mardi 24 janvier 2012

LES AVOCATS et la LIBERTÉ d'EXPRESSION




Il me semble que le premier des rôles d'un avocat est de défendre toutes les libertés.

Or le collectif des avocats ayant déposé une plainte contre la chaîne TV Nessma, se déshonore de vouloir attenter à la première des libertés, qui doit être sacrée pour leur profession : la liberté d'expression.

Pourtant le 28 décembre 2010, c'étaient les avocats qui courageusement ont soutenu les manifestations venant du centre du pays. 
Leur corporation s'était distinguée en étant la première corporation organisée qui a osé défier le régime de Ben Ali. Pour réclamer quoi ? LA LIBERTÉ
Liberté pour laquelle des jeunes se sont sacrifiés. 

Et voilà qu'un collectif d'avocats sortis d'on ne sait où, puisque ceux qui affrontaient la police de Ben Ali ne se rappellent pas les avoir vus à leur côté; veulent attenter à la première des libertés : la liberté d'expression.
Ils étaient planqués, rasés de près pour ne pas attirer l'attention de la police de Ben Ali...rasant les murs, selon leurs confrères militants. 
Et depuis que leurs confrères leur ont rendu la parole, les voilà "courageux" qui condamnent la liberté d'expression, celle-là même qu'ils recouvrirent grâce à leurs confrères militants ! 

Ils veulent reproduire le système de celui qui les terrorisait : interdire aux journalistes et aux créateurs leur droit à l'expression !

Quand aux hommes du parti qui les instrumentalisent, Ennahdha pour ne pas le nommer, où étaient-ils ?
- ils étaient à l'étranger pour certains. 
Et ne retourneront au pays qu'à la faveur d'une révolution qu'ils n'ont pas faite, ou
- ils étaient en prison, en tant qu'opposants. 
Et qui n'en sortiront qu'à la faveur d'une révolution qu'ils n'ont pas faite, ou
- ils étaient planqués chez eux, terrorisés par la police de Ben Ali qui les surveille.

Car, et il faut le rappeler, tous ces gens "courageux et vindicatifs" d'aujourd'hui, n'ont retrouvé leur parole que grâce à des jeunes tunisiens qui ont accepté de sacrifier leur vie en revendiquant haut et fort : LIBERTÉ, DIGNITÉ et TRAVAIL. 
Mais à aucun moment ils n'ont défié la police pour des questions religieuses.



Alors, il faut que tous ceux qui veulent s'approprier une révolution qu'ils n'ont pas faite, qu'il gueulent moins fort et qu'il cessent de nous bassiner avec leur religiosité exacerbée par des hommes politiques qui n'hésitent pas à instrumentaliser la religion faute de programme économique valable à proposer aux tunisiens et à une Tunisie exsangue.

Qu'ils ne se trompent pas de revendications : les tunisiens n'attendent pas d'eux de les "rééduquer" ou de les infantiliser comme le faisait ZABA ! Ils veulent des solutions concrètes à leurs problèmes économiques. Pour le reste, les tunisiens n'ont pas besoin de directeur de conscience.

Sinon qu'ils dégagent !



Rachid Barnat

Comment se fait-il ?....



Fathi Landolsi se pose des questions 

- Comment se fait-il que la civilisation dite "arabo-musulmane" ne s’est pas développée dans son pays d´origine qui est la péninsule arabique ?

- Comment se fait-il que la majorité des grands noms de cette pseudo-civilisation "arabo-musulmane" soient des perses, chrétiens, juifs, berbères et autres non-arabes ?

- Comment se fait-il qu´on continue de parler d´une civilisation "arabo-musulmane", alors qu´il est historiquement prouvé que se sont les chrétiens, les juifs et autres qui ont apporté leur savoir-faire et leur culture hérités de la Grèce, de Byzance et de la Perse aux conquérants arabes ?

- Comment se fait-il qu´on continue de parler d´une civilisation "arabo-musulmane", alors que la contribution des arabes à cette civilisation est minime ?

- Comment se fait-il qu´on continue de parler d´une civilisation "arabo-musulmane" qui n´a laissé aucune trace dans son pays d´origine qui est la péninsule arabique ?

- Comment se fait-il que cette pseudo-civilisation "arabo-musulmane" s’est développée dans des villes comme Damas, Cordoue, Grenade, Baghdâd et autres villes, alors qu’elles ne sont que des villes conquises 



PREMIERE SEANCE DE QUESTIONS AU GOUVERNEMENT


23/01/2012.

Après le discours de Hammai Jebali premier ministre, le premier à poser sa question fut Ahmed Ibrahim chef du parti "Ittajdid" :
- Il a remercié le premier ministre pour avoir reconnu la difficulté de la tâche avec humilité,
- il apprécie que le premier ministre et son parti redescendent sur terre pour réaliser qu'ils ne pourront pas tenir toutes leurs promesses électoralistes,
- qu'il n'a cessé de dénoncer comme étant démagogiques sinon impossibles à réaliser,
- il se félicite qu’enfin le premier ministre appelle tous les partis à aider la Tunisie à sortir de la crise où elle se trouve.
- alors que depuis les résultats du 23 octobre, dit-il,  Mr Jebali et son parti n’ont  cessé de narguer l’opposition
- se croyant élus pour demeurer au pouvoir pour longtemps,
- oubliant qu’ils ne sont que « provisoires » pour assurer le travail de la constituante pour le quel ils ont été élus,
- il rappelle que la rédaction de la constitution doit être collégiale, intégrant tous les élus du peuple sans exclusive, et
- qu’elle ne doit pas être partisane, mais au-dessus de tous les partis …..

Extraordinaire séance ! Qui l’eut crue ? Une telle interpellation d’un premier ministre dans notre pays ?
Il est plaisant de voir que la démocratie s’installe petit à petit dans les esprits. La parole s’est libérée.
Aux tunisiens d’empêcher qu’elle ne leur soit à nouveau confisquée par quelque parti que ce soit.
Chapeau à Ahmed Ibrahim d’avoir donné le la ! 

Rachid Barnat

dimanche 22 janvier 2012

Le wahhabisme, négation de l'islam


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Mezri Haddad philosophe,
*(Article paru dans Libération du 21/02/2008)

D'un point de vue politique, le discours présidentiel à Riyad est justifiable. D'un point de vue éthique, la foi de Sarkozy dans le changement au sein de ce royaume est louable. Mais croire à une contribution saoudienne dans l'élaboration d'une «politique de civilisation» à même de provoquer une sécularisation au cœur de l'islam est une pure et funeste chimère. Et pour cause : on ne peut pas être et avoir été. L'Arabie Saoudite a été le principal financier des mouvements intégristes dans le monde. Il est vrai qu'elle était en parfaite osmose avec les intérêts géopolitiques américains. C'est le traumatisme du 11 septembre 2001 qui a infirmé ces choix stratégiques que les Etats-Unis ont faits bien avant l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS. Sous l'influence pernicieuse de la monarchie saoudienne, les dirigeants américains ont, en effet, longtemps soutenu l'islamisme comme alternative aux régimes arabes postcoloniaux. La prise de pouvoir par les talibans en Afghanistan était une victoire de l'idéologie saoudienne, un succès de la logistique pakistanaise et la consécration de la stratégie américaine. L'attaque du 11 Septembre a changé toute la donne. Mais, par on ne sait quelle ruse de l'Histoire, plutôt que d'amorcer le déclin de cette monarchie qui incarne ce qu'il y a de plus rétrograde dans l'islam, ces événements ont donné une nouvelle vie au régime saoudien. Les wahhabites doivent au fond remercier leur compatriote et disciple Ben Laden. Pour la simple raison que, comparé à la barbarie et au nihilisme d'Al-Qaeda, la théocratie wahhabite fait maintenant figure de régime modéré. Or toutes les tendances de l'islamisme ont les mêmes maîtres à penser, les mêmes dogmes (l'islam est religion et politique, le jihad et le martyr sont un devoir religieux…) et les mêmes objectifs : éradiquer les apostats (musulmans), combattre les mécréants (juifs et chrétiens), établir une théocratie coranique. «La politique de civilisation, c'est ce que font tous ceux qui œuvrent pour un islam ouvert, un islam qui se souvient des siècles où il était le symbole de l'ouverture et de la tolérance… C'est ce que fait l'Arabie Saoudite», disait Nicolas Sarkozy dans son discours de Riyad.

Bien au contraire, dès sa naissance en 1932, la monarchie saoudienne a effacé quatorze siècles de civilisation, a cultivé et propagé partout dans le monde un islam sectaire, sclérosé, intolérant et des plus fanatiques. C'est une erreur de prendre les dernières réformettes de cette monarchie pour des réformes stratégiques et structurelles. Ces mesures cosmétiques ont été entreprises sous la panique à l'idée d'être le maillon faible du «Grand Moyen-Orient démocratique» décrété par Bush. C'était un analgésique pour calmer le Léviathan très en colère après les attentats du 11 Septembre - dont le cerveau était Ben Laden, un proche de l'oligarchie régnante, et la majorité des terroristes, des sujets saoudiens. Cette oligarchie n'est d'ailleurs pas dupe. A la moindre réforme profonde - comme celle, primordiale, des manuels scolaires -, c'est tout l'édifice saoudien qui menacera de s'écrouler à moyen terme. Il est par conséquent évident que la France, qui souhaite moderniser l'islam, ne peut pas établir une alliance «civilisationnelle» avec une Arabie wahhabite qui n'a jamais abandonné le rêve insensé d'islamiser la modernité. C'est une illusion de considérer ce pays comme représentatif des musulmans dans le monde, encore moins comme figure emblématique de l'islam sunnite. Certes, le pays abrite les lieux saints de l'islam, mais il n'incarne pas pour autant l'islam quiétiste et spirituel pratiqué par la majorité des musulmans. La religion de l'Arabie Saoudite n'est guère l'islam mais le wahhabisme, une secte hérétique déguisée en orthodoxie islamique, dont Ben Laden est le pur produit. Né d'une rencontre, en 1745, entre un prédicateur inculte et illuminé - Muhammad ibn Abd al-Wahhab (1703-1792) - et un chef de guerre impitoyable et ambitieux - Muhammad ibn Saoud (1705-1765) -, le wahhabisme a été d'emblée combattu par les plus grandes autorités islamiques du Caire, d'Istanbul, de Damas, de Bagdad, de Tunis et de Fès.

La réforme (religieuse) du wahhabisme est impossible et même absurde. Penser le contraire, c'est admettre implicitement que le wahhabisme puisse être l'une des expressions de l'islam. Or le wahhabisme, c'est la négation même de l'islam, c'est la nécrose de la civilisation islamique. Ce n'est pas de l'Orient arabe, encore moins de l'Arabie Saoudite, que sortira un islam des Lumières, mais de l'Occident arabe, de ce Maghreb qui a enfanté Ibn Khaldun et Averroès, le dernier philosophe né en terre d'islam.

Il est noble de croire, comme Nicolas Sarkozy, à une possible évolution de l'Arabie Saoudite vers la modernité. Le problème, c'est que l'un des dogmes constitutifs du wahhabisme est précisément le rejet du changement, considéré comme une injonction coranique. Il faut donc abolir le wahhabisme. Sans lui, l'Arabie Saoudite pourrait évoluer et se réformer. Mais sans le wahhabisme, y aurait-il encore une Arabie Saoudite ?

BANQUE ET FINANCE ISLAMISTES


Dans l'émission intitulée "une heure en langue tunisienne" sur la chaîne Al Hiwar, j'ai écouté éberlué, une interview de trois tunisiens, "professeurs Tournesol" de la finance islamiste. 


Ils nous expliquent très sérieusement leur projet d'une possible économie islamiste, qu'ils ont théorisée; et qu'ils ne leur reste que de l'appliquer pour la Tunisie !

Je dirais plutôt expérimenter sur les tunisiens !


Des rêveurs qui veulent expérimenter leur lubie aux dépens des tunisiens et du monde arabo-musulman disent-ils, puisque ce sera une première mondiale claironnent-ils. 

En somme, une révolution dans la révolution de la part d'islamistes opportunistes.


"Banques islamiques, économie islamique, commerce islamique.... ", comme si l'économie de la Tunisie était isolée de l'économie mondiale, ou comme si cela pouvait exister une économie islamiste ! 
Et comme si l'économie mondiale attendait après ces farfelus pour la moraliser. 


Nous avons vu ce qu'était et qui était, derrière la banque Zitouna, banque islamique par excellence voulue par un pseudo cheikh, qui s'est avéré un véritable voyou : Sakhr El Matri, gendre du bandit Ben Ali.


Comme nous voyons ce que sont les banques et le commerce des pays islamistes exportateur de leur islamisme : Arabie, Qatar….bref, tous les pays du Golfe ! 

Moins de 1 % de leurs actifs financiers sont investis dans les banques islamiques, premières à voir le jour dans les années 1990 dans les pays du Golfe.

Tout récemment l’émir a daigné accorder un emprunt à la Tunisie de 500 millions de dollars un taux de 2,5%, soit un taux classique voire légèrement supérieur à ce qu’offrent certaines institutions européennes 


Quand ces monarchies investissent, comme le Qatar, dans des sociétés d’armement occidentales (Lagardère) ils font, sans doute, de la finance islamique ! Quelle hypocrisie !


Hypocrisie et supercherie que tout çà, au nom d'Allah !
Est-ce que les tunisiens vont accepter ces fadaises ?


Rachid Barnat


PS : Précisions de Radhouane Kaddachi :

La banque tunisienne Zitouna n'est pas "islamique", et pour cause :

1) l'origine des fonds apportés lors de sa constitution est douteuse voire criminelle.
2) elle emprunte sur le marché monétaire au même titre que les banques classiques.
Le jeu avec les sentiments des épargnants "musulmans", me conduit à vous citer un autre exemple en Mauritanie, celui de la BAMIS (Banque Islamique de Mauritanie).
Cette banque a invité Cheikh Karadhaoui pour la "bénédiction" de ses opérations qui ne dérogent pas aux règles d'une banque classique.
En effet, la BAMIS emprunte auprès du marché monétaire au taux de 12% et le facture au taux de 20%, maximum autorisé par la Banque Centrale de Mauritanie.

" C’est antidémocratique de permettre à Dieu de concourir aux élections "


Taoufik Ben Brik 

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le 20.01.12 

Le journaliste, écrivain et opposant de toujours revient sur la victoire des islamistes en Tunisie et fait le point de la situation que traverse le pays déclencheur du Printemps arabe, un an après s’être débarrassé du despote Ben Ali.

- Beaucoup d’encre a coulé depuis la victoire des islamistes aux élections en Tunisie. Les Tunisiens ont souvent dit avoir retenu la leçon algérienne. Pourtant, des problèmes commencent déjà. Quelle lecture en faites-vous ?
Ces élections étaient dès le départ viciées. Il y a arnaque depuis le début. Il y a péché originel. Pour organiser des élections valables, il faudrait d’abord garantir la liberté d’expression et l’indépendance de la justice. Or, ces deux socles sont inexistants en Tunisie. De plus, il n’existe pas de confiance entre les électeurs et les candidats alors que celle-ci   devrait être à la base de l’acte de vote. Le champ politique est toujours tenu par l’arrière-garde et l’ancienne garde, c’est-à-dire que tous les pouvoirs sont entre les mains des majordomes de Ben Ali. Je parle du pouvoir des armes, de l’argent ou le pouvoir de nommer des gens à des postes-clés. De plus, Ben Ali a «saharifié» le civisme. Sous le joug de Zaba (surnom de Ben Ali), il n’y avait plus d’opposition, ni d’intelligence, de création, d’art, de théâtre ou de roman. Le jeu politique était inexistant. Il a cependant ouvert un chemin à l’islam politique. D’autant plus que nous savons que les Tunisiens ont cinq rendez-vous avec leur Dieu, célèbrent les fêtes religieuses de l’Aïd et observent le jeûne durant le Ramadhan. Et ils n’ont qu’un seul livre, le Coran. Il est normal, à partir de là, qu’Ennahda remporte ce score de 40%. D’ailleurs, c’est un score auquel il faut ajouter les voix de Moncef Marzouki qui était leur allié pour atteindre aisément les 60%. C’est pour cela que je pense que dès le départ, il ne fallait donner d’autorisation à aucun parti politique instrumentalisant l’outil de la religion et de la morale pour se placer dans le jeu politique. Pour moi, la religion, qui s’immisce dans le quotidien, le hic et nunc, le ici et maintenant des gens, est dès le départ vicié.


- N’est-ce pas antidémocratique d’interdire des partis à référent religieux ?

C’est antidémocratique de permettre à Dieu de concourir aux élections. Dans ce cas de figure, les électeurs ne votent pas pour des hommes, mais pour le parti de Dieu. Ces gens-là n’ont pas de repères, ni d’éthique. Ils n’ont que la morale et la religion pour déchiffrer ce qui se passe autour d’eux, pour avoir de l’espoir, éteindre leur angoisse, pour gérer leur quotidien. Ennahda est ancrée. On compte plus de mosquées qu’il n’y avait de sièges de RCD de Ben Ali.


- On a longtemps prétendu soutenir les régimes totalitaires, car ils étaient des remparts contre l’islamisme. Comment expliquer le soutien occidental aux islamistes aujourd’hui ?

Ce soutien s’explique aisément. On cherche toujours à éteindre la révolution, et on y arrive grâce à l’involution (ou contre-révolution, ndlr). L’Occident, qui ne veut pas avoir à faire à des pays libres, indépendants, orgueilleux et révolutionnaires, préfère plutôt gérer des régimes retardataires, des régimes qui seront aussi sous haute surveillance, pour permettre aux intérêts des Occidentaux de se développer. Ennahda est un parti qui garantit ces intérêts-là. Essayons de placer Ennahda sur l’échiquier politique. Droite libérale ? Extrême droite ? Ultragauche ? C’est tous simplement la droite de l’inquisition, qui incrimine l’art, la musique, le cinéma… Une droite du Moyen-Age, qu’on a connue en Espagne au XIIIe et au XIVe siècles.


- Ghannouchi a dit s’inspirer de l’AKP turc…

Ce qu’on essaie d’établir en Tunisie n’a rien à voir avec le modèle turc. Le modèle tunisien, on le connaît, on a cohabité avec lui, à l’université, dans la rue. Et ce qu’on voit maintenant, c’est un islam des milices, de la fermeture.


- Assistera-t-on inévitablement à une radicalisation de cet islamisme ?

Ces islamistes n’ont pas d’autre issue que celle de la radicalisation, car ils n’ont pas les moyens de répondre aux attentes du peuple. On sait bien que la Tunisie, depuis la révolution, n’est pas un pays du tiers-monde mais un pays du quart-monde ! 25% des Tunisiens vivent sous le seuil de la pauvreté. Les secteurs de l’éducation, de la santé, des transports et de l’habitat rencontrent beaucoup de problèmes. Même un plan Marshal ne saurait remédier à cette situation, en particulier en ce qui concerne les problèmes de l’intérieur du pays. Le chômage a atteint 800 000 Tunisiens, que dire alors de la classe simple et qui n’a jamais travaillé.


- Des militants reprochent aux nouvelles autorités de n’avoir rien fait pour remplir les caisses de l’Etat avec l’argent des lobbies, les avoirs du clan Ben Ali, les dettes odieuses, ni pour créer de l’emploi. Est-ce qu’on ne s’est pas attardé sur les questions de voile et de niqab en occultant les débats de fond ?

On a cherché à noyer le véritable débat dans des discussions sur la croyance et la foi alors que les vrais problèmes des Tunisiens ne sont pas évoqués, pour la simple raison, qu’ils (les islamistes au pouvoir, ndlr) sont incapables de les résoudre. Pour y parvenir, il faut mettre en place un véritable gouvernement provisoire révolutionnaire afin d’insuffler dans la société une volonté herculéenne pour accepter d’abord ce désastre que nous a laissé Ben Ali, et songer à des changements à long terme.


- Selon certains experts, la victoire des islamistes serait due au fait qu’ils ont été mieux organisés et que leur programme aborde les vrais problèmes de la société tandis que la gauche est apparue divisée et s’est limitée aux questions du voile et de l’alcool…

Le grand problème de ces élections est qu’elles sont prématurées. Les Sud-Africains ont attendu cinq années après la libération de Nelson Mandela pour organiser des élections. Or, en Tunisie, on a fait des élections sans que soit ancrée chez le Tunisien une véritable confiance politique et sociale. Quant à la gauche, elle est inexistante. C’est une gauche clochardisée qui n’a rien à voir avec la gauche révolutionnaire de l’Amérique latine ou la gauche asiatique. Une gauche bobo, constituée d’analphabètes scolarisés, qui n’ont aucune clairvoyance, ni discours, ni ancrage dans la société.


- La présence de l’émir du Qatar lors de la célébration du premier anniversaire de la révolution n’a fait qu’alimenter de nouveau la polémique concernant une éventuelle ingérence du Qatar…

Le scandale allait éclater dès le départ. On a vu en direct le char sur lequel on nous a amené la pièce maîtresse qui est Ennahda et son chef Ghannouchi. Aussi, tout le monde sait que c’est avec l’argent du Qatar que ces gens-là se sont implantés, ont mené leur propagande et  donc acheté les voix. J’irai plus loin en disant que le Qatar ne fait qu’appliquer les plans des Etats-Unis. Ces derniers louent pour cette région des régimes rétrogrades et retardataires pour mieux s’implanter.


- A-t-on essayé de récupérer la seule révolution «spontanée» ?

Pour moi, du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011, le peuple tunisien a révolutionné son pays. Mais après le 14 janvier, il y a eu un coup d’arrêt et non pas un cran d’arrêt. Je parlerai carrément d’un coup d’Etat militaire qui avait pour but d’arrêter et de tuer dans l’œuf cette révolution. Je ne sais pas avec quelle couverture ils l’ont fait, si elle est européenne ou américaine.


- Est-il encore trop tôt pour le savoir ?

Nous savons pour les prémisses que c’est l’Amérique. Il ne fallait pas que la révolution perdure. De tous les temps, toutes les révolutions ont eu leurs limites. On n’a jamais permis et on ne permettra jamais à un pays du Sud de faire sa révolution et d’émerger.


- Au lendemain de la révolution, des rumeurs vous donnaient candidat à la présidentielle. Vous y songez ?

Je n’y ai pas songé pour ces élections, les premières de la Tunisie post-révolution. Mais plus tard, quand les conditions seront réunies, c’est possible.

Bio-express :

A 51 ans, le journaliste écrivain tunisien continue de militer pour la liberté d’expression et les droits de l’homme. Eternel opposant qui a connu les geôles de Ben Ali et a eu recours à la grève de la faim, il préfère se définir comme un combattant. Il vient de créer son journal, Contre-pouvoir dont le premier numéro a d’abord été censuré avant d’être finalement distribué.
Mehdia Belkadi

samedi 21 janvier 2012

OU EN EST LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION ? EST-CE UN DOSSIER ENTERRE A PEINE OUVERT ?

Un débat intéressant sur ce thème, organisé par la chaîne Hannibal dans le cadre de l’émission « la voix du peuple », auquel participaient des juristes ayant fait partie de la commission nommée par le gouvernement pour enquêter et constituer des dossiers sur la corruption et le bakchich, en présence de la présidente d’un syndicat des magistrats Mme Kalthoum Cannou et de Mohamed El Ayadi, Rachid Tamr, Aiachi Hammami.

J’ai déjà écrit que la corruption avait été l’un des facteurs déclenchant de la révolution tunisienne, le peuple ayant été choqué par la façon scandaleuse et mafieuse dont s’était comportée la famille de Ben Ali.
J’ai soutenu que la lutte contre la corruption devait être un des objectifs des nouveaux pouvoirs et du peuple.

Il faut également rappeler que la corruption gangrène la vie du pays et qu’elle est source de l’aggravation des conditions sociales; puisqu’il y a ceux qui peuvent « acheter » et ceux dont la pauvreté les met, en quelque sorte « hors circuit ». Elle est un frein certain au développement économique.
C’est donc véritablement une cause qui devrait unir tous les partis politiques et qui devrait entrainer la vigilance de la population.
Or c’est aussi une cause difficile car, bien entendu, il n’est pas toujours facile de débusquer les actes de corruption par nature cachés et qui nécessitent des investigations poussées par des spécialistes du droit, de la finance et de la comptabilité. Il faut également renverser tout un état d’esprit qui s’est peu à peu insinué, insidieusement, partout dans la société.

Cette lutte contre la corruption doit donc être menée fermement, d’abord contre les faits anciens, ceux de l’ancien régime. Sur ce point on a assisté, depuis l’origine à un conflit inutile et nuisible entre les magistrats et la Commission de lutte contre la corruption.

Les magistrats ont toujours contesté cette commission en estimant que la lutte contre les faits de corruption était leurs prérogatives. C’est, à mon sens, une grave erreur d’analyse pour les raisons suivantes :

- D’abord il n’était pas possible, à l’époque, de faire confiance aux magistrats du Parquet pour instruire et poursuivre ces faits de corruption lorsque l’on sait dans quels liens de dépendance était non seulement le parquet mais les Juges eux-mêmes. On ne pouvait absolument pas faire confiance à ceux qui dans le passé avait  manifesté une telle subordination au pouvoir et au parti au pouvoir et dont certains n’était pas exempts de faits de corruption.
- Dés lors la Commission avait le mérite d’être composée  d’hommes et de femmes, issus de la société civile, nommés en raison de leur compétence technique et qui avait structurellement une indépendance à l’égard des pouvoirs anciens.
- Par ailleurs cette Commission a toujours eu un simple rôle d’enregistrement des plaintes et d’instruction, la décision finale revenant comme cela est normal à la Justice. Cette Commission  avait donc pour mission d’effectuer un travail préparatoire en toute indépendance, de manière collégiale et de transmettre ses conclusions à la Justice qui avait tous pouvoirs pour vérifier dans les formes le travail ainsi  réalisé.
- Je rajoute que compte tenu de l’ampleur de la corruption, cette Commission faisait un travail absolument nécessaire et que la Justice avec ses moyens n’aurait pas été capable de faire.

Il faut donc qu’après la mort de son Président, le doyen Abdelfattah Amor, cette Commission soit maintenue, qu’un président soit nommé, qu’elle poursuive son travail préparatoire et que les Juges soient saisis de ses dossiers ainsi instruits et mènent leurs procédures jusqu’à leur terme.

Je trouve donc la querelle des juges inutile et même dangereuse. Ils devraient, au contraire se réjouir de se voir ainsi aidés par la Commission. Leur corporatisme comme celui des avocats est choquant. Ils essaient depuis la création de cette commission, de lui mettre des bâtons dans les roues. Ce qui étonne d’autant que nous savons que certains juges et certains avocats étaient impliqués dans le système de corruption.
Qu’ils commencent par faire déjà le ménage dans leur rang, pour rendre sa crédibilité à une justice que certains de leurs confrères et collègues ont gravement malmenée.

Par ailleurs que deux institutions complémentaires travaillent sur ces cas de corruption me parait tout à fait saint et elles doivent, au surplus, le faire sous le contrôle de la presse et de l’opinion publique. Il faut que la Justice comprenne que tout en respectant les règles de procédure et la présomption d’innocence, elle est rendue au nom du peuple et doit donc agir dans la transparence.
Cela pour le passé.

Pour l’avenir, la lutte contre la corruption passe à la fois par la nécessité de textes comme celui imposant aux  personnels politiques de publier clairement l’état de leurs revenus et de leurs patrimoine avant leur entrée en fonction et par l’existence d’association, issue de la société civile, ayant pour objet de lutter contre toutes formes de corruption. Or sur ce point on peut regretter le silence assez étourdissant du pouvoir et des partis qui le soutiennent.

Rachid Barnat

NB : corruption et inaction de l'état : Le cas de la construction anarchique évoquée, n'est toujours pas résolue un an après ! Et ce malgré toutes les démarches légales pour mettre fin à cette construction anarchique. Preuve, s'il en est besoin, d'une corruption par le bakchich de la part du contrevenant et de son avocat F.M. connu pour ce genre de pratique, impliquant le maire de Mutuelleville, le maire de Tunis et les juges en charge de ce dossier.

" Le jugement de Cambyse : Le dépouillement de Sisamnes "
par Gerard David

COMMENT COMBATTRE LA CORRUPTION DES JUGES ?
Ce tableau du peinte néerlandais Gerard David, relate une histoire vraie d'un juge corrompu du nom de Sisamnes du temps de Cambyse II, roi de Perse.
Ce juge était suspecté de recevoir des pots-de-vin et d'avoir rendu de faux jugements.
Quand sa corruption a été établie, le roi l'a fait arrêter et le condamna à être écorché vif.
Il ordonna aussi de conserver sa peau pour recouvrir la chaise des juges qui lui succéderont pour rendre la justice au nom du roi, afin qu'elle leur serve d'exemple; pour en finir avec la corruption des juges.
Dans le coin supérieur droit du tableau, on peut voir le fils de Sesamnis qui succéda à son père au poste de juge, assis dans la chaise recouverte de la peau de son père, rendre la justice avec dévouement.
Ce tableau était suspendu dans la chambre des membres de la commune belge de Bruges, où les juges ont siégé pour rendre la justice aux plaignants.
Il est conservé aujourd'hui au musée de Groning.
Il était courant d'accrocher des copies de ce tableau dans les salles d'audience en Europe, au 15e siècle.
Il serait bon d'accrocher à nouveau des copies de ce tableau dans les tribunaux des pays où sévit la corruption des juges ... comme en Tunisie !

jeudi 19 janvier 2012

LE FAMEUX 26-26

Article paru dans : Kapitalis

Il est un numéro dont beaucoup de Tunisiens s’en souviennent encore, certains avec gêne.
C’est le fameux 26-26 !

C’est le numéro d’un compte ouvert par le RCD, sensé récolter l’argent des généreux donateurs Tunisiens pour subvenir aux besoins des plus nécessiteux d’entre eux.

A l’origine de ce fameux compte, Anouar Moalla nous raconte que son association organisatrice du premier téléthon tunisien en 1996, avait demandé aux donateurs de faire leur promesse de don en appelant le n° 25-25.  

Devant le succès de ce téléthon, le RCD va s’approprier la formule ; et par dérision ou par provocation je suppose, il remplacera le 25-25 par le fameux 26-26, numéro du compte récoltant les dons.

Le RCD monopolisera depuis, toutes les œuvres caritatives en Tunisie.

En réalité derrière le RCD organisateur des œuvres de bienfaisance en Tunisie, se cache le président Ben Ali lui-même. Comme nous avons découvert sa pratique du « fifty / fifty » dans toutes les affaires juteuses, qu’il imposait à tout entrepreneur étranger qui veut s’installer en Tunisie ; nous avons découvert avec horreur qu’il a poussé plus loin la cupidité, puisqu’il s’est approprié carrément ce fameux compte 26-26 !

Trop content de la manne récoltée grâce à la générosité des Tunisiens, et l’avidité du président aidant, le RCD en fera une institution et harcèlera les Tunisiens pour leur soutirer leurs « oboles » annuelles pour alimenter la caisse personnelle du président. 

Nous nous rappelons les journaux de l’époque qui rendaient compte dans des pages entièrement consacrées au « 26-26 », en citant le nom des entreprises qui « ont bien voulu » donner leur obole, mettant  ainsi sous pression les entreprises qui ne l'avaient pas fait pour qu'elles dépêchent de le faire si elles ne veulent pas avoir des "problémes" !

Les Tunisiens vivants à l’étranger, se souviennent eux aussi des « préposés » à l’alimentation du compte 26-26, rattachés aux ambassades et aux consulats de Tunisie qui les « rappelaient » à leur devoir, pour verser leur obole au 26-26, quand ils venaient pour de simples démarches administratives consulaires !

Rappel instructif quant à la cupidité de Ben Ali et à quel degrés de bassesse il pouvait descendre dans l'indécence, quand il détournait à son profit, sans vergognes, la générosité des Tunisiens pour se remplir les poches.

Depuis, toutes les associations civiles caritatives tunisiennes ont souffert de la cupidité du président et de celle de sa mafia, puisqu’elles ne recevront plus d’aide en provenance des organisations mondiales ni des associations caritatives internationales ; celles-ci ayant compris que l’argent qu’elles enverraient pour aider les Tunisiens, seraient récupérées au passage par Ben Ali et les siens.

Pourtant les associations civiles sont nécessaires dans une société démocratique; et plus particulièrement celles à vocation caritative.
Mais il est impératif qu’elles restent indépendantes du pouvoir.

C’est pourquoi beaucoup de Tunisiens se sont étonnés des largesses d’Ennahdha pendant la campagne électorale et espèrent que ce parti ne va pas, lui aussi, se servir de l’action sociale pour développer son emprise sur les Tunisiens.
Ce qui est à craindre au regard de l'accord signé avec l’émir du Qatar avec le gouvernement de Hammadi Jebali, intégrant son aide caritative à la Tunisie.

Les deux accords de coopération caritative qataris, officialisent et confirment que l'émir finançait la "charity-bisness" d'Ennahdha lors de sa compagne électorale pour acheter les voix des petites gens. Et ce, depuis le retour de son chef Ghannouchi en Tunisie.
Est-ce à dire que la compagne électorale qui s’annonce sera entachée elle aussi par les largesses de l’émir du Qatar, qu’Ennahdha « officiellement » cette fois-ci, distribuerait au nom de l’émir ?
Car selon cet accord, cela augure d’une action gouvernementale caritative qui sera organisée par Ennahdha au bénéfice d’Ennahdha.

Voilà comment on habille habilement de charité des actes de pure propagande politique financée par l’étranger pour « acheter » les voix des bénéficiaires ! 
Deux choses totalement illégales.
C'est à l'opposition de dénoncer ces pratiques illégales et hypocrites mais qui perturbent le jeu démocratique.

Rien n'empêche l'émir du Qatar de donner directement aux associations civiles tunisiennes telles que le Croissant Rouge par exemple ... ainsi il ne pourra être suspecté de financer et de soutenir un parti au pouvoir provisoire mais qui prépare sa compagne électorale pour les prochains scrutins.

Le rôle de la société civile est supplétif de l’action du gouvernement : elle le contrôle et pallie à ses manquements. Elle constitue un des piliers de la démocratie. Pour cela elle doit rester indépendante du pouvoir central. Ce que certaines associations ont voulu expliquer aux Tunisiens pour les faire adhérer à leur association.

Or beaucoup d’associations déplorent que les Tunisiens aient relégué au second plan l'idée d'une révolution politique, privilégiant la mise en avant d’une révolution sociale et économique. Ce constat, elles le font sur le terrain lors des réunions d'information auxquelles elles participent, sur le rôle des associations civiles dans une démocratie.

Selon certains responsables d’associations, les participants ne viennent que pour soumettre leurs problèmes personnels, alors qu’ils espéraient leur inculquer plus de civisme et de responsabilité civique. Devant le flop, ils conseillent à ces personnes de s'adresser à des associations traitant de leur problème spécifique, sinon de se constituer en association civile pour faire "remonter" leurs revendications aux autorités compétentes de l'Etat.

Cela expliquerait-il la pléthore d'associations civiles que nous avons vu naître dans la Tunisie d'après le 14 janvier 2011; et qui dépasserait les 9700 associations ! ? Dommage.

Les Tunisiens reproduisent la même erreur que les hommes politiques, quand chacun voulant son parti personnel, on en est arrivé à dénombrer plus 100 partis pour un pays de 12 millions d'habitants.

J’espère qu’après l’euphorie libératrice de la parole et de l’action, que les Tunisiens se ressaisiront pour devenir plus responsables et plus citoyens, en sacrifiant leur individualisme pour plus de civisme. 

Que tous ces partis et toutes ces associations fusionnent quand la couleur politique ou l’action civique des uns et des autres sont proches, voir les mêmes. Cela gagnerait en clarté et surtout en efficacité.

Mais il est vrai aussi qu’il faut absolument que le pouvoir commence à travailler sérieusement sur le problème du chômage, de la pauvreté et de la disparité des ressources entre les régions.

Les partis qui aspirent à l’alternance, ne doivent pas oublier que les problèmes économiques sont la première préoccupation des Tunisiens et particulièrement des milieux défavorisés.
 
A bon entendeur …

Rachid Barnat