dimanche 25 janvier 2015

Quand les américains se veulent les gendarmes du monde

Et dire que l'Europe et plus particulièrement la France les suit tête baissée qu'elle soit dirigée par la Droite ou par la Gauche !
R.B 
Yves Bonnet
Préfet honoraire, ancien directeur de la DST

Islamophobie, judéophobie et christianophobie

Les phobies, dont certains d'entre nous meublent le paysage immuable de leurs certitudes, ne doivent rien au hasard. Nées de l'ignorance et de la crainte de l'autre, elles prospèrent "comme des cornichons dans des bocaux à l'abri des courants d'air", ainsi que s'en indignait Georges Bernanos, fustigeant le clan des bigots dans ses "grands cimetières sous la lune". Le gouvernement des hommes, passé dans des mains irresponsables, a fait qu'au cours du demi-siècle écoulé se sont empilées tant d'erreurs dévastatrices que l'on s'en pâmerait d'épouvante s'il nous restait un peu de mémoire.

La première de ces erreurs puise ses racines dans ce fonds indestructible du "maccarthysme", développé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et indéracinable depuis. Il s'est installé dans la conscience d'une large partie de la classe politique aux Etats-Unis cette idée simpliste que le marxisme était le premier ennemi de la démocratie en Amérique et même de la démocratie tout court. Sincèrement ressentie, cette antienne a prospéré tout au long de la Guerre froide et il fallait s'appeler Charles de Gaulle pour ne pas y succomber. Aussi, quand l'Armée rouge envahit l'Afghanistan en décembre 1979, afin d'imposer une "République populaire" anti-islamique et accessoirement soutenir la revendication afghane d'un accès à l'Océan indien, cette intrusion par la force se heurte à une double opposition, suscitée par le Pakistan du général Zia et l'Iran de l'ayatollah Khomeiny. La CIA entre alors en scène et organise à partir du territoire pakistanais, précisément dans la région de Peshawar, la formation de combattants fanatisés par une idéologie résolument islamiste, appelant à la guerre sainte, le djihad, mais qui porte en elle le germe d'un anti-occidentalisme que ses initiateurs américains n'avaient pas imaginé. Sur le terrain, la formation paramilitaire dispensée par des instructeurs américains et probablement britanniques inclut des formes d'action de combat clandestin qui ne se distinguent des camps d'instruction du désert libyen ou de la plaine de la Bekaa que par les références doctrinales, anti-israéliennes pour les premières, anti-soviétiques pour les secondes. C'est dans ce contexte qu'émergent des figures de chefs de guerre dont une des plus emblématiques est celle d'Oussama Ben Laden, sujet saoudien.

Les Soviétiques chassés d'Afghanistan, les libérateurs se convertissent naturellement en djihadistes et s'engagent dans deux autres guerres contre deux autres régimes réputés "marxistes", la Serbie et l'Algérie. Longtemps nié, l'engagement des volontaires de retour d'Afghanistan en Bosnie et dans le maquis algérien ne peut plus être contesté de nos jours. En Algérie, on les appelle d'ailleurs les "Afghans" et en Bosnie, ils installent, avec la bénédiction et les fonds de l'Arabie saoudite et de l'Iran, des camps d'entraînement, où déjà de jeunes Français viennent s'exercer au métier de terroriste. Belgrade et Alger qui, au passage, conjuguent leurs forces, deviennent infréquentables et, dans les chancelleries, on se frotte les mains de leurs déconvenues. Une large partie de la presse emboîte le pas des "philosophes" qui réprouvent la barbarie serbe et dénoncent le "qui tue qui?" en Algérie. Ce sont les années 90 qui voient se conforter en Europe et au Maghreb un parti ouvertement islamiste avec la création de deux Etats musulmans dans les Balkans, la Bosnie et le Kosovo, et s'affirmer à travers San Egidio, l'image de respectabilité du Front islamique du salut.

Entre-temps, les islamistes prennent le pouvoir en Iran, avec la complicité américaine -le shah étant proprement lâché par ses grands amis d'hier- et, par la force, écartent le parti démocratique iranien qui, puisqu'il n'est pas religieux et défend l'image d'un Iran laïc, se voit derechef qualifié de "marxiste". C'est le premier grand pays musulman à rejoindre la mouvance intégriste et si cette image est quelque peu atténuée par l'obédience chiite de la "République islamique", Téhéran devient la première capitale du terrorisme religieux.

Comme si cela ne suffisait pas, les Etats-Unis vont s'appliquer à déblayer le terrain devant cette caricature de démocratie qui aide à déstabiliser l'Algérie et le Liban, qui contribue à la création de la Bosnie, et qui souffle sur les braises de l'activisme palestinien dans la bande de Gaza et en Palestine. Les maladresses américaines atteignent leur summum avec l'Irangate et le soutien inespéré à une armée iranienne au bord de la rupture. Puis commence l'enchaînement des attaques contre les régimes arabo-musulmans laïcs, c'est-à-dire amis ou anciens féaux de la Russie. Le premier à payer est le plus farouche adversaire de l'Iran, l'Irak de Saddam Hussein. Tombé dans le piège d'une provocation parfaitement démontée en son temps par le général Pierre-Marie Gallois, le leader du Baas envahit le Koweït et encourt les représailles de la plus vaste coalition militaire qui ne se soit jamais vue, avec cette conséquence inouïe d'un pays sur la voie du modernisme et du développement renvoyé à des temps reculés, conformément à la promesse du secrétaire d'Etat américain. Telle est la mission civilisatrice de la première puissance mondiale.

Malheureusement, comme une guerre bactériologique mal conçue, l'Amérique se retrouve confrontée aux démons qu'elle a engendrés. L'islamisme radical se retourne contre son géniteur et entreprend de délivrer le monde d'un modèle détestable à ses yeux, celui d'une éthique fondée sur les droits de l'Homme et l'égalité entre les sexes. Les attentats du 11-septembre agissent comme un révélateur sur une opinion qui se croyait à l'abri de toute forme d'agression, mais par un manque de lucidité consternant, le gouvernement américain ne pointe pas du doigt les vrais coupables, pourtant aisément identifiables, et désigne au contraire ceux qui sont devenus ses alliés objectifs, les chefs des Etats arabes laïcs. Quand on dit qu'il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, il faudrait ajouter qu'il n'est pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Ainsi, ce sont des citoyens saoudiens qui, très majoritairement, pilotent les avions qui sont précipités sur les tours de Mahattan. On punit l'Afghanistan dont aucun ressortissant n'est en cause. Ce sont les Iraniens qui construisent la bombe atomique et les missiles intercontinentaux qui la rendent opérationnelle. On envahit de nouveau l'Irak qui ne dispose d'aucune arme de destruction massive. C'est Kadhafi qui renonce à l'arme nucléaire. On le fait renverser par une révolution "téléguidée". Le tout à l'avenant.

Mieux encore, quand George W. Bush s'en va en guerre, il pactise avec Téhéran et bombarde les camps de l'Armée de libération iranienne (les moudjahidines du peuple) pour débarrasser de son opposition le régime qui le gratifie du sobriquet de "Grand Satan". La France ne fait pas mieux et se met aux ordres de l'ayatollah Khamenei pour procéder à une grande rafle jamais vue dans les rangs d'une opposition, de quelque nature qu'elle soit. Il faut punir et on punit les "dictateurs", laissant prospérer les fourriers du djihadisme. On se retient de contrôler les mouvements de fonds, on oublie les financiers de ce terrorisme messianique, on s'acharne sur ceux qui le combattent. On plaint les gentils Tchétchènes, on oublie les enfants de Beslan. On s'indigne des attentats dans le métro de Londres ou ceux de Madrid, pas de ceux du métro de Moscou. Autant de contre-sens qui rendent inextricable une situation pourtant claire. Faute de hiérarchiser les priorités, faute de considérer que le terrorisme peut frapper partout et pas nécessairement notre population et nos intérêts, on perd des repères et on complique la tâche de services qui travaillent bien. Faute de prendre en compte la désespérance de populations encore soumises à l'arbitraire, on fait la litière des idéologies les plus détestables.

L'Irak, la Libye "libérés" connaissent des situations bien pires que du temps des dictateurs, simplement parce que nos gouvernants se sont érigés en redresseurs de torts et émettent la prétention de dire quels gouvernements sont légitimes, qui doit débarrasser le plancher. L'ONU ne respecte plus ses propres principes, comme celui de l'intégrité de ses Etats membres, l'OTAN, alliance défensive centrée sur l'Atlantique Nord, est devenue le gendarme de la planète entière. La porte est ainsi ouverte au "grand n'importe quoi", quand les provocateurs se font censeurs et les agitateurs professeurs de vertu. C'est ainsi que lorsque l'Iran se range parmi les Etats qui affectent de réprouver le terrorisme islamiste, on ne peut que s'en indigner comme le fait la présidente du CNRI, Maryam Radjavi, organisation qui fait, depuis plus de trente ans, l'objet d'attaques homicides hors d'Iran et, dans le pays même, d'une persécution impitoyable. Comme beaucoup d'autres mais avec l'expérience de l'épreuve, elle dénonce la perversion d'une attitude qui cherche dans une interprétation falsifiée de l'islam la justification de sa politique.


Qu'on le veuille ou non, la troisième religion du Livre -par ordre chronologique- se trouve menacée dans son expression même par des outrances voire des crimes qu'elle ne mérite pas. Ce n'est pas acceptable. La religion de Mahomet mérite le même respect que le judaïsme et le christianisme et c'est aux chrétiens, les premiers, de l'affirmer. Comme il appartient à nos gouvernements de renoncer à exercer un magistère sur les autres pays, quels que soient les dirigeants qu'ils se sont donnés. Si la démocratie, à supposer qu'elle soit le modèle universel et plurivalent qu'on nous présente, doit gouverner le monde, il nous est interdit, par raison et simple bon sens, de l'imposer.

samedi 24 janvier 2015

ISLAM DES LUMIÈRES : POUR DEMAIN ?

LA LAÏCITÉ : Une chance pour réformer l'Islam de France !

Par laxisme et par populisme ou pire par électoralisme, les responsables politiques français, de droite comme de gauche, ont multiplié les brèches dans la laïcité qui ont permis l’immixtion des ces trois religions dans la sphère publique... avec le résultat que l'on sait; plus particulièrement pour l'islam depuis que le wahhabisme s'est invité en France avec la complicité des présidents Chirac & Sarkozy. 

Il faut que la laïcité reprend ses droits en France et que l'Etat conserve un droit de regard sur les prêtres des églises (au sens large) .... rôle dévolue au ministre de l'intérieur en France. 


" Les derviches avec leurs chapelets, les Califes avec leurs sabres ... 
les deux profitent de la misère (intellectuelle) des hommes ". 
Mohamed Iqbal - (Poète)

Article paru dans : 
Al Huffington Post
Agoravox

L’écrivain romain Sénèque, dans une phrase lapidaire, dit exactement ce qu’il convient de penser des religions : La religion est considérée par les gens ordinaires comme vraie, par les sages comme fausse et par les dirigeants comme utile ".
Cette phrase va servir de plan à l'exposé ci-après, sur le devenir de l’islam.

Cet écrivain a raison de dire que la religion est considérée comme vraie par les gens ordinaires. Ce faisant, il évoque le fait que l’origine des religions et des croyances religieuses est le fait d’une humanité à ses débuts placée devant un monde totalement mystérieux pour elle, apeurée par ses phénomènes naturels inexpliqués et par la mort. 
Ceux qui s’intéressent vraiment au problème, pourront lire le petit livre très bien documenté et qui se lit facilement de Frédéric Lenoir : « Petite histoire des religions ».

A partir de ce début qui a donné lieu aux Dieux multiples tenus pour vrais par les peuples, ce qui nous étonne aujourd’hui sans que nous ayons le même étonnement devant le Dieu monothéiste alors que le mécanisme de croyance est exactement le même; arriveront les divers monothéismes : judaïque, chrétien et musulman.

Cette foi, née initialement, de la peur du monde et de son incompréhension, s’est ensuite maintenue de génération en génération par la transmission parentale et sociale qui vous explique que né dans une famille juive, vous êtes juif, né dans une famille catholique vous êtes catholique et que né dans une famille musulmane vous êtes musulman; en somme vous l'êtes de père en fils pour ainsi dire. Voilà en effet pourquoi les gens ordinaires croient en la vérité de leur religion et pas en celle des autres.

Certains, ceux que Sénèque appellent les sages et qui sont en réalité ceux qui réfléchissent et ne se plient pas au conformisme social, ne croient pas. Ils sont soit complètement athées ne croyant pas en l’existence d’un Dieu, soit agnostiques ne croyant pas à la vérité des religions révélées qu’ils considèrent comme des créations purement humaines.
Le problème de l’existence ou de l’inexistence de Dieu est un problème métaphysique sans solution; d’abord parce que personne n’est vraiment d’accord sur ce qu’est ce Dieu (la nature, une énergie, un horloger ….) et que son existence ou son inexistence sont indémontrables.

Quant aux religions, une simple réflexion devrait aisément permettre de penser qu’elles sont en effet des créations humaines et rien qu’humaines.
Prenons les trois religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l’islam.
La plus ancienne, le judaïsme, date d’environ plus ou moins cinq mille ans. Or l’humanité  et cela est une certitude scientifique, remonte à des millions d’années ! Peut être pourriez-vous vous demander s'il est crédible que Dieu, s'il existe, ait laissé l’humanité qu’il avait créée des millions et des millions d’années sans message, sans religion et que tout à coup (allez savoir pourquoi) il se décide à proclamer son premier message ?
Comment admettre que Dieu qui se préoccupe de l’homme, nous dit-on, laisse l’humanité seule bondonnée à elle même pendant des millions d’année ? Ce n'est pas crédible.
Et que tout à coup il se réveille d’un long sommeil après sa création et décide d’envoyer un message. Est-ce crédible ?
Et puis ce premier message est contraire dans sa lettre à la réalité. Le monde, et c’est scientifiquement indiscutable, n’a pas été crée en une semaine ce qui n’a pas empêché les églises à le croire et à punir ceux qui ne croyaient pas en ces balivernes. Les théologiens se rattraperont plus tard, devant l’évidence scientifique, pour nous expliquer que le message est symbolique. Alors pourquoi l’avoir redit trois fois sous la même forme avec la même erreur ?
Voilà pour le temps. Mais la même question se pose aussi dans l’espace. 

Les trois messages ont été délivrés dans un espace du monde extrêmement réduit autour de la Palestine et de l’Arabie. Même avec sa diffusion très large, il y a eu et il y a encore des millions et des millions d’hommes qui ne connaissent rien de ces messages. Est-ce crédible qu’un Dieu, soucieux de l’humanité, laisse ainsi des millions et des millions d’hommes éloignés de ses messages ? Y aurait-il pour ce Dieu des hommes qui mériteraient d’entendre son message et d’autres non, des peuples élus et d'autres dont il se désintéresserait de leur sort ? Qui peut croire sérieusement cela ?

Et pourquoi trois messages : l’Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran. Un seul ne suffisait-il pas ? Voilà donc un Dieu, tout puissant omniscient et qui se reprend par trois fois pour adresser son message.
On nous dit cela a été rendu nécessaire parce que les hommes n’ont pas respecté les messages. Cette réponse n’est absolument pas satisfaisante. Si tel était le cas, pourquoi avoir changé la teneur du message ? Il fallait reprendre le même et taper du poing sur la table.

Non. Tout démontre que les religions sont des créations des hommes, que ces créations ont évolué avec l’histoire et qu’elles se ressentent, notamment par la prédominance faite à l’homme, du contexte historique dans lequel elles ont été crées.
Mais pour autant, on ne connaît pas d'athées qui en veuillent aux croyants. Les athées pensent simplement que les croyants se trompent mais cela ne va pas plus loin. Leur tolérance n'a jamais excité de guerre civile ; alors que l'intolérance a couvert la terre de carnage ", disait Voltaire
Le seul exemple dans l’histoire de lutte contre les religions a été donné par le communisme qui était en vérité une idéologie criminelle comme l’histoire l’a suffisamment montré, même si on peut regretter que trop de prétendus intellectuels aient cru devoir soutenir ce genre d’idées ineptes.
L’écrivain qui représente le mieux cette école de pensée, c’est Albert Camus. Il était athée mais il respectait les croyants disant seulement qu’il n’avait pas pour sa part pu « entrer dans cette foi ». Il pensait même que les croyants pouvaient être utiles, à condition de respecter les enseignements de l'évangile. Mais il n’est jamais tombé dans une autre idéologie, ayant combattu avec force le communisme dans " l’Homme révolté ".
Une étude scientifique récente donne raison sur ce point à Sénèque. Elle établit que plus les gens sont instruits, plus ils sont athées ou agnostiques. Ce qui explique la volonté des islamistes de cultiver l'obscurantisme !

Enfin et c’est le troisième élément de la phrase de Sénèque : « Les dirigeants  considèrent la religion comme utile ».
De tous temps les gouvernants ont utilisé la religion pour asseoir leur pouvoir allant jusqu'à prétendre être les représentants de Dieu sur terre. Commode, en effet pour dominer les hommes. Comment voulez-vous contester un pouvoir qui se réclame du divin ? Cela va des Pharaons aux Empereurs romains se qualifiant eux-mêmes de Dieu; du pouvoir absolu de « droit divin » des Rois de France aux Califes autoproclamés héritiers du prophète Mohamed; jusqu'aux partis islamistes qui de nos jours instrumentalisent la religion pour accaparer le pouvoir et maintenir les peuples dans l’ignorance.
Même Napoléon, pourtant produit de la révolution française, pour asseoir son pouvoir, s’est tourné vers l’Eglise et avait espéré que Chateaubriand et son « Génie du christianisme » l’y aiderait.

Tout le progrès de l’humanité a été de réduire cette place du divin dans la gouvernance. Ce progrès n’a pas été sans heurts et sans excès car si la religion est choquante quand elle est instrumentalisée et devient un instrument de prise du pouvoir, peut avoir des effets positifs dans la vie individuelle des personnes et peut favoriser l’épanouissement de ceux qui croient sincèrement. Si les religions peuvent aider les hommes à vivre, tant mieux ! 
Mais l’expérience montre qu’elles ont aussi des conséquences quelques fois contraire à l’intérêt des hommes. Elles ont produit des drames innombrables : les croisades, l’inquisition, l’évangélisation et l'islamisation à coup de sabres, les guerres de religion, la participation des Eglises à des crimes politiques comme ceux, abominables, commis par l’Eglise Espagnole pendant la guerre d’Espagne ... et maintenant l’islamisme criminel. 
Il est vrai qu’a côté de ces horreurs, le sentiment religieux a produit grâce à des artistes innombrables, des beautés architecturales, picturales et littéraires sans pareil; l'homme ayant réservé le meilleur de lui même pour magnifier et honorer ce qu'il a sacralisé et adoré.

La grande difficulté est donc de trouver la juste place de la religion. Sur ce terrain, la France depuis l’horreur des guerres de religion et grâce au travail des grands intellectuels du siècle des Lumières, est parvenue petit à petit à trouver cet équilibre, non sans heurts, avec l'Edit de Nantes d'abord, puis la Déclaration des Droits de l’Homme et enfin la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, à l'origine de la laïcité.

Les Etats « musulmans » qui veulent aller vers le progrès, c’est vers des solutions semblables qu’ils devront aller. C’est la raison pour laquelle la solution viendra certainement des musulmans de France, à condition que le pouvoir politique y prête la main.

L'Islam ne connaissant pas d'autorité centralisée du culte, les musulmans vivant en France doivent pouvoir créer, comme on l’a dit si souvent, un Islam de France qui par son rayonnement et son humanisme pourra aider bien au delà de l'hexagone d'autres musulmans. Car pour repenser l'Islam et remettre à plat cette religion, il faut disposer de la liberté d'expression, ce qu'aucun pays "arabo musulman" ne garantit actuellement ! 
Les musulmans ne pourraient faire l'économie de cette remise en question de leur religion pour l'adapter à notre époque s'ils veulent rattraper leur retard et rejoindre les civilisations qui ont progressé depuis qu'ils ont fait ce "travail" sur leur religion qui devenait un frein pour leur développement.
Déjà de nombreux intellectuels l’ont dit et ont œuvré en ce sens : Des scientifiques et théologiens tels que Mohamed ArkounAbdelwahab MeddebMohamed Talbi, Soheib BencheikhAbdennour BidarYadh Ben AchourMalek Chebel; mais aussi des écrivains tels que Boualem Sansal, Tahar Benjelloun, Kamel Daoud, Mahmoud HusseinLydia Guirous et certainement beaucoup d'autres encore; et même un mouvement citoyen.
Tous ceux-là ont montré que pouvait prévaloir une interprétation du Coran autorisant la liberté de croire ou de ne pas croire, exhortant les hommes à vivre en paix, l'invitant à la fraternité et à l’ouverture plutôt qu'au renfermement et au rejet de l'autre. 
Tous sont unanimes pour dire que l'islam peut s’accommoder des valeurs de la Républiques françaises et de la première d'entres elles qui est la laïcité, règle fondamentale du vivre ensemble.
Le Coran le permet et c’est donc une question d’éducation pour que cette vision se propage plutôt que la vision obscurantiste et violente qui s'est répandue en France depuis la chute du mur de Berlin.
Or malheureusement ces intellectuels n’ont pas été suffisamment entendus par les musulmans eux-mêmes ni par le pouvoir qui a une grande responsabilité dans ce qui se passe depuis que l'islam des musulmans de France est pris en otage par le wahhabisme, cette obédience obscurantiste et dangereuse venue d'Arabie. Les responsables politiques par manque de culture ou pire pour des raisons bassement électoralistes, ont laissé se développer en France une vision obscurantiste du Coran, en fermant les yeux sur le wahhabisme que diffusent les pétromonarchies, d’Arabie Saoudite et du Qatar entre autres, à coup de milliards dépensés dans ce prosélytisme contre leurs pétrodollars pour renflouer l'économie française.
La France a laissé s’installer et prêcher des imams endoctrinés au wahhabisme, plus ou moins instruits. Elle a laissé se propager sur son territoire les prêches télévisés de ces imams arriérés qui, par l’habileté du discours, ont contaminé les moins instruits des  citoyens. Elle a laissé se diffuser dans divers lieux des brochures ineptes donnant une vision des plus obscures du Coran et de son interprétation, brochures venant souvent de cette Arabie arriérée.
Ce pouvoir a, en voulant organiser l’islam de France, laissé des obédiences attachées à ces interprétations les plus arriérés du Coran se développer sur le territoire et occuper des postes de responsabilités au CFCM par des hommes convertis au wahhabisme. CFCM où est apparue l'UOIF proche, quoiqu'elle prétende, des "Frères musulmans". Cela a été la grave faute de Sarkozy dont on sait la proximité douteuse avec le Qatar.

Tout cela joint à un abandon scandaleux des jeunes de banlieue, que le Premier Ministre Manuel Valls qualifie d’apartheid, a permis la situation actuelle où des jeunes mal instruits, abandonnés sur le plan de l’emploi, versant dans la délinquance; se laissent entraîner par des imams autoproclamés, wahhabites, jusqu'à les pousser à des crimes abominables.
Le pouvoir n’a pas pu ignorer cela qui dure depuis plus de vingt ans. Il semble se réveiller après la tragique attaque de Charly Hebdo. Certains hommes politiques aussi. Acceptons cette prise de conscience, quelle soit une chance de se ressaisir et que les musulmans de France profitent aussi de cette occasion pour faire évoluer les choses et conformer leur religion aux valeurs de la république française, en réalité aux valeurs universelles.

Pour cela il faut agir sur deux volets, tout aussi importants l’un que l’autre :
- Un volet général qui est le développement de l’éducation dans les banlieues. Il n’ y aura de solution qu’en élevant le niveau du savoir, en aidant au développement économique et social de ces banlieues, en faisant par une politique volontaire et vaste diminuer les ghettos en développant la mixité sociale. Ce volet prendra du temps mais il est nécessaire.
- Un volet plus spécifique à l’Islam : Il faut que le pouvoir cesse de se voiler la face devant le désastre que constitue le prosélytisme wahhabite. Il lui faut aider le mouvement des intellectuels musulmans qui veulent développer un Islam moderne, acceptant la liberté et la séparation du religieux et de l’Etat. Aider ceux-là signifie aussi ne plus tolérer, en tous cas dans les mosquées et les centre culturels en France, les adeptes du wahhabisme qui est incompatible avec les valeurs de la France. Pour cela il est impératif que l'Etat contrôle les financements et les personnes qui gèrent les lieux du culte et les centres culturels musulmans de France. Ne plus laisser les prédicateurs d'Arabie et du Golfe venir diffuser le wahhabisme dans les mosquées ni profiter des rassemblements du Bourget pour faire le prosélytisme à l'obscurantisme. 

Je suis pour que l’on restreigne la liberté de l’Internet pour limiter la diffusion de cette idéologie mortifère et que l’on arrête aussi la diffusion sur le sol français les télévisons des pétromonarques qui diffusent le poison wahhabite à longueur de prêches. Télévisions qui appellent au jihad et qui par leurs enseignements contreviennent aux valeurs de la République.
Certains objecteront que cela est contraire à la liberté d'expression et c'est ce que disait un sociologue récemment dans Bibliothèque Médicis qui insistait sur le fait qu'en démocratie on ne peut sanctionner que lorsqu'il y a passage à l'acte. Le problème c'est que ces obédiences obscurantistes entraînent des passages à l'acte divers et variés quand dans certains endroits, les femmes ne peuvent plus circuler librement sans être voilées par exemple et qu'il y ait atteinte évidente aux valeurs de la République. 
Car quand on est en guerre comme le dit Manuel Valls, et ici il est évident qu'il s'agit d'une véritable guerre contre un cancer de la pensée, on est contraint d'adopter des dispositions particulières. 
Souvenons-nous toujours de cette phrase si juste de Saint-Just : " Pas de liberté pour les ennemis de le liberté " !

Rachid Barnat

mercredi 21 janvier 2015

Jean-François Kahn rappelle à ses confrères journalistes leur lâcheté

Enfin un journaliste français lucide et qui a le courage de dénoncer ses confrères qui ont pris cause et fait pour les Frères musulmans (ceux du FIS d'abord puis ceux d'Ennahdha ...), les protégés de l'émir du Qatar !

R.B 


C’est l’un des rares journaliste français à avoir soutenu l’Algérie lorsqu’elle combattait la canaille intégriste du FIS et du GIA dont les caïds ont depuis trouvé refuge au Qatar. Tous les autres journaux, et tout particulièrement Libération et Le Monde, avaient pris fait et cause pour les égorgeurs et les criminels. Le quotidien Le Monde avait même lancé à l’époque la question abjecte du « Qui tue qui en Algérie ? » Jean-François Kahn revient sur la trahison de ces journalistes français, aux ordres de l’Empire, qui ont guerroyé contre l’Algérie et la Tunisie en couvrant leur philo-islamisme d’une cire droit-de-l’hommienne. Leurs jérémiades sur Charlie Hebdo aujourd’hui ne doit pas occulter leur compromission d’hier.

Dans une chronique titrée «Et si on reconnaissait enfin toutes les erreurs que nous payons aujourd’hui», Jean-François Kahn rappelle que «les premiers résistants qui versèrent leur sang en affrontant la barbarie furent des musulmans». «Tout a commencé par une trahison. Car on a presque fini par l’oublier ou, plus exactement, on a voulu l’oublier, ceux qui, depuis plus de vingt ans, sont tombés par centaines de milliers sous les coups des tueurs fanatisés d’un islam perverti sont des musulmans ; ceux qui, les premiers, à leurs risques et périls, leur ont opposé (je pense aux femmes algériennes) leur héroïque détermination sont des musulmans. 

Ceux qui, les premiers également, ont lutté les armes à la main, comme aujourd’hui les Kurdes de Syrie, sont des musulmans.» Et, plus clairement, «or, on les a poignardés dans le dos». «Faut-il rappeler cette période terrible où l’Algérie étant en butte aux atrocités commises par ceux dont les auteurs du carnage de Charlie Hebdo sont les héritiers, toute une fraction des médias français se déchaîna non contre les ‘barbares’, mais contre ceux qui tentaient de leur tenir tête ?» Et : «Souvenons-nous donc : ce n’étaient pas les fanatiques allumés du GIA qui tuaient, massacraient, exterminaient femmes, enfants, vieillards, non, non, c’étaient leurs adversaires… Des témoins de leurs épouvantables agissements, scandalisés par ce déni, envoyaient des délégations à Paris pour dire le vrai. 

On refusait de les recevoir. Des civils épouvantés dont on avait égorgé les proches, des démocrates, des laïcs, des patriotes, souvent issus de mouvances de gauche, à la suite de tueries, se regroupaient et constituaient des milices d’autodéfense, ce sont eux et non les islamistes qu’une journaliste de Libération fustigeait et désignait comme les fauteurs de guerre. Les tueurs étaient des ‘rebelles’, ce qui est noble, ceux qui appelaient à les combattre étaient des ‘éradicateurs’. 

Donc des méchants. On sortait de temps à autre du chapeau des ‘officiers déserteurs’ qui affirmaient qu’en effet, ce n’étaient pas des islamistes qui tuaient. Gros titre à la une assuré. Or, on découvrit, à l’occasion des attentats de Londres, que c‘étaient tous des faux témoins, des militants islamistes radicaux à qui l’organisation avait demandé de jouer ce rôle. Les lecteurs (ou auditeurs) français n’en furent pas avertis.» 

Les Algériens, les démocrates algériens, eux, n’ont pas oublié. Ils ne sont pas pour autant rancuniers, voire vindicatifs, eux envers lesquels la communauté internationale a été en faillite de solidarité, pis, a isolé le pays pendant la tragique décennie noire, considéré alors comme non sûr et non fréquentable. 

Lorsque Charlie Hebdo a été la cible de l’attentat terroriste du 7 janvier, la presse algérienne a unanimement dénoncé le crime et apporté la solidarité – dont elle a elle-même cruellement manqué – à ses confrères français. Au niveau diplomatique, la présence du ministre algérien des Affaires étrangères à la marche de Paris a signifié la solidarité nationale à la France endeuillée, son soutien à lutte, aujourd’hui – ou plus exactement depuis le 11 septembre 2001 – internationale, contre le terrorisme que l’Algérie n’a eu de cesse de combattre, seule, pendant une décennie.

Boualem Sansal: "A ce point, la passivité des musulmans est mortelle"

L'écrivain algérien Boualem Sansal livre un entretien à L'Express pour évoquer ses sentiments après les attentats en France contre Charlie Hebdo et l'épicerie casher. Il évoque le danger de l'islamisme dans le monde, le communautarisme en France, l'Algérie d'hier et d'aujourd'hui.


Alexandre Sulzer : Quel a été votre sentiment quand vous avez appris l'attaque contre les dessinateurs de Charlie Hebdo et celle de l'épicerie casher de la porte de Vincennes?

Boualem Sansal : L'incompréhension d'abord, puis l'effroi, la peine, le dégoût, la colère, la rage, l'envie folle de faire quelque chose. Les islamistes nous ont infligé tant de mal et nous, nous en sommes là, au même point, on pleure les morts, on attend le prochain drame, on tremble de peur et on se surveille pour ne pas offenser les islamistes. Notre dignité d'homme soi-disant libre en prend un sacré coup. Il faut absolument retrouver sa liberté et reprendre l'initiative, c'est ce que je me dis et que je répète depuis des années. Il faut refuser l'impuissance, nous ne sommes pas des moutons qu'on mène à l'abattoir. 

Alexandre Sulzer : Diriez-vous, comme le scandent les manifestants français, "je suis Charlie"? Est-ce un mot de ralliement juste à vos yeux?

Boualem Sansal : Dans des moments comme ça, il faut un symbole de ralliement, on a besoin d'être ensemble, c'est nécessaire, c'est une façon de nous encourager à la résistance, à l'offensive même et de transmettre un message aux islamistes. Pourquoi pas "Je suis Charlie". il est un peu réducteur, quatre juifs ont été tués ainsi que des policiers et la France a été blessée et humiliée. On aurait pu dire "Vive la France" comme Obama l'a écrit dans son message de soutien, mais bon "Je suis Charlie" a fait le tour de la planète, il faut le garder. 

Alexandre Sulzer : L'Algérie a connu des années terribles de guerre civile. Les violences que connaît la France en sont-elle la continuité?

Boualem Sansal : La peste islamiste se répand sur toute la planète. Là où il y a des fragilités, des failles, elle s'installe et s'enracine. Oui, on peut le dire, les violences que connaît la France ont quelque part un lien avec les violences qu'a connues l'Algérie et qu'elle connaît encore. Force est de constater que l'islamisme a trouvé dans la communauté maghrébine en France, fortement communautarisée et plutôt malmenée par le chômage et la précarité, un terreau favorable. C'est de là qu'il a essaimé. Les liens entre la France et l'Algérie sont nombreux et complexes. Au temps du FIS et du GIA, ce qui se passait en Algérie avait des répercussions immédiates en France et inversement. L'islamisme a, depuis, assez fondamentalement changé, il s'est internationalisé, il est dans une vision mondiale, son centre de gravité et de commandement s'est déplacé en Asie, au Proche et au Moyen-Orient où le chaos favorise son développement. Ces dernières années, il vise particulièrement l'Europe, France en tête qu'il semble considérée comme le maillon faible de l'occident. 

Alexandre Sulzer : Faites-vous partie des personnes qui appellent les musulmans français à sortir dans la rue pour condamner les attentats? Ou cette démarche, par la communautarisation qu'elle fait de citoyens français, vous gêne-t-elle?

Boualem Sansal : Les musulmans ont tout perdu, ils ont perdu leurs pays "colonisés" par les dictateurs et/ou par les islamistes, et ils ont perdu leur religion, que l'islamisme a phagocyté et dont les dictateurs ont fait la religion d'État, autrement dit leur religion puisque l'État c'est eux. Sans pays et sans leur religion, il se pose à eux un sérieux problème d'identité et de dignité. Je ne veux pas insister, mais cela aussi je le répète aussi depuis des années, il leur revient à eux en premier de combattre et les uns et les autres, les dictateurs et les islamistes. A ce point, la passivité est mortelle. Il faut agir pour espérer vivre et prospérer. Sortir dans la rue pour manifester contre les attentats c'est bien, il faut le faire aussi souvent que possible, mais ça ne suffit pas, il faut se battre contre l'islamisme et son emprise sur les jeunes, c'est un combat citoyen de tous les jours, il se fait dans les familles, le quartier, la mosquée, l'école, les associations, les clubs. Ils doivent libérer l'islam de ceux qui l'instrumentalisent et le souillent comme ils doivent faire l'effort (ijtihad) de l'adapter à la démocratie et adhérer pleinement à la laïcité, ils doivent enfin admettre que dans la démocratie, dans un pays comme la France, la critique de l'islam n'est pas une agression contre lui ou contre les musulmans, l'islam ne peut pas, lui seul, être hors du champ de la critique. Si l'islam n'accepte pas la critique alors il n'a pas sa place dans la société. Ce combat, ils doivent le mener en tant que citoyen français et non comme musulman membre d''une communauté musulmane. L'islam en France sera l'islam de France ou ne sera pas, ils doivent le comprendre, la France laïque n'acceptera jamais de reculer sur cette question, elle l'a tranchée depuis plus d'un siècle, après des siècles de confrontation et de douleurs. 

Alexandre Sulzer : Les islamistes français sont-ils les mêmes que les islamistes algériens à vos yeux? Ou sont-ils le produit spécifique d'une société particulière?

Boualem Sansal : Ils sont très différents. Les islamistes algériens n'aiment pas les islamistes européens. L'islam de France et l'islam maghrébin sont eux-mêmes assez fondamentalement différents même si les imams qui diffusent l'enseignement de l'islam en France sont majoritairement des maghrébins, de rite sunnite malékite. Les musulmans français ne perçoivent pas, ou perçoivent plus, les subtilités des différents rites et se fondent sur un islam composite, plutôt pauvre (et pas seulement parce que les imams sont souvent des charlatans), plus politique que religieux et méconnaissant la tradition et la culture musulmanes. Il n'est souvent qu'une posture d'affirmation communautaire face à une société française qu'ils jugent arrogante, égoïste, impérialiste. 

Alexandre Sulzer : Quelle leçon retenir de cette semaine?

Boualem Sansal : Nous n'aurons pas le temps de tirer des leçons que d'autres attentats vont hélas venir secouer la France. Il faut se méfier du compassionnel et comprendre que ce qui paraît spontané ne l'est pas forcément, des communicants ont pu créer une atmosphère propice à l'effusion, voire à la transe, à la catharsis. Il faut travailler dans la profondeur et la durée et par-delà les considérations partisanes. La déception peut être douloureuse lorsque l'émotion sera passée et que le quotidien reprendra son cours. Les leçons sont à tirer de qui se passe, et depuis longtemps, au cœur même de la société française, dans les écoles, les universités, les prisons, dans le monde du travail, dans les relations internationales, dans le rapport Europe/pays arabes et musulmans, etc. 

Alexandre Sulzer : Quel écho les événements auront, selon vous, au Maghreb?

Boualem Sansal : Je suis horrifié, de voir que beaucoup d'Algériens, qui pourtant ont terriblement souffert du terrorisme, ont applaudi les "héros, les martyrs", les frères Kouachi et Coulibaly, qui au prix de leur vie ont châtié Charlie le blasphémateur, l'ennemi d'Allah et du Prophète. Je suis horrifié de les voir saluer avec joie l'assassinat de quatre juifs qui faisaient tranquillement leurs emplettes. Au delà, je crains l'émulation entre islamistes. Les islamistes maghrébins auront à cœur de ne pas se laisser distancer par leurs homologues occidentaux? C'est une question de dignité pour eux, et aussi de leadership doctrinal et d'intérêt, ils pensent que le seul véritable islam est celui des pays musulmans arabes, lui seul est conforme à l'islam originel. La rivalité entre islamisme des pays musulmans et islamisme des pays occidentaux est une réalité. Elle s'inscrit également dans la vieille confrontation nord-sud, le nord riche et impérialiste et le sud pauvre est exploité. Demain cette rivalité pourrait occasionner d'énormes dégâts, comme au temps de la guerre d'indépendance, lorsque le FLN [Front de libération nationale] et le MNA [mouvement national algérien] se sont affrontés dans les deux pays, pour la direction de la Révolution. L'islamisme français est très actif ces dernières années, en terme d'attentats et de communication, il prend de l'ascendant, les islamistes algériens ne veulent pas se trouver demain sous sa tutelle. Leur allégeance à Al-Qaïda ou à Daesh a été mal ressentie par plusieurs factions islamistes. Les dissensions entre eux se traduisent toujours des violences dont souffre en premier le peuple. 

Alexandre Sulzer : Comment réconcilier la société française? Comment réconcilier l'Occident et le monde arabo-musulman?

Boualem Sansal : On ne pourra rien faire tant que le monde arabo-musulman n'engage pas dans les faits sa transition démocratique, comme cela semble être le cas en Tunisie. Or les pays européens, ne regardant que le seul volet sécuritaire et contrôle de l'émigration clandestine, ont fait le choix de soutenir les islamistes puis, une fois ceux-ci battus sur le terrain militaire, de soutenir à nouveau les dictateurs. Au final, ils ont eu l'un et l'autre, les dictateurs et les islamistes plus le terrorisme et l'émigration clandestine. Ce qui se passe est quelque part le résultat de ce calcul. Le bon choix était de soutenir la démocratisation des pays arabo-musulmans, comme ils avaient soutenu la démocratisation des pays de l'Est lorsque le mur de Berlin est tombé. Aujourd'hui, il est trop tard, les démocrates arabo-musulmans ont fui leur pays et sont venus se réfugier dans les pays occidentaux qui avaient refusé de les aider. Ils en veulent doublement aux pays occidentaux, de les avoir abandonner et aujourd'hui de les considérer comme des Français de seconde zone. Ils sont comme les Cubains en Floride, américains mais haïssant l'Amérique pour n'avoir pas réussi à libérer Cuba et encore plus aujourd'hui de vouloir faire ami-ami avec le pouvoir castriste. Il faut tout repenser maintenant, ouvrir une voie nouvelle pour la réconciliation. Les Algériens, et notamment les démocrates ne veulent pas d'une réconciliation qui serait le fait de la France et du régime algérien du FLN et ses alliés islamistes. L'approuver c'est accepter leur défaite et leur mort. Le pouvoir algérien lui-même n'en veut pas vraiment, une réconciliation reviendrait quelque part à offrir une opportunité aux démocrates et même aux ex-français d'Algérie de revenir sur la scène politique. Une réconciliation franco-algérienne, à l'image de la réconciliation franco-allemande est improbable tant que les acteurs de la guerre de libération sont de ce monde et tant que l'islamisme radical en Algérie ne sera pas fortement éradiqué.  

lundi 19 janvier 2015

Le « musulman modéré », une version actualisée du « bon nègre »

Ahmed Benchemsi
Ahmed Benchemsi


Dès que la nouvelle du massacre tragique de Charlie Hebdo s’est répandue, la condamnation de l’horreur a été accompagnée, comme d’une sœur jumelle, par la mise en garde contre « l’amalgame ». François Hollande comme Nicolas Sarkozy ont utilisé ce mot. Sans oublier les cohortes d’invités des plateaux télé qui, la main sur le cœur, ont juré que les terroristes « ne représentent pas les 5 millions de musulmans de France ». Oui, l’islam de ces derniers est « modéré », ont opiné à l’unisson les animateurs vedettes.

Ce discours n’est pas nouveau. C’est même un classique de la bien-pensance politico-médiatique, qu’on rejoue sans ciller après chaque attentat terroriste. Son objectif : contrer la stigmatisation des Français issus de l’immigration. Son message : ne faisons pas le jeu du Front national. Son mot d’ordre : nous sommes tous des enfants de la République. Son exhortation : ne singularisons pas les musulmans de France.

Sauf qu’en les qualifiant de « musulmans », on les singularise déjà. Et on fracasse sans même s’en rendre compte le principe d’égalité, valeur cardinale de cette République qu’on prétend défendre. Au nom de quoi s’arroge-t-on le droit d’accoler, d’autorité, une religion à 5 millions de personnes ? Si ceux-là sont musulmans, alors les 60 millions restants devraient être catholiques, non ? À cette idée, Charb et Cabu se bidonneraient sans doute dans leurs tombes… La France a une solide tradition anticléricale, et le blasphème potache incarné par les martyrs de Charlie Hebdo est une de ses marques de fabrique. Quand on dit « les cathos », on pense à une minorité de culs-bénits en marge du consensus social. Mais pourquoi, quand on dit « les musulmans », parle-t-on de la totalité des Français originaires d’Afrique du Nord et de l’Ouest ?

L’islam, c’est d’une ridicule évidence, n’est inscrit dans le patrimoine génétique de personne. C’est une idée à laquelle chacun est libre d’adhérer – ou pas – y compris quand on s’appelle Mustapha ou Fatima. Les Français enfants d’immigrés ont été aux mêmes écoles républicaines que les autres, y ont étudié Voltaire et les Lumières autant que les autres. Sauf à considérer que leur origine ethnique conditionne leur façon de penser (ce qui est la définition même du racisme), il n’y a pas de raison qu’ils soient moins sensibles à ces idées-là que les Français « de souche ». Pourtant, le discours commun repris jusqu’au sommet de l’Etat, les renvoie à leur supposée islamité sans leur demander leur avis. Ce faisant, il les confessionalise de force, les condamnant inexorablement à la différence. Liberté, égalité, fraternité, vous dites?

Bien sûr, il y a parmi ces populations des « vrais » musulmans. Ceux-là ont la foi pour une bonne raison, la seule qui vaille : ils l’ont décidé après y avoir librement réfléchi. Mais il y en a aussi beaucoup qui se pensent musulmans parce que c’est l’image qu’on leur renvoie d’eux-mêmes – et que pour diverses raisons (échec scolaire, marginalisation socio-économique…) ils n’ont pas la force ou la ressource de remettre cette image en question.

Le discours ambiant ne leur laisse le choix qu’entre extrémisme et « islam modéré », alors ils prennent le second, faute de mieux – ou se révoltent en flirtant avec le premier. Et puis il y a une troisième catégorie d’enfants d’immigrés, sans doute la majorité silencieuse : ceux qui prennent au mot ce qu’on leur apprend dans les manuels scolaires. Ceux qui épousent tranquillement et naturellement la culture areligieuse de ce pays, la France, qui est le leur. Ceux qui ne vont pas à la mosquée parce que ce n’est pas leur truc, boivent des coups à l’occasion, tout en fêtant l’Aïd El-Kébir avec leurs parents comme d’autres mangent la dinde de Noël avec les leurs : par convivialité. Imaginez leur désarroi quand des politiciens (pour lesquels ils votent) et des médias (certains payés par leurs impôts) convoquent des imams pour parler en leur nom…

Si le discours d’extrême droite sur « les musulmans en France » est raciste et agressif, celui de la bien-pensance politico-médiatique sur « les musulmans de France » est essentialiste et condescendant. Le « musulman modéré » d’aujourd’hui renvoie, d’une certaine manière, au « bon nègre » d’hier. Oui, Charlie Hebdo doit vivre pour que la liberté d’expression triomphe. Mais aussi parce qu’il y a des caricatures qui se perdent…


Péril islamo-terroriste, ou la société ouverte et ses ennemis

LE 7 JANVIER ÉTAIT PRÉVISIBLE !
Quand dirigeants politiques et intellectuels français veulent croire (ou font semblant de croire !) à l'islamisme "modéré" des Frères musulmans; cela finit par leur sauter à la figure !!
R.B
Au début de la seconde Guerre mondiale, Karl Popper publiait son vibrant plaidoyer pour la démocratie et contre le totalitarisme, que celui-ci découle du socialisme ou du libéralisme : "La société ouverte et ses ennemis". Depuis, l'abjection nazie a été vaincue, et l'absurdité communiste a été non seulement défaite, mais ses zélateurs ont fini par admettre que le libéralisme économique était le seul horizon de l'humanité. L'ennemi d'aujourd'hui n'est donc plus l'antique Platon, accusé par Popper d'être le précurseur du totalitarisme, ni Hegel, ni Marx, mais l'islamo-fascisme, dans sa double version soft ou hard; autrement dit, sous sa forme d'islamisme "modéré" ou de radicalisme terroriste, celui-là même qui vient de frapper à Bruxelles.

Parce que d'essence théocratique, l'idéologie islamiste est par définition même totalitaire. Et ce totalitarisme, on le voit dans la prémisse fondatrice de tous les partis et organisations qui s'en réclament, d'Al-Qaïda à l'AKP, en passant par les Frères musulmans, le Hamas, le FIS ou Ennahda, à savoir que l'islam est Dîn-Dounia-Dawla (religion-temporalité-Etat). Il est donc le radical inverse du christianisme, qui serait la religion de la dichotomie ontologique et irréductible du temporel et du spirituel.

C'est à partir des fausses prémisses qu'on arrive aux fausses conclusions. Ainsi, si le christianisme incarne l'amour et la tolérance, l'islam exprimerait la guerre et l'intolérance; le christianisme, c'est la civilisation et les lumières, l'islam c'est la barbarie et l'obscurantisme... Et c'est à partir de cette image que les musulmans donnent d'eux-mêmes que l'Occident a fini par admettre que, moyennant son endiguement dans ses propres limites géographiques, le totalitarisme vert est probablement une solution pour un monde arabe réfractaire à la modernité et allergique à la sécularisation. D'où l'invention du terme d'"islamisme modéré", qui condamne les sociétés arabes à la réclusion identitaire à perpétuité, en même temps qu'il consacre le triomphe du fascisme vert, subitement devenu fréquentable et même honorable.

Mais dans son abdication utilitariste et pragmatique, l'Occident oublie le troisième élément constitutif du fascisme vert, outre le totalitarisme et la théocratie. Il oublie ce à quoi il renonce précisément: l'universalisme humaniste. L'islamisme est, en effet, fondamentalement universaliste et prosélyte; sa vocation n'est pas seulement de gouverner les pays dits du "printemps arabe", mais d'étendre sa domination et son influence pernicieuse au reste du monde, à commencer par l'Europe, une citadelle à prendre parce que "déchristianisée". Tant qu'il sévissait à l'intérieur de ses propres frontières, le national-socialisme était lui aussi fréquentable, au nom de la sacro-sainte realpolitik. On savait pourtant que sa "philosophie" était universaliste et sa géopolitique, expansionniste. Avec le fascisme vert, vivons-nous un Remake de l'esprit munichois?
Lire aussi: 

Si ce totalitarisme vert a pu atteindre son apogée en Tunisie, en Libye, en Egypte et au Yémen, à la suite de l'effervescence révolutionnaire du "printemps arabe" pour laquelle certaines élites ont vibrionné, c'est à partir de l'Europe qu'il a tissé sa toile d'araignée, planté ses différents relais et constitué une force de frappe aussi redoutable qu'insaisissable. Plus exactement en Grande-Bretagne, en France et en Belgique, où l'international islamo-terroriste peut compter sur les milliers, si ce n'est les millions de nouveaux "damnés de la terre", près à tuer et à se faire tuer pour accéder au paradis d'Allah.

"Indigènes de tous les pays sous-développés, unissez-vous", écrivait déjà Sartre, dans sa préface au livre de Frantz Fanon, où le philosophe stalinien a cru bon de subvertir un hymne à la liberté et à la décolonisation par un appel au meurtre de l'européen, pour ainsi "faire d'une pierre deux coups: supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé"!

Les islamo-fascistes n'ont pas besoin de lire la fatwa sartrienne pour mener leur guerre sainte. Un corpus coranique altéré et une tradition prophétique sclérosée, joints à la haine compulsive du Juif et du Chrétien, expliquent très largement leur prédisposition atavique à la martyrologie. C'est plutôt leurs avocassiers et thuriféraires, parmi l'intelligentsia politique et médiatique française, qui ont besoin des élucubrations sartriennes pour justifier au besoin leur philo-islamisme enrobé dans un tiers-mondisme aussi éculé que trompeur, mais qui n'est pas moins révélateur d'un racisme intrinsèque: eux c'est eux, nous c'est nous, on ne plaque pas notre modèle de civilisation "judéo-chrétienne" et nos paradigmes sur des sociétés "primitives" qui ont leur propre identité culturelle et qui sont à des années lumières de nos Lumières !

Lorsqu'on admet chez l'autre ce qu'on redoute chez soit, lorsqu'on abdique son universalisme sous prétexte de culturalisme, et lorsqu'on substitue à l'altérité salvatrice l'identité meurtrière, c'est qu'on a déjà accepté d'ouvrir sa propre société à ses ennemis. Par l'indulgence judiciaire, par le laxisme éducationnel, par le relativisme multiculturel, par l'opportunisme électoraliste, par l'antiracisme jésuite, par la métastase communautariste... Chaque concession de la République a été une conquête pour une minorité subversive, et non guère pour la majorité des musulmans paisible et parfaitement intégrée.

Comme son sinistre prédécesseur Mohamed Merah, le criminel de Bruxelles a choisi une cible moralement, politiquement et médiatiquement "rentable". On sait combien il a tué d'innocents au musée juif de Bruxelles, mais s'est-on demandé combien il en a tué et égorgé en Syrie? Des dizaines, peut-être bien des centaines de chrétiens et de musulmans syriens, qui ont été envahis par des hordes islamo-terroristes venus des quatre coins du monde, y compris de France. Mehdi Nemmouche n'est pas un "loup solitaire", car les loups agissent toujours en meute. Ni un "auto-radicalisé", ineptie conceptuelle qui prouve l'incapacité et le désarroi de la rationalité cartésienne de saisir dans sa complexité psychologique, sociologique, culturelle, idéologique et surtout religieuse, un tel phénomène. C'est un criminel multirécidiviste qui a trouvé dans l'islamo-terrorisme une source de légitimation de ses faits, méfaits et forfaits, et qui a vu dans la politique syrienne de la France un appel au djihad républicain! C'est cette conjugaison entre droit d'ingérence au nom des droits de l'homme, et devoir de djihad au nom d'Allah, qui est pénible à assumer et terrible à supporter.

Par-delà l'indignation et la condamnation de l'action terroriste et fondamentalement antisémite de Bruxelles, l'Europe et tout particulièrement la France doivent mettre un peu de cohérence entre leur stratégie extérieure et leurs choix intérieurs, entre politique et géopolitique. Lorsqu'on a près de 16 millions de musulmans au sein de l'Europe, jouer avec le feu de l'intégrisme est pire qu'une faute, c'est un crime.