jeudi 21 mars 2019

LES TUNISIENS ONT-ILS MÛRI POLITIQUEMENT ?

OU COMMENT S'Y RETROUVER AVEC 216 PARTIS POLITIQUES ...

Si durant des décennies les tunisiens étaient maintenus dans l'inculture politique parcequ'ils  n'avaient pas droit de faire de la politique, le pouvoir préférant les infantiliser ne laissant de place qu'à une opposition fictive, alibi démocratique d'un président qui veut donner le change à l'opinion internationale qui l'accuse de dictature; depuis le 14 janvier 2011 la donne a changé, au point que les tunisiens ont une indigestion de partis politiques voir une overdose politique; puisqu'ils ont plus de 200 partis politiques, des plus farfelus au plus réactionnaires. 

Ainsi des hommes sortis de nulle part, ont occupé la scène politique parfois jusqu'à l’écœurement. Parmi eux des têtes connues mais aussi beaucoup d'autres inconnues.

Au bout de 8 ans, il faut espérer que les tunisiens ont suffisamment appris à connaître leur classe politique pour savoir distinguer le bon grain de l'ivraie ! A en juger par les réseaux sociaux, on sent un éveil à la chose politique et un intérêt réel aux débats qui agitent le monde politique et la société tunisienne, avec souvent des analyses pertinentes de la situation et des crises politiques que traversent le pays depuis 2011. Souvent certains s'en tiennent aux personnes, à la forme et oublient le fond, comme s'ils ignoraient les idéologies qui animent leurs politiques ou censées les animer. Des fois on se demande si certains politiques eux-mêmes en ont une, quand on voit le nomadisme que certains qualifient de " tourisme inter-partis"; et que pratiquent de nombreux parlementaires, à donner le tournis aux tunisiens.

En gros, on peut classer les partis politiques en Tunisie en 4 catégories selon leur idéologie.

1° - Les destouriens, nationalistes et patriotes, issus du premier parti le Destour (Constitution) et du Néo Destour qui ont libéré le pays; puis du PSD (Parti socialiste destourien) et du RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique) qui ont bâti la Tunisie moderne. Des partis au bilan plutôt positif. Leur grand échec étant de n'avoir pas su instaurer une réelle démocratie.

Sauf que parmi les destouriens, il faut distinguer les vrais des faux !

Les faux étant ceux qui, en contradiction totale avec le nationalisme * qui fonde le Destour, admettent l'alliance avec son pire ennemi qu'est le pan-islamisme; comme Béji Caïd Essebsi, Youssef Chahed le nouveau poulain de Ghannouchi; Mehdi Jomaa et bien d'autres qui ont gouverné ou s'apprêtent à le faire, avec les Frères musulmans et poursuivre la politique du "consensus" qui paralyse le pays et le détruit un peu plus chaque jour, en s'aplatissant devant Ghannouchi devenu faiseur de rois et briseur de carrière politique pour les "carriéristes"; puisqu'ils ont définitivement admis la constitution voulue par les Frères musulmans pour paralyser le pays et en finir avec la République. 

Sans parler de ceux qui ont fini par rallier Ennahdha, ces opportunistes prompts à retourner leur veste ... preuve d'absence totale de conviction politique si toute fois ils en avaient une. 

2° - Les pan-islamistes, nostalgiques d'une colonisation "religieuse" ; et qui veulent d'un califat où la Tunisie retrouvera son statut de province vassale d'un calife. Serait-ce Erdogan qui rêve de restaurer l'empire Ottoman ou l'émir du Qatar ? Ghannouchi n'ayant pas encore arrêté son choix entre son Frère musulman et son sponsor qatari pour savoir à qui des deux il remettra la destinée de la Tunisie !

Du reste, les tunisiens constatent depuis qu'Ennahdha a la main mise sur le pouvoir, que les institutions nationales sont grippées et que la fonction publique n'est plus ce qu'elle était; ce qui correspond parfaitement à la stratégie des Frères musulmans dont le projet est de détruire la République de l'intérieur pour repartir de la page blanche et préparer la Tunisie au VI éme Califat,  auquel ils aspirent. 

3° - Les pan-arabistes dont les tunisiens ont découvert, ahuris, la lubie, lors de la constituante qui a révélé des personnages aussi farfelus que dangereux; comme Moncef Marzougui, alias Tartour qui voulait changer le drapeau tunisien et l'hymne national; ou Samir Ben Amor, alias Panda; ou le fou furieux Abderraouf Ayadi qui voulait constitutionnaliser la "cause palestinienne"; ou le couple diabolique Abbou ... 

Ils veulent inclure la Tunisie dans ce qu'ils appellent " Oumma arabyyia " que Tartour s’apprêtait à concrétiser en ouvrant les frontières tunisiennes à ses frères "arabes" d'Afrique noire et d'Afrique du nord !

4° - Les communistes et les autres partis qui sont et resteront toujours marginaux ; puisque certains n'ont même pas saisi encore le sens de la chute du mur de Berlin !

Il est nécessaire de connaître les parcours des hommes et les idéologies qui les animent qui sont quelques fois de vieilles lunes comme le pan-arabisme qui a lamentablement échoué avec le Raïs Gamel Abdel Nasser que certains continuent à vénérer comme le chantre du pan-arabisme, alors que les pays dits "arabes" n'ont absolument rien en commun ; ou le communisme qui a échoué lui aussi partout au bout de 70 ans, la chute du mur de Berlin annonçant son déclin ; ou l'islamisme qui est le cancer de ce siècle !

Parceque ces idéologies, quelques fois non avouées ouvertement, expliquent les positionnements des uns et des autres et le danger que certains font courir à la Tunisie libérée du colonialisme en 1956, quand ils appellent de leur vœu à un nouveau colonialisme en dissolvant la nation tunisienne dans ce qu'ils appellent la "Oumma arabyyia" pour les uns ou la "Oumma islamyyia" pour les autres, sous la férule d'un Rais ou d'un Calife !

Ces idéologies font que ceux qui s'en revendiquent, constituent un réel danger pour la souveraineté de la Tunisie, construite grâce au nationalisme des destouriens, bâtisseurs de l'Etat-Nation et de la République tunisienne ! 

Rachid Barnat

* Le nationalisme est un principe politique qui est né à la fin du xviiie siècle, tendant à légitimer l'existence d'un État-nation pour chaque peuple par opposition au régime monarchique.



mercredi 13 mars 2019

Les complexés de l'Histoire, prisonniers de leur esprit de colonisé

Le FLN a fait de la guerre de libération et de la colonisation, son fonds de commerce pour justifier sa main mise sur l'Algérie qu'il considère son butin de guerre et imputer ses échecs à la colonisation française. 
Pour cela il lui fallait entretenir la haine de la France responsable de tous les malheurs des algériens ... puisque plus de 50 ans après le départ des français, beaucoup d'algériens nourrissent haine et ressentiments pour la France pour un passé non digéré pour certains et que n'ont pas vécu d'autres ! Et ça marche puisque des jeunes algériens nés après 1962 ressassent un passé qu'ils n'ont pas connu. 
Bourguiba a eu la sagesse de ne pas entretenir la haine pour la France. Il a fait mieux : il a décomplexé le tunisien vis à vis de la France. Pédagogue, il a su tourner la page de la colonisation en distinguant la France, sa culture, de ses gouvernants ! Il a eu l'intelligence de ne pas jeter le bébé avec son eau de bain. Bien au contraire, il a incité les tunisiens à s'ouvrir à la culture et au savoir français;  faisant d'eux des bilingues riches d'une double culture arabe et française !
Malheureusement depuis 2011 et la fumeuse "révolution" des complexés de l'Histoire, ces pan-islamistes et leurs pendants pan-arabistes, qui n'ont toujours pas digéré leurs petites histoires, tentent de raviver les haines et les ressentiments envers la France, prenant exemple sur le FLN; et veulent arabiser tout avec un résultat catastrophique : des jeunes ne maîtrisant ni l'arabe et encore moins le français ... comme en Algérie ! 
R.B
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Kamel Daoud
Les fausses « batailles d’Alger »
L’Algérie nouvelle ne doit se construire ni pour, ni contre la France. Elle doit construire sa souveraineté dans la puissance, la réflexion sur l’intérêt de la nation, l’avenir de sa région. Il nous faut penser à notre maghrébinité, penser d’abord à nos relations avec le Maroc à aider dans sa liberté future, et à la Tunisie à soutenir dans sa construction. 
J’ai lu, comme tant d’autres, les réactions d’algériens aux réactions de la France officielle à propos de notre seconde Révolution. Et j’en fut attristé. Car, entre les fausses passions des uns, les confusions des autres, les théories de complot, les fantasmes de la « bataille d’Alger » imaginaire ou les campagnes téléphoniques comiques, signe du dérisoire comme pensée, c’est surtout une malheureuse réalité qui s’impose : nous ne sommes pas libre de la France si sa réaction nous importe aussi fort, au point de faire verser dans le délire ou la parade nationaliste. Nous ne faisons que reconduire la dépendance du Régime par la dépendance de nos imaginaires. En quoi la réaction de l’Élysée est-elle si importante pour provoquer cette vague ? La France est un pays souverain qui peut choisir les mots qu’il veut. Et nous sommes un pays qui doit construire sa souveraineté sans verser dans le délire ou les fausses campagnes. La France pense à ses intérêts et c’est légitime. Et nous pensons aux nôtres. Demander, exiger, hurler à l’obligation de reconnaissance ou pour dénoncer une méconnaissance, ne prouve qu’une chose : nous ne sommes pas encore tout à fait libres et capables de liberté. 
Notre pays ne peut pas se construire par cette dépendance, ni par un enfermement volontaire dans une exigence infantile de « justice » mondiale. Le monde n’est pas fait ainsi et si nous volons y trouver une place de prestige, il faut penser comment construire, s’allier, réinventer le Maghreb au lieu de rêver de fausses soldes de la colonisation. 
Nous dénonçons un régime qui dépend de la France, selon des affirmations fausses ou vraies, et nous ne faisons qu’attendre de la France sa réaction, pour la commenter, hurler au scandale ou à la néo colonisation. Nous regardons encore vers le nord en tant que victimes, réelles ou imaginaires, et pas en tant qu’égaux à venir.
L’intérêt politique national exige que l’on se concentre sur ce Régime qui est la source de notre servilité et pas sur une image fantasmée de colonisation. La fierté retrouvée ne doit pas verser dans la vanité, mais dans le rêve d’égalité, de puissance ou de dépassement.
Bien sûr on va crier, on va accuser, l’auteur de ces lignes de vouloir servir la France, de trahir ou de se ranger du mauvais côté. La fabrication du traître a fait ses dégâts en Algérie sur l’image des élites. On peut le faire et je me suis habitué à l’insulte de l’adversaire incapable d’argument ou de respect, et cela ne change rien : je n’ai jamais écrit sous la dictée des moments de compromissions ou pour plaire. 
Mon exigence de souveraineté, le culte que j’ai d’un État fort par la lucidité et par un rêve de puissance régionale, sont une passion qui ne dépend ni d’une réaction de l’Élysée, ni d’une vanité recyclée en sentiment anti-Français ou d’une risible campagne téléphonique contre l’Élysée. 
Il y a des millions d’algériens qui vivent en France : on a besoin d’eux, on a besoin d’eux là-bas , ils ont besoin de nous et on a besoin d’y trouver le lieu de nôtre universalité et la fenêtre ouverte sur notre possibilité d’être partout dans le monde ; pour la puissance et la réussite d’un pays à venir.
Pensons au Maghreb, à l’avenir, à l’intérêt de notre pays, au lieu de rejouer aux anciens Moujahidines imaginaires. Recycler le sentiment anti-Français aujourd’hui nous éloigne de notre but et révèle, surtout, une intime dépendance.

mardi 12 mars 2019

L’Article 25 de la Constitution, un texte scélérat.

GHANNOUCHI A CONSTITUTIONNALISÉ L’IMPUNITÉ POUR SES ENFANTS JIHADISTES !
Qui sont-ils les jihadistes "radicalisés" ? Souvent ce sont des repris de justice pour braquage armé, vol, viol, dealer ... des marginaux qui ont une dent contre la société , responsable selon eux de leurs échecs et de leurs dérives. Leur "chance" est de rencontrer en prison un "guide spirituel" (converti au wahhabisme) qui va les récupérer en exploitant leur haine, leurs ressentiments envers la société et leurs échecs pour les islamiser en les endoctrinant au wahhabisme évidemment. 
Ils ne demandent pas mieux que d'être reconnus et blanchis de leurs méfaits. Mieux encore, qu'on justifie leur crime, punition qui plaît à Allah, et qu'il faut multiplier contre les "kouffar" (mécréants). 
Ainsi, tuer devient "halal" (licite), voler devient "halal", violer les impies devient "halal" ... ! 
Et en plus, ils seront récompensés de leurs actes, leur promet leur "guide". Et s'ils acceptent d'entraîner dans leur mort celle d'un maximum de "kouffars", ils gagneront même le titre de "chahid" (martyr) qui ouvre les portes du paradis où coulent des rivières de vin, de lait et de miel et où ils auront 72 houris, ces vierges éternellement vierges ! N'ayant plus rien à perdre, ils croient en cette rédemption par le crime ! Et leur foi est inébranlable. Alors prétendre vouloir les "récupérer", est illusoire ! 
Or Ghannouchi considère avec bienveillance les jeunes terroristes, qui lui rappellent avec émotion son propre terrorisme quand il avait leur âge, disait-il, les considérant comme ses propres enfants ! En bon père, il a pensé à leur avenir ... d'où l'article 25 de la Constitution !
R.B
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Dans une vidéo, Abir Moussi a attiré l’attention de ces concitoyens sur un article de la Constitution en indiquant clairement qu’il s’agissait d’un texte anormal et voulu par les islamistes avec une évidente arrière-pensée et elle a déploré que les autres partis aient laissé faire.

Ce texte, c’est l’article 25 de la Constitution qui indique : 
« Article 25 : Aucun citoyen ne peut être déchu de la nationalité tunisienne, ni être exilé ou extradé, ni empêché de revenir dans son pays. »

Ce texte est tout d’abord assez inhabituel. Dans beaucoup de Constitution et de législations étrangères on prévoit, ce qui paraît absolument normal, la déchéance de nationalité lorsque le citoyen commet des actes contraires aux intérêts fondamentaux de son pays.

On se référera aux différentes dispositions applicables dans l’Union Européenne et l’on verra que lorsque le citoyen trahit son pays ou prend les armes contre lui, il est permis, à certaines conditions, de lui retirer sa nationalité, ce qui paraît élémentaire. 

L’actualité montre que de nombreuses déchéances de nationalité sont survenues en Angleterre, en Allemagne, en France notamment et dans d’autres pays d’Europe.

La particularité du texte tunisien, est l’interdiction absolue, dans tous les cas de cette déchéance. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que cette disposition qui a peut-être semblé anodine à certains, est en réalité une disposition clé dans le projet criminel des islamistes. Ils savaient qu’ils allaient notamment envoyer des jeunes au combat avec Daech (cela ne fait plus aucun doute aujourd’hui) et ils ont donc pris les dispositions pour que personne ne puisse rejeter ces criminels et les déchoir de leur nationalité.

De plus ce texte, est un texte constitutionnel c'est-à-dire qu’il s’impose au législateur et aucune loi ne pourra être votée contraire à ce texte. Autrement dit, on a protégé les criminels contre toute loi que voudrait prendre l’Assemblée nationale ! 
Si cela n’interpelle pas les Tunisiens, c’est qu’ils sont totalement anesthésiés !

Ce texte a lui seul, montre deux choses que les Tunisiens ne peuvent ignorer :
- La première : c’est que les islamistes avaient bien un projet criminel et de terrorisme particulièrement ; et qu’ils ont voulu se protéger. Cela ne fait aucun doute.
- La deuxième : c’est que les autres partis ou bien ont été totalement incompétents ou complices de cette manœuvre inadmissible.

Abir Moussi a totalement raison dans cette vidéo d’appeler l’attention sur cette disposition qui en dit long et qui désarme le pays dans sa lutte contre le terrorisme.

Les Tunisiens veulent-ils cela ? Ou vont-ils enfin se rendre compte du danger extrême que ces islamistes font courir à leur pays !

vendredi 8 mars 2019

ABIR MOUSSI ET L'EGALITÉ POUR LES FEMMES ...


Depuis que la campagne électorale a commencé, le projet de Abir Moussi prend de l’ampleur. Elle reçoit de plus en plus un accueil favorable auprès de très nombreux tunisiens qui veulent écarter les Frères musulmans et qui constatent, avec tristesse et amertume, que tous les partis sont prêts à nouveau à s’allier avec ces obscurantistes qui ont conduit le pays à son déclin.
On a vu apparaître dans certains médias et sur les réseaux, un argument important pour s’opposer à elle. Elle serait, selon ses détracteurs, totalement opposée au droit des femmes et à leur égalité, notamment en matière d’héritage.

La question est importante et mérite d’être examinée sérieusement mais sans parti-pris.

Dans une émission de Nessma TV, face à trois journalistes, elle a mis les points sur les "i" pour nombre de griefs que ses détracteurs lui faisaient et que les journalistes reprenaient à leur compte. Elle a clarifié sa position et les déclarations qu’elle avait été amenée à faire.

Elle a déclaré qu’elle s’était opposée non pas aux droits des femmes ni à l’égalité dans les successions mais à la façon dont ce projet avait été étudié et sur son contenu.

Reprenons son argumentaire et essayons de voire la réalité et non pas les fantasmes et les attaques à visée uniquement politique.

1° / Elle a dit d’abord que le projet lancé par Béji Caïd Essebsi l’a été, au moment où cela a été fait, pour des raisons purement électorales. 

Ce premier argument est tout à fait conforme à la réalité et beaucoup l’ont écrit à l’époque. Béji Caïd Essebsi conscient d’avoir perdu par sa trahison et son alliance avec les islamistes, la confiance de beaucoup de tunisiens et notamment des femmes, a trouvé ce moyen pour se refaire une virginité; alors que dans le même temps, il reconnaissait s'être trompé sur les islamistes ! 

La manœuvre politique est un peu grosse et personne de sérieux ne pouvait le croire. 

Sur ce premier point, force est de constater que Abir Moussi a raison même si cela ne doit pas justifier une opposition au principe même d’égalité; et là, elle déclare clairement qu’elle n’y est pas opposée et qu’elle ne l’a jamais dit.

2°/ Son deuxième motif de rejet concerne la méthode adoptée par le Président Béji Caïd Essebsi qui a confié à une commission "la Colibe", le soin d’étudier la question alors que selon elle, il s’agit d’une question éminemment politique et qu’elle devait être de la compétence des politiques et non de techniciens, aussi brillants soient-ils.

Son argument ici est faible car la Colibe n’a eu qu’un rôle d’étude et de propositions mais il est clair, et l’actualité le démontre, que le débat et la décision seront politiques et viendront des politiques; puisque c'est le parlement qui tranchera.

3°/ La troisième critique est plus sérieuse. Elle a déjà été faite par certains.

Abir Moussi reproche aux propositions de la Colibe d’être des demi-mesures avec l’objectif évident de ne pas déplaire ou du moins de ne pas froisser les Frères musulmans.

En effet, dans la mesure où le choix sera donné aux familles d’appliquer ou non l’égalité, il y aura un risque que ce texte soit sans portée véritable. Il aboutira à deux situations différentes, alors que la loi est pour tous. Et surtout, il aboutira à une loi d’un Etat prétendument Civil mais qui fait une place à la chariâa.

Sur ce terrain, elle a amplement raison. Elle ajoute que si elle est au pouvoir, tout cela sera revu et dans le sens d’une égalité parfaite. On peut croire volontiers cette fille et petite fille de destouriens. Qui pourrait douter une seconde que cette femme, pure produit du bourguibisme; qui plus est, se revendique de Bourguiba, puisse être opposée à l'égalité entre homme et femme; elle dont le combat pour se faire une place dans un monde dominé par les hommes, est indéniable.

On voit dès lors, que les attaques sont injustes et sommaires, qu’elles ne tiennent pas compte du réel discours de l’intéressée. Cela confirme bien qu’il s’agissait, non pas d’argumenter mais de porter atteinte à son envol politique.

On peut espérer que les gens qui la critiquaient de bonne foi au vu de ce qu’ils avaient compris, reviendront sur leur jugement en écoutant bien ce que dit Abir Moussi, elle même.

Rachid Barnat

Voir Vidéo Abir Moussi chez "France 24" du 22.02.2019

mercredi 6 mars 2019

Macron : un homme qui arrive trop tard pour la France et pour l'UE ?


L'Europe a traîné pour se réaliser, les anglais y ont été pour beaucoup n'y voyant que leurs intérêts économiques uniquement. Beaucoup d'erreurs ont été commises qui ont fait que les peuples n'y croient plus. Il aurait fallu d'abord finir la construction du "noyau dur", avant d'intégrer dans l'euphorie de la chute du mur de Berlin, les pays de l'ex bloc soviétique. Il aurait fallu une politique de défense commune et une politique étrangère commune. On se rappelle à ce propos, la boutade d'Henry Kissinger : “L’Europe, quel numéro de téléphone ?”.
Quand l’empire soviétique s’est disloqué, il aurait été utile à l’UE et logique, d’intégrer la Russie plutôt que de s’en méfier et de continuer à dépendre des EU. D’avoir repoussé la main tendue de Poutine, elle a fini par en faire un ennemi, au pouvoir de nuisance considérable. Et avec Trump, elle se voit traitée avec mépris, elle qui a été toujours suiviste derrière les américains.
Si l'Europe a ses ennemis de l' "intérieur"(FN, les partis d’extrême droite …), elle a aussi beaucoup d'ennemis à l'extérieur qui feraient tout pour empêcher sa réalisation. Au début c'étaient les américains et depuis la chute du mur de Berlin et la globalisation, d'autres puissances émergentes œuvrent pour empêcher, elles aussi, que l'UE ne devienne une puissance : la Chine, l'Inde, le Brésil ...
Mais voilà Emmanuel Macron un européen convaincu, avec toute sa bonne volonté, semble arriver trop tard pour la France comme pour l'UE. Dommage pour les deux, qui ont pourtant besoin d'être réformées en profondeur pour avancer.
Mais face au populisme en vogue, il est à craindre que l'immobilisme guette l'une et l'autre !
R.B

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Pour une renaissance européenne
Le chef de l’État s’est adressé aux citoyens européens pour vanter sa vision et prôner une dizaine de mesures concrètes, dans la perspective des européennes. Voici l’intégralité de son texte. :
Citoyens d’Europe,

Si je prends la liberté de m’adresser directement à vous, ce n’est pas seulement au nom de l’histoire et des valeurs qui nous rassemblent. C’est parce qu’il y a urgence. Dans quelques semaines, les élections européennes seront décisives pour l’avenir de notre continent.

Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’a été aussi nécessaire. Et pourtant, jamais l’Europe n’a été autant en danger.
Le Brexit en est le symbole. Symbole de la crise de l’Europe, qui n’a pas su répondre aux besoins de protection des peuples face aux grands chocs du monde contemporain. Symbole, aussi, du piège européen. Le piège n’est pas l’appartenance à l’Union européenne ; ce sont le mensonge et l’irresponsabilité qui peuvent la détruire. Qui a dit aux Britanniques la vérité sur leur avenir après le Brexit ? Qui leur a parlé de perdre l’accès au marché européen ? Qui a évoqué les risques pour la paix en Irlande en revenant à la frontière du passé ? Le repli nationaliste ne propose rien ; c’est un rejet sans projet. Et ce piège menace toute l’Europe : les exploiteurs de colère, soutenus par les fausses informations, promettent tout et son contraire.

Face à ces manipulations, nous devons tenir debout. Fiers et lucides. Dire d’abord ce qu’est l’Europe. C’est un succès historique : la réconciliation d’un continent dévasté, dans un projet inédit de paix, de prospérité et de liberté. Ne l’oublions jamais. Et ce projet continue à nous protéger aujourd’hui : quel pays peut agir seul face aux stratégies agressives de grandes puissances ? Qui peut prétendre être souverain, seul, face aux géants du numérique ? Comment résisterions-nous aux crises du capitalisme financier sans l’euro, qui est une force pour toute l’Union ? L’Europe, ce sont aussi ces milliers de projets du quotidien qui ont changé le visage de nos territoires, ce lycée rénové, cette route construite, l’accès rapide à Internet qui arrive, enfin. Ce combat est un engagement de chaque jour, car l’Europe comme la paix ne sont jamais acquises. Au nom de la France, je le mène sans relâche pour faire progresser l’Europe et défendre son modèle. Nous avons montré que ce qu’on nous disait inaccessible, la création d’une défense européenne ou la protection des droits sociaux, était possible.

Mais il faut faire plus, plus vite. Car il y a l’autre piège, celui du statu quo et de la résignation. Face aux grands chocs du monde, les citoyens nous disent bien souvent : « Où est l’Europe ? Que fait l’Europe ? ». Elle est devenue à leurs yeux un marché sans âme. Or l’Europe n’est pas qu’un marché, elle est un projet. Un marché est utile, mais il ne doit pas faire oublier la nécessité de frontières qui protègent et de valeurs qui unissent. Les nationalistes se trompent quand ils prétendent défendre notre identité dans le retrait de l’Europe ; car c’est la civilisation européenne qui nous réunit, nous libère et nous protège. Mais ceux qui ne voudraient rien changer se trompent aussi, car ils nient les peurs qui traversent nos peuples, les doutes qui minent nos démocraties. Nous sommes à un moment décisif pour notre continent ; un moment où, collectivement, nous devons réinventer politiquement, culturellement, les formes de notre civilisation dans un monde qui se transforme. C’est le moment de la Renaissance européenne. Aussi, résistant aux tentations du repli et des divisions, je vous propose de bâtir ensemble cette Renaissance autour de trois ambitions : la liberté, la protection et le progrès.

Défendre notre liberté
Le modèle européen repose sur la liberté de l’homme, la diversité des opinions, de la création. Notre liberté première est la liberté démocratique, celle de choisir nos gouvernants là où, à chaque scrutin, des puissances étrangères cherchent à peser sur nos votes. Je propose que soit créée une Agence européenne de protection des démocraties qui fournira des experts européens à chaque État membre pour protéger son processus électoral contre les cyberattaques et les manipulations. Dans cet esprit d’indépendance, nous devons aussi interdire le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères. Nous devrons bannir d’Internet, par des règles européennes, tous les discours de haine et de violence, car le respect de l’individu est le fondement de notre civilisation de dignité.

Protéger notre continent

Fondée sur la réconciliation interne, l’Union européenne a oublié de regarder les réalités du monde. Or aucune communauté ne crée de sentiment d’appartenance si elle n’a pas des limites qu’elle protège. La frontière, c’est la liberté en sécurité. Nous devons ainsi remettre à plat l’espace Schengen : tous ceux qui veulent y participer doivent remplir des obligations de responsabilité (contrôle rigoureux des frontières) et de solidarité (une même politique d’asile, avec les mêmes règles d’accueil et de refus). Une police des frontières commune et un office européen de l’asile, des obligations strictes de contrôle, une solidarité européenne à laquelle chaque pays contribue, sous l’autorité d’un Conseil européen de sécurité intérieure : je crois, face aux migrations, à une Europe qui protège à la fois ses valeurs et ses frontières.

Les mêmes exigences doivent s’appliquer à la défense. D’importants progrès ont été réalisés depuis deux ans, mais nous devons donner un cap clair : un traité de défense et de sécurité devra définir nos obligations indispensables, en lien avec l’OTAN et nos alliés européens : augmentation des dépenses militaires, clause de défense mutuelle rendue opérationnelle, Conseil de sécurité européen associant le Royaume-Uni pour préparer nos décisions collectives.
Nos frontières doivent aussi assurer une juste concurrence. Quelle puissance au monde accepte de poursuivre ses échanges avec ceux qui ne respectent aucune de ses règles ? Nous ne pouvons pas subir sans rien dire. Nous devons réformer notre politique de concurrence, refonder notre politique commerciale : sanctionner ou interdire en Europe les entreprises qui portent atteinte à nos intérêts stratégiques et nos valeurs essentielles, comme les normes environnementales, la protection des données et le juste paiement de l’impôt ; et assumer, dans les industries stratégiques et nos marchés publics, une préférence européenne comme le font nos concurrents américains ou chinois.

Retrouver l’esprit de progrès
L’Europe n’est pas une puissance de second rang. L’Europe entière est une avant-garde : elle a toujours su définir les normes du progrès. Pour cela, elle doit porter un projet de convergence plus que de concurrence : l’Europe, où a été créée la sécurité sociale, doit instaurer pour chaque travailleur, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, un bouclier social lui garantissant la même rémunération sur le même lieu de travail, et un salaire minimum européen, adapté à chaque pays et discuté chaque année collectivement.

Renouer avec le fil du progrès, c’est aussi prendre la tête du combat écologique. Regarderons-nous nos enfants en face, si nous ne résorbons pas aussi notre dette climatique ? L’Union européenne doit fixer son ambition - 0 carbone en 2050, division par deux des pesticides en 2025 - et adapter ses politiques à cette exigence : Banque européenne du climat pour financer la transition écologique ; force sanitaire européenne pour renforcer les contrôles de nos aliments ; contre la menace des lobbies, évaluation scientifique indépendante des substances dangereuses pour l’environnement et la santé... Cet impératif doit guider toute notre action : de la Banque centrale à la Commission européenne, du budget européen au plan d’investissement pour l’Europe, toutes nos institutions doivent avoir le climat pour mandat.

Le progrès et la liberté, c’est pouvoir vivre de son travail : pour créer des emplois, l’Europe doit anticiper. C’est pour cela qu’elle doit non seulement réguler les géants du numérique, en créant une supervision européenne des grandes plateformes (sanction accélérée des atteintes à la concurrence, transparence de leurs algorithmes…), mais aussi financer l’innovation en dotant le nouveau Conseil européen de l’innovation d’un budget comparable à celui des États-Unis, pour prendre la tête des nouvelles ruptures technologiques, comme l’intelligence artificielle.

Une Europe qui se projette dans le monde doit être tournée vers l’Afrique, avec laquelle nous devons nouer un pacte d’avenir. En assumant un destin commun, en soutenant son développement de manière ambitieuse et non défensive : investissement, partenariats universitaires, éducation des jeunes filles…

Liberté, protection, progrès. Nous devons bâtir sur ces piliers une Renaissance européenne. Nous ne pouvons pas laisser les nationalistes sans solution exploiter la colère des peuples. Nous ne pouvons pas être les somnambules d’une Europe amollie. Nous ne pouvons pas rester dans la routine et l’incantation. L’humanisme européen est une exigence d’action. Et partout les citoyens demandent à participer au changement. Alors d’ici la fin de l’année, avec les représentants des institutions européennes et des États, mettons en place une Conférence pour l’Europe afin de proposer tous les changements nécessaires à notre projet politique, sans tabou, pas même la révision des traités. Cette conférence devra associer des panels de citoyens, auditionner des universitaires, les partenaires sociaux, des représentants religieux et spirituels. Elle définira une feuille de route pour l’Union européenne traduisant en actions concrètes ces grandes priorités. Nous aurons des désaccords, mais vaut-il mieux une Europe figée ou une Europe qui progresse parfois à différents rythmes, en restant ouverte à tous ?

Dans cette Europe, les peuples auront vraiment repris le contrôle de leur destin ; dans cette Europe, le Royaume-Uni, j’en suis sûr, trouvera toute sa place.
Citoyens d’Europe, l’impasse du Brexit est une leçon pour tous. Sortons de ce piège, donnons un sens aux élections à venir et à notre projet. 

A vous de décider si l’Europe, les valeurs de progrès qu’elle porte, doivent être davantage qu’une parenthèse dans l’histoire. C’est le choix que je vous propose, pour tracer ensemble le chemin d’une Renaissance européenne.

lundi 4 mars 2019

Pas de frontiére pour le patriotisme

Depuis l'arrivée des Frères musulmans aux commandes en Tunisie, l'exode des diplômés, tous secteurs confondus, s'est accentué voir accéléré. Pourquoi ? Tout simplement les partants ne trouvent plus les conditions favorables à leur épanouissement dans un pays mis à mal par les islamistes où règnent anarchie et chaos. Sont-ils pour autant moins patriotes que ceux qui restent et l'aiment-ils moins qu'eux ? 
Dr Azza Filali répond à cette question dont certains en ont fait un grief récurrent contre les migrants pour douter de leur amour pour la Tunisie au point que certains partis politiques veulent les exclure de la vie politique tunisienne, leur interdisant même de postuler à certains postes s'ils ont d'autres nationalités autre que la tunisienne, doutant de leur loyauté.
R.B  
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Exode des diplômés : Loin des chiffres et des bons sentiments
Le départ devient une option, garantissant à l’individu ce que son pays n’a pas été en mesure de lui offrir.

Fuite des cerveaux: l’expression est pompeuse et erronée. Elle suggère que seuls les diplômés possèdent un cerveau, tandis que les tunisiens qui prennent la mer en fraude et sans diplômes, sont doublement pénalisés: par leur absence de cerveaux et par une mer qui tue. Cette discrimination par le cerveau est grotesque: encore faut-il s’entendre sur ce que le mot cerveau veut dire ou considérer que l’obtention d’un diplôme suffise à faire un cerveau! Toutes ces simplifications sont puériles, mieux vaut ne pas s’y attarder… Je parlerai donc d’exode des diplômés.

Pour user de raison face à un phénomène qui frappe de plein fouet notre pays, rien n’est plus périlleux que les chiffres ou les bons sentiments. Toutefois, il est bon de savoir que la Tunisie caracole en tête des pays d’Afrique du nord, en matière d’exode des diplômés. Quant au nombre exact de partants, les chiffres déclarés ne peuvent être considérés comme exacts: ils émanent d’institutions qui ne couvrent pas tout le spectre des mouvements, au sein d’une profession. Dans le cas des médecins, par exemple, le nombre exact de ceux qui partent, ne pourrait émaner que du conseil national de l’ordre, lequel est censé disposer d’un état des lieux actualisé de la profession. Or, le conseil de l’ordre est loin d’être informé de la mobilité de tous ses adhérents: l’institution ne prend pas la peine de s’en enquérir et les médecins “oublient” de l’informer. Dès lors, il est impossible de savoir combien de praticiens quittent le pays chaque année. La même inconnue plane sur les ingénieurs, les hommes d’affaires… Méfions-nous donc des chiffres avancés par les médias, ils sont loin de refléter la réalité.

Les sentiments sont aussi de mauvais outils d’appréciation du phénomène. Mauvais car faciles et interdisant l’analyse: arguer de l’appartenance à un groupe social ou un territoire, poser l’amour du pays comme pré requis, suppose que cet amour existe, tant chez ceux qui partent que chez les autres qui restent au pays et les regardent s’en aller. Qui peut affirmer que l’amour du pays existe encore comme élément agissant sur les décisions individuelles?

C’est donc armés de raison pure, et avertis des dérives possibles de la subjectivité qu’il nous faut aborder ce que certains appellent  la “fuite des cerveaux” (si cerveaux il y’a…)

Les migrations de populations ont toujours existé et ne sont spécifiques ni de notre pays, ni de l’époque actuelle. De tous temps, des hommes se sont déplacés à travers la planète. Mais, ces mouvements de populations ont atteint leur acmé au XXème siècle. À cela, plusieurs raisons. La première est la vitesse, inhérente à notre époque: tout va vite, les informations, les images et les hommes. En quelques heures, on se retrouve à l’autre bout de la terre. Les transports relativisent l’impact d’une résidence: vivre à Tunis, Paris, ou Milan, quelle différence? À peine deux petites heures d’avion, on est plus vite arrivé que si l’on vivait à Jerba…

Un second facteur ayant contribué à la mobilité des hommes au XXème siècle est la guerre qui a fait de ce siècle l’un des plus sanglants de l’histoire. Menacés dans leur vie, des millions de civils ont quitté (et quittent encore) leur pays d’origine, cherchant désespérément une contrée d’accueil. Mais, ce motif de départ ne concerne qu’une faible part des diplômés qui s’en vont. Un autre motif, plus important, réside dans la recherche d’une meilleure qualité de vie. Ce concept de ‘qualité de vie’ est flou, et sa traduction pratique très subjective. L’OMS a bien établi un indice de développement humain qui prend en compte, outre la qualité de vie, la pauvreté et le niveau d’éducation. Cet indice a le mérite de rattacher la qualité de vie à deux paramètres dont il faut dire quelques mots. D’abord la pauvreté, concept relatif, tributaire de l’époque, du lieu,  et de la perception par les individus : un pauvre suédois n’a rien à voir avec un  pauvre éthiopien. Celui-ci souffre le plus souvent d’un dénuement extrême: non ou peu scolarisé, souffrant de dénutrition, ne bénéficiant d’aucun encadrement sanitaire. A l’opposé, être pauvre en Europe ou en Amérique du nord, consiste à se situer au bas d’une échelle de revenus et de qualité de vie. Nous voici ramenés du concept théorique de pauvreté, à celui, plus concret et palpable, de “perception de la pauvreté” par l’individu et la société. Cette perception de la pauvreté, tout comme celle de la qualité de vie varient selon le contexte. Dans les dictatures où le peuple est muselé, la pauvreté est vécue comme une fatalité inéluctable, une seconde nature dont il est impossible de se défaire. En revanche, dans les sociétés dotées de liberté de parole (et se prétendant démocratiques), la pauvreté est perçue comme une injustice intolérable: les “victimes” réclament alors tout haut leur droit au travail, et à une meilleure qualité de vie. Au fil du temps, ces demandes s’exacerbent, puis les intéressés, déçus par leur plan A (travailler et vivre dans son pays), se tournent vers un plan B: aller vivre ailleurs. Le départ devient une option, garantissant à l’individu ce que son pays n’a pas été en mesure de lui offrir. En Tunisie, le départ des diplômés procède en partie de cette logique implacable. Il est indéniable que la libération de la parole et des revendications, a contribué à hâter la fuite des “cerveaux”. Dans ce sens, une enquête, effectuée auprès d’un millier de diplômés sur le départ, a révélé que trois raisons justifiaient leur décision: le désir d’évoluer dans sa carrière, l’aspiration à une meilleure qualité de vie, et la perspective d’un salaire plus avantageux.

De ceci découle un constat: qualité de vie et résidence dans son pays d’origine ne sont plus connectées. Le sentiment d’appartenance au pays véhicule avec lui des connotations identitaires: le passé du pays, même oublié ou méconnu, contribue à construire un individu. Les codes, respectés ou négligés, rythment la vie sociale et personnelle. Les difficultés économiques et le marasme politique affectent, à des degrés divers, les citoyens. Mais, le sentiment d’appartenance au pays n’implique pas nécessairement d’y résider. Etre tunisien et vivre à Amsterdam n’exclut pas de célébrer les fêtes du pays, de s’inquiéter de ses difficultés économiques ou de vibrer aux matchs de football que dispute l’équipe nationale. Mais, il est un fait contre lequel on ne peut rien, un “facteur de pondération géographique”: la proximité engendre un vécu individuel autrement plus fort, plus viscéral que toutes les transmissions instantanées. Regarder en live, sur Facebook, une manifestation à Tunis, ou la suivre en déambulant à l’Avenue Bourguiba, voilà deux situations qui n’ont pas le même impact chez les êtres. Certes, ceux qui résident à l’étranger restent  tunisiens, mais par correspondance. C’est que la proximité géographique représente un fondement essentiel de l’identité Toutefois, comme la nature a horreur du vide, le besoin d’appartenance va se mettre en quête d’autres amarres. Partout dans le monde, les sociétés regorgent d’associations, de clubs, de mouvements, affichant des mouvances variées et balayant le spectre des intérêts individuels: sport, musique, politique, photo, chant, ’expatriés’ et j’en passe. Ces groupes adoptent le nouveau-venu qui va leur confier son besoin, vital, d’appartenance. Notre époque est, plus que toute autre, celle des rassemblements, des agrégations, des meutes… Motivés par des goûts communs vis-à vis de telle ou telle pratique, ces structures parviennent à fédérer un nombre important d’adeptes. Qu’on pense aux associations, aux clubs de charité des nantis, tout comme  aux marathons, aux dream-partys et autres multitudes organisées…

Ainsi, le sentiment d’appartenance ne concerne plus exclusivement la revendication identitaire nationaliste et va se loger dans des regroupements supranationaux, obéissant à d’autres chartes, mais conférant aux êtres le sentiment (très sécurisant) de faire partie d’une seconde famille. Que reste-t-il alors aux tunisiens qui sont partis ? Deux registres, aussi fidèles  qu’anodins : les attaches familiales et le retour “touristisé” au pays, à la belle saison…

À cette appartenance nouvelle, répondent, comme en écho, de profonds changements dans l’exercice des professions. Notre époque foisonne de métiers “sans âme ni frontières”: marketing, gestion (avec leurs déclinaisons informatisées), finance internationale, business de haute volée, et j’en passe. Ces pratiques n’ont pas de pays et ne connaissent pas de frontières; leur seule bannière est le gain, anonyme et sans patrie. L’engouement pour ces professions va de pair avec le déclin des humanités: mal cotées durant les études, peu payantes et peu sollicitées, lors du choix d’une profession.

En vérité, la nouvelle sensibilité qui prévaut, grâce à la mondialisation, fait des individus une meute immense, cochant les mêmes cases au registre de l’existence: gain et succès rapides, bonheur et jeunisme affichés, solitude poignante mais bien calfeutrée, technocratie pointue, humanités néant, sauf si elles servent à quelque auto-valorisation sociale. Tout cela se déploie à l’échelle planétaire, construisant le portrait robot des adultes d’aujourd’hui.

Autre donne intéressante à relever: les jeunes diplômés qui vont vivre ailleurs ont souvent l’assentiment de leurs aînés: parents, amis, collègues. Ceux-ci “comprennent” très bien qu’on ait envie de quitter un pays où les horizons sont bouchés et l’avenir incertain. Eux-mêmes seraient partis, s’ils étaient plus jeunes. Ce discours, tenu par les plus de cinquante ans, toutes classes confondues, prouve bien que les aînés, non plus, ne s’embarrassent pas de sentiments patriotiques imposant de rester au pays pour le servir... Ainsi, la boucle est bouclée. Le patriotisme agissant a vécu : contemporain de la lutte de libération nationale, puis de la construction du pays, il était vivace chez ceux qui avaient quarante ans entre 1945 et 1970. Plus tard, il s’est, lentement, érodé. Au fil du temps, de la montée de l’individualisme et de la mondialisation, une autre époque et d’autres mentalités se sont installées. Ceux qui « acceptent aisément » que leurs enfants aillent vivre ailleurs, ont d’autres priorités qu’un patriotisme ou un militantisme agissant. Aujourd’hui, bien des gens confondent liberté de parole et patriotisme. En vérité, les événements de Janvier 2011, loin de raviver l’amour du pays,  n’ont fait que donner un bon coup de pied dans la fourmilière, révélant au grand jour des tunisiens, plus soucieux de leur sort que du bout de planète où ils sont nés. Il nous faut donc dépassionner ce problème d’exode des compétences, et éviter de l’enrober dans des considérations patriotiques, dont il est, en définitive, très éloigné. On a l’exode qu’on mérite et rien ne sert de se lamenter sur les plateaux télévisés…    

Ceux qui partent sont encouragés par leurs parents. Faut-il accuser les parents de manquer d’amour? Certes mais il ne s’agit pas de l’amour paternel ou maternel, mais de l’attachement au pays. Nous voici confrontés à une donne singulière: les tunisiens âgés de 50 à 65 ans ne possèdent pas cette fibre qui retient au pays, et maintient amarré au pays même si celui-ci passe par une période de profond malaise.

L’amour du pays est un concept flou. Il est loin d’être automatique et on l’apprend mal sur les bancs de nos écoles publiques. Qui peut affirmer que les adultes, jeunes ou moins jeunes, aiment leur pays au point de s’opposer à ce que leurs enfants dûment diplômés et pourvus d’un emploi en Tunisie, quittent le pays pour aller ailleurs. En vérité c’est le contraire qu’on voit: l’amour du pays est une notion théorique, non convertible dans la vie de tous les jours et le plus souvent les parents adhèrent au projet de leur fils ou leur fille. À la question de la séparation d’avec l’enfant, ils répondront par la formule magique: “là-bas, ils vivront mieux!” Ils savent qu’en Europe ou au Canada, leurs rejetons bénéficieront de meilleures conditions de travail, gagneront un salaire infiniment supérieur à celui qu’ils perçoivent en Tunisie et jouiront d’une qualité de vie bien plus “agréable”: villes propres, soins de santé de haut niveau, loisirs raffinés…