mercredi 24 septembre 2014

Comment et pourquoi les États-Unis ont créé l’État islamique

La progression spectaculaire et jusque-là incoercible de l’État islamique a de nouveau placé l’Irak sous le feu des projecteurs. Si les médias sont prolixes pour décrire les atrocités du prétendu , ils le sont beaucoup moins lorsqu’il s’agit de dire quelle est son origine et qui sont exactement ceux qui s’en réclament. L’État islamique ne surgit pourtant pas de nulle part. Il est le fruit de la politique impérialiste étasunienne au Moyen-Orient dont les racines remontent au chaos irakien post-Saddam Hussein et au récent conflit syrien. Pour bien comprendre son rôle exact, il convient d’analyser brièvement la politique américaine dans le monde arabe dans les trente dernières années. L'islamisme a été au cours de cette période l’allié objectif de l’Oncle Sam au Moyen-Orient. Il est aujourd’hui le prétexte qui permet aux États-Unis d'intervenir dans les pays arabes, soit pour défendre les « bons musulmans » dans leur quête de liberté, soit pour combattre les « mauvais » qui menacent la sécurité de la planète.
Pendant la Guerre froide, l’islam conservateur était l’allié des États-Unis. Il permettait à ces derniers de contenir l’expansion du communisme et l’influence  dans le monde arabe. Une révolution éclata le 27 avril 1978 en , avec pour résultat l’arrivée au pouvoir du Parti populaire démocratique d’. La proclamation de la  démocratique d’Afghanistan lui fut concomitante. Les tentatives faites par les dirigeants du pays de mettre en œuvre de nouvelles réformes qui auraient permis de surmonter le retard structurel du pays se heurtèrent rapidement à une résistance acharnée de la part de l’opposition islamique. Une guerre civile éclata. Fin 1979, l’armée soviétique intervint pour soutenir le régime progressiste en place. La CIA s’appuya alors sur les groupes islamistes, utilisant l'islam radical pour unir les musulmans contre les Soviétiques. On estime que 3,5 milliards de dollars ont été investis sous l’administration Reagan pendant la guerre d’Afghanistan. Après le retrait russe en 1989, les États-Unis ont cessé de fournir des armes sans toutefois rompre les liens avec les moujahidines afghans. Ils ont ainsi maintenu entre 1994 et 1996 des relations avec les talibans, leur fournissant cette fois-ci un soutien politique par le biais de l’Arabie Saoudite et du Pakistan. L’administration Clinton espérait secrètement pouvoir créer un front anti-iranien et anti-chiite pour restreindre l’influence de l’Iran dans la région. Al-Qaïda est né dans ce contexte. En 1993, le quotidien britannique The Independent publiait un entretien avec Oussama Ben Laden, lequel était censé mettre son armée sur la route de la paix (sic).
Cette stratégie a d’ailleurs été également utilisée sous la présidence Clinton dans les années quatre-vingt-dix, lorsque la KFOR, cette force multinationale mise en œuvre par l’OTAN, intervint aux côtés des narcotrafiquants de l’UCK pour instaurer la domination de l’alliance  sur les Balkans et installer une base militaire étasunienne au Kosovo. Mais un changement radical s’opère sous l’ère Bush : complices dans les attentats du World Trade Center, les amis d’hier deviennent les ennemis d’aujourd’hui. La menace d’un ennemi extérieur, forcément musulman, est alors savamment entretenue par de nombreux médias et par la propagande étasunienne. La menace terroriste constitue concomitamment la pierre angulaire de la doctrine militaire des États-Unis et de l’OTAN. Bien qu’il n’y ait aucune preuve que l’Irak soit de quelque manière que ce soit derrière les attentats du 11 Septembre, les soi-disant « armes de destruction massive » censées être présentes dans le pays tiendront lieu de prétexte pour obtenir une résolution au  de l’ONU en faveur d’une intervention militaire. Ironie de l’histoire, l’Irak baathiste et laïc allait ainsi être balayé au nom de la lutte contre l’islamisme.

La stratégie opère un nouveau virage avec Obama. Les États-Unis doivent intervenir pour défendre le Printemps arabe et les luttes menées contre les « dictateurs » (lire les chefs d’État non adoubés par Washington). Ben Laden, maintenu en vie sous l’ère Bush, disparaît en un clin d’œil, comme pour éviter qu’il n’ait à rendre compte de ses liens passés avec ses anciens bailleurs de fond. Les islamistes, y compris les pires intégristes du Front al-Nosra, redeviennent subitement dans les médias de gentils étudiants en proie à la violence des dictatures qu’ils combattent. Cet argument servira à Obama pour armer des milices en Libye et déposer Kadhafi. Et peu importe que ce pays soit aujourd’hui un enfer à ciel ouvert en proie aux extrémistes de tous poils du moment que les Américains en exploitent le pétrole. La  a failli connaître le même sort. Les Occidentaux y ont sous-traité le conflit à leurs amis, les pays du Golfe et à l’Arabie Saoudite en particulier, pensant que cela accélérerait la chute du président Assad. Et c’est ainsi qu’ont été constitués aux portes de l’Europe des groupes islamistes … avec deux fois plus de combattants qu’il n’y en avait en Afghanistan.
Une aubaine pour la plupart des jihadistes qui allaient se regrouper sous la bannière de l’organisation « État islamique ». Sunnite d’obédience fondamentaliste, cette dernière a proclamé le 29 juin 2014 le rétablissement du califat sur les territoires syrien et irakien qu’elle contrôle. L’intervention militaire étasunienne en Irak et le renversement en 2003 du président Saddam Hussein ont dynamité l’équilibre interne fragile entre la majorité chiite et la minorité sunnite d’un des rares États laïcs arabes. Dans l’anarchie et le chaos qui ont suivi, l’islam politique a d’autant plus réussi à recueillir un large consensus au sein de la minorité ethnique sunnite qu’un million d’anciens membres de l’appareil de sécurité, de l’armée et du parti Baas, charpente du régime de Saddam Hussein, pour la plupart sunnites, sont mis au ban de la société par les Américains. « Dans la mouvance salafiste-jihadiste, la mise à l’écart de ces sunnites propulse les chiites, nouveaux maîtres du pays, en ennemis numéro un », explique Romain Caillet.
Les États-Unis ont alors cru pouvoir mettre en place un gouvernement fantoche qui se prêterait aux intérêts économiques et politiques de l’Occident. Mais ce projet a fait long feu. Le Premier ministre chiite Maliki s’est révélé être un chef de file difficilement manipulable et surtout peu enclin à se soumettre aux ordres des occupants. Crime de lèse-majesté, il s’est insurgé contre les compagnies pétrolières occidentales qui cherchaient à tirer un profit considérable des vastes réserves d’énergie de l’Irak. En 2012, Exxon Mobil avait ainsi signé un accord d’exploitation pétrolière avec la région kurde semi-autonome située au nord de l’Irak. Maliki avait logiquement rejeté cet accord, faisant remarquer que tout contrat sur le pétrole devait être négocié avec le gouvernement central de Bagdad et non avec le gouvernement régional du Kurdistan dirigé par Massoud Barzani. Ce dernier, c’est un secret de polichinelle, appelle sans relâche à la création d’un État kurde. Or, le Kurdistan représente une base avancée pour le déploiement de la puissance militaire américaine en Irak. Sa situation permet de surcroît de lorgner sur l’Iran. Enfin, le niveau de coopération entre Israël et les Kurdes a augmenté de façon significative après la chute de Saddam Hussein. Les partisans du rapprochement avec l’entité sioniste, nombreux au Kurdistan, pensent qu’ils ont quelque chose à offrir à l’État juif. Ce partenariat, affirment certains, pourrait créer un nouvel équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient, et cette évolution serait très bénéfique pour Israël. Dans ce contexte, il est intéressant de se pencher également sur la question du Kurdistan syrien où l’Occident aurait tout intérêt à voir se mettre en place une région autonome. Les bases d’un État kurde viennent ainsi d’être insidieusement posées … à condition, cela va de soi, que le nouveau-né s’intègre à la sphère d’influence israélo-américaine dans la région. L’ a un prix !
Après avoir armé l'Etat islamique (Dech) en Syrie, les États-Unis voient aujourd’hui débouler les hordes barbares jihadistes sur l’Irak. La déstabilisation de ce pays, tout comme de la Syrie, fait partie du projet de démembrement du monde arabe sur des bases ethniques, confessionnelles ou tribales. Les multinationales n’ont cure de la confusion générée par cette situation, le principal étant pour elles de contrôler les champs pétroliers … et qu’Israël survive en tant qu’État juif.
De la chute du bloc socialiste au 11 Septembre, une dizaine d’années aura ainsi été nécessaire pour instituer un ennemi de substitution au communisme, le terrorisme. Le cadre, c’est la stratégie du chaos, fait de désinformation systématique diffusée par des officines officielles, de mesures liberticides contre leurs propres concitoyens, d’occupations armées et de mainmise politique sur des peuples ayant perdu leurs initiatives civiques et leurs immunités. La doctrine, c’est la préemption militaire où faire fi des lois et de l’éthique est légitimé et où les justifications et les preuves sont délibérément manipulées pour fonder le massacre des néo-barbares dans une guerre totale du camp du bien contre l’axe du mal. 
Au terrorisme tout court, les États-Unis répliquent par le terrorisme d’État. Le général Giap, qui a combattu la France avant d’affronter les États-Unis, disait des colonialistes qu’ils étaient de mauvais élèves. Il ne reste plus à ces derniers qu’à passer à l’addition … forcément salée.


mardi 23 septembre 2014

EU : pompier pyromane & les Ibn Saoud : arroseur arrosé

OU LES DESSOUS DE LA LUTTE ANTI-TERRORISTE D'OBAMA !

Paru dans : Tunisie focus

Le chaos dans lequel se trouve le monde dit "arabo-musulman", est une tragédie où les américains jouent le rôle du pompier pyromane et les pétromonarques avec à leur tête les Ibn Saoud, tiennent le rôle de l'arroseur arrosé !
Les américains ont soutenu les rebelles de l’État islamique, anciennement connu sous le nom « État islamique en Irak et au Levant » (EIIL). Ils étaient jusqu’à tout récemment présentés comme « des combattants de la liberté de l’opposition » en Syrie, dévoués au « rétablissement de la démocratie » et au renversement du gouvernement laïc de Bachar al-Assad.
Et voilà qu'Obama leur fait la guerre ! Et John Kerry la justifie en prétendant préserver l'image de l'Islam que dénaturent les jihadistes .... qui échappent à leur contrôle ! Alors que l'Amérique soutient la pire des obédiences de l'islam : le WAHHABISME !
Quelle hypocrisie et quelle tragi-comédie à laquelle assiste un monde occidental dans l'indifférence pour des peuples "arabes", premières victimes d'une guerre de religion barbare, sur fond d'or noir !

R.B
Michel Chossudovsky

« À la poursuite de l’État islamique » : Devinez qui est derrière le projet califat ?

On dépeint l’État islamique (EI) comme un ennemi des États-Unis et du monde occidental.
Avec le soutien de la Grande-Bretagne, l’indéfectible allié des États-Unis, le président Barack Obama a ordonné une série de bombardements étasuniens sur l’Irak visant apparemment à vaincre l’armée rebelle de l’EI.
« Nous ne renoncerons pas à notre volonté de faire face à l’État islamique [...] Si les terroristes pensent que nous allons faiblir face à leurs menaces, ils ne peuvent pas être davantage dans l’erreur. » (Barack Obama et David Cameron, Strengthening the NATO alliance, lettre d’opinion publiée dans le Times de Londres, 4 septembre 2014, c’est l’auteur qui souligne.)
Mais qui est derrière le projet de l’État islamique?
Par une cruelle ironie du sort, les rebelles de l’État islamique, anciennement connu sous le nom « État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) étaient jusqu’à tout récemment présentés comme « des combattants de la liberté de l’opposition » en Syrie, dévoués au « rétablissement de la démocratie » et au renversement du gouvernement laïc de Bachar al-Assad.
Et qui était derrière l’insurrection djihadiste en Syrie ? Ceux qui ont ordonné les bombardements sont ceux qui sont derrière le projet de califat.
Les milices de l’EI, qui sont actuellement la cible présumée d’une campagne de bombardements des États-Unis et de l’OTAN en vertu d’un mandat de « lutte contre le terrorisme », ont été et sont toujours soutenues clandestinement par les États-Unis et leurs alliés.
Autrement dit, l’État islamique a été créé par le renseignement étasunien, avec le soutien du MI6 britannique, du Mossad israélien, de l’Inter-Services Intelligence (ISI) pakistanais et l’Al Mukhabarat Al A’amah de l’Arabie saoudite (رئاسة الاستخبارات العامة ou General Intelligence Presidency (GIP) en anglais). Par ailleurs, selon des sources du renseignement israélien (Debka), l’OTAN, en liaison avec le haut commandement turc, était impliqué dans le recrutement de mercenaires djihadistes dès le début de la crise syrienne en mars 2011.
En ce qui concerne l’insurrection syrienne, les combattants de l’État islamique ainsi que le Front Al-Nosra, des forces djihadistes affiliées à d’Al-Qaïda, sont les fantassins de l'alliance militaire occidentale. Ils sont secrètement soutenus par les États-Unis, l’OTAN et Israël. Leur mandat consiste à mener une insurrection terroriste contre le gouvernement de Bachar al-Assad. Les atrocités commises par les combattants de l’État islamique en Irak sont similaires à celles commises en Syrie.
En raison de la désinformation médiatique, l’opinion publique occidentale n’est pas au courant que dès le tout début, les terroristes de l’EI ont été soutenus par les États-Unis et leurs alliés.
Les meurtres de civils innocents par les terroristes de l’État islamique en Irak sont utilisés afin de créer un prétexte et une justification en faveur d’une intervention militaire étasunienne pour des raisons humanitaires. Les bombardements ordonnés par Obama, cependant, ne sont pas destinés à éliminer l’État islamique, qui constitue un « atout du renseignement » étasunien. Bien au contraire, les États-Unis visent la population civile ainsi que le mouvement de résistance irakien.
Le rôle de l’Arabie saoudite et du Qatar
Fait amplement documenté, le soutien des États-Unis et de l’OTAN à l’État islamique est acheminé clandestinement par les plus fidèles alliés des États-Unis, à savoir le Qatar et l’Arabie saoudite. Les médias occidentaux ont reconnu que Riyad et Doha, agissant en liaison avec Washington et en son nom, ont joué (et jouent toujours) un rôle central dans le financement de l’État islamique, ainsi que dans le recrutement, la formation et l’endoctrinement religieux des forces mercenaires terroristes déployées en Syrie.
Selon le Daily Express de Londres : « Les terroristes de l'EI avaient de l’argent et des armes fournies par le Qatar et l’Arabie saoudite. »
« La plus importante source de financement de l’EI à ce jour provient des pays du Golfe, principalement de l’Arabie saoudite mais aussi du Qatar, du Koweït et des Émirats arabes unis », (Selon le Dr Günter Meyer, directeur du Centre de recherche sur le Monde arabe à l’Université de Mayence, en Allemagne, Deutsche Welle )
Ces fonds ont été acheminés aux terroristes de l’EI qui se battent contre les forces gouvernementales en Syrie:
Grâce à des alliés comme l’Arabie saoudite et le Qatar, l’Occident a soutenu des groupes rebelles militants qui ont depuis muté en EI et autres milices liées à al-Qaïda. (Daily Telegraph, 12 juin 2014)
Selon Robert Fisk, le projet de califat « a été financé par l’Arabie saoudite » :
Voici la plus récente contribution monstrueuse de l’Arabie saoudite à l’histoire mondiale : le Califat islamiste sunnite en Irak et au Levant, conquérant de Mossoul et Tikrit – et de Racca en Syrie – et peut-être de Bagdad, « humiliateurs » ultimes de Bush et d’Obama.
D’Alep, dans le nord de la Syrie, jusqu’aux environs la frontière irako-iranienne, les djihadistes de l’EIIL et autres groupuscules divers payés par les wahhabites saoudiens, et des oligarques koweïtiens, règnent maintenant sur des milliers de miles carrés. (Robert Fisk, The Independent, 12 juin 2014)
En 2013, dans le cadre de son recrutement de terroristes, l’Arabie saoudite a pris l’initiative de libérer des condamnés à mort incarcérés dans les prisons saoudiennes.
Une note confidentielle a révélé que les prisonniers étaient « recrutés” » pour rejoindre les milices djihadistes (y compris Al-Nosra et l’EIIL) afin de lutter contre les forces gouvernementales en Syrie.
Prison saoudienne
On aurait offert une entente aux prisonniers – rester et être exécuté ou lutter contre Assad en Syrie. Dans le cadre de l’entente, on offrait aux prisonniers un « pardon et une allocation mensuelle pour leurs familles, autorisées à demeurer dans le royaume sunnite ».
Les responsables saoudiens leur auraient donné le choix : décapitation ou djihad ? En tout, des détenus du Yémen, de la Palestine, de l’Arabie saoudite, du Soudan, de la Syrie, de la Jordanie, de la Somalie, de l’Afghanistan, de l’Égypte, du Pakistan, de l’Irak et du Koweït ont choisi d’aller combattre en Syrie. (Voir Global Research, 11 septembre 2013)
Volte-face
Le 11 septembre 2014, coïncidant avec la commémoration du 11 septembre, le roi d’Arabie saoudite ainsi que les monarques des pays du Golfe ont annoncé leur soutien indéfectible à la guerre sainte d’Obama contre l’État islamique, laquelle a été et est toujours financée par des fonds du Qatar et de l’Arabie saoudite dans le cadre d’une opération de renseignement soigneusement conçue.
Le secrétaire d’État John F. Kerry, à gauche, parle avec Joseph W. Westphal, l’ambassadeur étasunien en Arabie saoudite, et le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud Al-Fayçal à son arrivée à l’aéroport international du roi Abdulaziz de Djeddah, en Arabie saoudite le 11 septembre 2014 (Photo : Brendan Smialowski, Associated Press)
Alors qu’ils ont activement contribué au financement de l’État islamique, sans compter qu’ils ont recruté et formé des terroristes au nom de Washington, l’Arabie saoudite et les États du Golfe ont promis d’appuyer fermement la campagne militaire d’Obama, « d’avilir et finalement détruire » l’État islamique.
La déclaration d’appui contenue dans le communiqué, engage les « principaux pays arabes à travailler avec les États-Unis afin de couper le flux de combattants et les fonds étrangers de l’État islamique ». Elle confirme également que les membres ont discuté d’une « stratégie pour détruire l’EIIL où qu’il soit, y compris en Irak et en Syrie ».
L’Arabie saoudite a fini par comprendre que le groupe État islamique constitue aussi une menace sérieuse pour leur pays, et qu’il ne s’agit pas d’un mouvement sunnite traditionnel. L’un des éléments du plan d’Obama contre l’EI vise à saper les liens idéologiques et religieux avec l’islam invoqués par les militants de l’État islamique.
L’administration espère que Riyad usera de son influence parmi les chefs religieux islamiques. (Voice of America, 11 septembre 2014)
Recrutement de « terroristes modérés »
Dans le cadre de cet accord, la famille Al-Saoud sera « l’hôte d’un centre de formation pour des milliers de combattants rebelles syriens qui luttent à la fois contre l’État islamique et le régime du président Bachar al-Assad ». Cette proposition est fausse et absurde. Jusqu’au 9 septembre, l’Arabie saoudite a « officiellement » soutenu l’État islamique contre le gouvernement de Bachar Al-Assad, et on lui a maintenant confié le recrutement de djihadistes pour combattre l’État islamique. Les médias n’ont toutefois pas réussi à relier les points et à découvrir le grand mensonge.
Il s’agit d’un projet diabolique : les artisans de l’État islamique ont informé le monde qu’ils « se lancent à la poursuite » de leurs propres terroristes dans le cadre d’une opération de contre-terrorisme.
Bien que ces actions soient menées sous la bannière de la « guerre mondiale au terrorisme », les États-Unis n’ont pas l’intention de cibler leurs propres brigades terroristes de l’EI, intégrées par des forces spéciales et les services de renseignement occidentaux. En réalité, la seule campagne crédible et efficace contre les terroristes islamiques de l’EI est menée par les forces gouvernementales syriennes.
Inutile de dire que le financement et l’appui des États-Unis, de l’OTAN, de l’Arabie saoudite et du Qatar continueront. L’objectif n’est pas de détruire l’État islamique, tel que l’a promis Obama. Il s’agit plutôt d’un processus de déstabilisation et de destruction de l’Irak et de la Syrie, mené par les États-Unis. La campagne contre l’État islamique est utilisée pour justifier le bombardement des deux pays en ciblant principalement les civils.
Le but ultime est de déstabiliser l’État-nation que constitue l’Irak et de déclencher sa partition en trois entités distinctes.
L’objectif stratégique général des États-Unis et de l’OTAN consiste à déstabiliser toute la région du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, de l’Asie centrale et du Sud, incluant l’Iran, le Pakistan et l’Inde.

lundi 22 septembre 2014

EU : le nouveau géant aux pieds d'argile ?

LES EU SONT-ILS ENCORE EN ETAT POUR RÉGENTER LE MONDE ?
En tout cas, les peuples qu'ils disent "arabo-musulmans" doivent résister à leur nouveau impérialisme qui ne dit pas son nom, puisque servi par des pétromonarques cupides et leurs stupides mercenaire Frères musulmans et autres islamistes !
R.B
Mohamed Hafayedh

LE CHOIX DES AMÉRICAINS DE PROMOUVOIR « UN ÉTAT ISLAMIQUE » EN TUNISIE : QUELLE STRATÉGIE ?


Paru dans : Kapitalis
Bourguiba et les américains :
La diplomatie de la nouvelle Tunisie indépendante née de la lutte pour l’indépendance nationale a su garder relativement une distance de la guerre froide entre les puissants de ce monde. Le choix de Bourguiba pour le monde libre, le soutien apporté des états unis à la cause tunisienne ont scellé une relation de confiance et de sympathie avec les américains, malgré le difficile équilibre entre l’hégémonisme américain et le non-alignement de Bourguiba et plus particulièrement la solidarité infaillible de la Tunisie avec la cause juste des palestiniens à disposer d’une patrie indépendante.
Mais l’amitié de la Tunisie avec les États Unis n’avait jamais atteint le niveau d’une alliance. L’appartenance de la Tunisie à un espace arabo-musulman en conflit avec l’état d’Israël, allié stratégique des américains, pouvait faire basculer à tout moment la Tunisie dans le camp les opposants aux intérêts stratégiques des américains.
Ceux-là même qui n’ont pas hésité un seul instant à donner le feu vert aux israéliens de commettre une agression sur le territoire tunisien à Hammam Chott et brandir la menace du veto contre toute condamnation de l’état d’Israël. Bourguiba avait menacé de rompre les relations diplomatiques avant que la diplomatie des deux pays trouve une formule de résolution plus au moins « raisonnable » pour les parties.

Le choix des américains après le 14 janvier 2011 :
Le voisinage de la Tunisie avec le grand « petit-frère » algérien, déterminera principalement les relations étrangères de la Tunisie de l’après le 14 janvier 2011.
L’Algérie comme la Tunisie font partie des affaires américaines dans le monde arabo-musulman hypothéquées par « la fidélité de l’Amérique à Israël » selon l’expression de Emmanuel Todd.
Les tentatives de déstabiliser l’Algérie par une guerre civile intérieure est une constante de la politique étrangère israélienne soutenue par les wahhabites du golfe, qui tentent chaque fois qu’une occasion géopolitique se présente de réaliser leur projet destructeur de l’Algérie.
Actuellement, l’Algérie est dans l’œil du cyclone que ses ennemis veulent faire déferler sur ses terres profitant du désordre post-révolutionnaire en Tunisie.

Le projet israélien pour le Moyen Orient arabo-musulman et le Maghreb concocté par les grands décideurs sionistes et qui n'est plus un secret, consiste à transformer cette région par la destruction de ses puissants états comme l'Irak, la Syrie, l’Egypte le Soudan et l’Algérie pour les transformer en petites entité fondamentalistes islamistes sous forme de Khalifats (Califats) pour djihadistes qui se diviseront à l’infini et se déclareront une guerre fratricide pour régler des différends dogmatiques concernant la chariâa ou le bien-fondé d’une fatwa à propos de la Burqa ou de la conduite d’un véhicule par une femme !

Après le 11 septembre 2001, la relative distance américaine par rapport au conflit du Moyen Orient d’un Kissinger exaspéré par des « peuples irrationnels, luttant pour leur terre promise » et la timidité du parti démocrate d'un Clinton se limitant à protéger Israël tout en respectant, dans la mesure du possible, les droits des palestiniens; cette époque est révolue. 
l’Amérique d’aujourd’hui se radicalise pour coller à la stratégie sioniste en adoptant aussi sa vision, avec l’incapacité des États Unis à percevoir les Arabes comme des êtres humains : la démonstration est faite en Irak ! Et la Syrie suit le même exemple.

Une alliance renforcée de l’intérieur par un phénomène que la sociologie politique révèle comme nouveau et paradoxal, un soutien neuf et original à Israël de la droite républicaine, alors que traditionnellement les juifs américains votent pour le parti démocrate. Ce phénomène de l’après 11 septembre est amplifié par l’effondrement de l’économie américaine, la faiblesse de l’armée de terre américaine dont le besoin devient vital pour utiliser des contingents alliés comme le Tsahal et ses réseaux d’espionnage pour contrôler la rente pétrolières au proche Orient et aux portes de l’Afrique.

Deux livres décrivent la situation américaine : celui de l’historien de la politique étrangère des états unis, Pierre Mélandri « Les États-Unis : un empire qui n’ose pas dire son nom ? » et celui de l’historien sociologue Emmanuel Todd : « Essai sur la décomposition du système américain ».
Selon les chiffres mis à jour par Benoît Richard de la Revue Sciences humaines, l’endettement des états unis ne cesse de grossir pour atteindre des sommets vertigineux. La dette publique en 2005 a atteint près de 70 % du PIB et dépasse les 100% depuis 2011; que non seulement les Etats-Unis sont endettés, mais ils ne peuvent pas faire appel à l’épargne domestique pour trouver des crédits. L’« hyperpuissance américaine » n’a pas d’autre choix que de faire appel à des bailleurs étrangers. Or, aujourd’hui, ces bailleurs sont aussi les puissances susceptibles à terme de remettre en cause le leadership américain, à commencer par la Chine. 
La première économie du monde se finance de plus en plus aux frais de pays plus pauvres parce qu’elle représente, en tant que marché, le principal débouché pour ces économies en forte croissance. 

L’historien Emmanuel Todd voit ainsi dans le déficit commercial des Etats-Unis « un prélèvement impérial » qui permet aux Américains de consommer tandis que le reste du monde produit et épargne (« Les dessous économiques d'une superpuissance » par Benoît Richard. Grands Dossiers n° 4 - Septembre - Octobre - Novembre 2006 - La revue sciences humaines. Remise à jour en 2011). 
L’Amérique n’est pas l’hyperpuissance selon Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères de François Mitterrand. 

Les analyses de l’establishment américains sont plus réalistes, au-delà de leurs divergences, les grands théoriciens stratèges américains comme Paul Kennedy, Samuel Huntington, Zbigniew Brzenski, Henri Kissenger ou Robert Gilpin, ont la même vision mesurée d’une Amérique qui loin d’être invincible, doit gérer l’inexorable réduction de sa puissance relative dans un monde de plus en plus peuplé et développé. 
Une représentation inquiète de la force des Etats-Unis, dont le pouvoir sur le monde apparaît fragile et menacé. Le constat de Samuel Huntington est alarmant et catastrophique sur le déclin de l’Amérique et du monde occidental. Robert Giplin perçoit déjà les conséquences néfastes de la régionalisation de la planète sur le système économique et financier américain. 
Si l’Europe et le Japon organisent chacun de son côté leur zone d’influence, ils rendront inutile l’existence d’un centre américain du monde. Zbigniew Brzezinski est hanté par le cauchemar d’une Eurasie réunifiée par l’effondrement du communisme et oubliant les Etats-Unis, isolés dans leur nouveau monde.
Désormais les américains doivent lutter pour se maintenir en superpuissance et maintenir un niveau de vie correspondant; alors qu’ils sont économiquement dépendants et politiquement inutiles.

La guerre de l’Irak et le conflit du proche Orient révèlent une Amérique narcissique, agressive et déstabilisatrice. Les grands alliés des Etats-Unis sont de plus en plus gênés et perplexes du comportement de la première puissance du monde occidental. La majorité des européens ne comprennent pas pourquoi l'Amérique se refuse à régler la question israélo-palestinienne, alors qu’elle en a le pouvoir absolu. Ils commencent à se demander si Washington n’est pas au fond satisfait qu’un foyer de tension se perpétue au proche orient et que les peuples arabes manifestent une hostilité grandissante au monde occidental. 
Les lectures des grands analystes historiens sociologues comme Emmanuel Todd qui sont loin de tout soupçon d’antiaméricanisme, convergent toutes à cette conclusion terrible : l’Amérique est menacée par la démocratisation du monde et par la paix. Pourtant la théorie de Francis Fukuyama de la « Fin de l’histoire » après l’effondrement du mur de Berlin, confirmait la loi de Michael Doyle qui conclue à l’impossibilité de la guerre entre les démocraties.

Plus brutalement, la formule reprise par beaucoup de journalistes grands-reporters : « Nous ne savons pas encore si l’universalisation de la démocratie libérale et de la paix est un processus historique. Mais nous savons déjà qu’un tel monde serait une menace pour l’Amérique. Dépendante économiquement, elle a besoin d’un niveau de désordre qui justifie sa présence politico-militaire dans l’ancien Monde ».
Ce qui donnerait une trajectoire stratégique erratique et agressive.
Bref dans leur « démarche d’ivrogne de superpuissance solitaire », il reste à savoir : contre quelles nations les américains vont faire le casse du nouveau siècle ?!

Même si la Chine est désignée par Huntington comme le principal rival des Etats-Unis, c’est la menace du monde arabo-musulman contre l’Occident chrétien qui sous-entend la théorie du « choc des civilisations ».
Lors d’une rencontre informelle en Californie, courant juin 2013 en Californie, Barack Obama et son homologue chinois Xi Jinping, ont promis de jeter les bases d'un "nouveau modèle" de relations entre la Chine et les États-Unis, affirmant que de bonnes relations entre Pékin et Washington étaient importantes "pour le monde" entier. Le président américain a espéré parvenir à un "nouveau modèle de coopération" avec Pékin, une formulation que Xi Jinping a reprise en substance en évoquant "un nouveau modèle de relations entre de grands pays". (Le Point du 08/06/2013). Ce qui répondra aux souhaits de la Chine selon Bruno Tertrais (Le Monde du 25/02/2014) de bâtir avec les Etats-Unis des relations sur la base d’une nouvelle doctrine Monroe à l’échelle mondial, qui verrait chaque puissance dominer son propre voisinage et s’y limiter (Bruno Tertrais, le Monde 25/02/2014).
La Chine est épargnée sur le moyen terme, le défi imminent pour le Pentagone c'est le Moyen Orient et l'Afrique.

Nick Turse (rédacteur en chef du magazine Tim Dispatch, grand journaliste reporter américain vient de publier en février 2014, traduit en France vers la mi-mars), pour alerter le monde sur un désastre : « Les nouvelles armes de l’empire américain » réservées par les américains au proche Orient, à l’Afrique du Nord et certaines régions d'Afrique Noir ; en recourant à la stratégie (je cite les titre du livre) : « La fabrique de l’instabilité mondiale » (page 127), « Armer les autocrates du Moyen Orient » et « Investir dans la guerre par procuration » (édition LA DÉCOUVERTE, mars 2014)
Nick Turse fait observer que si l’on se fie aux discours de Barak Obama, c’est une vision de réconciliation, de paix et de démocratisation avec " le printemps arabe ". Mais si on suit la trace des armes, cette vision change radicalement.
Quoi qu’annonce le Président Obama, ses actes contredisent radicalement ses discours, de l’autre côté, avec l’appui du Pentagone. La Maison Blanche devient une machine infernale pour fabriquer des conflits et procurer les armes les plus sophistiquées aux régimes les plus autoritaires et théocrates pour assurer la vitalité de l’industrie militaire nationale.
L’auteur résume le projet de la maison Blanche et du Pentagone pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord en un slogan « Déficit, despotes et pétrodollars ». Les chiffres des prévisions du Pentagone que doit réaliser l’industrie de l’armement selon le Cabinet américain Forst and Sullivan analysant le marché de l’armement au Moyen Orient et en l’Afrique du Nord entre 2010 et 2020, sont atteints. Ces chiffres sont édifiants, notamment pour leurs premiers clients qui sont l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes.

Kay Judkins (directrice du programme International Military Education and Training du Pentagone) déclarait au service de presse de l’armée en mai 2011 : « Nous nous concentrons en priorité sur l’Afrique et le Moyen Orient car « nous savons » que le terrorisme gagne du terrain et que les pays démunis sont ses cibles favorites ». (Plutôt, devrait-on lire, à la place de "nous savons" : "nous fabriquons des terroristes").

C’est exactement le rôle qu’a tenu l’Amérique dans une Tunisie qui avait réussi une révolution pacifique sans la participation des barbus ni le soutien de leurs leaders les Frères musulmans nahdhaouis, en intervenant dans la vie politique intérieure du pays afin de promouvoir la montée des islamistes et celui de leur pari Ennahdha arrivé au pouvoir grâce à l'appui des américains et leurs fidèles amis les pétromonarques, pour ouvrir la Tunisie, portes grandes ouvertes, au wahhabisme, et au terroristes djihadistes armés de tout bord, afin d'assassiner les républicains, égorger les soldats tunisiens et menacer l'Algérie directement en utilisant les territoires tunisiens comme base arrière.

dimanche 21 septembre 2014

Le Grand Mufti* de l’Occident, Bernard Lewis et ses préjugés sur les peuples "arabo-musulmans" !

AMÉRICAINS ET OCCIDENTAUX ONT LEURS THÉORICIENS DU CHAOS POUR LE MONDE QU'ILS DISENT "ARABO-MUSULMAN" !

Inintéressante analyse de Mohamed Daoud.
Cela explique beaucoup de choses et montre bien la connivence des pétromonarques comme celle des Frères musulmans et autres islamistes, avec l'Occident qui, pour arriver au pouvoir, n'hésitent pas à se vendre et à vendre leurs pays !

Aux peuples et aux patriotes de ces pays de résister à cette lamentable nouvelle colonisation occidentale que de prétendus intellectuels justifient par bêtise ou par racisme endémique pour certains vis à vis de peuples riches de leur histoire et de leur culture qu'ils qualifient péjorativement et de façon réductrice d' "arabo-musulman" ... ce que des journalistes incultes reprennent et amplifient. 

Colonisation facilitée par des pétromonarques et leurs mercenaires islamistes de tous poils, assoiffés de pouvoir et de sang, dont le wahhabisme a toujours servi comme moyen pour coloniser ces peuples !!
R.B
* Comme disait Mohamed Arkoun

Enseignant-chercheur : Université d’Oran.
L’historien Bernard Lewis, le « Printemps Arabe » 
et les nouveaux assassins.
Les événements se succèdent à une vitesse vertigineuse dans la région du Monde Arabe. Il ne se passe pas un jour sans que les mass-médias nous gavent d’informations sur des tueries, des égorgements, des explosions, des expatriations et des bombardements sauvages de civils innocents, enfants, femmes et vieux, et ainsi que de militaires et éléments des forces de l’ordre. La dernière attaque contre les habitants de Ghaza a engendré des centaines de morts et des milliers de blessés, les conséquences des guerres internes en Syrie, en Irak, en Libye et au Yémen… n’annoncent pas des lendemains qui chantent. Les peuples arabes qui se sont manifestés dans un élan admirable pour revendiquer la liberté et la démocratie au cours d’un « printemps arabe » prometteur, font face à de groupes armés -sans foi ni loi- et aux tentatives de partition de leurs pays. Les derniers développements dans le Monde arabe révèlent un profond désir des USA pour redessiner les frontières politiques actuelles. Ce plan a ses concepteurs et ses théoriciens, dont Bernard Lewis est l’un des premiers.
Né en 1916, Bernard Lewis, américain d’origine anglaise, est un éminent spécialiste du Monde arabe musulman de la Turquie, des rapports entre l’occident et l’Islam, du Moyen-Orient, du sémitisme et de l’antisémitisme. Il est «  le Grand Mufti de l’occident »[1] selon Mohamed Arkoun. En plus de ses activités de recherche à l’Université américaine de Princeton, il a fait office de conseiller sur les questions qui se rapportent au Moyen-Orient.
Il a été expert des services secrets britanniques durant la deuxième Guerre Mondiale, du Conseil américain de sécurité nationale et conseiller de « Benyamin Netanyahu » dans les années 1980, lorsque ce dernier représentait Israël à l’ONU. En somme, un adepte du  néo-conservatisme.
Les anachronismes d’un orientalisme débridé :
Bernard Lewis, ainsi que Ernest Renan, Claude Kohen, Roger Arnaldez, Vincent Monteil, et bien d’autres écrivains et romanciers occidentaux qui ont donné une image exotique de l’Orient, appartiennent à un grand et très influent courant orientaliste. Ce courant tire sa « force » de son appui sur des préjugés et de stéréotypes construits sur les peuples arabes et musulmans. Ces représentations ne s’adossent pas sur une analyse scientifique profonde des composantes historiques, politiques et économiques de ces peuples. Elles portent un regard essentialiste sur les différentes pratiques de ces populations. Ainsi, ces peuples ne peuvent connaître la civilisation, la modernité  et la démocratie car appartenant à une « catégorie spéciale »  parmi les humains, donc incapables  de progrès.
Ce genre d’orientalisme, et Bernard Lewis compte parmi ses éminents théoriciens, affirme que les Arabes ne sont pas porteurs d’une pensée rationnelle et mentionne leur passivité sur plusieurs questions. Concernant la révolution et la modernisation, l’arabe pour lui, ne peut accéder à ce type de pratiques, car, il se relève comme un chameau, et donc n’est capable que de discorde. L’Arabe est impotent et répugne la révolte contre l’injustice et les pouvoirs corrompus, et refuse également le débat des idées. Cet ensemble de représentations racistes construites autour de l’Arabe et du Musulman ont pour finalité le mépris et le dénigrement haineux et ethnocentriste.
Ce qui est paradoxal au fond, c’est que ces idées reçues trouvent dans le Monde arabe, parmi les acteurs, ceux qui les propagent, et surtout dans les pays considérés comme des satellites des Etats-Unis sur le plan intellectuel, politique et économique, comme le confirme Edward Saïd dans la conclusion de son ouvrage l’orientalisme[2]. Ce qui est curieux, selon Saïd, c’est que la majorité des experts consultés sur les questions du Moyen-Orient où les USA ont une forte présence adoptent les thèses de l’orientalisme traditionnel et raciste, ce qui entraîne des malentendus et des conflits.
Bernard Lewis affirme que « les arabes et les musulmans sont des gens vicieux, corrupteurs et anarchistes, ils ne peuvent accéder à la civilisation, si on les abandonne à leur sort, ils vont surprendre le monde civilisé par des vagues de terroristes qui vont détruire les civilisations, et démanteler les sociétés, la meilleure solution pour eux, c’est qu’on doit les envahir et les recoloniser et détruire leur culture religieuse et ses pratiques sociales »[3].
Cet historien affirme que l’antisémitisme est apparu dans le Monde arabe et musulman au 19ème siècle sous l’influence des occidentaux, et des chrétiens du Moyen-Orient, mais il s’est enraciné après l’apparition du conflit israelo-arabe. Certains observateurs  affirment que Bernard Lewis est le premier à avoir utilisé le terme du « choc des civilisations » en 1957 au lendemain de l’attaque du Canal de Suez. Son adjoint au Conseil National de sécurité « Samuel Huntington » a adopté ce concept et l’a mis en circulation dans les années 1990. B. Lewis croit que l’hostilité actuelle de l’Islam envers les Autres ne réside pas dans son hostilité à la civilisation occidentale, mais dans l’animosité de cette religion envers le système démocratique. L’Islam a cependant combattu la démocratie occidentale en s’alliant aux pays de l’Axe contre les Alliés et aux pays communistes contre les USA.
Il est certain que le conflit palestino-israélien a polarisé son attention depuis la Guerre des six jours. Il considère que la solution du conflit doit passer par la négociation pour la mise en place de deux Etats, mais cette solution ne peut aboutir en raison de l’antisémitisme enraciné chez les Arabes et les Musulmans.
B. Lewis, théoricien de la partition du Monde arabe et Musulman :
Bernard Lewis a conçu son plan de partition du temps du président américain « Jimmy Carter »1977-1981. L’objet de ce projet est de mettre en œuvre la déflagration des composantes sociales et ethniques du Monde Arabe et Musulman, en poussant ces populations à entre-tuer sur des bases confessionnelles et doctrinaires. L’aboutissement de ce projet serait la transformation de ces Etats en mini-Etats contrôlés par les tendances ethniques, confessionnelles et tribales, en rupture avec les dimensions nationales.
Tous les pays Arabes et Musulmans dans l’Extrême Orient (Iran, Pakistan et Afghanistan), dans le Moyen-Orient (Egypte, la péninsule Arabique, l’Irak, la Syrie, le Liban, le Soudan) et dans le Maghreb (l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et la Libye) sont concernés par cette partition, c’est-à-dire la création plus de 30 entités politiques nouvelles et la transformation du Monde musulman en 88 Etats en remplacement du nombre actuel : 56 Etats.
Le Congrès américain a adopté ce projet présenté par le conseiller à la Sécurité Nationale «Zbigniew Brezinski» en 1983. Ce projet est devenu un des importants piliers de la politique extérieure des USA. Cela a conduit à la deuxième guerre du Golfe, suivie par d’autres interventions politiques et militaires dans la région soit directement ou par procuration. Ce qui est certain, c’est que l’ambition des USA de dominer cette grande partie du globe, est venue pour parachever les accords de « Sykes-Picot » en 1916, c’est-à-dire partager le Moyen-Orient en zones d’influence entre l’Angleterre et la  France à l’issue de la deuxième Guerre Mondiale. Se considérant comme les héritiers légitimes du traditionnel colonialisme anglais anglais, les USA ont réactivé plusieurs anciens projets afin de dominer cette région riche en matières premières et de sources d’énergie.
Il était évident, dès le départ que cette région pourvue de richesses a été et demeure une grande priorité dans la stratégie américaine, tant que les sources d’énergie n’ont connu d’autres changements favorables aux puissances occidentales.
Cela a été accompagné par des concepts comme la « mondialisation », le « chaos créateur », la « fin de l’Histoire », etc. C’est-à-dire tout qui a trait à la domination du marché, des institutions commerciales, à l’intégration économique et à la coopération régionale. Ce qui va conduire, l’Etat, en tant qu’institutions politiques et administratives de régulation sociale et économique, à revoir son rôle à la baisse et céder sa place à d’autres organismes internationaux actifs dans le domaine économique comme FMI, l’OMC et la Banque Mondiale[4], etc. En effet cette région représente un maillon important dans la  stratégie américaine, du point de vue géographique et stratégique, du fait de sa proximité avec l’Iran, la Russie, et la Chine, principaux rivaux politiques aux USA. Il est important de signaler également, que cette partie du monde a joué un rôle important pour contenir l’URSS et réduire l’influence du communisme pendant la guerre froide.
L’URSS et le Pacte de Varsovie ayant disparu, les Etats Unis ont cherché « un nouvel  ennemi ». Ils ont trouvé dans les mouvements islamistes djihadistes et takfiristes leur dessein. C’est ainsi qu’a débuté le cycle de la « lutte contre le terrorisme international ». L’instrumentalisation de ces mouvements dans la guerre contre l’URSS et ses alliés dans la région ayant fait son temps, ces groupes sont devenus, comme par enchantement « l’ennemi à abattre ».
Les événements du 11 Septembre 2001 et l’apparition de ce qu’on appelle désormais « Al-Qaïda » à sa tête Oussama Ben Laden, a donné lieu à la conception d’un plan mondial pour réaliser cet objectif de « salubrité publique ». Les USA ont trouvé dans l’Irak et dans Saddam Hussein (accusé de détenir les armes de destruction massive, d’avoir des liens avec Al-Qaïda et d’être impliqué dans les attentats des tours jumelles à New-York), un bouc émissaire exemplaire pour mettre en œuvre ce plan. La chute de ce « tyran » et le « développement de la démocratie » en Irak, devrait avoir dans l’optique des américains « l’effet domino », et ramènera toute la région à adopter le système démocratique dans la gestion des problèmes de société. Il est évident que ce genre de propos n’a aucun effet dans la réalité, du moment où l’Irak vit, depuis l’invasion américaine, des crises politiques et sécuritaires persistantes. Ce qui conforte ce constat, c’est que le plan « du développement de la démocratie en Irak», n’avait d’autres objectifs que de détruire toutes les potentialités de puissance économique et militaire de ce pays pour contrôler ses richesses. Sur ce point, convergent les intérêts économiques et géostratégiques des USA et de l'Etat sioniste.
Le parrainage d’Israël par les USA ne trouve pas son origine dans le sentiment de culpabilité des crimes envers les juifs européens ou parce que soumis à la pression du « lobby sioniste » en Amérique, mais il trouve ses raisons dans le Moyen-Orient en tant que pièce maîtresse dans le projet américain. Ce projet consiste dans la création d’un « Marché Commun du Moyen - Orient », les pays du Golfe fourniront les moyens financiers, les autres pays arabes la main d’œuvre et Israël s’occuper de l’ingénierie industrielle, économique et commerciale. Ce projet a été accepté par les pays du Golfe et l’Egypte, l’Irak et la Syrie n’ont pas soutenu ce projet[5]. Ce qui implique que ces deux pays doivent payer cher leurs prises de positions. Les autres pays arabes ont justifié leur participation à ce projet par la nécessité d’assurer la stabilité politique intérieure et régionale. Ces pays arabes ont accepté l’installation des bases américaines et des forces de l’OTAN sur leurs terres afin d’avoir le soutien des Etats Unis.
L’idée du « GMO » a pour finalité, selon ses promoteurs, l’établissement de « la démocratie », « les droits de l’homme » et « l’émancipation de la femme de la domination masculine » dans ces pays. Mais ces propos n’ont aucun fondement, car l’Irak n’a pas connu la démocratie, les droits de l’homme n’ont pas été respectés et la femme arabe ne s’est pas émancipée. La crise s’est exacerbée, l’Irak et d’autres pays arabes ont connu et connaissent les pires moments de leur Histoire contemporaine.
Le projet sioniste et la domination américaine :
Le soutien absolu aux projets de partition du Moyen-Orient formulé par Israël trouve son écho dans la perspective politique tracée par le théoricien du sionisme « Theodor Herzl ». Cette théorie avait pour finalité l’enracinement de « l’Etat juif » dans cette région arabe qui sera démembrée et affaiblie, et par conséquent ne pouvant faire face à l’existence de l’Etat d’Israël.
Cependant, la réédition de la thèse de la partition développée par Bernard Lewis par le Département américain de la Défense en juin 2003 trouve ses éléments de justification dans le projet sioniste. Il garantit la sécurité d’Israël pendant une cinquantaine d’années, le sous-développement du Monde arabe, son affaiblissement et son instabilité, ce qui permet à l’entité sioniste de jouer un grand rôle sur le plan économique, politique et culturel. Ainsi une multitude de séminaires et de colloques « scientifiques » ont été organisés dans des universités et des Centres de Recherche israéliens afin d’accélérer la mise en œuvre de ces projets.
La « sécurité absolue d’Israël » passe inéluctablement par la destruction du tissu social, culturel et de la civilisation de la Nation arabe, et sa partition  en plusieurs entités religieuses qui entre-tuent indéfiniment.
Le « printemps arabe » une opportunité pour la domination impériale:
Il est évident, pour ceux qui croient aux idéaux démocratiques, que les systèmes politiques édifiés à partir de mouvements de libération nationale ou issus de coups d’états militaires dans les années 1950 se sont distingués par l’arbitraire, la gabegie, le monopole de toutes sphères politiques et économiques, comme par la tentation de la succession héréditaire du pouvoir, et d’autres questions conflictuelles…
Il était incontestable que les peuples de ces pays « républicains » ont eu toujours l’ambition du « changement » et à l’attachement à la liberté et à la démocratie. Ces soulèvements populaires inattendus et violents trouvent, peut-être, leurs justifications dans l’émergence d’une classe moyenne instruite dont les besoins sont nombreux, et dont le désir de citoyenneté est un élément de revendication profond. Les régimes en place se sont avérés incapables de répondre à ces nombreuses aspirations, ceci en plus de la pauvreté et de la marginalité qui ont touché un nombre important de personnes parmi les classes défavorisées.
Les événements de « Sidi Bouzid » survenus le 17 Décembre 2010, ont annoncé une série de soulèvements populaires qui ont gagné presque tous les pays arabes, sauf quelques exceptions. Quelques pays ont pu contenir ces mouvements de masse par la répression, ou par le changement de gouvernements, ou par l’achat de la paix sociale en distribuant la rente, ou en introduisant des réformes formelles qui ne touchent pas à l’essence du pouvoir.
Les mots d’ordre « dégage » le « peuple veut la chute du régime » et bien d’autres sont devenus le leitmotiv quotidien de la « rue arabe ».
En effet plusieurs régimes et gouvernements ont commencé à s’effondrer : Tunisie, Egypte, Libye et Yémen… « Ben Ali s’est sauvé » de Tunisie, Kadhafi a été tué en Libye, Moubarak a été arrêté en Egypte, Ali Abdellah Salah a été écarté au Yémen… tandis qu’en Syrie, le pouvoir en place fait face depuis longtemps à une opposition armée, cette situation a entraîné beaucoup de destructions et pas mal de dégâts. Les événements ont évolué dans ce pays, transformant un conflit politique intérieur entre Syriens en un conflit mondial dans lequel interviennent des puissances mondiales.
D’un côté on a les USA et leurs alliés dans la région (arabes et non arabes) et de l’autre côté, la Russie, la Chine et l’Iran et leurs alliés dans la région, c’est-à-dire ce qu’on nomme l’axe de la résistance qui s’oppose à la domination américano-israélienne.
Le « printemps arabe » s’est transformé à un « enfer arabe » par excellence. Le nombre de morts et de blessés dans les pays touchés par cette vague de protestations populaires se chiffrent à des centaines de milliers, en plus de la dégradation du lien social dans ces sociétés, la généralisation de la peur, de l’insécurité et du terrorisme, sans parler de pertes matérielles comme la destruction de l’infrastructure de base et le sabotage de toutes les institutions publiques et organisation civiles.
Les pays qui vivent cet enfer, et dont les populations croyaient fermement que le moment du changement est venu, passent par des moments très difficiles, le désordre et l’instabilité sont garantis, les probabilités de la partition et du démantèlement sont sérieuses.
Ce qui est paradoxal, c’est que les pays arabes qui sont touchés par ces tragédies étaient les pays les plus engagés dans la lutte contre l’occupation israélienne de la Palestine, et plus précisément les pays du « Front de refus et de résistance » qui ont désavoué la normalisation des relations avec Israël et contesté la visite d’Anouar El-Sadate à Tel-Aviv en 1977 : il s’agit de l’Algérie, de l’Irak, de la Syrie, du Yémen, de la Libye et de l’OLP.
Sans doute que ces explosions populaires ont trouvé un terrain social et politique au sein des sociétés arabes, seulement le capitalisme international, et les USA en tête attendaient le moment favorable pour intervenir directement dans ces soulèvements.
La situation actuelle de ces pays concernés par « le printemps arabe » nous interpelle sur le rôle des USA dans la préparation de ces soulèvements et son implication.
L’expérience des révolutions « colorées » qui ont touché les pays de l’Europe orientale appartenant à l’ex URSS à l’orée du troisième millénaire a été une réussite dans le changement politique dans ces pays. D’où la nécessité pour les décideurs américains d’exporter ces révolutions « non-violentes » au Monde arabe[6]. Il a été jugé utile de mettre en place des instruments d’aide financière et de formation à travers des « ONG » comme USAID, NED, IRI, NDI, etc.
Ce qui prouve que cette puissance n’avait pas la tête ailleurs, elle préparait minutieusement ces soulèvements, l’impotence et la tyrannie des régimes arabes en place lui ont donné raison. Il est important de signaler que les relations qu’entretiennent ces organisations avec des grandes personnalités politiques, très influentes dans la vie politique, leurs rapports au congrès américains et la CIA, sont un secret de Polichinelle.
Au cours de ces événements, les activistes de l’Islam politique, à leur tête « les Frères Musulmans », désignés par la presse occidentale détenteurs d'un « Islam modéré » ont cru que leur heure a sonné et que les pouvoir ont mûri; il s’agirait pour eux, de les cueillir soit par la rue ou par les élections.
Par contre « l’Islam  politique radical » avait une autre opinion, considérant que l’objectif sublime du mouvement demeure l’application de la « Charia Islamique »… Cela doit passer inéluctablement par l’utilisation de la violence, l’excommunication et le « jihad » comme uniques moyens de conquête du pouvoir.
Ces tutelles de l’Islam politique se sont échangé les rôles dans la prise du pouvoir, ils se sont alliés tantôt et ont rompu tantôt soit en Egypte, en Tunisie, en Syrie, au Yémen et ou en Libye. Mais leur présence était forte à toutes les étapes. Des Etats comme l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unies ont soutenu « les radicaux wahhabites et salafistes », tandis que le Qatar et la Turquie ont soutenu « les modérés », les « Frères Musulmans » en l’occurrence… La religion est devenue un élément fondamental des conflits en cours.
Le rapport du politique à la religion trouve également, ses fondements théoriques chez les penseurs occidentaux et dans leurs recherches historiques, Bernard Lewis n’est pas étranger à cette pratique de recherche.
B. Lewis et l’instrumentalisation de l’ancien conflit religieux :
Bernard Lewis ne savait pas peut être qu’en fouillant dans l’histoire des musulmans, il allait ouvrir la boite de Pandore et libérer les démons, la curiosité du contenu de la boite a été plus forte pour cette créature mythique. Cette même « curiosité dirigée » a poussé ce chercheur à lever le voile sur un passé enterré par l’oubli et étouffé par les historiens musulmans. Ces derniers espéraient protéger la cohésion sociale mise à l’épreuve par des conflits politiques et militaires qui ont déchiré, dans le passé, la communauté musulmane. Bernard Lewis a publié en 1967 un ouvrage intitulé  « Les assassins : terrorisme et politique dans l’Islam médiéval ».
Les assassins sont nommés en langue arabe : « El haschischin », mais la question de la consommation du « haschich » par les membres de ce groupe, n’est pas tranchée.
Bernard Lewis a focalisé ses recherches sur les Ismaélites qui ont exercé le terrorisme pour renverser le pouvoir des califes sunnites sous l’autorité des sultans turcs. Ce mouvement dissident est d’obédience chiite, un « mouvement hermétique » pour de nombreux historiens musulmans sunnites.
La  naissance de ce mouvement politique a eu lieu au Caire du temps des Fatimides au 5ème siècle de l’Hégire, coïncidant avec le 11ème siècle après J.C. Il avait pour dirigeant « Hassan Sabah » connu par son prosélytisme en faveur de l’ismaélisme. Ce leader s’est installé à Alamut, une forteresse difficile d’accès, et où se sont regroupés les assassins. Un quartier général où se concevaient le recrutement des partisans, la planification des assassinats, le terrorisme et les massacres politiques. Ces pratiques ont renforcé la puissance politique et militaire de Hassan Sabah, ce qui lui a permis de conquérir plusieurs forteresses et provinces. Il propageait sa doctrine en chargeant ses partisans de missions secrètes. Il a affronté les Mazdéens en Iran et au Pakistan, et également les Seljukides. « Le vieux de la Montagne » a entamé une série d’assassinats politiques, en tuant le vizir de Nidham al Mulk, puis le Roi. Ses fédayins exécutaient ces missions avec un grand sens de dévouement et de sacrifice. L’assassinat de personnalités politiques, militaires et religieuses ont fait l’ossature de son programme politique. Ces pratiques ont duré pendant deux siècles jusqu’à l’arrivée des Mongoles en terre musulmane. Les Mongols ont anéanti le mouvement des assassins.
Ce regroupement politique trouve ses fondements doctrinaux et politiques dans la scission qui a suivi la mort d’El Montassir Billah et dans la division des Fatimides en deux entités, les Moustaalias maghrébins et les Nizaréas moyen-orientaux. Hassan Sabah était de ceux qui faisaient l’apologie de l’Imam Nizar Ibn El Montassir Billah. La mort de ce dernier a poussé les Ismaïliens à croire en son retour en tant que « El Mehdi El Mountadhar », (une sorte de Messie).
Pour Bernard Lewis, cette entité idéologique trouve ses origines historiques dans les luttes politiques et religieuses qui ont suivi la mort du Prophète de l’Islam. Ces multiples et diverses divergences qui ont surgi à la surface étaient sous-tendues par les conflits qui ont opposé « Ahl al Bayt » (les proches parents du Prophète), et les autres protagonistes musulmans tels que les Mouhajirines (les immigrés qui ont suivi le Prophète à Médine) et Al Ansar (les habitants de Médine qui ont accueilli le Prophète) et les Banu Hachim et les Banu Oumaya.
Les partisans de Ali Ibnou Abi Taleb n’ont pas accepté la succession d’Abi Bakr mais ils se sont abstenus de s’exprimer pour protéger l’unité des musulmans. Son abdication et son assassinat suite à la « grande discorde » a précipité la scission des musulmans en deux groupes : les sunnites et les chiites. Les parties en conflit n’avaient pas une vision religieuse et politique particulière, mais « leur dissidence religieuse a pris un caractère politique »[7]. Ultérieurement, les chiites ont développé leur doctrine religieuse en faisant de Ali, « l’Imam légitime de l’Islam » qui va retourner un jour pour redonner à « l’Islam véritable » sa place.
Les partisans chiites de Ali ont attendu depuis longtemps leur entrée en action jusqu’au 8ème siècle de l’Hégire sous la pression de mutations socio-économiques non étudiées par Bernard Lewis. Mais après la chute des Omeyyades, ainsi que la domination des Abbassides et le transfert de la capitale du Califat à Baghdad, ont accéléré la division dans les rangs des chiites, ils se sont scindés en 765 en deux groupes : les « radicaux » et les « modérés », suite au décès du sixième Imam « Djaafar Es Sadik ».
Le fils de ce dernier « Ismaël » qui était pressenti à l’Imamat, a été écarté. La majorité ayant soutenu la candidature de son frère « Moussa El Kadhim ». La minorité a, cependant, pris parti d’Ismaël pour former « une secte qui activait dans la clandestinité » jusqu’au moment où tous les mécontents et opposants l’ont rejoint pour fonder le Califat Fatimide (en référence à Fatima, fille du prophète et épouse de Ali) au Nord de l’Afrique, se sont établis au Caire pour en faire la capitale et fondé El Azhar. Ce Califat s’est vite étendu pour conquérir beaucoup de pays au Machreq et au Maghreb.
Les Fatimides n’ont pas pu réaliser la chute du Califat Abbasside et ont perdu leur pouvoir avec la venue des Ottomans au début du 11ème siècle de l’Hégire. Les Ottomans ont précipité la chute des Fatimides et détruit la domination des croisés.
Après les dissidences au sein du mouvement nizarite, Hassan Sabah s’est manifesté pour guider le mouvement, en semant la terreur et la peur chez les princes et les gouvernants. Différentes actions qui ont donné des résultats grâce à la maîtrise de l’art de la prédication et de la stratégie militaire développée par ce chef charismatique. L’organisation paramilitaire, mise en place par les soins de Hassan Sabah a offert une grande possibilité aux assassins de réaliser leurs objectifs politiques. Les membres de ce mouvement sont arrivés à assassiner plusieurs personnalités politiques et religieuses en optant pour la ruse, la patience, la clandestinité, l’espionnage, etc.  Le développement de « cellules dormantes » pour renforcer le mouvement en cas de nécessité, la planification minutieuse des actions, afin d’accomplir des opérations en temps voulu et au lieu choisi par le fidayi, donnaient un caractère insolite à ces pratiques.
Le problème ne se pose pas quant à la recherche sur des questions relevant de l’Histoire et de son rapport au terrorisme en terre d’Islam durant la période médiévale. D’autant plus que chaque chercheur ou penseur, quel que soit son appartenance politique, idéologique ou culturelle devrait avoir la possibilité d’intervenir dans ce genre de travaux, il est également admis que la confrontation des idées entre chercheurs et penseurs est permise dans l’interprétation des faits historiques.
Mais le désaccord prend de l’importance lorsque les résultats de cette recherche sont instrumentalisés dans des opérations de dislocation des fondements culturels et religieux qui structurent les peuples et les nations.
Il n’est pas étonnant que cet ouvrage soit réédité en 2001, Maxime Rodinson, dans sa préface de la traduction française de l’ouvrage a précisé : « que les lois les plus générales du jeu politique sont constantes, quelques différentes qu’en soient les applications depuis les temps les plus lointains »[8], ce qui change se sont les idéologies, les moyens mis en œuvre et les tactiques.
Ce qui nous amène à nous poser des questions autour des objectifs qui se cachent derrière cette recherche historique, surtout que l’entreprise est pilotée par un grand chercheur en histoire de l’Islam et dont l’engagement dans la stratégie américano-sioniste dans la région du Monde arabe est confirmé.
Bernard Lewis fait croire que l’Islam est l’unique religion au monde qui pratique la violence, une violence congénitale à sa culture et à son Histoire. Donc il est possible pour  les mouvements fondamentalistes d’utiliser la violence pour lutter contre les idées « occidentales » et les « régimes corrompus », mais c’est toute la société qui est ciblée, car ne suivant pas le « droit chemin ».
« Raviver » l’ancien conflit entre sunnites et chiites, est un des piliers de la stratégie USA, ce qui se passe en Irak et en Syrie est une preuve suffisante pour notre argumentation. Ce qui est paradoxal, c’est que là où s’installent les américains, ils sont suivis par « Al-Qaïda et ses semblables ». Les conflits confessionnels et religieux ne servent que les intérêts des grandes puissances, quant aux peuples de cette région, ils ne recueillent que désolation, destruction et partition. Il est incontestable que les peuples arabes et musulmans aspirent au retour de « l’âge d’or de la civilisation arabo-islamique » et du « Califat », signes de grandeur et de puissance, seulement les raisons objectives et historiques qui justifient cette légitime aspiration n’ont plus lieu.
Il est aussi clair que le discours « d’Oussama Ben Laden » sur «  les juifs et les croisés » et la nécessité de l’avènement du « Califat musulman » sur la planète n’explique pas la réalité, il ajoute de l’eau au moulin des partisans du « clash des civilisations » dont Bernard Lewis est un des concepteurs.
L’Irak, premier laboratoire dans la stratégie américaine :
La doctrine américaine a été conçue dans l’esprit de l’opposition à tous ceux qui révèlent le défi « au pouvoir, à la position et au prestige des Etats Unis »[9]. C’était en 1963, au cours de la compagne menée par les USA contre Cuba. Ces propos ont pour auteur Dean Acheson, un homme politique libéral. Reagan a adopté ces propos pour défendre son pays en toutes circonstances et surtout par l’utilisation du veto afin de bloquer toutes les résolutions prises au sein du Conseil de sécurité de l’ONU et qui contredisent la suprématie américaine.
Le mépris flagrant et la violation des résolutions de cette instance internationale, et de toutes les institutions onusiennes durant les mandats de Reagan et de Bush (père et fils), et par tous ceux qui ont gouverné cet empire, se sont accentués depuis les événements du 11 septembre 2001. La finalité de cette démarche consiste dans la sauvegarde des intérêts vitaux des USA qui s’articule autour de la mainmise sur les sources d’énergie, les zones stratégiques et la domination des principaux marchés. Ces visées fondent les socles vitaux de la doctrine américaine, conçue à la veille de la deuxième guerre mondiale et renforcée au début du 21ème siècle.
L’intérêt porté par les Américains à cette région du Moyen-Orient et de l’Extrême-Orient, s’énonce autour de l’objection aux menaces supposées à la domination américaine et aux velléités d’indépendance de la décision nationale dans la région et à toute contestation du prestige américain. Pour ces raisons, les élites politiques et intellectuels américains ont élaboré les fondements d’un « nouvel ordre international » global dont la mission serait de « maintenir les autres centres de pouvoir d’envergure mondial au sein de « l’ordre global » régi par les Etats Unis »[10].
L’appel à cet ordre a été accompagné par ce qu’on appelle « le terrorisme international », dont les événements du 11 septembre 2001 ont été le premier « indice », les décideurs américains voulaient se venger et lever l’affront, Saddam Hussein et Oussama Ben Laden constituaient les premières cibles de ce plan.
Bernard Lewis étaient de ceux qui appelaient à l’invasion de l’Irak depuis 2003. L’invasion américaine qui a eu comme conséquences l’affaiblissement de l’Etat irakien, le démantèlement de son armée, de ses institutions politiques et administratives de l’exclusion du parti Ba’th de la vie publique, a eu comme prétexte « l’anéantissement du système politique tyrannique de Saddam Hussein et de fonder la démocratie ».
Les conséquences des décisions de démantèlement du « système Saddam » par Paul Bremer, l’ambassadeur des USA en Irak à cette époque, seront incalculables et épouvantables. L’affaiblissement des institutions étatiques ont eu pour résultats : l’insécurité et l’impossibilité de trouver une issue positive à la situation du pays. En plus de la politique d’exclusion et de vengeance pratiquée par les gouvernements irakiens successifs contre les arabes sunnites et surtout durant le mandat de Nourri El Maliki.
Quant à la violence politique que vit actuellement l’Irak, elle est le fruit de l’intervention américaine et l’ambition du partage de ce pays en trois entités étatiques (sunnite, chiite et kurde) sous prétexte du système fédéral. L’Etat qui était, et qui jadis unissait toutes les diversités ethniques et les diversités religieuses, a été aboli. Malgré le caractère autoritaire et répressif de l’Etat irakien sous la férule de Saddam Hussein, son remplacement n’a pas été fait d’une manière équilibrée, garantissant l’harmonie de la société irakienne.
A cet effet, ce pays a connu une opération de démembrement très poussée, ce qui a permis aux multiples mouvements de l’Islam politique extrémiste et armé de s’organiser et de mobiliser les sunnites contestataires du gouvernement et de l’occupation américaine.
De ce fait, l’Irak est devenu un immense champ de bataille entre sunnites et chiites et fait les choux gras des médias. Les explosions ; les assassinats et les massacres sont devenus le lot quotidien de la population. La violence politique a touché toutes les institutions publiques, les symboles de l’Etat, les marchés populaires, les mosquées, les cérémonies religieuses, les mariages et les funérailles, en somme personne ne peut s’estimer à l’abri. A qui profite cette situation?
En tout cas, les Irakiens n’ont récolté que désolation et dévastation avec la montée des mouvements armés; et l’apparition de « Daesh » a confirmé la menace et le danger pour la société irakienne.
 Daesh et ses « semblables », la grande calamité :
« L’Etat Islamique de l’Irak et du Levant «EIIL» (Daesh : acronyme en langue arabe) a surpris beaucoup d’acteurs politiques, par sa barbarie horrible et ses nombreux crimes. Beaucoup d’observateurs et même l’administration américaine et ses alliés dans la région qui l’ont parrainé auparavant, se sont interloqués par les pratiques de cette dangereuse organisation criminelle. Un des symboles de l’Etat américain, en l’occurrence le Ministre de la défense s’est exprimé en disant : « l’organisation de l’EIL est la plus dangereuse de toutes les organisations terroristes, plus dangereuse qu' « Al-Qaïda ». Cette organisation est née en Irak en 2006 avec le soutien d’  « Al-Qaïda », sous l’appellation « l’Etat islamique en Irak ». Son objectif initial était de défendre les sunnites qui affrontaient le nouveau pouvoir issu de la guerre américaine sur l’Irak, les chiites ayant eu beaucoup d’avantages politiques dans l’après-Saddam.
A la mort de « Abu Mussab Ezzarkaoui » adepte d’Oussama Ben Laden en 2006, et à la suite de la répugnance exprimée par les populations envers ce groupe terroriste, ses membres ont rejoint la Syrie en 2013. Mais « le Front Nosra » constitué en 2011, a refusé l’hégémonie de cette organisation irakienne et l'a affronté. La guerre entre les deux factions a fait 6000 morts. Pour sortir de cette crise, le leader du mouvement Daesh « Abou Bakr El Baghdadi » a proclamé le « Califat Islamique » sur les frontières de l’Irak et de la Syrie. Les « daeshiens » ont effectué plusieurs opérations dans les deux pays et se sont emparés d’un lot important d’armes sophistiquées. Il paraît que les tentatives américaines de partager l’Irak et de détruire son tissu social et culturel n’ont pas complètement abouti, mais grâce aux activités du « Califat Islamique », les vœux de l’administration américaine seront exaucés. L’assassinat des chiites, l’expatriation des chrétiens, des yazidites et toutes les communautés non sunnites, la destruction des mausolées, des monuments, et des symboles de la civilisation arabo-musulmane connue par sa tolérance et sa protection de toutes les diversités culturelles et religieuses, va amplifier la crise politique et sécuritaire dans la région.
Cependant la mobilisation de l’Arabie Saoudite et les pays  du Golfe pour affronter ce phénomène - incité auparavant par ces mêmes pays sur le plan doctrinaire, politique, militaire et financier - est une preuve de la dangerosité de la situation. Mais ce qui est paradoxal, la mise en place d’une coalition internationale composée de grandes puissances sous l’égide de l’ONU pour combattre « Daesh ». Ce qui donnera lieu à de nouvelles alliances et des retournements de situations dans la région.
Pour rappel le « retrait » des forces militaires américaines en 2011 a coïncidé avec le déclenchement du « printemps arabe » qui a aggravé le conflit entre sunnites et chiites en Irak et s’est propagé en Syrie.
Mais « Daesh » essai d’en faire de cette région un nouveau centre de gravité qui remplace « Al-Qaïda » pour attirer les combattants islamistes extrémistes, qui sont en fait un ensemble de mercenaires venus de plusieurs pays arabes et musulmans et des pays d’Europe et d’Amérique. Ils menacent toute la région y compris l’Arabie Saoudite, le Koweït et le Liban. Il n’est pas sans dire que ses conflits peuvent être instrumentalisés dans les luttes internes au royaume de l’Arabie et dans le réaménagement politique de toute la région.
Il est évident que cette région est entrée de plein pied dans un grand conflit géostratégique régionale et la Syrie ne peut s’écarter de ce conflit entre les axes, elle y est au cœur du conflit qui trouve ses origines dans le conflit entre l’Iran et l’Arabie Saoudite et également dans le conflit entre chiites et sunnites. L’Iran voulant jouer un rôle de leadership dans le Monde Musulman après la victoire de la révolution islamique.
L’intervention des Américains contre « Al-Qaïda » et les « Talibans » a encouragé les Iraniens d’aller dans ce sens. Ce qui a amené l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe à se mobiliser pour endiguer ce qu’on appelle « le croissant chiite » dirigé par l’Iran, La Syrie et Hizbollah. Le « Printemps Arabe » a été une opportunité pour les uns afin d’accentuer les pressions sur les autres, et vice-versa.
Lorsque Georges Bush a dit le 1er Mai 2003 « la mission est accomplie » après l’invasion de l’Irak, il signifiait que l’ancien conflit religieux a été ressuscité et mis en œuvre à nouveau. En effet les USA nous ont habitué depuis la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide à générer des crises et à la « fabrication de l’ennemi extérieur » en abusant l’opinion publique américaine et internationale en utilisant tous les moyens financiers, militaires, politiques, diplomatiques et médiatiques à cet effet.
Ces puissances sont arrivées, à partir d’un esprit pragmatique à fonder une méthode particulière, celle de «  créer des monstres » puis de faire appel aux autres pour lui donner l’assaut. « L’ami d’hier » peut devenir aujourd’hui un « ennemi dangereux » qui menace la sécurité intérieure et les intérêts américains à l’extérieur.
C’était ainsi avec « Al-Qaïda » qui a été instrumentalisée en Afghanistan contre les Soviétiques. Une réelle tentative de créer des foyers de tension dans la région, en « l’afghanisant » afin de faire aboutir le plan de partition. Pour Georges Corm l’instrumentalisation du fait religieux dans les conflits entre puissances n’est pas nouveau au Moyen-Orient, qui risque de devenir « une poudrière » semblable à la situation des Balkans avant 1914. Cette situation menace toute l’humanité et pas seulement le Moyen-Orient.
Enfin, on peut conclure à travers cette modeste contribution que la « doctrine Lewis » a trouvé son prolongement sur le terrain et a commencé à donner ses premiers fruits car toute la région, au Machreq comme au Maghreb connaît des crises politiques et sécuritaires très aiguës. La situation explosive va donner lieu à plus d’interventionnisme américain dans les affaires intérieures des populations arabes et musulmanes, et de détruire tous les fondements sur lesquels sont construites ces sociétés.
Mais la résistance des peuples et des leaders patriotes en Palestine (la résistance de Ghaza l’agression militaire sioniste) l’Irak, la Syrie, le Liban à l’hégémonie américaine nous interpelle à contrer cette invasion. Ceci dit, la détermination des Etats et peuples en Amérique du Sud et en Asie à faire échec aux projets américains constitue un grand espoir. 
Le colonialisme européen a déjà subi l’échec auparavant, les peuples opprimés se sont dressés pour le chasser de leurs pays.