lundi 23 juillet 2012

Le fondamentalisme sunnite, mauvais cheval du libéralisme occidental


Laurent Leylekian

Laurent Leylekian




La politique actuellement menée par les puissances occidentales envers le monde arabo-persique a de quoi surprendre. Après avoir -pendant des décennies- soutenu plus ou moins directement des gouvernements militaristes et autoritaires, voici que les Etats-Unis et ses alliés apportent leur concours à l'établissement de régimes qui, pour se revendiquer de la démocratie, n'en sont pas moins fortement teintés de l'islamisme le plus radical.
Certes, on ne peut méconnaître que l'instauration de l'esprit démocratique, ni ne se fait en un jour, ni ne s'impose de l'extérieur comme plusieurs expériences malheureuses ont pu le montrer par le passé. Certes également, on ne peut nier que leschancelleries occidentales n'ont pour la plupart d'entre elles pas vu venir le coup de légitimes révolutions arabes qui allaient balayer des régimes issus de cette époque révolue où des grandes idéologies hégémoniques devaient mener aux lendemains qui chantent. Certes enfin, on aura du mal à trouver -hors précisément leur caractère despotique partagé- un quelconque trait commun aux régimes qui tinrent d'un main de fer les populations d'Irak, de Tunisie, d'Egypte et de Libye et qui les tiennent toujours avec le même souci démocratique en Algérie pour ne rien dire de la Syrie en véritable état de guerre civile.
Des régimes autoritaires peu menaçants pour l'Ouest

C'est que le nassérisme et le panarabisme desquels la plupart des despotes du monde arabe se réclamèrent quelque temps ont fait long feu : l'Histoire avait sans doute trop passé pour que ces différentes composantes théoriquement progressistes et laïcistes communes au monde arabe soient en mesure de surmonter leurs contradictions - sinon leurs antagonismes - et de récréer le califat abbasside auquel seule une Oumma d'essence religieuse avait naguère donné sens. A cet égard, loin d'en être le catalyseur, la paix séparée de l'Egypte avec Israël, à Camp David en 1978,entérina un état de fait : le panarabisme laïc était une utopie et l'Union des Républiques Arabesétait mort-née. Dès lors, le baasisme en Syrie et en Irak, la Jamahiriya en Libye à laquelle succéda un panafricanisme d'opérette, ou le socialisme en Algérie allaient servir de cache-sexe aux régimes souvent corrompus, parfois pétrolifères, et toujours autoritaires avec lesquels l'Occident allait facilement trouver langue ou, à défaut, qu'il saurait facilement circonvenir.

Dès lors comment interpréter le curieux revirement occidental à l'égard de ces régimes de la stabilité desquels on semblait bien s'accommoder ? Une première interprétation consiste à invoquer tout simplement l'impuissance grandissante à peser de manière globale sur le cours des évènements dans un monde devenu multipolaire et duquel émergent de nouveaux acteurs régionaux - voire mondiaux - aux intérêts contraires. Parmi les divers symptômes traduisant cette impuissance, l'un - et non des moindres - est la perte significative des couteuses capacités de projection militaire. A l'instar de l'Empire romain finissant, les prosaïques considérations financières n'ont pas été pour rien dans les retraits américains d'Afghanistan et d'Irak et l'on sait que l'aventure libyenne des armées française et britannique eut sans doute tourné court sans le soutien logistique des Etats-Unis et financier, du Qatar.
La soumission des masses, dessein commun de la Sunna et du libéralisme ?
Mais pour être partiellement pertinentes, ces explications sont sans doute un peu courtes. Il semblerait bien qu'au-delà de l'accroissement des contraintes, les forces actuellement dominantes en Occident aient fait un choix politique, celui de favoriser l'islam sunnite dans sa version la plus rigoriste et la plus rétrograde, celle émanant de la péninsule arabique. Cette singulière indulgence dans les faits pose question par elle-même, notamment par le fait qu'elle s'oppose au discours ambiant sur la menace islamiste et sur le péril posé par Al-Qaïda.
Car il faut être bien naïf, ou au contraire bien matois, pour trouver plus qu'une différence de degré entre le régime que prétendent imposer les Talibans en Afghanistan et les idées professées par Ennahda en Tunisie, les Frères Musulmans en Egypte ou en Libye. Indépendamment de leurs fortunes électorales respectives, ces forces radicales d'essence religieuse posent le préalable d'une vérité révélée -l'islam- à laquelle il conviendrait à se conformer à la lettre et dont la Charia serait censée réguler l'ensemble du corps social tant d'un point de vue individuel que collectif. Il est à craindre que les nuances apportées ça et là à ce principe islamique immanent ne doivent qu'à des questions de tactique et d'opportunisme électorale et non pas à une quelconque modération principielle. 
A priori donc, on s'attendrait à une farouche opposition idéologique entre cette lecture aliénante de l'islam et la pensée libérale qui domine actuellement en Occident, un peu comme ce fut le cas à l'encontre du bolchévisme. Or, il n'est est rien : les points de friction avec le radicalisme sunnite n'ont lieu que là où des intérêts géostratégiques tierces y obligent comme ce fut le cas en Afghanistan. Au contraire même, on a pu voir - hier en Irak, aujourd'hui en Syrie et en Tunisie-l'Occident, sinon favoriser délibérément, du moins laisser agir librement les mouvements salafistes ou wahhabites réputés les plus durs.

Libéraux et islamistes comme larrons en foire
Cette tolérance relève principalement, me semble-t-il, de l'oubli -ou du mépris- par les forces libérales actuellement dominantes des principes de philosophie politiques qui les ont fondées. Le pacte implicite scellé avec le radicalisme sunnite excipe de l'idée plus ou moins avouée que la domination des masses peut faire l'objet d'un condominium libéro-islamique. Que ce condominium s'exerce sur des populations et des territoires distincts où les deux idéologies assurent leur mainmise sociale par leur diabolisation mutuelle, ou qu'elles l'exercent en commun au sein d'un Orient généralisée où la première régnerait sur les corps et les portes-monnaies, et la seconde sur les esprits et les âmes ne change pas grand-chose à l'affaire.
Après tout, l'instauration de véritables théocraties telles que celles du Golfe a-t-elle jamaisempêché de faire des affaires ? Et en Europe même, voire aux très chrétiens Etats-Unis, qui s'oppose à la niqabisation des esprits au sein des communautés musulmanes, voire au sein de la société tout entière ? Qui se soucie par exemple des massives acquisitions qatariotes (ousaoudiennes ou koweïtis) en France? Certainement pas les libéraux, ni même les socialistes ou les Verts trop entichés de relativisme culturel, mais bel et bien des forces conservatrices, voire d'extrême-droite, elles-mêmes poussées par cette évolution à une radicalisation de plus en plus grande. Bref, ce schéma postulerait la nouvelle noblesse - celle des affaires, acoquiné au nouveau clergé - musulman - dans l'exercice d'une domination réalisée au dépens d'un Tiers-Etat des peuples, notamment européens, identitairement réfractaires au premier comme au second.

D'autres islams sont possibles... et souhaitables
Or il est permis de penser que, s'il faut faire un choix, celui-ci, conscient ou non, n'est pas le meilleur et que l'Occident aurait globalement plus d'affinité avec le Chiisme. A cet égard, le sort réservé à l'Iran n'est pas seulement injuste, il est aussi peu pertinent. Bien évidemment, on ne peut méconnaître les provocations réitérées d'Ahmadinejad, ni même la conception fondamentalement conservatrice de la plupart des dirigeants actuels du pays. On aurait cependant tort de s'y arrêter.
Car si l'Iran n'est actuellement pas plus démocratique que les autres théocraties musulmanes -en témoignent ses tristes scores en matière de liberté de la presse- il ne l'est pas vraiment moins. Mais au moins le régime de Téhéran fait-il preuve de plus de considération pour ses minorités non musulmanes : toute symbolique que soit cette disposition, les quelques 20 000 Assyro-Chaldéens, les 200 000 Arméniens, les 40 000 Zoroastriens, et même les 20 000 Juifs du pays sont dûment représentés au Majlis et ces minorités jouissent pour la plupart d'une vraie liberté cultuelle. Une situation qui relève encore de l'utopie dans la plupart des autres pays musulmans, même réputés "avancés", telle la Turquie. Et si l'on ne peut que condamner sans appel la répression féroce qu'endurent les Bahaïs en Iran, on mesure là encore le contraste avec la Turquie en apprenant queplusieurs sites historiques arméniens ont été inscrits par l'Iran au patrimoine mondial de l'Unesco,l'un d'entre eux ayant même été déplacé et restauré par l'Etat pour échapper à l'engloutissement dans les eaux d'un barrage.

Quant à la posture outrageusement antisémite du président Ahmadinejad, toute inexcusable qu'elle soit, elle s'explique plus par l'instrumentalisation du conflit israélo-palestinien et par le prestige hypothétique qu'elle confère aux yeux des peuples arabes en quête supposée d'un champion régional que par une réelle volonté d'en découdre. Notons à ce sujet que l'actuel président iranien n'est pas éternel et qu'il est loin de faire l'unanimité dans son pays, pas plus d'ailleurs qu'un islam politique en réalité si étranger à la nature réelle du chiisme. Quoi qu'il en soit, dans ce contexte, les réels efforts iraniens pour acquérir l'arme nucléaire doivent être interprétés plus comme relevant d'une dissuasion à la française face à une vraie menace extérieure que comme un danger réel pour Israël ou l'Occident.
Le Chiisme, une théologie de la résistance ?
Mais au-delà de l'Iran et des prosaïques positionnements politiques, au-delà même des aspects strictement religieux, il faut bien comprendre que le Chiisme est une dissidence qui a permis la survivance de l'esprit critique au sein d'une Sunna hégémonique. Ce n'est certainement pas pour rien que des populations aux identités culturelles anciennes et fortement établies devinrent chiites lorsqu'elles furent islamisées : Les Iraniens mais aussi des Arméniens et des Grecs devenus Alévis ou les Alaouites en Syrie. Car comme le rappelait opportunément un expert incontestable du Proche-Orient tel qu'Antoine Sfeir lors d'une conférence donnée par l'Observatoire arménien, là où la Sunna prêche la soumission aveugle à un Livre incréé, éternel et inimitable, dicté par Dieu lui-même, les Chiites en autorise l'interprétation (ijtihad) par la pratique du raisonnement déductif (kalam) et promeuvent une conception sans doute plus occidentale de la Justice et du Libre Arbitre que leurs coreligionnaires sunnites.
En dépit des apparences donc, et en dépit de ce que sont le pouvoir politique iranien et ses pratiques contemporaines, ceux qui appellent de leurs vœux à l'émancipation des Musulmans et à la laïcisation de l'islam seraient bien inspirés de soutenir le Chiisme plutôt que les fondamentalistes sunnites au pouvoir dans la péninsule arabique aujourd'hui, peut-être dans tout le Maghreb et le Machrek demain. Car la pensée européenne et occidentale devrait plus facilement trouver langue avec les premiers qu'avec les seconds. Reste bien sûr à savoir si l'émancipation humaine et l'édification humaniste des sociétés proche-orientales et même européennes constituent le cœur du projet ultralibéral actuellement à l'œuvre ; ce dont - au regard des considérations précédentes - on peut légitimement douter.

dimanche 22 juillet 2012

Bilan en 100 points, d'un gouvernement islamiste provisoire.

Moez Ben Salem

Neuf mois après les élections du 23 octobre 2011, qui ont vu le parti islamiste Ennahdha s’imposer et constituer le 1er gouvernement démocratiquement élu, l’heure est venue de dresser un bilan de ses «réalisations». Comme on peut le constater, ce bilan est plutôt «riche», truffé d’innombrables perles que l’on a essayé de résumer en 100 points.

1) Le «6ème califat» de Hamadi Jebali: moins d’une semaine après les élections, alors que les résultats définitifs n’étaient pas encore publiés, le Premier ministre autoproclamé a fait une déclaration incroyable aux sympathisants d’Ennahdha, affirmant qu’il avait reçu des «signaux divins» et qu’il allait «instaurer le 6ème califat»! Un appel du pied à certains mouvements extrémistes religieux qui appellent à la réunification de la «oumma» islamique et à la réinstauration du califat.
2) Souad Abderrahim et les mères célibataires: surnommée «Souad Palin», celle qui se présente comme l’égérie d’Ennahdha du fait qu’elle soit non voilée a déclaré sur les ondes d’une radio étrangère que «les mères célibataires sont une infamie en Tunisie; éthiquement elles n’ont pas le droit d’exister»!
3) Les salafistes prenant en otage la Faculté des lettres de la Manouba avec ses milliers d’étudiants et ses centaines d’universitaires pendant plusieurs mois, empêchant le déroulement des cours et se livrant à des actes de banditisme, encouragés par l’étrange passivité du gouvernement. Leur objectif: imposer le niqab et la séparation filles/garçons dans les facultés.


4) Toujours à la Manouba, un salafiste qui n’appartient pas à ladite faculté, se permet d’outrager le drapeau tunisien: il l’enlève et le remplace par le drapeau noir des salafistes, suscitant un grand émoi auprès des Tunisiens. Cet odieux personnage a fini par se rendre aux autorités et a écopé d’une peine légère… assortie d’un sursis. Si ce n’est pas un encouragement!
5) Encore à la Manouba, le doyen de la Faculté, Habib Kazdaghli est agressé dans son propre bureau par 2 étudiantes en niqab; le comble, c’est le doyen qui se retrouve poursuivi en justice, risquant d’écoper de 5 années d’emprisonnement
6) L’émirat salafiste de Sejnane: cette affaire gravissime, qui paraît relever du surréalisme, a gravement terni l’image de la Tunisie à l’échelle internationale. C’est l’histoire incroyable de la création d’un émirat salafiste dans la petite ville de Sejnane; les habitants de cette ville se trouvant à la merci d’un groupe extrémiste qui fait régner la terreur, à travers des actes de torture sur de paisibles citoyens. Un Etat dans l’Etat!
7) Toujours à Sejnane, par un dimanche printanier, un groupe d’étudiants transitaient tranquillement en bus par cette ville, est attaqué par des salafistes qui se sont lancés dans des insultes, menaces et agressions, avec la bienveillante neutralité de la police.
8) Les appels au meurtre à l’aéroport: à l’occasion de la visite d’un chef du Hamas à Tunis, des énergumènes sont venus en masse à l’aéroport scandant des appels au meurtre à l’encontre les juifs.
9) Du fait de l’impunité totale accordée à leurs auteurs, les exemples d’appel au meurtre se sont multipliés, le cas le plus connu étant celui d’un fonctionnaire de l’Etat, payé par le contribuable, qui lance en public un appel au meurtre à l’encontre de l’ancien Premier ministre Caïd Essebsi.
10) Dans ce même chapitre, un élu d’Ennahdha, évoquant les sit-inneurs et les manifestants qui réclament leur droit au travail, ne trouve pas mieux que de citer un verset du Coran qui menace ces derniers, à travers un langage imagé, de couper leurs mains et leurs jambes et de les faire disparaitre de la surface de la terre, et ce avec la bénédiction du président de l’Assemblée constituante!
11) Les agressions répétées et impunies contre les journalistes, les intellectuels, les artistes…, ces agressions touchant particulièrement les femmes, cibles préférées des extrémistes religieux.
12) Les attaques perpétrées par des groupes salafistes contre les bars et les hôtels, dans diverses villes du pays.
13) L’affaire honteuse de l’agression contre des citoyens, perpétrée le 9 avril 2012, par la police, épaulée par les miliciens d’Ennahdha. Les auteurs de ces agressions, quoique identifiés, ne sont nullement inquiétés.
14) La parade des prédicateurs ignobles: pendant des mois, les Tunisiens ont eu droit à un véritable ballet de pseudo-prédicateurs, en fait des charlatans pour la plupart, reçus en grandes pompes par les hauts responsables d’Ennahdha.
15) Au même chapitre, notre pays a eu droit à la visite du sinistre Wajdi Ghanim, qui s’est rendu tristement célèbre en faisant l’apologie de l’excision des fillettes, coutume barbare datant de la «Jahilya», la période anté-islamique!
16) Alors que le pays vit une grave crise économique, plutôt que de tenter de réduire les dépenses publiques, on forme un gouvernement pléthorique de 80 membres, entre ministres, secrétaires d’Etat et conseillers avec rangs de ministres et de secrétaires d’Etat; les postes-clés étant bien entendu confiés à Ennahdha.
17)  Le népotisme et le gouvernement des parents, amis et gendres: le ministre des Affaires étrangères, qui n’est autre que le gendre du président d’Ennahdha, se place en tête de liste dans le monde de l’incongruité.
18) «Monsieur Gendre», confondant peut-être la Tunisie et le Qatar, affirme que la longueur des côtes tunisiennes est de 500 kilomètres.
19) Déballant ses vastes connaissances en matière de géographie, «Monsieur Gendre», débarquant à Istanbul, affirme qu’il est heureux de se retrouver dans la capitale turque.
20)  Pour couronner le tout, Rafik la Gaffe déclare le plus sérieusement du monde: «Ce gouvernement est le plus fort de l’histoire»!!!
21)  Une politique inféodée aux pays du Golfe: dans un premier temps, c’est Khayam Turki, qui devait occuper le poste de ministre des finances, qui essuie le véto d’un petit pays du Golfe : les Emirats arabes unis.
22) Le ministre des Domaines de l’Etat refuse de donner une interview à la chaîne nationale Watanya1, lui préférant la chaîne qatarie Al-Jazira.
23)  La Tunisie renonce à un prêt japonais à taux d’intérêt réduit pour emprunter auprès des Turcs et Qataris à des taux élevés.
24) Pour ne pas froisser l’Arabie Saoudite, la Tunisie renonce à demander l’extradition du dictateur déchu Ben Ali.
25)  Le Qatar impose à la Tunisie de rompre précipitamment ses relations diplomatiques avec la Syrie.
26) La Tunisie s’empresse de chasser l’ambassadeur de Syrie à Tunis, avant de se rendre compte qu’elle chassé un «ambassadeur-fantôme», étant donné que ce dernier n’était plus en poste depuis plusieurs mois.
27) Le gouvernement nahdhaoui change tous les gouverneurs et délégués et se livre à des nominations partisanes, infiltrant tous les rouages de l’administration.
28) Après une première tentative ratée de mettre la main sur la Banque centrale de Tunisie (Bct) à travers une loi que voulait faire passer Ennahdha à l’Assemblée constituante, le gouvernement revient à la charge, indirectement, en envoyant des éléments proches d’Ennahdha organiser une manifestation à la Bct, pour réclamer le départ de son gouverneur.
29) On cherche coûte que coûte à évincer de son poste de gouverneur de la Bct Mustapha Kamel Nabli, pourtant élu le meilleur à son poste en Afrique!
30) Le scandale de Davos: lors du Forum économique mondial qui s’est tenu à Davos, plutôt que se faire accompagner du ministre des Finances, le Premier  ministre se fait accompagner du cheikh Rached Ghannouchi, lequel ne se fait pas prier d’inviter sa fille et son gendre.
31) Toujours à Davos, notre cheikh national accorde une interview à une chaîne radiophonique israélienne, puis réalisant le scandale, il prétend avoir pris le journaliste israélien pour un espagnol!
32) La libération anticipée de milliers de criminels (y compris des pédophiles) à l’occasion du 1er anniversaire de la révolution; 80% d’entre eux retourneront plus tard en prison suite à divers actes criminels commis après leur sortie de prison.
33) Tentative de contrôler les médias à travers la nomination de directeurs et de rédacteurs en chef connus pour «leur dévouement», certains d’entre eux étant des anciens thuriféraires de Ben Ali.
34)  L’envoi de la milice d’Ennahdha pour menacer puis renvoyer la directrice de la radio Zitouna, Iqbal Gharbi.
35) On lance une véritable campagne de dénigrement à l’encontre des journalistes et des médias les accusant d’être responsables de tous les maux de la Tunisie; cette campagne étant orchestrée par le Conseiller politique du Premier  ministre.
36) Se prenant pour Mike Tyson, le conseiller politique se lance dans une véritable campagne diffamatoire à l’encontre des médias et de l’opposition, campagne dans laquelle tous les moyens sont permis: propos grossiers, intimidations, etc.
37) Cherchant à «aider» le parti au pouvoir à asseoir sa domination sur les médias et notamment la Télévision nationale et ses deux chaînes Watanya1 et Watanya 2, les milices d’Ennahdha ont organisé un sit-in juste en face du siège de l’établissement, offrant, deux mois durant, un spectacle désolant de voyous lançant à travers des mégaphones des slogans orduriers, appris par cœur, et des grossièretés à l’adresse des speakerines et présentatrices du télé-journal.
38) L’affaire Nessma TV: véritable chef d’œuvre de manipulation des foules, suite à la diffusion d’un film qui a été considéré comme blasphématoire, alors qu’il a été projeté sans encombre dans diverses salles de cinéma en Tunisie, deux ans auparavant.
39) Le procès du directeur de Nessma TV, affaire pour le moins abracadabrante dans laquelle les agresseurs sont innocentés alors que la victime est condamnée à payer une lourde amende!
40) Toujours au chapitre agressions, le fils du ministre de l’Industrie se livre à une agression brutale à l’encontre d’une étudiante; il écope d’une peine de prison qui sera ensuite commuée en sursis.
41) Se prenant pour une intouchable, une élue nahdhaouie à la Constituante se permet d’insulter et de menacer une citoyenne tunisienne venue lui poser des questions ; pire, elle se permet d’appeler les policiers pour intimider la pauvre dame.
42) Le refus de prise en charge des blessés de la révolution, ceux-là même qui se sont battus avec courage contre le tyran, permettant à Ennahdha d’accéder au pouvoir.
43) L’attitude méprisante et humiliante envers les blessés de la révolution ainsi que les familles des martyrs venus réclamer leurs droits légitimes.
44) Dédommagement des islamistes ou hold-up du siècle: au moment où la situation économique du pays s’aggrave très sensiblement, les membres du gouvernement islamiste ne trouvent pas mieux que de sortir cette histoire d’indemnisation des victimes de la répression de Ben Ali, réclamant un montant faramineux, dont ils seront les principaux bénéficiaires.
45) Dans le cadre de l’islamisation de la société tunisienne, pas assez musulmane au goût de certains, on permet à des extrémistes religieux de prendre de force le contrôle de dizaines de mosquées, de destituer des imams, les remplaçant par d’autre, qui se lancent dans des prêches incendiaires.
46) Le responsable de la mosquée Zitouna se permet de dénigrer les médecins tunisiens et de prétendre que la Zitouna est le lieu idoine pour l’enseignement de la médecine.
47) On se permet dans certaines écoles de se livrer à un véritable endoctrinement idéologique des enfants, séparant les garçons des filles et obligeant ces dernières à porter le voile, sous le regard bienveillant des ministères de l’Enfance, de l’Education, ainsi que celui de la Femme
48) L’affaire du Palais Abdellia ou le chef d’œuvre absolu d’incompétence et d’incohérence: le dernier jour d’une exposition de peinture, un huissier notaire en mal de notoriété profite de la «simplicité d’esprit» de certains extrémistes pour inviter une histoire d’offense à Dieu et d’atteinte au sacré.
49) L’affaire aurait pu être réglée facilement, si certains membres du gouvernement ne s’étaient pas fait manipuler et s’ils avaient eu la sagesse de temporiser avant de se lancer dans des condamnations superflues, sur la base de fausses informations recueillies… sur facebook.
50) Enfin, et toujours à propos de l’affaire Abdellia, les propos enflammés de certains dirigeants d’Ennahdha ont failli mettre le feu aux poudres. Même si le pire a été évité de justesse, l’image de la Tunisie à travers le monde a été sérieusement écornée.
51)  Pour lutter contre le chômage, le gouvernement propose aux Tunisiens de se rendre en Libye pour trouver du travail
52) Comme autre mesure pour lutter contre le chômage, on se propose d’embaucher de façon massive dans la fonction publique. Inutile de préciser que les postes seront attribués de façon prioritaire aux militants d’Ennahdha, histoire de mieux infiltrer l’administration!
53) Oubliant que le tourisme emploie 400.000 Tunisiens et fait vivre 2 millions de personnes, un des idéologues d’Ennahdha affirme que le tourisme s’apparente à la prostitution.
54) Dans le domaine social, on ne fait pas de gros efforts pour lutter contre la précarité. Ainsi, à l’occasion d’un hiver rude, bon nombre de nos concitoyens se sont retrouvés, de nombreux jours durant, complètement isolés, en raison de routes coupées par la neige. Les secours ont mis longtemps pour être mis en route.
55) Pour ne pas arranger les choses, lors de cette même vague de froid, il y a eu une pénurie de gaz. Heureusement qu’il y a eu un grand mouvement de solidarité de la part de la société civile dont les membres les plus actifs se sont empressés de secourir leurs concitoyens.
56) Au chapitre des intempéries, de grosses inondations ont frappé plusieurs régions du pays, notamment la ville de Bousalem. Le gouvernement s’est retrouvé encore une fois totalement impuissant, incapable de faire face à la situation.
57) Il n’y a pas que l’hiver qui pose des problèmes; en effet, durant l’été, de nombreux gouvernorats (soit plusieurs millions de personnes) ont été privés d’eau, en pleine canicule, durant plusieurs jours.
58) Pour se justifier, le ministre de l’Agriculture se confond en justifications loufoques et finit par mettre la coupure d’eau sur le compte de la coupure du courant électrique!
59) Côté environnement, ce n’est pas la joie au vu notamment de l’état d’insalubrité de nombreuses villes et de l’accumulation d’ordures ménagères à des endroits très visibles.
60) L’image de la Tunisie à travers le monde ne semble pas poser problème à Ennahdha; c’est ainsi que la photo dégradante d’un groupe de salafistes escaladant l’horloge érigée en plein cœur de Tunis a fait le tour du monde.
61) Le même jour, ces salafistes ont attaqué gratuitement un groupe d’artistes à l’avenue Habib Bourguiba. Renvoyant dos-à-dos agresseurs et agressés, le ministre de l’Intérieur interdit toute manifestation à l’avenue Bourguiba.
62) Ces même salafistes se sont distingués par leurs innombrables actions violentes, restées impunies; ainsi, certains d’entre eux ont agressé une dame professeur de dessin dans un lycée de cité Ettadhamen, sous prétexte que le dessin est «haram» (illicite).
63) Les salafistes ont failli couper la main à un pauvre citoyen de Jendouba, suspecté d’être un voleur.
64) Pour justifier les actions violentes des salafistes, le chef d’Ennahdha affirme: «les salafistes sont comme mes fils»; le secrétaire général déclare, de sont côté: «les salafistes ne sont pas des extraterrestres».
65) Du côté d’Ennahdha, on ne semble pas pressé d’instaurer des traditions de démocratie. Ainsi renonce-t-on à l’engagement écrit et signé pour une limite d’un an de la mission des élus.
66) De même, Ennahdha refuse de se prononcer sur les échéances électorales et refuse de remettre au travail l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie).
67) On ne veut pas non plus d’une justice indépendante; ainsi le ministre de la Justice se permet-t-il un abus de pouvoir en révoquant de son propre chef plus de 80 magistrats.
68) Par ailleurs, on ne fait pas de gros efforts pour restituer l’argent volé par Ben Ali et sa clique. Outre le dictateur retiré en Arabie Saoudite, son gendre Sakher El Matri coule des jours heureux au Qatar!
69) Aucun effort n’est fait pour ouvrir les grands dossiers relatifs aux graves affaires de corruption du temps du dictateur déchu.
70) Devant les entraves mises devant lui, le ministre chargé de la Réforme administrative finit par jeter l’éponge; on ne cherche même pas à le remplacer. La réforme n’est plus une priorité.
71) Du côté des libertés, on serre la vis; et on autorise une obscure association se réclamant gardienne de la morale et de la vertu.
72) Le fondateur de cette association, vendeur de légumes de son état, se fait passer pour un érudit dans le monde des connaissances islamiques.
73) Au même chapitre, des agents de police se permettent d’arrêter des personnes et de les maltraiter au prétexte fallacieux que leur tenue vestimentaire dérange. Il aura fallu qu’une actrice connue se fasse arrêter pour que le scandale éclate et que des dizaines de femmes racontent leur calvaire.
74) Plutôt que de diligenter une enquête interne à propos des violences policières inacceptables, le porte-parole du ministère de l’Intérieur préfère démentir les faits.
75) Pour limiter la liberté d’expression artistique, Ennahdha cherche à légiférer de façon à criminaliser les actes considérés comme portant atteinte au sacré.
76) A ce propos, 2 jeunes chômeurs ont été condamnés à de lourdes peines de 8 ans de prison pour avoir caricaturé le prophète; l’un d’eux ayant réussi à fuir le pays et à obtenir l’asile politique en Roumanie.
77) Politique des 2 poids 2 mesures, le ministre des Affaires étrangères se permet de dire que «le prophète peut être changer» sans susciter trop d’émoi.
78) Du côté de l’Assemblée constituante, certains élus d’Ennahdha tentent une manœuvre scandaleuse pour faire passer, en commission, l’article relatif au régime parlementaire avec une minorité de voix.
79) Pour ne rien arranger à la mauvaise image de la Tunisie, voilà qu’éclate le scandale de la fuite des épreuves d’arabe au bac, obligeant les candidats à repasser certaines épreuves.
80) Un scandale en cache un autre: celui de la permission donnée à 2 élèves de passer la session de contrôle du bac sans avoir passé la session principale; l’un de ces élèves serait le neveu du ministre de l’Education nationale.
81) L’affaire Baghdadi Mahmoudi est un grave exemple de dysfonctionnement à la tête de l’exécutif tunisien, le gouvernement prenant en porte-à-faux le président de la république, l’humiliant devant le peuple tunisien et devant les instances internationales.
82) Pour des raisons obscures, le gouvernement tunisien livre à la Libye l’ancien Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi, qui a demandé l’asile politique en Tunisie, faisant fi des conventions internationales et en omettant sciemment d’informer le président de la république.
83) Portée devant l’Assemblée constituante, cette grave affaire, qui a failli aboutir au dépôt d’une motion de censure à l’encontre du gouvernement, a été étouffée grâce à l’intervention du président de l’Assemblée autoproclamé grand pourfendeur de l’opposition tunisienne!
84) Une des figures les plus marquantes de l’opposition, en l’occurrence Ahmed Nejib Chebbi a été l’objet de menaces de mort de la part des salafistes pour la simple raison qu’il s’est rendu au palais Abdellia pour visiter une exposition de peinture. Comme de coutume, aucune poursuite judiciaire n’a été entamée à l’encontre de l’auteur des menaces.
85) Plus que des menaces, M. Chebbi a été l’objet d’une agression verbale et physique alors qu’il se rendait au Kef. Aucune poursuite n’est entamée par la police pour arrêter les coupables.
86) Le parti Ennahdha fête en grandes pompes, à la manière du Rcd, son 9e congrès en utilisant les moyens de l’Etat tunisien, notamment dans le domaine du transport.
87) Lors de ce congrès, on permet à des hôtesses d’Ennahdha de passer la police des frontières pour accueillir des invités étrangers.
88) Par la même occasion, on se permet d’utiliser le salon d’honneur de l’aéroport pour accueillir les invités privés d’Ennahdha. L’emblème du parti trône au milieu du salon d’honneur.
89) Le ministre des Affaires étrangères accorde à son beau-père, président d’Ennahdha, un passeport diplomatique.
90) Pour se justifier, le ministre avance comme argument que les présidents des partis présents à l’Assemblée ont droit à un passeport diplomatique, droit dont seul M. Ghannouchi était informé!
91) L’annonce de l’ouverture des frontières aux voisins maghrébins sans passeport, à partir du 1er juillet, parait relever du surréalisme!
92) A la surprise des Tunisiens, le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères chargé de l’Afrique et du Monde arabe annonce que la Tunisie va ouvrir ses frontières aux ressortissants des pays maghrébins qui pourraient désormais venir sans passeport.
93) On prend cette mesure sans tenir compte des énormes risques sécuritaires liés notamment à la situation au nord du Mali, ni des risques sanitaires liés à cette décision.
94) L’éventuelle ouverture des frontières risquerait d’aggraver le chômage en Tunisie.
95) On propose de permettre à nos voisins maghrébins d’acheter des propriétés en Tunisie, faisant abstraction du risque d’inflation dans le domaine de l’immobilier.
96) On propose également d’autoriser les voisins maghrébins à s’installer en Tunisie et même à voter aux élections municipales oubliant que cela risquerait d’aboutir à un bouleversement démographique dont le risque est très difficile à évaluer. 
97) Devant le tollé suscité en Tunisie par cette décision unilatérale d’ouvrir les frontières, le porte-parole du gouvernement affirme que «l’ouverture des frontières est le rêve de tous les Maghrébins»; le conseiller politique auprès du Premier ministre traite quand à lui les Tunisiens opposés à cette mesure de «xénophobes».
98) Nos voisins algériens, conscients de la gravité de cette mesure, opposent une fin de non recevoir à la proposition tunisienne, donnant un véritable camouflet au gouvernement tunisien.
99) Le ministre des Affaires étrangères finit par désavouer son secrétaire d’Etat et clore définitivement le chapitre burlesque de l’ouverture des frontières.
100) Pour clore en beauté, signalons cette fameuse phrase du chef du gouvernement qui, constatant l’état d’insalubrité dans lequel se trouve le pays, déclare le plus sérieusement du monde : «Où est le gouvernement?»

Ce bilan « remarquable » a été réalisé en un temps record par un gouvernement provisoire; qu’en sera-t-il lorsqu’il s’agira d’un gouvernement élu pour 5 ans ou plus ?








samedi 21 juillet 2012

MUSTAPHA KAMEL NABLI OU LE RETOUR DES PROCÈS STALINIENS

Article par dans : Kapitalis

L’affaire du gouverneur de la banque centrale de Tunisie MKN, a été une occasion de plus pour montrer les dérives totalitaires auxquelles la troïka au pouvoir et le parti Ennahdha qui la domine, se livrent.

Mustapha Kamel Nabli




Grâce au seul acquis effectif de la révolution d’octobre 1917, pardon de janvier 2011 : « la liberté d’expression » ; les médias, malgré la mise au pas que tente de leur imposer le gouvernement Ghannouchi, parviennent à nous tenir au courant de tout ce qui se passe dans le pays puisque l’information continue de circuler et les tunisiens se tiennent informés bon grés malgré le pouvoir en place et se passionnent pour l’action politique ; eux dont ZABA injuriait l’intelligence par des « comptes rendus commençant souvent par la formule stéréotypée d’istakbala (le président a reçu…) » de ses activités et de celles de son gouvernement frisant le ridicule et remplissant les journaux de la presse écrite comme celle de l’audiovisuel, mais faisant toujours honte aux tunisiens.
Par « recoupement » entre les différentes émissions à caractère politique des chaines de TV, de radio et grâce aux réseaux sociaux, où là aussi il faut faire le tri, les tunisiens parviennent donc à s’informer « correctement ».
L’autre acquis de cette révolution, c’est la transmission des débats de l’assemblée nationale en direct et la multiplication des interviews des hommes politiques ainsi que les « points info » des ministres.

A la faveur de cette profusion d’informations, le tunisien peut juger de la valeur des intervenants et du degré d’honnêteté intellectuelle des hommes politiques, des anciens comme des nouveaux, dont de plus en plus de jeunes. Car contrairement à ce que veulent nous faire croire Ghannouchi et ses hommes, aussi bien les bourguibistes que les RCD-istes ne sont pas tous corrompus ! C’est une malhonnêteté intellectuelle de plus que de soutenir cela, d’autant qu’Ennahdha en recrute à tour de bras. Une malhonnêteté intellectuelle dans la même ligne de leur affirmation que la laïcité est une religion : du populisme à des fins électoralistes !

Or depuis l’arrivée de la troïka au pouvoir, les tunisiens ont pu voir, entendre et comprendre le niveau politique des hommes qui les dirigent. Ils ont décelé l’amateurisme pour ne pas dire l’incompétence de nombre d’entre eux.

Mais ils découvrent, effarés, d’autres pratiques qu’ils croyaient révolues depuis la chute du mur de Berlin et le départ de ZABA : ce sont les procès staliniens !

L’affaire de Mustapha Kamel Nabli en est un exemple flagrant, rendu plus « visible » grâce à cet homme qui a su résister face aux procédés minables et non démocratiques dont use la troïka à son égard et au désir de le limoger que manifeste le président de la république, depuis longtemps ; qui veut, par cette décision, se donner de l’importance en écrasant un homme d’envergure. Mal lui en a pris, car l’homme a le sens de la dignité et de l’honneur ! Et il était coriace pour se défendre.

Ce feuilleton MKN nous aura donné à voir des hommes politiques d’une troïka complices d’un procès stalinien dont le verdict était  connu d’avance  !

Si nous connaissions les procédés et le double langage des hommes d’Ennahdha, nous découvrons les procédés de ceux des deux partis auxquels ce parti s’est allié pour former la troïka qui gouverne.
Si nous avions fini par comprendre que Moncef Marzouki, Mustapha Ben Jaafar et leurs hommes avalent toutes les couleuvres de leur grand frère Ghannouchi auquel ils doivent tout aussi bien leur élection en tant que constituants mais surtout leurs postes .
Nous découvrons par contre, avec écœurement ce que sont les pratiques auxquelles se livrent ces deux hommes et leur troupe, dont le parcours et le militantisme devraient pourtant les en éloigner : la malhonnêteté intellectuelle et l’acharnement dont ils font preuve pour abattre le soldat MKN !

Il fallait écouter et lire les accusations « graves », nous dit-on, de Jebali contre le gouverneur de la BCT ! Examinons point par point ces griefs.
Le plus important apparemment, est que M. Nabli n’aurait pas été efficace en ce qui concerne la récupération des biens mal acquis de la Famille Ben Ali. Sur cette question disons le tout net, M. Marzouki, le gouvernement et la majorité de l’ANC prennent vraiment les tunisiens pour des idiots à qui l’on peut faire avaler n’importe quoi !
Outre que cette question de la récupération des biens est difficile, elle n’est pas de la compétence directe de la Banque Centrale. C’est de toute évidence une question gouvernementale et d’ailleurs les Ministres concernés siégeaient au sein de l’organisme chargé du problème. Pourquoi, dans ce cas ne s’en prend-on qu’au Directeur de la Banque Centrale ? La réponse est dans la question.
Ce que MKN exprimera plus clairement : que Jebali demande à ses ministres de la justice et celui des finances de démissionner !

Par ailleurs, un gouvernement sérieux, compétent et responsable, avant de démettre un haut responsable, lui adresse des instructions claires et ce n’est qu’en cas de refus de les appliquer ou de mauvaise application qu’on passe à la révocation. Procédure qui n’a à l’évidence pas été mise en œuvre comme le confirme MKN.
Ce gouvernement s’est bien gardé d’adresser la moindre instruction ou des mises en demeure, et subitement, parce que Moncef Marzouki veut la tête de MKN, le gouvernement et les constituants de la troïka vont lui trouver des poux dans la tête !

Cela démontre bien que cette éviction est une décision politique et qu’elle est destinée à imposer « les amis » de Ghannouchi dans toutes les hautes fonctions du pays.
M. Nabli a d’ailleurs rappelé, à juste titre, qu’une décision aussi partisane avait été prise en ce qui concerne le Directeur de la Statistique, les données statistiques n’ayant pas eu l’heur de plaire à ces messieurs de la Troïka qui veulent sans doute des données statistiques non pas réelles mais qui les flattent !

Plus globalement le Premier Ministre qui brille, c’est vrai, par une extraordinaire compétence, a soutenu sans rire que le Directeur de la Banque Centrale était incompétent.
De qui se moque-t-il ? Va-t-on vraiment le croire alors que les organismes internationaux les plus sérieux saluent la compétence de M. Nabli et qu’eux savent de quoi ils parlent !

Tout cela est, en définitive, d’un ridicule qui ne convainc personne, démontrant une méconnaissance du fonctionnement des institutions tunisiennes, mais aussi gouvernementales tout simplement.

Si le premier ministre n’étonne plus par son amateurisme, son incompétence et ses arguments fallacieux ; ce sont Moncef Marzouki et Mustapha Ben Jaafar qui nous choquent le plus ; puisque d’un niveau intellectuel que nous pensions beaucoup plus élevé que celui de leur grand frère Ghannouchi, et ayant des principes démocratiques et républicains affirmés semble-t-il, qui manquent à Ghannouchi et à ses hommes à l’évidence.

Une parlementaire du nom de Samia Abbou dont l’intelligence et les discours la distinguaient de ses collègues constituantes en foulard, aura terriblement déçu depuis qu’elle s’est ingéniée à défendre les prises de position unilatérale d’Ennahdha et qu’elle s’est crue obligée de  justifier une décision injuste, infondée et dangereuse pour le pays ; exactement comme faisait son mari Mohamed Abbou. Confirmant que ces deux là, ne sont en fait que de beaux parleurs, comme leur chef Moncef Marzouki.
Défendre l’indéfendable c’est faire preuve d’un total manque de principes.

Or que fait cette dame pour sauver la face de son chef qui veut coûte que coûte la tête de MKN ? : elle l’accuse de haute trahison ! Rien que çà ! Heureusement que le ridicule ne tue pas !
Il est vrai qu’on dit que si l’on veut noyer son chien, on l’accuse de rage.
Pourtant elle y met ses tripes mais ne convainc personne, car son discours et sa comédie frisant l’hystérie ; au fond d’elle-même, elle sait qu’elle dépasse l’entendement. Dommage, car voilà un couple dont la crédibilité va prendre un bon coup, à vouloir jouer au petit soldat à son chef. Et ce sera justice si cela signe la fin de leur carrière politique !

Toute cette histoire n’aurait été qu’une mauvaise farce si elle n’était pas révélatrice d’un dysfonctionnement d’une troïka où le parti dominant pense pouvoir dominer en tout. Ce qui confirme ses intentions d’installer une nouvelle dictature pour remplacer celle que les tunisiens ont dégagée.

MKN aura rendu un fier service à son pays dont la crise s’est aggravée depuis la révolution et que ses pairs aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger saluent pour l’avoir maintenu à flot ; mais à son corps défendant, il aura rendu un autre service à son pays en mettant à nu la stratégie populiste que mettent en place Ghannouchi et ses hommes dans un but électoraliste, passant les intérêts de la Tunisie à la trappe et les objectifs de la révolution avec !
Ce qui fait mal, c’est de voir à quel point les deux autres chefs de la troïka sont prêts à la compromission pourvu qu’ils aient l’ivresse du pouvoir et conservent le trône que leur accorde leur maître Ghannouchi. N’a-t-on pas dit que Mustapha Ben Jaafar et Moncef Marzouki ont contacté leur poulain pour remplacer MKN, bien que celui-ci n’ait pas comparu devant les constituants, seuls habilités à juger de son sort, faisant comme si leur verdict leur était acquis et que l’éviction de ce monsieur était évidente ?

En tout cas MKN a été la monnaie d’échange pour rattraper l’autre couac de cette troïka qui a présidé  à l’extradition, contraire à toutes les règles et en tous cas aux doits de l’homme, si chers semblait-il, à M. Marzouki, de l’ex premier ministre de Kadhafi, Baghdadi Mahmoudi.
Si c’est ainsi que cette troïka pense gérer la maison Tunisie, il est du devoir de l’opposition de faire tout ce qui est nécessaire pour lui retirer cette gestion.

Quand à Mustapha Kamel Nabli dont le patriotisme ne laisse aucun doute, il peut rejoindre d’autres hommes aussi patriotes que lui et désireux de tirer la Tunisie des serres de ceux qui n’ont qu’une idée en tête : détruire la nation tunisienne pour mieux la diluer dans le pan arabisme cher à Marzouki et dans le pan islamisme que prône Ghannouchi auquel il prépare les tunisiens en mettant tous les moyens pour les convertir au wahhabisme : écoles coraniques, mosquées, imams, prédicateurs étrangers, multiplications d’émissions religieuses et de feuilletons télévisuels, faisant tous, le prosélytisme à cette obédience qui n’est qu’un système politique totalitaire, conformément aux désirs de ses commanditaires le roi d’Arabie et son grand protecteur l’émir du Qatar. 

Rachid Barnat  








vendredi 20 juillet 2012

UNE TUNISIENNE LIBRE et qui TIENT à le RESTER !


Lu sur Facbook, l'histoire d'une tunisienne qui a pris un taxi. 
Elle est tombée sur un chauffeur barbu, qui se révélera par son discours être salafiste.

En cours de route le chauffeur avec un regard désapprobateur et inquisiteur, lui fait une remarque désobligeante pour sa "nudité" parce que non voilée. 
D'un ton docte il l'informe qu'elle brûlera en enfer si elle ne se "couvre" pas !
Nullement impressionnée, la dame lui rétorque de quel droit se croit-il autorisé pour l'interpeller sur sa foi ? 
En quoi cela le regarde qu'elle soit juive, chrétienne ou musulmane ? 
Elle lui rappelle qu'elle loue son service qui consiste de la prendre d'un point A pour la déposer à un point B. Point c'est tout ! Le reste ne le regarde pas !

Le regard du chauffeur devenant haineux, elle a eu le bon réflexe d'ouvrir la portière et de vite descendre. 
Se trouvant en plein milieu d'une pose "clope" d'employés, elle lui demande de la suivre au poste de police.

Intimidé mais dépité, le chauffeur lui demande de lui payer le prix de sa course. En colère elle lui propose un billet pour l'enfer ou pour l'Afghanistan ! Elle insiste qu'il la suive au poste de police. 

Devant son refus, elle claque la portière du taxi et donne un coup de pied dans la carrosserie. Le chauffeur ne demandant plus son reste, file la queue entre les pattes.

Moralité : tout barbus qu'ils soient, les barbus pris individuellement, ne sont que des couillons et des lâches.
Leur force ils la tiennent de la meute comme les chiens, quand ils sont en bande !

Bravo à cette dame ! Son courage pour résister aux pressions des salafises-wahhabites et son amour pour sa liberté lui ont dicté la bonne conduite, comme à sa soeur Khaoula Rachidi qui a défendu courageusement le drapeau tunisien quand des salafistes abrutis de bêtises ont voulu le remplacer par leur chiffon noir.

La Tunisie a besoin de telles tunisiennes fières et patriotes pour résister au venin wahhabite que diffusent Ghannouchi et ses hommes dans la société tunisienne.


Rachid Barnat

jeudi 19 juillet 2012

Tunisie : Une occasion historique ratée


Depuis leur accession au pouvoir, les islamistes d’Ennahdha n’ont pas cessé de se tirer dans les pattes, dilapidant rapidement le capital de sympathie qu’ils ont réussi à avoir au lendemain des élections du 23 octobre et décevant tout aussi rapidement les espoirs que leurs discours circonstanciels ont fait naître.
Il serait fastidieux d’aligner ici toutes les bourdes commises par les dirigeants d’Ennahdha. Mais il serait utile de rappeler quelques unes de leurs plus importantes erreurs, c’est-à-dire celles qui ont contribué fortement à une perte brutale de crédit auprès de l’opinion publique et qui auraient pu parfaitement être évitées.
A peine quelques jours après sa prise de fonctions, le chef du gouvernement Hamadi Jebali, emporté sans doute par l’ivresse d’un pouvoir dont il ne rêvait même pas quelques mois plus tôt, a étonné le public par sa « sortie » sur le « 6eme califat » et par sa « détermination » à libérer Jérusalem à partir de la Tunisie, deux questions absolument hors sujet par rapport aux revendications de base qui étaient à l’origine de la chute de la dictature.
Par les longues tractations et marchandages qui ont précédé la laborieuse nomination des membres du gouvernement, les islamistes d’Ennahdha et leurs alliés du Cpr et d’Ettakattol ont choqué l’opinion en dévoilant la conception qu’ils se font du pouvoir: un butin à se partager plutôt qu’une responsabilité à exercer.
Il y a trop à dire sur la composition de ce gouvernement pléthorique, mais contentons-nous ici d’un seul exemple.  Alors que la blessure du népotisme infligée par la dictature au peuple tunisien est encore vive, les décideurs islamistes n’ont rien trouvé de mieux à placer à la tête de l’un des plus importants ministères, celui des Affaires étrangères, que le gendre du président d’Ennahdha. A supposer que M. Ben Abdessalem soit le plus compétent pour le poste, l’intérêt bien compris d’Ennahdha est de pas le nommer, par respect pour le peuple tunisien et par égard à la blessure encore purulente infligée aux Tunisiens par la corruption et l’arrogance sans bornes des gendres du président déchu.
Alors que la tache principale de l’Assemblée constituante est de rédiger une Constitution, celle-là a jugé utile de nous doter avant tout d’un gouvernement dont la priorité des priorités s’est révélée être la domination totale des structures de l’Etat à travers le placement dans les postes de responsabilité de militants nahdhaouis ou de personnes prêtes à servir Ennahdha et son projet. Dans quel but? Hamadi Jebali vient de nous l’apprendre quand il a affirmé dans son discours au 9ème congrès de son parti : « l’urgence des urgences est de gagner les élections avec une majorité confortable ».
Ici, une chose importante doit être relevée. Un parti au pouvoir qui crie sur les toits ses convictions démocratiques et sa détermination à réussir la transition, aurait accéléré la rédaction de la Constitution et mis en place depuis des mois les conditions d’une élection libre et transparente, et en premier lieu la remise à jour des listes électorales et une instance indépendantes qui prendrait en charge tout cela. Mais les seuls préparatifs qu’Ennahdha est en train d’entreprendre jusqu’à présent en vue des prochaines élections  consistent à marcher sur les traces du défunt Rrcd, c’est-à-dire à se transformer en parti-Etat dans la pire tradition des régimes dictatoriaux où l’élection n’est pas gagnée à travers une compétition régulière et honnête, mais par le biais de la mobilisation de tous les moyens de l’Etat au service du parti au pouvoir. Il suffit de voir l’agressivité et la hâte avec lesquelles ce gouvernement est en train de mettre la main sur les postes de responsabilité au niveau local, régional et national, il suffit aussi d’avoir en tête «l’urgence des urgences » dévoilée par Hamadi Jebali au récent congrès d’Ennahdha  pour se rendre compte de la gravité des dérapages qui menacent le pays.
Ce tableau peu reluisant des « réalisations » d’Ennahdha ne sera pas complet si on ne rappelle pas le double langage et la duplicité qui sont devenues la marque déposée du parti au pouvoir et surtout la passivité, pour ne pas dire la complicité à l’égard de la violence salafiste qui a mis tout un pays sur ses nerfs avant de disparaître subitement. Nul ne sait si cette disparition subite est définitive ou juste un retrait tactique avant de revenir sur la scène avec plus de violence encore. Mais une chose est certaine: les salafistes sont des pions entre les mains d’une ou des parties occultes qui tirent les ficelles. Ils agissent sur commande quand on les appelle et ils se terrent quand la fin de la récréation est sifflée. Toute la question est de savoir qui tire les ficelles et dans quel but? Peut-être un jour saura-t-on la vérité.
D’aucuns se demandent pourquoi fait-on assumer toute cette responsabilité aux islamistes d’Ennahdha sans jamais citer leurs deux alliés au pouvoir, le Cpr et Ettakattol. Pour que le mot coalition ait un sens, il faut que ces deux petits partis aient un minimum d’influence sur le cours des événements et un minimum de présence effective dans le processus de prise de décision. Il se trouve que ces deux partis, ou ce qui en reste au vu des divisions et des désertions qui les minent, sont désormais bien rompus non pas à l’exercice du pouvoir mais à l’absorption d’autant de couleuvres qu’exige leur grand allié islamiste dans l’unique but de préserver les deux strapontins qu’occupent leurs deux présidents au sein de la structure actuelle du pouvoir. Peut-être un jour un chercheur se penchera-t-il sur ce puzzle et nous décortiquera-t-il les mécanismes politiques qui se trouvent derrière la transformation du Cpr et d’Ettakattol de partis d’opposition parfaitement respectables au temps de la dictature en partis-satellites d’Ennahdha en ces temps incertains.
Ennahdha aurait pu s’éviter toutes ces erreurs sus-mentionnées et éviter au pays cette dangereuse accumulation d’incertitudes. Elle avait une occasion historique pour mettre le pays sur la bonne voie en œuvrant à la réussite de la transition démocratique souhaitée par l’écrasante majorité du peuple, au lieu de se laisser égarer dans les sentiers marécageux du partage partisan du pouvoir,  de ses avantages et de ses privilèges.
Ennahdha aurait pu s’inspirer de la réussite du « parti-frère », l’Akp de Tayyip Erdogan qui a mis la Turquie sur la voie de la démocratie et de la prospérité. Mais nos islamistes n’ont ni les cadres compétents ni la cohésion qui expliquent largement la réussite des islamistes turcs. Ceux qui exercent aujourd’hui le pouvoir en Tunisie ont été loin, très loin de la réalité tunisienne pendant les longues années passées soit en prison soit en exil. Et la question qui se pose est la suivante: peut-on gérer une réalité qu’on ignore? La réponse est non au vu des résultats désastreux de ces quelques mois d’exercice du pouvoir par les islamistes en Tunisie.
D’autre part, Ennahdha est divisée et traversée par d’intenses tiraillements internes entre les courants qui prônent l’ouverture et ceux qui tirent de toutes leurs forces vers l’arrière. Au vu des résultats du 9ème congrès, les choses semblent demeurer en l’état en attendant « des jours meilleurs ».
Le nombre insuffisant de cadres compétents avec de fortes convictions démocratiques et le peu d’homogénéité et de cohésion dans les rangs du parti expliquent au moins partiellement l’échec d’Ennahdha à exploiter dans son intérêt et dans celui du pays l’occasion historique qui lui a été présentée sur un plateau d’argent et dont les membres (direction et base confondues) n’avaient pas osé imaginer, même dans leurs rêves les plus fous.