dimanche 15 février 2015

Rien à voir avec l'Islam

L'islam est pluriel  ... tout comme le judaïsme et le christianisme !

Faut-il pour autant le confondre avec l’obédience dominante du moment depuis que les pétromonarques diffusent leur wahhabisme à coup milliards de pétrodollars aussi bien dans le monde dit "arabo-musulman" qu'en Occident ?

Faut-il rappeler que les premiers à en être les victimes et qui ont payé un lourd tribu aux petromonarques conquérants, ce sont les peuples dits "arabo-musulmans" de l'Afghanistan jusqu'en Algérie !!

Faut-il rappeler que le wahhabisme est étranger à l'islam de France ?
Qu'il est d'importation récente par la faute des dirigeants de la France ! 

Viendrait-il à l'idée de l'auteur de cet article d'imputer les exactions des sionistes aux juifs du monde entier, alors que nous savons que le sionisme est au judaïsme ce qu'est le wahhabisme à l'islam, les deux instrumentalisant la religion pour des fins politiques ? !!

Cet intellectuel fait des amalgames entre islam et islamisme ... est-ce par ignorance ou à dessein ? 
R.B


Après le « ni antisémistisme, ni islamophobie », deuxième motif d’énervement après-attentat, toujours sur le mode des expressions obligées qui permettent utilement de ne pas regarder de trop près des réalités désagréables, le fameux : « ces terroristes n’ont rien à voir avec l’Islam ». Rien à voir, absolument rien. D’accord. L’idée, en gros, c’est qu’il y a d’un côté une poignée de dévoyés fanatiques qui ne connaissent rien à rien à la religion musulmane, de l’autre la grande masse des musulmans, pacifiques, démocratiques, favorables à la liberté d’expression, et tout ça.
En même temps, dit comme ça, vous avouerez que ça fait bizarre.
Je suis le premier à défendre l’idée, difficilement contestable d’ailleurs, que la grande majorité des musulmans français aspirent à vivre en paix et se reconnaissent dans le système démocratique.
Mais « rien à voir avec l’Islam », c’est un peu gros, et quand on y regarde de près, ça pose tout de même quelques questions.
D’abord cela concerne des gens qui ont fait leur profession de foi musulmane, ont tué au nom d’Allah. Qui peut se permettre de les exclure d’office de la religion, sans autre forme de procès ?  
Et puis, si on va par là, ça va nous faire pas mal de monde dont on peut se demander où on les met : à voir avec l’Islam, ou rien à voir ?
Khaled Kelkal : rien à voir avec L’Islam ?
Les avions explosés en vol ou pris en otage : rien à voir avec L’Islam ?
Les talibans : rien à voir avec L’Islam ?
Le GIA : rien à voir avec L’Islam ?
Daech : rien à voir avec L’Islam ?
Les attentats de Bombay : rien à voir avec L’Islam ?
Les attentats de la rue Copernic : rien à voir avec L’Islam ?
Les attentats du 11 septembre : rien à voir avec L’Islam ?
Mohammed Merah : rien à voir avec L’Islam ?
Al Qaïda : rien à voir avec L’Islam ?
L’assassinat de Sadate : rien à voir avec L’Islam ?
Les attentats de Nairobi : rien à voir avec L’Islam ?
Les attentats de Madrid : rien à voir avec L’Islam ?
L’assassinat de Theo van Gogh : rien à voir avec L’Islam ?
Les meurtres à la hache de Londres : rien à voir avec L’Islam ?
Boko Haram, rien à voir avec L’Islam ?
Les islamistes du Mali, rien à voir avec L’Islam ?
Les persécutions sanglantes des minorités chrétiennes au Soudan, au Pakistan, en Irak, en Egypte, rien à voir avec L’Islam ?
Les agresseurs de Malala, rien à voir avec L’Islam ?
J’arrête là, la liste est sans fin, je passe les vétilles des attentats au couteau, à la voiture, au vitriol, il nous faudrait quelques dizaines de pages.
Nous ne parlons pas là que des individus ou des organisations terroristes qui se réclament de l’Islam. Cela nous fait déjà pas mal de monde à exclure de l’Islam.
Le problème c’est aussi que pour les centaines de milliers, voire les millions de personnes que cela représente, ce sont les autres qui n’ont rien à voir avec l’Islam ! Alors qui devons-nous croire, nous autres pauvres infidèles qui n’y connaissons rien ? Qui n’a rien à voir avec l’Islam ? De confiance, nous croyons les gentils, ceux qui ne tuent pas les petites filles juives en les tenant par les cheveux.
Mais continuons le raisonnement. Enlevons les mauvais musulmans, qui n’ont rien à voir avec l’Islam, jusqu’à ce qu’il ne nous reste que les bons.
Or, ce que les frères Kouachi ont fait artisanalement, et hors de la loi française, se pratique tout à fait tranquillement et dans un cadre légal dans quelques pays musulmans, dont certains sont nos amis, comme la sympathique Arabie Saoudite (qui par ailleurs a généreusement financé maints mouvements terroristes) : amputations et flagellations judiciaires, lapidation de femmes adultères, exécutions d’homosexuels ou de blasphémateurs, et autres joyeusetés. Idem en Iran, au Pakistan, et par-ci par là. Il paraît que c’est la charia qui veut ça.
Ah bon ? Mais alors, euh, la charia, ça n’a rien à voir avec l’Islam ?
Ah non, pardon, c’est une mauvaise interprétation de la charia, et ça n’a rien à voir avec le vrai Islam, le bon.  
Nous voilà rassurés.  
Les Saoudiens, les Iraniens, tout ça, n’ont rien à voir l’Islam.
Ça commence à faire du monde.
Étonnant le nombre de musulmans qui n’ont rien à voir avec l’Islam, tout de même.
C’est eux qui vont être surpris d’apprendre qu’ils n’ont rien à voir l’Islam.
Ne le dites pas à l’ayatollah Khamenei. Il a toujours cru qu’il avait quelque chose à voir avec l’Islam. Le choc, à son âge….
         Bon, enfin tout ça c’est un détournement étatique de l’Islam. Ce sont les gens qui comptent. Le musulman de base.
         Certes.
        Mais alors les braves gens, pas terroristes deux ronds, qui se contentent benoîtement d’applaudir les attentats du 11 septembre ? Qui participent à des émeutes sans fin après la publication des caricatures danoises ? Qui remettent ça après la dernière couverture de Charlie Hebdo, pourtant bien gentille et consensuelle ? Avec des morts à chaque fois ? Tous ceux qui viennent de faire pression, en France, pour empêcher des expositions d’artistes musulmans, agréés par l’Institut des cultures d’Islam, parce que ça choque leurs croyances ? Qui marient de force leur fille à un quinquagénaire au bled ? Qui exigent des médecins femmes pour leur femme à l’Hôpital ? Qui persécutent des écrivains ? Tous les braves musulmans qui maintiennent leur épouse dans une condition ancillaire et de soumission absolue ? Tous ceux en France qui considèrent Merah, assassin d’enfants, comme un héros de l’Islam ? Les jeunes qui refusent la minute de silence pour les victimes des Kouachi et de Coulibaly ? Ces gens-là pensent que les terroristes ont beaucoup à voir avec l’Islam. Qu’ils sont dans la vérité de l’Islam. Et dans ce cas, devons-nous en conclure que tous ces gens n’ont rien à voir, eux non plus, avec l’Islam ?
         Mais là, ça va devenir compliqué à déterminer.
         Car nous nous trouvons devant deux options :
        Option 1 : un type qui admire Merah a la même conception de l’Islam que lui. Donc rien à voir avec l’Islam. Mais comment allons-nous savoir ce que pensent réellement les musulmans, pour faire le départ entre bons et mauvais musulmans ? Nous nous trouvons face à des milliards de musulmans, dont on ne sait pas très bien ce qu’ils pensent de tout ça. Quelles conclusions en tirer quant à la faculté de cette religion à s’accommoder d’institutions démocratiques ?
Options 2 : les admirateurs de Merah et de Coulibaly ne sont pas vraiment de mauvais musulmans. Un peu d’éducation, et on va les récupérer. Bien. Mais si, en pensant ce qu’ils pensent, ils ont à voir avec l’Islam, il y a de quoi s’inquiéter sérieusement.
Dans les deux options, nous avons un problème, non ?
Et on voit bien où il se situe : c’est que le « rien à voir avec l’Islam » évite toute tentative d’explication et d’interprétation. Un peu comme cette idée, que j’ai souvent entendu émettre dans ma famille, lorsque j’étais enfant, selon laquelle « Hitler était un fou ». Et voilà le travail. Le nazisme n’était plus un phénomène historique, qui avait tout de même quelque chose à voir avec le peuple allemand. C’était la faute à Hitler, qui était un fou. Passez muscade.
L’explication par la misère, le ressentiment, l’exclusion ? ça peut marcher, en partie (pareil pour les Allemands des années trente, et ça ne justifie rien). Mais la misère des Saoudiens, hem. Sans compter que beaucoup de terroristes viennent de bonnes familles, sans histoires, ni misérables ni ghettoïsées. Parfois pas même de familles musulmanes. Leur conversion les a radicalisés, pas leur origine.
Autrement dit, j’admets tout à fait qu’un musulman puisse dire dans un premier temps, par crainte des amalgames trop rapides, et parce qu’il est, lui, foncièrement pacifique : « ça n’a rien à voir avec l’Islam ». Mais si on s’en tient là, on manquera encore une fois l’occasion d’essayer de comprendre. On ne peut pas encore une fois tout faire porter sur la société française, par un réflexe misérabiliste qui devient trop commode, pour dédouaner l’Islam de toute responsabilité dans les innombrables violences, exactions, pressions, entraves à la liberté, à l’égalité, à l’éducation commises en son nom à travers le monde, hors de la loi ou au nom de la loi.

L’Islam reste lié à des représentations ou des systèmes sociaux dans lesquels la religion est censée régir tous les aspects de la vie, et où l’individu ne peut prétendre s’affranchir de la pratique collective. Et certaines de ces pratiques sont franchement difficilement compatibles avec une démocratie laïque. Les plus hautes autorités spirituelles de l’Islam condamnent le terrorisme. C’est déjà beaucoup. Il faudrait aussi qu’il y ait, du côté de l’Islam, une vraie réflexion globale sur le rapport de la religion et de la liberté individuelle, sans parler de l’égalité hommes-femmes. Mais il doit être islamophobe de penser ça.           

samedi 14 février 2015

Les Frères musulmans de France : le loup est dans la bergerie !

LA MAIN MISE DES FRÈRES MUSULMANS SUR L'ISLAM DE FRANCE !
Manuel Valls a appelé à lutter contre le "discours des Frères musulmans". 
Un discours volontariste qui paraît éloigné d'une réalité moins inquiétante, nous dit Sarah Diffalah, qui croit à l'islamisme "modéré" des Frères musulmans, comme veulent nous le faire croire aussi les responsables politiques des pays occidentaux dont ceux de l'UE !

Savent-ils seulement que le wahhabite fonde tous les partis islamistes ?  
Savent-ils aussi que le wahhabisme n'a jamais été l'islam de France ?
Savent-ils qu'il est d'importation récente depuis que les responsables politiques français ont permis aux pétromonarques de l'exporter en France ? !!

Sarah Diffalah est peu logique avec ce qu'elle écrit; puisqu'elle montre bien que les "frères" agissent comme une secte et qu'ils ont un objectif politique. 
Elle fournit des éléments sans en tirer la conclusion qui pourtant s'impose !
R.B

Les Frères musulmans représentent-ils une menace en France ?

En appelant, lundi 9 février, sur Europe 1, à "combattre le discours des Frères musulmans" en France, Manuel Valls suscite un flot d'interrogations sur ses intentions. Visait-il l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), branche française des Frères musulmans ? Si tel est le cas, appelait-il à sa dissolution ? Jusqu'ici seul le Front national le réclame. Ou alors, appelait-il l'organisation, qui figure parmi celles qui structurent l'islam de France, à abandonner son héritage ? Le Premier ministre n'a pas précisé sa pensée, sinon qu'il fallait également "combattre les groupes salafistes dans nos quartiers", une mouvance bien plus radicale que les Frères musulmans.
L'UOIF traîne depuis toujours une réputation sulfureuse. Considérée comme fondamentaliste par certains, elle a défrayé la chronique en 2012 en invitant à son congrès annuel plusieurs prédicateurs radicaux, dont Youssef al-Qaradaoui. Déjà, le même Manuel Valls avait rejoint les protestations du gouvernement de droite et du FN et vivement critiqué la venue du prédicateur qatari, finalement interdit d'entrée sur le territoire. Tout récemment, le lycée musulman Averroès que l'organisation contrôle, vient de répondre par une plainte en diffamation aux propos d'un enseignant démissionnaire l'accusant de diffuser une idéologie islamiste.
Dans le monde, les Frères musulmans ne sont pas non plus en odeur de sainteté. En 2014, les Emirats arabes unis, pour des raisons politiques, ont classé la confrérie "organisation terroriste", tout comme l'Arabie Saoudite et l'Egypte. En avril 2014, David Cameron a lancé une grande enquête sur le mouvement pour connaître l'étendue de son réseau et les valeurs qui sont véhiculées. Qu'en est-il de la réalité des Frères musulmans en France ? "L'Obs" fait le point.

Qui sont les Frères musulmans en France ?

Longtemps, l'UOIF a nié représenter la branche française des Frères musulmans. Si aujourd'hui, c'est un secret de polichinelle, certains ne l'admettent pas toujours. L'organisation, qui existe depuis une trentaine d'années, fédère des profils très divers : de celui de l'imam de Bordeaux, considéré comme libéral et progressiste, Tareq Oubrou, à celui de Camel Bechikh, président de Fils de France, figure de la Manif pour tous et proche de l'extrême droite. Avec ses quelques 250 associations membres revendiquées, le premier lycée musulman sous contrat d'association avec l'Etat, son congrès annuel au Bourget, plus grand rassemblement musulman du monde occidental, la structure jouit d'une visibilité importante. Mais les Frères musulmans ne se limitent pas à cette structure institutionnelle. C'est une nébuleuse. Le sociologue de l'université libre de Bruxelles, spécialiste du salafisme et de l'orthodoxie en islam, Samir Amghar, (1), distingue trois modes d'appartenance :
  • "Les Frères musulmans organiques, directement liés à la matrice idéologique égyptienne [pays d'origine de la confrérie, fondée par Hassan al-Banna, ndlr] et à l'organisation internationale des Frères musulmans qui se situe en Egypte. L'UOIF en fait partie. Une structure qui s'intègre dans une autre structure transnationale, la Fédération des organisations islamiques en Europe, la FOIL, dont le siège est à Bruxelles.
  • Les Frères musulmans 'autonomes' qui sont des individus qui se réclament de la confrérie mais qui n'en font pas partie. C'est le cas de Tariq Ramadan, [petit-fils du fondateur, ndlr] qui s'inscrit dans la filiation doctrinale mais qui la retravaille et qui prend ses distances avec la structure.
  • Enfin, il y a les Frères musulmans 'émancipés'. Ils ont fait partie du mouvement mais l'ont quitté pour des questions stratégiques ou idéologiques comme l'UAM93 (Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis)."
Pour le spécialiste, les Frères musulmans fonctionnent de manière sectaire, "un peu à la façon des Francs-maçons".
" Il y a une culture du secret. On ne devient pas Frères musulmans, on est choisi, on est coopté par les autres. Lorsqu'on est membre de l'organisation, il faut respecter la ligne, et il y a un centralisme démocratique qui régit les positionnements. Vous ne pouvez pas exprimer vos différences à l'extérieur de l'organisation."

Orthodoxe résolument. "Un Frère musulman fréquente assidument la mosquée et se définit avant tout par son identité islamique", explique Samir Amghar. Mais c'est aussi un islam politisé et actif. "Leur discours est enraciné dans les réalités politiques, sociales et culturelles françaises. Son but est de développer un discours citoyen autour de l'islam. L'orthopraxie ne suffit pas, il faut également se sentir pleinement Français et agir en conséquence au sein de la nation. Il ne pousse pas à la rupture. Pour résumé, c'est un discours qui se veut à la fois conservateur d'un point de vue moral, mais progressiste d'un point de vue sociétal et politique".Quel est leur discours ?

En 2004, l'UOIF a créé un point de fixation autour de la question du voile à l'école en organisant plusieurs manifestations contre la loi interdisant le voile à l'école avant de siffler la fin de la partie et de s'apaiser.
On a souvent accusé les Frères musulmans de double discours, dénoncé notamment par la journaliste Caroline Fourest. Ce que Samir Amghar conteste :"Ils ont toujours défendu la thèse d'un islam français et européen qui illustre leur slogan 'adapter le texte au contexte'. Toutes leurs conférences tournent autour de ce discours. Ce but n'a en revanche, en effet, jamais été atteint, parce qu'ils restent très conservateurs. Il faut avoir à l'esprit que l'UOIF est dominé par des primo-migrants, réfugiés islamistes arrivés en France dans les années 1980 et qui ont aujourd'hui entre 50 et 60 ans. Ces personnes sont en complet déphasage avec la réalité et leur mode de fonctionnement est obsolète".
Farid Abdelkrim a passé 15 ans à l'UOIF et a été la figure emblématique des Jeunes musulmans de France (JMF). Un "dur" parmi les militants. Aujourd'hui, auteur d'un livre à paraître "Pourquoi j'ai cessé d'être islamiste" (Ed. Les Points sur les i), il se dit islamiste repenti mais ne nie pas le passé.
" Quand j'étais prédicateur et zélateur acharné, ma démarche était de pousser les jeunes musulmans de ce pays à devenir une force politique pour peser sur les décisions et défendre nos revendications, parmi lesquelles ont pouvait trouver le port du voile ou la construction de mosquées ".
Le discours des Frères musulmans touchent particulièrement la deuxième, voire la troisième génération d'une classe moyenne, mais selon l'ancien membre de l'UOIF, le mouvement "est hors course et en déconnexion totale avec la jeunesse". Il regrette la venue régulière au congrès annuel de "personnes venues de l'extérieur qui nous bassinent avec une diarrhée verbale, dans un dialecte que les trois-quarts des personnes ne comprennent pas. C'est un problème à l'UOIF. Parce que ces gens-là ne connaissent rien aux réalités françaises." Des discours, il en a tenu, tous marqués par un modèle "binaire" : "Il y avait 'eux', les non-croyants qui propagent le mensonge, et 'nous', les musulmans détenteurs de la vérité. Avec le temps, l'UOIF a mis un peu de 'vin dans son eau' et s'est rendu compte que cela n'était pas productif. Ils ont introduit le légalisme dans leur démarche et ont fait des efforts pour tenir un discours d'intégration."

Quels liens entretiennent les Frères musulmans avec les pays étrangers ?

C'est avant tout un lien idéologique. Les références théologiques proviennent du proche et Moyen-Orient. Les liens sont également d'ordre financier. Lorsque les Frères musulmans mettent en place des projets de financements de mosquées, ils font très souvent appel à des riches donateurs du Golfe.

Représentent-ils un danger ?

Selon Samir Amghar, "les membres de la DGSI sont les premiers à me dire qu'ils ne surveillent plus les Frères musulmans depuis longtemps parce qu'ils ne représentent plus un danger prioritaire. Au contraire, ils se proposent d'être une force d'appoint pour lutter contre la radicalisation car ils sont en recherche constante de notabilité". Farid Abdelkrim n'a lui jamais entendu d'appel à la violence. Si rien ne permet de dire que les Frères musulmans sont une menace, Farid Abdelkrim appelle à une réforme du discours religieux parmi toutes les organisations musulmanes : "l'islam doit évoluer en fonction du cadre dans lequel nous vivons, de la langue que nous parlons et doit avoir une démarche préventive qui tienne compte du contexte international pour ne pas susciter des vocations dramatiques chez les jeunes. 

Les Frères musulmans sont-ils infréquentables ?

Selon les spécialistes interrogés, il est incongru de la part du Premier ministre de vouloir combattre le discours des Frères musulmans. D'autant que l'UOIF a été appelé à plusieurs reprises à prendre part à la réflexion sur l'islam de France. 
"Si on suit son raisonnement, alors, il faut couper l'islam de France de toute influence étrangère à commencer par l'influence algérienne, marocaine, turque. Il faudrait également pousser à la démission de Dalil Boubakeur, fonctionnaire de l'Etat algérien, ou Mohamed Moussaoui, mandaté par le royaume du Maroc, il ne resterait alors plus rien du CFCM", estime Samir Amghar qui ajoute : "La posture de Manuel Valls n'est pas idéologique, elle est politicienne. Dire qu'il faut combattre le discours des Frères musulmans, ça claque comme un slogan, ça rassure l'opinion publique". Un avis que partage Farid Abdelkrim, bien qu'il soit très critique envers la confrérie : "Il faut se battre contre tout type de discours qui s'oppose à la France, mais on ne peut pas pointer du doigt un groupe et verser dans une psychose qui va créer des angoisses qui ne méritent pas d'être. Manuel Valls devrait faire preuve de plus de précisions quand il parle parce qu'on ne peut pas utiliser des termes destinés à être fourre-tout".

vendredi 13 février 2015

La « Réforme-Mère » de toutes les Réformes Universitaires

POUR REFORMER L'ENSEIGNEMENT, IL FAUT S'ATTAQUER AU MAL QUI LE RONGE !
Le système scolaire tunisien instauré par Bourguiba a été mis à mal par ZABA. Et depuis le niveau des étudiants n'a cessé de baisser. Un universitaire en donne les raisons en vue d'y remédier. Du temps de la troïka, il n'a pas été entendu. Le sera-t-il par le gouvernement de Habib Essid ? Il faut l'espérer car la Tunisie n'est riche que de la matière grise de ses enfants.
R.B

Salah Horchani

Depuis les années quatre-vingt-dix  est née une politique délibérée de notre Ministère de tutelle de réduire, au minimum, les responsabilités et les prérogatives des Structures élues et des Enseignants-chercheurs : la vie universitaire [ au sens le plus large, depuis les réformes des Programmes et de la Pédagogie, jusqu’au fonctionnement des Jurys de Recrutement, en passant par la Planification de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, le déroulement des examens, les conditions d’obtention des Diplômes , la création de nouvelles Institutions, la répartition des dotations budgétaires entre les différents établissements,…] est régie, de plus en plus, dans le moindre détail, par des Notes , Circulaires Ministérielles et Décrets, Propositions , Décisions,…confectionnés par les « Gardes rapprochées » des divers Ministres qui ont défilé au Département de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, auxquels se sont ajoutées, ces dernières années, d’autres Missives et Instructions (parfois transmises verbalement, et même par téléphone) émanant de l’Administration Centrale ou Régionale. Je ne peux m’empêcher, dans ce contexte, de mentionner le ridicule de la Circulaire N°58/CAB du 7 décembre 1995 qui stipule dans son paragraphe III traitant du déroulement des Examens : «La dactylographie des sujets peut être faite par l’enseignant concerné»(sic).
En outre, ce type de gouvernance a induit des injustices flagrantes à tous les niveaux : Combien d’incompétents, « rapprochés » du Pouvoir, qui, bien qu’ayant arrêté toute activité de Recherches depuis des décennies, se sont trouvés désignés, de façon permanente, dans les diverses Structures des Réformes, d’Evaluation, d’Orientation,…, dans les divers Jurys de Recrutement, les diverses Commissions Consultatives, ou parmi les Conseillers Ministériels, Présidentiels,… ! Combien d’injustices et de favoritisme commis par ces mêmes Structures et Jurys ! Combien d’Unités de Recherches, compétentes, asphyxiées par des réductions draconiennes de crédits, alors que d’autres, incompétentes, ont profité de largesse de crédits inacceptables ! Combien de nominations, parmi eux, d’Experts, de Consultants Internationaux, … avec des salaires et/ou des avantages faramineux, par rapport aux salaires de leur Corps d’attache,…Une autre injustice, connue par tout le Monde, mais dont personne n’osait parler, qui s’est établie comme étant incontournable et qui fut, encore, plus désastreuse pour le Pays, dans le sens où elle concernait, directement, notre jeunesse : c’est l’injustice par l’Orientation Universitaire ou par les Affectations des Enseignants-chercheurs. Combien de places sur mesure, d’Etudiant ou d’Enseignant-chercheur, ont été réservées, dans le Top des Etablissements Universitaires, à la progéniture de ces Messieurs-Dames de la Haute ! Combien de bacheliers, avec des scores justes passables, se trouvaient admis dans les filières les plus prestigieuses telles que Médecine ou HEC, alors que d’autres bacheliers, beaucoup plus méritants, se trouvaient orientés vers les moins prestigieuses, si ce n’est vers des Cycles courts! Dans ce cadre, il m’est arrivé d’intervenir plus d’une fois, mais en vain, soit auprès de la plus Haute Autorité de l’Etat, soit auprès du Ministre Compétent pour rectifier de telles injustices.
Cette conception, qui a toujours prévalu pour gérer la marche de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche du Pays, a rétréci, considérablement, la contribution et l’engagement de la partie concernée la plus experte, la plus compétente et la plus critique, à savoir les Enseignants- Chercheurs. Car, quoi qu’on pense, cette gérance doit leur revenir, largement, de Droit à travers leurs Structures élues : chacun de nous n’est-il pas un expert dans son domaine disciplinaire, un pilote et un concepteur de sa pratique pédagogique qui est en situation de création permanente ? Et je crois, sincèrement, que l’échec des diverses réformes qui se sont succédées jusqu’aujourd’hui, est dû, principalement, à la négligence de cette composante.
C’est dans ce cadre que j’ai proposé, voilà bientôt quatorze ans, une profonde réforme de la gouvernance de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche du pays par la création d’un Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (CNESR) dont la principale particularité est d’être composé de deux tiers de représentants des enseignants-chercheurs, élus, et d’un tiers de personnalités extérieures représentant les grands intérêts nationaux, désignés par le Ministre. Cette proposition a été faite dans le corps du Mémoire, mentionné dans la Note ci-dessous  (et dont on trouvera un Extrait dans l’Annexe qui suit),  qui donne une ébauche de la composition, du fonctionnement et des prérogatives du CNESR, proposition qui reste d’actualité,Mutatis Mutandis, sa qualification de « Réforme-Mère » apparaît à la lecture du dit Extrait.

Un expatrié algérien inquiet pour l'Algérie victime de l'islamisme

Quand l'islamisme faisait des ravages parmi les algériens, Roger Hanin, juif expatrié, aurait bien voulu être musulman pour pouvoir crier plus fort sa colère contre les Frères musulmans (FIS) qui massacraient ses frères !
R.B
Roger HANIN :  "Je me dois à l'Algérie"
l'Humanité,1 Avril 1999...
Paris. Il fait nuit. Je suis dans mon bureau. Je pense à l'Algérie. Comme elle me paraît loin. J'ai peur de ne plus pouvoir la retrouver en pensée. Je ne veux forcer ni mon cœur ni ma mémoire. Où en suis-je de l'Algérie ? J'écoute cette phrase et j'entends : " Où en suis-je de ma vie ? ". Même sensation. 
L'Algérie, comme ma vie, m'a laissé bonheurs, souffrances, frayeurs. Et pourtant, dans le silence de mon bureau, j'ai l'impression, ce soir, que je ne la connais plus et que je n'ai ni droit ni qualité pour en parler. Et si je me taisais tout simplement ? Ah, bien sûr ! Ce serait plus conforme à l'élégance intellectuelle, et l'intelligentsia trouverait cette esquive correcte. Mais, décidément ce soir, je ne suis pas correct !... Je n'ai jamais été correct. Ni intellectuellement correct, ni politiquement correct, ni " algériennement " correct.
J'ai honte de cet affaissement que je ressens pour mon pays. Mon pays... J'ai dit " mon pays "... Chaque fois que j'évoque l'Algérie, c'est vrai, je dis " mon pays ". Est-il donc si loin cet Éden blanc de soleil, parfumé d'eucalyptus et de jasmin, orange et rouge et jaune de ses fruits, ses fleurs... Je ne me rappelle donc que cela ?... D'où vient que se télescopent l'horreur, l'OAS, les crimes, les offenses, la haine, le sang, l'exode ? Tout se mélange. Et pourtant, résiste en moi une petite pousse de refus qui s'entête. Je ne peux pas me contenter d'un constat. Même brouillé.
L'Algérie n'aurait donc plus de visage ? Difficile d'admettre l'adieu et de tirer sa révérence. Musique fade sur fond de " Vous ne me devez rien, je ne vous dois rien ". L'Algérie ne me doit rien, mais moi je dois à l'Algérie. Je dois d'y être né, d'un père d'Aïn-Beida, d'un grand-père et de toute une lignée venue de la basse Casbah. Je dois à l'Algérie d'avoir vécu de soleil, d'avoir été nourri de son amour pudique et braillard, excessif et profond, ensemencé des cris de la rue, où j'ai appris la vie, la lutte, la fraternité...
Et voilà que chaque jour, lorsque j'ouvre un journal, je lis : " Des Algériens ont assassiné lundi quarante Algériens dans le massif de l'Ouarsenis. " Mardi : " Des Algériens ont égorgé à Médéa trente femmes algériennes, dix enfants algériens. " Mercredi : " Des Algériens ont torturé des vieillards algériens, coupés en morceaux des bébés algériens. " Jeudi... J'arrête l'horreur.
Et ces crimes seraient commis au nom de Dieu ?
Je ne crois pas que Dieu veuille ce sang. Le Coran n'a jamais imaginé des scènes aussi déshonorantes, des sacrifices aussi écœurants. Je ne suis pas musulman. J'en arrive à le regretter car aujourd'hui je pourrais parler plus haut, plus fort. Je suis juif et je dois une gratitude éternelle à l'Algérie d'avoir gardé sur sa terre et dans sa chair, des centaines de milliers de Juifs pendant des siècles et des siècles jusqu'à l'arrivée des Français, qui ont trouvé en envahissant le pays une communauté israélite intacte, heureuse et différente.
C'est cela l'Algérie... C'est cela l'islam : le respect, la tolérance, l'amour...
En dehors des analyses intelligentes et généreuses, il faut agir ! Aujourd'hui. Il y a urgence ! Chaque heure qui passe sonne notre lâcheté. Les chefs religieux de l'islam doivent parler sans craindre de porter l'anathème. Les chefs politiques doivent se déclarer en état de guerre civile car c'est bien de cela qu'il s'agit : il y a en Algérie des hommes et des femmes qui veulent vivre d'une certaine manière et il y a en face d'eux, d'autres hommes et d'autres femmes qui veulent vivre d'une autre manière.
Je forme des vœux pour que le prochain président de la République d'Algérie parvienne à faire vivre ensemble tous les Algériens dans leur patrie, qu'ils ont gagnée dans le courage et la dignité, dans le sang et les larmes, mais où ils ne veulent plus vivre dans les larmes et le sang.
Il ne faut plus que l'Algérie éloigne d'elle, par la terreur qu'elle inspire, ceux qui voudraient lui dire leur amour et leur fidélité. Il faut rendre, de nouveau, l'Algérie fréquentable, en y allant ; prouver que l'Algérie n'est pas un pays de chaos, mais une terre noble qui ne refuse pas la fraternité et appelle le courage partagé.

mercredi 11 février 2015

Les Ibn Saoud rebattent les cartes

Si le nouveau roi Ibn Saoud abat ses cartes en se rapprochant du Qatar, de la Turquie et de leurs protégés les Frères musulmans, cela donnera plus de lisibilité à l'AXE DU MAL qui diffuse tel un poison le wahhabisme dans le monde dit "arabo-musulman" mais aussi en Occident !
On verra alors comment l'Occident, EU & UE en tête, va réagir. Car jusque-là il s'est voulu "l'AXE DU BIEN", jouant d'une façon ambiguë sur la rivalité du Qatar avec les Ibn Saoud !!
R.B
Par David Hearst

Mise à mort de l'araignée saoudienne

Avec l'accession du roi Salman au trône de l'Arabie saoudite, un possible rapprochement de Riyad avec Ankara et Doha est très probable, ainsi qu'avec les Frères musulmans.
Roi Salman Banniere
Salman le nouveau roi d'Arabie
La révolution de palais s'est achevée. En émettant, dans la nuit de jeudi dernier, un décret à la portée considérable : le nouveau monarque saoudien Salman a fini l'opération de dé-tricotage en règle de l'héritage de feu son demi-frère Abdallah et mis le royaume sur la voie d'un réalignement régional significatif.
Un possible rapprochement avec la Turquie et le Qatar, un retour de l'Arabie saoudite à son rôle traditionnel de médiateur entre Fatah et Hamas et un changement «qualitatif» du soutien de Riyad au régime militaire égyptien, tout cela est désormais sur la table.
Balayer ainsi les toiles d'araignée implique logiquement qu'un traitement spécial sera réservé à l'araignée elle-même. Le prince Bandar Ben Sultan a été dépouillé de sa position de chef du Conseil national de la Sécurité, la dernière fonction qui lui restait. Cette décision, selon toute vraisemblance, signifie la fin de la partie pour le prince Bandar – et toute la région moyen-orientale ne pourrait qu'en être plus stable.
Les deux fils du Roi Abdallah – le prince Michaal Ben Abdallah, qui est gouverneur de la Mecque, et le prince Turki, qui a présidé à la destinée de la capitale Riyad – ont été eux aussi remerciés. Le prince Mutaïb est le seul fils d'Abdallah qui a gardé une place au pouvoir, à la tête de la Garde nationale. Indéniablement, les membres de la famille régnante ne se sacquent pas...
«Cher peuple. Vous méritez encore plus»
Cheikh Saad Al-Chethri, le dignitaire religieux conservateur qui s'est distingué notamment par sa défense ardente de la ségrégation entre les sexes à l'université, a été nommé conseiller personnel de Salman. Un équilibre a, cependant, été trouvé à cette désignation, avec la nomination d'un nouveau ministre de l'Information, Adel Al-Toraifi, un jeune libéral qui a été à la tête de la chaîne d'information saoudienne ''Al-Arabiya''.
Les deux hommes qui désormais feront la pluie et le beau temps dans le pays sont Mohamed Ben Nayef, le prince héritier adjoint, et Mohamed, le fils de Salman, qui porte à lui tout seul 3 casquettes: le ministère de la Défense, le secrétariat général de la Cour royale et la présidence du récemment créé Conseil des Affaires économiques et de développement. Un autre fils de Salman, Abdelaziz, est ministre adjoint du Pétrole.
Le Roi Salman a entamé son règne avec une tentative pour gagner l'affection de son peuple, imitant en cela la main tendue par le Roi Abdallah durant les premiers mois du Printemps arabe. Tous les employés de l'Etat auront droit à une prime exceptionnelle équivalant à 2 mois de salaire. Tous les retraités de la fonction publique recevront une pension bonus de 2 mois. Deux mensualités supplémentaires seront versées aux étudiants boursiers et à ceux d'entre eux bénéficiant de l'assistance sociale. Au total, la note de toutes ces générosités exceptionnelles se monte à 30 milliards de dollars US.
«Cher peuple. Vous méritez bien plus que cela et, quoique je puisse faire, je ne serai jamais en mesure de vous offrir tout ce que vous méritez véritablement», a écrit le nouveau monarque  sur son compte Twitter, quelques semaines au lendemain de l'annonce faite à Riyad que le gouvernement saoudien se trouve dans l'obligation d'opérer des coupes dans les dépenses publiques. Le message de Salman a été retweeté plus de 250.000 fois.
Depuis son accession au trône, le Roi Salman n'a cessé d'avoir une bonne presse. Tous les opposants à feu Roi Abdallah ne tarissent pas d'éloges à l'égard de son successeur. Les observateurs avertis des affaires saoudiennes aiment à rappeler que, vers la fin de son règne, le défunt roi était devenu excessivement dogmatique. Pour eux, l'arrivée au pouvoir de Salman marque un retour indéniable à l'approche modérée qui a marqué l'ère de Fahd Ben Abdelaziz.
Le nouveau monarque saoudien assure qu'il sera garant de la continuité, mais les 7 premiers jours de son accession au trône donnent un ton tout à fait différent. Et ce changement est certainement plus remarquable sur la scène internationale. Dans un monde où les relations personnelles jouent un rôle décisif, il serait important de rappeler qui sont les amis de Salman et Ibn Nayef.
L'heure du règlement de comptes des ennemis est venue
Le Roi Salman est demeuré proche au Cheikh Tamim Ben Hamad, l'émir du Qatar. Par conséquent, la menace brandie, l'an dernier, par l'Arabie saoudite d'assiéger son petit voisin ou d'appeler à son exclusion du Conseil de coopération du Golfe semble aujourd'hui un lointain mauvais souvenir. Egalement, quelques sources saoudiennes m'ont rapporté qu'Ibn Nayef est proche des hauts responsables turcs.
Le désaccord entre la Turquie et l'Arabie saoudite, au lendemain des révolutions arabes de 2011, lui aurait déplu, non pas seulement parce que les deux puissances régionales ont besoin l'une de l'autre pour éviter que l'influence de l'Iran ne se répande en Irak, au Yémen, au Liban et en Syrie, mais aussi personnellement. Il est à parier, dans ce cas également, que le nouveau souverain saoudien s'attellera sérieusement à la réparation de ce différend.
L'heure est aussi venue pour régler les comptes des ennemis personnels d'Ibn Nayef. Le ministre de l'Intérieur n'a pas encore oublié cette conversation de 2 heures que le prince héritier d'Abou Dhabi, Mohamed Ben Zayed, a eue avec Richard Hass, il y a une douzaine d'années. Lors de cet entretien, parlant d'Ibn Nayef-le père, qui à l'époque était le ministre saoudien de l'Intérieur, le prince émirati avait fait la remarque que la théorie de Darwin selon laquelle l'Homme descend du singe était tout à fait correcte...
Ibn Nayef-le fils a bien d'autres comptes à régler avec les autorités d'Abou Dhabi. La Erem News qui, à l'image des autres sources d'information émiraties, est contrôlée par la Cour, s'est interrogée sur la nomination d'Ibn Nayef comme prince héritier adjoint. Déclarant que Salman n'a pas pris la peine de consulter le Conseil de l'Allégeance, le porte-parole des Emirats arabes unis a noté que «le mécanisme utilisé pour le choix de Mohamed Ibn Nayef parmi le nombre important de petits-fils très en vue a suscité l'intérêt des observateurs».
Il ne pouvait s'agir d'une remarque fortuite. Youssef Al-Husseini, présentateur de télévision égyptien, s'est aussi essayé à ce jeu dès que la maladie de feu Abdallah n'était plus un secret pour personne. Selon "Arab Secrets'', cela faisait partie d'une campagne orchestrée par l'évincé Khaled Al-Twaijri pour garder des chances intactes au Prince Meteb d'être prince héritier adjoint. Le site web a révélé que le script du présentateur télé lui a été dicté par la cour royale saoudienne via le bureau du chef de cabinet de Sissi, Abbes Kamel, l'homme qui, dit-on, a secrètement demandé que le satiriste Bassem Youssef soit privé d'antenne.
Les Twaijri, Bandar et Ibn Zayed ont donc fait leur temps. Le roi est mort avant qu'un sérieux défi n'ait pu barrer la route à Salman. A présent, deux d'entre ces personnes, au moins, sont assurément des hommes du passé. Nous suivrons avec beaucoup d'intérêt ce qu'il va advenir du troisième.
La chaîne alimentaire des intrigues de palais liant le Caire à Riyad cédera très probablement sous peu.
Options limitées d'Al-Sissi
Les changements qui ont eu lieu dans la cour royale saoudienne ont eu des effets instantanés. Ibn Zayed n'a pas assisté aux funérailles d'Abdallah. Le président égyptien Abdelfattah Al-Sissi, lui aussi, était absent – à un moment crucial où l'Egypte a un grand besoin d'injection de fonds saoudiens, à un moment où le pays est plus instable que jamais et où le mécontentement généralisé est très loin de connaître une fin. Ainsi, les options d'Al-Sissi paraissent de plus en plus limitées...
Pour l'armée égyptienne, le moment est mal choisi de perdre son bailleur de fonds saoudien. Cette éventualité est désormais plus que possible. Même si Ibn Nayef ne décide pas de couper les fonds, la générosité saoudienne se fera très certainement au compte-goutte.
La décision de déclarer les Frères musulmans organisation terroriste en Egypte serait très probablement appelée à être révisée. Salman a personnellement reçu Cheikh Rached Ghannouchi, lors des funérailles du roi saoudien défunt. Le président d'Ennahdha a été le plus haut dirigeant islamiste ainsi reçu en Arabie saoudite. L'éviction de Souleimane Ab Al-Khail, adversaire juré des Frères, du ministère des Habous et des Affaires islamiques, peut elle aussi indiquer que les choses sont sur le point de changer.
Même si cela n'a pas lieu dans l'immédiat, il y a plus d'une raison de croire que le tremblement de terre qui a secoué cette semaine l'Arabie saoudite sera accueilli avec beaucoup de satisfaction par les chancelleries qui n'ont pas toléré la décision prise par le Premier ministre britannique David Cameron de lancer une enquête sur les activités des Frères musulmans en Grande Bretagne – une mesure prise sous les pressions de l'Arabie saoudite et les Emirats.
Jusqu'à l'accession de Salman au trône saoudien, cette enquête britannique, pilotée par Sir John Jenkins, a été cause d'un sérieux embarras politique. Il semble que les résultats de cette investigation ne seront pas publiés de sitôt car ils mènent à la «mauvaise» conclusion, à savoir la non-implication des Frères musulmans dans les opérations terroristes en Egypte. Tout porte à croire également que les nouveaux décideurs saoudiens se féliciteraient que cette enquête aboutisse à pareille conclusion.
Texte traduit de l'anglais par Marwan Chahla
* David Hearst est rédacteur-en-chef du site web ''Middle East Eye''. Il a été, auparavant, rédacteur principal au ''Gardian'' en charge du service international de ce quotidien britannique.

PREMIÈRE INTERVIEW DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE Béji CAID ESSEBSI

Article paru dans :

Béji Caïd Essebsi s'est adressé pour la première fois en tant que président de la République aux tunisiens, 45 jours après son élection. 

Sur la forme : Le décor en dit long sur l'homme !
Cette interview a eu lieu au palais présidentiel de Carthage dans le bureau présidentiel avec en arrière plan le buste de Hannibal et celui de Bourguiba. Il est clair que BCE confirme par cette mise en scène, sa filiation intellectuelle et politique avec Habib Bourguiba et rappelle que l'histoire de la Tunisie est plus ancienne que ne voudraient nous faire croire certains pour qui l'histoire officielle de la Tunisie commencerait avec l'invasion Arabe. 
Le président BCE a tenu à marquer son attachement et son respect pour la fonction suprême que son prédécesseur a malmenée. La tenue et le cadre étaient de bon goût. Quant au choix de la chaîne de TV, pour sa première apparition en tant que chef de l'Etat, c'est tout naturellement à Watania 1 première chaîne nationale, qu'il l'accordera. 
Saïd Khezami le journaliste de service était parfait. Il a fait preuve de professionnalisme jusqu'au bout, n'éludant aucune des questions que se posent les tunisiens depuis l'élection présidentielle et surtout durant la longue phase de formation du gouvernement. 

Sur le fond : 
De prime abord BCE rappelle qu'il est président de tous les tunisiens et qu'il met la patrie au dessus des partis. 
Puis l'interviewer a traité dans l'ordre les questions qui préoccupent les tunisiens.

1 - Les récents événements de Dhehiba pour contester la taxe de sortie imposée aux étrangersselon BCE, n'auraient pas du avoir lieu. Ils traduisent l'impatience du peuple. Mais les tunisiens ne peuvent lui imputer leurs problèmes alors que son premier ministre et le gouvernement ont à peine pris leurs fonctions. Il a rappelé les « émeutes du pain » en 1984, et comment Bourguiba y a mis fin en annulant l'augmentation du prix du pain. Ce que le gouvernement Essid va faire d'autant que la suppression de la taxe en question, est inscrite dans le programme électoral de Nidaa Tounes.

2 - La formation puis la composition du gouvernement qui ont tenu en haleine les tunisiens et plus particulièrement les électeurs de Nidaa Tounes comme ceux de BCE, ont nécessité une explication longue de la part du président qui rappelait qu'il n'a aucunement trahi ces derniers, dont les femmes qui ont constitué plus de 60 % de ses électeurs. 
S'il a choisi Habib Essid, un indépendant, c'était pour couper court aux accusations de "taghaouel" (hégémonie) dont certains accusent Nidaa Tounes. Celui-ci a tenté de composer un gouvernement excluant Ennahdha pour se conformer à l'engagement de BCE et à celui de ses électeurs de ne point associer Ennahdha au pouvoir. Mais le parti Afak posait problème et menaçait de ne pas accorder sa confiance au gouvernement composé par Habib Essid ce qui le mettait à la merci de l'opposition. 
Or le système de gouvernement retenu par la troïka dominée par Ennahdha, nécessite une majorité confortable au parlement pour éviter les  blocages et l'instabilité du gouvernement. 
Il ne pouvait compter uniquement sur les 110 parlementaires qui lui étaient acquis pour avoir une majorité absolue, car ce chiffre est aléatoire et tributaire d'absence ou de maladie de quelques parlementaires. 
Et BCE ne voulait pas prendre le risque de mettre en difficulté son premier ministre.
Ne pouvant compter sur le Front Populaire qui a choisi d'être dans l'opposition, Habib Essid en accord avec BCE s'est retourné vers Ennahdha pour permettre au gouvernement une majorité plus large et plus stable qui rassurerait les tunisiens mais aussi les étrangers désireux d'investir en Tunisie. 
Devant le risque d'éclatement du FP en cas d'alliance avec Nidaa Tounes, BCE a recommandé à ses dirigeants de rester unis car leur parti doit jouer son rôle dans la vie démocratique.
Il assure par ailleurs n'avoir conclu ni alliance ni accord avec aucun parti pour faire partie du gouvernement de Habib Essid, et affirme qu'il n'y a pas eu d'ingérence étrangère dans ses choix.

3 - Il reconnaît qu'il y a des dissensions au sein de Nidaa Tounes parce que certains pensent avoir été trahis par une alliance avec Ennahdha, mais BCE affirme n'avoir conclu aucun deal avec Ghannouchi et n'a pas trahi ses électeurs contrairement à ce que certains colportent.
Par conséquent il espère que le jeune parti Nidaa Tounes poursuive sa croissance. 
Il rappelle que si en 1934 Bourguiba fut un dissident, c'était pour la bonne cause. Sa dissidence était "moubaraka" (bénie) parcequ'elle fut à l'origine de l'indépendance de la Tunisie.
Quant à ceux qui veulent continuer à dénigrer Nidaa Tounes, ils prouvent leur manque de maturité politique et leur amateurisme.

4 - A propos des incidents lors de la réception des familles des martyres et des blessés de la Révolution au palais de Carthage le 14 janvier, il rappelle qu'il ne peut accéder à leur demande de retirer leurs dossiers du tribunal militaire pour le confier aux juridictions ordinaires. Les lois sont ainsi faites. A moins que les parlementaires les changent. Après les avoir entretenues une par une, il a pu les rassurer en promettant d'aider au règlement de leurs problèmes.  

5 - A la question que deviendra le dossier de Chokri Belaid maintenant que le gouvernement a intégré des nahdhaouis, BCE confirme qu'il est de son devoir moral de respecter l'engagement pris envers les famille des défunts Chokri Belaid et de Mohamed Brahmi mais aussi envers les tunisiens. Il compte sur son premier ministre pour élucider ces assassinats politiques, et rappelle que celui de Lotfi Naghedh est entre les mains de la justice.

6 - politique étrangère :  il a rappelé que la Tunisie par sa taille et par son poids économique ne pouvait compter que sur son amitié avec les pays qui comptent pour que sa voix compte et retrouve sa crédibilité malmenée par son prédécesseur. Par conséquent la Tunisie doit pratiquer une politique d'ouverture comme par le passé et surtout éviter des prises de positions intempestives comme celle qu'avait prise son prédécesseur vis à vis de la Syrie dont il a congédié l'ambassadeur ... qui n'était pas en Tunisie !
La priorité pour la Tunisie est d'avoir de bonnes relations avec ses deux voisins l'Algérie et la Libye, mais aussi d'entretenir des rapports de coopération avec les pays africains, arabes et européens. La Tunisie doit avoir de bonnes relations avec tout le monde, le Qatar compris rappelle-t-il.
S'il s'en est occupé provisoirement, il laissera ce rôle au gouvernement maintenant qu'il est entré en fonction, mais continuera à prodiguer ses conseils au chef du gouvernement.
Rappelant ainsi le respect de la nouvelle constitution, et la répartition des pouvoir entre lui et l'ARP (Assemblée des représentants du peuple).

7 - Pour conclure sur une note plus légère, le journaliste a demandé à BCE si les tunisiens qui l'appellent affectueusement Bajbouj, pouvaient continuer à le faire maintenant qu'il est président de la République ? Naturellement répondit avec le sourire Bajbouj.

A la fin de l'interview, BCE donnait plutôt l'impression d'un homme sage et pragmatique. 
Ce qui doit rassurer plus d'un en ces périodes difficiles et dans un contexte mondial plutôt défavorable pour la Tunisie. On sent qu'il y a un capitaine calme et serein à la barre.
Wait and see : on verra la suite, pour juger le président. 

Si certains sont déçus c'est qu'ils n'ont pas compris que la politique c'est l'art du possible ! 

Rachid Barnat