jeudi 17 avril 2014

Algérie : Bienvenu dans un pays en panne !

Les algériens sont-ils réduits à choisir entre peste (les islamistes) et choléra (les militaires) ?





D’Alger à Constantine en passant par Oran, «Libération» a rencontré partisans du pouvoir, membres de l’opposition, jeunes et représentants de la société civile, dans une Algérie divisée à quelques jours d’une élection présidentielle qui ne peut que reconduire Abdelaziz Bouteflika.
Alger, train de 8 heures pour Oran et c’est parti pour quatre heures dans une cité roulante. Dans le wagon de première, un homme s’assoit, la petite quarantaine. Veste de bonne coupe, il se met à maugréer en sortant un mouchoir en papier pour nettoyer un fauteuil en skaï couleur caca d’oie : «C’est toujours la même histoire dans ce pays, il n’y a personne qui veut faire le ménage, même au sommet de l’Etat ! Tout le monde veut faire du business. Mais nettoyer un train c’est aussi faire du business, non ?»
Une dame, à côté de lui, foulard sur la tête, la petite soixantaine, lit un polar d’Exbrayat, parle en arabe à ses petits enfants qui se chamaillent pour une histoire de crayons de couleur, lève la tête et dit en français : «Je ne sais pas ce qui se passe en Algérie mais plus les gens s’enrichissent plus ce pays est sale.» Ce toubib emprunte cette ligne une fois par semaine pour assurer ses consultations en gériatrie. Il a fait sa médecine en France puis est revenu s’installer à Alger. Il lit El Watan,qu’il referme en chuchotant : «Je ne comprends pas mon pays : un homme qui n’a pas son libre arbitre se représente et des hommes qu’il a mis sur la touche et humiliés reviennent faire campagne pour la reconduction de cet impotent qui ne pourra pas voter sans être soutenu jusqu’à l’urne.»
Un homme de service pousse un chariot et propose du café et du thé. Echange en arabe. Le toubib : «Vous avez du café ?» Le type : «Oui, mais je n’en ai plus.» Le toubib : «Du thé, alors ?» Le type : «Non, je n’ai plus de thé non plus.» Le toubib : «Mais pourquoi vous proposez des boissons alors que vous n’en avez plus ?» Le serveur se redresse : «Je fais mon travail.» Le toubib roule les yeux : «Vous vendez ce que vous n’avez pas, c’est ça ?» Le type repart en poussant son chariot et reprend : «Thé, café…» Le médecin secoue la tête avec un demi-sourire et dit à voix basse : «Pays de dingues.»

«MASCARADE»

Le toubib ne sait pas s’il ira voter : «Et pour qui d’ailleurs ? On attend tout du changement qui jamais ne vient. L’Algérie est une immense salle d’attente. On attend tous quelque chose : un boulot, un logement, un coup de pouce, des soins décents.» Et le voilà lancé, sur des rails lui aussi, atteignant sa vitesse de croisière dans les contreforts de Chlef : «Pays riche qui nage dans le pognon et qui ne produit rien. L’industrie pharmaceutique locale met sur le marché des médicaments inefficaces, si bien que je dois dire à la famille de mes patients de se les faire prescrire en France ou en Angleterre. On ne produit plus rien : même nos tapis de prière sont faits en Chine et nos oranges viennent d’Alicante.» Il dépoussière sa veste d’un geste. Le train arrive en gare d’Oran : «Elections ou pas élections, le pays a perdu toute espérance. Le pire c’est que ce pays possède tous les outils mais ne veut pas, ou ne sait pas s’en servir.»
En arrivant via le train, Oran est cerclé par les bidonvilles. Pourtant, cette ville qui tombe dans la mer allume chez le visiteur une pure flamme de beauté. Des constructions récentes, comme à La Défense, barrent le front de mer : «C’est pour la nomenklatura qui vient faire la bamboche le jeudi soir dans des penthouse avec filles, alcool et joints», dit un vieux confrère qui ne tient pas à être cité. Ce dernier a été prof d’anglais «dans une autre vie». C’est un homme qui se croyait «revenu de tout» mais qui ne se résoud pas et enrage devant ce qu’il appelle «cette mascarade». «Bouteflika - enfin, son image, son hologramme - se représente. Mais cet homme et son clan ont bousillé le système scolaire algérien. C’est un crime impardonnable de foutre en l’air l’avenir. J’en viens à me dire que, au fond, voler n’est rien en comparaison. C’est dire si nos propres valeurs ont été modifiées ces quinze dernières années…»
Marché aux fleurs, centre d’Oran, remarquable architecture des années 50 mais l’armature des balcons est à nu. Trois restaurants qui servent de l’alcool viennent d’ouvrir. Le cabaret le Mélomane, en ville, est dans son jus depuis soixante ans. Les fonctionnaires des impôts, maroquin sous le bras, viennent s’y rincer l’œil et le gosier avant de rentrer mettre les patins. Pendant ce temps, à Alger, on ferme les bistrots.
Une grande affiche du candidat Bouteflika sur le mur d’un bâtiment dans le cœur d’Oran. Un homme s’arrête, cartable à la main gauche, cigarette glissée entre le pouce et l’index, fixe l’affiche et se retourne : «Il va repasser. C’est le garant de la paix et de la stabilité. Sans lui, le pays sera livré aux mains de l’étranger. Ici on vote Boutef.» Avant de reprendre son chemin, il lâche : «Oran est une ville magnifique. Et demain, avec la réélection de Bouteflika, elle sera encore plus belle.»

«TRADITION POPULISTE»

Oran et surtout Tlemcen, d’où Bouteflika est originaire, ont souvent apporté son soutien «au pouvoir qu’il représente, car beaucoup de ministres sont ou ont été originaires de l’ouest du pays», assure Hassan Remaoun, 67 ans, chercheur au Crasc à Oran (Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle). C’est un homme intellectuellement charpenté et lucide. Certains de ses contradicteurs à Oran le qualifient de prosystème. C’est certes un homme d’ordre, mais en rien un homme qui serait bénéficiaire de la rente par le truchement de quelconque marché public, à l’instar de quelques chefs d’entreprise en ville qui ne font pas mystère de leur attachement «au système.» Voilà ce que dit l’universitaire :«Oui, nous sommes dans un système imparfait, mais beaucoup de gens vont voter pour un système qui va leur assurer un retour sur investissement de la rente. Je crois que l’alliance sera maintenue entre les couches populaires et le pouvoir.» Et de poursuivre : «On vote pour une stabilité économique en fait, et cela pose d’évidence le problème de la compréhension de la démocratie. C’est d’ailleurs tout le problème lié à la corruption. Elle existe, mais le revenu de la rente est distribué et entretient cette tradition populiste. C’est la caractéristique majeure du régime en place.» Hassan Remaoun refuse de se jeter dans le camp du pouvoir, qu’il regarde avec un sang-froid scientifique : «C’est d’évidence un système autoritaire mais, à côté de celui de Ben Ali, comment le qualifier ? Ce qui pose problème, c’est que le système de reproduction des élites a été gelé depuis la fin des années 50. Evidemment, on pourra parler à l’infini de Bouteflika, des élections truquées ou pas, mais le problème fondamental reste la paralysie des transmissions des savoirs et de tous les pouvoirs. C’est le nœud du blocage de notre société.»
Kaddour Chouicha, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), professeur de génie civil à la fac d’Oran, ramasse le régime d’une phrase : «Avant on mourrait de parler ; aujourd’hui on parle jusqu’à en mourir.» Certes la campagne électorale a ouvert un large estuaire de liberté de parole. «Mais, une fois la campagne achevée, le filet des libertés va se refermer et on va siffler la fin de la récréation», pronostique-t-il, pipe de Maigret au bec. Pour ce militant des droits de l’homme, le pouvoir déroule sa propagande sécuritaire :«Voyez les événements de Ghardaïa [aux portes du Sahara, à 600 km d’Alger, la ville est le théâtre d’affrontements depuis décembre entre les communautés mozabites (Berbères musulmans) et arabes, ndlr], c’est cela que vous voulez ? Une situation sécuritaire instable ? Un pays qui va se morceler comme en Libye. Le spectre syrien ? Non. Eh bien votez pour la paix et la stabilité, votez Bouteflika»,ironise cet ex-militant communiste qui dit se tenir à l’écart «de tous les appareils politiques d’opposition qui ont intégré que les élections ont toujours été truquées et s’arrangent de cette situation car la campagne est leur seul moment de prise de parole».
Chouicha, qui a connu les filatures, les intimidations, les arrestations, raconte un pays caduc, épuisé, dont les pouvoirs successifs ont gommé les espérances : «Ceci, on peut le résumer à "donne-moi ta liberté et je donnerai en échange un peu de ma sécurité".» Chouicha roule dans sa C3 Picasso vers Mascara pour rendre visite aux grévistes d’une cimenterie. «Les candidats, ça ne les intéresse pas. Pas un n’est venu voir ce qui se passe et pourquoi on fait grève. C’est comme si on n’existait pas», dit ce gréviste. Chouicha se démène pour médiatiser ce mouvement social qui bénéficie d’un suivi régulier et factuel dans l’édition oranaise d’El Watan : «Quand je vois cette campagne, j’ai l’impression que tout est faux. C’est diabolique, ce jeu subtil de faire croire que tout est réel.» Et Bouteflika ? «Si les choses devaient se gâter pour son cercle, qui l’utilise, il sera jeté immédiatement aux lions comme le seul responsable de tout ce qui a été entrepris.»

«BIENVENU DANS UN PAYS EN PANNE»

Retour Oran-Alger. Mais grève «sans préavis» de la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF). L’essaim de voyageurs prend d’assaut les guichets. Aucune explication n’est donnée et on apprendra le lendemain que les cheminots n’auraient pas été payés depuis… trente-six mois. 400 km en taxi clandestin et néanmoins collectif. A peine le taxi a-t-il démarré qu’il se fait rançonner par deux motards de la police. Le chauffeur connaît la chanson et leur glisse 10 000 dinars (90 euros). C’est un type hâbleur, dans les 35 ans, qui ne cesse de reluquer dans son rétro une de ses passagères : 22-23 ans, en cuir, bottée comme Jane Fonda dansBarbarella et maquillée comme une voiture volée. La fille rechausse ses lunettes noires Gucci et dira deux phrases en quatre heures. La première, impérative :«Regarde devant toi.»
Sur l’autoroute, le taxi explique qu’il préfère «la sécurité à l’injustice et votera Bouteflika» en reprenant sa digression sur la vie et la mort de Lounès Matoub, l’artiste kabyle honni du pouvoir et haï par les islamistes, assassiné en 1998, son «chanteur préféré». Mais le chauffeur se trompe de sortie, s’abîme les yeux sur les panneaux autoroutiers grands comme un parquet de basket, pile soudain au milieu des voies et des injures, se perd dans les bretelles et finit par reprendre… l’autoroute d’Oran. Seconde phrase de la fille en cuir : «Ce chauffeur ne sait ni lire en arabe ni en Français. Peut-être qu’il n’est même pas chauffeur ? Bienvenue en Algérie, pays en panne qui vote pour un homme à demi-mort.» Comme si elle parlait à un meuble.
Dans cette campagne caractérisée par l’absence du candidat Bouteflika cloué dans son palais par les séquelles d’un AVC et les meetings dans lesquels se réunissent ses militants pour mieux écouter celui qui ne parle pas, le candidat Ali Benflis, ex-Premier ministre de Bouteflika, s’est lancé dans un interminable marathon électoral à travers les 48 wilayas préfectures. Ali Benflis, joint par Libération mercredi évoque, lui aussi, «un pays en panne» et l’immense «fatigue» qu’il découvre ou feint de découvrir chaque soir dans des salles surchauffées : «C’est un pays épuisé mais qui, avec moi, va retrouver un allant car je suis porteur d’un renouveau. Il nous faut un autre pouvoir, garant des libertés publiques et syndicales, et stopper cette privatisation de l’exécutif», tonne-t-il.
Ali Benflis, selon des recoupements sur place, évoque effectivement «une mobilisation sans précédent» en sa faveur et explique que, s’il est resté dix ans en retrait, c’est pour mieux travailler au redressement du pays : «Je suis resté silencieux mais pas inactif pendant tout ce temps, croyez-moi, et le 17 avril je m’attends à un résultat favorable.» Et si ce n’était pas le cas ? «Alors l’Algérie continuera à vivre à côté de l’histoire, mais je ne me tairai pas.»
Les jeudis à Alger, sur les coups de 11 heures, le collectif Barakat («ça suffit») se regroupe sur la rue Didouche-Mourad, qu’on appelle encore rue Michelet, face à la fac d’Alger. Le rituel est toujours le même : une cinquantaine d’activistes, aux cris de «Boutef dégage ! Y en a marre de ce pouvoir !» et «FLN au musée !» se chauffent la voix. Arrivent cinquante flics qui les compressent. Un flic par manifestant, sans compter les quatre fourgons Mercedes avec les renforts. Un type se marre : «Ces cons de flics ne savent pas lire et ils ne comprennent pas le français, on pourrait presque les traiter de tous les noms.» Poitrine contre poitrine, les flics étouffent la manif et finissent par la souffler comme une chandelle. Du grand art. Un manifestant manchot s’en extrait, serre tour à tour la main des flics qui, il y a trois semaines, l’ont embarqué comme ils avaient embarqué un de leur collègue en civil qui gueulait comme un putois en leur disant qu’il était de la maison. Sur le trottoir, deux télés filment. Une autre équipe remballe son matériel : «On est venus interroger les passants sur les kidnappings des enfants à Alger. Un micro-trottoir en fait», dit la journaliste. Mais la manif ? «Non, nous, c’est les enlèvements d’enfants, pas la manif.»

«ATOME D'INTELLIGENCE»

«Mosquée ou café». Barakat ? Pour les pro-Bouteflika, il s’agit tantôt d’un parti«fasciste» tantôt «d’anarchistes» et, visiblement, le choix n’a pas été encore arrêté. Qui sont ces activistes de Barakat ? Des employés, des étudiants, des post-ados qui mangent du chocolat, des professeurs, des filles, beaucoup de filles. Ça parle tantôt en arabe, tantôt en français. C’est un mouvement foutraque, gai, alerte, culotté qui refuse la candidature de Bouteflika et celles des six partis d’opposition qui «ne sont que des partis de disposition», comme l’exprime Amira Bouraoui, une porte-parole du mouvement et gynécologue à l’hôpital public.
Un type dans la rue, du menton, lance : «Ils ne représentent rien.» Amira Bouraoui :«On représente un petit atome d’intelligence qui gravite autour de l’ignorance crasse. On refuse cette secte qui nous gouverne depuis soixante-cinq ans et pense que l’Algérie est une propriété privée. Barakat, c’est le refus de la terreur qui nous gouverne.» La définition la plus juste de ce mouvement, qui a de petites antennes dans le pays, est donnée par cette médecin et aussi fille de médecin militaire : «C’est un collectif de chats de gouttière qui dit non à cette société déculturée où la jeunesse, invisible statistiquement car pas inscrite sur les listes, a le choix entre la mosquée et le café.» Amira est une femme lucide sur ce qui l’attend, ainsi que sur le sort du collectif algérois après le 17 avril : «On nous fera payer cette insolence. Ça commence déjà par des pressions sournoises et inquisitoriales. Vous êtes en règle ? On va vous envoyer le fisc, etc.» Mais, reprend-t-elle, «combien de temps va-t-on encore acheter le silence de ce peuple lobotomisé ? Si ce pouvoir reste en place, alors le risque de révolution se fera dans le sang.»
A Alger il existe un homme qui mérite sa place dans les manuels de civilité. Pourtant, c’est un ancien officier de la Direction du renseignement et de la sécurité (DRS), et rien que de prononcer cet acronyme évite de tenir salon. Pourtant Mohamed Chafik Mesbah, 65 ans, versé dans l’analyse politique depuis sa démission il y a dix-huit ans des services secrets, occupe les pages débats des journaux, notamment celles du quotidien Liberté. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne pratique pas le baisemain envers le clan Bouteflika. Les propos sont nets, la logique tenue et les constats sans appel. MCM parle «de processus de mort lente de l’appareil d’Etat, d’un pays exsangue malgré les richesses en hydrocarbures, un tissu social abîmé» et, pis, «d’une armée fragilisée». Et de citer Gramsci : «L’ancien monde se meurt, le nouveau ne parvient pas à voir le jour et dans le clair-obscur surgissent les monstres.» MCM a un jour qualifié son pays de«dictature molle». A l’écouter, on ne peut s’empêcher de penser que cet homme si subtil, si au fait des rouages de l’Etat et de ses coups tordus, est en train de dresser l’inventaire cinglant d’un régime pathétique et grotesque, et ceci presque contre lui-même, tout en pressant ce système de se réformer avant la prochaine lune ou avant que l’inévitable catastrophe ne l’emporte.
Constantine, altitude 700 m. A une heure d’avion d’Alger. La ville est bouclée par le GTAC, le Grand Tour d’Algérie cycliste, avec arrivée en côte sous un crachin glacial. Trois affiches de Bouteflika, Benflis et Touati, sur un panneau électoral, battent sous la pluie. Partout des publicités pour le sponsor du GTAC : «Profitez des remises explosives sur la nouvelle Fiat.» A 200 m de la ligne d’arrivée, l’une des permanences du candidat Benflis. Deux quinquagénaires tiennent le pas-de-porte.«On accueille énormément de jeunes qui se renseignent sur le programme», affirme l’un des militants. Le rocher de Constantine est défiguré et dégouline d’ordures. Les librairies ne vendent plus de livres mais des savonnettes, des serviettes hygiéniques et des compléments alimentaires pour bodybuilders. C’est aussi la ville des boutiques de téléphones portables, à n’en plus finir. Les trottoirs sont dépavés ou éventrés et le panorama démoli par une copie du viaduc de Millau construit en centre-ville par une boîte de BTP brésilienne qui achève de poser le tablier. En contrebas de ce qui fut cette fleur architecturale, la gare routière ankylosée par un embouteillage monstre et toutes ces femmes épuisées par leur journée qui regardent, les yeux vides, la pluie dégouliner sur les vitres. La pluie redouble. Les cyclistes marocains rentrent crottés et transis à leur hôtel qui passe du Joe Dassin et du Michel Fugain dans la ville de Cheikh Raymond, le prince de la musique arabo-andalouse.
«L’Algérie est une fiction. Le peuple est livré à la société de consommation et à l’islamisme. Ici on ne pose pas de questions. La preuve, l’opposition ne demande jamais de comptes. C’est une opposition de harem», explique Zineb Azouz, prof de maths à la fac de Constantine. Cette femme, d’une incroyable témérité, aussi fidèle à ses ennemis qu’à ses amis, est qualifiée «d’anarchiste», voire «d’insoumise», et passons sur «les qualificatifs peu glorieux dont on m’affuble», dit-elle. Elle possède un cran inouï et ce sens de la formule qui claque comme un fouet : «Gendarmes partout, Etat nulle part.» Ses étudiants ? «Ils ont intégré le fait ne pas s’opposer sinon c’est le bâton. Si vous appelez cela une dictature molle, vous… Sans éducation il n’y a pas de révolte. Ce qui achève l’Algérie, c’est qu’il n’y a plus de transmission du savoir et pas la volonté d’accueillir les meilleurs cerveaux formés à l’étranger C’est à croire que le pouvoir a peur d’eux. Et toujours pas une école d’agriculture dans le grenier de Rome…»
Un immense téléphérique au-dessus de l’oued Rhummel strie le ciel de la ville avec arrêt au CHU Ben-Badis. Le terminus s’appelle Emir-Abdelkader mais c’est Abdelaziz Bouteflika, sur 5 m de haut et tout en toile, qui salue la ville, tel César. Une dame et sa fille dans une cabine 8 places. La fille : «Tu iras voter, maman ?» La dame : «Oui, mais pas pour Bouteflika, il n’est pas respectueux de son âge. Il faut qu’il se repose maintenant.»

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire