dimanche 17 juin 2012

LA CANDIDATURE DE BEJI CAID ESSEBSI

Article paru dans : Kapitalis


Ce samedi 16 Juin 2012 M. Béji Caïd Essebsi a donc lancé son mouvement  «l’Appel de La Tunisie»  et annoncé sa candidature.

Son discours clair met bien en évidence les problèmes qui se posent au pays.
Il a stigmatisé le gouvernement et son laxisme face aux exactions des salafistes, la frange extrémiste du parti qui domine la troïka. Comme il a rappelé la responsabilité de la troïka dans les derniers événements de la Marsa qui ont failli mettre à feu et à sang le pays pour raison d’atteinte au sacré à travers des œuvres artistiques que personne n’a vues ; et pour cause, elles étaient à Dakar  au Sénégal !

Ce qui le fait préciser à ces autoproclamés défenseurs du sacré, que ce n’est pas parce que la Tunisie s’appelait Ifriqiya, qu’ils se croient obligés de régler les problèmes de l’Afrique toute entière !

Il rappelle que ces trois présidents se sont fendus d’un communiqué commun, grave pour dénoncer l’atteinte au sacré ! Il trouve choquant que les chefs de la troïka se soient émus au point de mettre le feu au pays pour une raison fictive ! Il est probable nous dit BCS qu’ils furent trompés par leurs ministres zélés de la culture, de l’intérieur et celui du culte qui ont condamné des œuvres pour atteinte au sacré, qu’ils reconnaissent n’avoir jamais vues ! Même le malin Lotfi Zitoun tentera vainement de trouver une sortie honorable pour ses collègues et sauver la face de Ghannouchi en s’improvisant critique d’art pour trouver dans certaines œuvres exposées de quoi justifier la condamnation pour atteinte au sacré ! Il voit dans certaines œuvres exposées une incitation à la violence envers les "niqabées"; ce qui revient à dire que le niqab est sacré ! Du n'importe quoi !!




Mr BCS attend qu’ils présentent leurs excuses aux tunisiens !


Faut-il rappeler que le prétexte d’atteinte au sacré, n’est pas nouveau. Cette  méthode a déjà été utilisée par Ennahdha à propos du film « Ni dieu ni maître » de Nadia Fani puis pour « Persépolis », un dessin animé diffusé par la chaîne de TV Nessma, pour que Ghannouchi puisse se présenter comme le défenseur du sacré en Tunisie. Ce que BCS conteste en disant que les tunisiens sont musulmans depuis des siècles et n’ont nul besoin de qui que ce soit pour leur dicter leur foi comme ils n’ont mandaté personne pour défendre le sacré ni leur foi !


Ce qui choque BCS, c’est que les symboles sacrés de la nation que sont notre drapeau tunisien et notre hymne national, n’ont pas été défendus par le pouvoir en place qui semble s’en désintéresser.

Il rappelle qu’il est du devoir du gouvernement de veiller à la sécurité du citoyen et de ses biens. Ce à quoi il a manqué en laissant les violences s’installer en n’usant pas de la violence régalienne qui est la sienne, en mobilisant sa police ! Et c’est là, la différence essentielle entre lui et Ennahdha qui domine la troïka. Ces hommes n’aiment pas la nation tunisienne, dit-il ! Ils veulent dissoudre la nation tunisienne dans un dangereux panislamisme pour l’un ou dans un panarabisme aventureux, pour l’autre. Comme ils veulent détruire tous ce que les tunisiens ont construits patiemment ensemble depuis l’indépendance. Au point que notre auguste Zitouna n’est plus reconnaissable : ses imams délaissent le malékisme que d’illustres cheikhs modérés et éclairés ont servi, pour un wahhabisme obscurantiste invasif auquel s’est converti un imam de cette institution puisqu’il appelle au meurtre des mécréants en l’occurrence des artistes !


D’ailleurs BCS trouve grotesque les discours des hommes d’Ennahdha toujours truffés de référant à la révolution comme s’ils voulaient se l’approprier et affirmer qu’ils en étaient les instigateurs ! Ce qui est une supercherie de Ghannouchi et de ses hommes. Alors qu’aucun d’eux n’a fait, ni participé à la révolution tunisienne. Ni aucun parti n’y a participé, et lui non plus, rappelle-t-il !
La révolution n’a pas été faite par les hommes d’Ennahdha ni pour eux ; puisque ce sont les jeunes qui ont été à son origine et pour cela ils n’avaient ni leaders ni programme idéologique ou religieux, mais ils ont été très vite joints par l’UGTT et par l’ordre des avocats. Donc il faut que les islamistes cessent de nous faire croire qu’ils sont les auteurs de cette révolution pour se donner le privilège d’en être les gardiens légitimes. Chevaucher une révolution à laquelle ces hommes n’ont pas participé est une escroquerie intellectuelle.


Pour finir BCS rappelle que la seule légitimité de ce gouvernement provisoire, il la détient des constituants qui ont sorti de leur rang ses membres ; et qu’elle n’est pas illimitée, puisqu’un engagement écrit leur donne un mandat n’excédant pas une année pour rédiger une constitution ! Au-delà, ils n’ont plus aucune légitimité. 
Par ailleurs, BCS rappelle que la légitimité des urnes n’exempte pas les constituants dont les membre du gouvernement provisoire, de toutes critiques ! C’est çà la démocratie rappelle-t-il.


J’ai pris plaisir à écouter BCS. Dans la salle, il a réussi a faire rire et à émouvoir nombre de tunisiens qui ont apprécié qu’il se soit exprimé dans la langue de chez nous, avec des expressions populaires de chez nous. Ils ont retrouvé en lui le style et l’humour qui font le charme de ce pays et de ses habitants loin des discours de haine et de division que l’on a trop souvent entendus ces derniers mois.
En un mot BCS s’est montré un vrai tunisien, soucieux de l’avenir de son pays et de son indépendance. Il est indépendant de toute idéologie étrangère qu’elle soit islamisme ou panarabisme. Il est et veut rester Tunisien !


Les perspectives qu’ouvre BCS me semblent devoir satisfaire beaucoup de Tunisiens soucieux de ne pas voir leur pays s’enfoncer dans la régression économique, sociale et culturelle.


BCS appelle au rassemblement de tous les tunisiens qui partagent les 9 grands principes suivants :
- l’attachement à l’Etat,
- le maintien intégral de l’article premier de la Constitution de 1959,
- le maintien du drapeau national et de l’hymne officiel,
- la préservation des acquis de la nation depuis l’indépendance et notamment le Code du Statut Personnel,
- l’affirmation de la citoyenneté comme mode de vivre ensemble,
- l’affirmation de la démocratie,
- l’instauration de la justice sociale à travers un développement régional équitable,
- la condamnation de la violence et
- le bannissement de toute exclusion.


Aux réserves qui ne manqueront pas de s’exprimer, il faut rappeler aux Tunisiens qu’en politique, l’ « homme parfait » n’existe pas ! Les septiques devraient méditer en ces temps incertains, ce proverbe : « Le mieux est l’ennemi du bien ».
Car à oublier l’essentiel, ils iront une nouvelle fois à l’échec. Si les islamistes sont de nouveau élus en mars 2013 et donc indiscutablement confortés, il faut être conscient qu’ils seront au pouvoir pour des années et qu’ils créeront dans le pays des dommages irréparables.


Que reproche-t-on à BCS ?
On nous dit qu’il est trop âgé et qu’il faut au pouvoir des hommes et des femmes jeunes qui représentent l’avenir. En effet, c’eût été préférable si un homme ou une femme avait pu émerger et unir toutes les forces politiques et la société civile. Force est de constater qu’aucun leader n’est dans cette position et que seul BCS peut, si on favorise son entreprise, faire une large union absolument nécessaire pour battre dans les urnes Ennahdha et ses comparses.
Par ailleurs l’âge de BCS, est plutôt une chance. D’abord parce qu’il a une sagesse certaine comme l’ont montré ces prestations aux débats télévisés auxquels il a participé et surtout parce que, compte tenu de son âge, il n’y a pas de risque qu’il se maintienne au pouvoir. Il assurera seulement la transition. Et lorsque le danger islamiste sera écarté, les hommes politiques pourront reprendre leur combat légitime. Autrement dit, il y a une urgence et une nécessité : éliminer démocratiquement les islamistes du pouvoir ! Et pour cela BCS est indiscutablement le mieux placé.


On lui reproche aussi d’avoir servi sous Bourguiba et d’avoir été un Ministre de l’Intérieur qui aurait utilisé des méthodes contestables à l’égard de ses adversaires.
Cet homme a évolué. Il n' y a que les imbéciles qui ne changent pas. Il n’est plus tributaire d’un chef comme le fut l’autoritaire Habib Bourguiba. Je le crois sincère de vouloir instaurer une réelle démocratie en Tunisie. De toutes les façons ce ne sont pas Ghannouchi et ses hommes qui le feront ! Et malheureusement, face à eux c'est le vide politique d'une opposition dispersée en une multitude de petits partis et de petits egos.
C'est pourquoi je fais confiance au rassembleur et charismatique BCS.


Les partisans d’Ennahdha qui contestaient en petit nombre l’initiative de BCS, manifestaient devant le Palais des Congrès avec pour unique argument : « RCD-istes », lancé comme une insulte.
C’est un argument de circonstance, un slogan ! Car le RCD a bel et bien disparu et il est clair qu’il ne revivra pas. Même ceux des Tunisiens qui ont été, pour des raisons diverses RCD, savent que le retour à la pratique d’un tel parti est impossible. Alors ne nous laissons pas aveugler par cette sorte de chiffon rouge qu’agitent les islamistes et qui est, en réalité, un moyen pour eux de demeurer seuls sur la scène politique. BCS étant contre la punition collective, admet qu’il ne faille exclure personne dés lors que son cas ne relève pas de la justice.
Ce que BCS dit, Ghannouchi le fait puisqu’il a bel et bien intégré dans son parti des anciens du RCD. Alors pourquoi tant d’hypocrisie ?


Les Tunisiens ne toléreront plus le recours aux anciennes méthodes, ce que BCS sait fort bien si, tant est, qu’il ait une telle tentation.
Je dirai même que son expérience ministérielle et celle de premier Ministre sera très utile lorsqu’il faudra lutter contre la résistance aux résultats des élections que ne manqueront pas de susciter Ennahdha et ses acolytes salafistes. Qui peut être assez naïf pour penser qu’il ne faudra pas des hommes à poigne à la tête de l’Etat, décidés à en terminer avec les dérives de tous les obscurantistes ?


L’échéance du 23 Mars 2013 et les prochaines élections sont un moment absolument crucial dans la vie de la Tunisie ; et sans grandiloquence inutile, le destin du pays se jouera à ce moment là.
La Tunisie est à un point de son histoire où elle doit faire un choix fondamental entre l’obscurantisme salafiste et le progrès ! Il faut choisir !
Or tout ce qui peut faire barrage à l'obscurantisme des salafistes-wahhabites est bon à prendre !
Faire la fine bouche devant un tel danger pour ergoter sur le passé de BCS, n'apporte rien sinon que de laisser se propager le cancer salafiste dans toute la Tunisie !
Tout le reste n'est que bavardage stérile.


Le choix sera, en réalité, très simple et très clair : ou bien la Tunisie souhaitera continuer avec Ennahdha et vivre ce qu’elle vit en ce moment, aggravé probablement dans la mesure où les islamistes se verront confortés par le vote ; ou chasser Ennahdha du pouvoir par les urnes pour installer un pouvoir civil, respectueux des libertés et de la démocratie.
Or pour qu’en effet ce choix clair puisse s’effectuer, il faut qu’il existe un très fort rassemblement derrière un nom. L’émiettement des partis et des candidats : on sait où cela a déjà conduit le pays.
Ce rassemblement fort derrière une personnalité, il est clair qu’il ne peut avoir lieu que derrière Béji Caïd Essebsi et que tout autre chemin serait illusoire et très dangereux pour le pays.


Tous les hommes politiques responsables ainsi que la société civile, soucieux de l’avenir de la Tunisie, leurs réflexions les amèneront à accepter ce schéma, seul capable de sortir la Tunisie du danger : se mobiliser derrière Béji Caïd Essebsi.
Que les Tunisiens délaissent donc pour un temps leurs divisions et garantissent leur avenir et celui de leurs enfants. Il sera temps, après cette période cruciale, de reprendre chacun dans son camp les combats politiques.
Les mener maintenant, serait tout simplement suicidaire.


Rachid Barnat




Présentation de l' "Appel de la Tunisie " par Taieb Baccouche


lundi 11 juin 2012

Jean Soler, l'homme qui a déclaré la guerre aux monothéismes


Jean Soler vient donc d'avoir la bonne idée de faire paraître Qui est Dieu ?. Le résultat est un texte bref qui synthétise la totalité de son travail, pourtant déjà quintessencié, un petit livre vif, rapide, dense, qui propose un feu d'artifice avec le restant de dynamite inutilisé... C'est peu dire qu'il s'y fera des ennemis, tant le propos dérange les affidés des trois religions monothéistes.

Six idées reçues

Jean Soler démonte six idées reçues. Première idée reçue : la Bible dépasse en ancienneté les anciens textes fondateurs. Faux : les philosophes ne s'inspirent pas de l'Ancien Testament, car "la Bible est contemporaine, pour l'essentiel, de l'enseignement de Socrate et des oeuvres de Platon. Remaniée et complétée plus tard, elle est même, en grande partie, une oeuvre de l'époque hellénistique".
Deuxième idée reçue : la Bible a fait connaître à l'humanité le dieu unique. Faux : ce livre enseigne le polythéisme et le dieu juif est l'un d'entre les dieux du panthéon, dieu national qui annonce qu'il sera fidèle à son peuple seulement si son peuple lui est fidèle. La religion juive n'est pas monothéiste mais monolâtrique : elle enseigne la préférence d'un dieu parmi d'autres. Le monothéisme juif est une construction qui date du Ve siècle avant l'ère commune.
Troisième idée reçue : la Bible a donné le premier exemple d'une morale universelle. Faux : ses prescriptions ne regardent pas l'universel et l'humanité, mais la tribu, le local, dont il faut assurer l'être, la durée et la cohésion. L'amour du prochain ne concerne que le semblable, l'Hébreu, pour les autres, la mise à mort est même conseillée.
Quatrième idée reçue : les prophètes ont promu la forme spiritualisée du culte hébraïque. Faux : pour les hommes de la Bible, il n'y a pas de vie après la mort. L'idée de résurrection est empruntée aux Perses, elle apparaît au IIe siècle avant J.-C. Celle de l'immortalité de l'âme, absente de la Bible hébraïque, est empruntée aux Grecs.
Cinquième idée reçue : le Cantique des cantiques célèbre l'amour réciproque de Dieu et du peuple juif. Faux : ce texte est tout simplement un poème d'amour. S'il devait être allégorique, ce serait le seul livre crypté de la Bible.
Sixième idée reçue : Dieu a confié aux juifs une mission au service de l'humanité. Faux : Dieu a célébré la pureté de ce peuple et interdit les mélanges, d'où les interdits alimentaires, les lois et les règles, l'interdiction des mélanges de sang, donc des mariages mixtes. Ce dieu a voulu la ségrégation, il a interdit la possibilité de la conversion, l'idée de traité avec les nations étrangères, et il ne vise pas autre chose que la constitution identitaire d'un peuple. Ce dieu est ethnique, national, identitaire.

Le dieu unique : un guerrier

Fort de ce premier déblayage radical, Jean Soler propose l'archéologie du monothéisme. À l'origine, les Hébreux croient à des dieux qui naissent, vivent et meurent. Leurs divinités sont diverses et multiples. Yahvé a même une femme, Ashera, reine du ciel, à laquelle on sacrifie des offrandes - libations, gâteaux, encens. Pour ramasser cette idée dans une formule-choc, Jean Soler écrit : "Moïse ne croyait pas en Dieu." Le même Moïse, bien que scribe de la Torah, ne savait pas écrire : les Hébreux n'écrivent leur langue qu'à partir du IXe ou du VIIIe siècle. Si Yahvé avait écrit les Dix Commandementsde sa main, le texte n'aurait pas pu être déchiffré avant plusieurs siècles.
Le dieu unique naît dès qu'il faut expliquer que ce dieu national et protecteur ne protège plus son peuple. Il y eut un temps bénit, celui de la sortie d'Égypte, de la conquête de Canaan, de la constitution d'un royaume ; mais il y eut également un temps maudit : celui de la sécession lors de la création de la Samarie, un État indépendant, celui de son annexion par les Assyriens, à la fin du VIIIe siècle, et de la déportation du peuple, celui de la destruction de Jérusalem par le roi babylonien Nabuchodonosor au début du VIe siècle.
Le monothéisme s'impose dans la seconde moitié du IVe siècle. Le dieu des Perses, qui leur est favorable, devient le dieu des juifs, qui souhaitent eux aussi obtenir ses faveurs. Ce même dieu favorise l'un ou l'autre peuple selon ses mérites. On cesse de nommer Yahvé, pour l'appeler Dieu ou Seigneur. Les juifs réécrivent alors le premier chapitre de la Genèse.
Menacé de disparition physique, le peuple juif cherche son salut dans l'écrit. Il invente Moïse, un prophète scribe qui consigne la parole de Yahvé. Il se donne une existence littéraire et se réfugie dans les livres dont le contenu est arrêté par des rabbins vers l'an 100 de notre ère. Les juifs deviennent alors le peuple du Livre et du dieu unique.
Le dieu unique devient vengeur, jaloux, guerrier, belliqueux, cruel, misogyne. Jean Soler associe le polythéisme à la tolérance et le monothéisme à la violence : lorsqu'il existe une multiplicité de dieux, la cohabitation rend possible l'ajout d'un autre dieu, venu d'ailleurs ; quand il n'y a qu'un dieu, il est le vrai, l'unique, les autres sont faux. Dès lors, au nom du dieu un, il faut lutter contre les autres dieux, car le monothéisme affirme : "Tous les dieux sauf un sont inexistants."

Invention du génocide

"Tu ne tueras point" est un commandement tribal, il concerne le peuple juif, et non l'humanité dans sa totalité. La preuve, Yahvé commande de tuer, et lisons Exode, 32. 26-28, trois mille personnes périssent sur son ordre. Dans Contre Apion, l'historien juif Flavius Josèphe établit au Ier siècle de notre ère une longue liste des raisons qui justifient la peine de mort : adultère, viol, homosexualité, zoophilie, rébellion contre les parents, mensonge sur sa virginité, travail le jour du sabbat, etc.
Jean Soler aborde l'extermination des Cananéens par les juifs et parle à ce propos d'"une politique de purification ethnique à l'encontre des nations de Canaan". Puis il signale que le Livre de Josué précise qu'une trentaine de cités ont été détruites, ce qui lui permet d'affirmer que les juifs inventent le génocide - "le premier en date dans la littérature mondiale"... Jean Soler poursuit en écrivant que cet acte généalogique "est révélateur de la propension des Hébreux à ce que nous nommons aujourd'hui l'extrémisme". Toujours soucieux d'opposer Athènes à Jérusalem, Jean Soler note que la Grèce, forte de cent trente cités, n'a jamais vu l'une d'entre elles avoir le désir d'exterminer les autres.
En avançant dans le temps, Jean Soler, on le voit, ouvre des dossiers sensibles. La lecture des textes dits sacrés relève effectivement de la politique. Il interroge donc la postérité du modèle hébraïque dans l'histoire et avance des hypothèses qui ne manqueront pas de choquer.
Le judaïsme, écrit-il, a été en crise cinq fois en mille ans. Il l'est aux alentours de l'an 0 de notre ère. D'où son attente d'un messie capable de le sauver et de lui redonner sa splendeur. Il y a pléthore de prétendants, Jésus est l'un d'entre eux. Ce sectateur juif renonce au nationalisme de sa tribu au profit de l'universalisme. Dès lors, il n'y a qu'un dieu, et il est le dieu de tous. Plus besoin, donc, des interdits qui cimentaient la communauté tribale appelée à régner sur le monde une fois régénérée.
Si Jésus séparait bien les affaires religieuses et celles de l'État, s'il récusait l'usage de la violence et prêchait un pacifisme radical, il n'en va pas de même pour l'empereur Constantin, qui, en son nom, associe religion et politique dans son projet impérial théocratique. Sous son règne, les violences, la guerre, la persécution se trouvent légitimées - d'où les croisades, l'Inquisition, le colonialisme du Nouveau Monde. Pendant ce temps, les juifs disparaissent de Palestine et constituent une diaspora planétaire. L'islam conquiert sans discontinuer et la première croisade, précisons-le, se trouve fomentée par les musulmans contre les chrétiens.
Le schéma judéo-chrétien s'impose, même à ceux qui se disent indemnes de cette religion. Jean Soler pense même le communisme et le nazisme dans la perspective schématique de ce modèle de pensée. Ainsi, chez Marx, le prolétariat joue le rôle du peuple élu, le monde y est vu en termes d'oppositions entre bien et mal, amis et ennemis, l'apocalypse (la guerre civile) annonce le millénarisme (la société sans classes).

Une oeuvre qui gêne

De même chez Hitler, dont Jean Soler montre qu'il n'a jamais été athée mais que, catholique d'éducation, il n'a jamais perdu la foi. Pour Jean Soler, "le nazisme selon Mein Kampf (1924) est le modèle hébraïque auquel il ne manque même pas Dieu" : Hitler est le guide de son peuple, comme Moïse ; le peuple élu n'est pas le peuple juif, mais le peuple allemand ; tout est bon pour assurer la suprématie de cette élection ; la pureté assure de l'excellence du peuple élu, dès lors, il faut interdire le mélange des sangs.
Pour l'auteur de Qui est Dieu ?, le nazisme détruit la position concurrente la plus dangereuse. Jean Soler cite Hitler, qui écrit : "Je crois agir selon l'esprit du Tout-Puissant, notre créateur, car, en me défendant contre le juif, je combats pour défendre l'oeuvre du Seigneur." Les soldats du Reich allemand ne portaient pas par hasard un ceinturon sur la boucle duquel on pouvait lire : "Dieu avec nous"...
On le voit bien, Jean Soler préfère la vérité qui dérange à l'illusion qui sécurise. Son oeuvre gêne les juifs, les chrétiens, les communistes, les musulmans. Ajoutons : les universitaires, les journalistes, sinon les néonazis. Ce qui, convenons-en, constitue un formidable bataillon ! Faut-il, dès lors, s'étonner qu'il n'ait pas l'audience que son travail mérite ?

Accusation

L'accusation d'antisémitisme, bien sûr, est celle qui accueille le plus souvent ses recherches. Elle est l'insulte la plus efficace pour discréditer le travail d'une vie, et l'être même d'un homme. En effet, Jean Soler détruit des mythes juifs : leur dieu fut un parmi beaucoup d'autres, puis il ne devint unique que sous la pression opportuniste ethnique et tribale, nationaliste. Toujours selon Jean Soler, le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d'être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu'aujourd'hui. La vérité du judaïsme se trouve dans le christianisme qui universalise un discours d'abord nationaliste. Autant de thèses iconoclastes !
À quoi Jean Soler ajoute que la Shoah ne saurait être ce qui est couramment dit : "Un événement absolument unique, qui excéderait les limites de l'entendement humain. Effort désespéré pour accréditer à tout prix, jusque dans le pire malheur, l'élection par Dieu du peuple juif ! En réalité, l'existence de la Shoah est la preuve irréfutable de la non-existence de Dieu." Soler inscrit la Shoah dans l'histoire, et non dans le mythe. Il lui reconnaît un rôle majeur, mais inédit dans la série des lectures de cet événement terrible : non pas événement inédit, mais preuve définitive de l'inexistence de Dieu - quel esprit assez libre pourra entendre cette lecture philosophique et historique ?

Renaissance grecque

Jean Soler, on le voit, a déclaré une guerre totale aux monothéismes. Bien sûr, il ne souhaite pas revenir au polythéisme antique, mais il propose que nous nous mettions enfin à l'école de la Grèce après plus de mille ans de domination judéo-chrétienne. Une Grèce qui ignore l'intolérance, la banalisation de la peine de mort, les guerres de destruction massive entre les cités ; une Grèce qui célèbre le culte des femmes ; une Grèce qui ignore le péché, la faute, la culpabilité ; une Grèce qui n'a pas souhaité l'extermination massive de ses adversaires ; une Grèce qui, à Athènes, où arrive saint Paul, avait édifié un autel au dieu inconnu comme preuve de sa générosité et de son hospitalité - cet autel fut décrété par Paul de Tarse l'autel de son dieu unique, le seul, le vrai. Constantin devait donner à Paul les moyens de son rêve.
Nous vivons encore sous le régime de Jérusalem. Jean Soler, solitaire et décidé, campe debout, droit devant deux mille ans d'histoire, et propose une Renaissance grecque. Le déni étant l'une des signatures du nihilisme contemporain, on peut décliner l'invitation. Mais pourra-t-on refuser plus longtemps de débattre de l'avenir de notre civilisation ? Avons-nous les moyens de continuer à refuser le tragique de l'histoire pour lui préférer la comédie des mythes et des légendes ? Nietzsche aurait aimé ce disciple qui va fêter ses 80 ans. Et nous ?

Des dollars du Qatar pour financer un khalifa islamique aux frontières d’Algérie

Le Canard
du 6 Juin 2012, 

Voilà des informations qui n’arrangeront pas les relations déjà tendues entre l’Algérie et l’émirat du Qatari. L’hebdomadaire satirique français Le Canard Enchaîné rapporte dans son édition du mercredi 6 juin que l’émir du Qatar a livré une aide financière aux mouvements armés qui ont pris le contrôle du Nord du Mali. Parmi ces groupes qui ont reçu les dollars qataris figurent le Mujao qui retient en otage 7 diplomates algériens depuis le 5 avril dernier.


Sous le titre « ‘Notre ami du Qatar’ finance les islamistes du Mali », le Canard Enchainé indique que la Direction du renseignement militaire (DRM), qui relève du chef d'état-major des armées françaises, a recueilli des renseignements selon lesquels « les insurgé du MNLA (indépendantistes et laïcs), les mouvements Ansar Dine, Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique) et Mujao (djihad en Afrique de l’Ouest) ont reçu une aide en dollars du Qatar. »
Le journal satirique ne précise pas les montants de cette aide qatarie, pas plus que le mode de son attribution. Toutefois, il avance que les autorités françaises sont informées des agissements des Qataris dans cette partie du Nord du Mali qui partage 1300 km de frontières avec l’Algérie.
En clair : les émirs du Qatar financent des mouvements islamistes armés qui sèment la terreur en Algérie et dans le Sahel ; qui détiennent des otages algériens et qui ont proclamé un khalifa islamique aux frontières algériennes.
Le pétrole du Sahel
Mais il y a mieux encore. Toujours selon le Canard, l’émirat du Qatar a des visées sur les richesses des sous-sols du Sahel. « Des négociations discrètes ont déjà débuté avec Total », le géant pétrolier français pour exploiter à l’avenir le pétrole dont regorge cette région de l’Afrique.






Le MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) et Ansar Dine qui ont reçu ces subsides ont pris le contrôle du Nord du Mali à la faveur d'un coup d'Etat qui a renversé le 22 mars 2012 le régime du président malien Amadou Toumani Touré.
Les deux mouvements avaient annoncé samedi 27 mai leur fusion et proclamé un « Etat islamique » dans la région. Néanmoins, le MNLA a vite fait de renier cet engagement et de se désolidariser de cette initiative. Al Qaïda au Maghreb islamique, dirigée depuis 2004 par l’Algérien Droukdel, qui mène la guerre en Algérie est particulièrement présente en Kabylie et dans les vastes territoires désertiques du Sahel.
Quant au Mujoa (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest), une dissidence d’Aqmi, elle détient sept diplomates algériens enlevés le 5 avril dernier et réclame des autorités algériennes 15 millions d’euros contre leur libération et menace d'actions terroristes en cas de refus de satisfaire ses revendications.
Pétaudière
Bref, une vraie pétaudière qui risque de transformer le Sahel en un nouvel Afghanistan.
Selon le Canard Enchaîné, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, « n’ignore aucune des mauvaises nouvelles arrivées d’Afrique subsaharienne. Et rien de l’implication de ‘notre ami du Qatar’, formule d’un officier de l’état-major, dans la ‘capture’ du Nord du Mali par plusieurs mouvements djihadistes.»

« Au début de cette année, écrit encore l’hebdomadaire, plusieurs note de la DGSE ont alerté l’Elysée sur les activités internationales, si l’on ose dire, de l’émirat du Qatar. Et, sans vraiment insister, diplomatie oblige, sur le patron de cet Etat minuscule, le cheikh Hamad ben Kalifa al-thani, que Sarko a toujours traité en ami et en allié. Les officiers de la DRM affirment eux, que la générosité du Qatar est sans pareille et qu’il ne s’est pas contenté d’aider financièrement, parfois en livrant des armes, les révolutionnaires de Tunisie, d’Egypte ou de Libye. » 
Tensions entre Alger et Doha
Justement, les relations entre l’Algérie et le Qatar se sont refroidies depuis la chute en 2011 des dictatures à Tunis, au Caire et à Tripoli. Les Algériens goûtent ainsi très peu l’aide financière, militaire et le soutien diplomatique apportés par les Qataris à ces trois pays de l’Afrique du Nord ainsi que l’influence prise par cet émirat au sein de la  Ligue arabe.
Ces informations faisant étant d’une aide des Qataris aux mouvements islamistes armés qui ont pris pied au Nord du Mali et leur intérêt pour le pétrole du Sahel ne sont pas de nature à apaiser les tensions entre Alger et Doha.

Farid Alilat






samedi 9 juin 2012

L’instrumentalisation du religieux, poison récurrent du Moyen-Orient


Geaorges CORM 

Les peuples acteurs du printemps arabe se trouvent maintenant confrontés à une contre-révolution dans laquelle s’investissent le triptyque Arabie saoudite-Qatar, États-Unis-
Union européenne et les mouvances islamistes. C’est ce qu’explique Georges Corm, spécialiste de la région. L’économiste et historien libanais revient aussi sur la complexe situation syrienne.
Quel bilan tirez-vous de ce que l’on appelle les printemps arabes ?
Georges Corm. Il s’est effectivement passé de grands événements depuis un an et demi. Ce que j’ai appelé révolte arabe, plutôt que révolution, s’est déroulé en plusieurs phases. D’abord lorsque toutes les sociétés arabes, au cours de janvier, février et début mars 2011, se retrouvent dans la rue, toutes tranches d’âges et toutes classes sociales confondues, pour contester les pouvoirs en place. Elles dénoncent tout à la fois l’autoritarisme politique et le manque de liberté mais, surtout, les conditions socio-économiques et, notamment, le très fort taux de chômage qui caractérise les économies arabes. Celui-ci atteint les 30 % chez les 15-24 ans. Il y avait donc à la fois une demande de dignité sociale et une demande de libéralisation politique. Ces mouvements, qui se sont pratiquement déroulés d’Oman jusqu’à la Mauritanie, ont inspiré aussi différents mouvements européens contestant le néolibéralisme, les politiques d’austérité, la montée du chômage, la précarité de l’emploi des jeunes… On a eu là un très beau moment où les deux rives de la Méditerranée se sont mises à l’unisson pour contester des pouvoirs en place.
Dans une deuxième étape, malheureusement, va se réaliser ce qu’on peut appeler la contre-réaction. L’acte le plus extraordinaire, même si les médias occidentaux en ont très peu parlé, a été l’entrée des troupes saoudiennes à Bahreïn, pour mettre au pas les manifestants qui campaient sur la principale place de la capitale, Manama. Il y a un second dérapage qui a lieu au Yémen (où il faut saluer le rôle capital des femmes dans les manifestations), avec un président, Ali Abdallah Saleh, manifestement soutenu par l’Arabie saoudite. Par la suite, la situation va dégénérer à la fois en Libye et en Syrie. En Libye, il y a l’intervention de l’Otan, avec des bombardements massifs dont on peut se demander s’ils étaient vraiment nécessaires pour chasser le dictateur libyen.
Que se passe-t-il exactement en Syrie ?
Georges Corm. En Syrie, la bataille se déroule sur trois niveaux. Il y a des questions purement locales avec, là aussi, une détérioration des conditions socio-économiques, notamment dans les campagnes. Mais le pouvoir s’est mis dans une posture de déni de ce qui se passe chez lui. La question va ensuite devenir régionale avec des interventions extrêmement brutales de la part du Qatar, de la Turquie et de l’Arabie saoudite. Des pays qui entendent donner des leçons de démocratie au régime syrien ! Enfin, le niveau international où brusquement la Chine et la Russie se révoltent contre l’instrumentalisation du Conseil de sécurité de l’ONU par les États-Unis et leurs alliés. À ce moment-là, la bataille pour la Syrie devient emblématique d’une volonté de briser l’unilatéralisme américain, européen et des pays de l’Otan dans la gestion de la planète. Donc, la situation syrienne devient extrêmement compliquée.
Où se trouve la solution ?
Georges Corm. Aujourd’hui, il n’y a pas de solution au problème syrien ! Vous avez une guerre médiatique, une guerre des images qui est presque sans précédent dans l’histoire des médias où l’on n’a que la thèse du Qatar, de l’Arabie saoudite, des États-Unis, de la France et des autres pays européens. Ce que peut dire le régime politique n’est pas entendu du tout. Bien sûr, même si l’on n’a pas de sympathie pour le régime syrien, ce que je comprends parfaitement, il faut quand même, dans une situation qui est déjà une guerre civile ouverte, écouter ce que disent toutes les parties et pas une seule, si on veut aller vers l’apaisement. J’ai dit déjà qu’il fallait distinguer les plans local, régional et international concernant le problème syrien. Au niveau local, vous avez deux types d’oppositions qui sont très différentes l’une de l’autre et qui s’écartent de plus en plus. Vous avez l’opposition dite de l’intérieur, qui est constituée de très nombreux militants de la première heure opposés au régime, qui ont pu faire parfois plus de dix ans, quinze ans ou vingt ans de prison, tel l’ancien dirigeant communiste Riad Al Turk qui a passé dix-huit ans en isolement. Cette opposition intérieure ne se laisse pas prendre dans les filets des diplomaties occidentales, comme le fait l’opposition de l’extérieur. Le régime a fait des ouvertures, timides, insuffisantes, mais il en a fait. Il a même organisé une séance de dialogue national qui, malheureusement, est restée sans lendemain. Puis, à l’automne dernier, il a permis à l’opposition de se réunir dans les faubourgs de Damas sans que personne ne soit emprisonné.
L’opposition externe est composée de réfugiés politiques ou tout simplement de Syriens établis à l’étranger qui ne se sont pas – pour certains – directement frottés à la rugosité du régime puisqu’ils étaient dehors, et qui se sont tout de suite laissé prendre dans les filets, notamment de la diplomatie turque puis de la diplomatie française, puisque deux figures majeures de cette opposition de l’extérieure sont Burhan Ghalioun, universitaire bien connu en France, et Basma Kodmani, qui a été chercheur à l’Ifri pendant de longues années. Et vous avez des Frères musulmans et des personnalités très hétéroclites, dont souvent on entend parler pour la première fois, qui n’ont pas vraiment de passé politique. Vous avez un Observatoire des droits de l’homme qui s’est mis en place à Londres et qui n’est pas directement sur le terrain. Vous avez cette impression de désordre extraordinaire. On a bien vu aussi de quelle manière ils étaient instrumentalisés avec la constitution d’un groupe dit des « amis de la Syrie », qui s’est réuni en Tunisie d’abord puis en Turquie, maintenant aux États-Unis et bientôt en France. Le Conseil national syrien (CNS), qu’a créé cette opposition à l’étranger, est paralysé aussi par les querelles internes. Par ailleurs, il semble n’avoir aucune influence sur ce qu’on appelle l’Armée syrienne libre (ASL) qui reçoit massivement des armes et une bonne partie d’entre elles à partir du Liban.
Le deuxième volet est évidemment le volet régional. Il n’est un secret pour personne que la diplomatie de l’Otan a un objectif majeur et massif, dissuader l’Iran d’enrichir de l’uranium, couper les liens de la Syrie avec l’Iran et du Hezbollah avec l’Iran. Et, évidemment, assurer la sécurité d’Israël puisque le Hezbollah, par deux fois, a réalisé des exploits militaires contre l’armée israélienne, l’obligeant à se retirer du sud du Liban après vingt-deux ans d’occupation, en 2000, et l’empêchant de revenir réoccuper cette même zone en 2006. Le Hezbollah est d’une certaine façon une puissance militaire considérée comme extrêmement dangereuse pour l’État d’Israël. Donc, l’objectif de la bataille pour la Syrie au niveau régional est évidemment, en cas de changement de régime, de couper l’approvisionnement en armes du Hezbollah à partir de l’Iran, de séparer la Syrie de l’Iran, et donc d’affaiblir considérablement l’Iran en attendant qu’on puisse opérer un changement de régime à Téhéran.
L’aspect international maintenant. La Russie et la Chine estiment que le Moyen-Orient est un carrefour géographique et stratégique trop important – il représente le plus grand réservoir d’énergie du monde – pour qu’ils le laissent à une gestion exclusive des États-Unis et des membres de l’Otan. Ils ont donc décidé de miser le tout pour le tout pour saper l’unilatéralisme américain et européen au Moyen-Orient. En tout cas, ils ne veulent pas les laisser mettre la main sur l’ensemble de la région parce qu’on sait très bien, ici, que les mouvances de type Frères musulmans et fondamentalistes ont donné plus d’un signal aux gouvernements occidentaux sur le fait qu’ils n’étaient pas hostiles à l’Occident. Ils ne parlent pratiquement pas de la question palestinienne, de la souffrance des Palestiniens. Ils sont très souvent néolibéraux en matière de doctrine économique. Vous avez donc cette alliance qui est en train de se cimenter très fortement : Arabie saoudite-Qatar, États-Unis-Europe et forces islamiques diverses sur le terrain dans les pays qui ont connu des révolutions. Voilà où nous en sommes.
La crise syrienne va-t-elle affecter durablement le Liban ?
Georges Corm. Il était clair qu’il serait affecté, notamment à partir du moment où la Turquie ayant largement fait marche arrière par rapport aux positions d’avant-garde qu’elle avait prises sur la question syrienne, on s’est tourné vers le Liban. Pays où les mouvements dits djihadistes ou takfiristes sont en train de prospérer, toujours avec des aides en provenance d’Arabie saoudite et du Qatar, et qui a une frontière commune avec la Syrie, notamment au nord du Liban, qui est à moins de 30 kilomètres de la ville de Homs. On savait, depuis des mois déjà, que des combattants en armes partaient vers les éléments armés syriens anti-régime. Ce qui explique que la bataille de Homs ait été aussi longue. Il est clair que le nord du Liban sert de couloir pour ravitailler en armes les insurgés syriens.
Quel est le rôle du Qatar et de l’Arabie saoudite ?
Georges Corm. Dans le cadre de la contre-réaction, on a une constellation qui est très claire : les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), à la tête desquels se trouvent la très puissante Arabie saoudite et le très dynamique Qatar qui, brusquement, est partout. Cette coalition est composée de ces États qui financent très généreusement, depuis des décennies, toutes les mouvances de type fondamentaliste (salafistes, Frères musulmans…), qui vont les pousser à l’occasion des élections, en Tunisie puis en Égypte. Finalement, on assiste au rapt de ces deux révolutions. C’est d’ailleurs au moment de cette opération de contre-révolution que le Conseil de coopération du Golfe invite les deux autres monarchies arabes, la jordanienne et la marocaine, à devenir membres du CCG. C’est ainsi que, finalement, s’organise toute cette contre-réaction qui rassemble Arabie saoudite, Qatar, Frères musulmans, États-Unis et Europe, là pour confisquer les révolutions. On a d’ailleurs vu, au mois de mai 2011, le sommet du G8, qui s’est tenu à Deauville, consacrer une grande partie de ses délibérations à soi-disant appuyer les révoltes arabes. Ce sommet est passé assez inaperçu alors que tout le monde aurait dû lire attentivement le document du Fonds monétaire international (FMI) qui y a été soumis et approuvé. Il prévoit 30 milliards de dollars d’aide aux deux révolutions, égyptienne et tunisienne, lesquelles aides sont conditionnées, comme d’habitude, par encore plus de réformes de type néolibéral, c’est-à-dire les réformes mêmes qui ont fini par mettre les Égyptiens et les Tunisiens dans la rue !
Peut-on dire que la stratégie des États-Unis est une stratégie pragmatique, prête à composer avec qui prendra le pouvoir pour autant que leurs affaires continuent ?
Georges Corm. La stratégie américaine est toujours dans le sillage de la politique néoconservatrice de George W.Bush. C’est un remodelage du Moyen-Orient qui convient et tranquillise les États-Unis et sécurise définitivement l’État d’Israël sans que ce dernier n’ait à faire des concessions douloureuses. Quiconque aurait écouté attentivement le discours de Barack Obama au Caire, en juin 2009, aurait compris que, en dépit de la citation de quelques versets du Coran et de quelques paroles aimables sur la souffrance des Palestiniens et sur la protection des minorités, il continuait sur la même ligne que son prédécesseur, à part sur l’Irak où il a accéléré le retrait pour mieux se concentrer sur l’Afghanistan. Le rêve d’un Moyen-Orient totalement soumis aux intérêts géostratégiques et économiques de l’Occident politique, qui est incarné par l’Otan, est toujours là. La politique des États-Unis est une politique visant à créer le maximum de dissensions entre sunnites et chiites à l’échelle régionale. Nous en souffrons au Liban, en Syrie, à Bahreïn, partout où vous avez des groupes musulmans qui ne sont pas sunnites mais qui peuvent être alaouites, chiites de différentes obédiences. Au Moyen-Orient, malheureusement, l’instrumentalisation du religieux est installée depuis bien longtemps.

Une voix originale 
La voix de Georges Corm, économiste et historien libanais, est d’autant plus intéressante qu’elle tranche souvent avec le politiquement correct de nombreux analystes, qu’ils soient américains, européens ou même arabes. Auteur de nombreux ouvrages de référence sur la question moyen-orientale – citons l’indispensable Proche-Orient éclaté (Gallimard) et Orient-Occident, la fracture imaginaire (La Découverte). De Beyrouth, où il enseigne à l’université Saint-Joseph, dans un pays multiconfessionnel, il ne pouvait que s’intéresser également à la Question religieuse au XXIe siècle (La Découverte). On lui doit aussi le Nouveau Gouvernement du monde. Idéologies, structures, contre-pouvoirs, toujours aux éditions La Découverte. Il vient d’actualiser un ouvrage là encore indispensable à qui veut comprendre le pays du Cèdre, le Liban contemporain : histoire et société (La Découverte, 2012), où il analyse finement les évolutions récentes de ce pays, 
les tensions auxquelles il est soumis et surtout, 
au regard de l’histoire, ébauche les chemins possibles, 
hors des impasses actuelles où mène le confessionnalisme omniprésent.


jeudi 7 juin 2012

Reconduction tacite du pacte Roosevelt-Ibn Saoud de 1945

GEOSTRATEGIE N°03 de Janvier 2007.
Interview d'Antoine Sfeir, par Samir MEHALLA :

Le pacte entre Roosevelt et le roi Ibn Saoud :
Le 14 février 1945, Roosevelt rencontre le roi d’Arabie saoudite à bord du croiseur américain, Quincy, afin de mettre définitivement un terme à la domination européenne sur place. Inflexible sur certains points, tels que le sort des juifs de Palestine, qui, à ses yeux, doivent rentrer dans leurs pays d’origine, IbnSaoud trouve de nombreux terrains d’entente avec le Président Roosevelt.
Un pacte qui comportait plusieurs aspects décisifs dans la région était né.
Les USA garantissaient la protection du régime saoudien à la fois contre l’Egypte, le vieil ennemi jordanien, le Shah et l’Iran… en somme contre tout danger provenant du Monde arabe, moyennant un approvisionnement en pétrole à prix modérés.

Quelle a été la durée de ce pacte ?
Les compagnies américaines pouvaient s’installer en louant les terrains contre le versement d’une prime
reversée au roi Ibn Saoud, et ce, pour une durée de 60 ans. Ce pacte a été renouvelé récemment, lors de la visite du roi  Abdallah d’Arabie aux EtatsUnis en avril 2005.

Quels sont les aspects décisifs de ce pacte dont vous parliez à l’instant ?
Le Pacte de Quincy avait prévu un partenariat économique commercial et financier. Il amena l’Arabie saoudite à acheter de grandes quantités d’armes aux Américains (35 milliards de dollars de contrat à l’issue de la guerre du Golfe, puis une livraison d’une valeur de plus de 28 milliards de dollars en 1993-2000 selon le rapport annuel sur les transferts d’armes du Congressional Research Service).
Un autre exemple : en 1994, la monarchie saoudienne confia aux Etats-Unis le contrat de modernisation du réseau téléphonique sans même considérer aucune autre proposition. L’ensemble des fonds saoudiens, publics comme privés, investis aux USA, notamment en bons de  Trésor, est estimé à 350 milliards de dollars. Aujourd’hui, tous les établissements bancaires ont créé des filiales pour «traiter» la finance islamique. Les Américains ont été sans aucun doute les premiers dans la course. Les liens entre la famille Bush et celle de Ben Laden consolident l’alliance…

Un pacte de coopération politico-économique essentiellement ?
Les Etats-Unis et l’Arabie saoudite ont toujours fait évoluer des liens étroits de coopération, économique ou
politique. Parmi les circonstances favorables se trouve la Révolution iranienne de 1979. En cette année, la
Mosquée de La Mecque a été attaquée et révéla une Arabie saoudite incapable de garantir la sécurité des Lieux Saints. En décembre, de la même année, l’URSS envahit l’Afghanistan.
C’est dès lors que Washington devint un acteur clé dans la région. Nassif Hitti, ambassadeur de la Ligue arabe à Paris, ironise aujourd’hui encore sur cette situation qui perdure, qualifiant les Etats-Unis de «vingt-deuxième membre de la Ligue».
Mais c’est surtout dans la relation avec Israël que le poids des Etats-Unis est perceptible.
Certains dirigeants, à l’image de Théodore Roosevelt, avaient promis de ne pas soutenir le projet du sionisme naissant, à l’époque. Il y a entre autres l’histoire de la Shoah qui a renversé la donne.
L’Occident s’est senti coupable. Cette reconnaissance, même tardive des Etats-Unis de l’Etat hébreu, a fait que le soutien des Etats-Unis est comme une obsession, surtout dans l’esprit des populations arabes. Mais l’histoire est beaucoup plus complexe. Au sein de la Maison Blanche, les réticences étaient présentes en 1947 et le Président Truman n’apporta son appui à l’Etat hébreu qu’au dernier moment.
Ses conseillers, parmi lesquels le secrétaire d’Etat à la Défense George C. Marshall, s’opposèrent fermement à toute reconnaissance. Truman avait des préoccupations de politique interne plus que des considérations géostratégiques. C’était le poids du lobby juif, actif déjà sous Truman. Il justifiait ses positions pro-israéliennes en disant à ses ambassadeurs en poste dans les pays arabes : «Je suis désolé, messieurs, mais j’ai à répondre à des centaines de milliers d’Américains qui se soucient du sionisme, je n’ai pas des centaines de milliers d’arabes parmi mes électeurs». 

Revenons à l’histoire de l’invasion américaine de Irak, quelle en est votre analyse ?
A tous points de vue, les Irakiens sont écartés du grand projet de la reconstruction et la libération est
aujourd’hui synonyme de paupérisation et de frustration. Les bruits de bottes américains, envahissant l’Irak, se faisaient sentir dès la guerre d’’Afghanistan. Il ne faut pas se leurrer sur cette guerre et on peut en discuter. Si elle s’est révélée désastreuse, à bien des égards, certaines entreprises privées américaines
ont su tirer leur épingle du jeu. Pour s’en rendre compte, il faut s’attarder sur les plans politique et économique.
C’est au cœur des populations elles-mêmes, et sur les sociétés arabes en général, que les effets de cette guerre se font le plus ressentir. La paix dans l’avenir aura bien du mal à s’installer dans la région. Revenons au discours du président américain du 29 janvier 2002 où il plaçait l’Irak dans l’«axe du mal», aux côtés de l’Iran et la Corée du Nord. A aucun moment il ne fut question de l’Arabie saoudite, pourtant mère patrie des 15 sur les 19 terroristes du 11 septembre et financièrement bien connue des mouvements islamistes les plus radicaux dans le monde. Ainsi, alors que la Corée du Nord jouait la provocation, en se moquant des menaces américaines, et que l’Iran faisait savoir que son programme nucléaire avançait, c’est l’Irak qui a porté la casquette de la guerre “préventive”. 

Certains, y compris en Europe, continuent de qualifier cette invasion comme une action libératrice et/ou d’opération de démocratisation, qu’en pensez-vous ?
C’est une occupation.  A ce jour, pour mesurer le degré de la résistance irakienne, plus de 100.000 Irakiens
sont morts, en plus d’une situation, sociale et économique catastrophique.
Les deux administrateurs, Jay Garner et Bremer, se sont vite empressés de quitter l’Irak. Ceci dit, il est clair que le coût de cette guerre d’occupation est faramineux, mais toujours est-il que ce sont les entreprises privées américaines qui en tirent le plus grand profit : l’exclusivité de la reconstruction de l’Irak. 
Rien pour les Irakiens et à titre d’exemple, à ce jour, l’Etat américain n’a attribué qu’un seul milliard (de
don) sur les sept promis à l’Irak pour 2004. Certains ministres se sont plaints de cette situation et des
contrats faramineux attribués aux entreprises américaines. De nombreux cas avérés de corruption dans les cotations de projets attribués par les Américains ont également été dénoncés. Rappelons que c’est à
Halliburton, premier équipementier mondial d’installations pétrolières (et dont Dick Cheney fut le président),
que les contrats pétroliers ont vite été attribués. A tous points de vue, les Irakiens sont écartés du grand projet de reconstruction et la libération est aujourd’hui synonyme de paupérisation et de frustration. 
Face à cette situation, il y a la «rue arabe» qui se réveille de jour en jour. Pourra-t-elle inspirer un vrai mouvement libérateur ? 
Parlons premièrement des dirigeants arabes. La rue les accuse de ne pas avoir fait honneur à l’héritage. Ils se sont contentés de discours, parfois même contraires à leurs actes. La rue a manifesté son désaccord et sa colère. Les sociétés arabes, après toutes ces humiliations, semblent ne faire qu’une.

Mais, finalement, l’invasion de l’Irak est-elle une guerre pour le pétrole ?
“Les Etats-Unis planifient une nouvelle redistribution des cartes dans la région, afin d’être moins dépendants de l’Arabie saoudite, d’établir une nouvelle zone d’influence américaine et de réduire l’influence de l’OPEP”
L’attaque israélienne du 12 juillet 2006 a fait tomber les masques... On parle de l’éclatement communautaire
de l’Irak en créant plusieurs Etats «croupions» fondés sur des appartenances ethniques.
En 2001, le Proche-Orient produit 30,6% de la production mondiale et détient 65,54% des réserves connues.
L’OPEP souffre d’un manque de cohésion et de lignes directrices. En 2000, l’Asie (hors-Japon) est devenue le premier client du Moyen-Orient avec 117 milliards de dollars. De nouveaux clients apparaissent et la demande en hydrocarbures se renforce. 
Dans ce cadre, loin des intentions démocratiques, les Etats-Unis planifient une nouvelle redistribution des
cartes dans la région, afin notamment d’être moins dépendants de l’Arabie saoudite, d’établir une nouvelle zone d’influence américaine et de réduire l’influence de l’OPEP. Il s’agit d’accéder à de nouvelles réserves à moindre coût de production, de maîtriser les prix et de sécuriser certaines voies d’acheminement de gaz et de pétrole.
L’Irak, deuxième réserve mondiale en hydrocarbures, leur permettait leurs plans. Deux mois après le renversement de Saddam, les objectifs affichés étaient d’amener la production à 3 millions de barils/jour avant la fin 2004, puis de 3 à 6 Mb/j dans les cinq ans. Ils n’ont toujours pas réussi à atteindre leur objectif. Je pense que le peuple irakien ne le permettra pas. 

La problématique de l’Etat hébreu y est-elle pour quelque chose ?
C’est une hypothèse qui ne manque pas de pertinence. Depuis la première guerre du Golfe, les Etats-Unis
ont obtenu les accords d’Oslo et surtout l’accord militaro-économique de 1996 entre Israël et la Turquie. Après la neutralisation de la région, l’affaiblissement de la Syrie, seul l’Irak demeurait dangereux pour Israël. 
L’attaque israélienne du 12 juillet 2006 a fait tomber les masques de la combine qui se mijote dans la région.
On parle ouvertement de l’éclatement communautaire de l’Irak en créant plusieurs Etats «croupions» fondés sur des appartenances ethniques :
- un Etat kurde au nord de l’Irak ;
- un Etat arabo-sunnite dans le «triangle sunnite» irakien ;
- un Etat Chiite au centre et au centre-sud 
- un Etat chrétien fondé sur les bases de l’ancienne wilaya d’Alep, à Moussoul
- un Etat druze dans le djebel, le Golan et la Bekaa-ouest
- un Etat pour les alaouites syriens
- une enclave arabo-sunnite autour de Damas  
- un Etat chrétien dans les montagnes libanaises
- un Etat chiîte au Sud-Liban 
Le comble est que ces populations accepteraient cette division, sauf peut-être les alaouites sunnites.
Les Etats «croupions» auront pour gendarme Israël et les forces américaines placées en Irak.

Samir MEHALLA.

mercredi 6 juin 2012

Il y a OULÉMAS et oulémas !

Les intellectuels d'aujourd'hui correspondent à ce qu'on appelait les oulémas aux siècles derniers. 

Ces oulémas étaient des sommités du savoir de leur temps. Il étaient pluridisciplinaires. Ou du moins touchaient à beaucoup de domaine du savoir. 

Ainsi ils connaissaient la littérature de leur époque, la poésie, la philosophie, la théologie, les sciences, les mathématiques, l'astrologie....voir la médecine. Certains théologiens sont devenus juristes et contribuèrent à la complexification de la chariâa déjà ancienne, pour lui adjoindre leur propres exégèses (ijtihad) et leurs propres « fatouas » (jurisprudences). 


Ce qui était possible, vu que l'accès au savoir et aux études était limité en ces temps là. Souvent réservé qu’à l’élite. 
Elite que le pouvoir consulte, car elle s'intéresse à la politique de son époque. 
Ainsi certains de ces oulémas se sont vus attribués des charges dans la conduite des affaires du royaume : gouverneur, cadi (juge)…. 
Et d'autres sont consultés en tant que jurisconsultes pour émettre des fatouas souvent pour servir un sultan….ou pour le desservir et le détruire !

De nos jours beaucoup d’appelés mais peu d’élus, se proclament oulémas. 
Supercherie que dénoncent nos intellectuels comme le Pr Talbi, le Pr Charfi….

Les pseudo oulémas de notre époque ne possèdent pas leur « humanité » comme ceux dont ils se prétendent les continuateurs; qui eux, étaient polyvalents et maîtrisaient bien les « humanités » de leurs époques !
Ceux d'aujourd'hui, croient qu’il leur suffit d’apprendre par cœur le coran et de connaître un rayon dans une chariâa complexe, par tant de commentaires et de jurisprudences souvent contradictoires, parce qu'émanant d’oulémas n’obéissant pas à la même obédience, pour en être !! 
Ils n’ont de Oulémas que l’habit ! 

Croient-ils que l’habit fait le moine et qu’il suffise de s’enturbanner le chef et de se déguiser en enseignant Zeitounien, pour en être ? 
La réalité, leur discours trahit leur lacunes abyssales des savoirs de leurs époques….. 

S’ils ne peuvent connaître tant de domaines du savoir comme leurs prédécesseurs, ni les approfondir comme eux, parce qu'ils se sont développés depuis et se sont enrichis par d’autres apports depuis qu’ils se sont « ouverts » au plus grand nombre ; néanmoins ils auraient pu s’y intéresser pour comprendre les textes religieux à leur lumière !
Mais en tant que salafistes, cela ne les dérange nullement ; puisque le seul savoir que prône le salafisme se réduit aux textes sacrés : Coran et Chariâa. 

Et c’est là où le bât blesse et met en colère nos chers intellectuels Talbi, Charfi… qui nous rappellent le sacrilège de ces pseudo oulémas qui associent la paroles de l’homme (la chariâa) à celle d’Allah ! Ce qui est une apostasie !!!
Et de dénoncer leur supercherie, qui consiste à dire que la chariâa est une émanation du coran puis qu’elle l’explicite !

Et ces à ces nouveaux oulémas qui se prennent pour les intellectuels des temps modernes, que les salafistes wahhabites s'adressent pour demander conseils et au besoins des "fatouas" pour appuyer leur action politique .... et au besoin d'éliminer leurs opposants.

Rachid Barnat

dimanche 3 juin 2012

L’avenir de la démocratie en Tunisie

Manifeste des intellectuels tunisiens

Tunis, le 1er juin 2012,
L’horizon d’espérance que la révolution tunisienne a ouvert est en train de s’obscurcir. L’esprit de liberté qui l’a animé subit chaque jour de graves atteintes qui instaurent un climat d’intimidation et de violence. Six mois après l’élection de l’Assemblée constituante, la Tunisie connaît une situation qui inspire de grandes inquiétudes.

Les signataires du présent manifeste estiment de leur devoir d’alerter leurs concitoyens sur le danger qui guette. Nous ne pensons pas que les menaces actuelles sont dues aux difficultés propres à toute transition démocratique. Nous les attribuons aux violations délibérées des principes mêmes de la démocratie naissante.

Ces atteintes proviennent du parti Ennahda et du gouvernement qui en est l’émanation. Nous avons espéré que les transformations que ce parti islamiste déclarait avoir accomplies étaient réelles. Beaucoup de Tunisiens ont parié que ce mouvement pouvait être porteur d’une conception démocratique inspirée par l’islam. Or, les discours et les actes démontrent le contraire. Une volonté hégémonique vise à s’emparer de tous les pouvoirs. L’idéologie islamiste avance pour imposer à la société tunisienne son ordre dogmatique.
Dès que les résultats des élections d’octobre 2011 ont été connus, alors même que la majorité obtenue par le parti Ennahda est relative, ses leaders se sont crus investis d’un pouvoir sans limite. Ainsi, avons-nous assisté à l’annonce fulgurante de l’entrée dans le règne du 6ème Califat, ce qui signifie l’abolition de l’Etat tunisien et de la République. Sa profération n’est pas hasardeuse. Elle est l’expression d’un projet ancien auquel les islamistes n’ont pas renoncé. Depuis, de très nombreux actes et déclarations le confirment. Seul le rejet résolu de la société tunisienne a obligé, chaque fois, Ennahda à reculer, à temporiser, à différer l’achèvement de son projet.
Alors que la Charia comme source des lois était absente du programme électoral de ce parti, les Tunisiens ont vécu pendant plusieurs mois sous la menace de son introduction dans la constitution. Une telle mention aurait eu de graves conséquences sur le code du Statut Personnel — qui est la constitution civile des Tunisiens. Ainsi auraient été mises en cause l’égalité des femmes et des hommes et la non-discrimination pour raison d’appartenance confessionnelle. Encore une fois, la résistance de la société a contraint Ennahda à reculer. Mais nous savons que le retrait de ce projet n’est que tactique. Les responsables islamistes n’abdiquent pas. N’ont-ils pas envisagé la création dans la constitution d’un Conseil supérieur de l’iftâ’ (Emetteur de fatwas), dont la fonction serait d’examiner la validité des lois au regard de la norme religieuse ? Son institution lui aurait donné une prévalence sur les pouvoirs législatif et judiciaire et sur le Conseil constitutionnel.
Une autre stratégie est déjà mise en oeuvre, celle qui cherche à introduire la norme religieuse au cas par cas. C’est le sens des déclarations de ministres et de parlementaires ciblant le droit de la famille, telles que l’abolition de l’adoption, les incitations à contourner le mariage civil par le recours au mariage coutumier (‘orf) interdit par la loi républicaine parce qu’il fragilise la situation des femmes, tout en légalisant de fait la polygamie.
L’exhortation par l’un des fondateurs d’Ennahda, en pleine session parlementaire, à « tuer, crucifier, amputer » les protestataires, en référence aux châtiments corporels (hudûd), illustre la tendance rétrograde de ce mouvement. C’est également le cas concernant l’invocation de l’ordre moral (hisba). Le ministère de l’intérieur a accordé son agrément à une association dont le but déclaré est d’instaurer la police des moeurs. Celle-ci s’arrogerait le droit d’intervenir dans la vie privée et d’annuler l’autonomie subjective du citoyen.

Avec toutes ces dispositions se mettrait en place un ordre juridico-religieux antagonique à celui de l’Etat. Derrière ces initiatives, se révèle le dessein d’annihiler le processus historique de la modernisation qu’a connue la Tunisie dès le XIXe siècle. Les gouvernants actuels s’évertuent à démanteler les principes émancipateurs qui ont transformé le pays jusqu’à le rendre apte à conduire la révolution de janvier 2011.
En effet, la révolution tunisienne ne se limite pas au soulèvement contre la dictature de Ben Ali et du parti unique. Elle s’inscrit dans la suite logique des réformes politiques fondamentales, impulsées par de nombreuses figures des Lumières.
Les agissements d’Ennahda portent les traits d’une contre-réforme qui veut nous dépouiller des acquis en mettant fin à l’exception tunisienne dans le monde arabe. Cette contre-réforme voilée par un discours ambigu, apparaît aujourd’hui dans les faits. L’accès temporaire au pouvoir d’Ennahda l’a amené à croire qu’il est en mesure de rattacher la Tunisie à l’aire de l’islam salafiste. Foi et norme,
religion et droit s’y confondent au détriment de l’Etat civil. Toute l’histoire contemporaine de la Tunisie affirme la mise en oeuvre de leur séparation.
La société tunisienne contemporaine résulte du processus d’émancipation qui dure depuis un siècle et demi, si nous prenons comme repère le Pacte fondamental de 1857 et l’édiction en 1861 de la première constitution dans le monde arabe. Le refus qu’elle oppose aujourd’hui à l’entreprise d’Ennahda se confirme quotidiennement, à travers les manifestations publiques, les réseaux sociaux,
les institutions.

Au cours des derniers mois, Ennahda a entrepris un plan d’offensive généralisée contre les lieux et les figures de la modernité. Ainsi en est-il des attaques contre l’université par des fanatiques exaltés, des violences verbales et physiques contre les enseignants, les journalistes et les sièges des médias. La volonté de contrôler l’information se manifeste à travers l’organisation de procès liberticides et par la menace de privatiser les radios et télévisions publiques que les gouvernants actuels ne parviennent pas à asservir. L’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT) a subi un harcèlement ordurier. Les agressions contre les intellectuels, les artistes, les universitaires, les acteurs politiques se sont multipliées. Des appels au meurtre s’élèvent de mosquées transformées en lieux de sédition et d’activisme politico-religieux.
Les violations touchant l’intégrité des institutions et des personnes ne suscitent ni l’intervention de la police qui observe les exactions sans agir, ni des poursuites judiciaires. En revanche, des médias sont condamnés à l’instar de la chaîne de télévision Nessma ou du journal
Tounsia. La liberté de la presse est ainsi assimilée à un délit qui entame le sacré ou les bonnes moeurs. A l’opposé, le militant salafiste qui a profané le drapeau national bénéficie d’un sursis des plus indulgents.

Il est clair qu’Ennahda, qui détient tous les ministères de souveraineté, organise la défaillance de l’autorité de l’Etat dans le but de créer un climat d’insécurité pour intimider ceux qui s’opposent à ses visées hégémoniques. Mais la mobilisation contre ces pratiques n’a jamais fléchi. Les citoyens se sont avérés inventifs dans leur vigilance démocratique. Autonomes, spontanés, ils sont chaque fois au
rendez-vous. Ils furent nombreux, lors des manifestations du 20 mars, du 9 avril, du 1er mai, pour affirmer leurs refus de la régression et leur attachement à la liberté. Ils aspirent à poursuivre un processus historique orienté par une rationalité démocratique, juste et paisible, où les reconstructions de l’identité s’inspirent de la liberté.

Plusieurs mois d’exercice du pouvoir montrent l’incapacité du gouvernement à restaurer la paix sociale et la sécurité publique, ainsi que son échec à impulser l’investissement national et étranger. La récente dégradation de la note souveraine de la Tunisie témoigne de cette incapacité et atteste de la gravité de la situation. Les principes démocratiques sont réduits à une arithmétique de la
majorité qui l’autorise à soumettre l’ensemble de la société à sa propre vision. La prévalence donnée au religieux sur le politique est on ne peut plus patente.
De même, le discours de l’identité ethnique et confessionnelle envahit le pays. Cette propagation du fanatisme est exacerbée par les prédicateurs les plus archaïques et les plus haineux du Moyen-Orient qui sont reçus en maîtres à penser. Aux yeux d’Ennahda, la tunisianité est secondaire par rapport à cette identité exaltée. Celle-ci couvre l’opération qui cherche à s’emparer de la grande mosquée de Tunis, la Zitouna, pour l’aligner sur l’idéologie wahhabite. Foyer de la Tradition, la Zitouna appartient au patrimoine national. Nul ne peut s’autoproclamer légitime dans le seul but de l’instrumentaliser et de la détourner de sa vocation mesurée.
Aussi n’est-il pas étonnant que les autorités actuelles manifestent si peu d’empressement pour protéger les symboles de la nation. En témoigne l’étudiante de la faculté de Manouba défendant le drapeau tunisien contre le fanion du salafisme, devant des forces de l’ordre impassibles. De même, peut-on observer la passive complicité des ces mêmes autorités face à l’inquiétante recrudescence de
la violence salafiste.

Une autre source d’inquiétude concerne les alliés d’Ennahda, plus particulièrement les présidents provisoires de la République et de l’Assemblée constituante. Leur appartenance au camp des démocrates laissait supposer qu’ils rempliraient une fonction critique assumant la séparation du politique et du religieux, afin de modérer et corriger la volonté hégémonique d’Ennahda. Or, l’exercice de cette fonction faiblit.
Le soupçon s’est renforcé, lorsque après les violences du 9 avril contre des manifestants pacifiques, le président provisoire de la République a renvoyé dos à dos victimes et agresseurs. Les deux présidents sont-ils encore les alliés vigilants des islamistes ou se sontils transformés en supplétifs impuissants ?
Nous ne pouvons être sans crainte sur l’avenir de la démocratie, lorsque nous voyons le gouvernement d’Ennahda recourir à des partisans incompétents pour remplir de hautes charges dans l’administration publique. Ceux-ci se substituent aux grands commis de l’Etat qui sont écartés malgré leur qualification et leur intégrité. Ne distinguant pas entre l’Etat et le gouvernement, l’autonomie de l’administration est niée.
La volonté de domination se manifeste concernant la haute instance des élections, puisque sa composition devra, selon eux, refléter celle de l’Assemblée nationale constituante. Comment assurer la neutralité nécessaire au déroulement des élections si la haute instance qui les organise passe sous le contrôle du parti majoritaire ?
Les atermoiements devant la nécessité de séparer les pouvoirs constituants de l’Etat, en garantissant l’indépendance de la justice et de l’information, rappellent les procédés malins de l’ancien régime.
Le flou maintenu sur la prochaine date des élections est un signe supplémentaire d’inquiétude.
Quoi qu’il en soit, au regard du décret qui a convoqué les élections de l’Assemblée constituante pour siéger pendant un an, cette assemblée, ainsi que le gouvernement qui en est sorti, seront le 23 octobre 2012, hors le cadre légal qui les a rendus possibles. La légitimité absolue n’existe pas dans un Etat de droit. Les élections n’accordent pas l’exercice du pouvoir sans des échéances fixées à l’avance. La lenteur adoptée par la majorité islamiste ne voilera pas la rupture du contrat politique. Elle engendrera une perte de confiance et un accroissement des tensions dans le pays.

Ce constat, qui repose sur des faits, paroles et actes mêlés, est d’autant plus angoissant que la perspective d’une alternance ou d’un équilibrage des forces paraît incertaine. Cette incertitude contrarie la demande politique des Tunisiens. Elle provient de l’incapacité des partis républicains à incarner l’alternance attendue. L’atomisation des forces démocratiques et républicaines ne peut que faciliter la stratégie hégémonique d’Ennahda. Elle lui laisse pour l’instant toute l’initiative. Les acteurs politiques le savent, mais le narcissisme et le choc des egos entravent leur démarche.
La vitalité de la société civile, notamment exprimée à travers la formidable capacité des militants de la blogosphère et des associations, a besoin d’être relayée par des partis puissants. L’émergence d’une nouvelle alliance républicaine obligerait Ennahda à réviser sa stratégie. Un tel redéploiement des rapports de force raviverait, à l’intérieur de la mouvance islamiste, le courant animé d’un authentique désir d’adapter sa foi aux conditions d’une démocratie moderne, et non l’inverse. Ces partis et les nombreuses listes indépendantes n’étaient pas excusables, lors des dernières élections, d’avoir compromis les chances d’un résultat conforme à la sensibilité politique du pays. Ils le seront encore moins pour les prochaines échéances. L’émiettement des partis républicains dilapide les espérances de la révolution.