samedi 14 décembre 2013

Laïcité inclusive : la France des Lumières brûle

France, ta laïcité fout le camp !
R.B
Aujourd'hui, un rapport sur l'intégration a été remis à Jean-Marc Ayrault. Il est le fruit de cinq groupes de travail réunissant des représentants d'associations, des fonctionnaires, des syndicalistes et des chercheurs. Ce rapport fourre-tout couvre différentes questions relatives au vivre ensemble, à la protection sociale, à la connaissance et à la mémoire collective, aux mobilités sociales et à l'habitat.
Alors vous allez me dire: "encore un énième rapport sur l'intégration !"... et bien non, ce rapport présente une singularité dangereuse pour notre pacte Républicain car il propose de repenser nos politiques d'intégration, en commençant notamment par l'école, en opposant laïcité néo-républicaine et laïcité inclusive.


Très clairement cela signifie qu'il faut mettre fin à la neutralité religieuse de l'Etat particulièrement dans les écoles, et mettre en place une société communautarisée. Ce changement de cap annoncé, quelques jours après la journée de la laïcité a de quoi nous laisser pantois...Comment a-t-on pu en arriver là ?



Le contexte du rapport



Après la dissolution du Haut Conseil à l'intégration (HCI), le 24 décembre 2012, Jean-Marc Ayrault a fait part de son intention de "renouveler en profondeur l'approche des questions d'intégration en France".

Ensuite, durant l'été, un rapport du HCI sur le voile à l'université a fuité et a fait grand bruit ... rappelons qu'à l'époque Manuel Valls appuyait fermement le principe de laïcité, même à l'Université ... Enfin, il y a eu l'interpellation d'une femme portant le voile intégral à Trappes .... Et c'est là que l'instrumentalisation commence ... Un nouveau concept apparaît dans le paysage politique et médiatique français : l'islamophobie.


Alors que nous pouvions légitimement nous attendre à un message anti-raciste classique, au contraire nous sommes face à un projet politique d'exclusion, curieusement lui-même raciste. La volonté de ce mouvement est l'inscription de lois et de dérogations particulières pour un groupe d'individus dont le dénominateur commun serait une certaine pratique de la religion. Leur étendard c'est la lutte contre la laïcité, qu'ils caricaturent comme un principe prétexte à l'exclusion politiquement correcte des musulmans.

Selon eux, la laïcité et les lois garantissant son épanouissement dans l'espace public, notamment par l'interdiction du voile islamique à l'école publique et de la burqa dans l'espace public, serait une entrave à la liberté religieuse garantie par la Déclaration universelles des droits de l'homme et du citoyen. En cela, la laïcité serait le cache sexe de l'exclusion institutionnalisée des musulmans par la République. Le message à la jeunesse est "jeune musulman la France ne t'aime pas car tu es musulman, la France refuse ta religion alors qu' elle accepte celle des autres. Rebelle toi, rejoints nous et faisons plier cette République islamophobe".


La ficelle est grosse pour ne pas dire grossière ... mais peu importe pour les bobos de gauche et un Gouvernement Ayrault à l'agonie, tout est bon à prendre ! Eux la cohésion républicaine, la laïcité, la neutralité religieuse de l'école ... ils s'en contrefichent.

Tout est bon à prendre pour diviser la droite et faire monter le FN. Il s'agit d'un calcul minable de conseillers de cabinet à la petite semaine : "brandissons le chiffon rouge du communautarisme, ça fera monter le FN et perdre la droite républicaine ... et les pauvres enfants issus de l'immigration, on les fait rêver mais au final, on ne fera rien pour eux"! Cela s'appelle le cynisme de gauche, dont le père spirituel était François Mitterrand ...


Le contenu du rapport



Ce dernier, comme bon nombre de rapports remis à Matignon sous la gauche, étale tout d'abord un certains nombres d'aberrations "boboïsantes" au coût indéterminé... Par exemple, le conseiller d'Etat Thierry Tuot, en charge du rapport, préconise: la création d'une autorité indépendante de lutte contre les discriminations sociales et ethno-raciales, d'une instance de pilotage des politiques publiques en matière d'intégration, d'un institut national et d'un fond d'investissement, d'un délit de harcèlement racial ou encore une Cour des comptes de l'égalité.

Bref, vous l'aurez compris, on retrouve là, la machinerie administrative socialiste classique : créer des agences pour recaser les copains du milieu associatif, des syndicats et des partis...qui payera la facture ? Nous bien sûr !
Doit-on rappeler à Monsieur Tuot que le délit d'incitation à la haine raciale existe dans le code pénal? Doit-on rappeler à Monsieur Tuot que le Défenseur des droits existe? Doit-on lui rappeler que l'Acsé existe? Doit-on-lui rappeler le nombre vertigineux d'observatoires qui existent en la matière? Monsieur Tuot a-t-il une idée du coût de ces structures...sans doute serait-il bien inspiré de demander une mobilité à la Cour des Comptes pour être éclairé...
Mais là n'est pas le plus grave... Le rapport "faire société commune" s'en prend frontalement à la question de la laïcité à l'école, et plus précisément à l'encadrement des sorties scolaires. Il prend l'exemple de la circulaire "Chatel" du 27 mars 2011, qui établit que les parents accompagnateurs sont soumis au principe de laïcité. Selon le rapport, "cette circulaire se fonde sur une approche de la laïcité (...) orthodoxe ou néo-républicaine attachée à rappeler de façon descendante et universelle ses principes", estiment les auteurs. Pour eux ce texte est discriminatoire, car fondé sur un critère d'appartenance religieuse. On marche sur la tête! C'est précisément pour exclure le religieux de la sphère scolaire qu'il avait été adopté...
LIRE AUSSI:Copé s'insurge contre un rapport sur l'intégration, Ayrault le qualifie d'"irresponsable" et "menteur"
Les auteurs aspirent à "une conception inclusive et libérale de la laïcité, sensible à la fois aux contextes et aux conséquences de sa mise en pratique. Pour eux : "Faire société commune dans ces conditions ne présuppose pas que ce qui fait le commun soit prédéterminé, pré-établi par la société majoritaire et ses élites mais au contraire soit le fruit d'un processus à la fois ascendant et descendant, fait de coopérations, de compromis, d'apprentissages réciproques, de confrontations pour in fine constituer le commun comme nouvelle forme d'universalité au bénéfice de tous". 
Tirant les conséquences de cette nouvelle approche de la laïcité, le rapport propose de revoir l'ensemble des circulaires et textes de loi "qui comportent des mesures discriminatoires ou dont les effets induits sont des processus discriminatoires".

Que de mensonges, que de manipulations ... sous couvert de bien-pensance, pour ne pas dire de condescendance à l'égard des populations issues de l'immigration! Comme par hasard, à la veille des élections municipales. Je prends le pari que bientôt madame Hidalgo, s'inspirant de Madame Aubry, va proposer des horaires de piscine réservés aux femmes voilées dans les piscines parisiennes ! La lâcheté socialiste à l'approche des élections est un classique certes...mais tout de même, au point de plaider pour une société communautariste et un retour à l'obscurantisme religieux : je suis atterrée.


La laïcité n'est pas liée aux difficultés de notre modèle intégratif



Il faut arrêter de se mentir et surtout de cacher nos échecs derrière un principe. L'intégration de certaines personnes en France peut poser un problème. Cela est une réalité. Mais les racines de ce problème ne sont pas à chercher dans le principe de laïcité. C'est plutôt vers le laxisme de nos institutions et le jeu pervers d'une partie du monde associatif qu'il faut rechercher. Pendant trop longtemps, on a laissé des critiques incessantes à l'égard de notre culture et de la société française. Les responsables de la fameuse "intégration à la carte" ou bien encore de l'ascenseur social cassé » sont ceux qui, depuis des décennies, fondent leur approche du sujet de l'immigration-intégration sur la mise en cause de la société d'accueil, qui serait une société fermée et raciste. Ces derniers portent une part de responsabilité dans le désastre de l'intégration-assimilation à la française.


Depuis de trop nombreuses années, certains dirigeants politiques français, notamment de gauche, ont fermé les yeux sur la montée de communautarisme et des intégrismes religieux, particulièrement l'intégrisme islamiste. Ces communautarismes sont montés en France pour deux raisons essentielles : tout d'abord une forme de culpabilité post-coloniale très judéo-chrétienne et enfin un calcul politique erroné de cantonnement du Front National. L'exemple le plus criant de cet abandon de la laïcité est la question du voile. Le voile dans notre espace public (et pour moi les universités et les entreprises en font partie) est une aberration à l'égard même de ce qu'est la définition de la laïcité par les pères fondateurs de la troisième République. Enfin, c'est également une aberration au regard de l'égalité hommes-femmes, qui je le rappelle, est le seul réel marqueur politique de progrès d'une civilisation.

La maison France brûle et nous la regardons dans une forme d'indifférence et d'individualisme abject, que je ne saurais accepter. La France est en train de brûler ces papiers d'identité et si cela continue, elle se retrouvera comme un clandestin dans le concert des nations. Seul un sursaut Républicain collectif pourra éviter cette inévitable chute.
                                                                 ***

LES PETROMONARQUES DOIVENT JUBILER !
Ce qu'ils espéraient, quelques abrutis prétendu experts, le leur accordent ... enfin !
Certains dirigeants politiques français, notamment de gauche, ont fermé les yeux sur la montée du communautarisme et des intégrismes religieux, particulièrement l'intégrisme islamiste.
Et surtout ils ont fermé les yeux sur la wahhabisation des banlieues par l'émir du Qatar et son frère ennemi le roi Ibn Saoud ... à moins que leurs pétrodollars les aient éblouis et rendu aveugles !


Or depuis la chute du communisme avec la chute du mur de Berlin, ces pétro monarques tentent de diffuser le wahhabisme en Europe pour remplacer l'ancienne doctrine par la leur !
Pour cela ils ont su exploiter les valeurs qui fondent l'Occident : la démocratie, les libertés, la laïcité .... pour avancer leur pions islamistes dans le jeu politique européen !
Et petit à petit ils occupent le terrain et les médias : par le voile, la burqa, la halal dans les cantines, le halal dans les grandes surfaces, la mixité dans les lieux publics, les consultations médicales "adaptées" ...

Les pétromonarques peuvent dire merci aux hommes politiques démocrates !
Ils n'espéraient pas tant et si vite de leur part !! 


Rachid Barnat

vendredi 13 décembre 2013

La solution de la crise tunisienne, passera-t-elle par Alger ?

Une ingérence plébiscitée ? L'Algérie rêvée des Tunisiens.

«Monsieur le Président, que Dieu vous garde en vie. La Tunisie trouvera toujours l’Algérie à ses côtés». 
Déclaration de Chadli Benjedid à Habib Bourguiba, décembre 1984.

 

Vu d’Alger, la crise politique que traverse la Tunisie depuis l’assassinat de Mohamed Brahmi constitue à la fois un sujet de préoccupation majeur et une aubaine. Un sujet de préoccupation, car la nature a horreur du vide. Une déstabilisation de la Tunisie affectera nécessairement la sécurité intérieure d’un Algérie, aux prises, depuis de longues années, avec la subversion terroriste islamiste. La frontière entre les deux pays, auparavant sûre et presque hermétique, est en passe de se transformer en une éponge poreuse. Les militaires algériens mettront tout en œuvre pour empêcher la jonction entre les djihadistes d’AQMI (Al Qaïda au Maghreb Islamique, émanation du GSPC algérien), ceux d’Ansar El Charia, et leurs homologues libyens. Mais la crise tunisienne est aussi une aubaine : le carnage du Châambi et l’affaiblissement spectaculaire du gouvernement d’Ali Laârayedh ont redistribué les cartes et a permis à l’Algérie d’exercer une influence stratégique grandissante. L’Algérie est devenue un acteur incontournable de l’équation politique tunisienne. Même diminué, le président Abdelaziz Bouteflika ne s’est pas fait prier pour se glisser dans la posture du « Grand frère » et venir au chevet d’une Tunisie malade de ses politiciens.

Le « dialogue national », engagé sous l’égide d’un quartet de médiateurs tunisiens, devait permettre au pays de se doter d’un Premier ministre de consensus et de conjurer le spectre d’une restauration autoritaire à l’égyptienne. Il a viré à la farce, et son échec paraît maintenant inexorable. L’impotence du Quartet risque d’ouvrir un boulevard aux ingérences étrangères, car tous les recours ont été épuisés sur le plan interne. 

La solution de la crise tunisienne passera-t-elle par Alger? Il est trop tôt pour le dire. Mais le simple fait de poser la question témoigne d’un incroyable renversement de situation. Pareille interrogation aurait parue incongrue et anachronique au lendemain de la Révolution. Prise au dépourvu par la chute de Ben Ali, l’Algérie, puissance arabe gardienne du statu quo, s’était retrouvée marginalisée et hors-jeu. Ses dirigeants avaient été contraints de suivre en spectateurs impuissants l’effervescence révolutionnaire qui s’était emparée de la région. A Tunis, certains avaient même redouté que les puissants services de renseignement du pays voisin n’entreprennent des manœuvres de déstabilisation, pour faire échouer la transition démocratique et pour enrayer un possible «effet domino». Craintes qui se révéleront parfaitement infondées. L’Algérie choisira de faire le dos rond, et s’abstiendra de toute action hostile.

« L’ingratitude de Moncef Marzouki »

En mars 2011, fraîchement nommé à la tête du second gouvernement de  transition, Béji Caïd Essebsi part à Alger pour rassurer Abdelaziz Bouteflika et Ahmed Ouyahia. Les fils du dialogue sont renoués. L’Algérie observera une parfaite neutralité pendant toute la durée du processus électoral tunisien. En dépit de leurs préventions à l’égard d’Ennahda, les Algériens accueillent sans émotion le résultat du scrutin du 23 octobre. Personne n’a oublié la proximité entre les islamistes tunisiens et ceux du FIS. Rached Ghannouchi avait trouvé refuge à Alger après son départ volontaire de Tunisie, en 1989. Il s’était affiché ostensiblement aux côtés d’Abassi Madani et d’Ali Benhadj, et ne s’était pas privé pour critiquer l’interruption du processus électoral décidée par les généraux algériens en janvier 1992. Mais le passé est le passé, et les relations entre Etats doivent s’élever au dessus de ces contingences. Sûrs de leur assise, et bien disposés à tourner la page, les dirigeants algériens attendaient simplement du gouvernement de la troïka qu’il affiche ses bonnes dispositions à coopérer. Ils ont été cueillis à froid par les offenses du nouveau chef provisoire de l’Etat tunisien. En choisissant de se rendre à Tripoli pour sa première visite à l’étranger, le 2 janvier 2012, Moncef Marzouki a indisposé Alger. Il a aggravé son cas en déclarant, alors qu’il se trouvait à Tripoli, que les Algériens auraient pu éviter le bain de sang des années 1990 en respectant le résultat des urnes et en laissant les islamistes accéder au pouvoir. Ces propos suscitent un tollé à Alger. Mourad Medelci, le ministre des Affaires étrangères, lui répond en expliquant que la souveraineté de l’Algérie est une ligne rouge à ne pas dépasser. La presse se déchaîne, en soulignant l’amateurisme et l’ingratitude du locataire du palais de Carthage. Hamadi Jebali parvient péniblement à recoller les morceaux. Mais le mal est fait. Moncef Marzouki ne sera plus jamais en odeur de sainteté, et aucune de ses initiatives visant à relancer la construction du Maghreb ne trouvera d’écho positif du côté d’Alger.

Le tournant de l’été 2013 et l’entrée en scène d’Abdelaziz Bouteflika

Les événements de l’été 2013, avec l’assassinat du député Mohamed Brahmi et le massacre de huit militaires tunisiens, dans le Djebel Chaâmbi, marquent un tournant dans la relation entre les deux pays. Très vite, l’Algérie prend la mesure de la crise et son armée vole au secours du gouvernement tunisien. 8000 hommes sont déployés pour sécuriser le flanc arrière de la frontière et prendre dans une nasse le groupe djihadiste responsable de la mort des soldats tunisiens. L’impact est immédiat. En quelques semaines, la situation sécuritaire, qui paraissait compromise, est rétablie. 

Quelques jours avant sa rencontre-surprise avec Rached Ghannouchi, Béji Caïd Essebsi qui séjournait dans la capitale française reçoit la visite d’un émissaire du président Bouteflika. Les ingrédients de la spectaculaire médiation du chef de l’Etat algérien se mettent en place. Le 25 août, Ghannouchi accorde une interview à la chaîne Nessma et rend un hommage appuyé au grand voisin: «L’Algérie est l’Etat le plus important pour nous. Les décisions de la Tunisie concernent l’Algérie, comme celles de l’Algérie importent pour la Tunisie, notamment en matière de sécurité.» Le 10 septembre, Abdelaziz Bouteflika interrompt sa convalescence pour recevoir séparément – et « à leur demande » - les deux principaux protagonistes de la crise tunisienne, Ghannouchi et Caïd Essebsi. Moncef Marzouki, le président tunisien, est totalement court-circuité. 

Le 15 novembre, alors que le dialogue national, mis en œuvre sous les auspices du Quartet et appuyé par les grandes puissances occidentales, s’embourbe, Bouteflika reprend langue, toujours à Alger, avec Ghannouchi. Deux jours plus tard, c’est au tour de BCE d’être reçu par le numéro un algérien. Rien n’a filtré de ces différents entretiens, mais on peut imaginer que le chef de l’Etat algérien a sommé ses interlocuteurs de s’entendre. Les images muettes de la conversation semblaient suggérer : «il est temps de conclure». Le message subliminal qu’elles véhiculaient était tout aussi limpide : aucun accord ne pourra advenir sans la bénédiction d’Alger.

La Tunisie, un protectorat algérien ? 
   
Cette «ingérence fraternelle» n’est pas du goût de tout le monde. Des voix se sont élevées pour dénoncer des tentatives de «vassalisation» de la Tunisie. Aziz Krichen, le Ministre Conseiller de Moncef Marzouki, s’est ému, sur sa page Facebook, du comportement de certains hommes politiques «dont l’appétit de pouvoir n’est plus limité par le moindre sentiment de fierté nationale». Ce post accuse, en termes à peine voilés, Ghannouchi et Caïd Essebsi de brader à bon compte la souveraineté tunisienne. «Je ne veux pas pour mon pays un sort comparable à celui du Liban dans ses relations avec la Syrie», assène Krichen. Emanant d’un intellectuel de sa trempe, l’avertissement mérite réflexion. Que faut-il en penser? 

Un constat d’abord: le «droit de regard » concédé à l’actuel chef d’Etat algérien ressemble à s’y méprendre à celui que revendiquaient ses deux prédécesseurs, Houari Boumediene et Chadli Benjedid, à une époque où le pays inspirait déjà les craintes les plus vives pour sa stabilité. Il s’inscrit donc dans une forme de permanence historique. Est-il besoin de le rappeler? En novembre 1987, Zine El Abidine Ben Ali avait pris soin d’obtenir le feu vert d’Alger avant de déclencher son «coup d’Etat médical». Les Algériens avaient été les premiers informés de ce qui se tramait à Tunis. Les Français avaient été mis devant le fait accompli.  

Aujourd’hui, on ne peut être que gênés, du point de vue de l’orgueil national, de voir que les pourparlers qui engagent l’avenir de la transition démocratique sont parrainés voire orchestrés par une puissance étrangère, fût-elle voisine et amie. Le caractère dissymétrique de la relation entre Alger et Tunis est tout aussi problématique. Les objections soulevées par Aziz Krichen sont légitimes et fondées. Mais, vu le blocage actuel, a-t-on encore le droit de faire la fine bouche ? A-t-on encore le choix ? La vraie question est là.

L’Algérie, depuis le début de la crise, a exercé une action militaire stabilisatrice et s’est impliquée activement dans la recherche d’une solution politique efficace. Elle a tenté et tente encore de rapprocher les points de vue entre les deux forces incontournables de la scène politique tunisienne. Les leaders politiques tunisiens ont dilapidé leur crédit. Ils ont été incapables de s’élever au-dessus des intérêts partisans, incapables de faire prévaloir l’intérêt national. Abandonnés à eux-mêmes, ils risqueraient de mettre des mois, pour ne pas dire des années, avant de s’entendre. La Tunisie ne s’en relèverait pas. Dans ces conditions, toutes les médiations sont bonnes à prendre. Les Etats-Unis d’Amérique, l’Allemagne, la France et l’Union européenne n’ont pas ménagé leurs efforts. Mais ils ne sont aujourd’hui pas en mesure de peser aussi efficacement sur le cours des choses que l’Algérie. Pour deux raisons. Primo : ils sont tributaires des avancées – et des blocages – du dialogue national, qui est à l’agonie, alors que les Algériens ont opté pour une méthode consistant à passer par-dessus la tête des institutions, des autres formations et des différentes composantes de la société civile pour dialoguer directement avec les deux poids lourds de la scène politique, Ghannouchi et BCE. Secundo : les Occidentaux ne disposent que d’un seul levier d’influence, le softpower - la diplomatie -, alors que les Algériens ont aussi la possibilité d’actionner le levier du hard power, c’est-à-dire la pression militaire. 

Les Algériens sont des diplomates rugueux mais chevronnés. On suppose qu’ils savent où ils mettent les pieds. Ils jouent leur crédibilité. L’avenir dira s’ils ont eu raison ou tort.

Une ingérence plébiscitée ?  L’Algérie rêvée des Tunisiens

L’Algérie occupe aujourd’hui tout l’espace politique et a mis tout son poids stratégique dans la balance, au risque de susciter une certaine exaspération. Il semblerait pourtant que ces efforts soient perçus très favorablement par l’opinion tunisienne. C’est en tous cas ce qu’il ressort du dernier sondage réalisé par Sigma Conseil, dont les résultats ont été publiés le 19 novembre. Les trois quarts des Tunisiens déclarent avoir une image positive de l’Algérie. Le pays recueille presque autant d’opinions favorables du côté des sympathisants d’Ennahda (75,4 %) que du côté des sympathisants de Nidaa Tounes (80,1 %). Autant le Qatar clive (moins de 40 % d’opinions favorables chez les modernistes, contre un peu plus de 52 % chez les islamistes), autant l’Algérie rassemble et réunit. 

La ferveur qui s’est emparée des réseaux sociaux tunisiens au lendemain de la qualification d’El Khadhra (l’équipe algérienne) pour la Coupe du monde de football est un autre signe qui ne trompe pas. Messages d’encouragement et de soutien, commentaires dithyrambiques, applaudissements, effusions : de mémoire de supporter, c’était du jamais vu. Pour un peu, on aurait pu croire que c’étaient les Aigles de Carthage qui avaient arraché leur ticket pour le Brésil !

On sait que les opinions sont, par définition, terriblement versatiles. Peut-être y a-t-il lieu malgré tout de s’interroger sur les raisons de ce qui, côté tunisien, ressemble à un brutal regain d’amour et d’intérêt. 

Tentons une interprétation psychologique : L’image ombrageuse dégagée par l’Algérie sur la scène internationale, constitue un aspect qui rebute fréquemment ses partenaires européens et occidentaux. Mais c’est peut-être justement ce trait de caractère qui séduit aujourd’hui des Tunisiens en mal de prestige, d’autorité et de certitudes. Disons-le d’emblée, cette Algérie rêvée et fantasmée ne correspond sans doute pas exactement à l’Algérie réelle. C’est une projection. Elle est appréhendée par les Tunisiens à l’aune des propres carences de leur Etat. En dépit des incertitudes liées à la succession et à l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika, l’Algérie leur apparaît comme un repère, un pôle de puissance et de stabilité dans un univers régional et arabe chaotique, tourmenté, en proie  à l’anarchie et la violence. Son « système », décrié et vilipendé de toutes parts, est inoxydable, et a fait preuve de sa résilience aux crises. Son armée est la plus puissante de la région. Son Etat est riche et accumule des excédents faramineux. Son économie, en dépit de ses archaïsmes, regorge de potentialités et est perçue comme un fantastique relais de croissance pour les entrepreneurs des pays voisins. Enfin, et c’est peut-être l’élément qui compte le plus ici : l’Algérie incarne une diplomatie de la souveraineté. Elle se donne à voir comme un pays fier pour qui l’honneur passe avant tout et qui ne courbera jamais l’échine. En résumé : comme un Etat libre, indépendant et souverain …

jeudi 12 décembre 2013

Mise en garde contre l'islamisme

Les européens piégés par les islamistes.


Je me reconnais pleinement dans la philosophie qui a présidé à la création du prix Jean Zay et anime son jury: les valeurs républicaines, la démocratie, la laïcité. Tous mes livres poussent dans ce sens mais en l'occurrence dans "Gouverner au nom d'Allah" primé par le jury Jean Zay je le fais en appelant au rejet total et sans détour de ce qui aujourd'hui constitue pour ces valeurs un danger mortel imminent: l'islamisme.

Cette idéologie, mortifère sous toutes ses formes, y compris celle qui se présente sous l'étiquette "modérée", a en quelques années infligé au monde des souffrances immenses, elle a ravagé tant de pays, arabes, africains, asiatiques, et fait peser des menaces sérieuses sur le reste du monde, l'Europe en particulier fragilisée par des crises économiques à répétition.

Mais la dénonciation de l'islamisme ne suffit pas, il faut aussi dénoncer ce qui dans les pays frappés par l'islamisme a favorisé cette idéologie: c'est la dictature et la corruption dans les pays arabes et musulmans, c'est la politique erratique des pays occidentaux, soutenant tantôt les dictatures militaires tantôt les islamistes, toujours pour des intérêts mercantiles à courte vue, c'est partout une mauvaise gestion par l'État de l'islam dans la cité, qui s'est trouvé livré aux charlatans, aux islamistes et aux opportunistes qui en ont fait un fonds de commerce lucratif et un moyen d'ascension sociale rapide.

L'islamisme est un vrai fascisme, animé d'une détermination totale, disposant de moyens énormes, et nous lui faisons face avec des discours lénifiants et des mesurettes (sur le voile islamique, la viande halal dans les cantines scolaires, la mixité dans les piscines, la prière sur la voie publique...), qui en définitive le légitiment sur le fond et le renforcent. En focalisant l'attention des gens sur des considérations subalternes, on les détourne des vrais problèmes, on les fragilise, on les met en danger.

Les islamistes eux sont aguerris et connaissent parfaitement les sociétés qu'ils veulent déstabiliser et conquérir. Il suffit de voir comment ils ont su récupérer à leur profit la formidable énergie libérée par le printemps arabe et comment ils ont su s'ancrer en Europe et imposer leurs pratiques en à peine quelques années.

mardi 10 décembre 2013

Mandela est parti en nous laissant son cancre


Nelson Mandela est mort. Paix à ton âme Madiba. A 95 ans, tu as quitté le monde par la grande porte en laissant des millions de tes élèves méditer sur tes leçons. Et des leçons de paix, de justice, de tolérance, de patience, tu en as bien données ! Tes leçons ne seront oubliées que par tes mauvais élèves à la tête desquels je mettrai, sans aucun risque d’erreur, ton admirateur, notre président, Moncef Marzouki.
Durant des décennies, notre président a su jouer avec nos esprits simples en criant sur tous les toits qu’il est l’un de tes disciples. Et nous l’avons cru. Avec le temps, on s’est rendu compte que s’il était vraiment l’un de tes élèves (ce qui reste à vérifier) c’est qu’il était le grand cancre de la classe.
Photo : Nelson Mandela : « Je suis fondamentalement optimiste. Je ne saurais dire si c’est dans ma nature ou si je l’ai cultivé. Une partie de ce qui fait un optimiste, c’est de garder la tête tournée vers le soleil e mettant un pied devant l’autre. »
Cher Madiba, tu disais un jour qu’« en faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d'en faire autant ».
Notre président a fait scintiller sa lumière et il s’avère qu’elle est sombre. Très sombre. Encore plus sombre que la cellule où tu as vécu 27 ans. Lui, Moncef Marzouki, n’a pas connu la prison sous son prédécesseur. Il a vécu dans la ville des lumières, loin de toute obscurité, et de la lumière parisienne qui a inondé son esprit n’ont jailli que d’obscures idées.
La lumière de ton cancre, cher Madiba, est noire et cette noirceur a déteint sur ses apôtres : Imed Daïmi, Adnène Mansar, Tarek Kahlaoui…

Cher Madiba, tu as su libérer ton peuple de la haine légitime qu’il avait contre ses compatriotes blancs. Ton cancre, lui, n’a su libérer que sa propre haine envers ses compatriotes.
Tu as su inculquer le pardon et la paix à ton peuple. Ton cancre, lui, n’a su libérer que l’esprit de rancune et de conflit.
Tu as su utiliser le rugby pour rassembler ton peuple. Ton cancre, lui, a utilisé le foot pour diviser le sien.
Tu t’es débarrassé de tous les opportunistes qui t’entouraient, y compris ta propre épouse. Ton cancre, lui, pour être conseillé, s’est fait entourer d’opportunistes de tous bords.
Cher Madiba, Stevie Wonder et Johnny Clegg ont été les porte-voix de ton peuple alors que les conseillers de ton cancre, face à la souffrance de leur peuple, partageaient du Oum Kalthoum sur Facebook pour étouffer les pleurs et les cris de rage.

De tes leçons, Cher Madiba, je retiendrai celle-là : « Souvent, les révolutionnaires d'autrefois ont succombé à l'appât du gain, et se sont laissés prendre à la tentation de confisquer des ressources publiques pour leur enrichissement personnel.»
Aujourd’hui, en Tunisie, cette leçon est plus que jamais appliquée par ton cancre.
Tu es parti cher Madiba en nous laissant un lourd héritage. Tu es parti en nous laissant un disciple qui a mal retenu la leçon.
Tu es parti en laissant un peuple uni où noirs et blancs se consolent mutuellement de ta perte. Tes cancres s’évertuent à diviser le leur depuis le premier jour.
Tu es parti par la grande porte. Tes cancres sont au pas de la petite.
Ta fin, cher Madiba, a été héroïque. Tes cancres, eux, ont un passé dramatique, un présent comique et une fin tragique.


Un smile

Photo

Les Tunisiens auraient-ils l'Opposition la plus bête du monde ?

L'OPPOSITION EST LA SEULE RESPONSABLE DE SON AFFLIGEANT ÉCHEC !


Alors que le pays ne cesse de s’enfoncer, les politicards ne cessent de jouer au clown. Il est affligeant de constater que la responsabilité de cet état de fait, est surtout à imputer aux forces démocratiques, modernistes et laïques bien plus qu’à la Troïka qui se trouve dos au mur et n'attend que le coup de grâce qu'elles refusent de lui porter pour la dégager du pouvoir voir la faire disparaître du paysage politique.

FATALES ERREURS DE L’OPPOSITION.

Pendant des décennies, les forces modernistes qu’elles soient de  gauche, du centre ou de droite, ont cumulé les erreurs par aveuglement ou par manque de jugement sur le fond comme sur la forme pour s’opposer à la dictature de ZABA.
Les alliances se faisaient et se défaisaient non pour des questions idéologiques (certains ne comprennent même pas en quoi cela consiste) mais en fonction de l’égo du chef de clan. Véritable gourou, aveugle qui fonce tête baissée comme tout bon gourou qui se respecte.

Qu'en est-il de cette opposition dans la période post-révolution. 

1°/ Islamistes démocrates ? Connais pas !

Avant, pendant et juste après la révolution, la grande majorité de l’opposition a pensé qu’il serait salutaire d’englober les islamistes comme partenaires pour diriger « démocratiquement » le pays. C’est quasiment la première erreur fatale.

Un tel aveuglement est sidérant. Quand vont-ils enfin comprendre que cela est absolument impossible. Ont-ils lu une seule fois  les écrits et les slogans islamistes ? Peuvent-ils citer un pays islamiste respectant ses engagements, la démocratie, le statut de la femme et les droits de l’homme ?
Comment des hommes de gauches laïcs pouvaient-ils croire un seul instant qu'un parti islamiste puisse être démocrate et accepter les règles de la démocratie alors ce qui le fonde c'est justement le coran et la chariâa, tous deux paroles de dieu, donc au-dessus de toutes autres doctrines !
L’imbécilité était de croire que l’ennemi de leur ennemi est forcément leur ami ! Erreur qu'ils vérifient de jour en jour et qu'ils paient très cher.
Ils ont chassé la clique de Ben Ali pour s’offrir un monstre sans foi ni loi.
Et certains, épousant les vœux des Américains et ceux de l’Europe toujours suiviste, pensent qu’il reste encore une chance pour s’entendre.
Les Egyptiens plus lucides que les tunisiens, ont très vite compris la leçon et tiré la conclusion.
Car un islamiste ne peut être que dictateur et comploteur ... convaincu de détenir La Vérité d'Allah lui même !

2°/  Respectons la légalité et la légitimité ? La bonne blague !

Encore une supercherie soufflée par les Américains. Juste après les élections, la Troïka a réalisé une véritable contre-révolution puisque ces dernières ont été organisées uniquement pour écrire une nouvelle constitution ! Maudissons au passage les manifestants d’El Kasbah II infiltrés par Ennahdha et soutenus par Hamma Hammami qui ont exigé une nouvelle constitution. Comment un athée a-t-il pu soutenir une revendication dont il se doutait bien qu'elle aboutirait à islamiser la constitution ? A moins d'être naïf, ce qui est grave pour un homme politique !

Pourtant le mandat électoral était clair : rédaction d'une constitution et expédition des affaires courantes !
Jamais le peuple n’a autorisé ces énergumènes de diriger le pays et d'hypothéquer son avenir en prenant des engagements lourds de conséquences pour les Tunisiens, alors qu'ils sont provisoires !  Et tous ce que feront les constituants, n’est ni légal ni légitime puisqu'ils ont outrepassé leur mandat.

Mais bien sûr, notre opposition toujours magnanime ou naïve, avale toutes les couleuvres; et se croyant intelligente, proroge une légitimité venant à expiration et se lance dans des discours de consensus par peur d'Ennahdha qui montre les dents et veut s'imposer au-delà du mandat du peuple, faisant fi des règles démocratiques, de ses engagements et du peuple lui même !
Dans sa naïveté et par calcul l'opposition accordera un délais supplémentaire pour la troïka sans en préciser la durée mais sous  conditions du genre "formation de gouvernement consensuel" "gouvernement de technocrates", "dissolution des LPR", "neutralité des ministères régaliens : justice, intérieur et étranger" ... dont se moqueront Ghannouchi et ses hommes à peine leur "légitimité" reconnue et acceptée par l'opposition et l'UGTT !

La vérité c'est que l'opposition semble terrorisée à l'idée de fâcher Ghannouchi qui gesticule et menace de brûler le pays, de le "somaliser" ... pour lancer des propositions ubuesques : formation d’un gouvernement de compétence ou de salut public ... à un autiste dont on sait ce qu'il est advenu à ces deux "associés" : Ettakatol et le CPR ! La belle trouvaille.
Ils se sont mis une poutre dans l’œil et non pas un doigt, d'avoir cru un seul instant pouvoir gouverner avec Ghannouchi !

3°/ Consensus ? Quel consensus et de quel droit ? 

C’est pratiquement le retour à la case départ. Est-ce possible d’être aussi myope et aussi suicidaire que de croire que les wahhabites ghannouchiens, branche des Frères Musulmans vont jouer le jeu et en accepter les règles ? Bien avant les élections, Ghannouchi n’a cessé de parler de consensus pour diriger le pays. Nous avons vu ce qu’il veut dire par ce mot : deux strapontins aux deux partis "démocrates", qu'il a vite vidé de leurs militants et de leur idéologie (s’ils en avaient une !).
Puis à 3, ces partis dominés par Ennahdha, n’ont pas cessé de bâillonner toute forme d’opposition.
La justice en voit des vertes et des pas mûres des plaintes déposées par les uns et les autres. Les prisons aussi. 

4°/ Dialoguons, discutons, lançons commissions sur commissions !

L’échec absolu d'Ennahdha est sans appel. Mais à chaque fois qu’une forte pression voit le jour, suite à des assassinats ou de tabassages sauvages de manifestants avec chevrotines, bombes lacrymogènes ou balles réelles (c’est au choix), il y a toujours, un président provisoire, un chef de gouvernement, un gourou, un ami pourtant chef d’un parti d’opposition (suivez mon regard) et même l’UGTT qui proposent d’ouvrir un dialogue « réel, franc, direct, sans exclusion » afin de sauver le pays d‘un tsunami dévastateur.
Puis, deux ou trois jours après, la mémoire flanche ... et on passe à autre chose.

Le pays attend toujours les résultats de l’enquête sur les évènements du 9 avril 2012, et l’UGTT plus que sage, attend ceux de l’attaque de son siège le 5 décembre 2012.
Sept mois et demi n’ont pas suffit pour que justice soit faite.

Oui ! Dialoguons ! Dialoguons peut-être bien qu’aux prochaines agressions ou crises, d’autres commissions viendront enterrer "les dossiers" et les "enquêtes" promises à grands coup de gueules médiatiques ... et qui seront très vite enterrés !
En faisant semblant de discuter, Ennahdha et la Troïka rient sous cape :
- Ils revendiquent avec morgue "leur légitimité" qu'une 'opposition effarouchée leur accorde et leur renouvelle au mépris d'un peuple qui veut qu'on le respecte en respectant le mandat qu'il a accordé aux constituant le 23 octobre 2011;
- Ils disposent ainsi du facteur temps pour détruire la République et ses institutions; et mettre à genoux les tunisiens. 

5°/ Quelles vraies solutions pour sauver le pays ? 

Il est incroyable de constater que malgré l’échec total de la Troïka, l’opposition n’arrive pas à gagner la sympathie et l’adhésion d'un peuple clochardisé.
L’explication est pourtant simple : Elle-même ne croit pas une seconde en ses chance !
Du Front Populaire à Nidaa Tounès, en passant par tous les partis de gauche, de droite ou du centre démocratiques, laïcs et modernistes ... hormis "el Joumhouri" qui n'est que le nouveau cheval de Troie de Ghannouchi, qui prendrait la place d'un CPR moribond; le constat est le même.
Ils sont en train de … discuter, de dialoguer, de palabrer, de mettre en place des commissions et des sous-commission et des sous-sous-commissions. Puis plus RIEN !

Mais que diable ! Il faut pourtant sauver la Tunisie et la Révolution volées et violées par des vautours venus d'ailleurs !

Pour cela, il n’y a que trois solutions et uniquement trois :
- Arrêter le cirque des commissions chargées de chercher « un consensus bâtard » et mettre sur pied en une semaine tout au plus une charte à signer par les partis ayant rompus tout contact avec le Pouvoir.
L’idéal serait une vraie alliance militante entre les alliés de Nidaa en excluant définitivement le parti "El Joumhouri" qui semble de plus en plus céder au chant de la sirène Ghannouchi (Néjib Chebbi va apprécier), le Front Populaire, avec le soutien de la société civile et des syndicats, à leur tête l’UGTT. Gare aux brebis galeuses et aux faux révolutionnaires.

- Imposer de gré ou de force une solution radicale qui fixe définitivement la date de la fin des travaux de la Constitution, une véritable Instance chargée des élections et non pas celle qui va être mise sur pied et déjà contestée pour trafic de vote, cautionnée par le traître Ben Jaâfar.
Constitution d’un gouvernement neutre.
Et arrêter, juger et mettre en prison les mercenaires de la Ligue de la protection de Ennahdha, de Wafa et du CPR.

- En cas de refus du pouvoir ou de l’impossibilité de regrouper ceux qui veulent réellement travailler pour le peuple et non pour leur propres ambitions, "Tamarud" (rébellion), "Khanagtouna" (vous nous étouffez) et les "Ligues de Protection de la Patrie et du Citoyens" doivent passer à l’acte par une désobéissance citoyenne et pacifique, soutenus par l’alliance des partis ayant signé la charte et l‘UGTT qui n‘a pas cessé de reculer et toujours au mauvais moment mais qui doit se reprendre pour se prévaloir de son rôle historique.
Ils sont une réelle et peut-être unique chance de sauver le pays.

Oui la Tunisie est exactement dans le même cas que l’Egypte contrairement à ce qu’affirme la Troïka ou encore certains faux experts.
Et comme en Egypte, l’armée a été plus qu’héroïque lors de la première révolution.
Les deux armées ont protégé les deux peuples.

L’unique différence est que Morsi a été élu pour 4 ans. Pas la Troïka, qui est issue de constituants élus pour un an !

PS : article revu par Rachid Barnat. Pour accéder au texte original, cliquer sur le nom de l'auteur.

dimanche 8 décembre 2013

Les sukuks, les awqafs et l'âne national

Ou l'islamisation rampante de la Tunisie.


La Tunisie traverse une crise politique que personne ne prévoyait au lendemain du 14 Janvier. Une crise provoquée par les successions d’erreurs commises par les uns et les manipulations par les autres. 

Les Tunisiens ne pensaient pas en ce 23 octobre, au sortir des urnes, l’index levé,  avoir donné le signal de l’enlisement politique et économique du pays. Comment pouvaient-ils, ils élisaient une assemblée constitutionnelle chargée d’écrire une constitution dans un délai d’une année.

Mais voilà, rien ne se passera comme prévu, et le pays commencera sa douce descente aux enfers
Pendant ce temps, gouvernement et assemblée, l’air de rien, continuent leur chemin sur la route de l’inéluctable transformation du pays. Nombreux et aveugles sont ceux qui critiquent l’absence de vision et le manque de cohérence de l’action gouvernementale. Il y a pourtant un fil rouge, une constante, la remise en cause de l’héritage bourguibien, le retour sur la société civile et moderne et la place faite à la religion dans la vie des Tunisiens. Bourguiba, artisan d’une république francophile, jacobine et laïque, parole de gourou.

Certaines tentatives ont certes avorté, la plus directe fut celle d’introduire la charia dans la constitution tunisienne. Mais peu leur importe, ils reviendront constamment et irrémédiablement à la charge. Le peuple n’a pas voulu de l’islamisation en bloc, elle lui sera vendue par appartements, à travers l’action sociale sur le terrain, mais aussi loi par loi, texte par texte. Si l’islamisation galopante a échoué qu’à cela ne tienne, vous aurez l’islamisation rampante. Cela commencera même par un protocole d’accord instituant le retour de l’enseignement religieux zeitounien originel, entendez radical. Cela vient couronner la prolifération, depuis deux ans, des écoles coraniques, sans contrôle de la tutelle ministérielle. Quelle que soit l’issue du combat pour le modèle de société, il en est des générations qui auront été sacrifiées, et dont l’avenir se résumera à réciter le Coran assis devant un étal, à l’entrée d’une mosquée.

Les islamistes font aujourd’hui défiler en arrière, et à toute vitesse, la bande de l’histoire de la Tunisie. Face à la vigilance de la société civile devant le processus de rédaction de la constitution, le gouvernement agit par le biais de lois simples, soumises à l’Assemblée constituante, profitant même, pourquoi pas, de la crise politique et de l’absence des élus en congé de leur mandat. Ainsi en a-t-il été de la loi sur les "sukuks" islamiques, instrument financier "halal" (licite), une sorte de mix entre les obligations, le crédit-bail et le portage. 

Comme si la problématique du financement en Tunisie était liée à la nature des véhicules financiers, et non à l’indigence totale d’un secteur confronté à des insuffisances profondes et à l’absence de confiance dans l’avenir du pays. Sans compter, et c’est le cas de le dire, que cela annonce pour l’Etat un endettement à venir. Un pansement sur une jambe de bois en somme.

Puis vient le temps de ré-instituer les awqaf " (pluriel de waqf), plus connus par les Tunisiens sous le nom de " h'bous " (fondation). Il s’agit d’une disposition du droit islamique, qui permet de transférer l’usufruit de la propriété privée à la collectivité. En contradiction totale avec le principe de la propriété, cette disposition permet une donation définitive et inaliénable en faveur d’un administrateur, au détriment des descendants qui se trouvent ainsi déshérités de fait. Ces derniers, théoriquement toujours propriétaires, sont donc dépouillés au bénéfice d’une fondation ou tout autre gestionnaire désigné. Ils ne peuvent, à perpétuité, plus exercer leur droit de propriété ni même le moindre contrôle sur la gestion du bien ainsi administré.

Théoriquement, les "awqafs" permettent, en même temps lorsque le propriétaire désigne comme bénéficiaire une fondation ou une association caritative, d’orienter les bénéfices de la gestion du bien vers des actions généreuses en faveur de la collectivité, soutien aux plus démunis.

On imagine bien l’utilisation qui peut être faite de cette loi, et les détournements possibles, permettant à des pseudo-administrateurs, publics ou privés, de mettre la main sur les biens fonciers, immobiliers ou agraires, de les gérer à leur guise. Il est facile de voir d’ici combien il sera facile de se jouer de la crédulité de propriétaires âgés et soucieux de leur bien-être dans l’au-delà. On imagine quel intérêt peut revêtir cette loi pour les associations caritatives et autres fondations proches des partis islamistes. Il s’agira, à travers cette loi, de garantir une manne financière importante et régulière, à ces fondations, qui servira peu ou prou les intérêts politiques connexes.

La loi sur les "waqfs" ou "awqafs" doit servir les intérêts du parti au pouvoir, dont les subsides se tarissent à la vitesse de ses dérives politiques et économiques. Assurer ses intérêts immédiats mais aussi ceux à plus long terme. Un parti ne peut survivre sans la garantie de pouvoir disposer des fonds nécessaires. Plus encore, lorsqu’il s’agit d’un parti islamiste, dont la réussite aux élections est gagée par sa capacité d’action sociale auprès des électeurs. Comment expliquer autrement qu’un gouvernement démissionnaire s’empresse de soumettre, sans débat aucun, à l’Assemblée constituante, qui n’a toujours pas finalisé sa mission principale, un projet de loi sur les "awqafs" ?

A l’origine, en Tunisie, l’application des "habous" permettait d’éviter le démembrement des propriétés agricoles, d’en conserver l’unité et la rentabilité. Mais très rapidement, les générations passant, il devient impossible de continuer à gérer les terres ainsi transmises. Sous le régime bourguibien, ironie du sort, c’est Ahmed Ben Salah, chantre du collectivisme, qui fut chargé de démanteler les centaines de milliers d’hectares ainsi transmis. Une charge titanesque qui ne sera jamais achevée, laissant, à ce jour, plusieurs terres sans propriétaires connus ni administrateurs en charge, réduisant d’autant la fraction de terres cultivables dans un pays qui peine à assurer ses besoins alimentaires, avec les conséquences que l’on peut imaginer sur les prix des denrées.

Gageons que bientôt le gouvernement nous proposera une loi autorisant la création d’organismes en charge de la collecte de la "zakat" (aumône obligatoire). Les "awqafs" des islamistes et le Fonds 26-26 de Ben Ali, même combat, ou comment le pouvoir organise le racket pour servir ses intérêts politiques et financiers sous des habits d’action sociale ou des gages religieux. Les modes de gouvernement sont les mêmes, seules la façade et la vitrine changent. Elles sont plus ou moins attractives, mais toujours aussi trompeuses. Pendant ce temps-là, peu de voix s’élèvent, probablement plus par ignorance qu’indifférence.

Au plus loin qu’ira la crise politique, elle ne fera qu’élargir le gouffre économique, et placer le pays et son avenir entre les griffes de l’ultralibéralisme de Bretton Woods, pour défaire ce qui reste d’acquis sociaux et de souveraineté à un pays gangrené par la corruption des esprits. Un pays sur lequel semble peser une malédiction du pouvoir, promis aux médiocrates depuis des années. Depuis des semaines, le pays tout entier est pris en otage par le Dialogue national (El hiwar al watani), devenu "El Himar al watani", comprenez l’âne national.

Or il est bien connu que «Vous pouvez toujours mener l’âne à l’abreuvoir, mais vous ne pourrez le forcer à boire», telle serait la morale à retenir du Dialogue national, pour le Quartet. Ignoraient-ils donc que l’âne n’avait pas soif ? Lorsqu’au chaud dans son étable il dispose de foin et d’eau à profusion, il n’est point surprenant qu’il ne veuille exposer ses flancs à la morsure de l’hiver. Il faut se rappeler que deux saisons durant, souverain, il a nargué le peuple.

Le peuple, lui, a froid, il a faim et il a soif, mais l’âne s’en moque. Il est l’âne national, il fanfaronne, cocarde au vent.

Ce peuple qui aujourd’hui balance entre le dégoût et la résignation d’avoir signé de son doigt bleu l’entrée de l’âne à l’étable. L’âne, la carotte ainsi obtenue, est devenu suzerain et le peuple son vassal. Que l’animal, symbole d’humilité et de sobriété, me pardonne de l’avoir ici associé à la bêtise humaine. C’est juste l’histoire d’un lapsus révélateur. Mais en attendant, il n’est qu’un âne et il ne sera jamais cheval.