samedi 5 décembre 2015

Comment préparer l'avénement de la démocratie

Un discours où l'architecte de la Tunisie moderne expliquait comment préparer l’avènement de la démocratie dans des sociétés tribales et arriérées. Les responsables politiques actuels devraient s'en inspirer et se souvenir que la qualité première de l'homme politique est le patriotisme. Une belle leçon de politique au sens noble du terme.
La Tunisie a eu de la chance d’avoir Bourguiba et qu’elle aurait besoin aujourd’hui, dans la crise qu’elle traverse d’un homme qui, comme lui ait une vue claire et positive de son avenir.
R.B

Habib Bourguiba (le 26 Avril 1966)
L’histoire est riche en exemples où la démocratie a dégénéré en anarchie, où la règle démocratique est devenue loi de la jungle. C’est que le dévouement, la probité, la compétence sont des qualités rares, notamment dans les pays sous-développés marqués par des siècles de décadence et où la plus grande partie du peuple vit encore dans l’obscurantisme.

Le sentiment patriotique n’est pas suffisant pour créer les conditions de la démocratie. Il faut à l’homme de l’expérience, de la compétence et de l’envergure pour pouvoir agir avec sagesse. A fortiori, s’il assume le destin de toute une nation ; notre souci fondamental est de construire une nation capable de vivre au rythme de son siècle, en lui insufflant le dynamisme nécessaire et en lui donnant les moyens de progresser. Mais tant que les conditions ne sont pas remplies, instituer un régime de démocratie absolue serait hasardeux. Cela reviendrait à confier la construction d’une maison à un profane qui ignore tout de la technique du bâtiment et de l’architecture …

La responsabilité du pouvoir est une affaire trop grave pour être livrée à des individus sans compétence ni expérience. Pour prétendre à la direction d’une nation, un minimum de connaissance théorique et d’envergure intellectuelle est nécessaire. L’homme d’Etat doit faire preuve de discernement et se montrer capable d’agir dans le sens d’intérêt général. Il doit savoir dominer les problèmes et prévenir, par une démarche prospective, les conséquences de ses décisions…

Pour préparer l’avenir, il faut créer les conditions de la démocratie authentique, en élevant le niveau du peuple, notamment les cadres, et en développant leur conscience politique. A la tête de chaque institution et de chaque organisation, des hommes d’envergure doivent être placés. Partout les responsables doivent être placés. Partout les responsables doivent être à la hauteur de leurs responsabilités. Ainsi, la nation sera-t-elle à l’abri de l’aventure et des convulsions. L’anarchie ne s’installe dans un pays que si les cadres supérieurs sont divisés. Aussi, l’éducation politique et civique, qui fut et demeure le principe fondamental de mon combat, concerne-t-elle l’ensemble du peuple.

Si le civisme et la maturité sont l’apanage de la majorité, la loi du grand nombre agira dans le sens de la démocratie. La promotion de l’homme est le fondement d’une démocratie authentique, car elle assure le triomphe du bon sens et de la raison, mettant en échec quiconque prétendrait de la démagogie …

Le problème de la démocratie dans le pays du Tiers-Monde mérite de plus amples développements. L’essentiel, c’est d’avoir continuellement présent à l’esprit que la promotion de la démocratie doit se faire progressivement, sans précipitation ni démagogie, car la démocratie implique responsabilité. Sans responsabilité, la démocratie engendre des abus, source de régression. Ainsi, notre souci majeur est-il de préparer l’avènement de la démocratie, en développant chez tous les citoyens les vertus de probité et d’altruisme.



Il faut se méfier de l'eau qui dort

En quelques vers Taous rappelle l'éducation "traditionnelle" qui fabrique les femmes soumises ... et poussent certaines à la rébellion, devant tant de carcans !
R.B 
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Elle n'est pas du genre
Enfant on lui a dit qu'elle n'était pas du genre à jouer dehors
Adolescente on lui a dit qu'elle n'était pas du genre à faire du sport
Plus tard on lui a dit qu'elle n'était pas du genre qui flirte et qui sort
Femme on lui a dit qu'elle n'était pas du genre à se plaindre de son sort
Ah oui ... leur répondit-elle, de quel genre je suis alors ?
"Tu es du genre sage, gentille fille, épouse résignée, bonne maman jusqu'à sa mort !!"
Ils croient la connaître mais ce qu'ils ignorent 
C'est qu'elle n'est pas du genre à avoir un genre 
Et qu'ils feraient mieux de se méfier de l'eau qui dort 
Avant qu'elle n'ouvre sa boite de Pandore.

vendredi 4 décembre 2015

Et si l'islam portait en lui les germes de Daech ?

C'est du moins ce qu'il ressort de l'histoire de cette religion qui a connu d'autres Daech depuis son avènement.
Il est vrai quand l'islam est policé par les « tribunaux du Bien contre le Mal », il perd tout son humanisme ! Ce qui est le cas depuis l’avènement du wahhabisme.

R.B
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Ce « Daech » qui vit en nous
A l’inverse de ce que l’on pourrait penser, les événements de Paris d’abord, puis du Mali ensuite (l’attentat de Tunis n’avait pas eu encore lieu, NDT), ne sauraient s’effacer dans le temps sans laisser de profondes marques sur nos visages et dans nos esprits.
La peur, l’effroi … toute cette sauvagerie qui accompagne désormais chacun de nos gestes au quotidien. Cela imprimera sa marque à nos langages habituels et impactera nos mots usuels, donnant des langues et des idiomes qui s’écriront dorénavant avec les lettres du doute.
Dans de tels moments, ce serait  une erreur, que dis-je, ce sera une faute, une chose « haram », de nous en tenir encore à nos dictionnaires froids et peu parlants. Nous commettrions un crime en persistant à vouloir ménager ce que nous appelons « l’opinion publique », en empruntant le langage de la justification et du mensonge, quand on ment aux autres et qu’on se ment aussi à soi-même au nom de la tolérance, en vertu des valeurs et pour ce qui reste de tout ce qui peut évoquer le « ijmaâ »  (le consensus).
En de tels instants rien ne peut être plus grand, rien ne saurait être plus beau, plus sacré, plus éternel que la différence, le droit à cette différence. Tant il est vrai qu’une société qui se fonde sur le principe du consensus et sur l’absence des différences est, en toute simplicité, une société qui s’effondrera à la première secousse.
Une société qui forge son identité sur la vérité absolue est une société qui se construit en fait sur le mensonge car une vérité vraie ne diffère pas tant d’un mensonge avéré.
Rien ne peut nous unir plus et mieux que le droit à la vie.
Qu'on vive donc avec nos différends et nos différences, que le doit de vivre soit consacré vertu sacrée, et ainsi nous pourrons gérer notre espace commun et nos valeurs communes; nous pourrons alors glorifier l’humain qui se cache en nous.
Quand nous disons que la sauvagerie, que le terrorisme, que tous les mots et les langues évoquant la tuerie commise au nom d’Allah sont d’abord et avant tout de notre responsabilité, nous ne faisons que commencer à dire et écrire la vérité.
Les interprétations aussi abusives que radicales de la religion – que nous le voulions ou non – ne sont pas un complot américano-impérialo-sioniste. Oh, il est bien possible que ces gens instrumentalisent et tirent profit de cet extrémisme que nous avons nous-mêmes inventé au nom de l’islam, mais ils ne l’ont pas produit.
Quand le radicalisme de l’interprétation, ou l’interprétation radicale, faisait des ravages dans le Bagdad de 447 de l’Hégire (environ 1057 de l’ère chrétienne), et quand les adeptes d’Ibn Hanbal empêchaient les Achaârites de prier avec la communauté, pour la prière du vendredi ou d’un autre jour, cela n’était pas un complot extérieur à l’islam mais une attaque de musulmans contre d’autres musulmans.
Quand Ibn Hatim al-Hanbali avait émis sa fatwa prétendant que « celui qui n’est pas hanbali n’est pas musulman », il ne percevait pas d’émoluments du Congrès américain. Non, il ne faisait, en toute simplicité, que théoriser le radicalisme et autoriser le meurtre.
Et quand Mohamed Ben Youssek al-Hanafi, alors cadi à Damas, affirmait que « si j’en avais le pouvoir, je m’en serais pris aux Chafiîtes », Tel Aviv ne le finançait pas non plus.
Certes, les autres ont une grande responsabilité dans ce qui nous arrive et ont commis des grandes erreurs à notre égard. Certes, les autres ont grandement exploité ce feu qui bouillonnait au sein de nos sociétés et l’ont savamment et constamment entretenu, mais cette violence qui marque nos traits est à l’origine des facettes de notre identité, une identité que nous avons façonnée pour nous-mêmes, par nous-mêmes.
Quand nous disons que le problème aujourd’hui n’est guère dans les adorateurs du sang, dans « Daech » ou même dans « al-Qaïda » en tant que structures, mais bel et bien dans les théories qui leur ont permis d’exister et d’exercer toute leur sauvagerie; quand nous disons cela, et si nous le disons, nous nous posons à nous-mêmes une question fort ancienne dont nous avons encore et toujours, depuis des siècles, reporté l’examen.
Ceux qui se sont accaparé l’islam, qui l’ont scindé en autant de rites et de franges qu’il y a de doctrines qui s’excommunient mutuellement, sont les concepteurs bien anciens de Daech et les tuteurs de sa violence. Ils sont leurs pères tutellaires, à travers le temps et les siècles.
Ceux qui ont excommunié les uns, puis ont tué les autres et enfin ont profané les dépouilles des uns et des autres, sont les premiers terroristes, les précurseurs de la sauvagerie.
Et ceux qui se sont tu face à ces comportements, ceux qui n’ont rien dit quand l’islam a été pris en otage, ceux qui se murent toujours dans leur silence aujourd’hui encore, sont des complices actifs de ces massacres, et non les victimes.
.Aujourd’hui, ce que fait Daech et ses (in)dignes suiveurs, ceux qui lui emboîtent le pas ici et là dans le meurtre et la destruction, n’est pas plus abject que ces abjections commises dans le passé et qui se perpétuent de nos jours dans un silence qui porte et supporte ce grand mensonge du complot extérieur et de l’alliance du monde contre l’islam et les musulmans.
Aujourd’hui, en Arabie Saoudite dont le pétrole soumet tous les dirigeants du monde, qui s’inclinent face à ses princes et qui mettent une cagoule aux principes et aux valeurs démocratiques… 
Aujourd’hui, il se produit une chose effroyable dans ce pays. Un tribunal a décidé d’exécuter le poète et artiste palestinien Ashraf Fayad pour un poème que le tribunal a estimé « mettre en doute l’existence de Dieu ». Ce tribunal s’érige en défenseur et protecteur de Dieu, dont l’un des noms est « al haq », le droit absolu.
Les tribunaux mobiles d’inquisition en Arabie Saoudite, cette chose hideuse que l’on appelle « les tribunaux  du Bien contre le Mal », ont procédé à l’arrestation du Palestinien dans une ville située au sud-ouest du Royaume; puis l’ont accusé de « mettre en doute l’existence de Dieu » et ensuite l’ont déféré devant des juges qui l’ont condamné à la peine capitale, bien que cet homme n’ait cessé de dire et de répéter que l’interprétation qui avait été faite de ses poèmes était erronée.
L’Arabie Saoudite qui a faite sienne cette approche aussi absolutiste que mystérieuse de l’islam qui a pour nom le « wahhabisme » n’accepte aucune autre interprétation d’un texte que celle qui est faite par les inquisiteurs des tribunaux du même nom.
Et avant Ashraf Fayad, il y avait eu un autre homme du nom de Raif Badawi qui avait eu le tort de réclamer la suppression de ces « tribunaux  du Bien contre le Mal », et qui avait été embastillé aussi pour cela, en 2012. On l’avait lourdement chargé, en l’accusant d’atteinte à l’islam sur internet, entre autres graves chefs d’inculpation, dont l’apostasie. Badawi avait été préliminairement condamné à 7 ans de prison et 600 coups de fouet, mais un autre tribunal avait jugé la sentence trop clémente, et il l’avait en conséquence alourdie, pour la porter à 10 ans de prison et 1.000 coups de fouet, appliqués à raison de 50 chaque vendredi…
Des histoires comme celles de ces deux hommes, il en existe des centaines et même des milliers. En Arabie Saoudite, en Iran, au Yémen, en Afghanistan, au Soudan, au Qatar où un autre poète est tourmenté en raison d’une accusation d’atteinte et offense au régime princier.
Dans ces riantes contrées, vous trouverez tant et tant de sentences, de décapitations, de lapidations…
Au Koweït, aujourd’hui, survit un enfant de 8 ans, accusé de harcèlement sexuel contre une enseignante, et pour lequel le procureur a requis 5 années d’emprisonnement. 
Dans cette région du monde, vous apprendrez que quiconque veut exprimer sa différence est incarcéré et jugé pour infanticide. Vous comprendrez alors que le meurtre, la violence, l’abjection, ne sont pas uniquement le fait de Daech ou d’al-Qaïda, vous prendrez la mesure de cette pratique qui a fondé tout l’islam, leur islam, sur la violence.
Vous verrez qu'aujourd’hui, le sacré a pris les traits de la Faucheuse, et vous entreverrez que la différence est devenue un crime dont le seul châtiment est la mort !
La vie, chez nous, sur nos terres et sous nos cieux, ne mérite pas d'être vécue.
Le plus souvent, dans nos contrées, nous affichons une coupable unanimité face à la mort, au meurtre et au silence, et nous ne divergeons que pour le droit à la vie.

Un État civil pour un pays musulman : est-ce possible ?


Oui nous dit YBA, à condition qu'une justice sociale soit instaurée. Pour cela il faut la restauration de haybat a-dawlah *, slogan électoral de Béji Caïd Essebsi, fondateur de Nidaa Tounes !
R.B
* Autorité de l'Etat.

Yadh Ben Achour : Patriotes, réveillez-vous !

La violence terroriste sacrificielle qui se développe actuellement dans notre pays constitue certainement la forme la plus aiguë de violence, mais elle est loin d’en  monopoliser le champ. Vous n’avez qu’à prendre la route pour vous rendre compte qu’un «code» pas seulement de la route, mais du comportement, n’existe plus vraiment. Le règne du laisser-faire \ laisser-aller ne peut conduire à rien d’autre qu’à la violence. 

Le président de la République avait gagné les élections pour avoir axé sa campagne électorale sur deux principes fondamentaux. Le premier : « un État civil, pour un pays musulman ». Le second : « rétablir l’autorité de l’État »  haybat a-dawlah. C’est grâce à ces deux slogans mobilisateurs qu’il a pu rassembler dans un seul parti un ensemble tout à fait disparate de forces, de partis et de personnalités de tous bords, uniquement cimentés, d’une part, par le souci de revenir au mythe fondateur de l’indépendance : « oui à la religion sociale réformée, non à la religion politique; et, d’autre part, par le souci de mettre fin au laisser-faire \ laisser-aller à tous les niveaux de la vie sociale. 

« Un État civil pour un pays musulman » n’est pas une expression vide de sens. Elle implique une action déterminée contre toutes les formes de religiosité politicienne. Cette action, évidemment, ne doit pas se faire par les moyens de contrainte, encore moins par les moyens de violence. C’est une action de longue haleine de nature culturelle, éducative et sociale. Ce retour au mythe fondateur de notre indépendance ne doit évidemment pas se faire par la seule action de l’État. La société civile doit y contribuer très fortement. C’est d’ailleurs l’action de cette société civile qui a empêché toute les tentatives d’islamisation de la société et de l’État au cours de la période transitoire. Aujourd’hui, nous sommes très loin du compte. 

L’islamisation de la société qui, pour certains, doit préparer l’islamisation de l’État, continue à se développer, malgré l’action de redressement que le gouvernement exerce, par exemple au niveau des affaires religieuses ou de l’éducation. Nous le constatons dans les grandes institutions étatiques et les services publics. Dans les lieux publics, les hôpitaux, les cliniques, les écoles, les tribunaux, continue de régner cette sorte de bigoterie légaliste ravageuse. Dans certains services d’état civil, devant certains tribunaux, non seulement le Code du statut personnel est laissé de côté, mais la constitution elle-même de 2014 est ignorée et violée. 

C’est ainsi que certains juges, comme la cour d’appel de Tunis dans son arrêt du 26 juin 2014, agissent comme si la constitution de 2014 n’existait pas, ou lui donnent une interprétation totalement absurde qui la vide de son sens. Il reste par conséquent beaucoup à faire et le gouvernement doit établir une stratégie de longue haleine, cohérente et rigoureuse, pour lutter contre la culture qui essaye de renverser l’ordre des choses en confondant religion sociale et religion politique. C’est dans ce milieu, dans cette culture, que le terroriste puise ses ressources et sa conviction fondamentale, d’après laquelle le monde terrestre des humains doit être détruit s’il ne répond pas à l’ordre théologico-législatif décidé par Dieu. L’anti-humanisme du terroriste procède de cette conviction que sa vie et celles des autres peuvent être sacrifiées pour cette cause, à ses yeux la plus sublime de toutes. Lutter contre le terrorisme, c’est d’abord s’attaquer à cette culture.

Le  terrorisme en Tunisie se nourrit à la fois du contexte idéologique de l’islamisme post-révolutionnaire, du contexte international et régional, mais également, et dans une forte mesure, du problème de la justice sociale non maîtrisé et qui constitue, à côté de la culture, la cause la plus directe du phénomène terroriste. La question se ramène aux seuils inadmissibles de pauvreté aggravée après la révolution et qui renforcent le sentiment d’exclusion sociale et affaiblissent ou parfois même détruisent le sentiment d’appartenance nationale et citoyenne. Le témoignage de Nassim Soltani, parent du berger Mabrouk Soltani, décapité par des terroristes dans la région de Sidi Bouzid et diffusé le 16 novembre 2015 par la télévision, est, sur cette question, plus éloquent que tous les livres écrits sur les origines du terrorisme. Ces seuils de pauvreté qui fortifient les ressorts psychologiques de toute forme de violence permettent aux terroristes d’acheter à la fois les consciences et le silence de leurs victimes et de procéder à leur recrutement, à leur entraînement et au lavage de leurs cerveaux. 

L’enracinement du terrorisme dans le monde et dans notre pays n’est pas le produit d’une aberration. Pour lutter contre le terrorisme avec efficacité, il est nécessaire de prendre conscience que ce dernier peut avoir de bonnes raisons d’agir comme il le fait, dans un milieu qui a de justes raisons de l’accueillir. À ce niveau, nous revenons au problème de la justice sociale qui constitue la moitié des objectifs de la révolution, l’autre moitié étant la liberté.  
Les mesures sécuritaires et les lois antiterroristes, comme la loi organique n° 22/2015 du 7 août 2015 relative à la lutte contre le terrorisme et la répression du blanchiment d’argent, indépendamment de leur caractère liberticide, à eux seuls, ne résoudront pas les problèmes. 

Que ce soit en traitant le problème du terrorisme, ou celui de l’autorité de l’État, une idée essentielle, existentielle, doit toujours demeurer à l’esprit : une révolution a eu lieu. Trop de gens ont tendance à l’oublier. Nous ne pouvons pas pratiquer la politique en oubliant ce fait majeur. Or, il est triste de constater que la pratique politique aujourd’hui ne répond pas à ce qui fut la cause essentielle de la révolution et ne correspond pas non plus à cette promesse de rétablir l’autorité de l’État. L’actualité non seulement ne va pas dans le sens du rétablissement de l’autorité de l’État, mais, au contraire, va dans le sens de son affaiblissement

Les autorités exécutives, certains partis politiques, certains députés de l’ARP se comportent tout d’abord comme si la révolution n’avait pas eu lieu. La division à l’intérieur de Nida Tounes ne serait pas trop grave si elle avait des implications limitées à ce seul parti. Malheureusement, ces divisions vont bien au-delà. Elles touchent l’équilibre des coalitions si difficilement acquis à l’intérieur de l’Assemblée des représentants du peuple, elles touchent le fonctionnement et l’équilibre des pouvoirs publics et même l’interprétation et l’application de la Constitution. Est-ce cela l’autorité de l’État ? 
Par ailleurs, il faut rappeler que le peuple tunisien est devenu viscéralement et épidermiquement hostile aux affaires de clans et de famille. Sans vouloir juger aucunement les personnes et quelle que soit leur valeur respective, fussent-elles des réincarnations de ‘Umar Ibn Abdelaziz ou de Marc-Aurèle, il se fait que notre peuple ne supporte plus les affaires de clans ou de famille. C’est un fait objectif, peut-être injuste sur le plan de la justice distributive personnelle, mais qu’il ne faut pas discuter. Il en est ainsi parce que la révolution en a ainsi décidé et que des martyrs sont tombés pour cette cause. Parce qu’une révolution a eu lieu, le rétablissement de l’autorité de l’État doit être compris dans cette unique perspective. 

Les affaires de Nida Tounes  portent une grave atteinte au président de la République, au niveau national et au niveau international, mais, par-dessus tout, elles atteignent profondément le prestige de l’État.

Dans ce jeu, tout le monde sortira perdant, sauf les terroristes. 
Patriotes, réveillez-vous!.

mercredi 2 décembre 2015

L'art de la guerre imbécile

Bush ne pouvant s'attaquer de front aux Ibn Saoud (trop d’intérêts les lient à cette tribu) pourtant bien impliqués dans les attentats du 11 septembre, a cru malin de déstabiliser tout le Moyen Orient sous prétexte d'y instaurer la "démocratie", en commençant par l'Irak; dans l'espoir qu'elle contaminera toute la région et mettra fin à la dynastie des Ibn Saoud. Ce qu'Obama à l'époque appelait " la guerre imbécile".
Mais que fait-il de mieux ? Sinon s'enfoncer dans une guerre encore plus imbécile en associant les Ibn Saoud à une guerre contre Daesh, produit saoudien tout comme l'était al Qaïda ??
A moins que tout cela ne soit une tragique comédie, qui cache des stratégies machiavéliques pour tout le Moyen Orient; dont l'administration américaine persiste à vouloir en redessiner les frontières, tracées par les empires coloniaux français et anglais, en s'appuyant sur son plus fidèle allié dans la région les Ibn Saoud, profitant à la fois de leur or noir mais aussi de leur wahhabisme, arme de destruction des sociétés musulmanes !
R.B

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Revendiquées par l’Organisation de l’Etat islamique (OEI), les tueries du 13 novembre dernier à Paris ont entraîné l’intensification de l’engagement occidental au Proche-Orient. Cette région du monde paraît ainsi condamnée aux interventions armées. Pourtant, si la destruction militaire de l’OEI en Syrie et en Irak constitue un objectif sur lequel semblent s’accorder des dizaines de pays étrangers, des Etats-Unis à la Russie, de l’Iran à la Turquie, tout le reste les sépare…
«Je ne suis pas contre toutes les guerres. Ce à quoi je m’oppose, c’est à une guerre imbécile, une guerre irréfléchie, une guerre fondée non pas sur la raison mais sur la colère. » Ainsi parlait, le 2 octobre 2002, un élu de l’Illinois nommé Barack Obama. La « colère » consécutive aux attentats du 11 septembre 2001 n’était pas retombée aux Etats-Unis, et le président George W. Bush avait choisi de la rediriger non pas vers l’Arabie saoudite, d’où provenaient la plupart des membres des commandos d’Al-Qaida, mais vers l’Irak, qu’il attaquerait six mois plus tard. Les médias voulaient la guerre ; la plupart des sénateurs démocrates, dont Mme Hillary Clinton, s’y rallièrent. Et l’invasion de l’Irak créa le chaos qui servirait d’incubateur à l’Organisation de l’Etat islamique (OEI).
Les tueries du 13 novembre à Paris sont en passe de favoriser les deux principaux objectifs de cette organisation. Le premier est la création d’une coalition d’« apostats », d’« infidèles », de « renégats chiites » qui viendra la combattre, en Irak et en Syrie pour commencer, en Libye ensuite. Son second projet est d’inciter la majorité des Occidentaux à croire que leurs compatriotes musulmans pourraient constituer une « cinquième colonne » tapie dans l’ombre, un « ennemi intérieur » au service des tueurs.
La guerre et la peur : même un objectif apocalyptique de ce type comporte une part de rationalité. Les djihadistes ont calculé que les « croisés » et les « idolâtres » pouvaient bien bombarder (« frapper ») des villes syriennes, quadriller des provinces irakiennes, mais qu’ils ne parviendraient jamais à occuper durablement une terre arabe. L’OEI escompte par ailleurs que ses attentats européens attiseront la méfiance envers les musulmans d’Occident et généraliseront les mesures policières à leur encontre. Ce qui décuplera leur ressentiment au point de pousser quelques-uns d’entre eux à rejoindre les rangs du califat. Extrêmement minoritaires, assurément, mais les janissaires du djihadisme salafiste n’ont pas pour objectif de gagner des élections. A vrai dire, si un parti antimusulman les remporte, la réalisation de leur projet avancera d’autant plus vite.
« La France est en guerre », a annoncé d’emblée le président François Hollande aux parlementaires réunis en Congrès le 16 novembre. L’Elysée cherche depuis longtemps à s’engager sur le front syrien et s’acharne à y impliquer davantage les Etats-Unis. Mais l’une des bizarreries de cette affaire tient au fait que M. Hollande veut livrer aujourd’hui la guerre à l’OEI en Syrie alors qu’il y a deux ans, en proie au même entêtement guerrier, il s’employait à convaincre Washington de « punir » le régime de M. Bachar Al-Assad.
M. Obama s’opposera-t-il très longtemps à la « guerre imbécile » que réclame l’Elysée ? La pression qu’il subit est d’autant plus forte que l’OEI poursuit le même dessein que Paris… Comme l’expliquait le chercheur Pierre-Jean Luizard il y a quelques mois, tout s’est passé dans une première étape« comme si l’Etat islamique avait consciencieusement listé tout ce qui peut révulser les opinions publiques occidentales : atteintes aux droits des minorités, aux droits des femmes, avec notamment le mariage forcé, exécutions d’homosexuels, rétablissement de l’esclavage, sans parler des scènes de décapitation et d’exécution de masse (1) ».
Lorsque l’exhibition de ce catalogue macabre n’a plus suffi, ou plus tout à fait, l’OEI a décidé d’égorger un otage américain, en veillant à diffuser les images de la scène ; puis elle a organisé plusieurs fusillades meurtrières à Paris. La riposte des « croisés » ne pouvait plus tarder.
De fait, un chef d’Etat est presque contraint de réagir à des actions spectaculaires de ce genre. La pression politique l’invite à annoncer aussitôt quelque chose, y compris parfois n’importe quoi. Ordonner la destruction d’un hangar, d’un dépôt de munitions, le bombardement d’une ville. Afficher sa détermination. Promettre de nouvelles lois encore plus sévères, fustiger les « munichois ». Entrelarder ses phrases de termes martiaux, parler de « sang », et assurer qu’on sera « impitoyable ». Récolter des ovations debout, puis dix points dans les sondages. Au final, tout cela se révèle souvent déraisonnable, « imbécile » ; mais seulement quelques mois plus tard. Et ce piège de la surenchère semble de plus en plus irrésistible, en particulier en régime d’information continue, haletante, frénétique, quand aucun acte, aucune déclaration ne doit demeurer sans réplique immédiate.
En 1991, au moment de la guerre du Golfe, les faucons américains reprochèrent au président George H. Bush de ne pas avoir ordonné aux troupes qui venaient de libérer le Koweït de poursuivre jusqu’à Bagdad. Quatre ans plus tard, le chef d’état-major américain de l’époque, le général Colin Powell, justifia leur retenue, toute relative : « Au plan géopolitique, la coalition, en particulier les Etats arabes, ne voulait pas que l’Irak soit envahi et démembré. (…) Un Irak fragmenté en entités politiques sunnites, chiites et kurdes n’aurait pas contribué à la stabilité que nous recherchions au Proche-Orient. Le seul moyen d’éviter une telle issue aurait été la conquête et l’occupation par les Etats-Unis d’un pays de 20 millions d’habitants. (…) Au demeurant, il aurait été naïf d’espérer que, si Saddam était tombé, un Thomas Jefferson irakien l’eût remplacé. Nous aurions vraisemblablement hérité d’un Saddam avec un autre nom (2). » En 2003, on le sait, M. George W. Bush « acheva le travail » militaire de son père. Les néoconservateurs saluèrent alors un nouveau Churchill, la démocratie, le courage. Et le général Powell oublia sans doute de se relire, puisqu’il vit toutes ses craintes réalisées par un président qu’il servait cette fois comme secrétaire d’Etat…
On a souvent reproché à M. George W. Bush son simplisme enfantin et criminel, sa « guerre à la terreur ». Il paraît avoir trouvé des héritiers à Paris. « Revenons à des choses simples, vient ainsi d’expliquer M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec son ton de maître d’école spécialisé dans l’instruction des enfants en bas âge que nous sommes. Daech, ce sont des monstres, mais ils sont 30 000. Si l’ensemble des pays du monde n’est pas capable d’éradiquer 30 000 personnes qui sont des monstres, alors à ce moment-là c’est à ne plus rien comprendre (3). » Essayons donc de le lui expliquer.
En recourant d’abord à la métaphore des poissons dans l’eau : les « 30 000 monstres » disposent de nombreux appuis dans les zones sunnites d’Irak et de Syrie ; les armées qu’ils affrontent y sont en effet souvent perçues comme les instruments de dictatures chiites, responsables de nombreux massacres elles aussi. C’est pour cette raison que l’OEI s’est emparée de plusieurs villes, parfois sans combattre, lorsque les soldats qui les défendaient abandonnèrent leurs uniformes et leurs armes avant de détaler. Les Etats-Unis ont cherché à financer la formation et l’équipement de plus de 4 000 combattants syriens « modérés » ; or, d’après les Américains eux-mêmes, seuls « quatre ou cinq » seraient opérationnels. Coût unitaire : plusieurs millions de dollars… A Mossoul, 30 000 soldats irakiens ont été défaits par 1 000 combattants de l’OEI, qui se sont emparés de plus de 2 000 véhicules blindés et des centaines de millions de dollars qui les attendaient dans les coffres des banques. A Ramadi, les jihadistes ont également défait des forces irakiennes vingt-cinq fois plus nombreuses. Les soldats syriens sont épuisés par quatre années de guerre. Et les Kurdes, souvent victorieux contre l’OEI, n’ont pas vocation à mourir pour des territoires qu’ils ne revendiquent pas. « En réalité, observe Luizard, l’Etat islamique n’est fort que de la faiblesse de ses adversaires et il prospère sur les ruines d’institutions en cours d’effondrement (4). »
Même situation en Libye. Sous le coup d’une émotion légitime, et sous l’égide d’un tandem de choc composé de M. Nicolas Sarkozy et de Bernard-Henri Lévy, la France a puissamment œuvré à la chute de Mouammar Kadhafi. Elle imaginait que, là aussi, il suffirait de laisser lyncher un dictateur pour que son trépas enfante une démocratie libérale à l’occidentale. Résultat : l’Etat est en morceaux et l’OEI contrôle plusieurs villes du pays, d’où elle organise des attentats contre la Tunisie voisine. Au point que le ministre français de la défense admet aujourd’hui : « La Libye me préoccupe beaucoup. Daech s’y est installé en profitant des affrontements internes entre Libyens. » Toutefois, calcule-t-il, « si on réunit les forces de Tobrouk et de Tripoli, Daech n’existe plus » (5)… Le problème était pourtant déjà résolu il y a trois ans, quand Bernard-Henri Lévy expliquait : « La Libye, contrairement à ce qu’annonçaient les Cassandres, n’a pas éclaté en trois entités confédérées. (…) La loi des tribus n’a pas prévalu sur le sentiment d’unité nationale. (…) Pour l’heure, le fait est là : la Libye, comparée à la Tunisie et l’Egypte, fait figure de printemps réussi — et ceux qui l’ont aidée peuvent être fiers de ce qu’ils ont fait (6). » Une fierté tout à fait légitime : en dehors de Bernard Guetta, qui relaie chaque matin sur France Inter le point de vue du Quai d’Orsay (7), nul n’affabule avec autant d’aisance que lui.
Dorénavant, le président français appelle de ses vœux « une grande et unique coalition » contre l’OEI. Elle inclurait nécessairement le président syrien. Or celui-ci répond déjà :« Vous ne pourrez pas combattre Daech en restant alliés au Qatar et à l’Arabie saoudite qui arment les terroristes (8). » De son côté, le président russe juge que la Turquie, autre membre présumé de l’alliance antidjihadiste, a donné un « coup de poignard dans le dos » à son pays en abattant, le 24 novembre, un de ses avions militaires. En somme, sitôt la guerre remportée par la coalition hétéroclite que Paris cherche à bricoler, la question du « jour d’après » se poserait dans des conditions encore plus périlleuses qu’en Afghanistan, en Irak et en Libye. Mais, aux Etats-Unis, les néoconservateurs ont déjà oublié (comme l’Elysée ?) tous ces échecs. Au point de réclamer l’envoi dans les zones occupées par l’OEI de 50 000 soldats américains (9). Et puis sans doute davantage.
Dans la dernière livraison de la revue Foreign Affairs, deux universitaires spécialistes du Proche-Orient, Steven Simon et Jonathan Stevenson, dressent l’inventaire des conditions qui rendraient durable un succès militaire occidental sur le terrain contrôlé en ce moment par l’OEI : appui de l’opinion publique américaine, envoi d’un nombre important de spécialistes de la reconstruction, connaissance des sociétés locales, présence sur les terrains irakien et syrien de clients ou d’alliés. Puis ils concluent : « Si tout cela semble familier, c’est qu’il s’agit précisément de la liste des choses que Washington a été incapable de réaliser lors de ses deux dernières interventions d’envergure au Moyen-Orient : l’invasion de l’Irak en 2003 et la campagne aérienne contre la Libye en 2011. Pour le dire simplement, les Etats-Unis perdraient vraisemblablement une autre guerre au Moyen-Orient pour les mêmes raisons que lors des deux précédentes (10). »
Déjà lourdement engagée en Afrique, la France n’a pas vocation à gagner cette « guerre »-là. Le fait que l’OEI souhaite l’attirer dans un tel piège n’oblige pas M. Hollande à s’y précipiter et à y entraîner une coalition de pays souvent beaucoup plus circonspects. Le terrorisme tue des civils ; la guerre aussi. L’intensification des bombardements occidentaux en Irak et en Syrie, qui crée autant de combattants jihadistes qu’elle en détruit, ne rétablira ni l’intégrité de ces Etats ni la légitimité de leurs gouvernements aux yeux de leurs populations. Une solution durable dépendra des peuples de la région, d’un accord politique, pas des anciennes puissances coloniales, ni des Etats-Unis, que disqualifient à la fois leur soutien aux pires politiques israéliennes et le bilan effroyable de leur aventurisme militaire — effroyable y compris de leur propre point de vue : en envahissant l’Irak en 2003, après avoir soutenu pendant huit ans Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran (plus d’un million de morts), ils ont transformé ce pays en allié de Téhéran… Enfin, des Etats vendant des armes aux pétrodictatures du Golfe qui ont propagé le salafisme jihadiste (lire Genèse du jihadisme) ne sont qualifiés ni pour parler de paix, ni pour enseigner aux Arabes les vertus de la démocratie pluraliste.
« Quand ils opèrent dans des Etats stables, avec des régimes stables et sans le soutien matériel d’une partie de la population, observait l’historien Eric Hobsbawm en 2007, les groupuscules terroristes représentent un problème de police et non un problème militaire. (…) Il est compréhensible que de tels mouvements suscitent une grande nervosité dans la population, surtout dans les grandes villes occidentales, surtout quand le gouvernement et les médias s’unissent pour créer un climat de peur (11). »
Ce climat anxiogène et la dénonciation répétée de l’« angélisme » permettent de couvrir la voix de ceux qui, sans contester l’impératif absolu de protection des populations, refusent l’empilement sans fin de dispositifs répressifs inutiles et dangereux pour les libertés publiques (lire l’article de Patrick Baudoin page 16). Des mesures aux relents xénophobes, comme la possibilité de déchoir de leur nationalité certains binationaux, viennent de s’y ajouter, conformément à la demande du Front national. Et non seulement l’état d’urgence a été voté par la quasi-unanimité des parlementaires apeurés, mais le premier ministre leur a demandé de ne pas déférer au Conseil constitutionnel les mesures juridiquement bancales qu’il leur soumettait.
En 2002, M. Obama s’adressait en ces termes à celui auquel il allait succéder : « Vous voulez vous battre, président Bush ? Battons-nous pour que les marchands d’armes dans notre propre pays cessent d’alimenter les innombrables guerres qui font rage dans le monde. Battons-nous pour que nos soi-disant alliés au Moyen-Orient cessent d’opprimer leur peuple, et de réprimer l’opposition, et de tolérer la corruption et l’inégalité, au point que leurs jeunes grandissent sans éducation, sans perspectives d’avenir, sans espoir, devenant des recrues faciles pour les cellules terroristes. » M. Obama n’a pas suivi les conseils qu’il donnait. Les autres chefs d’Etat non plus. C’est dommage. Les attentats de l’OEI et la désastreuse politique étrangère de la France débouchent à présent sur une nouvelle « guerre ». Uniquement militaire, et donc perdue d’avance.

Les têtes brûlées du fascisme et de l'islamisme : même profil

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Lacombe «Jihad» Lucien ou la logique du traître opportuniste
Le terrorisme s’est toujours appuyé sur des pauvres types pour exercer sa terreur. Il suffit d’observer le profil des jeunes recrues, des frères Kouachi au converti «bien de chez nous» Fabien Clain [le jihadiste qui a revendiqué les attentats pour l’Etat islamique, ndlr], pour retrouver en eux le trait spécifique de ce que Marx appelait le «lumpenproletariat», cette racaille dépolitisée et sans travail prête à se vendre à l’oppresseur. Issue du peuple mais dépourvue de conscience de classe, cette frange de marginaux rejoint les rangs de l’Ordre, qui l’instrumentalise contre les siens et lui offre un but. L’islamisme radical recrute parmi ces égarés ; or il a été historiquement précédé par une mafia nationale qui devrait faire taire l’idée que les barbares, c’est seulement «eux» et pas «nous».
Sous l’Occupation allemande, déjà, les services paramilitaires de la Milice, forces françaises de Vichy alliées aux nazis, recrutèrent des jeunes gens (environ 30 000 hommes) dépourvus d’avenir, têtes brûlées auxquelles la violence tenait lieu de discours, en plus d’une prime et d’une reconnaissance sociale soudaine. Une idéologie totalitaire nourrit la Milice comme l’islamisme, mais les jeunes engagés étaient avant tout des paumés sans idéologie qu’il était facile d’endoctriner à l’aide de quelques formules chocs.
Un film l’a très bien vu il y a quarante ans, Lacombe Lucien (1974), de Louis Malle, qui brisa le consensus national véhiculé par le pouvoir gaulliste et communiste selon lequel les Français avaient été résistants. Non seulement cela était faux, mais Lacombe Lucien montrait en outre que l’engagement du jeune paysan dans la Milice avait été le fruit d’une déception, celle de n’avoir pu entrer dans la Résistance. Alors qu’elle est parfaitement plausible, cette volte-face heurta les intellectuels d’alors, notamment Michel Foucault et les Cahiers du cinéma qui, en pleine période maoïste, attaquèrent un chef-d’œuvre dont le scénariste était un jeune écrivain peu connu, Patrick Modiano, intéressé par la figure historique du traître. Contrairement à ce que croient certains idéologues, les gens qui s’engagent pour une cause ne le font qu’accessoirement «pour» cette cause : ils le font «parce que» c’est une cause. Les musulmans radicaux se sont embringués dans l’islamisme parce qu’ils n’ont pas eu la possibilité d’opter pour la République. La République française se veut intégratrice ; tout le monde sait qu’elle n’inclut que les inclus.
Les Hasna Ait Boulahcen et autres Ismaël Omar Mostefaï sont les Lacombe Lucien d’aujourd’hui, comme l’islamisme est le nihilisme contemporain. La question qui intéresse la police est de savoir combien «ils» sont ; la nôtre est de savoir comment on produit ces gens «made in France». On peut certes rappeler leur débilité : dans le film de Malle, Lacombe Lucien ne sait même pas ce que signifie «juif». Les tueurs de Charlie ignorent les fondements de leur propre religion, et ceux du vendredi 13 novembre «lisent» la violence du Coran au premier degré. Mais cette animalité a elle-même des causes politiques : leur éducation littéraire n’a pas été faite, et leur désœuvrement rendu officiel sous le nom de chômage de masse. Ajoutez à cela qu’ils sont musulmans, c’est-à-dire disqualifiés d’office par une France apeurée qui glisse vers le Front national. Quant à ceux qui les «protègent», les islamo-gauchistes, ils les enfoncent de facto en brandissant le mot d’islamophobie à toutes les sauces, ce qui reconduit une logique d’exclusion.
Tant qu’on considérera l’islam comme une religion inintégrable, elle sera inintégrée : pour rendre un élève mauvais, il suffit de lui dire qu’il est mauvais. La performativité est totale en ce cas, et l’on ne peut que s’étonner du faible nombre d’attentats commis depuis des décennies par les rejetons dégénérés d’une population humiliée au quotidien. Le parallèle que j’établis se discute puisque les miliciens émanaient de l’Etat français alors que les recrues de Daech sont financées par l’Etat islamique : il n’en reste pas moins qu’entre ces jeunes marginaux de l’Occupation auxquels le pouvoir de mort fut brusquement offert comme une «divine surprise» et les terroristes, la même logique du traître opportuniste est à l’œuvre. 
L’islamisme est antimoderne, ses premières victimes sont les rénovateurs de l’islam ; mais la France, en renonçant à sa vocation universaliste au profit du pur Profit, se trahit elle-même, produisant un ressentiment puissant contre ce qu’elle est censée incarner. Les Lacombe «Jihad» Lucien prospèrent sur le terreau de la démocratie livrée au marché mondial : «On va faire des braquages à Damas !» claironnait Abaoud ; fin 44, la Milice pillait l’or national. A nihilisme, nihilisme et demi.