vendredi 27 juin 2014

Pourquoi les "progressistes" n'ont-ils tiré aucune leçon du passé ?

"L'entêtement sans l'intelligence, 
c'est la sottise soudée au bout de la bêtise et lui servant de rallonge" 
Victor Hugo
Hajer Zarrouk

Dans les pays à ancienneté démocratique, l'une des qualités du champ politique est sa tendance à évoluer en dépit des débâcles électorales. La défaite d'un camp politique pousse ainsi ses adhérents et ses chefs à repenser leur stratégie afin de prévenir tout autre échec, surtout quand les enjeux électoraux sont décisifs pour le futur d'un Etat et d'une nation.
En Tunisie, la surprise est venue du parti Nidaa Tounes qui, fort de sa position - hypothétique - de favori dans les intentions de vote, a décidé de faire cavalier seul et de se présenter aux législatives avec ses propres listes. Toutefois, cette décision pourrait se révéler suicidaire tant bien pour le camp des "progressistes" que pour la Tunisie. Se définissant comme un parti à tendance nationaliste (de par son appellation et sa rhétorique), Nidaa Tounes ne semble pas pourtant œuvrer pour l'avenir du pays, mais obéit plutôt à des tactiques politiciennes aussi irréfléchies qu'individualistes.
Irréfléchies car la décision de partir seul aux élections n'émane pas à priori d'une étude sérieuse, mais d'un ensemble de résultats équivoques, dévoilés par des instituts de sondage partisans, peu scrupuleux ou bien inexpérimentés.
Individualistes car cette décision imprudente témoigne d'un parti aveuglé par l'illusion de la victoire, arrogant, qui évolue en conséquence en marge de la réalité électorale, politique et sociale et dont la hiérarchie a été séduite par "l'appel" des courtisans et des intérêts personnels.
Le parti Nidaa Tounès ne semble donc pas écouter "l'appel de la Tunisie" qui l'exhorte à faire l'union avec les autres forces "démocrates" avec les autres forces "démocrates" pour faire face aux dangers qui guettent le pays: faillite économique, terrorisme et risque de voir les partis réactionnaires s'emparer du pouvoir d'une manière quasiment définitive. D'un autre côté, la mauvaise foi des autres acteurs du camp "progressiste" ne facilite pas la formation d'un front solide qui aura pour tâche de contrecarrer ses adversaires. L'absence d'une réelle motivation unioniste, la lutte des égos et l'amateurisme feraient du camp "progressiste" un amas désorganisé d'égocentriques, d'opportunistes et de mercenaires. Ainsi, il serait fort probable de voir ce dernier essuyer une série de revers cinglants qui engagerait le pays dans une direction que les Tunisiens les plus avertis redoutent déjà.
Loin de tirer des leçons des expériences passées, les "progressistes" sont en train de refaire le même parcours en espérant un résultat meilleur, ce qui est le summum de l'absurde. Alors que la Tunisie a besoin, plus que jamais, d'un bloc moderniste, le camp "progressiste" se montre incapable d'être à la hauteur des espérances de ses électeurs et entre dans une lutte fratricide qui ne profite qu'à ses ennemis.

COMMENT OBTENIR L'UNION ?

Article paru dans : Kapitalis

GHANNOUCHI PEUT DIRE MERCI A L'OPPOSITION TUNISIENNE !
Partout ailleurs les frères musulmans sont écartés du pouvoir s'ils ne sont pas mis à l'indexe de certains pays pour cause de terrorisme, sauf en Tunisie où le frère Ghannouchi est au cœur du pouvoir grâce à une opposition molle, véritable boulet pour les tunisiens !
Il est devenu clair que, grâce à la division des partis progressistes, les islamistes ont obtenu ce qu'ils voulaient, c'est-à-dire un régime parlementaire, une limitation des pouvoirs du président, mais surtout que les élections législatives se passent avant la présidentielle.

Un article de Nizar Bahoul qui fait une analyse très claire du jeu politique d'Ennahdha et un autre tout aussi clair, me conduisent à réagir et à alerter les politiques (mais je ne crois pas beaucoup en eux) et surtout la société civile tunisienne qui a été le moteur des seules évolutions positives que l’on a pu constater.

Dans son article, Nizar Bahoul montre d’abord que grâce à la division des partis progressistes, les islamistes ont obtenu ce qu’ils voulaient :
- un régime parlementaire et un affaiblissement des pouvoirs du président,
- mais surtout que les élections législatives se passent avant la présidentielle.

Est-ce innocent ? Bien sûr que non et cela devrait être évident pour tout le monde. En mettant les législatives avant la présidentielle, les islamistes comptent sur la division des partis progressistes, sur leur émiettement; alors qu’eux-mêmes seront unis et que leurs électeurs se mobiliseront.
On voit déjà que Nida Tounes veut aller à la bataille seul, sans ses associés.

Ce pari des islamistes est donc très intelligent et, quoiqu'il arrive, les islamistes devraient en sortir gagnants. 
Ou bien ils obtiendront une majorité : soit seuls (c’est peu probable), soit avec une alliance comme la dernière fois ! Car Ghannouchi saura trouver d'autres ambitieux pour remplacer Moncef Marzouki et Mustapha Ben Jaafar qu'il a su tirer vers lui pour mieux les étouffer. 
C’est là une hypothèse beaucoup plus sérieuse, puisque l'opposition dans son ensemble a tout fait pour maintenir dans le jeu politique Ghannouchi et son parti, considérant Ennahdha incontournable et indispensable à la vie démocratique tunisienne, malgré tous les crimes politiques qu'elle a cumulés en si peu de temps au pouvoir ! Et ce, contre la volonté des tunisiens qui n'ont eu de cesse de réclamer l'élimination des Frères musulmans de la scène politique pour cause de fascisme et de terrorisme !! 

Et voilà comment les tunisiens repartiront pour un tour avec à la clé la régression et l’islamisation rampante du pays, à cause d'une opposition sourde à leurs réclamations.
C'est à dire, une impossibilité d'assurer la sécurité et donc la continuation de la crise économique, l'absence d'investissements, la corruption endémique et toujours cette islamisation régressive.

Ou bien ils resteront minoritaires mais on aura, en face, une assemblée avec de multiples partis et la nécessité de coalition qui se feront et se déferont selon les desiderata de Ghannouchi, champion dans la manipulation et la corruption des hommes politiques; et qui paralyseront le pays comme ils l'ont déjà fait en trois années de troïka dominée par Ennahdha !

Est-ce vraiment le moment d’avoir un pouvoir divisé, sans projet commun, à la merci du chantage des uns et des autres ?  Alors que le pays se doit d’avoir une politique ferme et novatrice pour faire progresser la situation, on se trouvera en présence d’un pouvoir impuissant, contraint de tergiverser des mois et des mois pour obtenir ce fameux consensus, qui n'est que le choix inefficace entre deux thèses incompatibles; avec à la clef au mieux des demi-mesures, là où il faudrait une ligne claire. Ce sera des délais sans fin, pour faire la moindre réforme. C’est très grave.

On peut admettre qu'il y ait deux groupes de partis : d'un côté la droite et le centre droit et d'un autre la gauche et l'extrême gauche mais c'est la seule division qui a, quelques raisons d'exister, même si, de mon point de vue elle aurait pu attendre pour exister pleinement que les islamistes soient mis hors d'état de nuire. Toutes les autres divisions sont factices et ne sont que l'expression de petites ambitions personnelles qui poussent des politiciens sans scrupules et sans envergure à vouloir exister au risque de compromettre l'avenir du pays.

Si l’opposition progressiste est à ce point impuissante à se réunir sur un socle commun qui existe, pour battre les islamistes; alors il est indispensable et urgent que la société civile réagisse avec force car c’est la dernière chance pour le pays.

Comment peut-elle faire ? Elle doit adresser un message clair aux partis progressistes sous forme d’un ultimatum :
- Ou bien vous vous unissez avec un programme commun, sur des bases qui peuvent faire consensus, la priorité étant de battre les islamistes et de les mettre hors d’état de nuire; et vous présentez des candidats communs.
- Ou bien vous allez à la bataille en ordre dispersé et dans cette hypothèse la société civile ne veut pas participer à cette mascarade dangereuse et boycottera fermement ces élections. Les islamistes, dans ce cas, l’emporteront ! Mais ils l’emporteront de toute façon, si vous allez  à la bataille en ordre dispersée.
Cet appel au boycott est une arme politique pour obliger certains à réfléchir et à agir dans le sens de l'intérêt du pays. C'est donc le contraire d'une indifférence et d'une absence de participation.

Une telle position constituera pour les partis progressistes un sérieux avertissement car ils seront sûrs de perdre alors qu’ils pourraient trouver avec un peu de bon sens et d’amour pour leur pays un socle commun. Déjà beaucoup de tunisiens appellent à cette union nécessaire.
La création d’un mouvement parait aller dans ce sens : "Badera Watania" (Initiative nationale). Des intellectuels aussi ont lancé "L'appel de Paris" pour demander à Nida Tounes de favoriser l'union. Je ne peux que m'associer à cet appel.
En tous cas, j’appelle d’ores et déjà la société civile à réfléchir et à dire haut et fort sa volonté d’union des partis progressistes.

Rachid Barnat


mardi 24 juin 2014

DES "EXPERTS" OCCIDENTAUX AU SERVICE DES PETROMONARQUES !

L’émir du Qatar en visite en France : Hollande le ménage parcequ'il vient en client pour acheter encore des armes et des avions à la France !
Les pétromonarques semblent avoir compris que le seul moyen pour dicter leur politique "arabe" aux occidentaux est de leur acheter des armes car que mieux qu'un chèque pour des pays en difficulté économique pour faire taire les chefs d'état européens sur leurs turpitudes dans les république dites "arabo-musulmanes" !
Leur chance est d'avoir affaire à des hommes politiques de basse extraction, prêts à se vendre aux plus offrants. Car ce ne sont pas Churchill, de Gaulle, Eisenhower ... ou Bourguiba, qui se seraient laissés acheter par des bédouins !

Mais il est étonnant d'entendre certains "experts" et
 certains journalistes français remettre en cause ce que le monde entier sait : que le Qatar soutient les Frères musulmans et le terrorisme des islamistes de tous poils ... tous au service de son désir d'hégémonie sur le monde dit "arabo musulman" sunnite, qu'il dispute aux Ibn Saoud !

Devant l'étonnement des journalistes qui les questionnent, certains osent émettre des doutes quant à l’implication directe de l'émir dans le chaos qu'il sème dans les Républiques "arbo-musulmanes" ... et préfèrent avancer des réponses farfelues du genre : " Il est possible que ce soient les entreprises privées qataries qui soutiennent et financent les jihadistes " !
Qui peut croire à de telles sornettes, dans un pays totalitaire où rien ne se fait sans l'aval de l'émir, qui plus est, dans un micro-état, pas plus grand que la Corse dont l'immense partie n'est que désert !!

D'ailleurs la preuve est dans l'attitude de la Chaîne Aljazeera qui soutient les Frères musulmans et incite au jihad, en Syrie et en Egypte en particulier, là où les Ibn Saoud bousculent le patron de cette chaîne qui n'est que la voix de son maître ... ce que tout le monde a fini par comprendre ! 
Ce n'est pas pour rien que les voisins du Qatar veulent la peau de cette télévision de propagande pour islamistes de tous poils, mercenaires de l'émir !!.

Décidément des journalistes pourris, il n'y en a pas qu'à Aljazeera .... qui ose en plus donner des leçons de liberté et de droit des journalistes invoquant la liberté de la presse ; parce qu’en Egypte ses journalistes ont été condamnés pour avoir confondu PROPAGANDE et INFORMATION !

Rachid Barnat


LES FRÈRES MUSULMANS ET LEUR LUBIE : LE CALIFAT !

Rappelez-vous le lapsus révélateur de Hammadi Jebali à la proclamation des résultats des élections du 23 octobre 2011, quand il annonçait comme dans un cri du cœur, trahissant le projet des frères musulmans nahdhaouis : " Bientôt l’avènement du sixième Califat " !


Mais pour faire quoi avec leur califat, dans lequel ils veulent regrouper tous les peuples dits "arabo-musulmans" ? Dominer le monde ? Et comment ??
Est-ce par l'obscurantisme qu'ils diffusent parmi ces peuples ? Est-ce par l'apprentissage et la récitation à tout bout de champ du Coran ? Puisqu'ils abhorrent le savoir, la philosophie, les sciences exactes ... convaincus que tous les savoirs sont dans le Coran; et que le Coran est la solution à tous les problèmes des hommes, comme le revendique leur slogan : " La solution, c'est le Coran " !



Pourtant on les avait vus à l'oeuvre une fois arrivés au pouvoir; aussi bien en Tunisie, qu'en Egypte !!!

Pour eux, un bon musulman est celui qui se contente de leur unique Livre : le Coran !! Ce que répètent, derrière eux, les prédicateurs dont ils inondent la société tunisienne; invités par Ghannouchi, sinon envoyés par ses amis pétromonarques pour diffuser le venin de leur wahhabisme et la fitna parmi les tunisiens !


Alors que tout le savoir technologique qui a fait la grandeur des nations et permis à ceux qui le possèdent de dominer le monde; et ce depuis la nuit des temps ... eux, ils l’exècrent et traitent l'Occident qui le possède, de Satan ! Du moins ce qu'ils soutiennent dans leurs discours officiels et leurs déclarations publiques; ce qui ne les empêche pas de consommer les produits manufacturés issus du savoir des occidentaux : avions, bateaux, trains, voitures, satellites, TV, ordinateurs, tel portable, médecine, sciences ....
Quelle hypocrisie !

Avec tout de même un bémol : les responsables politiques des frères musulmans, se réservent le droit d'instruire leurs rejetons dans les meilleures écoles ... en Occident !
Quelle hypocrisie !!

La réalité est que ces frères musulmans s'en foutent royalement du bonheur des peuples auxquels ils promettent le paradis dans l’au-delà, se réservant pour eux et leurs proches au pouvoir, la jouissance du paradis terrestre !

Tout ce qui les intéresse, c'est le pouvoir et l'argent; et pour cela ils pactiseraient avec le diable et quémandent auprès de l'Occident qu'ils disent haïr, son soutien pour daigner installer leur Calife sur le trône ... et servir leurs maîtres occidentaux en retour, en lui offrant ce qu'il convoite le plus : les hydrocarbures, immense richesse des pays dits "arabo musulmans" !!

Photo
Or ce qui fonde la doctrine des frères musulmans, c'est le wahhabisme qui a permis aux Ibn Saoud de prendre le pouvoir ! Sayied Qotb, leur idéologue, a très vite compris l’intérêt pour les frères de s'inspirer du wahhabisme "saoudien" pour accéder au pouvoir et le conserver comme l'avaient fait avant eux les Ibn Saoud ! 

Faut-il rappeler qu'un autre islamiste a fait du "Mein Kampf" de Sayid Qotb, son livre de chevet : l'imam Khomeiny ! 
Il faut dire que çà lui a réussi, puisqu'il a installé les islamistes au pouvoir depuis plus de 34 ans déjà; et que les iraniens ne savent plus à quel saint se vouer pour s'en débarrasser !


D'où la guerre que fait le roi Ibn Saoud aux frères musulmans, qui craint pour son trône; puisque les frères veulent être Calife à la place du Calife; mais aussi à son frère ennemi l'émir du Qatar, par républiques "arabo-musulmanes" interposées : en Tunisie, en Egypte, en Libye, en Syrie, au Yémen, au Bahreïn, au Niger, au Mali ... après avoir sévi en Afghanistan, au Pakistan, au Soudan et en Somalie, avec les résultats que l'on sait !!

Voilà la véritable supercherie des Frères musulmans !

Sans foi ni loi, n'usant que de terrorisme pour prendre le pouvoir, comme tout bon wahhabi qui se respecte, ils ne reculeraient devant rien !!

D'où les massacre et l'horreur de leurs crimes qui rappellent ceux des SS d'Hitler, spécialisés dans la terrorisation des population; comme ceux de leur rival Ibn Saoud, pour lesquels les populations dites arabo-musulmanes, ont payé et continuent de payer un très lourd tribu.


Rachid Barnat



vendredi 20 juin 2014

L'islam a ses réformateurs ...

... encore faut-il qu'une volonté politique veuille de leurs réformes !
La révolution française a accouché de la laïcité après deux siècles, faudrait-il autant pour les révolutions arabes pour comprendre qu'il n'y a d'autres issues pour le vivre ensemble que par l'adoption de la laïcité ? 
Et si la lumière venait une fois de plus de la France, en aidant l'Islam à évoluer grâce aux musulmans de France ? C'était le voeux d'un bon nombres de penseurs et d'intellectuels français d'origine maghrébine.
R.B
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Abdennour Bidar *

L'Islam de France découvre enfin Mohammed Iqbal

Le Conseil français du culte musulman vient de publier un texte intitulé « Convention citoyenne des Musulmans de France pour le vivre ensemble », dont la nouveauté vaut d’être signalée et analysée par rapport à ce qui tenait officiellement lieu de doctrine à ce Conseil depuis sa création en 2003. On aurait tort, par la faute d’une lecture paresseuse, de penser qu’il s’agit là simplement d’une énième redite des habituelles protestations de fidélité de l’islam de France à la République.
Plusieurs points précis amènent au contraire à considérer qu’on est allé ici très au-delà de ces sempiternelles déclamations d’attachement aux valeurs républicaines (laïcité, démocratie, liberté de conscience et d’expression, égalité entre les femmes et les hommes notamment). Le plus capital sans aucun doute est le désir formulé dès l’introduction au nom des « musulmans de France », de « se joindre au mouvement de renouveau et de reviviscence de la pensée religieuse de l’Islam ». Ce « Renouveau » désigné même avec une majuscule dans la phrase suivante « s’entend comme une action de « contextualisation », dans le temps et l’espace, de la compréhension de la religion et l’ajustement de son application dans une société en perpétuel développement et transformation ». Quelques pages plus loin arrive une référence étonnante, extrêmement inattendue: le « Renouveau » en question est défini à partir de la « reconstitution de la pensée religieuse » opérée par le philosophe « Mohammed Iqbal (1877-1938) ».
On aura certainement du mal à mesurer ici en France l’audace de cette référence, dès lors que l’œuvre philosophique de ce penseur est totalement ignorée par le champ de la recherche universitaire française –alors que dans le monde anglo-saxon il est étudié comme l’un des deux ou trois plus grands penseurs réformistes modernes de l’islam… Inadmissible pour notre pays qui devrait être le Harvard des études occidentales sur l’islam, eu égard à sa si longue proximité historique avec le monde musulman !
Combien de nos intellectuels français connaissent d’ailleurs le nom et l’œuvre d’Iqbal, qui est pourtant l’équivalent au moins d’un Nietzsche ou d’un Sartre ? Et jamais auparavant l’islam de France lui-même n’avait semblé s’intéresser à Iqbal… Bref, voir Iqbal cité par le Conseil français du culte musulman c’est un peu comme si soudain – toutes proportions gardées – l’Eglise catholique se plaçait sous l’autorité des théologiens de la libération sud-américains, Don Helder Camara ou Léonardo Boff, ce qui est tout bonnement impensable !
C’est même bien plus fort que cela en réalité car la thèse centrale d’Iqbal est un véritable scandale théologique pour l’orthodoxie islamique. Il considère en effet l’être humain comme le « co-créateur » de l’univers, auquel Allâh aurait confié le parachèvement de son œuvre. C’est le poème philosophique le plus célèbre d’Iqbal, qu’on a appelé parfois le Victor Hugo indien (il est mort à Lahore en 1938, neuf ans donc avant la Partition entre Inde et Pakistan), poème dans lequel l’homme s’adresse à Allâh en ces termes : « Tu as créé la nuit et j’ai fait la lampe, Tu as créé l’argile et j’ai fait la tasse, Tu as créé les déserts, les montagnes et les forêts, J’ai fait les vergers, les jardins et les bosquets; C’est moi qui transforme la pierre en un miroir, C’est moi qui transforme le poison en antidote ». Et Iqbal de conclure : « Dieu a fait le monde, l’homme l’a fait plus beau encore. L’homme est-il destiné à devenir le rival de Dieu ? »
J’espère que le Conseil français du culte musulman est réellement prêt à assumer cette référence à Iqbal, parce que si tel est le cas cela va l’obliger à aller infiniment plus loin que dans ce texte. Car dans celui-ci le Conseil affirme que le « Renouveau » envisagé « ne concerne pas la doctrine de l’islam mais est d’ordre politique et social », puisque « L’islam s’il est unique en sa doctrine est multiple dans son histoire et ses expériences ». Or la singularité de l’œuvre de Mohammed Iqbal dans l’univers de pensée du monde musulman est précisément qu’elle ose aller bien au-delà d’une simple adaptation de la doctrine islamique aux contextes sociaux et politiques de la modernité. Elle élabore en effet la théorie d’une révolution spirituelle qui touche la doctrine elle-même, c’est-à-dire les fondements théologiques et tout l’édifice religieux qui a été construit sur eux : les dogmes, les lois, les rites, les mœurs.
C’est l’identité même de l’islam comme religion que Mohammed Iqbal bouleverse de fond en comble, sa représentation historique de lui-même qu’il déconstruit en écrivant notamment que « le Coran n’est pas un code légal ». Que devient, à partir d’une telle affirmation, l’islam centré sur la notion de Chari ‘a, la fameuse loi islamique ? Dire que le Coran ne proclame pas de lois a pour conséquence de désacraliser le système législatif de l’islam – de le ramener à ce qu’il fut historiquement, à savoir une construction postérieure au Coran, le choix humain, trop humain, qui a été fait par les premiers califes omeyyades de définir cette spiritualité comme « religion de la loi » pour des raisons politiques liées au besoin d’unification du monde musulman alors en expansion.
Dès lors cependant qu’on en arrive à des considérations de ce type, on est de toute évidence très loin de la simple ambition d’adapter les lois islamiques à chaque contexte de société. Il s’agit, bien plus radicalement, de remettre en cause la nature et la valeur spirituelle de la notion même de loi islamique, aussi bien que la définition même de l’islam comme loi ; et cela permet de mesurer le potentiel de remise en question d’une œuvre comme celle d’Iqbal qui, comme le fera ici en France le regretté Mohammed Arkoun, dissocie le « fait coranique » initial de ce que le « fait islamique » lui a fait dire ensuite.
En choisissant de se référer à Mohammed Iqbal, le Conseil français du culte musulman a donc pris un risque que je salue. Mais la portée de cette œuvre (à laquelle j’ai consacré un livre (1) et une thèse de doctorat en philosophie pour essayer de la faire exister dans l’espace intellectuel français) est si phénoménale qu’elle dépasse manifestement les intentions de ce Conseil - qui a eu là, en quelque sorte à son corps défendant, une spectaculaire capacité d’anticipation, une véritable inspiration d’avenir, si tant est que demain c’est bien avec la relecture critique de ses propres fondements que l’islam de France et d’ailleurs doit avoir enfin rendez-vous !

* «France Islam : question croisées» : dix huit émissions d’une dizaine de minutes réalisées par Abdennour Bidar, démarreront sur France Inter à partir du 5 juillet, tous les samedis et dimanches, juste après le journal de la mi-journée - vers 13h 20 donc.


L’islamophobie et la manipulation médiatique du sacré

Quand le message de dieu manque d'universalisme, les religions deviennent un enjeu de domination pour les hommes !
R.B

Ammanuel Debono * 

L’islamophobie est une notion polémique qui divise profondément. Certains revendiquent pleinement leur islamophobie, incluant dans un même rejet ce qui a trait à l’Islam et à ses fidèles. Cette islamophobie est bien davantage qu’une posture critique : elle est un combat à mener impérativement pour sauvegarder une civilisation européenne/chrétienne/occidentale menacée. D’autres affirment la pleine légalité d’un positionnement islamophobe mais tiennent à se dédouaner de toute intention raciste : la critique de l’Islam, comme des autres religions, est définie comme parfaitement acceptable – voire souhaitable – dans un pays de tradition rationaliste et laïque comme la France. D’autres encore assimilent l’islamophobie à un racisme pur et simple et la condamne vivement, la critique de la religion étant de nature à offenser l’essence même des individus : le « vivre ensemble », le « respect de la diversité », et donc l’équilibre social, se trouveraient ainsi menacés par de telles attaques.

Les prises de position, souvent passionnelles, ne manquent pas de déclencher, à chaque nouvelle déclaration émanant d’une source ou d'une autre, un torrent de réactions acerbes qui tendent à affermir les autres positions.

Des textes pousse-au-crime ?

À la suite de la tuerie du Musée juif de Bruxelles du 24 mai 2014, le président de la République tchèque Milos Zeman a ainsi souligné que la xénophobie et l’antisémitisme sont la nature même de l’idéologie des groupes fanatiques liés à l’islam radical. À l’appui de ses dires, l’homme d’État a cité un verset d’un des livres de Sahih Muslim, un des principaux textes de l’Islam sunnite : « Les pierres et les arbres diront Ô Musulmans, Ô Abdallah, il y a un juif derrière moi, viens le tuer ». Le 6 juin 2014, sur le plateau de i Télé, Éric Zemmour a été plus offensif encore : « Vous ouvrez le Coran à n’importe quelle page et il y a écrit ‘il faut tuer les juifs, il faut tuer les chrétiens, Dieu les maudit, il faut tuer les infidèles, etc.’ » Le journaliste a peut-être cru affiner son propos en ajoutant : « on peut rendre hommage à beaucoup de musulmans qui vivent pacifiquement alors qu’ils ont un texte aussi belliciste (…). La vraie distinction c’est entre les gens qui arrivent à vivre pacifiquement alors qu’ils ont un texte sacré qui les incite à tuer. Sauf que le texte sacré, il pousse certains à tuer. » La question qui se pose est dès lors celle du raisonnement susceptible de s’opérer dans l’esprit de ceux qui, ni musulmans, ni islamologues, ni géopoliticiens, sont en prise avec une actualité violente, anxiogène, qu’ils peinent à décrypter. À leur adresse, le Coran est désigné comme un texte qui, donc, « incite à tuer ». Ainsi faudrait-il comprendre qu’une parole antijuive « circonstancielle », c’est-à-dire rédigée il y a près de 1400 ans dans un contexte historico-politique particulier constituerait une clé d’appréhension des mentalités de toute une population, et qui plus est une clé quasiment indépassable.

Tact et méthode : sur l’art d’alerter d'un danger

Les liens existant entre les textes incriminés et les actes des djihadistes sont une indéniable réalité qu’il faut établir, le tout est de savoir comment : peut-on le faire en explicitant la nature particulière de certaines hadiths (communications orales du prophète Mahomet rapportées par ses compagnons) en faisant en sorte que le dégoût qu’elles inspirent ne rejaillissent pas sur l’ensemble de l’Islam, du Coran et des musulmans ? Faut-il au contraire prêter une influence déterminante à certains écrits sacrés comme s’ils suffisaient à eux seuls à déclencher des velléité criminelles, comme si chaque musulman pouvait un jour ou l’autre basculer du côté sombre du Coran (qui en obscurcit chaque page si l’on en croit E. Zemmour) ?
C’est la première direction qu’a choisie, par exemple, Dounia Bouzar dans un essai dénonçant courageusement l’instrumentalisation des versets coraniques et le procédé utilisé par les milieux radicaux consistant à abroger les versets de tolérance au bénéfice des versets de haine (Dounia Bouzar, Désamorcer l’Islam radical, Paris, Les Éditions de l’Atelier, 2014). L’anthropologue tient toutefois à vider cet Islam radical de toute substance religieuse, tant il instrumentalise sa source et la trahit.

De l’usage des écrits saints selon les circonstances

Dans les années 1930, un pamphlet circulait dans les milieux antisémites, intitulé Le Juif et le Talmud (le Talmud étant un des textes fondamentaux du judaïsme). Il nourrissait une pensée radicalement antijuive qui avait besoin d’homogénéiser ses ennemis. À cette fin, le recours à l’autorité de textes rédigés par des docteurs de la Loi juive s’avérait pratique : la méfiance et la haine à l’égard des goys pouvaient aisément y être soulignées. Ainsi le juif devenait-il fondamentalement et universellement nocif, puisque nécessairement nourri au sein de cette tradition littéraire sacrée. On ne s'étonnera pas à cet égard que le Talmud continue à inspirer certains propagandistes antisémites actuels.

À l’inverse, c’est également dans les années 1930 qu’une grande campagne de rapprochement judéo-musulman fut lancée en Afrique du Nord, et en Algérie en particulier. Elle fut l’œuvre de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA) dont les militants, majoritairement juifs, avait compris que la paix entre les communautés composant la société coloniale, passait par le soutien sans faille aux revendications politiques et sociales des indigènes. Cette campagne déboucha sur de nombreuses initiatives de solidarité et des démonstrations fraternelles tels que de grands meetings où, ostensiblement, juifs et musulmans manifestaient leur union. La référence à l’essence de l’Islam rappelait alors ce que l’on pouvait entendre à la même époque dans d’autres meetings antiracistes où des personnalités chrétiennes clamaient la franche incompatibilité entre les évangiles et le racisme.

Le 11 mars 1937, à la médersa (ici école religieuse) de Tébessa (Algérie) qu’il dirigeait, le cheikh Abdelhamid Ben Badis expliquait qu’ « un bon et vrai musulman ne peut pas être antijuif, car la doctrine de l’Islam impose à tous ses fidèles le respect de son prochain à n’importe quelle race qu’il appartienne. » Il faisait appel à tous les Sémites, Arabes et Israélites « pour relever la noble tradition de leurs ancêtres pour l’union, la fraternité et la justice entre toutes les races. » Le 20 mars de la même année, au Cercle musulman du progrès à Alger, le cheikh el-Oqbi déclarait à son tour en arabe que « l’Islam ordonne la solidarité et la sympathie entre les races. » Il ajoutait : « Le Coran dit que les hommes naissent frères et l’Islam ne fait pas de différences entre les races. Les vrais musulmans ignorent le mépris des races, ils doivent être contre la haine des peuples, l’injustice et l’iniquité. »

Mein Kampf et le Coran, « une opposition irréductible »

En septembre 1937, à l’occasion d’un rassemblement contre le racisme organisé à Paris par la LICA, le cheikh Zahiri, représentant des oulémas, déclarait lui-aussi en arabe que les musulmans nord-africains étaient « unis aux Juifs par les liens de sang » et que « le Coran n’[avait] jamais déféré aux doctrines d’intolérance. » Les exemples pourraient être ainsi multipliés. Je n’en citerai qu’un dernier, celui d'un philosophe musulman qui comparait fin 1939, alors qu'Adolf Hitler faisait les yeux doux au monde arabe, Mein Kampf et le Coran.  Si M’Hamdi Driss écrivait en effet : « Les deux conceptions raciste et musulmane aboutissent sur le terrain moral à une opposition irréductible. D’un côté un idéal mû par une passion de domination frénétique, de l’autre un idéal qui s’efforce à améliorer l’homme et à le conduire à plus de perfection. D’un côté, un monde d’où s’échappent dans une simultanéité tragique le cri de détresse de l’opprimé et la clameur joyeuse du dominateur, de l’autre un monde où s’élève dans une harmonie unique, une prière de paix et de concorde. » (« Mein Kampf et le Coran au point de vue moral », Annexe au Bulletin d'Information et de documentation de la Résidence générale de France au Maroc, n° 49 du 10 décembre 1939).

La référence aux écrits religieux peut servir les intentions les plus louables comme les plus viles et les plus belliqueuses. Cela n’est guère une nouveauté. L’étendue des champs couverts par les livres de religion est si vaste que l’on y trouvera sans peine ce que l’on y cherche : de quoi nourrir la haine ou la réconciliation entre les hommes. Ce sont pourtant bien les contextes et leurs dynamiques propres, les rapports de force et les aspirations du moment qui incitent prédicateurs et critiques à privilégier telle image du Coran sur telle autre. Il faut avoir conscience de cette relativité, où l’intention est reine, à une époque où le prêt-à-penser cristallise et électrise si facilement les esprits. La religion est d’abord ce que les hommes en font et le champ religieux peut s’avérer un piège - sinon un tombeau - pour la pensée. Elle peut en tout état de cause, dans la bouche de certains commentateurs, abandonner le statut de clé d’analyse pour devenir une expression de mépris.
* Emmanuel Debono est chargé d’études à l’Institut Français de l’Éducation et au Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (ENS, Lyon). Docteur en histoire contemporaine (IEP, Paris), il est l’auteur de l’ouvrage Aux origines de l’antiracisme. La LICA, 1927-1940 (CNRS Éditions, 2012). Ses recherches portent sur les racismes et les antiracismes dans la France contemporaine. Il représente par ailleurs en France l’USC Shoah Foundation – The Institute for Visual History and Education.

jeudi 19 juin 2014

Le ras le bol des religions, des religieux et de ceux qui les exploitent !

LE MAL DU SIÈCLE !
De plus en plus des citoyens de toutes origines commencent à en avoir ras le bol de la religiosité des religieux, de celle des pseudo-religieux, comme de celle des nouveaux convertis !
R.B



Luc LE VAILLANT : Adieu définitif au Proche-Orient et à ses guerres

Je n’ai plus qu’une envie, faire l’autruche. Plonger profond la tête dans le sable pour ne plus entendre parler de ce Proche-Orient et de ses guerres de religion insolubles, insondables, insensées.

Je ne veux plus qu’on m’entretienne de la naissance à la Alien d’un Etat jihadiste inattendu, ni qu’on me fabrique un nouvel ennemi public numéro 1, histoire d’aviver ma nostalgie de Ben Laden.

Je me contrefous de savoir qui est chiite, qui est sunnite, où est Bagdad, où est Damas, qui est Charybde, qui est Scylla, qui est le sanguinaire et qui est la victime qui se transformera en revancharde vorace et tout aussi dévoreuse des entrailles du frère ennemi. Quand on en est réduit à choisir entre Bachar et feu Saddam, entre le Hamas et l’Etat islamique en Irak et au Levant, il n’y a plus qu’à tirer l’échelle.

Je ne vais pas entonner à nouveau mon couplet sur la calamité religieuse, sur la nocivité des trois monothéismes et sur la démence actuelle de l’islam qui est certainement une spiritualité apaisante et câline mais qui serait bienvenue d’en administrer la preuve aux populations asservies par les fondamentalismes belliqueux et incapables de s’en affranchir sans retomber aussitôt dans une dépendance jumelle, comme en Syrie dernièrement.

Je vais aussi éviter de battre ma coulpe sur la poitrine de l’Occident désespérément coupable. Très sensible à ses intérêts pétroliers, l’Occident a sûrement sa part de responsabilité dans le merdier ambiant, mais il paraît difficile de trop charger sa barque des turpitudes islamos.

Obama n’est pas Bush, grand bien nous fasse. 
Je préfère un réflexif sur le reculoir au croisé militaro-industriel d’un autre Dieu. Je suis ravi que le général Hollande se soit fait moucher quand il voulait faire le zouave en Syrie. Nos va-t’en-guerre humanitaires, nos belles consciences en battle-dress semblent aussi avoir baissé d’un ton, ce qui fait des vacances. Je l’avoue, je préfère le cynisme grisé des colombes à la Védrine aux mantelets kaki des faucons à la Kouchner-BHL. Je suis pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et tant pis s’ils se foutent sur la gueule. Il faudra juste, et ce n’est pas le plus simple, endiguer les stratégies terroristes à l’export, faciliter l’intégration immigrée, tenir sur la laïcité démocratique tout en permettant à chacun de s’agenouiller en privé devant sa divinité.

Vous me trouvez isolationniste, pour ne pas dire lâche, et vous ne tarderez pas à m’accoupler à Daladier ? N’hésitez, pas ! Pour ce qui est du Proche-Orient, désormais, je m’en fous. Et Israël, me direz-vous, t’en fais quoi d’Israël ? Israël sait se défendre. Et puis Israël n’avait qu’à pas y aller. Israël n’avait qu’à s’inventer un avenir sans fixation névrotique aux origines. Maintenant que le voyage est sans retour, je ne vois aucune solution de bon sens, aucune possibilité de pacification. Désolé, aujourd’hui est un mauvais jour pour ma sollicitude qui coule au fond du lac de Tibériade, les pieds pris dans le béton durci de positions inconciliables.

A tout hasard, je plaide pour une vitrification symbolique et médiatique de cet infernal Proche Orient. Mettons sous cloche de silence et d’oubli cet abreuvoir à désespoir. Faisons comme si ça n’existait pas, car s’en soucier en permanence, faire tourner les rotatives, aligner les breaking news, n’avance à rien. Regardez voir ! On malaxe de l’info, et puis quoi ? On connaît la moindre sécession groupusculaire des organisations embryonnaires, et puis quoi ? On pleure sur la veuve qui fera la bombe, sur l’orphelin qui finira spadassin, et puis quoi ?

Que les envoyés spéciaux restent l’arme au pied, ça nous évitera de flipper de peur qu’on les prenne en otage. Dire ça va me va fâcher avec ma corporation qui pense en toute bonne foi que sa mission est salutaire, qu’il faut y aller pour raconter, que savoir permet de comprendre, que la raison finit toujours par l’emporter. Tu parles !

Et ça servira à quoi ce moratoire ? A rien. D’ailleurs, rien ne sert jamais à rien dès qu’il est question du Proche-Orient. Ça servira juste à se soucier d’autre chose que de la mort qui tue son cadavre agonisant. C’est de l’aveuglement rose bonbon ? Oui. C’est du déni débile à fanfreluches bêtasses? Encore oui. C’est du refus gnangnan de se confronter au réel ? Toujours oui.

Je veux juste que la délectation de la désolation arrête de me souffler dans les bronches. Je veux que le bruit et la fureur cessent de battre tambour sur la peau du diable. Je veux ne plus avoir à me repaître des malheurs du monde en pénitent émoustillé, en pleurnichard affligé.

Comme vous, j’ai beaucoup aimé me noyer dans la mélasse de mon impuissance derrière la herse numérique des écrans macabres. Pour ce qui est du Proche-Orient, désormais, ce sera sans moi.

mercredi 18 juin 2014

La cuisine politique en Tunisie a pour chef Ghannouchi

La société civile est trahie par les partis de l'opposition : de bourde en bourde, ses chefs ont permis aux frères musulmans nahdhaouis de rester les maîtres du jeu politique ! Amateurisme ou ego surdimensionné des chefs progressistes ?
R.B

Raouf Ben Rejeb :

Pourquoi tiennent-ils à ce que les législatives précèdent la présidentielle ?


Le parti Ennahadha a gagné son pari en obtenant que les élections se tiennent selon l’ordre qu’il a défendu, les législatives avant la présidentielle. Après avoir préconisé la concomitance des deux scrutins,  le mouvement islamiste a mis tout son poids pour que les élections du nouveau parlement  se tiennent en premier. C’est par calcul politique, a reconnu le dirigeant du parti Ameur Larayedh sur une radio privée , tout en estimant  normal pour ne pas dire légitime que chacun se détermine en fonction ce qu’il croit être son intérêt.

Régime semi-présidentiel ou semi-parlementaire ?

Pourquoi Ennahdha tient-il à cet ordre ?  D’abord pour une raison stratégique. En inscrivant dans la Constitution que le président de la république soit élu au scrutin universel, contre l’avis des islamistes,  certains partis voulaient donner la prééminence à cette fonction. Ils ont parlé alors d’un régime semi-présidentiel parce que le chef de l’Etat partage avec le chef du gouvernement le pouvoir exécutif. Bien évidemment cela n’est pas ce que veut le parti islamiste.  Pour lui, le président de la république ne dispose que de pouvoirs honorifiques et le véritable chef de l’exécutif est bien le chef du gouvernement. Cette prééminence,  il a voulu qu’elle soit marquée dans les faits et c’est pour cela qu’il a défendu bec et ongles que les législatives se tiennent avant la présidentielle. Pour lui, nous sommes dans un régime semi-parlementaire. Nuance.
La deuxième raison et non des moindres, c’est qu’il estime avoir peu de chances dans un scrutin où le candidat se présente intuitu personae, dans un rapport direct avec les électeurs sans nécessairement passer par un parti politique. Comme son chef, Rached Ghannouchi n’a jamais montré le moindre intérêt pour la fonction pour des raisons personnelles et politiques, tous ses lieutenants ne sont pas en mesure de triompher surtout après l’expérience du pouvoir entre fin 2011 et début 2014 qui s’était révélée catastrophique. C’est ce qui explique les atermoiements du parti islamiste à présenter un candidat  ou pas malgré l’intérêt manifesté par son secrétaire général démissionnaire Hamadi Jébali au poste. En revenant sur les devants de la scène Ali Larayedh l’ancien chef du gouvernement et secrétaire général adjoint  du mouvement paraît aussi dans les strating-blocks, tout prêt à y aller.  Si Ennahdha a tout fait pour que le scrutin présidentiel n’ait pas lieu en premier c’est parce qu’il estimait avoir peu de chances de voir son candidat qualifié au second tour, ce qui aurait pour conséquence d’amoindrir son score aux législatives qui suivaient, du fait qu’un résultat médiocre serait pénalisant pour lui. Dans les élections à deux scrutins différents,  le vote du premier détermine très largement le second, les électeurs donnant naturellement une prime significative au vainqueur du premier vote. Ce cas de figure, le mouvement Ennahdah voulait l’éviter à tout prix.

Pour préserver ses chances

La troisième raison c’est que les législatives offrent à chaque parti politique la possibilité de mesurer son audience réelle auprès de l’électorat. De plus, le système de scrutin de liste aux plus grands restes donne une prime aux grands partis, puisque le taux obtenu au scrutin est majoré au niveau de la répartition des sièges comme cela a été le cas au cours des élections du 23 octobre 2013 quand Ennahdha a obtenu 37% des suffrages exprimés, tout  en raflant  41,5% des sièges. En donnant  la primauté aux législatives, il préserve ses chances, car il peut compter sur le noyau dur de son électorat auquel viendront s’agréger des sympathisants.    En tout cas,  il ne verra pas une partie de ses votants potentiels aller voir ailleurs car ils ne pourront qu’être déçus par le résultat médiocre  du candidat présenté ou soutenu par les islamistes dont les chances sont minimes de pouvoir se qualifier au second tour et encore moins vaincre au cours de ce dernier.
De fait, la présidentielle, parce  qu’elle s’achève par le triomphe d’un seul candidat crée en faveur du  parti du gagnant une dynamique de victoire irrésistible. Les islamistes ne pourront qu’être défavorisés si la présidentielle précède la législative.
Mais la raison principale reste qu’Ennahdha en faisant durer l’incertitude quant à ses intentions sur le scrutin présidentiel entre présentation de candidat ou pas, soutien d’un candidat en dehors de son camp ou pas, poussera les partis qui ont un candidat potentiel ou déclaré et qui s’estiment en droit de s’attendre à ce qu’il soit appuyé par les islamistes d’avoir une position nuancée en tout cas pas franchement hostile vis-à-vis de ces derniers, ce qui est de nature à accroître leurs chances. De même, le parti islamiste se donne le temps de nouer des alliances avec les autres partis sans que cela soit pollué voire même parasité par les résultats d’un scrutin, qui ne lui soit pas forcément favorable. Ennahdha sera en mesure aussi de négocier tranquillement le report de ses voix au second tour de la présidentielle sans avoir à devoir rendre la monnaie de sa pièce si ce scrutin devait se dérouler en  premier. En lançant un appel de recherche à un «candidat consensuel» à la présidentielle comme ils  l’ont  fait en fin de semaine  dans leur Majless Choura, les nahdhaouis jettent un pavé dans la mare pour brouiller les cartes.Les Néjib Chebbi ou ses anciens alliés de la Troïka, Moncef Marzouki et Mustapha Ben Jaafar doivent se lécher les babines. BCE n’est pas loin d’être visé lui aussi. Cette manœuvre  aurait pour but    de neutraliser un poste dont ils voient qu’il est, pour eux,  porteur de tous les dangers.

Quand bien même les différents sondages donneraient Nidaa Tounés et son chef Béji Caïd Essebsi  favoris des deux scrutins, il reste une inconnue dont il faudrait mesurer les effets. Le système de scrutin choisi ne permet à aucun parti, sauf miracle d’obtenir la majorité absolue des sièges à la prochaine assemblée. Mais si jamais le miracle se réalise et que Nidaa gagne 50% des sièges +1, ce sera incontestablement, une  merveilleuse rampe de lancement pour un triomphe sans ambages à la présidentielle suivante sans peut être recourir au second tour. De la même manière au cas où les législatives donnent lieu, en revanche, à un émiettement de l’électorat avec des taux bas et rapprochés entre plusieurs partis Ennahdha verra aussi tous ses calculs tomber à l’eau.


Ce n’est pas uniquement le parti islamiste qui était favorable à la tenue des élections législatives en premier. Toutes les formations qui n’ont pas de candidat crédible à l’élection présidentielle sont dans ce cas. Certains ont  été même pris en flagrant délit de  changement de position pour cette raison.

C’est le cas notamment du parti Massar (ex-Attajdid). Manquant de solidarité envers  son allié de l’Union pour la Tunisie, Nidaa Tounés, il a reçu très vite un camouflet de celui-ci lorsque son Conseil national  a décidé de participer aux élections législatives sous sa bannière. Exit donc aux listes UPT hors desquelles  les ex-communistes n’ont que peu de chances d’avoir des élus. Le Front populaire a volé en éclat sur cette question. Le parti des travailleurs de Hamma Hammami était pour la présidentielle en premier alors que le parti Watad a voté contre cette éventualité. Le parti Afek Tounés qui a annoncé qu’il ne participait pas à la dernière réunion du dialogue national a été appelé à la rescousse pour compléter les deux tiers, le seuil indispensable fixé. Al-Joumhouri pourtant chaud partisan de la primauté à l’élection présidentielle a adopté un profil bas en acceptant la décision arrêtée pour ne pas effaroucher les islamistes dont il attend qu’ils soutiennent son candidat naturel Ahmed Néjib Chebbi qui ne cesse d’adresser des messages à Ennahdha en ce sens.

En tout état de cause,  en gagnant le pari de l’ordre des élections, Ennahdha prend une longueur d’avance, du moins au plan moral,  sur ses concurrents d’autant qu’il a tout fait pour aligner la majorité d’entre eux  à ses vues. Attendons les élections législatives et présidentielles pour voir s’il a vu vraiment juste.

Ghannouchi mène l'opposition par le bout du nez !

Ghannouchi aura eu raison une fois de plus d'une opposition décidément trop molle; de plus en plus un boulet pour les tunisiens et pour l'ensemble de la société civile ! C'est lui qui mène encore la danse.
R.B

Par Nizar Bahloul : Ennahdha est déjà dans l’étape suivante

Après des semaines de tergiversations, de marchandages d’épicier, de tractations et de transactions, les politiques tunisiens sont finalement tombés d’accord. Les élections législatives précéderont la présidentielle. Ennahdha l’a voulu, Ennahdha l’a obtenu. Ennahdha voulait un régime semi parlementaire, il a obtenu le régime semi parlementaire. Il voulait les législatives avant la présidentielle, il a obtenu les législatives avant la présidentielle. Comme dirait une amie « A force de vouloir danser avec le loup, c'est le loup qui les a tous fait danser et à son rythme !!! » 

Désormais, et contrairement à la majorité des grandes démocraties, la Tunisie votera pour un parlement avant d’avoir un président. 
Concrètement, les alliances négociées tout au long des deux dernières années tombent à l’eau. Il ne sert plus à rien que les petits partis se liguent avec de grands partis. Chacun militera pour son camp pour obtenir un
maximum de voix et que le meilleur l’emporte. 
Au vu des derniers sondages, on aura deux partis qui tournent autour de 30% de voix, et une ribambelle de partis-nourrissons qui auront entre 1% et 5% de voix. 

Traduction : si Ennahdha arrive premier, on aura un chef de gouvernement islamiste. Et si Nidaa dépasse même d’une voix, c’est Béji Caïd Essebsi qui nommera le futur chef du gouvernement.
En face de ce gouvernement, il y aura un parlement ressemblant comme deux gouttes d’eau à l’assemblée constituante actuelle. On aura de nouveaux guignols pour remplacer (ou s’ajouter) aux anciens. Et il n’est pas improbable que des personnes de qualité soient absentes de la future configuration parlementaire. 
Ce parlement sera dominé par deux grands partis qui partagent 60% des voix approximativement et des individualités. Bref, une mosaïque de laquelle la Tunisie ne tirera rien de bon. On perpétuera les querelles autour du sexe des mouches et on s’affrontera sur tout et sur rien. 
Quel que soit le nom du parti vainqueur des élections, il n’aura in fine que 30% et ne pourra pas gouverner sans de larges alliances avec les autres. Le gouvernement issu sera fragilisé et bloqué dans toute décision, aussi saine soit-elle. 

Pour le camp démocrate, le danger est plus accentué. Vu que les législatives précèdent la présidentielle, les partis vont attaquer les élections en rangs dispersés pour que chacun puisse mesurer son véritable poids. Le parti islamiste, cependant, va partir en rangs unis. Et d’un ! 
De deux, non seulement les partis démocrates vont partir en rangs dispersés, mais les électeurs de ces partis ne sont pas spécialement connus pour leur discipline, contrairement aux électeurs islamistes qui vont courir aux urnes. Nous n’en sommes pas encore là, car avant d’arriver à ce stade, le camp démocrate va devoir subir de véritables guerres intestines. Et il n’est pas dit que ces partis démocrates vont arriver indemnes à la campagne électorale. Pourquoi ? C’est encore une question de discipline. 

A Ennahdha, il y a le « majlis choura » qui va fixer les listes électorales. Autrement dit, c’est ce « majlis » qui va désigner les futurs députés en mettant qui il veut aux têtes de listes. La discipline étant de rigueur dans ce parti, tous les candidats sont là pour servir son intérêt général et son idéologie, et non des ambitions personnelles. 
Au camp démocrate, en revanche, il n’y a pas d’idéologie et d’intérêt suprême qui prime. Il n’y a que les égos et les ambitions personnelles des uns et des autres. On imagine mal à Nidaa, à Al Joumhouri ou à l’Alliance des candidats accepter de laisser leur place à des « camarades » mieux armés pour affronter les élections. Chacun se croit le plus apte à attaquer la bataille, chacun se croit supérieur aux autres, chacun se prend pour un Bruce tout puissant.
En résumé, dans le camp islamiste, c’est « tous pour un, un pour tous ». Dans le camp démocrate, c’est le « chacun pour soi et Dieu pour tous », et la deuxième partie de la citation reste à vérifier. 

Une fois les législatives déroulées, il va y avoir la présidentielle. En pleine campagne de la présidentielle, les partis vont être occupés par leurs alliances. Quant au président et son « rendez-vous avec le peuple », il n’a qu’à se débrouiller tout seul ! Il y aura une réelle démobilisation de l’électorat qui sait, d’avance, que les jeux sont faits. Dans notre nouveau système semi-parlementaire, le président de la République ne pèse pas grand-chose. A quoi sert-il donc de mouiller la chemise pour un président de la République alors que le chef du gouvernement est déjà identifié ? 

L’autre scénario était de faire précéder la présidentielle. Les machines des partis auront joué pour les différents candidats, mais il n’y aura eu, à la fin, qu’un seul et unique vainqueur. Ce vainqueur, une fois à Carthage, aura mobilisé ses troupes et noué les alliances nécessaires pour confirmer sa victoire et lui donner le pouvoir nécessaire à avoir un gouvernement issu de ses rangs. 
Le vaincu, pour sa part, ne se démobilisera pas pour autant et aura, lui aussi, mobilisé ses troupes et noué les alliances nécessaires pour équilibrer la balance et ne pas laisser le pouvoir entre les mains du vainqueur. 
Ennahdha n’a pas voulu cela et à raison. Le parti islamiste sait que son poids réel dans la société, selon les récents sondages, n’est que de 30% et ce poids n’a de sens que s’il y a une dispersion en face. Il sait que 70% de la société le rejette et qu’il n’a de réelles chances d’accéder de nouveau au pouvoir qu’avec ce système semi-parlementaire où l’on fait précéder les législatives. Le parti islamiste a obtenu gain de cause et c’est lui qui continuera à mener la danse lors des prochaines élections. 
En 2011, il s’est acoquiné de Marzouki et Ben Jaâfar. En 2014, il s’acoquinera d’autres personnalités. 

Le camp démocrate est encore occupé par les futilités et les querelles intestines, antérieures et futures, alors que le camp islamiste est déjà dans l’étape suivante. Regardez les murs FB des uns et des autres. Chez les islamistes, vous allez trouver des photos prises sous le Capitole de Washington entre Laârayedh, Atig et Chebbi. Chez les démocrates, vous allez trouver des photos de belles Brésiliennes à la Coupe du monde et des analyses (très intéressantes et de haute facture) sur les différents matchs.

Rappel d’une évidence, les croupes brésiliennes sont belles, mais la campagne électorale va se jouer à Hay Ettadhamen et non à Rio de Janeiro !