dimanche 28 décembre 2014

BCE est-il dupe du jeu de Ghannouchi ?

Comme le sont tant d'intellectuels, de journalistes et d'hommes politiques qui croient en la redemption des "Frères" qui se transformeront en démocrates et en patriotes !

Notre amie Hélé Béji comme eux, se berce d'illusion en pensant que l'islamisme des Frères musulmans sera soluble dans la démocratie, alors que ce qui le fonde, c'est le pan islamisme nourri du wahhabisme !

Quant à l'échec de Marzougui, elle a bien vu que les tunisiens ont rejeté son pan arabisme, lui préférant le nationalisme dont s'est servi Habib Bourguiba pour libérer la Tunisie et unifier son peuple autour du concept nation pour pouvoir construire la nouvelle république qu'il a crée ! 


Les tunisiens pragmatiques, sont revenus à leur fondamentaux pour écarter deux idéologies dangereuses pour leur jeune nation, qu'en son temps Bourguiba avait rejetées et combattues mais que tentent de leur imposer deux aventuriers pour qui l'Histoire s'est arrêtée à leur histoire personnelle : Ghannouchi et Marzougui !
R.B

Hélé Béji

Béji Caïd Essebsi président : symbole d'une concorde entre religion et révolution


LE PLUS. Les Tunisiens ont élu Béji Caïd Essebsi président de la République dimanche 21 décembre. Le candidat et chef du parti progressiste Nidaa Tounes l'a emporté au second tour avec 55,68% des voix. À trop vouloir critiquer le passé, son adversaire, le président sortant Moncef Marzouki, a fini par y rester explique l'écrivain tunisienne Hélé Béji.


Vendredi 19 décembre. Le dernier meeting de Béji Caïd Essebsi se tient sur l’avenue Bourguiba. Une foule immense se bouscule pour mieux communier. La nuit tombe. L’air est parsemé de cendres abyssales. Des lumières tristes égarent nos yeux dans le labyrinthe humain qui agite des flyers aux couleurs de "Vive la Tunisie !".

L’espérance étreint le soir d’une douleur sourde. La main du destin tâte l’inconnu de ses doigts malins et rebat les cartes dans le noir. Un rappeur jette des saccades endiablées contre le désespoir. Notre cœur ramasse tout ce désordre dans ses battements précipités.

La "Révolution" contre l' "Ancien régime"

Le 22 décembre, les résultats tombent. Béji Caïd Essebsi l’emporte largement sur Moncef Marzouki après une empoigne électorale qui n’a épargné personne. Cette dernière année pourtant, modernistes et islamistes ont rivalisé de civilités, grâce aux bons procédés de leurs leaders, Béji Caïd Essebsi (avec le parti Nidaa Tounes) et Rached Gannouchi (avec le parti Ennahdha). Sur les plateaux télé, les "barbus" ont pris un air jovial et frais. Les "modernes" ont émaillé leurs propos de citations bénies. Les imams ont troqué leur calotte contre des badinages savants.

Mais sitôt le duel présidentiel engagé, le candidat Marzouki rallume la guerre des religieux et des séculiers par un nouveau slogan : la "Révolution" contre l' "Ancien régime".

Derrière Marzouki, l’islamisme radical souffle le courroux des cieux contre le "retour de la dictature". L’appareil de la contre-révolution, le RCD (le parti de Ben Ali), l’ogre de la tyrannie, est tapi dans l’ombre, prêt à dévorer les enfants du printemps tunisien. Les geôles n’attendent qu’un signe pour se refermer sur une jeunesse rebelle et pure. Les imams seront bâillonnés, les femmes dévoilées, la Constitution piétinée.

Marzouki prend le contre-pied de ses principes. Il a toujours présenté la division entre islamistes et séculiers comme le crime originel de la dictature, se félicitant de les avoir réconciliés sous sa houlette de démocrate. Or voilà qu’il en ranime la discorde dès que s’esquisse une entente entre Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi. Cette volte-face fut ressentie comme la dérive radicale d’un séditieux au sommet de l'Etat.

Essebsi : gentilhomme du peuple

Face à lui, Béji Caïd Essebsi a donné l’image inverse d’une personnalité affable et enjouée, aux antipodes de celle du tyran mécréant (taghout) inventée contre lui. Tout en fédérant en 2012 une vaste résistance à l’hégémonie islamiste, il ne refuse pas le dialogue avec ses adversaires, sans pour autant complaire à leurs passions rétrogrades.

Son rejet de l’obscurantisme n’exclue pas l’existence d’un islam politique qu’il exhorte à servir la "patrie avant les partis".

À la différence de Marzouki, emmuré dans son hostilité à Bourguiba, Caïd Essebsi s’est montré plus ouvert envers les islamistes que son adversaire envers les destouriensL’agitprop islamo-messianique lancée contre lui a paru un manège de propagande.

Ainsi, la concorde entre religieux et séculiers, dont Marzouki revendiquait la doctrine, Béji Caïd Essebsi l’incarne mieux, par son art de combiner l’ancien et le nouveau dans une langue exquise de gentilhomme du peuple, un précieux équilibre entre la foi et la raison, l’islam et la vie moderne, la piété et l’ordre public, la liberté et l’autorité de l’État.

La liberté a résonné avec la souveraineté

Tandis que le credo démocratique de Marzouki, qui n’a pas surmonté son aversion pour Bourguiba, s’est mis à sonner faux. Il a ignoré son génie révolutionnaire derrière sa personne autoritaire, a méconnu son œuvre titanesque de construction de l’État, matrice des réformes dont la Révolution fut l’aboutissement après l’élan du mouvement national depuis l’Indépendance.

Il n’a pas senti l’enracinement national dans le soulèvement de 2011, n’y voyant que rupture avec la dictature, alors que l’éclosion à la liberté était en résonance avec celle de la souveraineté.

À travers Béji Caïd Essebsi, l’étendue du sentiment patriotique a rassemblé plus largement et sûrement que le parti religieux. D’où le sursaut national et son ascension fulgurante au-delà des classes et des partis. Mais Marzouki a refusé d’y reconnaître le peuple de la Révolution, s’obstinant à faire du 14 janvier l’illumination absolue dont il serait le mage, rejetant 60 ans de progrès dans le moyen-âge de la tyrannie. Ce contre-nationalisme n’a pas convaincu.

Marzouki est resté figé dans la révolution

On a appris avec Tocqueville [1] que la révolution française fut aussi l’œuvre de l’Ancien régime. La centralisation de l’État français, attribuée au génie de la Révolution française, avait été en réalité le lent ouvrage de la monarchie absolue depuis le XIVe siècle. L’œuvre de la Révolution était en grande partie déjà accomplie par l’Ancien régime. La Tunisie a vécu un phénomène du même ordre.

Ainsi, brandir la menace de l’Ancien régime n’a pas eu l’effet escompté sur les Tunisiens. Leur angoisse s’est davantage polarisée sur l’échec de la Troïka [2]. Lors des assassinats des opposants et des militaires, la riposte populaire contre la montée des violences fascistes au nom de la religion fut massive.

Marzouki fut accusé de montrer moins d’ardeur à dénoncer les crimes des saltimbanques d’une foi brutale, qu’à tempêter contre les forfaits de l’Ancien régime.

Son démocratisme devint suspect. En laissant l’extrémisme religieux soutenir sa campagne, il fut perçu comme le pontife d’une secte intolérante.

Un hommage posthume à Bourguiba

Trois ans de pouvoir ne l’ont plus différencié, aux yeux de l’opinion, des figures de l’Ancien régime. Sous les plafonds dorés de l’État, les dirigeants de la Troïka en ont hérité l’investiture sans en contester les privilèges, légués par des prédécesseurs honnis. À leur corps défendant, ils ont ainsi rendu un hommage posthume à Bourguiba, à qui ils doivent leur intronisation dans la grandeur publique.

Les Tunisiens ont résisté aux surenchères de la rupture radicale avec l’Ancien régime. Une grande majorité a vu dans la Révolution le second souffle du mouvement national, un palier historique, mais ni l’origine ni la fin.

Le passé n’est pas que le débris du despotisme, il est le marbre où s’est sculpté le corps de la nation. Toute révolution qui mutile la conscience nationale devient un mensonge à la solde de quelques-uns, et non une vérité à la portée de tous. Elle est tyrannie.

Défaut de conscience historique

La conscience politique ne surgit pas de nulle part. Elle est d’abord une conscience historique. La démocratie ne peut aboutir sans la connaissance préalable d’un corpus historique accepté par tous, islamistes, nationalistes, révolutionnaires. Elle est chimérique dans un monde détaché de la nation, ou dans l’empyrée supraterrestre de la religion.

Les disciples de Marzouki ont péché par défaut de conscience historique et excès d’illusion religieuse.

Au contraire, c’est par sa mémoire sur le qui-vive de l’histoire que Béji Caïd Essebsi a créé les prémisses d’une paix entre l’islamisme et le nationalisme. Il nous enseigne qu’il n’est pas de valeur révolutionnaire sans valeur nationale ; que seule une conscience historique de soi permet d’avoir une conscience politique, "démocratique" de l’autre.

En choisissant d’élire Béji Caïd Essebsi comme président, les Tunisiens ont voulu que leur révolution soit la nation qui les réunit, et non la religion qui les divise. Ils ont décidé que la nation tunisienne ne serait plus en guerre contre la religion, ni la religion contre la nation.

[1] Cf. Tocqueville, L’Ancien régime et la Révolution
[2] Le gouvernement de la Troïka issu des élections du 23 octobre 2011. Il était composé du parti Ennahdha (parti de Rached Ghannouchi), de Ettakatol (parti de Mustapha Ben Jaafar), et du CPR (Congrès pour la République, parti de Moncef Marzouki).

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