lundi 20 novembre 2017

L'hommage de Jean Daniel à deux grands artistes tunisiens : Jellal Ben Abdallah et Azzedine Alaïa

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La valse aux adieux

Le même jour, ou presque, j’ai appris la disparition de Jellal Ben Abdallah et de Azzedine Alaïa.

Ils étaient partants, ils sont partis, ils ne s’arrêteront pas de partir. Comme ils nous ont tout apporté, on ne peut pas les laisser seuls au moment du départ. Tout de suite après Françoise Héritier, il y a eu Robert Hirsch. Nous les avons bien connus. Ils vivaient dans la beauté et dans la vérité. Que demander de plus ? Mais cette semaine c’est le cas pour d’autres amoureux de la vie.
Le même jour, ou presque, j’ai appris la disparition de Jellal Ben Abdallah et de Azzedine Alaïa, deux artistes tunisiens qui ne se sont jamais demandé ce qu’ils devaient faire d’autre que de fréquenter la beauté et de nous rendre la vie plus désirable.
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Le premier, mon cher Jellal, miniaturiste au départ, ne voulut rien entendre ensuite de la "modernité" dont les audaces lui paraissaient être des dérives. Et puis il se voulait tunisien et même, à force de conviction et de passion, il s’est voulu non seulement tunisien mais tunisois, pour découvrir la sève populaire la plus authentique, la plus fraîche, la plus onirique. Ses portraits de femmes, ou plutôt de la femme, on les repérait dans les hôtels – pour un peu j’allais écrire dans les autels, Après les miniatures, ce fut une uniformité volontaire, obsessionnelle.
Jellal, je t’ai présenté Michel Foucault un jour de mai 68. Tu lui as furieusement opposé l’authentique à la révolution. Et puis après, tu lui as offert des fleurs que tu avais achetées en pensant à la peine que tu lui ferais. Tu as cherché à faire connaître en toutes les capitales de la peinture le secret des Tunisois. Mais alors qu’on te croyait banal, on découvre que tu avais ta philosophie de la primitivité. Et cela, c’est une victoire comme celle des longs cous soyeux et raides, Immobiles et pourtant sensuels. Cela ne t’a pas détourné des grands peintres qui vivaient près de Latifa et toi en exil, comme Paul Klee par exemple, dont je suis resté aujourd’hui encore un admirateur inlassable.
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Et Azzedine ! Alors Azzedine Alaïa, c’est tout à fait autre chose, une autre affaire, un autre rêve. Tête de Gavroche, regard de génie, la sève populaire, sans doute prétendait-il la trouver sur les femmes, mais en les couvrant de rêves, selon la noblesse des lignes et selon la tradition des couturiers les plus sophistiqués. La gloire d’Azzedine Alaïa, c’est la chevauchée dans un parcours toujours surprenant et toujours identique vers une forme de plus en plus épurée. Il y avait un tel éclat et en même temps une telle sobriété que, pour nous, il résumait l’élégance. Il faut absolument lire le merveilleux texte de Michel Tournier sur la magie avec laquelle Azzedine a tranché le débat entre les partisans du « collant » et les partisans du « flottant ».
J’ai écrit qu’avec la Tunisie, mais aussi avec ce petit village de Sidi Bou Saïd dont vous étiez, Jellal et Azzedine, tous les deux amoureux, j’avais noué des liens qui ressemblaient à des racines. Eh bien, me voilà déraciné.

1 commentaire:

  1. Rachid Merdassi :

    Siliana doit célébrer son fils prodige Azzedine Alaïa et lui ériger une statue pour que les générations futures n'oublient jamais que le talent, l'ambition et la gloire sont possibles même quand on est issu de régions pauvres !

    Adieu l'artiste !

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