dimanche 14 janvier 2018

La révolution du jasmin : une supercherie islamiste ?

Triste anniversaire ! A cause des Frères musulmans, 7 ans après, les Tunisiens luttent toujours et encore pour conserver leurs acquis bourguibiens !
R.B
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Khaoula Amira Kamoun

Peut-on fêter le 14 janvier 2011 ?

Une révolution montée de toute pièce par les américains pour lancer le programme impérialiste des "Printemps arabes" avec leurs conséquences de chaos, de destructions et de morts dans les pays dits "arabo-musulmans" : Tunisie, Libye, Egypte, Syrie, Yémen... qui vont rejoindre d'autres : Irak, Soudan, Somalie, Niger, Mali ...

Malheureusement, sept ans après il y a encore des tunisiens qui croient encore que c’est le peuple vaillant qui a chassé Ben Ali, alors que tout a été planifié : Appauvrissement du sud sur les conseils structurel du FMI, USAID et Banque Mondiale; Formation de 200 cyber-collabos et guerre médiatique contre Ben Ali avec un financement et une assistance par des ONG de Soros.

Il a suffit de l'étincelle de la " brouette " pour lancer le programme déjà bien rodé des " révolutions de couleur " dans les pays de l’ex-URSS.

Doit-on fêter ce coup d’Etat ?

- Depuis la « révolution » la Tunisie n’a fait que reculer et perdre ses acquis.
- Les tunisiens qui espéraient progresser, se retrouvent à défendre des droits déjà acquis, que leur contestent les islamistes.
- Des attentats terroristes au Bardo, à Sousse, au mont Chaambi, à Ben Guerdane, etc ...
- Des islamistes au pouvoir, des présidents et des gouvernements incompétants, des parlementaires aux ordres d'Ennahdha, de la mafia et des puissances étrangères.
- Des assassinats politiques toujours non élucidés. Mais dont les commanditaires sont les islamistes d’après des enquêtes préliminaires très vite étouffées par les islamistes au pouvoir.
- La Tunisie est devenue le plus grand recruteur et exportateur, au monde, de terroristes pour détruire des pays frères.
- Les institutions de l’état et les médias sont infiltrés par les islamistes.
- Ennahdha a recruté au frais des contribuables plus de 150 000 prisonniers, libérés sous la troïka, pour les intégrer dans les rouages de l'Etat à fin de le détruire de l'intérieur.
- Les terroristes revenus de Libye, d'Irak et de Syrie circulent en toute impunité en Tunisie.
- La situation économique, financière, sociale : sont au bord de l’effondrement.
- Dilapidation du bien public et notre patrimoine que les islamistes ont bradés aux pétromonarques et aux turcs ...
- Aucune enquête sur la disparition des liquidités de l’Etat et des emprunts d'Etat faits par la troïka que dominait Ennahdha.
- La révolte a été étouffée à peine commencée sans que l'on sache pourquoi.
- Le black-out est total sur ce qui s’est passé lors du coup d'Etat et sur le rôle tenu par l’armée et le ministère de l’intérieur dans la fumeuse révolution; sur les snipers étrangers et tunisiens sortis d'en ne sait où; sur la mise en place d'Ennahdha au pouvoir pour mater les révoltes avec Ali Laarayedh qui n'a pas hésité à faire tirer sur la population avec des balles réelles; sur les blessés de la révolution qui sont mal traités;sur la commission de vérité fantoche, la fameuse IVD; sur la banalisation des drogues de toutes sortes; etc ....

La fête du 14 janvier est la fête des Frères musulmans d'Ennahdha qui ont pris le pouvoir et considèrent la Tunisie comme une "ghanima" (butin de guerre); c’est la fête de la mafia des ex-RCD-istes; c’est la fête de la majorité de l’ARP qui se font leur beurre sur le dos du peuple.
C’est aussi la fête des américains, des sionistes, de la Turquie, des Ibn Saoud, du Qatar, des Emirats qui ont réussi à détruire les Républiques "arabes" et les régimes laïcs pour précipiter le monde "arabe" dans le chaos.

Alors fêter le 14 janvier 2011, c'est :
- qu'on est islamiste, ou
- qu'on est ignorant !

Le Bourguibisme est une philosophie et non un repère historique !

Pour ceux qui n'ont toujours pas digéré leur histoire avec Bourguiba, qu'ils sachent que l'homme ne fut pas parfait, loin s'en faut. Mais il faut lui reconnaître d'avoir été l'architecte de la Tunisie moderne, qu'il a dotée d'une administration digne d'une République, qu'il a imposé le statut de la famille en libérant la femme, qu'il a privilégié l'enseignement en le rendant obligatoire pour tous, qu'il a instauré le planning familial pour maîtriser la démographie tout en donnant aux femmes le droit de maîtriser leur corps et leur utérus ... et j'en passe; faisant de la tunisienne l'unique exemple dans les pays dits "arabo-musulmans", voir dans le Tiers-Monde devançant même pour certains droits, les françaises !
Qu'en est-il de ceux qui se disent ses héritiers ? Béji Caïd Essebsi est-il bourguibiste ? On se le demande !
R.B
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Après la révolution, beaucoup ont pensé qu'on en avait fini avec 50 ans de dictature et que l'héritage du mouvement destourien allait être définitivement jeté dans la poubelle de l’Histoire : le parti unique, la pensée unique, et le chef unique, tout ça, c'était fini.

Ainsi, Bourguiba, père de la nation, semblait éclipsé par cette vague révolutionnaire.

Son coté despotique et son refus des libertés fondamentales et de la démocratie étaient mis en avant par ceux qui ne se revendiquaient pas de son "école", et qui ont par le passé milité contre le régime bourguibien.

Pourtant, 3 ans après la révolution, Béji Caïd Essebsi est élu à la tête de l'État après une campagne se basant sur la conservation des acquis sociaux de l'ère Bourguiba, en se présentant comme son héritier légitime.

Puis, le président décida de remettre la statue du "Combattant Suprême" à sa place au centre-ville de Tunis, en signe d'hommage au père de la nation et de continuité dans la politique bourguibiste.

Ce retour confirme bel et bien que l'héritage de Bourguiba ne mourra jamais en Tunisie.

Cependant, un problème persiste : rien dans la politique actuelle ne s'aligne sur cet héritage.

On pense souvent qu'il suffit d'avoir été ministre sous Bourguiba pour pouvoir prétendre faire honneur à ce dernier, car pour nous Bourguiba est synonyme du "C'était mieux avant".

Détrompez-vous messieurs, Bourguiba était un visionnaire, un adepte du "Ça sera mieux demain".

Il était le farouche opposant aux conservateurs et réactionnaires, il était de ceux qui aspiraient à changer les choses, à bousculer l'ordre social, à rompre avec les traditions et à inscrire la Tunisie dans la modernité.

Il agissait par pur pragmatisme et volonté d'améliorer et de révolutionner, non par petits calculs politiques mesquins.

Le Bourguibisme n'est donc pas une simple défense des acquis bourguibiens, mais toute une philosophie qui vise à être en avance par rapport à son temps.
Un bourguibiste des années 1960 est quelqu'un qui lutte pour l'émancipation de la femme, pour une démocratisation de la culture et pour un système éducatif performant.

Un bourguibiste du XXIème siècle se doit de défendre les libertés sexuelles, l'égalité dans l'héritage entre l'homme et la femme, et à fortiori, une égalité parfaite entre les sexes, mais aussi une laïcité institutionnalisée, la protection de l'environnement, et une économie tournée vers les nouvelles technologies et l'encouragement de la recherche et de l'innovation.

Bourguiba était un occidental dans sa manière de penser. A la fois humble et fier.

Il n'avait pas honte d'admettre que la Tunisie avait besoin des compétences formées à l'étranger, ni qu'elle était dépendante du marché international et qu'elle devait parfois faire des concessions sans pour autant faire profil bas, car il a aussi su construire une tradition diplomatique digne, connue pour sa neutralité et sa volonté de réconciliation, qui ont fait la grandeur de la Tunisie.

Il était aussi allergique aux monarchies du Golfe et n'a jamais baissé la tête devant un de ces dirigeants corrompus car il savait très bien qu'il pouvait s'appuyer sur d'autres alliances, beaucoup plus puissantes, plus solides et plus honnêtes, qui le respectaient en tant que dirigeant politique, mais aussi entant qu'ami.

Où est aujourd'hui cette diplomatie ? Où se trouve la Tunisie de nos jours dans le concert des nations ? Perdue, oubliée, menée par le bout du nez et esclave de ceux qui autrefois tremblaient devant la grandeur de ce pays.

Alors chers dirigeants, avant de vous proclamer de l'héritage Bourguibien, regardez bien derrière vous, puis devant vous.
Ne vous posez pas la question "Qu'a fait Bourguiba dans cette situation ?", mais "Qu'aurait fait Bourguiba dans cette situation ?".

Arrêtez avec votre nostalgie et soyez digne de votre héritage.
Oubliez les calculs politiques et les discours populistes, soyez francs avec vous-même et avec votre peuple.

Recherchez des solutions, innovez, faites preuve d'intelligence et de pragmatisme, ne vous laissez pas séduire par la facilité du consensus et acceptez le combat pour les vraies valeurs de la modernité. 

Vous pourrez alors vous dire "Bourguibiste".


jeudi 11 janvier 2018

PLATEFORME POUR LE RÈGLEMENT DE LA CRISE TUNISIENNE

Publié dans : 
Kapitalis
Tunisie-Secret

« L’économie, ce n’est pas seulement de la technique, 
ce sont des arbitrages au service d’une vision politique. 
Comment deux partis aussi différents pourraient-ils se mettre d’accord sur un programme ? »

Il faut commencer par désigner le véritable ennemi de la Tunisie qui la ronge de l'intérieur jusqu'à infiltrer les partis dits "progressistes" !
Beaucoup de tunisiens qui combattent l'obscurantisme, sont déçus par BCE & Nidaa Tounes qui promettaient de les débarrasser de Ghannouchi et de sa bande.
Devant le pouvoir de corruption des "progressistes" à la petite semaine, par les Frères musulmans, il serait temps que ceux qui désirent réellement arrêter les dégâts, de prendre des résolutions claires et de pactiser avec ceux qui ont ce même désir de dégager les islamistes !
Voici un pacte qui pourrait servir de base à rallier ces partis qui veulent poursuivre l'oeuvre civilisationnelle de feu Habib Bourguiba.

LE CONSTAT :

Personne ne peut sérieusement contester que la Tunisie, après ces quelques années de changement, vit une crise sérieuse qui entraîne un découragement et, peut-être, bientôt une révolte de certains.
Cette crise a un triple aspect : économique et social, démocratique et de civilisation.

1 - Sur le plan économique et social les événements et les politiques menées ont conduit à une perte d’activité, notamment dans le domaine du tourisme ; à une élévation des prix à la consommation ; à un développement du chômage et notamment de celui des jeunes, même diplômés ; à une raréfaction des investissements, notamment étrangers ; et donc à une baisse du pouvoir d’achat qui s’accompagne d’une grande pauvreté et à une perte de valeur de la monnaie nationale.
Il est clair que si cela continue dans le même sens, il est à craindre des révoltes dont on a senti déjà quelques prémices.
Il faut rajouter que pas grand-chose n’a été fait pour, à terme, réduire significativement la disparité entre la région des villes côtières et l’arrière-pays.
On pourra toujours discuter tel ou tel terme de cette analyse mais qui pourrait sérieusement contester la validité générale de ce constat.

2 - Sur le plan de l’autorité de l’Etat et de la démocratie les deux dernières années, notamment, ont fait éclater une grave crise de confiance. L’alliance de Nidaa Tounes et des islamistes, contrairement à ce qui avait été dit avant les élections, a gravement affecté la confiance des citoyens tunisiens qui ont vu dans cette politique une véritable trahison de leur vote et se trouve dès lors tentés par l’abstention et le désintérêt.
S’est ajouté à cela la multiplication anarchique et, à la limite du ridicule, de très nombreux partis politiques dont on voit mal, à part l’ego de ses dirigeants, leur réel et original positionnement.
Les conflits, quelques fois déraisonnables entre syndicats employeurs et syndicats de travailleurs, a perturbé la production économique et les investissements et n’ont pas été sans influence sur la crise économique décrite plus haut.

3 - Enfin il est indiscutable que le pays se trouve confronté à une véritable crise de civilisation entre une partie de sa population qui s’est tourné vers un Islam politique porteur de régression sur le terrain des libertés, des droits de la femme et de l’ouverture aux autres et une autre partie qui voudrait que le pays continue la marche vers le progrès qu’avait initié le Président Bourguiba en développant les libertés et le droit des femmes et en cantonnant la religion dans la sphère privée.
Face à cette crise dont beaucoup accepteront l’analyse il s’agit de se demander quelle est la solution à choisir en ayant bien à l’esprit que TOUT SE TIENT et que, notamment le développement économique et l’investissement ne viendront que si l’on a une démocratie forte, un état, des syndicats et des partis responsables.

Régler d’abord la crise de civilisation :

Il est absolument clair que rien ne sera possible tant que les Tunisiens, par un vote clair n’auront pas trancher entre progressistes et islamistes. Il y a là, en effet, deux conceptions totalement opposées de l’avenir du pays.
Si la religion continue d’être instrumentalisée par un ou des partis politiques, l’union nécessaire des Tunisiens pour faire avancer le pays ne pourra exister. Les dirigeants qui utilisent la religion connaissent toujours et inévitablement des dérives autoritaires qui portent atteintes aux libertés fondamentales et se mêlent de la vie personnelle des gens. Il n’y a qu’à voir les évolutions en Iran et en Turquie et se rappeler de la politique que voulaient mener les Frères musulmans en Egypte comme celle que tentent d’imposer ceux d’Ennahdha en Tunisie.
Les Tunisiens, et donc avant eux les différents partis, doivent se positionner clairement sur cette question. Le pacte devrait réunir tous ceux qui veulent clairement interdire les partis fondés sur la religion. C’est un préalable absolument fondamental car on a bien vu ce que les « accommodements », les « consensus » ont donné comme résultats.
Le Pacte dira donc clairement que le but de ses adhérents est, à terme, de modifier la Constitution pour interdire les partis qui se fondent sur la religion.

Régler la crise de la démocratie et de l’Etat :

La Constitution a choisi un mode électoral sous la pression des islamistes qui ne permet pas de dégager une réelle majorité. Ce mode électoral entraîne la division entre de nombreux partis et ne permet pas la mise en place d’un réel programme de gouvernement ; puisque faute de majorité claire il faut, comme cela a été seriné, parvenir au « consensus » c’est-à-dire à un programme qui est mi chèvre mi- choux.
Or, démocratie ne signifie pas impuissance et demi mesures. Il faut, au contraire que le mode électoral en donnant une prime au parti arrivé en tête, lui permette de mener sa politique sans avoir besoin d’obtenir l’accord des autres formations. Ensuite et c’est cela la démocratie, s’il n’a pas réussi ou convaincu, il sera éliminé aux prochaines élections par le mécanisme de l’alternance.
Le Pacte dira donc clairement qu’il faudra modifier le mode électoral et permettre l’émergence d’une réelle majorité.
Le règlement de ces deux crises sont des préalables à la sortie de crise car le pouvoir ainsi élu, aura les mains libres pour choisir et appliquer sa politique.

Pistes pour régler la crise économique :

On peut penser que les signataires du Pacte pourraient se mettre d’accord sur certains principes.
Le premier d’entre eux est que l’économie a un besoin essentiel : celui de la confiance en l’avenir, de la confiance en l’état de droit et confiance dans la sécurité du pays.
Les investisseurs Tunisiens ou étrangers n’investiront que s’ils ont confiance en l’état de droit ; c’est-à-dire, s’ils savent quelles sont les règles applicables, qu’elles ne changeront pas tous les six mois et que l’Administration et la Justice les appliqueront.
Cela signifie que le pouvoir doit s’atteler à la réforme de la Justice qui a perdu la confiance des Tunisiens, continuer sa lutte contre la corruption qui est le contraire de l’état de droit et affirmer clairement une plus grande liberté d’entreprendre et de s’installer avec des règles fiscales claires.
Les signataires du Pacte pourraient s’entendre (certains devant faire un effort de réalisme en ce domaine) pour dire que ce n’est que si l’Economie fonctionne bien, s’ouvre largement aux investissements et réussit à créer de la richesse, que de la redistribution pourra intervenir.
Si l’économie stagne ou régresse, malgré toutes les bonnes volontés du monde, elle ne produira pas grand-chose et rien ne pourra être redistribué.

Voilà le cadre général sur lequel devront se mettre d’accord tous les partis et les citoyens qui partagent ces analyses et ces bases. Une fois cela réalisé, les priorités devront être un effort considérable pour l’éducation depuis la base jusqu’à l’Université car il n’y aura de développement dans les pays que par l’éducation.

Cette plateforme pourrait être acceptée et signée par tous les partis qui seraient d’accord sur ces grands objectifs et les considéreraient comme essentiels pour résoudre les crises du pays. Ces partis pourraient, dans ce cadre et sous réserve de ces priorités, développer leur propre projet mais, au moins, les électeurs sauraient ce qui les uni et quelles priorités ils ont.

Rachid Barnat

NB : Il y a actuellement Abir Moussi qui le proclame haut et fort qu'il faut juger Ghannouchi et ses hommes pour le financement de leur parti par le Qatar ... et par la même d'interdire Ennahdha !

Voir aussi le commentaire en Vidéo par Jean Pierre Ryf


lundi 8 janvier 2018

LE DIVORCE DE BCE & GHANNOUCHI : UN JEU DE DUPES !

Article publié dans : Kapitalis

On vient d’apprendre la séparation de Nidaa Tounes d'avec les Frères musulmans d'Ennahdha ... en vue des élections municipales ! 

C’est évidement un événement mais qui ne trompe personne et qui, même, met cruellement en lumière le peu de considération que Nidaa Tounes porte aux Tunisiens qu’il prend vraiment pour des imbéciles.

On avait dénoncé à plusieurs reprises, la trahison de Nidaa Tounes et redit les effets dévastateur de cette alliance contre nature pour le pays et pour la démocratie. Il est inutile d’y revenir.

Ennahdha a fort bien compris que sa position était condamnée par une grande majorité de ceux qui avaient voté pour ce parti islamiste. Si dans un premier temps il a joué la carte d'un islamisme modéré, très vite il s'est rendu compte que cela ne dupait plus grand monde dont beaucoup savent que le wahhabisme fonde tous les islamismes; et par conséquent vouloir distinguer celui des Frères musulmans des autres, n'était qu'une supercherie électoraliste. 

Et depuis, Ennahdha a changé de stratégie et cherche à nouveau à duper les tunisiens en leur faisant croire à son renoncement à instrumentaliser la religion; puisque lors du congré de Hammamet, ses cadres, avec Ghannouchi en tête, affirment la séparation de la politique de la religion; et de ce fait, devenant une alternative à l’islamisme dont les tunisiens ne veulent pas, ils font croire à une "normalisation" de leur parti. Ce qui une fois de plus n'a pas dupé grand monde, car comment pourrait-il en être autrement quand on sait que les Frères musulmans depuis presque un siècle ont fait de la religion et de la chariaa l'alpha et l'oméga de leur programme politique ! A moins de les renier ... et de se renier.

Mais devant le constat de leur rejet par les tunisiens qu'ils ne parviennent pas à duper avec la "normalisation" de leur parti, déçus de surcroît par l’alliance réalisée au lendemain des élections avec Nidaa Tounes en dépit de toutes les critiques que ce parti avait adressées aux islamistes pendant la campagne; voilà que Nidaa Tounes nous annonce son divorce d'avec Ennahdha !

Comment croire aujourd’hui à cette nouvelle position dont il faut souligner au passage qu’elle ne remet absolument pas en cause l’alliance, le consensus ... appelez cela comme vous voulez, au niveau national ?

Ce n'est qu'une posture d'un parti aux abois qui n'est qu'une imposture dont se fiche Ennahdha !

Nidaa Tounes dit, sans rire, aux Tunisiens : " Nous sommes des adversaires politiques d'Ennahdha aux municipales mais nous nous entendons comme larrons en foire sur la politique nationale " ! Or s’il y a un grave problème, c’est bien celui qui concerne la politique nationale dont chacun peut mesurer les échecs patents.

Cette décision, juste avant les élections, est plus que cousue de fil blanc. Grotesque stratégie que ce parti aurait le culot de rééditer aussi juste avant les élections législatives. Elle est une insulte à l’intelligence des Tunisiens. Mais voilà cette grossière manœuvre ne fonctionnera pas car les tunisiens n'en sont pas dupes.

Une nouvelle fois, Nidaa Tounes va se trouver dans la situation des alliés des rétrogrades et connaîtra le sort d’Ettakatol et du CPR. Et une fois de plus, c'est Ghannouchi qui aura eu raison de ses "alliés progressistes". Une stratégie payante pour neutraliser ses ennemis en leur donnant le baiser de la mort !

Jamais deux sans trois, dit-on : Après Ettakatol et le CPR, c'est au tour de Nidaa Tounes de se retrouver coquille vide. Les tunisiens ne supportent plus ces "progressistes" à la petite semaine !

Les autres partis en tireraient-ils la leçon ? Pas sûr, avec une classe politique aux principes fluctuants dont se joue Ghannouchi pour la dévoyer et la corrompre selon son bon plaisir !

Rachid Barnat

samedi 6 janvier 2018

L'islamisme dégoûte de plus en plus de musulmans de leur religion


L'athéisme gagne du terrain dans les pays dits "arabo-musulman" depuis que le wahhabisme a pollué l'islam par son totalitarisme, sa violence et son terrorisme, particulièrement dans les pays du fumeux "printemps arabe" ! Qu'il soit chiite ou sunnite, l'islamisme s'appuie, s'il ne s'en inspire, du wahhabisme, ce que fit Khomeiny pour prendre le pouvoir en Iran.
R.B
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Il y a un tsunami d'athéisme dans le "monde musulman" 

Cette Iranienne militante de la laïcité défend des apostats menacés de mort dans 13 pays et appelle son camp – la gauche – à ne pas les trahir.

Née à Téhéran en 1966, Maryam Namazie a quitté l'Iran après l'avènement de la République islamique en 1979. Cette femme de gauche, militante des droits de l'homme et des réfugiés, est devenue une pasionaria de la laïcité et une farouche opposante au relativisme culturel. En 2007, elle fonde en Grande-Bretagne le Conseil des ex-musulmans, pour porter l'attention sur la situation des apostats, menacés de mort dans les États où s'applique la charia, et encore trop souvent obligés à la discrétion dans nos pays occidentaux. En juillet dernier, à Londres, Maryam Namazie a organisé une conférence sur la « liberté de conscience et d'expression », le plus grand rassemblement d'ex-musulmans de l'histoire. Entretien avec une combattante qui, depuis de longues années, déplore que son camp politique – les progressistes – fasse alliance avec des théocrates rétrogrades, bafouant ainsi la liberté d'expression au nom de « l'islamophobie », tout en trahissant les victimes de l'islamisme qui ne rêvent, eux, que d'universalisation de la laïcité.
Vous avez grandi à Téhéran. Comment êtes-vous devenue athée ?
Maryam Namazie : Je suis devenue athée peu à peu. On peut arriver à l'athéisme par plusieurs chemins. Pour moi, cela a été la conséquence naturelle du fait de vivre dans une théocratie. Si Dieu me déteste à ce point, pourquoi croirais-je en lui ? La révolution iranienne était de gauche et il y avait beaucoup d'athées dans ce pays. Mais dans les années 1980 – la décennie sanglante –, beaucoup d'entre eux ont été exécutés après des procès sommaires. On leur demandait « croyez-vous en Dieu », et quand ils répondaient « non », on les sortait et on les abattait. Parfois, des centaines par jour. À titre personnel, je ne me suis jamais sentie ostracisée ou exclue du fait de mon athéisme. À vrai dire, c'est quand j'ai fondé le Conseil des ex-musulmans de Grande-Bretagne en 2007 que j'ai pour la première fois rencontrée des personnes qui étaient effrayées de se dire athées, et beaucoup d'entre elles étaient nées sur le sol britannique. En Iran, il y a une réaction anti-islamique, et la critique ou les moqueries contre la religion sont plus normalisées qu'ici, en Grande-Bretagne. C'est évidemment ironique, sachant que l'apostasie, le blasphème et l'hérésie sont tous des délits passibles de la mort sous le régime islamique iranien.
Cela veut-il dire que même dans un pays comme la Grande-Bretagne, il est toujours difficile de quitter une religion comme l'islam ?
Cela n'est pas difficile pour tout le monde. Certains ont le soutien de leur famille, comme cela a été mon cas. Mais pour d'autres, cela reste toujours compliqué d'être considéré comme un apostat. On voit notamment beaucoup de jeunes qui doivent faire face à la violence, l'ostracisme et des menaces, tout cela parce qu'ils ne veulent plus être musulmans. Nous avons ainsi des membres qui portent toujours le voile et vont à la mosquée, des ex-musulmans qui vivent dans « le placard ». D'autres souffrent de dépression et de tentations suicidaires. Et puis, bien sûr, beaucoup choisissent de vivre librement en dépit des menaces et risques que cela implique.
Quelle est la situation actuelle des apostats dans les pays de culture musulmane ?
Les apostats sont en grand danger dans les pays sous la loi islamique. Dans treize États, ils sont menacés de mort. Dans bien d'autres, ils peuvent être tués par des mouvements de foule ou par les familles au nom de « l'honneur ». Et même dans les pays où légalement ils ne risquent pas la peine de mort comme en Egypte, ils peuvent toujours perdre leurs droits civiques et risquent d'être assassinés par les islamistes. Alors qu'ici, en Occident, les critiques de l'islam sont traités d'« islamophobes », ce qui est de fait une interdiction du droit au blasphème, les lois dans les pays islamiques servent à condamner beaucoup de personnes – même les croyants – pour blasphème et apostasie, que ce soient des minorités religieuses, des dissidents ou des libres penseurs.
Vous êtes une femme de gauche très critique envers l'islam. Qu'est-ce qui vous distingue de ceux qui, comme Eric Zemmour ou Douglas Murray, critiquent cette religion de l'autre côté de l'échiquier politique ?
Alors qu'ils se détestent entre eux, il y a pourtant beaucoup de choses qui relient les pro-islamistes de gauche et l'extrême droite. Les deux déshumanisent les musulmans en en faisant une masse homogène et en les plaçant dans une case. Les pro-islamistes le font en voyant dans les musulmans une communauté à défendre. Mais ils oublient ainsi qu'ils ne défendent pas des valeurs de gauche et progressistes, mais ce que les islamistes définissent comme une culture et religion « authentique ». L'extrême droite, elle aussi, ne voit qu'une masse homogène envahissant l'Occident. Ils oublient que beaucoup de ceux qui viennent ici – comme moi – veulent justement fuir le mouvement islamique, que nous sommes contre le totalitarisme et que comme n'importe qui nous voulons la liberté et des droits qui ne sont pas occidentaux, mais universels.
Après la publication des caricatures de Mohammad, vous aviez, en compagnie de Salman Rushdie ou Ayaan Hirsi Ali, signé le « Manifeste des douze contre le nouveau totalitarisme », publié par Charlie Hebdo en 2006. Comment jugez-vous des écrivains comme Joyce Carol Oates ou Russel Banks, qui, en 2015, alors que ce journal a été décimé par des djihadistes, se sont opposés à ce qu'on lui remette un PEN Award ?
Quelle trahison ! Quand un écrivain considère les islamistes comme des représentants du « disempowerment » (baisse du pouvoir masculin, NDLR) et voit en Charlie Hebdo de « l'arrogance culturelle », c'est que notre monde est mis sens dessus dessous. Ils considèrent Charlie à travers le regard de nos oppresseurs. Alors que pour moi, ce journal représente ceux, nombreux, qui osent s'exprimer contre la religion et les conservateurs religieux, et se retrouvent en retour accusés de blasphème et d'apostasie, ou doivent fuir pour sauver leurs vies. Dire qu'on « soutient la liberté d'expression, mais pas quand cela offense des personnes » comme l'ont fait les signataires de cette pétition contre Charlie, ce n'est pas défendre cette liberté d'expression ; c'est au contraire une défense de la censure.
Êtes-vous optimiste pour les athées dans le monde islamique ?
Ce n'est pas le « monde islamique », tout comme l'Occident n'est pas le « monde chrétien ». Il y a tellement de croyances et d'opinions au Moyen-Orient, en Afrique du Nord ou dans l'Asie du Sud... Il y a beaucoup d'athées et de laïcs, y compris chez des croyants. Le fait de le qualifier de « monde islamique » fait partie de cette offensive pour en faire justement des contrées uniformément islamiques. Mais en réponse à cela, il y a un tsunami d'athéisme, et on le voit clairement à travers les réseaux sociaux et Internet qui sont en train de faire à l'islam ce que l'imprimerie a fait au christianisme.
Comment analysez-vous la contestation dans votre pays natal, l'Iran, contre un régime dirigé par le « réformiste » Rohani ?
Ces manifestations sont différentes des précédents mouvements de révolte. Les gens ne veulent plus faire marche arrière, ils n'ont plus aucune illusion sur la faction « réformiste » de ce régime, et ils veulent en finir avec les lois théocratiques. Les slogans sont contre la pauvreté, la corruption, mais aussi contre la répression. Ciblant notamment le cléricalisme, ces protestations ont eu lieu dans 60 villes à travers l'Iran, y compris la « ville sainte » de Qom. Et l'une des caractéristiques de ce mouvement est qu'il est féministe, comme l'a symbolisé la photo de cette femme brandissant son voile au bout d'un bâton. C'est pour cela que cette contestation doit être soutenue par les féministes et laïcs du monde entier.


Propos recueillis par Thomas Mahler

mercredi 3 janvier 2018

Le "printemps arabe" s’achève sur un grand échec de ceux qui l'ont initié !

Les américains et leurs suiveurs européens pensaient pouvoir continuer à semer le chaos dans le monde "arabo-musulman" sous prétexte d'y faire régner la démocratie avec l'aide de leurs amis pétromonarques, démocrates devant l’Éternel .... mal leur a pris en Syrie qui marque la fin de leur dramatique supercherie !
l'islamisme et ses miliciens/jihadistes sur lesquels ils se sont appuyés pour "répandre par contagion la démocratie", poussant le cynisme jusqu'à soutenir et "recommander" les Frères musulmans aux peuples du fumeux printemps arabes, sont de plus en plus rejetés par ces peuples mais aussi par les occidentaux qui les découvrent dans leur chair; puisqu'ils reviennent comme un boomerang dans la figure de leurs dirigeants.
R.B 
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Quel visage pour la Syrie de demain ?
L'année 2018 ne sera pas encore celle de la paix en Syrie, mais peut être la dernière de ce conflit meurtrier. Il est désormais clair que Bachar el-Assad et ses alliés ont gagné la guerre. De son côté, l'Occident, persuadé que le camp d'Assad ne possède pas les moyens de relever la Syrie, compte utiliser la reconstruction comme levier d'influence sur le changement politique. Tout comme il s'est trompé sur l'issue du conflit militaire, il se trompe aussi sur ce sujet.
Sur le plan militaire, l'année 2018 sera a priori celle de l'offensive contre la province d'Idleb. Cependant, il faut à l'armée syrienne en finir également avec les dernières enclaves rebelles autour de Damas et la poche de Rastan. La reprise de la banlieue est de Damas sera difficile et devrait se terminer comme ailleurs par la négociation et le transfert des rebelles les plus récalcitrants vers Idleb. La province de Deraa ne devrait pas être épargnée par les combats malgré l'accord de « désescalade » entre la Russie et les États-Unis. L'armée syrienne compte bien rouvrir l'autoroute vers la Jordanie et le poste-frontière de Nassib, cela implique de s'emparer de l'est de la province, entre la route Deraa-Damas et le Djebel druze. Quant à la partie occidentale de la province, entre la route Deraa-Damas et le Golan, la situation est plus ou moins gelée, en raison de l'accord russo-américain par lequel Vladimir Poutine garantit que le Hezbollah et les forces iraniennes ne s'approcheront pas à moins de 40 km de la ligne de cessez-le-feu de 1973. La Russie tient à cet accord, car il lui permet d'être désormais partie prenante du conflit israélo-arabe, ce qui représente une consécration diplomatique.
La Russie et la question communautaire
Il demeure l'épineuse question kurde. L'armée syrienne va-t-elle entrer en confrontation avec les Forces démocratiques syriennes (FDS) qui occupent aujourd'hui près de 30 % du territoire ? Tout dépendra de la volonté des États-Unis de demeurer ou non dans le Nord-Est et à quel prix militaire, économique et diplomatique (notamment vis-à-vis de la Turquie). Les Kurdes de Syrie risquent ainsi de se voir rapidement abandonnés par les États-Unis. Ils ont sans doute déjà prévu de restituer les territoires arabes qu'ils ont libérés de Daech, en échange de l'autonomie des seuls cantons kurdes de Afryn, Kobané et Qamichli. Bien que les représentants du Rojava ne soient invités à aucune conférence de paix, ils sont au centre des négociations diplomatiques.
Sur ce plan, le congrès « des peuples de Syrie » qui se tiendra à Sotchi fin janvier est un pas de plus vers un règlement du conflit syrien en dehors de Genève. Alors que l'opposition syrienne et ses parrains n'ont jamais vraiment traité de la question communautaire, la Russie ouvre le débat sur le devenir de la « nation syrienne » en reconnaissant les différentes communautés ethniques et religieuses qui la composent, malgré Damas et ses dogmes baasistes. Une évolution de la Constitution syrienne vers la reconnaissance politique des différentes identités communautaires, sans aller jusqu'au modèle libanais, pourrait être une issue de Sotchi et orienter la transition politique.
Ce processus politique échappe aux Occidentaux qui ne comptent que sur l'arme économique pour parvenir à peser sur l'avenir de la Syrie en dernier ressort. La Banque mondiale évalue à 250 milliards de dollars le coût de la reconstruction. D'autres estimations parlent de 400 milliards, voire de 600 milliards. Ni Damas ni ses alliés ne disposent d'une telle somme, mais la Syrie peut se reconstruire à minima pour quelques dizaines de milliards de dollars. Si la diaspora et la classe marchande sont prêtes à investir le secteur immobilier, la reconstitution du secteur manufacturier risque d'être plus difficile, car les investissements à long terme sont désormais perçus comme très risqués. Enfin, le niveau de corruption est un frein majeur à la reconstitution de la base productrice d'avant-guerre. Le pays risque donc de connaître une stagnation économique prolongée, d'autant plus si les Occidentaux maintiennent les sanctions et refusent d'apporter leur aide.
Une Syrie « aérée »
En l'absence d'une amélioration économique sensible, la plupart des réfugiés syriens demeureront dans les pays d'accueil où ils seront rejoints par de nouveaux venus. Et cette perspective ne dérange nullement Assad, qui a sans doute fini par prendre conscience que la Syrie était surpeuplée en 2011, eut égard à ses capacités économiques, et que cela fut une cause majeure de la révolte. Il y a déjà 7 millions de réfugiés (6,3 selon les chiffres du HCR); et une Syrie « aérée » d'une dizaine de millions de personnes – en particulier issues des classes populaires sunnites – est un objectif atteignable d'ici à trois ans au rythme actuel des départs.

Le vide laissera des opportunités économiques dans le contexte du corridor iranien et d'une intégration économique entre la Syrie, l'Irak et l'Iran, à laquelle peut s'ajouter le Liban. Pour la Syrie d'Assad, mise à l'écart par les pays du Golfe et boycottée par l'Europe, la solution consiste à se tourner vers les marchés voisins. L'Irak peut rapidement redevenir le premier client de la Syrie et stimuler la reprise de la production agricole et industrielle. Le retour des exportations d'hydrocarbures irakiennes et iraniennes, si le gazoduc islamique est finalement construit, apportera à la Syrie des « royalties ». Les ports syriens ont désormais un « hinterland » potentiel qui s'étend jusqu'à Téhéran. Il reste la question des ressources en hydrocarbures off-shore, dont l'exploitation éventuelle prendrait des années et servirait avant tout à rembourser les dettes accumulées vis-à-vis de la Russie et de l'Iran.
Le peuple syrien est habitué à des conditions de vie modeste et le gouvernement a longtemps prôné l'autosuffisance. Assad avait envisagé de faire de son pays une économie émergente dans les années 2000, mais ce changement de paradigme économique a déstabilisé le pays et failli lui coûter son pouvoir. Désormais, les décisions économiques seront prises en fonction des considérations politiques, même si cela doit ralentir la croissance. Après ce conflit meurtrier, les mécontents choisiront plutôt l'exil que la contestation, et ce au moins pour une génération.
Au final, le régime sort renforcé de cette épreuve de force. Certes, il devra coopter les nouveaux chefs de guerre, faire une place aux élites tribales et aux Kurdes, ce qui l'obligera à une décentralisation de facto dans les périphéries. Mais ceux qui rêvent encore du départ d'Assad ne comprennent pas qu'il est toujours la clé de voûte du système de pouvoir en Syrie. Par ailleurs, ses alliés n'ont aucune envie de le faire partir, d'autant plus que les Occidentaux n'ont rien de consistant à offrir en échange.

dimanche 31 décembre 2017

La tunisianité, fait des tunisiens un peuple à part

Si Safwan Masri a fait le bon constat quant à la tunisianité des tunisiens qui les distingue du reste du monde "arabo-musulman", il se trompe lourdement quant aux Frères musulmans qu’ils aient changé en devenant démocrates ! Pour changer encore faut-il changer de doctrine : or ils n'en ont pas d'autre; et la chariaa qui fonde leur programme, est vieille de 14 siècles ! Ils ne peuvent la remanier ni la renier au risque de perdre leur raison d'être en tant que parti politique qui instrumentalise la religion.
S’il admet que la Tunisie est devenue un pays démocratique, il oublie de préciser que les Frères musulmans plombent la démocratie et le pays ; devenant un boulet pour la société civile qui par sa vigilance, reste la seule à lutter âprement contre les dérives rétrogrades et totalitaires des Frères musulmans ; puisque la classe politique dans sa grande majorité s’est avérée décevante, démissionnaire par lâcheté, si elle n'était corrompue par les Frères musulmans dont elle devient complice, pour faire la pluie et le beau temps en Tunisie ! 
R.B  
La Tunisie n’est pas un modèle pour le monde arabe
Alors que la Tunisie célèbre dans une certaine morosité le septième anniversaire du déclenchement de sa révolution, le 17 décembre 2010 à Sidi-Bouzid, l’universitaire américano-jordanien Safwan Masri affiche son optimisme sur l’avenir de la transition démocratique du pays. Mais il met en garde, dans son ouvrage « Tunisia, an arab anomaly » (Columbia University Press, New York 2017), contre toute tentation d’en faire un « modèle » transposable dans le reste du monde arabe. Sa thèse est que la révolution tunisienne est avant tout le produit d’une histoire singulière et spécifique n’ayant pas de rapport univoque avec l’identité arabe. La transition démocratique tunisienne s’explique selon lui, par des facteurs endogènes difficilement reproductibles.

A l’heure où les Tunisiens se distinguent par leur transition démocratique, votre thèse est que la Tunisie n’est pas un modèle pour le monde arabe. Vous prenez à contre-pied une idée assez convenue. Pourquoi ?

Il est difficile, voire impossible, pour un pays de servir de modèle. Chaque pays a ses spécificités propres. Je me souviens de l’époque où l’on présentait la Turquie comme un « modèle » pour le monde arabe en raison de ses succès économiques, de sa laïcité et de sa démocratie. 

Ce qu’il faut commencer à questionner, et on le fait de plus en plus, c’est l’identité arabe. Qu’est-ce que cela signifie ? Bien sûr, il y a des points communs à travers le monde arabe : une histoire partagée, la langue, la religion, etc. Mais il y a aussi de vastes différences entre l’Afrique du nord et les pays du Golfe, ou entre ces derniers et le Levant. Dans ce contexte, la Tunisie a une identité spécifique et aussi plus ancienne à l’exception de l’Egypte, du Maroc et d’Oman, dont les frontières n’ont pas beaucoup bougé à travers l’histoire. Dans le reste du monde arabe, l’Etat-nation a été créé durant la période post-coloniale. La plupart des pays n’avaient pas d’identité avant la période coloniale. 

Et même l’identité arabe est une invention moderne associée au colonialisme dans les derniers jours de l’Empire ottoman et ensuite à l’ère post-coloniale. Le panarabisme est une réponse au colonialisme et à ce qui a suivi. Et à Israël.

Qu’est-ce qui fait, à vos yeux, la spécificité de la Tunisie ?

Pour commencer, la Tunisie est le produit d’une longue histoire et de plusieurs civilisations. Son histoire civilisationnelle a souffert de peu d’interruptions avec, par exemple, la même dynastie des Husseinites qui a régné à partir du début du XVIIIe siècle [jusqu’à l’abolition du beylicat en 1957] sur la Tunisie, alors province semi-autonome de l’empire ottoman. Cette dynastie locale a supervisé une période de réforme significative qui a inspiré les précurseurs du mouvement nationaliste. 
A bien des égards, Habib Bourguiba et ses compagnons étaient le produit à la fois de ce mouvement réformiste et du pouvoir colonial français, en tout cas de son système éducatif.

La « tunisianité », produit de civilisations amalgamées

Il y a donc une continuité, une progression naturelle, une longue histoire qui définit ce qu’est la Tunisie d’aujourd’hui. On ne peut pas en dire autant de la Jordanie, de l’Algérie ou de la Libye. 

La « tunisianité », c’est ce produit de civilisations amalgamées, la conscience de cet héritage berbère, carthaginois, arabe. Et, j’insiste, c’est le réformisme qui, influencé au départ par les puissances étrangères, s’est ensuite développé au tournant des XIXe et XXe siècle. Ce mouvement a inspiré après l’indépendance de 1956 l’adoption du Code du statut personnel [qui promeut les droits des femmes] et la mise en place d’un système d’éducation progressiste. 

La « tunisianité », c’est cette identité d’abord et avant tout ancrée en Tunisie. Elle fait partie de l’Orient mais aussi du Maghreb, de l’Afrique, et elle est souvent plus proche de l’Europe que des autres pays arabes. C’est un pays arabe et musulman mais qui a été dirigé par des non-Arabes et des non-musulmans plus longtemps qu’elle l’a été par des Arabes et des musulmans.

La Tunisie est un mélange qui a produit quelque chose de très spécifique. C’est pour cela que j’affirme qu’il est simpliste et réducteur de présenter la transition démocratique en Tunisie comme un modèle pour le reste du monde arabe. Comme si les facteurs qui ont permis cette transition pouvaient être reproduits ailleurs.

Alors pourquoi précisément la Tunisie ? Pourquoi a-t-elle été le théâtre d’une évolution qu’on ne retrouve pas ailleurs ?

Cette « anomalie » tunisienne s’explique d’abord par ce que j’appelle des facteurs environnementaux. Cet environnement, c’est que la Tunisie s’est détachée du reste du monde arabe en raison de sa distance géographique, de son association avec le Maghreb mais aussi d’une politique étrangère propre. Celle-ci ne s’est pas trouvée embrouillée après l’indépendance dans les grands conflits du monde arabe. 

En outre, la Tunisie est un petit pays, dépourvu de ressources, non-important dans la compétition entre grandes puissances. Elle n’a donc pas été un enjeu durant la guerre froide comme l’Egypte ou l’Arabie Saoudite, ou même l’Iran, ou d’autres pays riches en pétrole.

Se sont ajoutés à cela des facteurs plus intrinsèques, propres à la société tunisienne. L’élément-clé a été la société civile. Il y a eu en particulier le rôle joué par le syndicat Union générale du travail tunisien (UGTT), né dans les années 1920 et dont la contribution au mouvement d’indépendance a été significative. 

Même sous les régimes de Bourguiba et de Ben Ali, l’UGTT était présent dans la vie quotidienne des Tunisiens à travers toutes ses branches locales. Pour le régime, le syndicat était considéré comme une soupape de sécurité permettant aux Tunisiens d’exprimer leurs doléances sans menacer le pouvoir. II y avait donc en Tunisie cette tradition très riche d’une société civile formée au militantisme.

Enfin, il faut mentionner le rôle joué par les femmes. La condition des femmes à énormément aidé aux succès de la révolution et de la démocratie en Tunisie. Il y a derrière une histoire de la modération. Dès la fin du XIXe siècle, de nombreux réformateurs en Tunisie étaient issus de l’université islamique de la Zitouna et certains d’entre eux ont plaidé la cause de l’émancipation des femmes. Et cette attention portée aux droits des femmes, consacrée en 1956 par le Code du statut personnel, est allée de pair avec le souci d’une éducation sécularisée, bilingue, différente de ce qui s’est passé dans les autres pays arabes.

Dès le lendemain de la révolution, la relation entre l’islam et l’Etat a dominé les débats au point de structurer le champ politique. Que pensez-vous de la mutation des islamistes d’Ennahdha ? Ils affirment s’être convertis à la démocratie. Nombre de leurs adversaires sont sceptiques. D’autres leur accordent le bénéfice du doute.

J’évoquais tout à l’heure les facteurs environnementaux de la Tunisie. Il faudrait ajouter l’homogénéité confessionnelle d’une population à 98 % sunnite. La Tunisie ignore donc les fractures sectaires que connaissent la Syrie, le Liban ou l’Irak. C’est un premier point. Ensuite, Ennahdha n’a pas la longue histoire militante qu’ont les Frères musulmans d’Egypte. 

Les islamistes tunisiens étaient à peine apparus sur la scène publique quand la répression les a frappés dans les années 1980. Ils n’ont pas vraiment eu le temps de se développer, contrairement aux Frères égyptiens. Du coup, quand la révolution tunisienne s’est produite en 2011, l’islam politique n’était pas vraiment installé en Tunisie de manière significative.

Bien sûr, les choses ont ensuite changé après le retour d’exil de leur leader Rached Ghanouchi et les élections législatives de 2011. Et il y a eu l’expérience du pouvoir - la « troïka » dominée par Ennahdha - et la géopolitique régionale, notamment les soubresauts en Egypte. 

En 2016, Ennahdha réuni en Congrès à Hammamet annonce qu’il se « spécialise » sur la seule activité politique et se détache des actions de prédication. Et qu’il se définit désormais comme un parti démocratique musulman. Ennahdha s’est adapté, ajusté. Ghanouchi m’a confié que la plus grande leçon qu’il ait apprise est venue d’Egypte en 2013 quand Mohamed Morsi, le chef des Frères musulmans, a été renversé.

L’évolution d’Ennahdha est-elle sincère ? Elle peut l’être ou ne pas l’être. Mais l’important est que ce parti fait les choses qui doivent être faites. Sa transformation est bonne pour le pays. Les choses changeraient-elles s’il revenait au pouvoir ? A cela, les dirigeants d’Ennahdha répondent : nous étions en position de pouvoir de 2012 à 2014 mais nous avons perdu à cause de l’usage que nous avons fait de ce pouvoir. Ils pensent désormais qu’ils seraient plus efficaces en cessant d’être au centre du pouvoir. Ils préfèrent travailler à l’intérieur de l’establishment. Cela durera-t-il ? Je ne sais pas. Il est difficile de prédire. Mais pour l’instant, je pense qu’il est important de relever qu’ils ont évolué et qu’ils se sont démocratisés. Et cela peut-être un modèle intéressant pour d’autres pays.

Quelles sont à vos yeux les principales menaces qui pèsent aujourd’hui sur la transition démocratique tunisienne ?

Toute menace qui pèse sur la Tunisie met en jeu sa transition démocratique. La première est économique. Le marché du travail est inondé de jeunes gens qui sont diplômés mais n’ont pas nécessairement les compétences requises pour trouver du travail. La seconde est sécuritaire, à la fois locale et régionale, avec notamment le voisin libyen. Et puis il y a la menace de l’instabilité politique intérieure mais je ne m’en inquiète pas trop. Les Tunisiens ont donné suffisamment de preuves depuis six ans de leur capacité à se retrouver autour d’une table, à débattre et à trouver des compromis.

De nombreux Tunisiens s’inquiètent de plus en plus d’un enlisement de la transition démocratique, voire d’un retour à des pratiques de l’ancien régime. Le gouvernement compte un grand nombre d’anciens ministres ou de cadres de Ben Ali. Le président Béji Caïd Essebsi a représidentialisé, dans la pratique, la Constitution de 2014. Vous n’y voyez pas une menace ?

J’admets que de telles inquiétudes sont fondées. La Constitution est en effet sous tension. Les relations entre la population et le pouvoir sont sous tension. Mais je n’oublie pas, dans le même temps, les acquis de la révolution : une plus grande liberté d’expression, une plus grande liberté personnelle par rapport à ce qui existait sous Ben Ali. Les Tunisiens oublient parfois que la transition prend du temps. Certains d’entre eux deviennent un peu trop rapidement négatifs et oublient trop hâtivement les résultats positifs de la transition.

Sur la présence d’ex-ministres de Ben Ali au gouvernement, je pense qu’il faut faire la différence entre le fait d’avoir été associé à Ben Ali et les mérites et l’état d’esprit de ces personnes dans le contexte actuel. Il ne me semble pas qu’avoir travaillé sous Ben Ali suffise à stigmatiser quelqu’un, à le considérer comme inapte à exercer aujourd’hui des responsabilités. Il faut regarder de plus près : étudier les mérites de ces responsables et voir comment ils peuvent s’accorder avec le processus démocratique en cours.

Alors que va-t-il se passer maintenant ? J’essaie de ne pas faire de prévisions. Ce qui m’intéresse, et c’est ce qui a motivé l’écriture de ce livre, c’est de comprendre pourquoi la Tunisie a été capable d’accomplir ce que les autres pays arabes n’ont pas été en mesure de réaliser.

Propos recueillis par Frédéric Bobin


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