vendredi 10 juin 2016

Aux barbus, plus royalistes que le roi

Quand les barbus, toutes religions confondues, veulent être plus royaliste que le roi, pardon que Dieu ... leurs conneries restent leur point commun ! Car malheureusement l'obscurantisme sacré, est le mieux partagé entre les trois religions monothéistes.

R.B

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Pauline Bebe

Première femme rabbin de France

Monsieur le Grand Rabbin, j'ai été scandalisée par vos propos contre la communauté homosexuelle

Monsieur le Grand Rabbin Joseph Sitruk,
J'ai été scandalisée lorsque j'ai pris connaissance des propos que vous avez tenus sur les ondes de la communauté à la veille de shabbath dernier*.
Vous qui êtes rabbin, vous n'êtes pas sans ignorer le pouvoir des mots, cette phrase des Proverbes (18, 21): "La vie et la mort sont entre les mains de la langue" et son interprétation talmudique (TJ Péah 1, 1) "Dites au médisant: il parle ici et il tue à Rome, il parle à Rome et il tue en Syrie".


Ne croyez-vous pas que le fanatisme et les appels à la haine ont fait couler assez de sang sur la surface de la terre ?


Dois-je je vous rappeler ce que dit la tradition juive sur la responsabilité des dirigeants dont les propos ont une influence plus grande sur ceux qui les écoutent? "Avtalion disait : Sages, mesurez vos paroles" (M. Avoth 1, 11).
Vous citez la Torah, mais cette même Torah ne dit-elle pas dans la même parasha kedoshim : "Ne reste pas indifférent au danger de ton prochain" (Lev.19, 16) ?
Alors je ne peux me taire en entendant vos propos qui incitent à la haine, et si Shira Blanki (de mémoire bénie) a été assassinée, vos propos sont aussi assassins !
Monsieur le grand rabbin, en proférant ces paroles monstrueuses contre la communauté homosexuelle, vous semblez vous prévaloir de la Torah, pourtant faudrait-il établir une hiérarchie dans le domaine de l'éthique ? 
Il semblerait que vous effectuez un choix dans cette Torah. 

Continuez-vous à mettre en pratique la lapidation par exemple du "fils rebelle et insoumis (Deut. 21, 18-21) pour lequel les sages rabbins de la Tossefta (Tos. Sanh. 11) ont dit : "un fils rebelle et insoumis n'a jamais existé" ?
Continuez-vous à pratiquer la polygamie qui a été interdite par une takana, un décret de Rabbenu Guershom au XIIIème siècle, refusez-vous d'établir une ketouba, un acte de mariage sous prétexte qu'il aurait été inventé par Shimon ben Shétah au premier siècle pour protéger les droits de la femme et n'existait pas dans la "Torah" ? 

Continuez-vous d'appliquer la peine de mort alors qu'elle a été quasi-abrogée par les rabbins du Talmud (M. Makkoth 1, 10) ? 

Lorsque les rabbins ont trouvé une loi injuste, ils ont eu le courage de la faire évoluer parce qu'il fallait s'assurer que la halakha, la loi juive, reste éthique.
Ainsi aucun juif aujourd'hui ne peut se targuer d'observer la Torah à la lettre et heureusement ! 

Et le Deutéronome (17, 9) ne nous dit-il pas qu'il faut consulter les juges de notre temps ? Lorsque cela correspond à vos propres préjugés homophobes, il faudrait écouter un verset qui est marqué par son temps et ne correspond plus à notre sens de l'éthique aujourd'hui ?
Comme les rabbins ont fait évoluer la loi sur "le fils rebelle et insoumis", nous devons faire évoluer les esprits sur ce sujet.
Monsieur le grand rabbin, l'humiliation de la communauté homosexuelle est une 'avera, une transgression du principe fondamental d'éthique de la Torah "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Lev.18, 19) ainsi qu'une incitation à la haine. 
Rashi sur Berakhot (20a) disaitn: "dans de nombreux cas les sages ont permis de déraciner les paroles de la Torah lorsqu'il s'agit de kevod habrioth, de l'honneur dû à toute personne créée par Dieu".
Pensez-vous que la communauté homosexuelle n'a pas droit à ce kevod habrioth, à cet honneur, qui est dû à tout être humain quelles que soient ses origines, sa naissance, son orientation sexuelle ? 
Feriez-vous des différences entre les créatures de Dieu?
Alors pour donner un autre visage au judaïsme, je veux vous dire que je suis fière de faire partie du mouvement religieux juif majoritaire dans le monde aujourd'hui, réunissant près de deux millions de juifs dans 50 pays du monde qui affirme la totale égalité de leurs fidèles et qui donne aux juifs homosexuels la même place qu'aux hétérosexuels.
Je suis fière que l'Etat d'Israël organise cette marche de fierté (gay pride) alors que d'autres pays continuent de persécuter, prôner l'exclusion et la violence envers cette communauté. Je suis fière de voir des drapeaux multicolores flotter dans le ciel d'Israël aux côtés des drapeaux bleus et blancs. Je suis fière de compter de nombreuses personnes gays dans ma communauté et qu'elles puissent accéder comme tous les autres juifs à tous les rites, transmettre le judaïsme et le vivre au quotidien en portant haut l'étendard de la kedousha, de la sainteté.
Comme tous les juifs, ils portent en eux l'étincelle divine car quelle que soit notre orientation sexuelle, nous avons tous "été créés à l'image de Dieu, betselem elohim" (Gen.1, 27)!
La Shekhina (Présence Divine) pleure dès qu'un être humain en humilie un autre et pire lorsqu'il incite à la violence. 
Monsieur le grand rabbin, vous faites pleurer la Shekhina.
Mais je sais que chaque fois qu'un être humain reconnaîtra la dignité d'un autre, différent de lui, en le regardant droit dans les yeux et qu'il ne niera pas son héritage de la Torah et sa place légitime, entière et juste dans la tradition juive, la Shekhina séchera ses larmes.

mercredi 8 juin 2016

L'ISLAM, PREMIER PARTI POLITIQUE DES ARABES

Article publié dans :
Al Huffingtonpost
Kapitalis
" Les religions prétendent amener la Vérité,
alors qu'elles n'amènent que des croyances". 
Yvon Quiniou

" Il n'y a qu'une vérité absolue : 
c'est qu'il n'y a pas de vérité absolue ! "
Jules Lagneau

Si à l'époque polythéiste les rois s'autoproclamaient dieu (ex : pharaons et empereurs romains), après l’avènement du monothéisme, ils s'attribueront le rôle de protecteur de la religion, en se revendiquant serviteur de dieu.

Les monothéistes n'ont fait que reprendre une formule qui marche : instrumentaliser les religions pour accaparer et conserver le pouvoir ! Jouant du sacré et de la crédulité des peuples, ils ont su s'imposer à eux.

Pour ceux qui en douteraient encore, Hela Ouardi leur donne dans son remarquable livre "Les Derniers Jours de Mouhammed" *, documenté avec des références aussi bien sunnites que chiites, des éléments qui démontrent bien que l'ISLAM n'est en fait qu'un parti politique au service d'un homme génial qui a su dominer les tribus d'Arabie en révolutionnant le système clanique en remplaçant les liens du sang entre les hommes par les liens de la foi en Allah et en son prophète entre croyants ! Et dont le souci à la fin de sa vie, est d'assurer la transmission du pouvoir politique à sa famille. Ce qui n'était pas du goût de ses compagnons Abou Bakr et Omar Ibn el Khattab qui refusaient que le pouvoir soit héréditaire ... au sein de la famille du prophète. 

Ce qui engendrera le premier schisme dans la communauté des musulmans : les chiites défendant l'idée du prophète : que le pouvoir doit rester dans sa famille; et les sunnites défendant la thèse : que le pouvoir revienne à celui qui craint le plus dieu.

Et depuis, Mouhammed a fait des émules; puisque déjà de son vivant, d'autres hommes vont reprendre ce nouveau concept politique qu'est l'islam, en s'autoproclamant prophète. Et toute l'histoire du monde dit "arabo musulman", n'est qu'une succession de lutte pour le pouvoir se revendiquant toujours de ce premier parti nommé ISLAM qu'ont organisé et figé les premiers califes; du moins chez les sunnites !

Et l'argument auquel recourent tous ceux qui veulent chasser un calife et renverser sa dynastie, est de le dénoncer pour son manque de piété, de l'accuser de mécréance, de le juger impie et de le condamner à mort pour apostasie. Ils recourent à la violence, prenant exemple sur Omar Ibn El Kattab & Abou Bakr, les deux premiers califes de l'islam, tant vénérés par les salafistes; se présentant eux-mêmes plus pieux et craignant dieu plus que le calife en place ! 

Ainsi l'assassinat politique constituera durant des siècles le seul moyen d'alternance au pouvoir chez les "arabes"

Des siècles durant, le monothéisme a permis aux monarques et autres califes de dominer les hommes jusqu'à ce qu'ils comprennent qu'il fallait séparer la religion de l'Etat
Du moins, c'est ce qu'avaient fait les Français. 

Toute l'histoire de France et dans le monde, est une lutte contre l'emprise de la religion et des hommes qui l'instrumentalisent.

Karl Marx et Hegel sont allés plus loin; puisqu'ils ont proscrit les religions, et mis l'homme au centre du pouvoir dans le communisme ! Et malgré cela, leur doctrine a fini, elle aussi, par engendrer des régimes aussi totalitaires que tyranniques que ceux que dominaient les religions; développant un nouveau culte : celui de la personnalité ! Un culte d'un ridicule qui fait rire le monde sauf les peuples qui subissent la folie du tyran ... comme celui de la Corée du Nord.

Cette interdiction des religions étaient et est, aujourd’hui encore, vouée à l'échec car l'homme face au néant, face à la mort, recherchera toujours une explication et si la raison ne peut lui en donner aucune, il en recherchera dans la foi, c'est à dire dans une croyance qui n'est justifiée par rien en terme de raison. Il faut relire à cet égard, l'ouvrage essentiel de Frédéric Lenoir "Petit traité d'histoire des religions".

Il n'y a que quelques hommes qui ont la force intellectuelle de se passer de Dieu et fondent alors les règles de la vie en société sur une morale humaine. Je pense à un auteur aussi fondamental comme Albert Camus.

Tout cela prouve que les peuples ont les hommes politiques qu'ils méritent du moment qu'ils adhérent aux doctrines qui les animent.

Si les choses doivent changer, cela ne peut provenir que des peuples eux-mêmes tant qu'ils sont instruits et qu'ils font l'effort intellectuel de réfléchir et de ne rien croire qui vienne de ce qui a été transmis, sans examen, par les générations antérieures; car les dictateurs feront tout, et c'est leur intérêt, pour les abrutir; voir pour les ramener à l’obscurantisme et les y maintenir.

L'espoir d'un changement, viendrait-il des mouvements d'indignés qui se multiplient dans bon nombres de pays, pour exiger une autre façon de faire de la politique ? L'avenir le dira.

Le livre de Hela Ouardi, doit être lu la plume à la main, en allant chaque fois aux références précises qui sont données par l'auteure : il doit inciter les lecteurs à réfléchir par eux-mêmes.

Enfin, une chercheuse qui ose remettre en question les mythes fondateurs de l'islam !

Les musulmans ne peuvent continuer à refuser de voir en face l'histoire de leur religion et de se contenter de ce que veulent bien leur raconter ceux auxquels ils en délèguent l'analyse mais qui brillent par leur ignorance sacrée ... sinon par leurs calculs politiques !

Certains ont critiqué les analyses de ce livre mais ils ne l'ont fait qu'en se référant, une fois encore, à la tradition, sans vouloir ou sans pouvoir contester les sources indiscutables que fournit l'auteure.

Rachid Barnat

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Hela Ouardi (interview accordée à Jeune Afrique)


La mort du Prophète est un drame shakespearien


La chercheuse tunisienne revient sur les derniers jours de Mohammed, malmené par son entourage. Elle signe un ouvrage passionnant qui déconstruit nombre de préjugés et repense l'histoire de l'islam.
C’est un ouvrage qui fera date et plongera son lecteur – le croyant comme l’agnostique – dans un abîme de perplexité. Hela Ouardi, spécialiste de littérature française, rattachée à l’Institut supérieur des sciences humaines de l’université de Tunis El Manar, a voulu élucider l’énigme des derniers jours de la vie du prophète de l’islam, Mohammed, mort en l’an 11 de l’Hégire (juin 632). Près de quatorze siècles après l’événement, un épais nuage de contradictions enveloppe toujours le crépuscule de son existence. Affaibli, accablé par le chagrin et malmené par son entourage, celui que les musulmans considèrent comme le sceau des prophètes sera, ultime offense, abandonné sans sépulture pendant trois jours, le temps que ses plus éminents compagnons mouhajiroun (émigrés de La Mecque) et ses alliés les ansar de Médine, obnubilés par la succession, s’entendent pour désigner un calife.
Il y avait là matière à une enquête historique palpitante et risquée. Le sujet sentait le soufre. Mais c’est précisément parce que l’interdit de toute représentation du Prophète avait transformé Mohammed en un être déshumanisé, en homme sans ombre, que l’auteure a choisi de s’y frotter. Le saisir dans son humanité, non pour le désacraliser mais pour le rendre à son historicité : c’est le but que s’est fixé Hela Ouardi, qui s’est appuyée pour cela sur les sources classiques de la tradition et de l’historiographie musulmanes. Elle a tenté de réunir les morceaux du puzzle, en donnant une forme narrative aux récits éclatés et aux versions divergentes, en les soumettant au feu de l’analyse critique. Étrangement, personne n’avait avant elle osé une telle démarche. Le résultat est un livre passionnant et dérangeant (au point que certains ont obtenu son interdiction au Sénégal) mené comme un roman : Les Derniers Jours de Muhammad.

Samy Ghorbal : Qu’est-ce qui vous a poussée à « enquêter » sur les derniers jours de la vie du Prophète ?

Hela Ouardi : L’élément déclencheur a été la double attaque contre les représentations diplomatiques américaines à Benghazi et à Tunis, en septembre 2012, « en représailles » à la diffusion d’extraits d’un film islamophobe sur le Prophète. Je me suis alors aperçue que mes connaissances sur la vie du Prophète étaient assez lacunaires. Mon réflexe a été de me plonger dans les livres, dans les textes des traditionnistes sunnites mais aussi chiites, qui convergent davantage qu’on ne l’imagine. J’ai été frappée par l’aspect tragique des derniers moments de sa vie, par les complots et les conjurations, par la perte de son jeune fils bien-aimé, Ibrahim, par le pressentiment de sa mort, qui motive le « pèlerinage de l’Adieu » à La Mecque, où il délivrera son testament spirituel, et enfin par la maladie. La discorde qui régnait autour de lui, son agonie interminable et le scandale de sa dépouille, abandonnée à la putréfaction trois jours durant : il y avait là tous les ingrédients d’un drame shakespearien !

Samy Ghorbal : Mohammed a été contesté de son vivant. Après son décès, sa famille sera exterminée. Ces éléments, attestés historiquement, sont aux antipodes de l’adoration exacerbée dont le Prophète fait l’objet aujourd’hui chez les musulmans. Comment l’expliquer ?

Hela Ouardi : Cet aspect m’a d’abord déroutée. Les musulmans sont passés d’un extrême à l’autre. Il y a quelque chose de l’ordre du retour du refoulé dans l’hypersensibilité qui se déploie autour de la figure du Prophète. Une véritable obsession du blasphème entoure maintenant son personnage, qui a fini par devenir une abstraction. Mais cela ne doit pas inhiber l’historien dans son travail de recherche. Les plus anciens documents épigraphiques retrouvés à Khirbat al-Mird, au nord-ouest de la mer Morte, datés du début du VIIIe siècle, mentionnaient deux fois le Prophète mais sans utiliser la formule de bénédiction consacrée, «Sallâ llâhu ‘alayhitwa sallam» [« que les prières et les louanges de Dieu soient sur lui »]. Le culte de Mohammed est donc à l’évidence tardif. Pourquoi revêt-il maintenant une telle intensité ? Sans doute faut-il y voir l’expression d’un sentiment de culpabilité, inconscient, certes, mais fortement implanté dans l’impensé historique des musulmans, qui explique le déchaînement passionnel suscité par la moindre atteinte à son image.

Samy Ghorbal : Le portrait que vous faites des compagnons et des proches du Prophète est dévastateur. Omar Ibn el-Khattab, devenu calife en 634, est décrit comme une brute insolente et misogyne. Le pieux Abu Bakr est vénal. Il fera déshériter Fatima, la fille chérie de Mohammed, pour s’accaparer ses richesses. Ali, l’époux de cette dernière, qui est le principal prétendant à la succession, est un paresseux et un grand dormeur qui a demandé à être exempté de la prière du soir…

Hela Ouardi : Aussi étonnant que cela puisse paraître, tout cela figure dans les sources musulmanes. Le temps de la prédication mohammédienne et des quatre premiers califes [Abu Bakr, Omar, Othman et Ali] est appréhendé aujourd’hui comme un âge d’or indépassable. C’est la référence ultime pour les musulmans. 
En réalité, le Prophète, ses épouses et ses compagnons étaient des êtres de chair, qui évoluaient dans un tourbillon de passions, de convoitises, de rivalités féroces. Si j’insiste sur le « roman familial » de Mohammed, c’est parce que la raison matrimoniale est une des dimensions essentielles de la politique arabe, et elle l’emporte bien souvent sur la froide raison d’État. Comment s’est réglée la succession du Prophète ? Au profit de son beau-père, Abu Bakr, le géniteur d’Aïsha, puis au profit d’Omar, qui avait lui aussi marié une de ses filles (Hafsa) au Prophète, puis au profit d’Othman, le « double » gendre (il a épousé successivement Ruqaya et Omm Koulthoum, deux des quatre filles que Mohammed a eues avec Khadija), et enfin au profit d’Ali, gendre et cousin.

On peut se demander si l’islam que nous connaissons n’a pas été inventé bien après la mort du Prophète

Samy Ghorbal : La Fitna, la grande discorde qui déchire toujours le monde musulman, en opposant les sunnites, défenseurs de l’orthodoxie, aux chiites, partisans d’Ali, trouve ses origines dans le fait que le Prophète, à sa mort, n’a pas laissé (ou n’a pas pu laisser) de directives claires sur sa succession. Vous suggérez néanmoins que le devenir de l’État qu’il avait fondé n’était pas sa priorité première.

Hela Ouardi : Mohammed était hanté par l’idée que la communauté se diviserait, mais il paraissait plus préoccupé par l’achèvement de la prophétie, sa mission spirituelle, que par le parachèvement de son œuvre politique. Sa mission, au départ, consistait à ramener les Arabes, égarés dans le polythéisme et l’idolâtrie, dans le droit chemin de la foi monothéiste. Son souci était de savoir s’il avait bien transmis le message divin. Sa prédication avait un caractère apocalyptique que l’on a eu tendance à atténuer par la suite. À l’annonce de sa mort, les croyants ont été frappés d’incrédulité. Ils pensaient que ce signe annonçait la fin et s’attendaient à sa résurrection, ce qui peut aussi expliquer le délai observé pour le mettre en terre. On peut se demander si le proto-islam prophétique était une religion ou une doctrine de la fin des temps, et si l’islam, la religion universelle telle que nous la connaissons, n’a pas été inventé bien après la mort de son prophète. Par Omar et par les califes omeyyades.

Samy Ghorbal : Dès lors, sa succession ne pouvait qu’être chaotique ?

Hela Ouardi : Oui, en politique, la succession se prépare bien à l’avance, même si le choix d’un successeur peut survenir tardivement. Or le Prophète n’a pratiquement laissé aucune instruction. Et le Coran est muet sur la question. L’institution du califat a été bricolée par ses compagnons, qui avaient compris que la disparition physique du Prophète n’était pas annonciatrice de la fin du monde, mais qu’elle pouvait en revanche sceller la disparition de l’islam et délier les tribus arabes du lien d’allégeance qui les unissait à l’État de Médine. Cette institution califale, si puissante symboliquement, s’est déployée dans les interstices du texte et les non-dits du Prophète. C’est bien elle, notamment sous le pouvoir impérial des Omeyyades, qui a façonné l’islam et affirmé son caractère universel. Mohammed, le prophète des Arabes, est devenu celui des musulmans. Son culte a pu se développer officiellement car, entre-temps, tous ses descendants directs, susceptibles de revendiquer la succession, avaient été éliminés.

Les études sur l’islam sont à l’aube d’une révolution copernicienne

Samy Ghorbal : On ne sait toujours pas de quoi est mort le Prophète – pleurésie ou empoisonnement. Mais cette incertitude concerne aussi la date et le lieu de sa mort, puisque plusieurs documents archéologiques découverts récemment mentionnent sa présence en 634, à Gaza, en Palestine !

Hela Ouardi : En 640, Thomas le Presbytre, un chroniqueur syriaque de haute Mésopotamie, évoque le combat victorieux des armées de « MHMT » près de Gaza, en 634. Un autre texte, grec, rédigé à Carthage en juillet 634, cite intégralement une lettre envoyée, cette année-là, par un Juif de Césarée (Palestine) à son frère installé dans la capitale africaine. La lettre relate la prise de la ville par les « Sarracènes », commandés par un prophète qui proclamait la venue imminente d’un messie. Cela cadre. On sait que Mohammed, à l’origine, avait assigné un but géographique précis à sa mission prophétique : Jérusalem. Les premières prières des musulmans prenaient la direction de Jérusalem, avant d’être réorientées vers La Mecque. Enfin, la ville sainte revêt une dimension eschatologique fondamentale. Selon plusieurs hadiths, c’est là que doivent s’effectuer le jugement et la résurrection des morts. Dès lors, il n’est pas étonnant que le Prophète, habité par la volonté d’achever son œuvre, ait tenté jusqu’à son dernier souffle de conquérir la Palestine.
Ces faits sont formellement en contradiction avec les récits de la tradition musulmane, qui s’accordent pour affirmer que le Prophète est mort en juin 632 à Médine. Mais ces récits sont bien postérieurs aux sources documentaires que je viens de mentionner, qui, elles, sont contemporaines du Prophète. Ont-ils été réarrangés, remaniés, dans une intention politique, spirituelle, ou esthétique ? 

À ce stade, nous ne pouvons que formuler des conjectures. Mais une chose est sûre : les études sur l’islam sont à l’aube d’une révolution copernicienne qui pourrait mettre à mal bon nombre de mythes théologico-politiques, au premier rang desquels le califat…
                                                                     ****

La vraie mort de Mahomet

 

Le prophète de l'islam, victime d'un abus de faiblesse ? C'est ce que laisse entendre la Tunisienne Hela Ouardi dans "Les Derniers Jours de Muhammad".


Propos recueillis par Catherine Golliau


Catherine Golliau : Telle que vous la décrivez, la fin de Mahomet est une vraie tragédie shakespearienne…

Hela Ouardi : Effectivement, le prophète de l'islam subit de nombreuses épreuves à la fin de sa vie : il perd son seul fils, qu'il adorait ; il subit des échecs militaires contre Byzance, ce qui affaiblit son autorité auprès des musulmans. Il tombe alors gravement malade, et on lui désobéit, on l'empêche d'écrire son testament, on lui administre des médicaments à son insu … Après sa mort, sa fille Fatima sera violentée et mourra, dit-on, des suites de cette agression. Elle sera aussi déshéritée. Son époux, Ali, sera nommé Calife, mais finira assassiné et leurs enfants seront massacrés. On peut donc parler d'une tragédie.

Catherine Golliau : On l'aurait assassiné ?

Hela Ouardi : D'après les sources musulmanes, à la fin de sa vie il a été victime de plusieurs attentats. Il se méfiait de son entourage d'ailleurs, et quand on l'a forcé à prendre un médicament, il a demandé aux personnes présentes de prendre la même potion. En fait, d'après certains auteurs musulmans, il serait peut-être mort de pleurésie. Mais les plus anciennes biographies musulmanes affirment qu'il aurait été empoisonné par une juive de Khaybar. Cette thèse embarrasse les théologiens qui considèrent qu'elle pourrait nuire au prestige du Prophète. Les docteurs d'Al-Alzhar reconnaissent ainsi qu'il a été empoisonné, mais assurent qu'il a survécu trois ans au poison, preuve de l'intervention divine…

Catherine Golliau : Et on a vraiment abandonné son cadavre ?

Hela Ouardi : Oui, on l'a laissé sans sépulture pendant trois jours, ce qui est plus qu'étonnant dans une région aussi chaude que l'Arabie, où la tradition veut que l'on enterre les morts immédiatement ou presque. Les textes évoquent même la décomposition du corps. Deux hypothèses majeures peuvent expliquer cette situation : d'abord le déni. On ne veut pas croire qu'il soit mort et l'on pense qu'il va ressusciter. Mahomet ne promettait-il pas la fin du monde ? La deuxième raison est plus politique, et c'est celle défendue notamment par les chiites : ces trois jours ont permis à Abu Bakr et Umar d'écarter la famille de Mahomet et de s'organiser pour lui succéder. Il leur fallait du temps pour mettre en place ce qu'on pourrait appeler un « coup d'État » ; certaines sources évoquent la présence de la tribu des Aslam qu'Abu Bakr a déployée dans les rues de Médine comme une milice avant l'enterrement du Prophète pour prévenir tout mouvement de contestation. Car les Médinois, chez qui Mahomet était venu se réfugier avec ses premiers fidèles après avoir quitté la Mecque en 622, ne voulaient plus des Mecquois qui les tenaient pour inférieurs. Ils voulaient désigner eux-mêmes leur chef. Abu Bakr s'est imposé par la suite par le sang en menant ce que l'on a appelé les « guerres d'apostasie ».

Catherine Golliau : Le problème de l'islam naissant tient donc au fait que Mahomet n'a pas pu organiser sa succession...

Hela Ouardi : Il n'avait pas de fils direct, que des petits-enfants, des gendres ou des beaux-pères, Abu Bakr, Umar, Ali et Uthman, qui seront les quatre premiers califes. C'est entre eux que va se jouer la succession. Le pouvoir politique en terre d'islam est encore de nos jours une affaire de famille !

Catherine Golliau : Vous parlez de Médine, mais vous dites aussi qu'il est mort non pas dans cette ville, comme l'affirme la tradition, mais à Gaza…

Hela Ouardi : Les sources non musulmanes contemporaines de l'époque du Prophète attestent de la présence de ce dernier à Gaza en 634. Je dois rappeler que l'arrière-grand-père de Mahomet, Hâchim, serait lui-même mort à Gaza.

Catherine Golliau : Mais pourquoi ces changements de lieu et de date ?

Hela Ouardi : Probablement pour des raisons politiques. Son histoire a été « écrite » pour les besoins d'une légitimation du pouvoir.

Catherine Golliau : Votre livre nous dépeint un vieux prophète manipulé par ses femmes et ses meilleurs amis. Aujourd'hui, on dirait qu'il a été victime d'un abus de faiblesse. Quand commence le culte qui fera de lui « le sceau de l'islam » ?

Hela Ouardi : Sous les Omeyyades, probablement, mais on ne sait pas exactement comment. Le processus a dû être lent. Tous les descendants du Prophète ont alors été éliminés, donc il n'y a plus de risque que s'instaure une dynastie de droit divin. La nouvelle dynastie, qui est originaire de la Mecque elle aussi, mais qui pourtant s'est opposée au Prophète au début de la Révélation, va pouvoir l'utiliser pour asseoir sa légitimité.

Catherine Golliau : Vous avez mené une enquête de type scientifique, votre appareil de notes le prouve. Mais sur quoi vous fondez-vous pour affirmer de telles choses ?

Hela Ouardi : Mais sur la tradition musulmane, bien sûr ! Contrairement à ce que l'on peut croire, tout a été écrit, il suffit de prendre la peine de lire les textes. Mon livre n'est pas une œuvre de fiction. C'est le résultat de trois ans de lecture attentive du Coran, des hadiths, c'est-à-dire les faits et les dires que l'on attribue au Prophète, et des récits biographiques publiés après sa mort.

Catherine Golliau :Mais les historiens remettent en cause la fiabilité de ces sources religieuses qui ont été écrites dans une visée apologétique…

Hela Ouardi : Certes. D'abord, il faut préciser que ces sources, malgré leur m anque de fiabilité historique, demeurent incontournables. Si on les ignore, l'histoire de la naissance de l'islam se résumerait à deux phrases. Donc, il faut lire, mais comme des documents et non comme des monuments. Mais d'une part, on retrouve les mêmes faits dans des écrits de sources très différentes et d'autre part, ces textes qui pourraient pratiquer la langue de bois n'hésitent pas à dire des choses étonnantes, parfois même contraires aux intérêts des partis qu'ils défendent. Ainsi, je croyais que le fait que Mahomet soit empêché d'écrire son testament était une « invention » des chiites qui soutiennent qu'il avait choisi Ali pour successeur, mais qu'Abu Bakr et Umar l'en ont empêché. Or, les textes sunnites rapportent aussi cet épisode, ce qui n'est pourtant pas dans leur intérêt. On peut penser qu'il y a là un début de vérité, même si l'historien doit toujours garder une distance critique, évidemment.

Catherine Golliau : Si Mahomet attendait la fin des temps, il ne voulait pas créer de religion. Le vrai fondateur de l'islam n'est-il pas plutôt Abu Bakr?

Hela Ouardi : Effectivement, ses successeurs, et au premier chef Abu Bakr, ont donné un avenir à la religion de la fin des temps. Mieux, en conquérant le Proche-Orient, ils ont donné à la religion de l'arabité, une carrière universelle.

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Hela Ouardi, Les Derniers Jours de Muhammad, Albin Michel, 365 pages, 19 euros.

Médine, juin 632. Sous le soleil accablant de l’Arabie, le temps semble s’être arrêté : le Prophète de l’islam a rendu son dernier souffle.
Autour de lui, les fidèles de la nouvelle religion, plongés dans la sidération, tremblent à l’idée que la Fin du monde soit proche.
Mais où sont passés ses Compagnons ? Quelle est cette étrange maladie qui l’a terrassé en quelques semaines ? Et pourquoi l’enterrement n’a-t-il pas lieu ?
Au fil de ce récit au jour le jour de l’événement le plus mystérieux dans l’histoire de l’islam, Hela Ouardi, universitaire tunisienne, explore et confronte les sources sunnites et shiites les plus anciennes.
Celles-ci nous révèlent un autre visage du Prophète, celui d’un homme menacé de toutes parts, affaibli par les rivalités internes et par les ennemis nés de ses conquêtes.
Tout est entrepris pour qu’il ne laisse aucune directive claire sur sa succession.
Ses Compagnons s’engagent dans une lutte pour le pouvoir et son clan se déchire, ouvrant la voie à des guerres meurtrières qui ensanglantent encore notre monde aujourd’hui.
Une reconstitution chronologique inédite, où Hela Ouardi oppose aux mémoires idéologisées le portrait d’un homme rendu à son historicité et à sa dimension tragique.

dimanche 29 mai 2016

Ghannouchi a beau louvoyer, la chariaa reste son unique programme !

Le Frère musulman Ghannouchi peut changer de stratégie, mais son objectif reste inchangé. Comment pourrait-il en être autrement s'il renonçait à ce qui fonde l'organisation internationale des Frères musulmans : il se renierait en reniant ses fondamentaux, s'il abandonnait la raison d'être de ce parti dont le slogan est : " Le Coran et la chariaa sont la solution " !
D'ailleurs l'histoire de ce prétendu militant plutôt opportuniste, en est la preuve !!
Alors qui Ghannouchi pense-t-il duper : les Tunisiens ou les Occidentaux ?
Car l'islamisme modéré, cela n'existe pas !
R.B 
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Tunisie : l’islam est-il une variable d’ajustement politique ?


Plus de quarante ans après l’émergence de l’islamisme en Tunisie, Rached Ghannouchi, président et cofondateur du parti Ennahda déclarait dans un entretien accordé au Monde, mercredi 18 mai, qu’« il n’y a plus de justification à l’islam politique en Tunisie ». Une déclaration historique confirmée par le dixième congrès d’Ennahda qui s’est tenu du 20 au 22 mai, à Hammamet, et a officiellement consacré la séparation entre la prédication religieuse et l’action politique. Une orientation stratégique en débat à l’intérieur du parti islamiste depuis le dernier congrès de 2012. Mais qui remonte bien plus loin dans l’histoire.



Fin des années 1950, la Tunisie à peine indépendante est tirée par le « combattant suprême », Habib Bourguiba, vers un modèle de société occidentalisée : mixité, abolition de la polygamie, appel à l’arrêt du jeûne durant le ramadan, Code du statut personnel (CSP, un arsenal législatif promouvant les droits des femmes)… La liste est longue. Les élites religieuses et arabisantes font les frais de cette politique. Les postes administratifs et gouvernementaux reviennent aux francophones bilingues. Ces orientations ont été interprétées par une frange de la société tunisienne comme une renonciation à l’identité musulmane et à une remise en cause des traditions.

Alliance de la Zitouna et des Frères musulmans

En réaction, un mouvement composé d’oulémas de l’ancienne université religieuse de la Zitouna et de jeunes militants inspirés par l’idéologie des Frères musulmans s’est structuré pour prôner un modèle de société musulmane et conservatrice. Une sorte d’alternative à ce projet de société considéré comme aliéné par la colonisation d’abord, puis par Habib Bourguiba.
Petit à petit, la prédication se déploie dans l’Association pour la sauvegarde du Coran et dans les mosquées. Ainsi la pierre fondatrice de la mouvance islamiste est la prédication et la défense de « l’identité musulmane ».

Progressivement, le mouvement se politise et se rapproche de plus en plus de la mouvance des Frères musulmans, fondée en 1928 en Egypte. L’islam est désormais défini comme un système global où la prédication religieuse se conjugue à des actions politiques et sociales. Durant cette période, les stratèges du régime de Bourguiba perçoivent le groupe islamique comme un contrepoids à la montée de la gauche au sein de l’université.
Il faudra attendre la fin des années 1970, marquée par la révolution islamique en Iran, mais aussi par une vague de mouvements sociaux en Tunisie pour que la mouvance islamiste se place ouvertement dans l’opposition, politique cette fois. Ses dirigeants sont poursuivis et emprisonnés. Idéologiquement, le mouvement évolue et s’adapte aux évolutions politiques et sociales. Rached Ghannouchi défend désormais dans ses écrits certains droits des femmes – présentés comme un acquis islamique et non « bourguibien » –, la mixité et l’action syndicale. Des valeurs décriées quelques années plus tôt et considérées comme contraires à l’islam.

Ennahda face à la répression de Ben Ali

Ce n’est qu’en 1981 que le Mouvement de la tendance islamique (MTI, l’ancêtre d’Ennahda) se constitue en parti politique. Déclaré illégal, il engage un bras de fer avec le régime. C’est à ce moment-là qu’il multiplie les appels à la fondation d’un Etat islamique et à l’abrogation du Code du statut personnel, jugé contraire à la charia.

En novembre 1987, c’est le « coup d’Etat médical ». Le premier ministre Zine El-Abidine Ben Ali renverse le président Bourguiba au prétexte de sa santé déclinante. Le MTI devient le mouvement Ennahda, renonce à la référence à l’islam dans sa nomenclature et annonce son acceptation du CSP pour obtenir une reconnaissance officielle. Mais ce n’est pas suffisant. Dès 1989, Ben Ali amorce un tournant autoritaire et Ennahda subit la répression la plus violente de son histoire.

Le rapport entre le politique et le religieux dans le parti va à nouveau être discuté au sein de la plate-forme de la coalition du 18 octobre 2005 entre Ennahda et des partis d’opposition démocrate et d’extrême gauche. Les différentes forces politiques d’opposition ont pu se retrouver et échanger leurs positions, ouvrant ainsi la voie à la recherche d’une base commune par le compromis. Les islamistes signent par écrit leur engagement à respecter le CSP et renoncent à l’application de la charia. Encore une fois, ils ont recours aux arguments religieux pour justifier leur revirement. Néanmoins il n’y a pas eu de débats au sein du parti Ennahda, ses membres vivant dans la clandestinité ou sous haute surveillance étant dans l’impossibilité de se réunir.

L’expérience du pouvoir

Advient la révolution en 2011 et la chute de Ben Ali, contraint à l’exil. Ennahda, fort de son capital militant, arrive premier aux élections de l’Assemblée constituante. Jusque-là parti d’opposition, il va faire l’expérience du pouvoir. C’est à ce moment que les différentes tendances d’Ennahda se réunissent et se découvrent. Sadok Chourou, un élu de la Constituante, propose d’inscrire la charia comme « source principale de la loi » en février 2012.
La charia est-elle un texte divin sacré ou le résultat d’une interprétation humaine, donc discutable ? Le débat divise le pays. Les manifestations pour et contre la charia se multiplient. Mathématiquement, Ennahda aurait pu fairevoter cet article avec l’appui d’autres élus, mais Rached Ghannouchi, président du parti, coupe court à la polémique. Dans une stratégie d’apaisement, Ennahda renonce à l’inscription de la charia dans la Constitution.

En tant que parti désormais au pouvoir, il doit composer avec ses alliés dans le gouvernement, mais aussi avec les autres formations politiques et sociales dans le pays. Pourtant, Ghannouchi rassure sa base en affirmant que l’islam continuera à jouer un rôle dans la législation en se référant à l’article premier de la Constitution : « La Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain, l’islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime. Le présent article ne peut faire l’objet de révision. » Ce qui implique que ce sont les rapports de forces dans le pays qui vont définir la place de la religion en politique.
Le neuvième congrès d’Ennahda, en 2012, abordait la question de la relation entre le religieux et le politique sans la trancher. Il aura fallu deux ans de discussions au sein du parti pour qu’Ennahda se déleste d’une partie de son identité et du rôle de prédication religieuse qu’il s’était donné à ses débuts.
Les questions de choix gouvernementaux, des modalités de l’alliance avec l’ancien régime et la construction interne du parti ont donc fini par prendre le dessus au sein d’Ennahda. Mais, comme se plaît à le répéter Rached Ghannouchi : « La Constitution n’interdit pas aux imams de s’exprimer sur la politique. »