mercredi 18 juin 2014

La peste islamique de l’EIIL: échec honteux des Etats-Unis

Le monde dit "arabo-musulman", de catastrophe en catastrophe à cause de l'impérialisme américain, aidé par leurs valets petromonarques à l'arme redoutable qu'est le WAHHABISME, un système politico-religieux obscurantiste, totalitaire; et très dangereux pour les musulmans, ses premières victimes !!

"Si les peuples veulent, ils peuvent ...", disait le poète tunisien, Abou al Kacem Chabbi; mais que peuvent-ils quand les grands veulent imposer leur point de vue par l'argent et les armes ? C'est çà l'impérialisme qui a toujours existé sous des formes différentes où les faibles ont toujours subi la volonté des plus forts !
Et le drame des "arabo musulmans" est que l'Occident et à sa tête les EU, ont choisi de soutenir les islamistes de tous poils, mercenaires des pétromonarques !!
R.B

Saddam Hussein avait autrefois prédit que s’il était renversé un jour par les Américains, ce serait «la fin de l’Irak ». Toutes les décisions catastrophiques prises en chaîne par les Etats-Unis, aller en  guerre et occuper l’Iraq, ont fait que sa prophétie se réalise, voir encore plus.


Dans un mouvement brusque et à couper le souffle, les forces armées ultra mobiles des «insurgés» djihadistes de l'EIIL (l’Etat islamique d’Irak et du Levant, en d’autres termes la « Grande Syrie »)  ont traversé la frontière irakienne et ont rapidement conquis Mossoul, deuxième plus grande ville de l’Iraq mercredi dernier.
Plus de 30.000 soldats irakiens ont fui, abandonnant uniformes, véhicules blindés et vastes stocks d’armes aux mains des djihadistes. Juste après la retraite ignominieuse des soldats de l’armée, une multitude de réfugiés (près de 500 000 civils) ont pris la fuite, engorgeant  les routes de la capitale irakienne Bagdad et en particulier au nord de la frontière du Kurdistan Irakien. Ils fuient terrifiés ce mouvement extrémiste de militants wahhabites à cause de leur cruauté innommable (exécutions de masse, décapitations, viols…) et leur application plus que draconienne de la Charia islamique sur ceux qu’ils occupent.
Ils ont probablement pris des milliers d’otages, y compris, comme confirmé dans un rapport,  la prise d’assaut du consulat de Turquie à Mossoul et la capture de tous les ressortissants turcs faisant partie du personnel. Ankara a déclaré qu’elle interviendrait militairement si les otages turcs subiraient le moindre mal.
Tikrīt, le village natal de Saddam Hussein, a aussi eu sa part mercredi dernier. Des vidéos montrent trois mille soldats de l’armée irakienne faits prisonniers, les mains sur la tête,  marchant en une longue colonne sur une route déserte. Ont-ils été moins chanceux que les déserteurs de Mossoul qui ont abandonné leurs armes, leurs uniformes et leurs véhicules  blindés plutôt que de se battre? Une chose est certaine, les énormes stocks d’armes fabriqués aux États-Unis, les dépôts de munitions, des centaines de véhicules Humvee blindés, de l’artillerie et des tonnes de matériel militaire sont maintenant entre les mains des djihadistes de l’EIIL qui sont plus puissants que jamais.
Des rapports catastrophiques continuent d’affluer. La perte de Mossoul, une ville de deux millions d’habitants, a coupé  la principale plaque tournante pour le transport des marchandises et du pétrole irakien. Pire encore, les forces de l’EIIL contrôlent, à présent,  les raffineries de pétrole parmi les plus importantes de l’Irak. Jeudi, il était clair que les insurgés avaient occupé le reste de la province septentrionale de Diyala, au nord-est de Bagdad, partiellement occupé  Ramādī,  pour avancer près de Habbaniyya, Hit et Haditha. Ils se sont aussi emparés  de Doulouhiya, à 90 km seulement de la capitale, en plus de la province d’al Anbar, où ils occupent déjà certaines parties de Fallujah aux côtés des milices sunnites nationalistes. Dès jeudi, le nombre des réfugiés et des personnes déplacées était estimé à environ deux millions.
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En rouge, les territoires déjà occupés par l’EIIL y compris tous les champs de pétrole. Qui osera dire que ces djihadistes n’ont pas de stratégie ?
Dans un geste sans précédent, le Premier ministre Nouri al Maliki, à la tête d’un gouvernement à dominance chiite, a déclaré l’ « Etat d’Urgence Nationale » et a demandé l’aide militaire des États-Unis qui discutent déjà  de l’envoi d’avions-robot de l’US Air Force ou de bombardiers. Le président Obama a déclaré qu’il gardait « toutes les options ouvertes ». Le soutien des États-Unis sera «approprié», mais «limité ».
Pour leur part, les  Kurdes ont profité de cette guerre pour avancer dans les zones qu’elles convoitaient depuis des années. Pour la première fois, les Peshmergas ont pris totalement le contrôle de la ville pétrolière de Kirkouk, afin d’empêcher un assaut des djihadistes. Les Kurdes, qui luttent pour leur indépendance depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, « se sont aussi déployés à une trentaine de kilomètres au nord-est de Mossoul, ainsi que plus au sud dans la région de Khanaqin», dans la province de Diyala. Autant de secteurs que se disputaient jusqu’à présent le gouvernement autonome kurde et Bagdad.
Il s’agit d’une guerre civile sectaire religieuse au Moyen-Orient. La «Loi» dictatoriale de Saddam a survécu à la guerre du Golfe de 1991 pour être remplacée par la nouvelle tyrannie de la loi de la Charia.
Que vous l’aimiez ou le haïssiez, et ce à juste titre, l’homme fort Saddam Hussein avait  institué une organisation puissante tant en Intelligence qu’en police secrète qui avait pu contrôler les tensions sectaires depuis que l’Irak avait imprudemment forcé une union improbable de trois factions: les Kurdes et Arabes musulmans sunnites et chiites.
Les Américains sont arrivés, ont renversé le régime, dissout l’armée, pratiquement tout mis à bas. Ils ont mis de force au chômage les cadres et les membres du  parti Baas, oubliant qu’ils avaient juste jeté dans la fange et dans le même temps, pour ainsi dire, leur nouveau «bébé» : LA Chance de succès d’un Iraq démocratique post-Saddam. Ainsi, les occupants américains ont anéantit les services sociaux de base, détruit la police, complètement rasé le réseau électrique, les banques, l’économie, l’armée et la bureaucratie pourtant plus que vitaux pour reconstruire le nouvel Iraq.
Pendant huit ans, les Américains ont dépensé des milliards de dollars, des milliers de vies américaines et des centaines de milliers de vies irakiennes pour la construction d’une nation qu’ils avaient eux-mêmes détruite. Le gouvernement qui a remplacé  Saddam est dominé par les chiites. Il a malheureusement négligé et persécuté la minorité sunnite qui était autrefois au pouvoir sous Saddam.
C’est certain que Bagdad ne reviendra pas sous le contrôle sunnite et deviendra une capitale chiite, le nettoyage ethnique des sunnites de Bagdad au cours de la dernière guerre civile sectaire (2006-2008) ayant été presque complet.
Quant au Kurdistan, il déclarera bientôt son indépendance. Le Peshmerga (l’armée du Kurdistan) est déjà en guerre contre l’EIIL. Le prix du sang versé par les  kurdes sera la reconnaissance pure et simple par les États-Unis de son indépendance.
Les aspirations de l’EIIL est d’unir les enclaves du nord de l ‘Iraq et de  la Syrie  dans un Califat théocratique appelé Levant ou la Grande Syrie. L’éclatement de l’Iraq et de la Syrie a commencé, et la Guerre Civile Islamique Religieuse se répand comme la peste. Le Liban suivra très probablement bientôt le même chemin, la Turquie aussi peut-être.

* Vice-Présidente "Mashrou’ Watan" / Nation Initiative

lundi 16 juin 2014

Le mirage de l'islam politique

Article paru dans : Tunisiefocus

Quand l'administration américaine se trompe, ce sont les peuples dits "arabo-musulmans" qui trinquent !
Pourtant Obama a suscité un grand espoir avec son discours du Caire ... pour lequel il a reçu le prix Nobel de la Paix en 2009 ... prématurément !!
R.B

Mustapha Tlili*

" Vous devez conserver le pouvoir par le consentement et non la coercition; vous devez respecter les droits des minorités et participer, dans un esprit de tolérance et de compromis; vous devez placer les intérêts du peuple et le déroulement légitime du processus politique avant ceux de votre parti. Sans ces ingrédients, les élections seules ne font pas une vraie démocratie ".

Le président Obama a prononcé ces mots dans son discours du Caire, il y a cinq ans, quand il a tendu la main pour réhabiliter l'islam et la civilisation islamique dans les yeux du monde. Et racheter l'Amérique dans le yeux de la communauté musulmane mondiale après les discours de guerre en Irak et en Afghanistan.
Le  Caire faisait partie de la Feuille de route axée sur les conseils du rapport  "2008 " pour changer de cap : Une nouvelle orientation pour les relations américaines avec le monde musulman, rédigée par le groupe sur "l'engagement États-Unis-musulmans", composé d'anciens hauts fonctionnaires du gouvernement, à la fois démocrates et républicains, ainsi que de chercheurs (moi, y compris), les analystes politiques et spécialistes des relations internationales.

Nous étions tous préoccupés par le fossé entre l'Amérique et le monde musulman, et nous avons recommandé que le nouveau président prononcera un discours important dans une capitale islamique significative - Le Caire, Istanbul, Jakarta ou Rabat - s'adressant directement au monde musulman. C'est ce qu'a fait M. Obama à l'Université du Caire, le 4 Juin, 2009. 
Depuis, l'Égypte a connu "le printemps arabe," suivi par l'élection des Frères Musulmans et leur accession pouvoir, suivi de leur chute. 

Si le message de M. Obama de 2009 avait été rappelé avec force à l'ancien président de l'Égypte, Mohamed Morsi, avant qu'il n'ait été évincé par l'armée en juillet dernier; les espoirs des Arabes et des Musulmans dans le monde entier après le discours de Caire, n'auraient pas été déçus, comme ils le sont aujourd'hui. 

Malheureusement M. Morsi a méprisé tous les "ingrédients démocratiques" retenus par Obama en 2009, lors de son mandat tumultueux d'un an auquel l'armée a mis fin en juillet 2013 : Il a forcé le passage de la constitution de 2012 des Frères Musulmans, par décrets il s'est placé au-dessus du pouvoir judiciaire, il n'a pas su protéger les Chrétiens Coptes, il a laissé faire les vendettas contre les journalistes et les activistes, traitant l'opposition laïque comme des ennemis à éliminer de la vie politique. 
Bref, le président égyptien a favorisé les objectifs politiques des Frères musulmans en charge de la nation, faisant exactement le contraire de ce que souhaitait M. Obama.         

Le résultat est que l'administration Obama s'est trouvée dans une position inconfortable. Comme le fait remarquer le président de l'Assemblée générale des Nations Unies, en septembre dernier : " L'Amérique a été attaquée de tous côtés dans ce conflit interne, accusée simultanément de soutenir les Frères Musulmans et d'être à l'origine de leur chute."

Mais si l'administration américaine avait été plus critique à propos des infractions de la Fraternité, aux droits démocratiques, elle aurait pu éviter cette situation. Aulieu de cela, lorsqu'on l'interroge sur le fait que M. Morsi en Novembre 2012, s'est accordé des pouvoirs extraordinaires, un porte-parole du Département d'Etat a répondu : "C'est un processus politique égyptien." 
M. Obama a beau avoir dit que "des élections seules ne font pas la démocratie", l'Amérique a agi comme si les élections en Égypte étaient suffisantes. Comme le rappelle l'ambassadeur des EU en Égypte, Anne Patterson : " Le fait est qu'ils ont participé à une élection légitime et l'ont gagnée" -  Comme si cela réglait la question de l'aptitude de la Fraternité pour le pouvoir démocratique.

En Tunisie, l'administration Obama a adopté une attitude similaire et erronée envers Ennahda, le parti Islamiste alors au pouvoir, malgré les allégations de liens avec les extrémistes suspectés dans les assassinats des politiciens laïcs en vue, dont celui de Chokri Belaid en février 2013 et celui de Mohamed Brahmi en juillet 2013. 
Après que l'Ambassade américaine à Tunis a été attaquée par les associés Salafistes d'Ennahda, Ansar Al-Sharia, en septembre 2012, les médias tunisiens ont révélé que le leader d'Ennahda, Rachid al-Ghannouchi, avait déjà rencontré des militants salafistes et les a conseillés sur la stratégie politique à suivre. 
Avant son retour en Tunisie de l'exil en 2011, M. Ghannouchi a été salué à Londres et Washington comme un démocrate musulman et un parangon de modération. 

Cinq ans après le discours du Caire, le soutien malavisé de l'administration américaine à ces régimes, est clairement une erreur stratégique due à l'incapacité à saisir la nature de l'islam politique. A la base, cette erreur de jugement repose sur la conviction que les islamistes étaient la voix légitime de l'islam. Ce n'était pas ce que notre groupe entendait par "l'engagement des musulmans." 

Pendant les décennies de dictature dans le monde arabe, les islamistes eux-mêmes se "vendaient" à l'Ouest comme des mouvements «modérés» qui cherchaient à réconcilier l'islam avec la démocratie. En réalité, ils étaient partisans d'une idéologie messianique dont le principe fondamental est de mettre en œuvre la volonté de Dieu sur terre. Alors qu'ils ont réussi à dissimuler leurs véritables intentions lors des pourparlers à Chatham House et avec le Conseil sur les relations étrangères, car ils savent qu'ils ne peuvent être le partenaire dont l'Amérique avait besoin. 

Comme l'équipe d'Obama souhaitait en finir avec les guerres de l'administration Bush, elle avait besoin d'amis dans le monde arabe. C'est ainsi qu'elle s'est fourvoyée en misant sur l'Islam politique "modéré".

Si les américains ne s'étaient pas laissés prendre par l'intérêt factice des Islamistes pour la démocratie, ils auraient pu prêter plus d'attention à la nouvelle force politique suscitée par le "printemps arabe" : laïcité démocratique. 
Malheureusement, les États-Unis n'ont pas su reconnaître la nécessité de renforcer les partis démocratiques laïcs du monde musulman pour favoriser leurs partisans, qui veulent construire une société basée sur la tolérance, la modération, l'État de droit, des droits de la femme et des libertés constitutionnelles. 

Tout comme l'Amérique avait œuvré pour arrêter la propagation du communisme après la Seconde Guerre mondiale, l'administration Obama aurait pu investir dans les groupes de la société civile et des partis laïcs et démocratiques dans le monde. 

Ceux qui ont cru en l'islamisme "modéré", battent en retraite. Il a fallu un an pour que l'incompétence des Frères musulmans en Egypte soit révélée ! (La chute d'Ennahda en Tunisie a pris plus de temps). 
Washington doit admettre la nouvelle donne et collaborer avec le gouvernement al-Sissi en Egypte et avec les partis politiques laïcs en Tunisie avant les élections nationales programmées pour cette année. 

Comment canaliser les aspirations de cette partie des sociétés égyptiennes et tunisiennes, qui est rurale, pieuse, analphabète et conservatrice et qui reste un véritable défi. En général, ces personnes sont pauvres et sans ressources économiques. De la période des dictatures  aux élections rendues possibles par le printemps arabe, ces populations ont été courtisées par les islamistes pour constituer des circonscriptions fortes. En Egypte et en Tunisie en particulier, mais dans tout le monde musulman, les systèmes politiques doivent trouver des moyens pour intégrer ces communautés dans la vie politique et économique de la nation.

Ce n'est pas seulement pour des raisons de justice sociale, mais aussi pour fermer la porte à l'islamisme, qu'il soit «modéré» ou djihadiste. Dans cette tâche difficile, l'Amérique devrait aider et non entraver les démocrates laïques du monde musulman. 
Il est dans l’intérêt national de l'Amérique.

* Mustapha Tlili, un romancier et un chercheur à l'Université de New York, est le fondateur et directeur de l'Université de New York Centre de Dialogues : Monde islamique - États-Unis - l'Occident.

PS : texte traduit par Rachid Barnat

mercredi 11 juin 2014

L'heure de vérité pour Nidaa Tounès

Nida Tounes dormirait-il sur ses lauriers ? Il ne faut pas que BCE s'endorme lui non plus ! Car les tunisiens ont investi tous leurs espoirs dans l'unique parti qui peut les préserver des Frères musulmans tant que ce parti ne sera pas un jour ou l'autre interdit ...  et ne pardonneraient pas d'être trahis !
Rien n'est jamais totalement acquis ni pour l'un ni pour l'autre !!
R.B


La crise de Nidaa Tounès a été suivie avec beaucoup d’intérêt par les Tunisiens, non seulement parce qu’il s’agissait d’un grand parti, mais aussi parce que Nidaa avait radicalement changé la donne politique alors qu'on commençait à se résigner à la fatalité d’une nouvelle victoire islamiste aux prochaines élections. Il y avait Ennahdha et les autres, Ghannouchi et les autres. Le régime avait une apparence: un pluralisme débridé avec 150 partis et une bonne dizaine à l’intérieur de l’Assemblée constituante. Et une réalité: un parti dominant, des partis croupions lui servant d’alibis démocratiques et une Chambre introuvable. Le 15 juin 2012, Nidaa Tounès est créé. Le succès est immédiat. En quelques mois, il rééquilibre le paysage politique et contribue à la chute du gouvernement Laarayedh. Désormais, on a Nidaa Tounès, Ennahdha et les autres; Caïd Essebsi, Ghannouchi, et les autres. Loin derrière, le Front populaire et Hamma Hammami, bénéficiant de l'effet Belaïd et Brahmi, jouent les trouble-fêtes.

Les parallèles avec le RPF de De Gaulle

La création de Nidaa Tounès rappelle celle du RPF (le Rassemblement du peuple français), créé en 1947 par le général de Gaulle, quelques mois après sa démission de la présidence du Conseil. Leurs parcours respectifs révèlent de saisissants parallèles. Les deux initiatives sont nées de la volonté de deux hommes de contribuer à l'œuvre de redressement national, la lutte contre le régime des partis à l'origine du déclin de la France et de la défaite de 1940 pour le premier, et la sauvegarde du model sociétal tunisien, menacé par les islamistes pour le deuxième. Les deux s’adressent à leurs compatriotes, au-delà de leurs clivages idéologiques. Comme les adhérents du RPF qui pouvaient conserver leur affiliation à leur parti d'origine, ceux de Nidaa Tounès sont autorisés à se réclamer de leur famille politique initiale. Ce sont en définitive deux partis «attrape-tout», qui se sont inscrits dès leur lancement dans une logique de conquête du pouvoir avec une idéologie suffisamment vague pour que tous leurs militants s’y retrouvent. Dès sa première année, le RPF était devenu le second parti de France derrière le parti communiste. Nidaa fera mieux, puisqu'il a réussi à détrôner dans les sondages Ennahdha, en quelques mois. Là s'arrêtent les analogies. Le RPF a été dissous par son fondateur en 1955,  après  des revers électoraux. Nidaa n'en est pas là, mais il est confronté depuis des mois à une grave crise interne qui s'explique essentiellement par la cohabitation en son sein de plusieurs tendances, mais qui est exacerbée par l'interférence de partis amis.

Le contre-exemple "du père Queuille"

Il fut un temps où Béji Caïd Essebsi aimait à rappeler dans ses discours cette exception «nidéenne», poussant la coquetterie jusqu'à cultiver cette diversité. C'est un signe de bonne santé, soutenait-il. Aujourd'hui, Nidaa Tounès n'est plus le club de discussions qu'il était à ses débuts, mais un grand parti structuré, moderne qui compte 110000 adhérents, soit presque le double de ceux que revendique Ennahdha. Comme la plupart d'entre eux ont la double allégeance (en plus des indépendants,ils sont destouriens, syndicalistes et militants de gauche), il arrive les débats internes tournent à la foire d'empoigne. D'où ce climat de tension récurrente qui empoisonne la vie de ce parti depuis des mois et qui a atteint son point culminant après la désignation de Hafedh Caïd Essebsi à la tête des structures régionales et la décision de tenir un congrés électif le 15 juin, contre l'avis de l'aile gauche du parti. Dès lors que le différend était porté sur la place publique, il devenait difficile de continuer à soutenir que cette cacophonie était un signe de vitalité et de bonne santé. Car on est en présence d'un parti déchiré. Il devient évident que Nidaa, avec l’afflux de nouveaux adhérents, vit très mal cette pluralité, quoi qu'en disent ses dirigeants, contrairement aux militants d'Ennahdha qui semblent plutôt, s'en accommoder. Ennahdha a 33 ans, Nidaa n'en a que deux. Ses adhérents n'ont pas eu le temps de se fondre dans le moule de leur nouveau parti, d'autant plus qu'il ressemble beaucoup plus à un front qu'à un parti classique. Les dirigeants de Nidaa ont cru bien faire, tantôt en recherchant à tout prix le consensus, tantôt en jouant la carte du pourrissement pour calmer les esprits. Au fond, ils ont fait rater à leur parti, un débat qui aurait pu être salutaire. Car les problèmes soulevés sont graves et les inquiétudes justifiées : le déficit démocratique au sein du parti, les tentations dynastiques réelles ou  supposées, « l’hégémonisme » de l'aile destourienne. Tout cela aurait mérité explications


Si Béji, qui a fait ses études supérieures en France à la fin des années 40, se souvient certainement d’un certain Henri Queuille. Il a été vingt fois ministre sous la IIIe République et avait tenu pendant treize mois à la tête du gouvernement français sous la IVe alors que l’espérance de vie d’un cabinet était d’à peine trois ou quatre mois La raison de cette longévité exceptionnelle: une méthode de gouvernement qu’il résumait par cette phrase : «Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne  finisse par résoudre». Il restera dans l'histoire comme le symbole de l'immobilisme. La tentation est grande aujourd’hui chez les dirigeants de Nidaa Tounès de persévérer dans cette voie, d’autant plus que  le parti ne donne pas l’impression de s’en ressentir outre-mesure. Il y a eu très peu de démissions pour la simple raison que les contestataires sont conscients, qu'ils n'ont  d'autre alternative que de rester au parti, en l'absence de formations crédibles et capables de tenir la dragée haute à Ennahdha. Malgré toutes ses fragilités, il est remarquable que Nidaa Tounès reste la planche de salut pour la plupart des Tunisiens. Cela ne justifie pas pour autant les tergiversations auxquelles on assiste, aujourd'hui. C'est bien de rechercher le consensus, mais il ne faut pas que cela serve d'alibi à l'immobilisme  et l'indécision.


AU SECOURS, JERBA SE MEURT !

Article paru dans : Kapitalis
Lors de mon séjour à Jerba, j'ai constaté que cette île est de plus en plus victime de son succès.
Les constructions ne respectent en rien l'architecture locale pourtant spécifique de Jerba. Et depuis la fumeuse révolution du 14 janvier 2011, la frénésie des constructions anarchiques, comme partout ailleurs en Tunisie, est venue aggraver et accélérer le processus de défiguration de l'île de Jerba.

Il est curieux que ce soit souvent des étrangers qui s'intéressent au patrimoine architectural tunisien et à sa préservation. Ce fut le cas du Baron d'Erlanger pour Sidi Bou Saïd et le cas du Conte Sébastian pour Hammamet.
Comme ce fut le cas aussi de certains architectes étrangers qui se sont plongés dans l'architecture locale tunisienne pour en comprendre la fonctionnalité et l'ingéniosité et de s'en inspirer pour les inclure dans leurs plans dans bon nombre d'hôtels à Jerba au style traditionnel épuré, n'en retenant des fois que l’esthétisme, jouant de l'ombre et de la lumière sur des murs blancs immaculés. 
Et depuis peu, le cas de certains Tunisiens non-originaires de Jerba, comme Salah Allani de Kairouan et son épouse italienne Chiera, tous deux amoureux de Jerba qui ont eu l'idée géniale de sauver cinq "houchs" d'une mort lente, "victimes" de nombreux héritiers incapables de régler leurs héritages sans le morceler ou le défigurer ... pour en faire la première maison d'hôte de l'île, dont le succès international confirme le bon goût des propriétaires, esthètes épris d’authenticité. 

Or la spécificité de Jerba lui vient d'un model socio-économique total, qui a traversé les âges et a fait des Jerbiens ce qu'ils furent jusqu'à l'indépendance, c'est à dire jusqu'à ce que le tourisme vienne chambouler ce model unique en son genre. Et que beaucoup de Tunisiens moquent souvent par ignorance ou parfois par jalousie quand ils qualifient le Jerbien d'avaricieux, alors que venant d'une île où la vie est difficile et rude, il a appris très tôt la valeur des choses et des biens pour êtres parcimonieux en tout, devenant écologiste par nécessité ... avant l'heure ! 
 
La population jerbienne à majorité ibadite, rejette tout pouvoir puisqu'elle n'a de compte à rendre qu'à Allah. Si le slogan des anarchistes est "Ni maître ni dieu", celui des Ibadites serait "Il n'y a de maître que Dieu".
L'organisation sociale et économique des ibadites découlant de leur foi, en ferait les "Protestants" de l'Islam. 
C'est là que réside la spécificité du Jerbien qui sera à l'origine de la culture de l'île mais aussi de l'économie et de l'organisation sociale comme de l'espace : exploitation judicieuses et modérée des ressources de la terre, une sobriété de l'architecture, la "pratique du bien" (faael el khir), la solidarité entre Jerbiens, le refus du gaspillage, la réserve pudique des Jerbiens, le rejet de toute ostentation en tout et particulièrement dans la pratique religieuse, comme le recommande le Coran.
Tout cela faisait le Jerbien connu pour sa tolérance et son pacifisme ! Mais qu'en reste-t-il ? Les Jerbiens de souche, en sont-ils conscients ? pourtant, bon nombre de Jerbiens d'aujourd'hui semblent verser dans le wahhabisme des Frères musulmans d'Ennahdha, ignorant probablement leur propre culture ibadite.

Comme il est curieux de constater l'engouement des Tunisiens pour le folklore de Jerba et plus particulièrement pour son répertoire musical, dont les chansons sont devenues incontournables dans les fêtes familiales en Tunisie. Ce que j'ai pu constater lors d'une manifestation d' "animation pour touristes" en bord de mer, au lieu dit "Séguia"; je présume à l'initiative de notre ministre du tourisme Amel Karboul championne de la "com", petite nièce de Boubaker Barnat, mon père, originaire de Jerba ... où il fallait chercher les touristes à la loupe; alors que la foule des participants est composée essentiellement de Jerbiens pur jus, comme de Jerbiens d'adoption venant souvent de Gabes et du sud de la Tunisie (Mednine, Tataouine, Matmata ...), attirés par un climat moins rude, sinon pour l'amour de l'île réputée pour sa douceur de vivre; à moins que ce ne soit plus prosaïquement l’appât du gain dans l'industrie du tourisme de l'île.
Ceux-là mêmes qui font ou laissent faire les constructions anarchiques qui ne respectent en rien le style architectural de l'île qui a fait sa renommée dans les années 60, quand le tourisme s'est invité dans l'île.

Charles Quint s'était mis en colère contre la bêtise des Espagnols lors de la Reconquista, regrettant qu'ils aient détruit ce qu'on ne voit nulle part, pour construire ce qu'on voit partout, disait-il; quand ils ont détruit une aile de la grande mosquée de Cordoue pour y édifier une église !

Dommage pour Jerba, parceque son patrimoine architectural si particulier est entrain d'être remplacé par des bâtiments à "l'architecture" anarchique, souvent de mauvais goût; qui poussent comme des champignons. Ils défigurent une île connue pour n'avoir eu jusque-là, que les palmiers qui dépassent les "Menzels" et les "makhzens" (ateliers d'artisans). Les Jerbiens vont-ils se résigner à voir de telles pratiques se répandre dans l'île ?

Ou est-ce le destin de Jerba de subir cette nouvelle population comme elle en avait connue par le passé, quand des populations sont venues s'installer pour remplacer d'autres décimées par les épidémies ou l'ayant désertée pour des raisons économiques ?

Si les populations qui s'y sont succédées, ont pu la façonner sans la défigurer, ce ne sera plus le cas avec l'arrivée massive de populations diverses et variées, attirées uniquement par l'appât du gain d'un commerce aléatoire qui vit du court terme : le tourisme !
Pourtant j'ai pu visiter certains "houchs", "Menzels" et "makhzens" ... typique de Jerba en parfait état, restaurés dans les règles de l'art par des amoureux de ce type d'habitat; souvent appartenant à des étrangers : Français, Belges, Allemands, Italiens ... ou à des Tunisiens, originaires ou non originaires de l'île, mais mariés à des étrangères. Alors que ceux appartenant aux grandes familles jerbiennes, sont souvent à l’abandon, victimes d'héritiers qui n'ont pas su s'entendre; ou pire, qui s'en désintéressent totalement, ayant émigré définitivement vers d'autres pays.
Un menzel en ruine
Plan typique du menzel jerbien : Houch, son patio et son impluvium

L'île de Jerba connaîtra-elle le même sort que Hammamet, l'autre ville phare du tourisme en Tunisie, totalement défigurée par les constructions anarchiques qui l'étouffent, jusqu'à entamer la colline qui la jouxte, victime elle aussi de son succès auprès des Tunisiens ?

Pourquoi ces deux pôles touristiques n'ont-ils pas bénéficié d'une réglementation stricte de la part des autorités, pour en préserver la spécificité architecturale, comme en bénéficie Sidi Bou Saïd, l'autre emblème du tourisme tunisien ?

La personne qui m'accompagnait, était plus déçue que moi de voir son île mourir à petit feu dans l'indifférence générale ! Elle déplore que les belles traditions jerbiennes deviennent une attraction folklorique pour touristes en goguette où le kitsch le dispute à la caricature, quand les organisateurs font preuve d'amateurisme et bradent un savoir faire auxquels les Jerbiens restent encore attachés, mus uniquement par le gain facile !
Même les chanteurs en vogue qui animaient le spectacle en question, ne trouvaient pas grâce à ses yeux ... pardon à ses oreilles ! Le chanteur, selon elle, ne respectait pas le tempo si lent et si particulier à la chanson jerbienne, qui vous chavire et vous donne envie d'esquisser le pas de danse chaloupée et si gracieux de la danse jerbienne; dansée souvent par les hommes mais aussi par les femmes. Sa référence, et elle mettait la barre haute, est le célèbre chanteur Habib Jebali que j'ai eu le plaisir d'entendre à Paris, invité par l'association "J'aime l'île de Jerba", regroupant les amoureux de Jerba.

L'autre danger qui étouffe l'île, est son insularité qui disparaît sous l'ensablement de sa partie sud-ouest par le fait d'un pont, " el kantara * ", qui transforme l'île en presqu'île (voir!
Ce qui a pour effet d'empêcher l'eau de circuler autour de l'île avec des conséquences dramatiques sur la faune et la flore marines mais aussi sur la désertification de cette région de l'île; parceque l'eau de mer chaude la rend invivable l'été aussi bien pour les hommes que pour les poissons souvent retrouvés ventre en l'air, avec des émanations nauséabondes lors des canicules !
El kantara
Carte topographique de l’île
L'île de Jerba

Or une solution existe, expérimentée ailleurs dans le monde avec succès (Normandie, Crimée ... ) et que les industriels du tourisme avec leur ministre de tutelle, pourraient reprendre à leur compte pour redonner vie à cette partie de l'île; plutôt que de concentrer toute leur activité touristique et hôtelière au nord et au nord-est de l'île, c'est à dire là où l'eau de mer circule librement.

En quoi consiste-elle ? Tout simplement en un pont sur pilotis en remplacement de l'actuel route dite "chaussée romaine", qui coupe la mer en deux, puisque construite sur du remblais. Et ce n'est pas le petit pont actuel, insignifiant qui permettra aux deux mers de communiquer totalement ! 

Le pont à construire reliera l'île au continent; et grâce à ses grandes arches, les eaux circuleront librement et naturellement autour de l'île, pour lui redonner sa spécificité insulaire.
Tout le monde y gagnerait : les hommes et la nature ! Les hommes en investissant le sud de l'île délaissé pour cause d'insalubrité de son eau de mer et du climat qui y règne l'été à l'opposé de celui que connaît le nord de l'île si spécifique à Jerba; et qui avait inspiré le slogan de "Jerba la douce", au promoteur du premier "Club Med" en Tunisie, rendant célèbre Jerba dans le monde entier !
L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes souriantes, personnes debout
Jerbiennes de confession juive, dans leur tenue traditionnelle
Biskri Jerba **

Amel Karboul, dont le dynamisme est salué par une grande majorité de Tunisiens, serait bien inspirée d'initier des actions gouvernementales pour préserver la spécificité de Jerba et d'empêcher que ce poumon du tourisme tunisien ne meure, victime de son succès.
D'autant que Jerba postule au titre de patrimoine de l'humanité : ce qui empêchera bien des abus "architecturaux" à l'avenir.

Le tourisme de masse a vécu ! Ne serait-il pas plus judicieux de viser un tourisme de classe de haut niveau ? Encore faut-il que l'île de Jerba conserve sa spécificité tout comme Sidi Bou Saïd et que les responsables du tourisme travaillent sur le long terme !

Pour tout cela, il faut une volonté politique.

Rachid Barnat

* Voir le Baptistère du même nom  

** Le "biskri" est une tenue d'apparat des Jerbiennes, brodée de fils d'or et d'argent.
Tissu de grande valeur porté pendant les mariages et les grandes occasions, qui se transmet de mère en fille.
Remarquez qu'il porte souvent, en décoration, une croix de David, signature de l'artisan juif qui l'a brodé.
Il fut un temps où la tolérance entre religions différentes n'était pas un vain mot, et où l'appartenance au même Pays et l'amour qu'on lui portait unissaient Musulmans, Juifs et Chrétiens, sans distinction.

*****

Albert Camus ( Le premier homme - p : 132)

Les Mzabites *

" Les Mzabites étaient des épiciers, qui venaient du Mzab et qui pendant plusieurs années vivaient de rien et sans femmes dans leurs arrière-boutiques qui sentaient l'huile et la cannelle afin de faire vivre leur famille dans les cinq villes du Mzab, en plein désert, où la tribu d'hérétiques, sorte de puritanisme de l'Islam persécutés à mort par l'orthodoxie, avait atterri il y a des siècles, dans un endroit qu'ils avaient choisi parce qu'ils étaient bien certains que personne ne le leur disputerait, attendu qu'il n'y avait là que des cailloux, aussi loin du monde à demi civilisé de la côte de la Terre, et où ils s'installèrent en effet pour y créer cinq villes, autour de points d'eaux avaricieux, imaginant cette étrange ascèse d'envoyer dans les villes de la côte les hommes valides faire du commerce pour entretenir cette création de l'esprit et de l'esprit seulement, jusqu'à ce qu'ils puissent être remplacés par d'autres et revenir jouir dans leurs villes fortifiées de terre et de boue du royaume enfin conquis pour leur foi. la vie raréfiée, l'âpreté de ces Mzabites ne pouvaient donc se juger qu'en fonction de leurs buts profonds. "

* Très proche par la foi et le mode de vie, de celui des Jerbiens; les deux étant ibadites.


lundi 9 juin 2014

Le paysage politique tunisien tel qu'il est

Tant que les hommes politiques tunisiens n'auront pas compris qu'il faille isoler les Frères musulmans à défaut d'interdire leur parti, ceux-ci resteront les maîtres du jeu des alliances et sauront faire et défaire les partis dits "progressistes" ! Ils sont habiles dans l'art de la dissension pour installer la "fitna" parmi eux; et ils ont les moyens financiers pour corrompre les récalcitrants, grâce à la manne de leur sponsor, l'émir du Qatar.

Si le spectacle que donne l'opposition est affligeant, c'est parceque ses hommes se persuadent que les islamistes sont indispensables à la vie politique du pays.
A moins que ce ne soit les EU et l'UE qui les en "persuadent" par les moyens qui sont les leurs parcequ'ils veulent des islamistes au pouvoir : et c'est encore plus grave pour ceux qui cèdent à leurs "pressions"; car cela démontre leur manque de patriotisme !!

Or en admettant qu'il puisse y a voir deux pôles majeures pour assurer l'alternance comme dans la plus part des pays démocratiques, encore faut-il qu'ils aient un socle commun : la République ! Ce qui n'est pas le cas d'Ennahdha qui conteste ce concept et ne jure que par le Califat !!
R.B


A l’approche des élections, la classe politique tunisienne se dévoile telle qu’elle est en majorité: irresponsable, creuse et absurde. Certains partis politiques que l’on pensait sectaires se sont miraculeusement mués en partis consensuels.
 D’autres que l’on pensait mesurés se sont transformés soudain en partis extrémistes.

On ne peut subodorer dans le second cas l’effet d’un réel  retournement doctrinal puisque le mot sied  mal à une classe politique sans idées, sans constance et sans projet. Par contre, la peur panique  saisissant les dirigeants des partis politiques appelés à ne plus retrouver leur position d’antan après les élections les conduit à sombrer dans la surenchère verbale et la démagogie.
A vrai dire, la décomposition- recomposition du paysage politique tunisien n’est pas une surprise. Deux éléments supplémentaires y concourent : le nombre ubuesque de partis politiques et la proportionnelle de liste. Le nombre de partis politiques tunisiens ne correspond en rien au nombre réel des familles de pensée, moins d’une dizaine en comptant large. Délestés de l’amarrage idéologique, ces partis tanguent et changent de cap au gré du vent ou des humeurs de leurs dirigeants.
De son côté, la proportionnelle de liste pousse à la multiplication de leur nombre. Certes, la proportionnelle est viable dans certains pays, mais on remarquera que dans ces pays le nombre de partis politiques ne dépasse guère la dizaine en moyenne.

Au-delà, la proportionnelle devient, comme c’est le cas en Tunisie, une source d’instabilité et une machine à produire des alliances éphémères ou contre nature. Car au final, pour se distinguer les uns des autres, proportionnelle oblige, les partis politiques sont conduits, logiquement, à user immodérément de l’invective et des joutes verbales, encouragés, il faut bien le dire, par des médias plus soucieux de retombées publicitaires que d’information et de pédagogie. Ainsi, le nivellement s’en trouve accompli par le bas, le très bas même.

Si l’on observe ce même paysage, sans idée préconçue, on constate de surcroît que le nombre de cadres politiques appartenant aux partis politiques tunisiens aptes à diriger le pays au niveau le plus élevé est finalement restreint. En fait, ce paysage cumule un maximum de partis politiques avec un minimum de cadres politiques formés pour gérer les affaires publiques.
La raison est simple. Pendant un demi-siècle, l’opposition à Bourguiba d’abord et à Ben Ali ensuite s’est contentée de produire des slogans et accessoirement des militants, sans préparation à  l’exercice du pouvoir et sans solutions concrètes et cohérentes aux nombreux problèmes structurels qui se posent pour le pays : modèle de développement, stratégie industrielle, aménagement du territoire, répartition et redistribution des richesses produites (politique des revenus, transferts sociaux, y compris la compensation, impôts, sécurité sociale), impasse énergétique, gestion rationnelle des ressources en eau, accès équitable aux soins de santé, intégration maghrébine, pérennisation du financement par répartition des régimes de retraite, etc. 

Dans les démocraties de bonne facture, la vie politique tourne en général autour de l’alternance entre deux grands partis politiques ou de deux pôles susceptibles de former des coalitions gouvernementales crédibles. La Tunisie dispose actuellement de ces deux partis ou pôles. On peut regretter qu’il en soit ainsi, préférer un autre schéma ou déplorer l’absence d’un troisième pôle plus marqué à gauche, mais cela ne change rien aux réalités politiques du moment.

Toutefois, ce que l’on peut craindre est de voir les prochaines élections enfanter une majorité parlementaire introuvable ou bancale, inapte à appuyer l’action d’un exécutif suffisamment fort pour diriger le navire dans la tempête. Et quand bien même devrions-nous élire un parti majoritaire, ce parti pourrait constituer à son tour une source d’instabilité et de paralysie s’il ne présente pas un projet cohérent, viable et mobilisateur et s’il ne règle pas au préalable le problème de la cohabitation idéologique et personnelle en son sein. Dans le cas contraire, les déboires honnis de la Troïka se retrouveront reconduits et surmultipliés à l’intérieur même du parti majoritaire.

dimanche 8 juin 2014

NE PAS COLLABORER AVEC LES ISLAMISTES, N'EXCLUE PAS DE PACTISER AVEC EUX !

Article paru dans : Kapitalis

La Constitution a été votée, les recours rejetés et les élections se préparent.
Il a été décidé que les législatives précéderaient l'élection présidentielle; et cela me parait rendre encore plus nécessaire l'élaboration, la diffusion et la défense d'un programme clair et précis car autant Béji Caïd Essebsi est connu et peut, même si cela n'est pas suffisant jouer sur sa personnalité, autant les candidats de Nida Tounes seront, pour certains, beaucoup moins connus et il faut, dés lors que le programme qu'ils présenteront et développeront soit clair et attractif.

C’est un moment crucial pour le pays avec un choix principal absolument essentiel :
- Rejeter clairement hors du champ politique les frères musulmans nahdhaouis dont on a vu les ravages commis avec l'arrogance d'assoiffées de pouvoir et de richesse.
- Ou transiger avec eux et se compromettre pour éviter de trancher; en leur laissant une place plus ou moins grande.
- Donner au pays et aux tunisiens, jeunes et moins jeunes, un projet pour l’avenir.

Aujourd’hui, malgré les polémiques inévitables, Nida Tounes et Béji Caïd Essebsi, sont en tête des sondages. C’est un bien pour le pays, mais à condition que ce candidat et ce parti soient absolument clairs sur ces choix.
Les Tunisiens sont maintenant murs pour ne pas donner un blanc seing à un chef. Ils veulent un programme pour l’avenir avec une perspective à long terme.  Ils sont assez sages pour savoir que tout ne se fera pas en un jour.

La première question qui doit être très clairement tranchée, c’est celle de la position de ce parti à l’égard des islamistes. Dans diverses interventions Béji Caïd Essebsi a été clair sur un point : il ne fera pas d’alliance avec les islamistes. C’est essentiel et dans le cas contraire, il aurait sans doute perdu beaucoup d’électeurs. 

Mais cette affirmation n’est pas suffisante ! Il est impératif que le candidat et son parti précisent aussi de manière claire qu’ils ne céderont pas aux islamistes des secteurs de la société comme le social, les œuvres caritatives dont on sait parfaitement qu’elles ont été le moyen de développement des Frères musulmans. En clair, que Béji Caïd Essebsi ne pactisera pas avec Ghannouchi dans un marchandage "donnant/donnant", sous pression étrangère (EU & UE) ou un quelconque chantage au terrorisme. Il ne faut pas céder aux menaces ni au chantage au terrorisme dont use Ghannouchi conformément à la doctrine des Frères musulmans.

C’est ce qu’a fait, à tort, l’Algérie, quand les militaires se réservant le "politique", avaient abandonné au FIS le "social", en permettant aux frères musulmans d’islamiser la société en profondeur en l'endoctrinant au wahhabisme qui fonde leur idéologie. C’est une solution à courte vue par crainte des islamistes mais cela crée le terreau pour un développement futur de ces partis obscurantistes. Car si à court terme on obtient une paix passagère, on crée les conditions pour le long terme, d’un retour en force de ces partis islamistes.

Or Béji Caïd Essebsi rassure ceux qui en douteraient, qu'il n'y aura aucune coalition entre Nida Tounes et Ennahdha. Çà a le mérite d'être clair ! Mais pactisera-t-il avec Ghannouchi pour lui concéder le "social", contre le "pouvoir" ? Rien n'est moins sûr ! 

Car depuis que les Frères musulmans sont mis à l'indexe par la communauté internationale, ils tentent de changer de stratégie; du moins en Tunisie, en faisant un profil bas pour permettre au groupe de perdurer, menacés par les foudres des Ibn Saoud qui ont chargé al Sissi de les neutraliser sinon de les exterminer. Ce qui explique les discours ahurissants de Ghannouchi, membre notoire du "polit-bureau des Frères", qui va jusqu'à renier son appartenance à cette organisation ! Alors que sur le terrain "social", ses hommes poursuivent la stratégie qui a permis aux "frères" d'occuper le terrain. Encore récemment, Ennahdha a décidé d'aider les élèves pour réviser leur "philosophie". Croyez vous que ce soit pour l'amour de la philosophie, eux qui détestent la raison et l'étude ! Non, c'est pour diffuser leur venin auprès de la jeunesse. N'est-ce pas ce que préconisait Abdelfattah Mourou le "modéré de service" qui pour rassurer Wajdi Ghanim, prédicateur des Frères musulmans, lui dira la stratégie des islamistes vis à vis des "athées et les mécréants", entendez les laïcs leurs adversaires auxquels les Frères musulmans ne doivent pas afficher leur inimité, puisqu'ils visent leurs enfants qu'ils prendront en charge  pour préparer la société "idéale" des Frères; puisque leurs parents "mécréants", sont "perdus" pour eux ! 
C'est contre ce genre d'agissement que l'Etat doit préserver les tunisiens.

Qui Ghannouchi, pense-il duper : les tunisiens ou les occidentaux ? 
Il ne dupera ni l'un ni l'autre : les tunisiens pour l'avoir vu à l'action depuis son retour de son exil doré londonien, et les occidentaux pour lui avoir "conseillé" de changer de discours mais dont les chancelleries n'ignorent rien de l'idéologie qui l'anime, celle des Frères musulmans telle que l'avait codifiée Sayid Qotb !
C'est pourquoi il faut que Béji Caïd Essebsi soit clair là-dessus aussi : pactisera-t-il, oui ou non, avec le diable Ghannouchi ?

Un consensus mou, ne réglera rien et chacune des parties (les islamistes et les progressistes) tireront chacun de leur côté et le pays n'avancera pas. Il y a, en Tunisie, comme dans d'autres pays arabes une question fondamentale à régler : c'est la place de la religion en politique. 
Ou on accepte de continuer à voir la religion instrumentalisée et cela ne peut que conduire aux pires excès; ou on stoppe cette dérive meurtrière une bonne fois pour toute. 
Voilà la question qui ne peut être tranchée par un consensus mou et qui pourrira le futur du pays. Comment voulez vous qu'un pays aille vraiment de l'avant tiraillé entre deux conceptions diamétralement opposées ?
Autrement dit, peut-on marier la carpe avec le lapin ? Les progressistes n'ont rien à faire avec les Frères musulmans ! C'est comme si les socialistes s'alliaient au Front national ... en pire; puisque les "Frères" détiennent leur vérité en tout, d'Allah lui-même !! 
Par ailleurs faut-il rééditer la triste expérience du mariage de tartour alias Marzougui et du groggy du perchoir alias Mustapha Ben Jâafar avec Ghannouchi ? C'est pactiser à nouveau avec le diable ! 

Or on entend çà et là que Ghannouchi courtiserait Béji Caïd Essebsi, qui se laisserait tenter par une telle union ... parceque bénie par l'oncle Sam.
Les tunisiens sont étonnés depuis quelques temps par les déclarations des frères nahdhaouis disant tout le bien qu'ils pensent de Nida Tounes et de Béji Caïd Essebsi. Ils poufferaient de rire d'entendre Lotfi Zitoun encenser celui qu'il traitait de tous les noms, il n'y a pas si longtemps ! Grotesque.

Nida Tounes serait bien inspirée de ne pas céder au chant de la sirène Ghannouchi et à celui de ceux qui le soutiennent : le Qatar & les EU !

Il faut donc que le parti dise clairement qu’il fera tout pour interdire le prosélytisme politique des islamistes que ce soit en politique ou dans la société ou dans les mosquées. Et ses hommes cessent leur flirt avec les Frères musulmans nahdhaouis. C’est vraiment un engagement fondamental et clair qui doit être pris.

Par contre il est clair aussi que dès l’instant que l’Etat contrôlera les actions caritatives, il doit aussi avoir une politique sociale à l’égard des pauvres et des régions délaissées jusque-là, qui furent le point de départ de la révolution tunisienne. C’est fondamental car l’islamisme ne se nourrit que d’ignorance et de pauvreté. L’intérêt du pays est donc d’œuvrer à plus de justice sociale et, sur ce point, l’aile gauche de Nida Tounes devra être entendue. 
Par ailleurs il est impératif de donner un cap au pays  et redonner espoir à sa jeunesse.

Rachid Barnat

vendredi 6 juin 2014

Quand le mensonge des hommes politiques engendre les extrémismes

Le vote FN aux élections européennes, en réponse à l'islamisme envahissant en Europe !
Les petromonarques bédouins, se frottent les mains : leur wahhabisme progresse en occident aussi !
R.B

Bernard GUETTA 
Nouveaux nationalistes et nouveaux jihadistes

Ils ont un point commun qui dit bien des dangers. Les uns ont peur de l’islam et le haïssent, les autres s’en revendiquent au contraire. Tout semble les séparer mais, entre ces électeurs européens qui viennent d’assurer la progression des extrêmes droites europhobes et ces jeunes musulmans d’Europe partis combattre, en Syrie, avec les plus fanatiques des jihadistes, il y a une même angoisse identitaire et une même certitude que le salut serait désormais à chercher dans un repli communautaire, national ou religieux.
Prenons ces petits-enfants de l'immigration musulmane qui rejoignent en si grand nombre les maquis syriens de l’Etat islamique en Irak et au Levant. Tous n’en reviennent pas pour aller tuer au Musée juif de Bruxelles mais tous ont un passé de gosses ballottés, perdus, paumés dans des pays que la naissance a fait leurs mais où leur nom ajoute un lourd parfum d’ailleurs à l’échec scolaire puis social. Il ne s’agit pas de leur trouver toutes les excuses puisque tant d’autres, avec le même handicap mais très majoritairement, ont su éviter leurs dérives mais le fait est qu’être pauvre et de famille musulmane est une double peine en Europe. La tentation peut alors être grande de se revendiquer comme avant tout musulman, d’en venir à détester l’Occident et de céder à une fascination pour cette ambition d’affirmer l’islam qu’est le jihad. Il suffit, pour cela, de vouloir se venger et venger, en même temps, une communauté fantasmée, de voir défiler les images des horreurs commises par la dictature syrienne et de constater l’inaction d’Européens autoproclamés défenseurs des droits de l’homme mais indifférents à leur violation.
Prenons, maintenant, les électeurs des partis europhobes. Le plus souvent ouvriers ou jeunes en mal d’un emploi stable, ils ont vu les grands partis de droite et de gauche se succéder aux commandes sans que rien ne change à la désindustrialisation de l’Europe, sans que le chômage n’y recule et que la protection sociale ne continue de s’y réduire. Ils n’ont plus guère de raisons de croire en l’alternance et si tous ne sont évidemment pas devenus néonazis, et très loin de là, tous sont dans un tel état d’insécurité sociale qu’ils ne voient plus d’autre solution à leurs maux que le retour aux frontières nationales, regardé comme l’antidote à une mondialisation dont l’Union serait le cheval de Troie.
Les rangs des nouveaux jihadistes comme des électeurs europhobes se nourrissent d’un rejet désespéré d’un statut de laissés-pour-compte et le fait est que la crise du discours et des partis politiques y est pour beaucoup car la politique ment, leur ment.
Elle ment, car ses responsables n’ont pas le courage de reconnaître que les pays européens ont commis - comme les Etats-Unis, d’ailleurs - une colossale erreur historique en croyant qu’ils pourraient abandonner la production industrielle aux pays émergents et se garder les services et la haute technologie. Elle ment en ne disant pas aux Européens qu’ils doivent désormais baisser leurs coûts de production ; que leurs Etats doivent se désendetter et réduire leurs dépenses pour pouvoir réindustrialiser et que c’est unis et non pas en ordre dispersé qu’ils pourront reprendre la main, économique et politique, sur la scène internationale.
La politique ment en laissant croire que l’Europe est une contrainte à laquelle les gouvernements nationaux devraient se soumettre alors que c’est eux qui décident de ses politiques et qu’ils l’utilisent pour se protéger de l’impopularité de mesures dont ils ne veulent ni expliquer ni assumer la nécessité.
Elle ment en entonnant, depuis les européennes, le chant du «moins d’Europe» alors que c’est en harmonisant leurs politiques fiscales et sociales que les pays de l’Union pourraient relever ensemble leurs défis communs.
La politique ment car les gouvernants européens et leurs opposants sont incapables de proposer des politiques européennes de long terme parce qu’ils se refusent à admettre qu’il y a beaucoup plus de convergences que de différences entre les centres droits et les centres gauches et qu’eux seuls pourraient, ensemble, poursuivre l’assainissement des comptes nationaux tout en lançant les investissements européens nécessaires à toute l’Union.
La politique ment car elle ne s’attelle pas à la constitution d’une défense européenne alors que, faute d’une puissance militaire, l’Union est une impuissance sur la scène mondiale et que cela s’est vu en Syrie avec des conséquences - le développement d’un jihadisme européen - dont le prix sera lourd pour l’Europe.
La politique ment en Europe car, à la notable exception de Matteo Renzi en Italie, ses dirigeants ne veulent ni ne savent parler vrai, agir, tracer un chemin et en dire les étapes.
La politique ment et c’est ainsi que nouveaux nationalistes et nouveaux jihadistes en arrivent à se trouver des idéologues communs et deviennent fous, dangereusement fous.