avoir fait. Nous ne sommes ni des militaires, ni des politiques, nous n'avons pas pris la décision. Nous avons donné notre point de vue qui a été une petite contribution dans une prise de décision. Je pense que même les politiques ne savent pas plus que nous ce qu'il faut faire avec le monde musulman qui est en train d'exploser. J'ai l'impression qu'on est dans des situations où il n'y a que des mauvaises options.
Aurait-on pu faire autrement ? Faire autrement, cela aurait voulu dire envoyer des troupes au sol et rester présent. Est-ce qu'il faut considérer la possibilité que les troupes de l'Otan occupent l'ensemble des pays qui sont en train d'exploser ? Peut-être que ce serait bien, mais c'est juste impossible matériellement et, surtout, les chances de succès ne sont pas réunies. Encore une fois, nous avons réagi à un carnage imminent. Nous n'avons pas de solution à long-terme. Personne n'en a."

Frédéric Encel, maître de conférences à Sciences-Po Paris, auteur de"Géopolitique du printemps arabe" (à paraître)

"La France a tenu son rang"

"Je me posais cette question avant même de signer. Les conséquences géopolitiques d'un acte de guerre, on ne les connait jamais complètement. On peut les subodorer, on peut imaginer ce qui va se passer, et bien évidemment cela va peser dans la balance. Il y a des variables de prises de décision. Moi, ma variable en soutenant l'intervention à l'époque, c'était de sauver Benghazi. Parce que ça c'était du sûr, de l'immédiat. Pourquoi ? Parce que Kadhafi était l'un des dictateurs les plus violents et des plus déstabilisateurs du monde arabe. Aussi, on était en plein dans les révolutions arabes. D'autre part, Kadhafi avait menacé de faire couler des rivières de sang et d'anéantir la rébellion.
Pour toutes ces raisons, je pensais, et je pense toujours, qu'il fallait tout faire pour l'en empêcher. Il y avait ce qu'on peut appeler une fenêtre d'opportunité. Je considère que rares sont les moments dans l'Histoire où l'on peut intervenir, où la faisabilité est là et où l'immédiateté du crime à venir s'impose, et donc il faut y aller. D'autant que nous avons obtenu une résolution au Conseil de sécurité de manière parfaitement loyale.
Au regard de la porosité des frontières, du caractère très tribal et très clanique de l'opposition, du nombre d'armes individuelles et de missiles dont disposait l'armée libyenne, on risquait d'aboutir à une déstabilisation de la région. C'est en partie ce qui s'est produit, certes. C'était un risque. Il a fallu se battre au Mali, mais c'est la France qui y a été. J'assume d'autant plus à posteriori que nous avons, nous Français, à la fois sauvé Benghazi et d'autres endroits de Cyrénaïque d'un massacre, et que nous avons ensuite "contribué" à réparer les conséquences induites par cette intervention en sauvant Bamako, avec l'aval du Conseil de sécurité, de toute la région et même de l'Algérie, une fois n'est pas coutume. La France a tenu son rang.
En ce qui concerne les conséquences géopolitiques, je pense qu'il faut assumer ses choix et éventuellement être prêt à sacrifier des moyens et peut-être des hommes pour contribuer à colmater les brèches qui auront été ouvertes du fait de notre action.
Mais la France n'a pas de marge de manœuvre pour aider davantage. Les puissances occidentales sont aujourd'hui capables d'écourter la longévité du pouvoir d'un dictateur -pas partout-, de temps en temps nous avons les moyens d'imposer des sanctions économiques, des sanctions logistiques comme avec l'Iran, mais nous ne pouvons pas construire un Etat. Ce qui est triste, c'est que nous ne pouvons même pas proposer une espèce de plan Marshall parce que les Occidentaux sont désargentés. Et à qui donnerait-on les fonds ? A quel Etat ?"

Pascal Bruckner, écrivain

"Nous ne sommes pas comptable de ce que les Libyens font de leur liberté"

"L'intervention était parfaitement légitime à l'époque, nous n'avons pas à rougir. Nous ne sommes pas comptable de ce que les Libyens font de leur liberté une fois qu'ils ont été affranchis de Mouammar Kadhafi. Par conséquent, je pense que nous avons sauvé les Libyens d'un massacre et ce qui se passe aujourd'hui est de la seule responsabilité des Libyens eux-mêmes. On n'aurait pas pu faire autrement dans le cas de la Libye.
L'intervention a été très bien menée et a été exemplaire. Il n'y a pas eu d'intervention terrestre, on a permis aux Libyen de se débarrasser de leur dictateur. Qu'ils s'entretuent aujourd'hui, c'est malheureux mais ce n'est plus de notre ressort.
Quand on accompagne, on est accusé d'ingérence, d'impérialisme, c'est toute la difficulté de ce genre de démarche. C'est aux Libyens de se débrouiller avec ce qu'ils ont. La France peut intervenir de manière diplomatique ou politique, elle peut soutenir un des deux camps. En Libye, c'est le chaos tribal, c'est le chaos des régions, mais tout cela était déjà en germe au moment de la guerre contre Kadhafi. On connaissait le contexte, mais il faut rappeler que c'est une intervention qui a été décidée presque en une nuit, dans l'urgence.
Il n'y a pas que la Libye, le monde arabo-musulman est dans un chaos absolu. Donc cela dépasse le cas libyen. La question aujourd'hui est de savoir si nous préférons un dictateur aux islamistes. Et beaucoup de gens préfèrent la dictature."
Propos recueillis par Sarah Diffalah 

jeudi 7 août 2014

Israël tient sa force de la faiblesse de l'Occident

Gaza : François Hollande encore à côté de ses pompes !
R.B
Ex-président de MSF, professeur à Sciences Po, 
Régis Debray Ecrivain et philosophe, 
Edgar Morin Sociologue et philosophe, Directeur de recherches émérite au CNRS et 
Christiane Hessel Veuve de Stéphane Hessel

« M. Hollande, vous êtes comptable d'une certaine idée de la France 
qui se joue à Gaza »

« Quand la violence crée une spirale incontrôlée et la mort de 300 civils innocents, la situation exige une réponse urgente et déterminée », viennent d'indiquer à bon escient le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, au moment d'élever au niveau 3 les sanctions économiques contre la Russie.
On ne sait pas si le président russe, Vladimir Poutine, où l'un de ses subordonnés, a donné l'ordre de faire sauter en vol le Boeing 777 de la Malaysia Airlines. Mais il y a déjà cinq fois plus de civils innocents massacrés à Gaza, ceux-là soigneusement ciblés et sur l'ordre direct d'un gouvernement. Les sanctions de l'Union européenne contre Israël restent au niveau zéro. L'annexion de la Crimée russophone déclenche indignation et sanctions. Celle de la Jérusalem arabophone nous laisserait impavides ? Peut-on à la fois condamner M. Poutine et absoudre M. Nétanyahou ? Encore deux poids deux mesures ?



Nous avons condamné les conflits interarabes et intermusulmans qui ensanglantent et décomposent le Moyen-Orient. Ils font plus de victimes locales que la répression israélienne. Mais la particularité de l'affaire israélo-palestinienne est qu'elle concerne et touche à l'identité des millions d'Arabes et musulmans, des millions de chrétiens et Occidentaux, des millions de juifs dispersés dans le monde.
RÉSISTER AU MENSONGE
Ce conflit apparemment local est de portée mondiale et de ce fait a déjà suscité ses métastases dans le monde musulman, le monde juif, le monde occidental. Il a réveillé et amplifié anti-judaïsme, anti-arabisme, anti-christianisme (les croisés) et répandu des incendies de haine dans tous les continents.
Nous avons eu l'occasion de nous rendre à Gaza, où il existe un Institut culturel français ; et les SOS que nous recevons de nos amis sur place, qui voient les leurs mourir dans une terrible solitude, nous bouleversent. N'ayant guère d'accointances avec les actuels présidents du Conseil et de la Commission européens, ce n'est pas vers ces éminentes et sagaces personnalités que nous nous tournons mais vers vous, François Hollande, pour qui nous avons voté et qui ne nous êtes pas inconnu. C'est de vous que nous sommes en droit d'attendre une réponse urgente et déterminée face à ce carnage, comme à la systématisation des punitions collectives en Cisjordanie même.


Les appels pieux ne suffisent pas plus que les renvois dos à dos qui masquent la terrible disproportion de forces entre colonisateurs et colonisés depuis quarante-sept ans. L'écrivain et dissident russe Alexandre Soljenitsyne (1918-2008) demandait aux dirigeants soviétiques une seule chose : « Ne mentez pas. »Quand on ne peut résister à la force, on doit au moins résister au mensonge. Ne vous et ne nous mentez pas, monsieur le Président.
L'ENFERMEMENT COMPLET N'EST NI VIABLE NI HUMAIN
On doit toujours regretter la mort de militaires en opération, mais quand les victimes sont des civils, femmes et enfants sans défense qui n'ont plus d'eau à boire, non pas des occupants mais des occupés, et non des envahisseurs mais des envahis, il ne s'agit plus d'implorer mais de sommer au respect du droit international.
La France est bien placée pour initier un mouvement des grands pays européens pour la suspension de l'accord d'association entre Israël et l'UE, accord conditionné au respect de nos valeurs communes et des accords de paix souscrits par le passé. De même pourrait-elle faire valoir qu'un cessez-le-feu qui déboucherait sur un retour au statu quo ante, lui-même déjà intolérable, ne ferait que contribuer au pourrissement de la situation et donc au retour de l'insécurité pour les uns comme pour les autres.
L'enfermement complet n'est ni viable ni humain. Pourquoi la police européenne ne pourrait-elle revenir sur tous les points de passage entre Gaza et l'extérieur, comme c'était le cas avant 2007 ?
APARTHEID
Nous n'oublions pas les chrétiens expulsés d'Irak et les civils assiégés d'Alep. Mais à notre connaissance, vous n'avez jamais chanté La Vie en rose en trinquant avec l'autocrate de Damas ou avec le calife de Mossoul comme on vous l'a vu faire sur nos écrans avec le premier ministre israélien au cours d'un repas familial.


L'extrême droite israélienne vous semblant moins répréhensible que l'extrême droite française, à quelque chose cette inconséquence pourrait être bonne : faciliter les échanges et les pressions au nom de valeurs communes.
Israël se veut défenseur d'un Occident ex-persécuteur de juifs, dont il est un héritier pour le meilleur et pour le pire. Il se dit défenseur de la démocratie, qu'il réserve pleinement aux seuls juifs, et se prétend ennemi du racisme tout en se rapprochant d'un apartheid pour les Arabes.
UN HOMME POLITIQUE SE DOIT DE MONTER EN PREMIÈRE LIGNE
L'école stoïcienne recommandait de distinguer, parmi les événements du monde, entre les choses qui dépendent de nous et celles qui ne dépendent pas de nous. On ne peut guère agir sur les accidents d'avion et les séismes – et pourtant vous avez personnellement pris en main le sort et le deuil des familles des victimes d'une catastrophe aérienne au Mali. C'est tout à votre honneur. A fortiori, un homme politique se doit de monter en première ligne quand les catastrophes humanitaires sont le fait de décisions politiques sur lesquelles il peut intervenir, surtout quand les responsables sont de ses amis ou alliés et qu'ils font partie des Nations unies, sujets aux mêmes devoirs et obligations que les autres Etats. La France n'est-elle pas un membre permanent du Conseil de sécurité ?
Ce ne sont certes pas des Français qui sont directement en cause ici, c'est une certaine idée de la France dont vous êtes comptable, aux yeux de vos compatriotes comme du reste du monde. Et il ne vous échappe pas que faux-fuyants et faux-semblants ont une crédibilité et une durée de vie de plus en plus limitées.