samedi 11 janvier 2014

Un sioniste américain au service des "Frères musulmans" pour superviser leur constitution

Noah Feldman est le père spirituel de la constitution tunisienne !




Tous le monde semble découvrir un « intrus américain » pour certains, un « espion du Mossad » pour d’autres, alors que nous avons déjà évoqué, ici même, ce nom depuis octobre 2012. L’intrus a été dévoilé par le député Mohamed Néjib Khila, qui a récemment quitté l’Alliance démocratique. En pleine séance de l’ANC, aujourd’hui 10 janvier 2014. Il s’est écrié : « Nous avons vu hier le dénommé Noah Feldman, un américain connu pour ses nombreux écrits sur l’islam. Cet homme est en réalité suspect et il a participé à la constitution de l’Irak et de l’Afghanistan. Je demande à tous mes collègues députés de faire preuve de vigilance dans leurs relations avec cet homme » (voir vidéo en bas de cet article). 

Noah Feldman

Mohamed Néjib khila se trompe. L’homme qu’il accuse a tout à fait le droit de suivre les travaux de l’ANC. Sa présence est même plus « utile » et plus « légitime » que la sienne ou celle des 217 pantins de l’ANC. Et pour cause : sa contribution à la constitution tunisienne est bien plus importante que celle des 217 pantins, qui s’accrochent plus à leurs salaires qu’à leur honneur. Il n’était donc pas à l’ANC comme simple observateur ou invité, comme beaucoup d’autres européens, mais comme principal instigateur de la constitution. Il y était aussi pour étudier, comme les ethnologues occidentaux du XIXe siècle étudiaient les sociétés primitives, les « élus » du peuple tunisien en plein débat « démocratique ». Qui est donc cet homme, accusé de tous les péchés d’Israël ? 

Il est né en 1970 à Boston, au sein d’une famille juive orthodoxe. Il a fait des études islamiques à Oxford et des études de droit à Yale. Son professeur en études islamiques a été John Esposito, un professeur qui aime beaucoup l’islam…et l’argent ! Ouvertement pro-islamiste depuis des années, il a été aux Etats-Unis parmi les avocats les plus acharnés des Frères musulmans, là où ils se trouvent, de l’Egypte au Pakistan, en passant par le Maghreb. Dans son unique livre, Rached Ghannouchi le cite comme « un fidèle compagnon qui a rendu à l’islam des services plus que beaucoup de musulmans ». 

Son disciple, Noah Feldman, sera encore plus « fidèle » à la cause islamiste (voir les critiques de Martin Kramer sur le site Sandbox). Plus exactement islamo-sioniste, puisque M.Feldman a la double nationalité américaine et israélienne, et que son dévouement au sionisme ne s’est jamais démenti, dans tous ses articles publiés entre 2002 et 2010, dans le New York Times, le Wall Street Journal, le Jérusalem Post et Maariv. 

Agé de 44 ans, Noah Feldman est aujourd’hui professeur de droit à la New York University of Law, membre de la « New America Foundation » et membre du « Council on Foreign Relations » (CFR), qui est considéré comme l’un des think tanks les plus influents en politique étrangère américaines et dont le financier et président a été dans les années 1970 David Rockefeller. Pour certains proches de la « John Birch Society », le « Council on Foreign Relations » serait contrôlé par « un groupe de personnes issues des sociétés secrètes d'étudiants des universités Yale et Harvard : le Skull and Bones et le Scroll and Key. Ces personnes, après leur prétendue intégration dans un groupe d'élite appelé « JASON Society », seraient élues par leurs pairs pour constituer le comité exécutif du CFR. La « John Birch Society » soutient que le Conseil des relations étrangères se voue à la formation d'un gouvernement mondial. En 1980, l'un des membres du Congrès des États-Unis, Larry McDonald, a tenté de lancer une enquête parlementaire sur le Conseil des relations étrangères ainsi que la Trilatérale ».

Auteur du livre « After Jihad : America and the Struggle of islamic Democracy », Noah Feldman a écrit plusieurs articles de presse dans lesquelles il ne tarissait pas d’éloges pour ses amis islamistes. Notamment son article « Islamists Victory in Tunisia a win for Democracy » (La victoire des islamistes en Tunisie est une victoire pour la démocratie), publié le 31 octobre 2011 sur son site bloomberg, soit une semaine après les élections truquées du 23 octobre, dans lequel il dit : « Les démocrates islamistes, comme le leader intellectuel d’Ennahda Rached Ghannouchi, étaient presque les seules voix de résistance au régime dans les 20 dernières années…Les islamistes reflètent les idéaux de la démocratie et ce phénomène remonte à 20 ans, en Algérie ». C'est-à-dire avec le très pacifique mouvement du FIS et son très démocrate chef, Abbassi Madani ! En sommes, Noah Feldman est la version américaine d'un François Burgat ou d'un Vincent Geisser.  

Selon son adversaire et critique, Martin Kramer, « Noah Feldman fait une fixation bizarre sur l’islamiste gourou Rachid Ghannouchi, en plaçant cette foi-ci la barre très haute : Ghannouchi a émergé comme la version islamique de Nelson Mandela. Si cela est vrai, le monde islamique serait totalement vissé. Mais c’est juste une autre envolée romantique et fantaisiste pro-islamiste de Feldman » ! Martin Kramer réagissait à l’article que Noah Feldman a publié sur son site bloomberg, le 5 juillet 2013. 

Ce qui est encore plus intéressant dans le parcours de Noah Feldman, c’est le rôle « constitutionnel » qu’il a joué en Irak et auprès du Proconsul Paul Bremer. Voici ce que disait la Direction nationale du parti Baath socialiste arabe, dans un communiqué du 12 septembre 2005 : « Aujourd’hui le complot de diviser l’Iraq et d’effacer son identité arabe est entré dans sa phase cruciale et dangereuse par le fait d’imposer une constitution séparatiste étasunienne, basée sur le confessionnalisme et le racisme, une constitution écrite par le sioniste Noah Feldman, alors que Paul Bremer, le gouverneur civil, l’avait déclarée comme base légale pour l’Iraq occupé ». Nous savons depuis ce qui est advenu de l’Irak : un pays qui décompte entre 30 et 100 morts par jours et dont les richesses sont partagées  entre les Iraniens, les Américains et les Israéliens. 

Mais nous ne savons pas ce que le penseur palestinien Edward Saïd avait écrit dès 2003, dans Al-Ahram du 22 mai 2003, dans un article intitulé « La condition arabe » : « Il a été annoncé récemment dans la presse américaine que de ses 32 ans, professeur adjoint de droit, Noah Feldman, de l'Université de New York, serait responsable de la production d'une nouvelle constitution irakienne. Il a été mentionné dans tous les comptes rendus des médias de ce grand rendez-vous que Feldman était un expert extraordinairement brillant dans la loi islamique, avait étudié l'arabe depuis qu'il avait 15 ans, et a grandi comme un Juif orthodoxe. Mais il n'a jamais pratiqué le droit dans le monde arabe, jamais été en Irak, et ne semble pas avoir l’expérience pratique réelle dans les problèmes de l'après-guerre en Irak. Quel camouflet non seulement pour l'Irak lui-même, mais aussi pour les légions de juristes arabes et musulmans qui auraient fait un travail tout à fait acceptable dans le service de l'avenir de l'Irak. Mais non, l'Amérique veut le faire par un jeune homme frais, de manière à être en mesure de dire, "nous avons donné à l'Irak sa nouvelle démocratie". Le mépris est assez épais à couper au couteau ».

Puisque nous avons évoqué l’Iran, il convient de rappeler que Noah Feldman a écrit un article fort intéressant, qui a été publié dans l’International Herald Tribune, le 28 octobre 2006, sous le titre évocateur de « Weighing the threat of an Islamic A-bom » (Mesurer les risques d’un bombe A islamique). Nous allons laisser le soin à Alain Gresh, qui est pourtant aussi pro-islamiste que Noah Feldman, de le commenter, dans l’article qu’il avait publié à l’époque (le 29 octobre 2006) dans Le Monde Diplomatique : «  Etrange texte en vérité : il est à la Une du journal (on notera que sur le site du journal, le texte a un autre titre : « Nuclear holocaust : A risk too big even for martyrs ? ») et il n’est pas l’œuvre d’un journaliste puisque Noah Feldman est professeur de loi à l’université de New York et un membre du Council on Foreign Relations, un important think-tank américain. Il est exceptionnel de voir un article d’un non journaliste faire la Une du Herald. Mais ce qui frappe le plus c’est l’argumentation utilisée et la manière de débattre de la prolifération dans la région. En laissant entendre que les dirigeants d’un Etat islamique (concept qui n’est jamais vraiment défini) pourraient fonctionner selon des logiques suicidaires, l’article apporte une contribution à l’argumentation de l’administration Bush en faveur d’un bombardement de l'Iran et de ses sites nucléaires ».

Après son œuvre civilisationnelle en Irak, terre originelle de la civilisation universelle, notre constitutionnaliste-ethnologue ira expérimenter sa science islamologique et sa recette de l’islam compatible avec la démocratie libérale en Afghanistan. Il y passera trois mois et laissera à ce pays, qui a connu la modernité dans les années 1960, une constitution qui satisfait aussi bien les Talibans que les pions que les Américains ont placés au pouvoir, après l’assassinat du commandant Massoud et l’invasion de l’Afghanistan. 
Mais c’est le « printemps arabe » qui donnera au professeur Noah Feldman l’occasion de généraliser sa recette constitutionnelle. Il agira simultanément en Egypte, en Libye et en Tunisie, où il se rendra pour la première fois en septembre 2012, en compagnie du mercenaire Radwan Masmoudi, et où il rencontrera Rached Ghannouchi, l’ami de John Esposito, ainsi que Hichem Djaït et Iyadh Ben Achour. C’est en tombant sur le site et sur la page facebook de Martin Kramer que nous avons découvert cette information.

Cet écrivain américain, qui traque l’activisme islamiste de Noah Feldman, écrivait à l’époque ce statut sur sa page facebook  « Donc, Noah Feldman de l'Université Harvard est à Tunis, à distribuer des conseils à Rachid Ghannouchi… »
Il ne s’est pas contenté de donner quelques conseils au chef des Frères musulmans tunisiens, mais il lui a remis un projet clef en main de la future constitution tunisienne. Selon un membre de l’ANC, élu sur la liste d’Ennahda, qui veut aujourd’hui soulager sa conscience, la rencontre a eu lieu au domicile de Rached Ghannouchi, le 18 septembre 2012, en présence de Radwan Masmoudi, Saïd Ferjani, Rafik  Bouchlakha et Noureddine Bhiri, un membre actif de Freedom House. C’est ce jour-là que Noah Feldman, remettra à Rached Ghannouchi un projet de constitution en arabe et en anglais, à titre « d’ébauche d’inspiration », lui dira t-il. Mais, Feldman reviendra à Tunis fin août 2013, pour rencontrer d’urgence Rached Ghannouchi, pour lui remettre un autre projet, qui n’est plus une « ébauche d’inspiration», mais un projet dont il faudrait absolument tenir compte. Que s’est-il passé entretemps ? Le changement inespéré et brutal en Egypte, bien évidemment. 

C’est que les employeurs de Noah Feldman ne pouvaient plus se permettre de perdre la face en Tunisie, laboratoire expérimental du « printemps arabe », après avoir essuyé un humiliant revers au pays de Nasser. L’Egypte, où Noah Feldman contribuait de très près à la rédaction de la future constitution des Frères musulmans. Mais le sursaut patriotique du peuple égyptien a mis fin aux menées subversives de ce professeurs aux multiples facettes, fonctions et missions ! On apprendra plus tard, sur le site francophone « Bonjour Egypte » que la vice-présidente du parquet administratif, la conseillère Noha el-Zeiny, a affirmé que « le sioniste Noah Feldman, professeur de droit à l’Université de Harvard, qui avait participé à la rédaction de la constitution, est un espion israélien ». Et à la magistrate égyptienne, qui a été convoqué par le juge d’instruction Magdi Hussein Abdelkhalek, en octobre 2013, pour témoigner, d’ajouter cette information capitale pour nous, les Tunisiens : « Feldman a fait la navette entre le Caire, Tunis, Tripoli et Ankara. Ils conseillaient les Frères musulmans de ces pays pour le compte d’Israël et des Etats-Unis d’Amérique. Avec deux autres jeunes personnes qui l’accompagnaient, il s’occupait des constitutions en cours de rédaction ».  
Pour comprendre la pensée très sophistiquée du professeur Noah Feldman, ainsi que les visées de ses employeurs, voici un article qu’il a signé dans le New York Times, le 13 novembre 2013 : 

"Dans son remarquable discours de la semaine dernière, George W. Bush a reconnu soixante ans d’erreurs américaines et a annoncé une nouvelle politique, encourageant la démocratie plutôt que la dictature dans le monde musulman. Il a cependant négligé de mentionner que beaucoup de musulmans choisiront des régimes tournés vers l’islam plutôt qu’un régime séculier, comme le démontre le cas de la constitution afghane, qui intègre les valeurs islamique autant qu’elle garantie les libertés basiques. Cette constitution soulève la question de la compatibilité de l’islam avec la démocratie et les Droits de l’homme".  

"Les trois premiers articles de la constitution afghane font du pays une république islamique, de l’islam la religion officielle et prévoient un contrôle par la Cour suprême de la compatibilité des lois avec les valeurs de l’islam. Le nouveau drapeau fait référence au credo de l’islam et l’école a pour vocation d’éliminer les traditions contraires à l’islam. Dans le même temps, la constitution est démocratique, garantie les droits des citoyens et s’engage à respecter les droits garantis par les traités internationaux dont l’Afghanistan est signataire. Notamment, la convention sur l’élimination de toute forme de discrimination contre les femmes (ces dernières doivent d’ailleurs occuper au moins 16,5 % des sièges de la chambre haute afghane). La constitution reconnaît aux croyants d’autres religions le droit d’exercer leur foi. Ce texte comporte encore des tensions que la Cour suprême devra trancher comme l’obligation des partis politiques à se doter d’un programme compatible avec l’islam ou la constitutionnalité de la loi demandant aux femmes de s’« habiller modestement ». La constitution afghane est une chance de promouvoir une démocratie islamique. Les États-Unis et l’ONU doivent soutenir le gouvernement politiquement et économiquement pour qu’elle ne reste pas qu’un symbole. Les régimes autocratiques séculiers dans les pays musulmans ne doivent pas être soutenus au dépend des démocraties islamiques. Il ne faut pas imposer la sécularisation en Afghanistan et en Irak, pays dans lequel il faut démontrer que la Coalition laissera les Irakiens se gouverner eux-mêmes ».

Ce que le professeur Noah Feldman dit de la constitution afghane et de la « démocratie » afghane, vaut pour la constitution tunisienne et la « démocratie » tunisienne. Il nous reste à espérer que ce beau modèle démocratique, imposé à la Tunisie, ne produise pas les mêmes conséquences tragiques qu’en Afghanistan et en Irak. En priant Allah et en invoquant la bénédiction du saint prophète, Noah Feldman, auteur de notre nouveau Coran constitutionnel, nous échapperons peut-être au sort que le peuple irakien a subi !!!
   
  

1 commentaire:

  1. Casoar Casqué :
    Depuis longtemps, je me pose la question si oui ou non, les américains ont réellement abandonné nahdha, sachant que sans ces américains, nahdha n’aurait jamais existé...
    Ils ont été soutenus et aidés pour accéder aux pouvoir dans un cadre général qui consistait à aider un islam modéré, dans les états arabes, capable d’absorber et maîtriser les courants radicaux, réservoir du terrorisme...
    Ce fut entre autres choses.

    Mais rapidement les islamistes ont dévoilé leur véritable identité et ont fusionné avec le terrorisme pour former une masse obscure et une menace pour le monde entier... Les américains et leurs alliés européens ne s’attendaient pas à ce monstre.
    Ils ont dû réviser leur position et ne semblent plus accorder le même intérêt à ce courant, considéré encore immature pour l’adoption des principes universels de tolérance, démocratie et liberté...

    Beaucoup d’indicateurs appuient la thèse du divorce, tel que : la Syrie, l’Egypte et la Libye...
    En Tunisie, les choses sont restées entachées de flous et d’incertitudes...mais les événements de l’ambassade américaine et l’assassinat de l’ambassadeur en Libye, semblent avoir étés décisifs dans la décision américaine...

    Aujourd’hui, d’autres indicateurs penchent vers la même thèse, à savoir :
    1/ Nahdha cède sur la constitution et fait tout pour se racheter et paraître plus « démocrate »... elle n’était pas du même avis il y a quelques mois.
    2/ Disparition de tous les miliciens et terroristes, comme par enchantement.
    3/ Sa participation au le dialogue national...
    Pour rappel, elle a fait avorter la première tentative, il y a quelques mois...
    Elle n'est allée au "dialogue national", que sous pression américaine et européenne.
    4/ Sa sortie du pouvoir, relativement "facile" et presque "sans problèmes", car sous pression américaine.
    5/ La classification des "enfants" de ghannouchi ("ansar achariâa") comme organisation terroriste et l’arrestation d’Abou Iyadh.
    6/ Le rappel d’aujourd’hui pour juger les personnes impliquées dans l’agression contre l’ambassade...
    Ce procès a été bâclé délibérément et les criminels libérés avec des sanctions fantaisistes et dérisoires...

    Aujourd’hui, je suis convaincu que nahdha a perdu et qu’elle essaye de sortir avec le minimum de dégâts...
    Le soutient des américains n’est plus garanti.
    Ghannouchi était leur point fort et leur joker... son parti effectue un repli stratégique pour essayer de se trouver une petite place dans le paysage politique future, ce qui est un moindre mal...

    Personnellement j’aurais aimé qu’on leurs botte le derrière et qu’on les chasse de notre pays...
    D’autres semblent préférer les remettre en prison.

    MAIS DANS TOUS LES CAS, ILS SONT FICHUS.

    RépondreSupprimer