dimanche 15 mars 2026

Un mirage nommé Dubaï

Des pétromonarques pris au piège de leur désinvolture et de leur arrogance. Bédouins sortis à peine de leur moyen âge avec l'or noir qui leur a tourné la tête jusqu'à jouer aux faiseurs "de président" dans les républiques "arabo-musulmanes" depuis le fumeux printemps arabe ourdi par l'émir du Qatar avec l'aval des EU et de l'UE !

Pétromonarques qui pensent pouvoir tout acheter et coloniser des pays à la civilisation millénaire comme la Tunisie ! Alliant la cupidité à la stupidité.

Les Tunisiens se souviennent de l'humiliation infligée à Tartour alias Moncef Marzougui, par son ex-employeur, l'émir du Qatar lors de sa venue en Tunisie en conquérant !

Mais voilà, ces pétromonarques à la faveur de la "guerre d'Iran" de Trump et de celui qui le mène par le bout du nez Netanyahu, découvrent leur propre fragilité; et que leur "réussite", n'est qu'un mirage qui disparaîtra avec l'extinction de leur or noir.

Seule Abir Moussi dénonçait ces nouveaux colonisateurs de la Tunisie et ne cesse de dénoncer leur mainmise sur la Tunisie.
R.B

Il fut un temps où Dubaï se rêvait comme la première ville post-géopolitique de l’histoire. Une ville au-dessus des nations, au-dessus des conflits, au-dessus même de la gravité économique. Une ville où l’argent circulerait plus vite que les missiles et où les gratte-ciel serviraient de talismans contre les brutalités du monde. Une ville-refuge pour milliardaires anxieux, oligarques exilés, princes fatigués et traders insomniaques. Une ville où l’on viendrait oublier la guerre pendant que d’autres la feraient à votre place.

Le projet était audacieux : transformer un désert sans eau ni mémoire urbaine en capitale officieuse de la mondialisation. Tout y a été pensé comme une vitrine de puissance : ports géants, compagnies aériennes planétaires, îles artificielles visibles depuis l’espace, centres financiers qui promettaient de rivaliser avec Londres et Singapour.
Le message était simple : l’histoire appartient désormais aux hubs logistiques.

Mais le désert a une ironie très ancienne : il aime se moquer des mirages. Car derrière la façade de verre, une vérité brutale s’impose aujourd’hui : Dubaï n’est pas une puissance. C’est un pari. Et ce pari reposait sur une hypothèse simple : que quelqu’un d’autre ferait la guerre pour vous.

Depuis quarante ans, les monarchies du Golfe vivent sous une équation stratégique d’une simplicité presque biblique : vous achetez les armes, l’Amérique fait la guerre. Le pétrole finance les contrats d’armement, les bases américaines garantissent la stabilité, et les princes peuvent se consacrer à des tâches plus nobles comme inventer des pistes de ski dans le désert ou construire des hôtels à sept étoiles.

Le système semblait parfait. Les États-Unis vendaient des centaines de milliards de dollars d’armes, les monarchies du Golfe obtenaient une illusion de sécurité, et les compagnies pétrolières continuaient à pomper tranquillement l’or noir sous la protection de la bannière étoilée. Une symbiose idéale : Washington vendait la peur, Riyad et Abou Dhabi achetaient la tranquillité. Sauf que la géopolitique, comme la gravité, finit toujours par rappeler qu’elle existe.

Face aux monarchies du Golfe se tient une réalité que les architectes de Dubaï auraient préféré ignorer : l’Iran. Une vieille civilisation qui existait déjà lorsque le Golfe n’était qu’un archipel de villages de pêcheurs. Un pays immense, peuplé de près de quatre-vingt-dix millions d’habitants, capable de produire ses missiles, ses drones, ses réseaux d’alliés et sa propre mythologie stratégique. Une puissance qui n’a jamais cru que l’histoire pouvait être remplacée par des centres commerciaux climatisés.

La comparaison est cruelle. D’un côté, des villes-vitrines construites à la vitesse des flux financiers. De l’autre, un État-civilisation qui pense en décennies et en guerres longues. L’un possède les plus grands malls du monde. L’autre possède la capacité de fermer le détroit d’Ormuz.
C’est un mauvais rapport de force pour une économie qui dépend entièrement des flux. Car Dubaï n’est pas seulement une ville spectaculaire. C’est un mécanisme délicat. Une gigantesque machine à attirer les capitaux étrangers. Les fortunes russes y stationnent leurs yachts, les entrepreneurs africains y ouvrent leurs comptes, les élites du sous-continent indien y investissent leurs profits, et les multinationales y installent leurs sièges régionaux. Tout repose sur une promesse implicite : ici, vous êtes à l’abri du chaos.
Mais la promesse commence à trembler.

Les tensions avec l’Iran ont rappelé une évidence stratégique que les tours de verre ne peuvent masquer : dans le Golfe, toutes les infrastructures vitales sont à portée de missile. Les ports, les raffineries, les aéroports, les terminaux pétroliers, les gratte-ciel eux-mêmes. Tout ce qui fait la richesse de ces États est aussi ce qui les rend vulnérables. Les villes du Golfe sont des merveilles d’ingénierie… et des cibles idéales.

Et soudain le paradoxe apparaît dans toute sa brutalité : les monarchies du Golfe possèdent certaines des armées les plus chères du monde, mais elles ne peuvent pas mener une guerre sérieuse. Elles peuvent acheter des avions furtifs, des batteries antimissiles et des frégates dernier cri. Mais elles ne peuvent pas acheter ce qui fait réellement la puissance militaire : la profondeur stratégique, la démographie, l’endurance et, surtout, la volonté politique de supporter des pertes. C’est la différence entre un arsenal et une armée.

L’illusion devient encore plus troublante lorsqu’on observe le rôle des Etats-Unis dans ce théâtre. Washington reste la puissance militaire dominante dans la région, mais sa stratégie est devenue erratique. Les Etats-Unis peuvent décider d’affronter l’Iran pour des raisons qui tiennent autant à la politique intérieure américaine qu’à la sécurité du Golfe. Ils peuvent déclencher une escalade… puis laisser leurs alliés gérer les conséquences.
Les monarchies du Golfe découvrent alors une vérité inconfortable : elles financent la protection américaine, mais elles ne contrôlent ni la guerre ni la paix.
Autrement dit, elles paient l’assurance… sans lire les clauses du contrat.
Et dans ce contrat implicite, Dubaï apparaît comme le symbole ultime de la mondialisation naïve. Une ville construite sur l’idée que la prospérité peut flotter au-dessus des rivalités impériales. Une ville persuadée que la finance internationale peut neutraliser la géographie.

C’était oublier une règle élémentaire de l’histoire : les routes commerciales sont toujours les premières victimes des conflits.

Dubaï est un carrefour. Et les carrefours brûlent toujours quand les empires s’affrontent. Ce qui rend la situation presque ironique, c’est que la ville elle-même reste un prodige. L’efficacité administrative, l’audace architecturale, la capacité à attirer les talents du monde entier sont réelles. Dubaï est probablement l’une des expériences urbaines les plus fascinantes du XXIᵉ siècle. Mais elle repose sur une hypothèse géopolitique fragile : que les grandes puissances continueront à garantir l’ordre régional.
Or cet ordre est en train de se fissurer.

L’Amérique doute d’elle-même. L’Iran teste ses limites. La Chine observe patiemment. La Russie s’infiltre dans les interstices. Et au milieu de ces plaques tectoniques se dressent les villes étincelantes du Golfe, comme des casinos construits au bord d’un volcan.
Dubaï n’est pas sur le point de disparaître. Les villes ne meurent pas si facilement. Mais le mythe qui l’entourait, celui d’un sanctuaire économique hors de l’histoire est en train de se dissoudre.

La vérité est plus simple et plus cruelle. Dubaï n’est pas un refuge. C’est une illusion prospère au milieu d’un champ de forces géopolitiques qui la dépassent largement.
Et comme tous les mirages du désert, il suffit que la chaleur de l’histoire monte un peu pour que l’image commence à trembler.

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