mercredi 10 juillet 2013

Egypte : un coup d'etat, acte II

OU LE POINT DE VU DE TARIQ RAMADAN SUR L'EGYPTE ... 
ET SUR LE "PRINTEMPS ARABE".

L'analyse que fait le petit fils de Hassan Al Banna, correspond probablement à la réalité de la situation en Egypte comme aussi à la réalité du "printemps arabe".
Ce qu'oublie de préciser Tariq Ramadan, après le constat de l'incapacité des islamistes à gérer les affaires d'un pays, c'est que les Frères musulmans n'ont jamais eu de programme politique, économiques ... puisque leur slogan est clair : "la solution est dans le coran et la chariâa", ce qui démontre leur naïveté, puisque lui même reconnaît qu'ils n'ont guère évolué depuis plus de 25 ans !
Comment le pourraient-ils d'ailleurs sans se renier, s'ils s'avisaient à renoncer à la chariâa, fondement même de leur "politique" ??
Mais Tariq est dans son rôle de dénoncer tous ceux qui refusent de coopérer avec des dangereux rêveurs illusionnistes que sont les islamistes; et de défendre un mouvement auquel il appartient et qui doit lui tenir à cœur pour des raisons affectives évidentes ... mais qui a mal évolué depuis le rapprochement des "Frères" de l'émir du Qatar qui grâce à son fidèle serviteur, le sournois Youssef Qaradhaoui membre de la confrérie, a su infuser le wahhabisme dans la doctrine des Frères musulmans !

Et l'obscurantisme et la régression que proposent les islamistes, ni les égyptiens ni les tunisiens n'en veulent ! 
Et tant mieux qu'un coup d'état, fut-il militaire, les en préserve !! 
Saint Juste disait à juste titre : " pas de liberté pour les ennemis de la libertés". 
Or en moins de deux ans, égyptiens et tunisiens ont vu leurs libertés confisquées eux qui aspiraient à plus de liberté ... en se révoltant contre leurs dictateurs ! 
Rachid Barnat



Depuis près de deux ans, on me questionnait sur les raisons de mon refus de me rendre en Egypte dont j’ai été banni depuis 18 ans. Je répétais inlassablement que les informations croisées qui étaient en ma possession (et que me confirmaient même des officiels suisses et européens) mettaient en évidence le fait que l’Armée égyptienne contrôlait la situation et n’avait, dans les faits, jamais disparu de la scène politique.

Je n’ai jamais partagé l’euphorie « révolutionnaire » générale, ni cru que ce qui advenait en Egypte, ni même en Tunisie, était le fruit d’un bouleversement historique soudain. Les peuples étaient maltraités - subissaient la dictature et la crise sociale – et ils se sont soulevés pour la dignité, la justice sociale et la liberté. Il faut saluer ce réveil, cette « révolution intellectuelle », et le courage des peuples. Cela ne peut néanmoins être accompagné, ou justifié, par une lecture naïve et simpliste des faits et des données des enjeux politiques, géostratégiques et économiques. Il y a près de trois ans, dans un livre puis une série d’articles, j’alertais mes lecteurs sur un certain nombre de faits troublants et de considérations géostratégiques et économiques très souvent absents des analyses politiques et médiatiques, lesquels apportaient quelques nuances à l’euphorie accompagnant le « printemps arabe ».

L’armée égyptienne n’est pas revenue dans le jeu politique, elle ne l’a jamais quitté. La chute de Moubarak fut un premier « coup d’Etat » militaire interne qui a permis à une nouvelle génération de militaires de se positionner de nouvelle façon sur l’échiquier politique, derrière l’écran d’un gouvernement civil. Dans un article du 29 juin 2012, je rappelais les propos du Commandement armé affirmant que les élections présidentielles étaient temporaires, pour une période de 6 mois à un an (le titre de l’article explicitait la prémonition : « Une élection pour rien ? »). L’Administration américaine a suivi l’ensemble du processus : l’allié objectif de l’Administration US en Egypte est clairement l’Armée et ce depuis plus de cinquante ans, et non pas les Frères Musulmans. Les révélations se multiplient désormais (International Herald Tribune du 5 juilletLe Monde du 6 juillet 2013) : la décision de renverser Muhammad Morsi a été prise bien avant le 30 juin et une conversation entre le Président Morsi et le Général al-Sissi révèle que ce dernier avait planifié le renversement et l’emprisonnement du Président Morsi des semaines avant le soulèvement populaire qui allait justifier le coup d’Etat militaire « au nom de la volonté du peuple ». Tiens donc : orchestrer des manifestations de plusieurs millions d’individus pour faire croire que l’Armée se soucie essentiellement du peuple ! Coup d’Etat, acte second.

Comment analyser la réaction immédiate de l’Administration américaine qui justement ne parle pas de « Coup d’Etat » (si elle le reconnaissait, elle ne pourrait soutenir financièrement le nouveau régime) ? Etrange situation d’une Administration qui, soi-disant surprise, dit exactement ce qu’il faut pour se donner les moyens politiques, économiques et légaux de soutenir les protagonistes du renversement. Les Administrations européennes vont leur emboiter le pas : l’Armée aurait simplement suivi le peuple et répondu, « démocratiquement », à son appel. La belle affaire ! Les coupures d’électricité que subissait le peuple depuis des mois, les pénuries d’essence et de gaz cessent étonnamment après la destitution. Tout se passe comme si on avait voulu priver le peuple des biens de première nécessité pour le pousser à se mobiliser. Amnesty International a même relevé l’étrange attitude des forces de l’ordre égyptiennes qui n’intervenaient pas dans certaines manifestations (alors qu’elles étaient à proximité et observaient les faits) et laissaient la violence empirer, comme à dessein. L’Armée va ensuite accompagner son intervention d’une opération de communication de grande envergure : c’est elle qui transmet aux agences de presse internationales les images prises de ses hélicoptères, montrant la population égyptienne criant et célébrant son rôle salvateur, comme nous en informe, entre autres, Le Monde.

Nous serions donc dans la poursuite du « printemps arabe » et de la « révolution » égyptienne… accompagnée et protégée par l’armée du Général Abdul Fatah Al-Sissi. Formé par l’Armée américaine, celui-ci n’a jamais cessé d’être en lien avec l’Administration US. LeInternational Herald Tribune (6 - 7 juillet 2013) nous révèle d’ailleurs que celui-ci est bien connu des Américains mais également du gouvernement israélien avec lequel lui et son cabinet, nous dit-on, continuaient « de communiquer et de coordonner » leurs actions alors même que Morsi était en charge de la présidence. Al-Sissi travaillait auparavant dans les Services de renseignement militaire au Nord du Sinaï et était le contact des deux Administrations américaine et israélienne. Les Israéliens, comme les Américains, ne pouvaient voir que d’un bon œil le déroulement des événements en Egypte. Voire davantage donc.

Ce qui surprend, a posteriori, c’est la naïveté, le manque d’expérience et la nature des erreurs de Muhammad Morsi, de ses alliés et de l’organisation des Frères Musulmans. Depuis 3 ans, je n’ai eu de cesse de faire la critique de la pensée, de l’action et de la stratégie du parti « Justice et Liberté » autant que des leaders des Frères Musulmans (par ailleurs depuis 25 ans, mes analyses et commentaires, en tant qu’observateur, ont été, et demeurent, sévères). En sus, le piège paraissait si évident et l’ensemble de mes écrits (livre et articles de mars à décembre 2012) relevait ces graves manquements. On ne peut reprocher au Président Morsi de ne pas avoir essayé d’établir des relations avec l’opposition et de les inviter soit au Gouvernement soit à un large dialogue national : ses initiatives ont toutes été rejetées et l’opposition n’a eu de cesse de s’opposer à toutes ses initiatives. Il demeure que la critique de sa gestion des affaires de l’Etat, de sa relation exclusiviste avec la direction de l’organisation des Frères Musulmans, de sa surdité envers le peuple et certains de ses conseillers, que ses décisions intempestives (dont il a admis que certaines étaient des erreurs après coup) doivent faire l’objet d’une critique sans concession. Plus fondamentalement, c’est l’absence de vision politique et de gestion des priorités quant à la politique économique, à la lutte contre la corruption et la pauvreté, à la gestion des affaires sociales et éducatives, qui fut le plus grave manquement. Les exigences du Fonds Monétaire International (et les atermoiements de ce dernier de la même façon) mettaient le pouvoir dans une situation intenable : le gouvernement de Morsi pariait naïvement sur un soutien de cette institution. Ce n’est pourtant qu’aujourd’hui, une fois le Président Morsi parti, que le FMI semble vouloir débloquer la situation (seulement trois jours après la chute du gouvernement démocratiquement élu).

On reste effectivement atterré par la naïveté du Président, de son gouvernement et des Frères Musulmans. Après plus de soixante ans d’opposition et de répression de l’Armée à l’encontre des membres de la Confrérie (avec la bénédiction directe et indirecte de l’Administration US et de l’Occident), comment ceux-ci ont-ils pu penser que ceux-là allaient soutenir leur accession au pouvoir, au nom de la démocratie ? N’ont-ils rien retenu de leur histoire, de l’Algérie et de la Palestine plus récemment ? J’ai été, et je demeure critique, quant au contenu (superficiel) du programme et à la stratégie politique discutable du Président Morsi et des Frères Musulmans (compromis avec l’Armée et l’Administration américaine, compromission sur le plan économique et jusqu’à la question palestinienne, etc.) mais c’est bien cette inconscience politique qui suscite la stupeur. Entendre le Président Morsi dire au Général al-Sissi, dix jours avant son renversement, qu’il pourrait, lui le Président, le révoquer (puisqu’il l’a nommé) et que les Américains ne « permettront pas ce coup d’Etat » est simplement sidérant, et simplement surréaliste.

D’aucuns furent également surpris de la position des salafis, notamment du parti an-Nur, qui a rejoint les militaires et se sont présentés dans le clans des « démocrates » anti-Morsi. Nous ne sommes pas loin d’une belle farce, et pourtant. Les agences de presse occidentales ont présenté les salafis « islamistes » comme les alliés des Frères Musulmans alors que dans les faits, ils ont été les vrais alliés des régimes des pays du Golfe, alliés régionaux des Américains. Il s’agissait de mettre à mal la crédibilité religieuse des Frères Musulmans et de les pousser à une surenchère. Au moment du renversement de Morsi, ils ne le trahissent pas mais révèlent leur stratégie et leur véritable alliance. Il n’est pas étonnant que les premiers pays à reconnaître le nouveau régime issu du coup d’Etat militaire soient les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et le Qatar dont les organisations finançaient, et financent encore, directement ou indirectement, les salafis égyptiens (comme tunisiens d’ailleurs). La lecture politique superficielle tendrait à faire croire que l’Arabie Saoudite ou le Qatar soutiennent les Frères Musulmans alors qu’ils sont essentiellement les garants d’une politique américaine dans la région : il s’agit de diviser les diverses tendances de l’islam politique et les pousser à des confrontations déstabilisant les différents pays de la région. Cette stratégie est double et fonctionne entre les organisations politiques sunnites comme par l’entretien de la fracture entre shiites et sunnites. Les Etats-Unis comme l’Europe n’ont aucun problème avec l’islam politique des salafis littéralistes des Etats du Golfe (avec leur refus de la démocratie, leur non respect des minorités, la discrimination des femmes, l’application d’un strict code pénal « islamique » qualifié de « shari’a ») : ils protègent leurs intérêts géostratégiques et économiques régionaux et leurs politiques répressives et rétrogrades s’appliquent surtout sur le plan intérieur dont l’Occident n’a cure.

Restera à préserver les apparences. Des millions d’Egyptiens ont soutenu la « deuxième révolution » et ont appelé l’armée qui s’est exécutée. Celle-ci va remettre le pouvoir aux civils : le chef de l’opposition, Mohammed El-Baradei, a joué un rôle central dans le processus et sa visibilité n’a eu de cesse d’augmenter. Il est en lien avec les jeunes ciber-dissidents et le mouvement du 6 avril depuis 2008 et des documents du Département d’Etat américain (que je cite précisément dans mon ouvrage) mettent en évidence ses relations avec l’Administration américaine. Sa visibilité s’est accrue selon une stratégie intelligente, et même s’il a refusé le poste de Premier Ministre (et annoncé qu’il ne se présenterait pas aux élections présidentielles - ce qui reste à vérifier), il est devenu un pion central de l’échiquier politique égyptien. Il a étonnamment – en démocrate – défendu et justifié les arrestations des Frères Musulmans, la fermeture de leurs télévisions et l’ensemble des mesures répressives à l’ encontre des citoyens pro-Morsi qui ne sont pas tous des Frères Musulmans (certains défendaient la légalité démocratique). Les semaines à venir révéleront encore davantage les différents scenarii envisagés pour faire accepter le caractère civil de cet Etat militaire : il faut rappeler que depuis des décennies l’Armée gère près de 40% du secteur économique et elle est le premier récipiendaire de la manne américaine annuelle de 1,5 milliard de dollars.

Le Président élu est tombé au gré d’un Coup d’Etat militaire. Il faut appeler les choses par leur nom. Le peuple, dans son désir légitime de vie et de survie, de justice et de dignité, a participé à une belle opération médiatico-militaire. La situation est grave et le silence des administrations occidentales est révélateur. Il n’y a pas de printemps arabe et les révolutions ont des parfums amers. Au demeurant, il est fréquent désormais, quand on ne partage pas les analyses consensuelles, ou l’effervescence populaire et médiatique, de se voir traiter de « conspirationniste » et de voir son analyse rejetée avant même d’avoir étudié les faits et les intérêts en présence. Ainsi donc à l’heure de la globalisation, des politiques de sécurité généralisées, des nouveaux moyens de communications, il n’y aurait plus de conspirations politiques, plus de stratégies malsaines et malveillantes, plus de mensonges politiques, plus de manipulations de l’information et des peuples ? « Conspirationniste », « complotiste » seraient les nouvelles insultes lancées à ceux qui pensent mal, et contre l’air du temps : des esprits un peu paranoïaques, qui prêteraient des pouvoirs occultes à des Etats (les Etats-Unis, les Etats européens, Israël, les dictatures africaines ou arabes, etc.) qui n’en auraient pas vraiment. On devrait donc oublier les manipulations et les conspirations caractérisées en Amérique du Sud ou en Afrique (de l’assassinat d’Allende à l’élimination de Sankara) ; négliger les mensonges de l’Irak aux massacres de Gaza (présentés comme de la légitime défense) ; omettre les alliances et soutiens occidentaux aux salafis littéralistes, et souvent rétrogrades, des pays du Golfe ; rester aveugles aux avantages qu’Israël tire de cette instabilité régionale et de ce dernier coup d’Etat en Egypte. Il faudrait même que nous restions naïfs et crédules en ne voyant pas que les Etats-Unis et l’Europe d’une part, et la Chine et la Russie d’autre part, se sont mis d’accord pour ne pas être d’accord en Syrie et qu’au fond la mort de 170 Syriens par jour ne vaut rien devant les intérêts stratégiques et économiques que ces puissance en tirent respectivement.

Il faut analyser les faits et cesser les simplifications dangereuses. Le contraire de la lecture simplificatrice des faits n’est pas la posture « conspirationniste » mais bien celle de l’intelligence qui veut convoquer l’histoire, les faits et l’analyse circonstanciée des intérêts en présence. L’interprétation proposée ici peut être erronée ou inexacte mais de nombreux faits concordants en ont confirmé la pertinence au gré des mois, et sous de nombreux aspects. De ceux qui la critiquent ou la contestent, il est attendu des analyses fondées sur des faits, des mises en perspective qui ne se contentent pas de dénigrements ou de slogans faciles. Quand on refuse d’appeler un coup d’Etat militaire « un coup d’Etat militaire » et qu’une majorité de medias font mine de n’en plus savoir la définition, il est l’heure de réveiller son sens critique.

mardi 9 juillet 2013

C'est le début de la fin de l'islam politique dans les pays du printemps arabe



historien, professeur à l'université de Tunis 
spécialiste des questions islamiques. 

Selon lui, ce qui se déroule en Égypte aura, à des degrès différents, des répercussions sur la Tunisie.

INTERVIEW -

LE FIGARO.  
La Tunisie peut-elle être influencée, voire contaminée, par ce qui se passe en Égypte?

Alaya ALLANI.  
En Tunisie, nous sommes entrés dans la deuxième phase de la révolution, que je qualifie de révolution corrective. L'Égypte est le premier pays à engager cette phase. Comme la Tunisie, d'où est parti le printemps arabe, a influencé l'Égypte, ce qui se déroule en Égypte aura des répercussions, à des degrés différents, sur la Tunisie. Au XIXe siècle, ces deux pays ont été les premiers dans le monde arabe à avoir adopté une Constitution. À cette même époque, dans ces deux pays, s'est affirmé un mouvement réformiste qui a touché l'islam et la politique. La Libye va être obligée de suivre et de se transformer graduellement. À terme, c'est toute l'Afrique du Nord qui est concernée par cette révolution en mouvement.

LE FIGARO.  
Est-ce à dire que les islamistes d'Ennahda vont prochainement perdre le pouvoir en Tunisie?

Alaya ALLANI. 
Ce qui se passe en Égypte annonce sans doute le début de la fin de l'islam politique dans les pays du printemps arabe. Le mouvement islamiste a démontré son incapacité à instaurer la sécurité ainsi qu'un développement économique et social. La sanction pour Ennahda viendra sans doute plus des urnes que de la rue. Mais des violences ne sont pas à exclure. Ennahda va être obligée de faire de nouvelles concessions, sans céder sur l'essentiel à ses yeux, la référence islamique. Les Frères musulmans confondent toujours la sécularité et la laïcité.

LE FIGARO.  
Les islamistes d'Ennahda sont-ils si proches des Frères musulmans égyptiens?

Alaya ALLANI. 
Rached Ghannouchi, le fondateur d'Ennahda, est le représentant tunisien à l'Internationale des Frères musulmans. Ennahda et tous les Frères musulmans ont les mêmes principes idéologiques. À l'origine, ces mouvements avaient le même mode organisationnel dans tous les pays du monde arabe. Les Frères musulmans croient à l'État islamique fondé sur la charia, mais chaque mouvement adopte son propre agenda, en fonction de la nature des différentes sociétés. Ennahda n'a pas renoncé à la charia, il a simplement reporté son instauration.

LE FIGARO.  
Ghannouchi fait valoir qu'Ennahda s'est alliée à des partis démocratiques «modernistes» et que cette stratégie permet d'éviter l'affrontement?

Alaya ALLANI. 
C'était plus une alliance de forme que de fond. Ennahda reste la pièce maîtresse dans la troïka. Tous les postes clés du premier gouvernement étaient confiés à des nahdaouis et 80 % des nominations dans la haute administration ont favorisé des islamistes. Dans le nouveau gouvernement, les ministères régaliens ont été cédés à des «indépendants», mais Ennahda a d'autres moyens de contrôle et s'est bien gardée de céder le ministère des Affaires religieuses.

LE FIGARO.  
Le poids et la nature de l'armée, en Égypte et Tunisie, sont toutefois une différence essentielle entre ces deux pays?

Alaya ALLANI. 
Assurément. L'armée n'est jamais intervenue dans les affaires intérieures tunisiennes depuis un demi-siècle, sauf deux fois, très ponctuellement, et à la demande du pouvoir politique. L'armée égyptienne n'est pas seulement une institution, c'est une force économique, qui peut prêter au gouvernement. Sa richesse est évaluée à 20 % du PIB. Ajoutons deux autres différences: la situation socio-économique est beaucoup plus détériorée en Égypte, même si la Tunisie a connu des mouvements de révolte dans les régions défavorisées qui avaient déclenché la révolution. La fragilité sécuritaire en Égypte est aussi beaucoup plus grande qu'en Tunisie.


lundi 8 juillet 2013

Lettre de Haj Mahmoud HOLLANDE à son cousin François

Article publié dans :
Kapitalis
Tunis Tribune

par Mahmoud Bedoui,
Professeur principal à la retraite, 
Ancien responsable à la Bibliothèque Nationale de Tunisie. 
   
Mon cher cousin, salam'alec et qu’Allah guide tes pas comme il l’a fait pour que tu puisses me rendre visite dans mon bled la Tunisie, petit par sa taille et ses ressources mais grand par son peuple, qui sans la moindre hésitation, a offert le pays juste après sa splendide révolution, aux vrais révolutionnaires islamistes et à ces merveilleux ex-démocrates et ex-défenseurs des droits de l’homme, sortis de nulle part.

La joie est partagée par nous tous. J’aurai souhaité te voir prendre un bain de foule avec nos trois présidents dans les avenues pavoisées de Tunis, Siliana, Jendouba, Kasserine, Gafsa et Sidi Bouzid, le berceau de notre révolution. Nul doute que ce bain aurait été des plus chaud, tant notre généreux peuple accueille nos présidents avec ferveur à chacun de leurs déplacements. 
cheikh françois 7 8

Mon cher cousin, comme tes prédécesseurs qui ont toujours soutenu notre pouvoir en place, merci de ton soutien très ferme à l’actuel pouvoir qui se plie en quatre pour construire une véritable démocratie islamiste sur la voie de ses sœurs dans les pays du Golfe avec la bénédiction américaine.
J’ose espérer que notre démocratie sera encore plus forte.

En effet, notre justice sans état d’âme, châtie tous ceux qui pensent s’opposer à la volonté d’Allah le Clément. Et s’il y a encore des innocents qui n’ont pas été jugés, nul doute qu’ils le seront avec un peu de patience. Tu as bien raison de clamer du haut de notre Chambre des élus, que la démocratie est compatible avec l’islamisme, tout en demandant de rester vigilant au cas où une contre-révolution s’organiserait, comme ce fut le cas en Egypte.

Et si par malheur cela se réalise, j’espère que plusieurs MAM viendront nous aider comme celle que nous a envoyée si gentiment, l'aimable Sarko. Il nous faudra non pas des bombes lacrymogène mais plutôt des balles qui provoquent des crises cardiaques pour les impies. Tu as aussi salué notre prochaine constitution dont on dit qu’elle est la meilleure du monde. Je conseille au peuple de France et de Navarre de s’en inspirer. Elle aura le même effet que la Déclaration des Droits de l’homme. 

Mon cher cousin, comme on te l’a bien signalé, la situation administrative, économique et financière n’est pas brillante. Mais tu le sais mieux que moi, une  révolution risque bien de rencontrer moult difficultés. Notre « Guide Suprême » éclairé par Allah et son prophète, est en train d’y remédier en cassant l'administration centrale, régionale et locale. Sa clairvoyance est limpide : en chassant les mécréants, résidus des anciens systèmes mis en place depuis la colonisation, il les remplace par de bons musulmans ayant passé de longues années en prison et rétablit l'ordre d'Allah. Et s‘ils n'ont aucune expérience pour diriger ne fut-ce qu’une petite PME, ils finiront bien un jour par faire mieux et notre pays, qui est au bord du gouffre, fera plusieurs pas en avant. Telle sera la volonté divine.

C’est pourquoi je te bénie pour avoir décidé de nous offrir un super plan économique, financier et sécuritaire pour consolider notre Pouvoir. Je suis certain que les chefs d’entreprises qui t’ont accompagné sont mobilisés comme un seul homme, pour nous venir en aide et non pas chercher à gagner des sous comme certaines méchantes langues l'ont dit, car faire de l'argent sur le dos des pauvres est un acte fortement dénoncé par Allah. Le Coran et les Hadiths sont très fermes sur ce point.

Mon adoré cousin, il faut rassurer le monde quant à notre révolution usurpée à ceux qui ont chassé Ben Ali et sa clique. Avec le parti de l’ex-militant des droits de l’homme et actuel Président provisoire de la République et ses anciens alliés, nous avons constitué des comités de dizaines de milliers de miliciens, surarmés et surentraînés, prêts à en découdre avec tous les mécréants, si jamais ils veulent nous chasser du Pouvoir. 
Ordre est donné de tabasser héroïquement les mécréants journalistes, artistes, écrivains, magistrats, avocats, enseignants, corps médical, grévistes, sit-ineurs, syndicalistes, chômeurs diplômés ou pas, victimes ou blessés de la révolutions et leurs familles. Et même s’ils forment la majorité du peuple, seule une bonne baffe, petite, moyenne ou grande peut les ramener sur le droit chemin d’Allah. 

Pour l’enseignement, nous avons commencé à mettre en place tout un plan pour le reprendre en main et le purifier de ces idées étrangères à notre monde arabe et musulman. Tu vas voir comment nous allons détruire les repères de l’Occident décadent et de la francophonie dans les écoles, les lycées et les universités. Et si ces dernières sont classées parmi les dernières au monde, tu vas les voir comment elles vont retrouver le niveau de leurs sœurs du Golfe où la parole d’Allah est enseignée même en médecine et en arts martiaux.
Quant aux lycéens, il est drôle de constater qu’une minorité d'élèves continue à user ses pantalons sur les bancs des lycées; et comme des imbéciles, ils arrivent à obtenir le bac sans frauder.
Où va le modernisme si nos jeunes refusent les techniques actuelles bien répandues chez nous ?

Toujours dans le secteur de l’enseignement, nous avons lancé des crèches et des jardins d’enfants tenus par des femmes voilées ou niqabées et de jeunes barbus dans les koutabs des quartiers et des mosquées pour former une génération pieuse dès le berceau.
Tu as vraiment raté l'occasion de voir ces petites gamines voilées ou portant des niqabs colorés, comme des anges du ciel; et ces gamins habillés à l’afghane portant des sabres et appelant à tuer les mécréants juifs ou autres. Je ne comprends pas pourquoi ils ne les ont pas emmenés à l’aéroport pour t'accueillir à ton arrivée et te saluer à ton départ ? Dommage ! Peut-être que la prochaine fois ils le feront.

Nous avons chassé les imams des mosquées car ils ne comprennent rien à la parole divine et au Saint Coran. Nous les avons remplacés par nos propres imams hautement formés par des prédicateurs venus spécialement d’Arabie ou par les militants de notre « Guide Suprême », qu'Allah le bénisse. Nous avons cédé des centaines de mosquées aux salafistes, ses enfants; même si bon nombre d'ente eux ont pris les armes contre leur géniteur en se cachant dans nos montagnes et dans nos forêts. 

Mon héroïque cousin, nous allons passer un texte de loi qui va barrer la route à ses résidus de l’ancien système en leur interdisant toute activité politique, surtout ceux qui ont de fortes chances de gagner les prochaines élections. D’ailleurs nous sommes en train de tailler un texte sur mesure pour gagner ces dernières.
Nous avons bloqué tous les textes qui osent offrir une justice transitionnelle, ou un pouvoir judiciaire indépendant, ou une presse libre donc mécréante; comme nous avons bloqué aussi le droit de grève car c'est un acte malsain.

Après la mise à l’écart des résidus de l’ancien système, notre programme d'épuration ne s'arrêtera pas là. Nous allons nous occuper sérieusement des Tunisiens de gauche et des communistes qui sont athées, comme tu le sais. Le dernier acte sera de nous débarrasser de nos fameux alliés, partageant encore avec nous des miettes du pouvoir. Cela doit te rappeler bien sûr, vu ta haute formation politique, la lumineuse démocratie dans les pays islamistes du Golfe, du Soudan, de l’Iran, de Gaza, du Yémen, de l’Afghanistan et dans tant d'autres pays africains ... ou encore celle de l’Italie fasciste et de l‘Allemagne Nazie, pour que tu comprennes mieux !
Après tout, tous ces régimes ont été élus démocratiquement et nul n’a le droit de contester la voie des urnes. 

Enfin, mon stratège cousin, c’est être fidèle à Allah que d’immuniser notre révolution et d'exterminer tous les mécréants partout où ils sont. Ton devoir doit être le même que celui de tes prédécesseurs ou de celui des pays occidentaux, USA en tête. 
Financez-nous et nous serons vos alliés et votre muraille de Chine pour défendre votre protégé Israël !

Et le nouveau Satan, sera tout mécréant arabe qui osera se révolter contre vous et refusera la parole de Dieu dictée par nos prédicateurs wahhabites. Laissez-nous faire chez nous ce qu’ils nous dicteront comme fatwas pour régler notre vie quotidienne, car nous sommes indépendants. Sinon, nous te traiterons, toi et les tiens, de vils colonisateurs si tu t'avises de nous critiquer. Ce que notre "guide suprême" a déjà dénoncé comme une intolérable ingérence de la France, quand ton courageux ministre de l'intérieur, Manuel Valls a osé dire qu'il ne faut pas confondre Islam et islamisme; lui qui ne trouve rien à redire à propos de l'ingérence qatarie qui n'en est pas une pour lui, puisqu'il considère l'émir comme le futur Calife. 

N’oublies pas d’embrasser en mon nom et au nom de mes concitoyens, le peuple de France et pardonnes surtout au tiers des élus d'Ennahdha d’avoir boycotté ton discours à l'Assemblée Nationale.
Et même si ceux qui étaient présents ne comprennent pas un mot de la langue de Molière, pardonnes-leur, car il faut que tu saches que leur chef Ghannouchi, simple instituteur d’arabe de son état, est déclaré docteur en philosophie à la … Sorbonne. Lui qui ne connait pas un traître mot du français.

Mais comme tu le vois, la volonté de Dieu est immense.  


NB : L'article m'a été soumis par son auteur. Avec son approbation je l'ai corrigé et complété sans trahir l'esprit de l'auteur. La version originale telle que rédigée par Mahmoud Bedoui, se trouve sur Tunis Tribune où il l'a faite publiée.

Mahmoud Bedoui est l'auteur du livre : Les faucheurs de l'inculture


samedi 6 juillet 2013

FAUT-IL PACTISER AVEC LES ISLAMISTES ?

Il est faux et dangereux de croire ou de faire croire que les Frères musulmans nahdhaouis sont indispensables et incontournables pour la vie politique tunisienne !
C'est un parti qui refuse la démocratie parcqu'il est fasciste : les tunisiens l'ont découvert à leur dépens en très peu de temps !!  

Article paru dans : 

L'islamisme politique mourra tôt ou tard, comme toutes les idéologies liberticides.
Or une question se pose aujourd'hui. Que doit-on faire des islamistes ?
Cette question se pose avec acuité en Egypte bien sûr, mais aussi en Tunisie et ce n’est pas une question simple mais il faut s’y confronter et ne pas la fuir car rien ne serait pire que de vouloir ignorer ce problème.

A la suite du mouvement "tamarroud" (rébellion) en Egypte et des événements qui l'ont suivi, le nouveau pouvoir, au moment où il va organiser les prochaines élections devra prendre position.

La démocratie voudrait que ce courant de pensée soit autorisé à participer à la compétition, à moins que la nouvelle Constitution interdise les partis religieux et rejette toute instrumentalisation de la religion à des fins politiques !

Pourquoi ? Parce que nul n’a le monopole de la religion et qu’un parti politique qui se fonde sur la religion, a la prétention d’en imposer aux autres puisqu’il déclare appliquer la parole de Dieu et cela est une évidente rupture d’égalité.
Or l’égalité entre les partis doit être la règle absolue.

Faut-il rappeler que la constitution de 1959 interdisait déjà et clairement les partis religieux ! (article 8).

L’interdiction de tels partis, devrait aussi être souhaitée par tous les musulmans sincères pour lesquels l’instrumentalisation de la parole de Dieu est la pire offense que puissent lui faire les hommes. Tout parti aspire à accéder au pouvoir, et c’est légitime. Mais Dieu n’est pas là pour venir à la rescousse d’un combat politique!

Ces partis se donnent le droit de traiter leurs opposants de mécréants, pour les exclure de la vie publique et politique, se mettant ainsi, sans vergogne, à la place de Dieu pour juger les hommes !

Qui tolérerait que des énergumènes, souvent ignares, se permettent de le juger ? Dieu seul en a le pouvoir.
Ces façons d'agir qui sont, inhérentes aux partis religieux, ne sont pas tolérables et les musulmans sincères ne peuvent, en réalité, que s'associer à cette demande d'interdiction des partis qui usent et abusent de la religion.

Enfin ces partis islamistes, sur quel Islam se fondent-t-ils ? Sur le malékisme pratiqué depuis des générations par les Tunisiens et qui a façonné l'identité tunisienne ou plutôt sur  le wahhabisme venu des monarchies de la péninsule arabique et que les tunisiens, en leur temps et grâce à des imams éclairés, ont déjà rejeté ?

Une autre raison d'interdire ce genre de partis c'est, quoiqu'en disent leurs chefs, leur culture de la violence. La preuve ? Ils ont soutenu et n'ont jamais voulu interdire les Ligues dites de "Protection de la Révolution" qui ne sont que des officines fascistes qui ont toujours la menace à la bouche et encore tout récemment.
Récemment aussi, le fils du Premier ministre Ali Larayedh, excusez du peu, appelait au jihad en Egypte ! Outre le ridicule de cette proposition, elle démontre cette culture de violence que la démocratie ne doit pas tolérer.

Il y a donc de multiples raisons de fond pour que constitutionnellement soient interdits les partis fondés sur la religion, une religion qui appartient à tous et dont les islamistes ne sauraient avoir un quelconque monopole.

Si toutefois l’on ne va pas jusqu’à interdire ce genre de partis qui dénaturent le débat démocratique, faut-il alors, comme on l’entend trop souvent, pactiser avec eux, s’allier avec eux au nom d’un prétendu intérêt général, au nom d’un prétendu consensus ?
Sur cette question il faut que les partis soient très clairs et disent sans faux fuyant ce qu’ils feront en cas d’élection. Car les Tunisiens ont mal vécu la trahison de Mustapha Ben Jaâfar et celle de Moncef Marzougui, qui ont juré qu'ils ne s'allieraient pas aux islamistes avant les élections et, on a vu, ce qu'il en était de leurs promesses pour, au demeurant, un résultat pitoyable!

Je prétends quant à moi, qu’il ne faudra jamais faire ce genre d’alliance et si les islamistes n’ont pas à eux seuls la majorité, ils ne doivent recevoir l’appui d’aucun parti progressiste.
Pourquoi cette règle ?
D’abord parce que l’expérience a montré qu’une telle alliance était vouée à l’échec et que les partis qui s’y sont livrés, au mépris de ce qu’ils avaient annoncé à leurs électeurs, ont perdus toute crédibilité et se sont affaiblis considérablement laissant le champ libre aux islamistes qui ont mené leur politique désastreuse.

Mais en dehors des leçons de l’expérience, il y a surtout une question de fond essentielle et que les partis doivent trancher au risque de se discréditer.
Peut-on, en effet, faire une alliance politique entre deux partis dont les valeurs sont totalement opposées ?

Or il semble que "Nida Tounes" (Appel de la Tunisie), est tenté de rééditer l'expérience du CPR et d'Ettakatol, que d'aucuns l'ont perçu comme une grande trahison !

A-t-on idée de voir des socialistes français gouverner avec le FN ?
Le mariage de la carpe et du lapin ne donne rien dans la nature ... et ne produit rien de bon non plus en politique ! D'autant que le parti en question croit détenir la vérité d'Allah lui-même ... et donc n'admettra jamais qu'on conteste sa volonté, entendez la volonté divine dont ils se persuadent qu'ils en sont les dépositaires !
En deux années d'expérience Nahdhaouie, tout le monde a pu vérifier cette vérité sur le terrain : morgue et mépris pour tout opposant !

Il y a encore une mesure qui doit absolument être prise avant les élections, c’est celle portant interdiction aux partis politiques d’être financés directement ou indirectement par des pays étrangers. Ce que stipulait déjà la constitution de 1959 assimilant le financement d'un parti par l'étranger à une ingérence relevant de la haute trahison !

Il est clair que le Qatar, pour ne pas le nommer, à financé et de manière très large le parti Nahdha, comme il a financé les islamistes en Egypte, même s'il est probable que ce financement va heureusement se tarir depuis que le nouvel émir a reçu l'injonction américaine de rompre avec les "pratiques" de son père en matière d'islamisme et de soutien aux "Frères Musulmans" que chapeautait l'horrible Youssef Qaradhaoui, sa "référence" spirituelle qui lui pondait les "fatouas" (lois religieuses) nécessaires pour appuyer sa politique "étrangère" hégémonique sur le monde dit "arabo musulman" !

Ces financements, outre qu’ils montrent de manière évidente l’intervention d’un pays étranger dans la politique intérieure des pays, met à mal l’égalité qui doit régner entre les partis compétiteurs.
C’est inacceptable et cela ne doit pas être accepté.
Est-ce vraiment trop demander ?

Il faut donc condamner les financements non seulement des partis par l’étranger mais aussi le financement d’œuvres diverses soi-disant caritatives et qui ne sont que des officines de certains partis dont Ennahdha use et abuse au vu et au su de tout le monde !
Mais inscrire cette interdiction, c’est aussi se donner les moyens de la faire respecter en donnant à la justice des moyens d’enquêter et de sanctionner les contrevenants.

Maintenant demandons-nous ce qui pousse les partis à envisager de s'allier avec les islamistes. Le souci de parvenir ainsi plus facilement à une majorité pour gouverner, avec l'illusion qu'ils maîtriseront les islamistes ? On a vu ce que cela a donné. Les Tunisiens veulent-ils recommencer l'expérience ? La traîtrise de Marzougui et Ben Jaafar leur a laissé un goût amer.

Les partis qui admettent ce genre d'alliance, le font-ils par crainte de la violence des islamistes s'ils ne sont pas associés au pouvoir ? La peur de la violence et du terrorisme de leur pseudo "ligues de protection de la révolution" qui ne sont rien d'autres que la milice d'un parti fasciste, les terrorisent-ils au point d'accepter l'inacceptable ?

Si c'est le cas, c'est choquant car cette peur est mauvaise conseillère.
Devrait-on associer au pouvoir des personnes parce qu'elles vous menacent ?
Céder à la peur est indigne d'un homme politique !

Cette attitude ne portera, à la longue, aucun fruit car on ne peut bâtir une politique et le destin d'un pays sur la peur. Contre les menaces de violence, la seule solution est la lutte et la répression. Ce qui a perdu les islamistes en Egypte et qui perdra les islamistes en Tunisie, c'est qu'ils ne connaissent que la violence et n'ont pas le sens du dialogue et du compromis. Elus, ils croient qu'ils peuvent tout se permettre. Ils ont fini par croire que le  peuple leur a accordé un chèque en blanc; comme ils ont fini par se prendre pour le peuple !
Peuples qui se sont beaucoup abstenus lors de leurs élections aussi bien en Tunisie qu'en Egypte ! Faut-il le rappeler.

D'autres ont fini par se convaincre ou s’obstinent à croire, que Ghannouchi est indispensable pour la vie politique en Tunisie et surtout incontournable pour gouverner ce pays ! Ils ont tort.

Si les progressistes ne sont pas fidèles à leurs valeurs et s'ils se compromettent avec les islamistes, c'est l'échec annoncé et, de nouveau, la nécessité pour le peuple de réagir avec les dégâts que cela entraîne sur le développement économique, social et culturel du pays.

Pour résumer, l'interdiction des partis fondés sur la religion paraît souhaitable mais si l'on ne veut pas en venir à cette règle de bon sens, au moins qu'il n'y ait aucune alliance des partis progressistes, soucieux de liberté, de réelle démocratie et de progrès avec des obscurantistes qui ont fait, de nouveau, de la religion l'opium du peuple.

Rachid Barnat

mercredi 3 juillet 2013

Le fiasco du slogan « l'islam est la solution » !



Sur les bords du Nil, le fiasco du slogan « l'islam est la solution » doit faire réfléchir nos gouvernants et les députes de l'ANC !

A l’heure où le général Rachid Ammar parle d’une « somalisation » du pays et que l’ANC offre un spectacle agité aux Tunisiens, à l’heure où un parti rêve d’instaurer le califat et que des baigneurs sont pris à partie par des barbus près de Raf raf, les énormes manifestations contre le pouvoir des Frères Musulmans sur les bords du Nil et son funèbre cortège de 16 morts et de 800 blessés devraient faire réfléchir nos décideurs et les amener à tout mettre en œuvre pour éviter à notre pays une telle lutte fratricide.  

Mohamed Morsi a été élu avec 15 millions de voix et un taux d’abstention record, conséquence d’un duel qui a dégoûté un grand nombre d'égyptiens devant choisir entre la peste et le choléra, entre un islamiste et un ancien ministre de Moubarak.

Dimanche 30 juin 2013, anniversaire de l’élection de ce président par défaut, 22 millions d'égyptiens ont signé une pétition demandant son départ.  Initialement, le choix des Frères s’était porté sur le millionnaire Khairat al Chater. Ce « saint » homme était l’ennemi des syndicats et le fervent partisan du libéralisme le plus débridé. Il a été écarté de la présidentielle par décision de justice.    

La présidence Morsi s’est révélée catastrophique à tout point de vue. Elle a installé le chaos sur les bords du Nil. Ainsi, fin mai 2013, la route Abou Simbel-Assouan a été coupée par des paysans qui réclamaient de l’eau d’irrigation pour leurs champs,  prenant  en otage plus de 500 touristes.  Pour l’ingénieur Morsi, la fidélité clanique passe avant les compétences. L’Egypte est un « butin » que la Providence a mis entre les mains des Frères et qu’il s’agit d’exploiter… comme le faisaient Jamel Moubarak et les siens ? « Les Frères Musulmans ont utilisé les élections pour monopoliser le pouvoir, dénigrer les adversaires et affermir les liens avec les islamistes radicaux » écrit l’éditorialiste du New York Times (01 juillet 2013)

L’Égyptien aujourd’hui attend entre 3 et 5 heures pour parvenir à faire un plein d’essence. Les coupures du courant électrique désorganisent la vie des gens et frappent d’impuissance l’économie. Les touristes fuient le pays et le pouvoir n’a rien trouvé de mieux pour les attirer que de nommer à Louxor - un haut lieu touristique - un gouverneur lié à des groupes terroristes qui ont assassiné une soixantaine d’étrangers en 1997. L’inquiétude taraude les Égyptiens qui craignent une pénurie de blé et donc de "ich" (le vivre, le pain) - Le Caire étant le plus gros importateur de blé de la planète. Le nombre de viols a explosé - pour éloigner probablement les femmes des manifestations populaires - et donné, incidemment l’occasion à Obama de se mêler des affaires de l’Egypte par son appel téléphonique à Morsi lundi soir. Lundi premier juillet, face aux millions de manifestants et face à la dévastation de leur luxueux local du Moqatam au Caire, les responsables de Frères Musulmans n’ont rien trouvé de mieux que d’accuser la minorité copte (10 à 15% de la population). Celle-ci a déploré des dizaines de morts en 2011 (attentat contre une église à Alexandrie le Jour de l’An 2011 et attaque de l’armée rue Maspéro au Caire contre des manifestants coptes réclamant l’égalité d’accès aux hautes fonctions en octobre). Ce faisant, les Frères n’ont qu’une visée : accélérer l’exode de ces chrétiens qui, avec les laïcs et les femmes, refusent l’inscription de la charia dans la Constitution du pays. 

Fadéla M’Rabet – la grande romancière algérienne - ne définit-elle pas la charia comme « l’ensemble des lois machistes, décrétées valables pour tous les temps et en tous lieux par des clercs névrotiquement misogynes, qui ont réussi à abolir la mixité» ? (in « La salle d’attente ») En Tunisie, l’urgence est que force reste à la loi et non aux  LPR. 

Nous qui chérissons l’Egypte et que ces développements tragiques désolent, ne pouvons que regretter ces drames provoqués par l’aveuglement des Frères. Nous ne pouvons que nous souvenir qu’en ce même mois de juillet, en 1956, le Colonel Nasser a rendu aux Arabes et aux peuples colonisés leur fierté et porté à l’impérialisme un coup d’une témérité inouïe: la nationalisation du Canal de Suez. Cet acte révolutionnaire provoquera l’agression franco-anglo-israélienne. Les Frères Musulmans à l’époque ne portaient guère Nasser dans leur cœur et n’avaient qu’une exigence à présenter : le port du  voile pour dix millions d’Egyptiennes alors que la fille du Morchèd suivait les cours de  la Faculté de Médecine du Caire tête nue ! Le double langage et la casuistique des Frères ne datent donc pas d’hier. Aujourd’hui, le résultat de cette parole viciée et de leur politique de gribouille est hélas trop onéreux pour le peuple égyptien dont 50% vit avec à peine deux dollars par jour tandis que l’eau de cuisson des fèves – fèves qui constituent aliment de base - se vend, m’a confié un ancien ministre ! Les prix de certains produits alimentaires ont augmenté de 30%. Triche et faux semblant ne sauraient résoudre les problèmes dans lesquels se débat le peuple, ce peuple qui, comme le nôtre, a pris la parole et n’a plus peur ni des moukabarat ni des baltajia ni des foulouls. Les Frères sont aujourd’hui dépassés par ces masses qu’ils prétendaient représenter. Deux ans après la chute du dictateur, de sa clique et de ses médias, quelle dégringolade pour ces Frères qui attendaient la prise du pouvoir depuis 80 ans! Mohamed Morsi et les Frères,  comme tous ceux qui veulent dépouiller la jeunesse arabe de sa révolution pour s’éterniser au pouvoir, devraient méditer cette pensée de Karl Marx : « L’histoire ne fait rien ; c’est l’homme réel et vivant qui fait tout. »
Imposer une camisole de force islamiste au pays se révèle impossible et ne résout aucun des fléaux de l’Egypte moderne. 

Imposer une Constitution concoctée à la va-vite par les Frères et qui ignore les aspirations profondes à la modernité du pays de Saâd et Safia Zaghloul est une hérésie. « Le printemps arabe n’est pas promis à l’hiver islamiste » écrivait à juste titre un journal parisien mardi matin. La Constitution promise par Morsi devait se construire sur le consensus et non sur la préservation des intérêts des Frères. Les Egyptiens se sont sentis trahis par le sectarisme de Morsi et le manquement à la parole donnée. Par millions ils ont alors battu le pavé pour exprimer leur frustration en criant « Justice sociale » et « Stop à la violence d’Etat ». 

Jaber Salah –connu sous le sobriquet de Jika par ses amis- n’avait que 16 ans quand il a été assassiné, en décembre 2012,  lors d’une manifestation qui immunisait Morsi de toute poursuite judiciaire. Juste avant de partir pour manifester, il a écrit sur sa page Facebook : « Si je ne reviens pas, je demande aux gens d’entretenir la flamme de la Révolution et d’exiger nos droits. » (The Guardian, 02 juillet 2013)

La monopolisation de la vie politique au bénéfice des seuls Frères a été massivement condamnée par les manifestants du Caire à Alexandrie et de Port Saïd à Assouan. Même si des éléments de l’ancien régime y mettent leur grain de sel toxique pour récupérer leurs prébendes. Depuis la chute de Hosni Moubarak, écrit Jack Shenker, envoyé du Guardian de Londres au Caire, « les militaires, l’appareil sécuritaire, les ploutocrates se sont efforcés de protéger  de l’agitation révolutionnaire le statu quo égyptien » alors que,  de leur côté, « les Frères Musulmans ont fait de leur mieux pour maintenir et conserver le caractère autocratique de la politique égyptienne et de mettre de côté les demandes des révolutionnaires mais, ce faisant, ils ont fait éclater l’étincelle de la réaction brutale de la population. » (The Guardian, 02 juillet 2013)

Mohamed Morsi – tout comme certains chez nous aussi - brandit à tout bout de champ sa « légitimité » sortie des urnes. Las ! Cette « légitimité » aura accouché d’un bâton de général et risque d’enterrer la démocratie en ramenant les militaires au pouvoir- militaires dont la gestion, il y a à peine dix mois,  s’est révélée fort calamiteuse après la chute de la maison Moubarak.  Pour le révolutionnaire français Robespierre, la révolution est fondamentalement illégale… mais légitime parce qu’accomplie par le peuple, seul détenteur de la souveraineté. Si le peuple délègue sa souveraineté, il est en droit de la récupérer lorsque les magistrats qu’il s’est donnés menacent ses droits inaliénables - reconnaissance claire du droit à l’insurrection. 

« L’islam est la solution » n’a malheureusement aplani aucune des difficultés de l’Egypte. L’Islam est foi. Il n’a rien à voir avec les affaires de ce bas monde où certains font de la politique qui « exige beaucoup de mensonges » affirme l’ancien Premier Ministre français Michel Rocard.

Gardons-nous en Tunisie de refaire les mêmes terribles erreurs que Morsi et ses amis et donnons son sens noble à la direction des affaires de la Cité : la politique au profit des jeunes, des régions oubliées et fortifions la société civile,  la culture et le sentiment démocratique. 

Quant à l’Egypte, notre cœur bat à l’unisson du sien et notre souhait le plus vif est que le dialogue prévale et que cesse l’effusion de sang…le sang de tous les Jika dont l’Egypte et le monde arabe ont tant besoin.