jeudi 21 juin 2018

Bientôt l'égalité homme-femme en Tunisie ?

La commission des droits et des libertés, a remis son rapport au président de la République : la balle est dans le camp de Béji Caïd Essebsi.
Donnera-t-il suite à sa proposition d'égalité entre homme et femme devant l'héritage ?
Ghannouchi s'y opposera-t-il au risque de perdre sa crédibilité d'avoir changé pour se revendiquer "progressiste" et "démocrate", pour séduire les Tunisiens ?
Tant que les Tunisiens n'auront pas tranché entre Etat Civil et Etat religieux, ils n'en sortiront pas des ambiguïtés. Or Ghannouchi à mainte reprises a rassuré les Tunisiens que l'Etat restera Civil, particulièrement lors de la constituante quand son neveu tentait d'imposer la chariaa en qualifiant la femme de complémentaire de l'homme !
R.B

On peut aisément pardonner à l'enfant qui a peur de l'obscurité.
La vraie tragédie de la vie, c'est lorsque les hommes ont peur de la lumière.
Platon
La présidente de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité tunisienne, la députée indépendante Bochra Bel Haj Hmida, mercredi à Tunis.
Bochra Bel Haj Hmida *

En Tunisie, « une révolution dans la continuité »

La Commission des libertés individuelles et de l’égalité, créée par le Président Béji Caïd Essebsi, présente son premier rapport. Sa présidente, la députée indépendante Bochra Belhaj Hmida, détaille les mesures progressistes qui y figurent.
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Egalité femmes-hommes devant l’héritage, homosexualité, peine de mort, votre travail s’attaque à de nombreuses questions taboues…

C’est une révolution dans la continuité. Révolution car, en effet, nous avons soulevé des questions tues jusqu’ici ou timidement abordées. Nous proposons un code des libertés et droits individuels qui les définit précisément. C’est un bouleversement, seul le Canada possède un texte de ce genre. 

Continuité aussi car nous prolongeons la tradition avant-gardiste de la Tunisie qui date du Code du statut personnel de 1956 [interdiction de la polygamie, instauration du consentement mutuel des époux…] en instaurant des avancées toujours absentes chez nos voisins. 

Avec cette commission, le Président nous a offert une opportunité historique qui, peut-être, ne se représentera pas.

C’est pour cela que, pour chaque mesure sensible, vous indiquez plusieurs propositions de lois, plus ou moins radicales ?

Notre réflexion repose sur une certaine lecture de la religion portée par des théologiens pour qui l’islam est porteur des valeurs de justice, d’égalité et d’intégrité physique. Mais, pour ne pas courir le risque de ne rien obtenir, nous avons choisi de faire plusieurs propositions concernant les trois points les plus sensibles. 

Sur l’homosexualité, notre première mesure est l’abrogation de l’article 230 du code pénal [qui criminalise les relations homosexuelles]. La seconde, c’est d’abandonner la peine de prison qui peut aller jusqu'à trois ans et d’interdire l’usage du test anal [considéré comme un acte de torture par des ONG], utilisé aujourd’hui pour prouver une relation homosexuelle.

Concernant l’héritage, le principe est l’égalité totale. Mais c’est une question difficile sociétalement et même juridiquement. Nous prônons donc d’abord l’égalité pour les cas les plus répandus : entre frères et sœurs, mari et femme ou parents et enfants. De son vivant, le testateur garde cependant le droit de ne pas suivre cette règle. Dans la deuxième formulation, la femme doit revendiquer l’égalité pour l’obtenir automatiquement. Toutes les précautions ont été prises pour qu’elle ne soit pas soumise à des pressions familiales qui l’obligeraient à abandonner son droit. La femme ne peut renoncer à sa moitié d’héritage qu’à la seule condition qu’elle l’exprime clairement.

La question de la suppression de la peine de mort n’était pas évidente. Quand vous abordez la question, on vous répond : « Vous voulez laisser en vie les terroristes, les violeurs d’enfants, etc. » Mais nous ne pouvions pas élaborer des lois basées sur des valeurs universelles d’humanisme en maintenant des peines inhumaines.

Avez-vous subi des pressions ?

Aucune, à aucun moment ! Nous nous sommes réunis plus d’une trentaine de fois en dix mois. Nous avons consulté des experts de toutes tendances en toute liberté. Le Président a été clair dès le premier jour : « Vous écrivez ce que vous voulez et vous publiez ce que vous avez fait. Moi, je suis libre de prendre ce que je veux. »

Et maintenant, comment s’assurer que cette « opportunité historique» se transforme en acte ?

C’est aux Tunisiens de se saisir de ces thèmes, de les défendre, ce n’est pas à nous. Mais je suis convaincue que dès le 13 août [jour de commémoration de la promulgation du Code du statut personnel et premier anniversaire de la Colibe], nous, les députés, aurons un projet de loi à voter. Mais, c’est aussi un travail de long terme pour faire accepter ces changements. La jeunesse devra jouer son rôle.


Députée indépendante. Présidente de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité tunisienne.


*****
Voilà encore un journaliste tombé dans le panneau de Ghannouchi pour dire que son parti Ennahdha était proche des Frères musulmans, ignorant que c'est une branche de cette organisation internationale dont Ghannouchi est toujours membre du bureau politique !
R.B

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Audace tunisienne
L’importance du débat lancé en Tunisie par la Colibe, la commission chargée par le président Béji Caïd Essebsi de proposer des mesures favorables aux libertés individuelles, ne saurait être sous-estimée.
Rien n’est fait : « proposez, je choisirai  a dit en substance le Président, un homme qui tient à son autorité. Mais si la commission est suivie, c’est une révolution qui se prépare, qui placera la Tunisie en tête de la réforme des pays musulmans.
A l’aune de #MeToo, du combat féministe, de la juste émancipation des minorités sexuelles, ces mesures paraîtront élémentaires. Mais en comparaison des législations moyenâgeuses qui sévissent dans la plupart des pays islamiques, c’est une rupture décisive.
La commission propose d’établir l’égalité hommes-femmes en matière d’héritage (la loi islamique prévoit que la femme reçoit la moitié de ce qui est réservé à l’homme dans cette circonstance), de dépénaliser l’homosexualité (punie de peines de prison), de supprimer le test anal toujours pratiqué sur les hommes soupçonnés d’homosexualité, d’abolir la peine de mort, entre autres réformes touchant à des tabous en terre musulmane.
Tout cela est prudemment formulé. En matière d’héritage, la femme pourra par exemple choisir de se soumettre à la tradition si sa volonté est librement exprimée ; pour la peine de mort, la commission propose de procéder par étapes, etc.
Le Président, aussi bien, jugera le moment venu de ce qu’il retient ou non du rapport de la Colibe. On peut supposer que son estimation des rapports de force politiques et de l’effet électoral de ses décisions pèsera lourd dans la balance.
Une coalition d’autorités islamiques a déjà critiqué le projet en expliquant qu’un gouvernement ne saurait aller à l’encontre de la lettre du Coran et que l’adoption de ces réformes porterait atteinte à « l’identité tunisienne ».
La position du parti Ennahdha, longtemps proche des Frères musulmans, qu’on soupçonne d’œuvrer discrètement contre tout changement, jouera un rôle essentiel.
Curieusement, l’argument identitaire rejoint les thèses du nationalisme européen, pour qui la démocratie, en accroissant sans cesse les droits des uns et des autres, porte atteinte à l’identité des nations. Entre les islamistes et ceux qui les dénoncent avec le plus de virulence, il existe une paradoxale parenté…
Mais la présidente de la commission a bon espoir et promet qu’un projet de loi sera soumis au Parlement à l’été. La chose n’est pas impossible : le président Essebsi se réclame de la tradition bourguibiste, qui fait de l’amélioration de la condition féminine un de ses marqueurs historiques les plus puissants.
Le débat, en tout cas, aura un retentissement qui dépassera de loin la seule sphère tunisienne. Dans le monde musulman, l’abandon de la lettre du Coran au profit d’une interprétation modernisée de l’islam encouragera tous ceux qui luttent dans ces pays pour l’émancipation des individus, celle des femmes et des homosexuels en particulier.

Si le Président et le Parlement suivent la commission, la Tunisie se retrouvera en tête de la réforme islamique, de même qu’elle avait donné le signal des révolutions arabes. Elle contredira ainsi tous ceux qui essentialisent l’islam et jugent les pays musulmans incapables de s’adapter à la modernité. Universalisme des droits contre identitarisme religieux. On voit que l’affaire n’a rien de secondaire.

Lire aussi :





    

mercredi 20 juin 2018

Ghannouchi, l'ange de l'Apocalypse de la Tunisie

Qui se cache derrière l'homme à la cravate bleue ?
R.B


Afin de mieux cerner qui est Ghannouchile chef du parti Ennhadha, voici quelques uns de ses écrits pour que journalistes et politiques aussi bien Tunisiens que Français, aient matière à réflexion :

Sur l’apostasie 

L’apostasie, est le reniement de l’islam après qu’on l’a embrassé de plein gré. Un reniement, ou les formes lui ressemblant, des constantes de l’islam, tels ses dogmes, ses charias et ses rituels … comme porter atteinte à la dignité de Dieu ou à la dignité du Prophète, l’autorisation de braver les interdits prescrits par la charia ou la négation des devoirs religieux, etc. 

Des versets du Coran ont énoncé à plusieurs endroits le caractère affreux de ce crime, et menacé quiconque s’en rend coupable du plus atroce des supplices, sans toutefois édicter une peine précise ici-bas. 

Quant à la tradition, la sunna, elle a exigé la mise à mort conformément au hadith : « Tuez quiconque change de religion. » » 

(Rached Ghannouchi, Les libertés publiques dans l’État islamique, Centre d’Études de l’Unité Arabe, Beyrouth, 1993, p. 48).

Sur la charia comme "source principale de législation

Comment ne pas stipuler l’islamité d’un chef d’Etat, dont la tâche essentielle est d’accomplir la religion, d’orienter la politique de l’Etat dans les limites de l’islam, d’éduquer l’umma selon l’islam, d’être son imam pour la prière, de la prêcher ex cathedra et d’être pour elle l’exemple à imiter ? 

Le Coran a tranché. Il a stipulé que le souverain devait être musulman : « Ô vous qui avez cru ! Obéissez à Dieu, obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent le pouvoir » (sourate IV, verset 59). 

Il est absurde, et cela revient à demander l’impossible, de demander à un non musulman d’assumer la magistrature suprême, de veiller sur la religion et la gestion des affaires d’ici-bas – ce qui est la fonction du chef de l’Etat –, et nous, dit M. Ghannouchi. 

Pour la clarification théorique, nous affirmons l’islamité du chef de l’Etat. Car au niveau pratique, le pouvoir islamique que nous réclamons se trouve dans les pays islamiques, et la majorité de ceux qui y habitent sont des musulmans. 

Et Ghannouchi d’ajouter, dans une note de bas de page : « Il est à noter que la plupart des constitutions arabes, y compris la constitution tunisienne, ont stipulé l’islamité du chef de l’Etat, il s’agit en effet d’une stipulation abusive et vide de contenu, tant que ces constitutions ne contiennent pas d’articles imposant la charia comme source principale de toute législation, et tant qu’elles ne contiennent pas non plus d’institutions constitutionnelles contrôlant la constitutionnalité des lois. Aussi bien le chef de l’Etat lui-même et le degré de son engagement à respecter, dans sa vie publique et privée, la loi et les normes morales, pour ne pas donner le mauvais exemple de ce qui ne plaît ni à Dieu, ni à ses créatures soumises. 

(Rached Ghannouchi, Les libertés publiques dans l’État islamique, Centre d’Études de l’Unité Arabe, Beyrouth, 1993, p. 54)

Sur la laïcité 

A une question d’un quotidien algérien : « Quelle est la place de la laïcité dans la société islamique ? », M. Ghannouchi répond : « La société islamique est fondée sur l’interprétation des valeurs organisant la vie des individus et des communautés. De plus, elle organise le côté spirituel de ces derniers. C’est pourquoi on ne saurait concevoir de société islamique laïque, ou de musulman laïc que si ce n’est en renonçant à ce qui est essentiel en islam. 

Car la foi en Dieu n’est pas essentielle en islam ; l’essentiel, c’est la foi en l’unicité de Dieu. 

Par conséquent, toute législation qui s’inspire d’autres sources pourrait porter atteinte à cette unicité. Une société ne saurait être islamique qu’à condition de ne pas être laïque et d’accepter l’unicité de Dieu. » 

(Interview accordée par M. Ghannouchi au quotidien algérien Algérie actualité du 12 octobre 1989).

Les critiques émises par M. Ghannouchi à l’encontre des anciens manuels de philosophie pour le baccalauréat 

L’enseignement de la philosophie devient, si nous ne définissons pas notre appartenance culturelle, non seulement inutile pour traiter les problèmes dont nous souffrons, mais aussi un élément de sabotage et de destruction dans le domaine psychologique et social, comme c’est le cas aujourd’hui [1989]. 

(Rached Ghannouchi, « La génération perdue », revue Forqan, février 1989, Casablanca).

Ghannouchi et le psychopathe Youssef El-Qaradhawi 

Sur le site internet Ashihab, Ghannouchi a donné une interview où il encense un cheikh connu pour enseigner le meurtre des apostats et des homosexuels, partisan des attentats du Hamas contre des civils israéliens, en le qualifiant ainsi : " Le savantissime prédicateur, le cheikh Youssef El-Qaradhawi " 

(R. Ghannouchi, « J’ai voué ma vie à la défense de la liberté », interview conduite par Ala Iddin Al-Rachi, 5 octobre 2005).

Youssef El-Qaradhawi, ami intime de Saïd Ramadan (père de Tariq, mort en 1995) est sûrement le cheikh contemporain le plus influent du monde sunnite. 

Voici ce qu'a affirmé Qaradawi le 28 janvier 2009 sur Al-Jazeera TV :

" Tout au long de l'histoire, Allah a imposé aux Juifs des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. Avec tout ce qu'il leur a fait - et bien que les Juifs aient exagéré les faits -, il a réussi à les remettre à leur place. C'était un châtiment divin. 
Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des musulmans. (…)  

" Pour conclure mon discours, je voudrais dire que la seule chose que j'espère, est qu'à l'approche de la fin de mes jours, Allah me donne l'occasion d'aller sur la terre du jihad et de la résistance, même sur une chaise roulante. Je tirerai sur les ennemis d'Allah, les Juifs, et ils me lanceront une bombe; et ainsi, je finirai ma vie en martyr. 
Loué soi Allah, Roi de l'univers. Que la miséricorde et les bénédictions d'Allah soient sur vous."

M. Ghannouchi est membre du Conseil européen de la fatwa et de la recherche que Qaradhawi préside, institution de production juridique de l'Union des organisations islamiques d'Europe, dont l'UOIF est la branche française. 
Vu l’âge et la santé chancelante de Qaradhawi, Ghannouchi est devenu le président de fait.

Sur une visite de Jean-Paul II 

A propos de la visite officielle du Pape Jean Paul II en Tunisie en Avril 1996, M. Ghannouchi écrivit : « Ce qui me transperce le cœur mais aussi le cœur de tout Tunisien, c’est que la visite du chef de l’Eglise catholique coïncide avec la réception du représentant commercial de l’entité sioniste à Tunis. Que comprennent les Tunisiens de tout cela ? Peuvent-ils chasser de leurs esprits qu’il y a une invasion croisée et sioniste de leur pays ? » 

(R. Ghannouchi, l’hebdomadaire islamiste marocain ARRAYA du 23 Avril 1996).

Traduction par Lafif Lakhdar, réalisée pour la justice italienne.
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Lire aussi :



jeudi 31 mai 2018

La femme tunisienne, bête noire des wahhabistes

Le wahhabisme qui fonde tous les néo-salafismes, dits aussi islamismes, exècre la femme en général et plus particulièrement la tunisienne car elle est la seule dans le monde dit "arabo-musulman" à bénéficier d'un Code du Statut Personnel, unique en son genre, qui lui accorde des droits pour l'émanciper de la tutelle des hommes et du statut d'éternelle mineure où la maintenait la religion !
Dont les Frères musulmans d'Ennahdha qui ont tenté vainement de lui contester cet acquis bourguibien parcequ'ils n'aiment pas Bourguiba et encore moins ses filles. Et pour cause : 14 siècles les séparent de lui !
R.B
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J’accuse ces maîtres du commerce religieux juteux ! 

Intellectuel et syndicaliste tunisien éclairé, Tahar Haddad (1899-1935) est un défenseur farouche des droits civils de la femme en Tunisie et dans le monde arabo-musulman.

Et parce qu’avec respect et plaisir j’ai lu, et je continue toujours à relire "Notre femme, la législation islamique et la société" paru en 1930, ouvrage phare et exceptionnel de Tahar Haddad : j’accuse. 
Parce que j’aime la poésie d’Abou El Kacem Chabbi (1909-1934), écrivain tunisien rebelle dans un discours en fraîcheur et transparence, défenseur sans ménage de la liberté des peuples opprimés : j’accuse.

Parce que je respecte beaucoup l’érudit el alama (le savant) Mohamed El Fadhel Ben Achour (1909-1970), penseur libre, homme d’el ijtihad (exégèse) . Et parce qu’il est le seul religieux qui a défendu le Code du statut personnel (CSP) en le définissant comme étant un impératif des temps modernes : j’accuse.

Parce que j’ai une grande estime pour le Président Habib Bourguiba, un homme d’État courageux, visionnaire et hors du commun : j’accuse. 

Parce que j’aime la Tunisie : j’accuse.

J’accuse ce charlatan, prêcheur syrien, un chamelier wahhabiste qui a osé attaquer la femme tunisienne, produit de toute cette lumière. Le charlatan religieux s’appelle Mohamed Saklah al Monjed, résidant en Arabie Saoudite. Les charlatans, eux aussi ont leurs noms, et avant tout ils ont leurs écrans. Ce Monjed (puits de sciences !) vient d’émettre une fatwa (loi religieuse), sans précédent, unique dans toute l’histoire de l’Islam et des foukahas (érudits) islamiques.

Nous sommes dans le temps des fatwas, qui ne cessent de tomber en averse sur les têtes des femmes, d’un ciel haineux ! Ce prêcheur prénommé Al Monjed a déclaré dans sa fatwa ce qui suit : il est illicite, haram, aux musulmans de se marier avec les femmes tunisiennes ! 
Mais pourquoi ce cheikh interdit-t-il ce mariage ? Tout simplement parce que la femme tunisienne est bavarde ! Que signifie le mot “bavarder” dans la langue sainte de ce cheikh ? Être bavarde, au sens féminin, c’est réclamer ses droits !

Pourquoi ce cheikh interdit-il le mariage avec la Tunisienne ? Encore, tout simplement parce que la Tunisienne pose des conditions inacceptables par le musulman. Mais, mon Dieu, quelles sont ces conditions inacceptables par le musulman, aux yeux de ce cheikh ? 
Tout simplement, cette femme est égarée, elle soutient le droit à l’avortement et à l’adoption. Elle est contre la polygamie, droit divin pour l’homme musulman !!

En somme, ce cheikh a lancé sa fatwa à l’encontre de la femme tunisienne, arrière-petite-fille de cheikh Mohamed El Fadhel Ben Achour parce qu’elle est athée, parce qu’elle n’a pas rejeté le CPS qui défend la citoyenneté et la modernité. Il ne faut pas (plutôt c’est haram !), de se marier avec la femme tunisienne, arrière-petite-fille de Tahar Haddad, parce qu’elle fête les anniversaires !! 
C’est illicite de se marier avec une femme tunisienne, arrière-petite-fille du penseur Mohamed Talbi, parce qu’elle fête les nouvel-ans !!

Cher ami Abdelwahab Meddeb (1946-2014), toi fils de Tunis, amoureux des maîtres soufis El Bistami, Sohrawardi et Ibn Arabi, militant des droits des femmes, depuis l’au-delà, tu nous regardes, triste, en ce temps maussade, tu nous recommande la lecture, ou la relecture, de ton livre : "La maladie de l'Islam" 2002. Pour faire barrage à la modernité, à la citoyenneté, pour rendre leur commerce religieux plus juteux, les charlatans salafistes n’arrêtent pas de multiplier leurs attaques, en forme de fatwas, à l’encontre des faiseurs de lumière, les créateurs du bonheur : la femme, les écrivains et les artistes.

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LA FEMME VUE PAR L’AUTOPROCLAMÉ "CHEIKH" et "SOCIOLOGUE", GHANNOUCHI :

" L’égalité absolue entre les deux sexes n’est pas totalement compatible avec l’Islam " !
" Dieu a conçu la femme de telle manière que le sexe est un fondement principal de son existence " !!
Dans son livre " La femme dans le Coran et le vécu des musulmans ", considéré comme son oeuvre majeure et une référence pour les Frères musulmans, Ghannouchi écrit :
" La différence entre les deux sexes repose, essentiellement, sur les fonctionnalités sexuelles.
" Les spécificités de la femme tournent autour de ses fonctions sexuelles.
" Chaque spécificité de la femme a un lien avec sa fonction sexuelle ou bien est le résultat de cette fonction, essentielle chez la femme (...) qui est le fondement de la nature féminine, alors que toute autre caractéristique reste secondaire, fluctuante, tout aussi fondamentale soit-elle ".
Ce qui revient à dire que la femme selon le "sociologue" islamiste, est réduite à un simple objet sexuel !
Les tunisiennes libres et émancipées apprécieront !!

mercredi 30 mai 2018

Erdogan, le dictateur

LES MÉDIAS FRANÇAIS SE RÉVEILLENT ... Certains découvrent même que le Frère musulman Erdogan est un dictateur ! Il serait temps !!
Et dire que séduits par les Frères musulmans turc au pouvoir, les américains comme les européens, se sont mis en tête qu'il faut soutenir les Frères musulmans partout. Ce qu'ils ont fait quand l'opération "printemps arabe" a été déclenchée. 

Par leur faute, cette organisation s'est installée partout : Turquie, Jordanie, Palestine, Egypte, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc ... C'est dire que l'Europe est cernée par les Frères musulmans qui commencent à s'y implanter : Hollande, Belgique, France, Allemagne ...

En Tunisie ils ont imposé Ghannouchi à une immense majorité de tunisiens qui n'en voulaient pas et qui a manifesté durant presque deux mois dans les rues jours et nuit pour dégager les Frères musulmans d'Ennahdha ... en vain; puisque les responsables politiques européens, qui défilaient en Tunisie, rassuraient les tunisiens sur l'islamisme modéré des Frères musulmans et sa compatibilité avec la démocratie ! Ils sont derrière, même, la théorie du "consensus" pour maintenir au pouvoir les Frères musulmans par tous les moyens ... ce à quoi s'était résigné Béji Caïd Essebsi jusqu'à trahir ses électeurs !

Et voilà que l'Occident découvre la face "cachée" d'Erdogan et la réalité du prétendu "islamisme modéré" ! Va-t-il changer pour autant, son fusil d'épaule ? Pas si sûre. Erdogan s'amuse des démocraties occidentales qu'il a en face de lui, parcequ'elles sont molles; lui qui rêve de reconstituer l'Empire Ottoman en s'appuyant sur le wahhabisme, celui-là même dont se sont servis les anglais pour le démanteler  ! 

Mais quel gâchis pour la Tunisie transformée en laboratoire pour démocratie spéciale pour "arabes", d'autant que Ghannouchi, prend pour modèle Erdogan en personne !
R.B
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Au pouvoir depuis quinze ans et candidat à la présidentielle du 24 juin, Recep Tayyip Erdogan bâtit un régime autocratique qui fait trembler l’Europe.
C'est une belle fête. Malgré la pluie, ils sont des milliers. Ce jour-là, le stade de basket de Bakirköy, à Istanbul, s’est transformé en salle de cinéma. Chacun agite un drapeau ou un fanion en attendant le début du film. Une musique grandiloquente rythme la légende du reis diffusée sur écran géant. Son enfance dans les rues populaires d’Istanbul. Sa rencontre avec sa femme. La naissance de ses enfants. Chaque étape de la vie de celui qui dirige la Turquie depuis quinze ans est saluée par des hurlements de joie. Rien n’est oublié. Ni son amour pour le foot. Ni son séjour en prison. Ni ses coups de gueule contre l’Occident.
Sur l’écran, Erdogan embrasse des femmes, des vieillards, des enfants. La voix off scande son bilan. «Il protège les opprimés du monde entier», «il construit pas à pas la grande Turquie », «c’est un réformateur démocrate»... La lumière s’allume. La foule déploie trois gigantesques portraits à l’effigie d’Erdogan, qui entre dans le stade à la manière d’une rock star. Il salue un à un chaque quartier d’Istanbul. Puis entame son discours. Il explique pourquoi les Turcs doivent voter pour lui à l’élection présidentielle ainsi que pour les candidats AKP, son parti, aux législatives. «Dans la nouvelle ère qui s’annonce, la Turquie s’élèvera au-dessus du niveau des civilisations contemporaines. La Turquie doit occuper une place de puissance mondiale sur la scène internationale. »
Drôle de campagne électorale. L’un des principaux concurrents d’Erdogan, Selahattin Demirtas, est en prison. L’état d’urgence interdit les rassemblements de plus de dix personnes. Les médias doivent contrôler leur expression : la moindre critique émise contre le président peut être considérée comme une insulte, passible de plusieurs mois de prison. La police surveille les réseaux sociaux. Elle tient aussi à l’œil les 150 000 fonctionnaires limogés depuis la tentative de putsch de l’été 2016. Les dirigeants de nombreuses ONG des droits de l’homme sont accusés de «liens avec une organisation terroriste».
Dans le stade de basket, Erdogan savoure déjà son tour de force. Dans quelques semaines - et sauf surprise -, il aura les pleins pouvoirs grâce à la réforme constitutionnelle qu’il a réussi à faire adopter par référendum. Par anticipation, Erdogan célèbre donc sa victoire avec les siens, les habitants de ces quartiers populaires d’Istanbul qui l’ont fait roi. C’est là que ce fils de capitaine de bateau a grandi en partageant sa jeunesse entre l’école religieuse et le foot. C’est grâce à eux qu’il a accompli une performance politique inédite: construire un régime autocratique avec le soutien de ses électeurs.
Une innovation qu’il a mise en place progressivement. Celui qui n’avait pas les codes traditionnels de l’élite turque lorsqu’il a pris la tête des jeunesses du Milli Selamet Partisi (le parti islamiste), la formation de son mentor, Necmettin Erbakan, alors qu’il avait tout juste 20 ans, a très vite compris qu’il ne fallait pas aller chercher des sympathisants dans les mosquées, mais dans les cafés, en parlant comme un homme de la rue. La religion constitue certes la source de ses convictions, mais il sait que celle-ci ne suffit pas à remporter une élection dans un pays comme la Turquie, où Mustafa Kemal a imposé la laïcité il y a plus d’un siècle.
Lorsqu’il se lance à la conquête de la mairie d’Istanbul, sa première victoire, il adapte aussi son discours aux préoccupations concrètes de son électorat. Les deux précédents maires sont tombés pour corruption ? Il dénonce « ceux qui se mettent des millions dans les poches» et promet un grand coup de balai, l’amélioration de la gestion des ordures et des réseaux d’électricité et d’eau.
« Libéralisme ». A chaque étape, il élargit un peu plus son discours. Les arguments islamo-populistes ne suffisent pas pour séduire les classes moyennes? II faut un véritable programme. Après avoir passé quatre mois en prison en 1997 pour avoir lu un poème lors d’une réunion: «Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles seront nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants seront nos soldats», il affine sa stratégie. Il défend la «démocratie», « l’égalité des citoyens», et le «libéralisme» économique. En 2003, il est Premier ministre.
Abdullatif Sener est le cofondateur de l’AKP, le Parti de la justice et du développement, dont il a conçu le programme « réformateur ». Il a surtout été vice-Premier ministre entre 2002 et 2007. «A l’époque, nous avons réussi l’impensable: arriver au pouvoir sans que les militaires ne nous en empêchent. Au sein de notre majorité, toutes les tendances étaient représentées. Des islamistes conservateurs, des réformateurs qui voulaient moderniser le pays, des nationalistes, etc.»
Sener, alors numéro deux du gouvernement, chargé de l’économie et des réformes, comprend petit à petit le projet personnel d’Erdogan. «Il avait un ego démesuré et nous faisait déjà sentir qu’il ne valait mieux pas se mettre en travers de sa route. Il plaçait des hommes à lui partout. Pour les privatisations, je souhaitais que nous fassions des appels d’offres internationaux. Il exigeait de céder les entreprises à ses proches. Il ne me répondait plus au téléphone. J’ai ensuite compris qu’il avait des réflexes de commerçant politique et qu’il n’était motivé que par les gains électoraux immédiats pour son profit. J’ai décidé de quitter le navire car cette dérive clientéliste ne me plaisait pas du tout.»
Sener en a payé le prix fort : depuis son départ du gouvernement, alors qu’il souhaitait revenir à l’université (il est professeur d’économie), il est dans le collimateur de celui qui ne lui a jamais pardonné ses critiques. «Mon téléphone est sur écoute, mes enfants n’ont pas pu trouver d’emploi dans de grandes entreprises turques... Nous sommes comme des parias.»
Le sultan conserve toujours un œil sur son électorat. Lorsqu’il sent que sa base est désorientée, l’islamo-conservateur s’attaque aux mœurs. «L’avortement est un crime», annonce Erdogan, qui demande a chaque femme d’avoir au moins trois enfants. Il encourage la construction d'écoles religieuses. Les mosquées poussent comme des champignons. Autrefois proscrit, le voile a fait son retour à l’université, dans les administrations. La vente d’alcool est sévèrement contrôlée. Et les martyrs de l’islam sont élevés au rang de héros nationaux. Il distribue aussi des aides sociales généreuses et favorise les régions déshéritées.
Un programme très coûteux, financé par une économie en pleine expansion (celle-ci affiche chaque année de 7 à 8 % de croissance) qui inquiète aujourd’hui les experts. La dette publique flambe, l’inflation explose. Le chômage reste endémique. Et beaucoup parient sur un effondrement prochain de l’économie turque.
Orgueil national. Four démontrer à tous qu’il est le maître absolu de la Turquie, Erdogan lance d’innombrables projets pharaoniques. Sa nouvelle résidence présidentielle à Ankara, le « Palais blanc», compte 1150 pièces et 200 000 mètres carrés (quatre fois la taille du château de Versailles). Coût : un demi-milliard d’euros. Le troisième pont sur le Bosphore, qu’il fait construire pour des centaines de millions d’euros, sera l’un des plus hauts du monde. Et, à sa mort, la titanesque mosquée de Camlica, en construction sur les hauteurs d’Istanbul, devrait abriter son mausolée.
N’y voir que de la mégalomanie serait une erreur. Erdogan flatte l’orgueil national et veut sur tout prouver aux Turcs que sa « nouvelle Turquie » n’est pas une idée en l’air. Avec la même stratégie, ces dernières années, il multiplie les références historiques à coups de célébrations grandiloquentes.
Ceux qui n’adhèrent pas à ce grand projet ont vite compris qu’ils doivent se taire. En 2013, dans le centre d’Istanbul, aux abords de la place Taksim, le parc Gézi, un des rares espaces verts de la ville, devient pendant quelques semaines un lieu de contestation. La révolte est matée dans le sang avec d’autant plus d’acharnement que la paranoïa du sultan est de plus en plus manifeste. Celui-ci voit la menace partout. La liste de ses ennemis s’allonge de jour en jour. Erdogan se persuade que Turgut Ozal, l’ancien président turc dont il se sent proche, a été assassiné en 1993 en buvant une limonade alors qu’il s’opposait aux militaires. Il fait désormais goûter ses repas.
La psychose prend un tournant majeur fin 2013 lorsqu’une vaste affaire de corruption frappe plusieurs ministres et certains de ses proches, dont l’un de ses fils, Bilal. Erdogan sait d’où vient le coup : le réseau « güléniste », fort de 2 à 3 millions de membres. Cette confrérie, qui dispose de relais dans les banques, dans l’armée et dans les affaires, a aidé Erdogan lors de sa conquête du pouvoir. Plusieurs journaux qui dénonçaient son influence ont été fermés par décision de justice. Des milliers de Turcs ont été mis sur écoute. A présent qu’elle s’attaque à lui, il écarte ses fidèles un à un.
L’étrange coup d’Etat avorté de l’été 2016 lui donne l’occasion de réduire à néant ceux qui l’ont aidé à construire son régime autoritaire. Celui-ci, mené par quelques officiers supérieurs assez désorganisés, est rapidement déjoué. Deux cent soixante-cinq personnes perdent la vie. Le leader turc est sauvé par « son » peuple. Mais la répression est massive. La chasse aux sorcières, d’une ampleur considérable. Le «Sultan» exige de ses «alliés» américains qu’ils expulsent le leader de la confrérie, Fethullah Gülen. En quelques semaines, 50 000 personnes sont privées de passeports et 150 000 fonctionnaires dans l’armée, l’éducation et la justice sont limogés. Des dizaines de journalistes sont envoyés en prison. Le président turc annonce qu’il pourrait, «si le peuple le souhaite», réintroduire la peine de mort.
Député de Kars, Ayhan Bilgen est l’un des responsables du HDP (Parti démocratique des peuples), un parti de gauche qui défend la minorité kurde. Il a récemment passé plusieurs semaines en prison. «Il est aujourd’hui impossible d’organiser des élections fiables dans le pays. Notre candidat à la présidentielle, Selahattin Demirtas, est en prison. La presse est réduite au silence. Nous sommes considérés comme des traîtres à la nation. Et nous n’avons pas le droit d’évoquer les opérations militaires menées en Syrie sous peine d’être accusés de haute trahison. Nous nous sommes fait voler la démocratie. »
Purge. Les ONG ne sont pas épargnées. Teray Salman, la présidente de l’Ihop, une association de défense des droits de l’homme, en témoigne : «Plusieurs de nos membres ont été emprisonnés. Ils ont été décrits dans la presse proche du pouvoir comme des espions à la solde de l’Occident. L’idée, c’est de discréditer tout opposant et de faire peur. »
La purge touche aussi ses derniers compagnons de route au sein de l’AKP qui osent émettre quelques critiques. Militante du port du voile, Fatma Bostan Un-sal était, jusqu’en 2016, un pilier du parti, dont elle fut membre fondatrice. Elle en a été exclue pour avoir signé une pétition pour la paix dans les régions kurdes avant de perdre son poste à l’université. «Beaucoup de gens qui ont construit l’AKP et qui, un jour, ont été critiques ont été éloignés ou sont partis.»
Certains, pourtant, refusent de baisser la tête. Ancienne ministre de l’Intérieur dans les années 1990, Meral Aksener a décidé de se présenter contre Erdogan aux prochaines élections «parce que la réputation et l'avenir du pays sont enjeu. Les apparences sont sauvegardées puisqu’il y a des élections, affirme-t-elle. Mais Erdogan aimerait que le jeu démocratique consiste a choisir lui-même ses compétiteurs. Je sais qu’il est fou de rage contre ma candidature parce qu’une femme, ancienne ministre, ose le contredire.»
Cette dérive dictatoriale d’Erdogan n’inquiète plus seulement les Turcs eux-mêmes. Chantage, coups de gueule, menaces... Depuis quelques années, la Turquie effraie de plus en plus les Européens et les Américains. Leur « allié » (il est membre de l’Otan et a entamé le processus de candidature à l’Union européenne) est un pays dont l’Occident a besoin. Stratégiquement et économiquement.
Entre le reis et les Occidentaux, tout avait pourtant commencé par une lune de miel. A son arrivée à la tête de l’Etat, Erdogan multiplie les gestes d’ouverture. Poussé par ses conseillers les plus réformateurs, il accélère le processus d'adhésion à l’UE, entamé en 1999. Il donne des gages. II supprime la peine de mort et multiplie les réformes, notamment à destination des Kurdes, autorisés à enseigner leur langue dans les écoles. Les Européens sont sous le charme. Décidément, ce nouveau leader turc, bien qu’islamiste et nationaliste, est un interlocuteur moderne et séduisant. A Bruxelles, on applaudit et on multiplie les aides financières considérables (1 milliard d’euros par an jusqu’en 2020) pour aider la Turquie à accomplir sa marche vers l’intégration.
Les fiançailles sont rapidement rompues. Les Turcs accusent aujourd’hui l'Europe de les avoir menés en bateau. Chypre a refusé l’accord de réunification de l’île en 2004, ce qui a marqué le premier coup d’arrêt à l’adhésion de la Turquie à l’UE. Dans ses meetings, Erdogan accuse désormais les dirigeants européens de ne pas avoir tenu leurs promesses et d'avoir cédé à leurs opinions publiques qui n’ont jamais accepté l’éventualité d’une adhésion de ce pays qui compte 80 millions d’habitants, par «islamophobie», dit-il.
La démission en mai 2016 du Premier ministre Ahmet Davutoglu symbolise cette rupture. Il était celui qui négociait concrètement depuis une décennie avec Bruxelles.
Depuis deux ans, la guerre est ouverte. Dans cette partie de bras de fer, Erdogan est gagnant. Il a choisi de ne faire aucun cadeau à l’Europe, qui a tant besoin de lui. Et il utilise la faiblesse des Européens à son plus grand profit. En mars 2017, les Pays-Bas ont ainsi refoulé deux ministres turcs qui venaient faire campagne sur le sol européen : l’avion qui transportait Mevlüt Cavusoglu, le chef de la diplomatie, a été interdit d’atterrissage à Rotterdam et sa collègue, chargée de la Famille, a été raccompagnée à la frontière allemande. La police néerlandaise a ensuite utilisé des chiens et des canons à eau pour disperser plusieurs centaines de manifestants turcs. Du pain bénit pour Recep Tayyip Erdogan, qui a aussitôt déclaré: «Je pensais que le nazisme était mort, mais j’avais tort. Le nazisme est encore très répandu en Occident. Il montre son vrai visage. »
Avec l’Allemagne, il souffle sur les braises. Les fameux Gastarbeiter (travailleurs étrangers) sont près de 3 millions. C’est la plus importante communauté turque expatriée au monde. Près de 1,2 million de Turcs en Allemagne ont la nationalité allemande et, par conséquent, le droit de vote. Angela Merkel est donc particulièrement vulnérable au chantage et aux provocations d’Erdogan, qui le sait et en joue, n’hésitant jamais à commenter la vie politique allemande. En septembre 2017, lors du duel télévisé entre Angela Merkel et Martin Schulz, juste avant les élections législatives allemandes, il avait accusé les deux dirigeants des deux grands partis politiques de pratiquer des « méthodes fascistes et nazies ». L’été dernier, le président turc a même pris de haut Sigmar Gabriel, alors ministre des Affaires étrangères, avec une saillie d’une violence digne d’un boxeur : « Qui es-tu pour parler au président de la Turquie ? Connais tes limites! Il tente de nous faire la leçon... Depuis combien de temps fais-tu de la politique ? Quel âge as-tu ?»
La France n'est pas en reste. Erdogan aime s’attaquer à la laïcité républicaine. Il sait que cela paie dans son électorat. Il y a quelques jours, dans un meeting,
il a ainsi tourné en ridicule le manifeste dénonçant un « nouvel antisémitisme » en France signé par 300 personnalités, dont Nicolas Sarkozy, appelant notamment à rendre caducs des passages du Coran. Extrait de son discours : « Qui êtes-vous pour prendre d’assaut ce qui nous est sacré ? Je me pose la question : les signataires de ce manifeste ont-ils lu leurs propres textes sacrés ? Si c’était le cas, ils devraient sans doute interdire le Nouveau Testament. Nous voyons cela comme l’expression de leur ignorance. Ces signataires sont les idiots, les barbares du XXIsiècle. C’est la version occidentale de Daech. » Emmanuel Macron n’est pas épargné pour sa politique syrienne et son soutien direct et militaire aux Kurdes qui combattent Daech : « Ceux qui dorment et se lèvent avec les terroristes, ceux qui les reçoivent dans leur palais comprendront tôt ou tard leur erreur.»
Face à ces sorties, les Européens sont comme paralysés. Ils ont tellement besoin de la Turquie. En mars 2016, Angela Merkel a ainsi négocié et imposé un « accord » à ses partenaires européens pour que la Turquie joue, en échange d’un chèque de plusieurs milliards d’euros, le rôle de garde-frontière pour contenir les 4 millions de réfugiés syriens qui vivent en Turquie. Erdogan le sait et n’hésite pas à brandir la menace. Il y a quelques mois, après un vote du Parlement européen sanctionnant la Turquie, nouvelle colère : « Lorsque 50 000 réfugiés se sont présentés à la frontière, vous vous êtes lamentés et avez commencé à dire : “Que ferons-nous si la Turquie ouvre ses frontières ?” Sachez-le, si vous allez plus loin, ces frontières s’ouvriront. Sachez-le, ni moi ni mon pays ne craignons des menaces vides. »
Les Américains ne savent pas non plus comment se comporter avec cet allié encombrant au sein de l’Otan. Ils en ont besoin pour continuer à jouer un rôle dans la région. L’embarras ne date pas de l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, à qui Erdogan demande fréquemment de « modérer ses propos ».
Comme les Européens, les Américains ont pourtant commencé par tomber sous le charme du sultan. En 2008, la Turquie a même été le premier pays musulman visité par Barack Obama, qui vantait un «partenariat modèle» entre les deux pays en encourageant le maître d’Ankara à jouer le rôle de leader régional. La Turquie est alors le pôle, moderne, de stabilité dans la région dont Washington rêvait. Mais la belle relation vole en éclats avec la guerre en Syrie et les révolutions arabes.
Avertissement. Problème, les Américains n’ont aucun de moyen de pression. Ils ont besoin des bases militaires turques pour rester actifs dans la région et lutter contre Daech. En juillet 2016, le soir du putsch et pendant vingt-quatre heures, l’espace aérien turc a été fermé à tous les avions militaires. Le commandant turc de la base d’Incirlik (il avait participé au putsch) a été mis aux arrêts. Résultat : les avions de PUS Air force sont restés cloués au sol. Un avertissement que les Américains ont compris. Pour bien faire comprendre à ses anciens « alliés » qu’ils doivent le traiter avec tous les égards, Erdogan s’est récemment tourné vers Vladimir Poutine, alors même que la Russie soutient Bachar el-Assad, l’ennemi juré de la Turquie.
Professeur de relations internationales à l’université d’Abant Izzet Baysal, Veysel Ayhan est candidat de l’AKP aux législatives. Dans son bureau qui donne sur une mosquée en construction dans un nouveau quartier d’Ankara, il défend sans nuance le bilan de son mentor. Pour lui, les Européens et les Etats-Unis respectent Erdogan parce qu’il est fort. Il en va de même pour les Turcs. «Notre pays a besoin d’un chef pour assurer sa stabilité. Le parlementarisme a de bons côtés, mais, en Turquie, dans la période actuelle, nous ne pouvons pas nous permettre ces combats politiques inutiles. Un président fort, c’est un pays fort.» Les Occidentaux n’ont plus qu’à supporter les caprices d’Erdogan. Sans mot dire. 
Il a gagné son pari. Il est tout-puissant.