vendredi 9 février 2018

Les tunisiens sont-ils prêts pour les elections municipales ?




Si les tunisiens ne se mobilisent pas, ce sont les islamistes qui rafleront la mise, car eux ils sont prêts et organisés pour les emporter ... à moins que la Société Civile se mobilise !

R.B
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Rim Kalaï-Jemai *

SANS FIL D'ARIANE, LE MINOTAURE EST ENCORE PLUS DANGEREUX !

Étant dans le bain de la préparation des listes municipales depuis quelques mois, je vais me permettre de vous montrer pourquoi notre pays n'arrive pas à redémarrer malgré tous ses atouts.

Seulement une petite partie du peuple est consciente des enjeux énormes de ces élections. La plupart pense que c'est juste une affaire de propreté de rue, d'éclairage public et de goudronnage des rues. La plupart pense aussi que ces raisons ne sont pas à la hauteur de leur déception face aux politiques et donc ils ont décidé de boycotter les élections pour montrer leur mécontentement. Sauf que leur vote sanction se retournera contre eux, c'est à dire le peuple.

Il faut comprendre les vrais enjeux derrière les municipales. Ce n'est pas juste une bataille supplémentaire entre partis politiques. C'est plus grave que ça. Avec le code des collectivités locales qui est en train d'être discuté actuellement à l'ARP, un profond changement structurel va s'opérer au sein des municipalités et ça va bouleverser les rapports de forces entre l'Etat et les collectivités. Je reprends une partie de l'introduction du Projet du code des collectivités locales, consultable sur internet :

" La constitution a envisagé une nouvelle décentralisation qui doit être effective, de même qu’elle doit rompre avec l'ancienne organisation de l’administration dite décentralisée, qui s'était contentée de mettre en place une décentralisation de façade qui était loin de répondre aux besoins et ambitions des habitants. Pour garantir la décentralisation, la constitution a posé des principes auxquels le texte législatif doit se conformer. Elle a envisagé des instruments qui doivent concourir à rendre la décentralisation effective. Les principes constitutionnels liés directement au pouvoir local sont les suivants :
- le principe de la compétence exclusive de la loi en matière de création des collectivités locales, étant donné que le découpage du territoire en collectivités décentralisées relève, d’après la constitution, du domaine de la loi, 
- le principe de la libre administration des affaires locales, 
- la reconnaissance aux collectivités locales d'une compétence réglementaire et l’octroi à leur profit des moyens de libre gestion, 
- le principe de l'autonomie administrative et financière, 
- le principe de solidarité, 
- le principe de la coopération décentralisée, 
- le principe de la démocratie participative et l’Open Gov, 
- le principe de la détermination des compétences des collectivités sur la base du principe de subsidiarité, 
- le principe de la bonne gouvernance dans la gestion des affaires locales, 
- le principe du contrôle a posteriori et la suppression de toutes les formes de contrôle administratif préalable"...

On comprends par ce court extrait les véritables enjeux derrières ces élections : une partie du pouvoir central de l'Etat va être légué aux collectivités. 

Cette autonomie administrative et financière va certes alléger l'Etat et mieux cibler les besoins spécifiques de chaque collectivité qui s'autogérera plus efficacement... dans le scénario idéal ! Le revers de la médaille est beaucoup plus sombre. En effet, vu le niveau de corruption et d'argent sale qui circule dans le pays (la preuve notre classification dans la dernière black-list pas plus tard que cette semaine), les municipalités font partie des hauts lieux potentiels de corruption étant donné leurs activités régissant notamment les autorisations dans les domaine de l'immobilier et du social. Pour ne citer qu'un exemple, les pots de vins des promoteurs immobiliers verveux peuvent atteindre quelques centaines de milliers de dinars pour certains projets de construction. 

Par ailleurs, ce pouvoir décentralisé est une aubaine pour les islamistes qui pourront tranquillement appliquer leur vision des choses s'ils arrivent à mettre la main sur les municipalités. Plus de problèmes pour ouvrir les écoles coraniques, bâtir les mosquées, gérer les prêches des Imams...
Une fois ces enjeux bien identifiés, nous pouvons maintenant comprendre pourquoi la démarche de constitution des listes électorales pour les municipales est d'une complexité hallucinante. N'oublions pas qui avait la main sur l'écriture de la constitution qui a établit les règles pour les listes. Pour ceux qui ne le savent pas, les conditions exigées pour être éligible dans une liste pour les municipales sont plus difficiles à satisfaire que celles pour entrer dans l'hémicycle. Monter une liste est un parcours du combattant et les critères sont parfois incongrus avec le but recherché initialement. En effet, la parité horizontale et verticale pour moi est une condition "farfelue" qui ne prend pas en compte la spécificité du travail municipal. Je ne vois pas pourquoi il faudrait qu'il y ait autant de femmes que d'hommes dans un conseil municipal. C'est un vrai casse tête pour la constitution des listes dans les villes déjà. Que dire dans les zones rurales ?!.

Ensuite, la condition d'une personne aux besoins spécifiques parmi les dix premiers est maintenant utilisée par certains citoyens de cette catégorie pour monnayer leur adhésion aux listes. En plus, il faut montrer patte blanche concernant le paiement des impôts locaux. Ce qui est logique. Sauf que ce qui ne l'est pas c'est que ceux qui ne possèdent aucun bien immobilier ont beaucoup plus de mal à faire leurs papiers que les autres. Et cerise sur le gâteau, une liste entière peut tomber à cause d'une seule personne dans certains cas. Bref, autant dire que celui qui vit cette étape se sent comme Thésée dans le labyrinthe mais sans le fil d'Ariane !

Face à ces complications que tous les partis, sauf Ennahdha, n'ont pas anticipées, il était dans l'ordre des choses qu'ils ne soient pas complètement prêts en décembre à affronter "ce monstre". Et la tâche reste ardue même avec le report des élections, de 5 mois. Il est devenu nécessaire pour un nombre de partis de se réunir en coalitions afin d'être plus efficaces, ce qui me semble une bonne stratégie, même si elle est arrivée tard.
Vu le retard phénoménal pris par tous, personne n'a pensé à l'essentiel : le programme! Qu'est ce que tu proposes au citoyen pour le convaincre de te choisir. Ceci dit, les politiques ont bien compris notre peuple et son mode de raisonnement face aux urnes : le tunisien moyen vote pour une personne, jamais pour un parti et encore moins pour un programme. S'en suit alors la courses aux personnalités publiques. Ces jours-ci, on se croirait aux marchés aux stars, chaque parti essayant de voler la vedette à l'autre.

Ma conclusion? Je ne sais pas franchement si nous sommes vraiment prêts pour cet exercice de gouvernance locale. Même de point de vue logistique c'est pharaonique. On aurait peut être dû commencer par les régionales comme premier essai. Mais maintenant, ce qui est fait est fait. Tout ce que j'espère c'est que le citoyen prenne conscience des enjeux et ne prive pas son pays de son bulletin de vote. Après le 6 mai, tout regret sera inutile.

mercredi 7 février 2018

LA SOCIETE CIVILE A L’ASSAUT DES MUNICIPALES

Article publié dans : Kapitalis

Facebook et un article de Kapitalis nous apprennent que la société civile à la Marsa a réussi à mettre sur pied une liste " Rencontre Citoyenneté et Progrès de La Marsaen vue des municipales et de désigner par le vote une tête de liste en la personne du Dr Mohamed Slim Mehrezi. Voilà en tous cas un très bel exemple de démocratie participative dans lequel les citoyens s’emparent d’une question et mette en œuvre une solution qui a leur préférence.

Voici le lien d'un de leurs premiers communiqué

Cette expérience, sa méthode, sa procédure devrait inspirer d’autres communes. Il y a suffisamment de compétences et de citoyens éclairés un peu partout pour que cela soit possible ailleurs.

Cette façon de procéder est une bonne manière de mettre les partis politiques, un peu à l’écart, même s’il y a dans ces listes des membres de partis, ils ne sont pas là en représentant de leurs partis mais parce qu‘ils ont obtenu la confiance de la société civile de l’endroit où ils habitent.

Les partis politiques ont déçu, c’est peu de le dire, les tunisiens à la fois par leur échec et par la trahison de leurs paroles. Il est à craindre que des listes partisanes entraînent une très grande défiance et une abstention massive.
Les listes citoyennes sont un excellent moyen de faire échec à ce danger de l’abstention tout en sanctionnant les partis, en leur envoyant un message clair :  "Vous êtes trop nombreux, vous êtes dans le court terme, dans la compromission permanente et dans la trahison de votre parole; et nous, citoyens éclairés, nous préférons prendre notre destin en main."

Cela est d’autant plus possible et même souhaitable que nous sommes dans une élection locale où sont en jeux non pas les grandes orientations du pays mais des problèmes concrets de vie quotidienne que les citoyens de base sont les mieux à même de connaître. Quand les ordures sont mal relevées, quand la voirie devient chaotique, quand les trottoirs ne sont pas entretenus; qui est mieux placé que l’habitant de la cité ? Quand il s’agit de réfléchir à ce que l’on veut pour sa ville en matière d’animation, de développement urbain ; qui, là encore est mieux placé que les citoyens ?

Ces élections municipales sont donc très importantes comme le montre l'article "Les Tunisiens sont-ils prêts pour les élections municipales ?". Mais il est également clair que la constitution des listes est compliquée et qu'il faut être très attentif à toutes les conditions sous peine d'être éliminé.

Il semble d’ailleurs que l’initiative est assez mal vue par les partis traditionnels qui pensent, à tort, que c’est leur chasse gardée et qu’ils sont des professionnels. Quant à leur professionnalisme les tunisiens sont bien placés pour savoir qu’il n’en est rien et que la plupart sont des opportunistes sans projet autre que celui d’avoir un poste. Les citoyens ne seront sans doute pas parfaits mais ils ne peuvent vraiment pas faire pire que les soi-disant professionnels de la politique !

Il faudrait donc que partout où, en tous cas, dans le plus grand nombre de communes, de telles initiatives soient menées. Il y a cependant des conditions pour que cela aboutisse au succès. 
La première qui sera, peut-être la plus difficile à remplir, c’est qu’il n’y ait, après débat, qu’une liste citoyenne car la division sera aussi mortelle que pour les partis politiques.
La deuxième, dont on ne sait si elle est exigée par la loi, sera la parité.

Et enfin, c’est le moment où jamais de donner une réelle place à des jeunes en nombre suffisant. Ce serait également le moyen d’intéresser la jeunesse qui a beaucoup à apporter au cadre de vie des tunisiens.

Rachid Barnat



La génération bâtarde ...

Un constat amer d'un jeune tunisien sur sa génération mal dans sa peau; parceque trop diplômée mais mal formée. Une génération du cul entre deux chaises : tiraillée entre tradition et modernité, proie facile pour populistes de tous poils !
R.B
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Yassine Ayari représente parfaitement ma génération. Et j’en suis tellement désolé.
C’est cette génération apprenante, mais tellement inculte. De niveau universitaire au rabais.
C’est la génération Ben Ali, celle de la réussite facile et du déficit des capitaux sociaux, culturels et politiques. C’est la génération qui trouve refuge dans la radicalisation et le repli identitaire, tout en étant la génération qui a le plus accès au monde extérieur, tout en étant en crise constante d'identité. C’est la génération de la Tunisie fermée mais qui a accès à internet, à un Occident fantasmé et en même temps haï ... 
C’est la génération du cul entre deux chaises !
C’est la génération du périurbain tellement en mal de considération, à la marge de la citoyenneté, qui n’a jamais pu accueillir « une personnalité à l’aéroport », qui n’a jamais dépassé le hall d’accueil de l’aéroport. C'est la génération « visa », la génération en mal de repères et contre tous les repères.
C’est le petit soldat sous-officier qui n’ira jamais au mess des officiers, qui va mourir pour la nation (très bien, mais après ?) mais dont les enfants ne seront jamais dans les jolis cercles et qui peuvent basculer du jour au lendemain entre les bars à putes et les camps d’entraînement de l’EI, d'Ansar Al Chariaa et autre merde du même acabit !
L'attitude de Yessine Ayari, me rappelle le film « La Haine » de Mathieu Kassovitz. 
C’est la révolte des ploucs. C’est la révolte de « la Tunisie d’en-bas », qui est « parvenue » mais qui est toujours perçue comme celle d'en bas.

C’est l’ingénieur en informatique parti étudier en Allemagne, qui a ouvert sur son browser internet un site porno juste à côté d’un site sur l’Imam Ali. C’est celui qui est capable de te parler des dernières avancées sur l’Intelligence artificielle tout en croyant dur comme fer à l’avènement de l’antéchrist. Qui adore Hassan Nasrallah et le Hezbollah tout en soulignant que le grand malheur de l’Islam c’est le chiisme ! 
C’est la génération de la théorie du complot, mais qui croit dur comme fer en la « révolution ». Mais attention pas « la révolution du 14 janvier 2011 », ni celle des article 56 et 57 de la constitution, mais plutôt la révolution du Commandant Tarhoumi, la révolution de « l’image » montrant Imed Trabelsi menottes aux mains au tribunal. La révolution des trolls qui ont bousillé l’image de Chebbi et « sa femme Jeribi », qui ont pointé du doigt Ben Jaâfar « l’ami des homosexuels » et « l’ami des laïcs ». La révolution de ces jeunes qui ont fustigé les « kouffars » (mécréants) de l’extrême gauche. La révolution de ces jeunes qui vomissent le RCD mais qui ont passé toute leur enfance dans les « chou'ab » (cellules du parti RCD) à jouer au ping-pong. Ces jeunes qui aiment Ennahdha, pour porter haut « les couleurs de l’islam » mais qui trouvent les nahdhaouis trop dans le « business as usual » (dans les affaires, comme d'habitude), pas assez « révolutionnaires ». Ces jeunes qui adorent que le président leur parle de l’islam entre deux verres de vin et du pois-chiche ramené au palais ! Ceux qui adorent la délation sous prétexte de fustiger la corruption mais qui sont dans la vindicte, dans la haine de l’autre, dans le cri. Ces hommes qui s’estiment en droit d’avoir des relations sexuelles et de pouvoir s'en vanter, mais qui ne conçoivent pas de se marier avec une fille non vierge ! 
C’est la génération qui vomit l’Occident ... depuis Paris ! Celle qui insulte les femmes démocrates sans avoir jamais lu un article sur leurs travaux, qui trouve que la fille violée « l’avait bien cherché avec sa mini jupe »; mais qui ne ratera jamais une occasion pour scanner le derrière d'une femme qui passe, qu'il traitera de pute si elle le remet à sa place.
Ces faux progressistes, ces faux panarabistes, ces faux panislamistes, ces faux démocrates : je ne les connais que trop bien.
Une génération malheureusement « bâtarde », et Dieu sait à quel point je déteste ce mot. La génération de trop, qui n’est ni dans le passé (militant ou réactionnaire) et certainement pas dans un futur révolutionnaire, au vrai sens du mot.
Cette génération, ma génération, je l’assume malheureusement, mais ne me demandez surtout pas de la soutenir sous prétexte qu’elle serait meilleure que les générations qui l'ont précédée.

* Consultant auprès d’une institution internationale pour le développement

samedi 3 février 2018

Tariq Ramadan : le vrai visage d'un manipulateur

Caroline FOUREST était la première à débusquer Tariq Ramadan et à révéler la dangerosité des Frères musulmans : des tartufes obsédés sexuels ! La femme n'est qu'un objet pour eux, qu'elle soit voilée ou non voilée. Tariq Ramadan défraie la chronique médiatico-judiciaire par sa prédation sexuelle.
Malheureusement il y en a d'autres :
- Youssef Qaradaoui, le chef spirituel de l'organisation internationale des Frères musulmans et prédicateur vedette de la secte, officiant sur Aljazeera TV de l'émir du Qatar; est lui aussi un obsédé sexuel. Sa 8 éme épouse, il l'a prise lors de son passage à Tunis où il était l'invité de Ghannouchi, quand la troïka qu'il dominait, était au pouvoir. Une de ses ex-épouses, dénonçait sa bestialité et sa violence envers elle.
- Farid Kherriji, devenu Rached Ghannouchi (pour des raison obscures, semble-t-il, pour échapper à la justice), est compromis dans un viol d’une mineure à l'époque où il était enseignant d'instruction civique et religieuse.
En creusant un peu parmi les membres de la secte, il ne serait pas étonnant de découvrir bien d'autres psychopathes aux pratiques sexuelles trahissant leurs frustrations et leurs complexes vis à vis des femmes !

R.B
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Lachroniqueuse et essayiste Caroline Fourest, a enquêté pendant de nombreuses années pour révéler la face cachée du prédicateur islamiste, celui qui a su montrer patte blanche à la télévision pour rassurer et séduire tout en déployant son discours intégriste dans ses sermons. Elle raconte.

Quand l'affaire éclate, je suis au Maroc pour une conférence. Avant d'embarquer, je passe par le Relais H d'Orly Sud. Tous ceux qui font l'aller-retour entre la France et le Maghreb y transitent. Si vous ne savez pas quoi lire dans l'avion, le libraire a une idée pour vous : Tariq Ramadan. Ses ouvrages et son visage s'étalent sur quatre rayons ! « Décidément, ça ne finira jamais », me dis-je en montant dans l'avion. A l'arrivée, je découvre la nouvelle.

Inspirée par la campagne « balance ton porc » et l'affaire Weinstein, Henda Ayari annonce qu'elle porte plainte pour viol. J'apprends son nom et mesure son courage. Elle risque gros. Plus que les comédiennes ayant dénoncé le producteur déchu. Les Frères musulmans, c'est autre chose que Hollywood. Déjà, la meute s'abat sur elle. Je devine ce qu'elle va traverser. Démasquer Ramadan m'a coûté treize ans de calomnies et quelques menaces. Comme la fois où mon adresse et mon code de porte ont été livrés en pâture sur des sites islamistes, avec ce message : « Il faut que la louve reste dans sa tanière. »

Depuis la publication de mon livre, Frère Tariq, je caracole en tête de nombreux classements d’«islamophobes» sur Internet. Pour de nombreux croyants, attaquer Ramadan, c’est s’en prendre à tous les musulmans. Certains voient en lui un messie, censé surgir tous les cent ans pour renouveler le message de l’islam. Que vaut la parole d’une femme face à un quasi-prophète ?
Henda Ayari est accusée de mentir, traitée de «pute sioniste». Et, bien sûr, les fans de Ramadan crient au complot. Ils sont dressés pour ça. Leur maître à penser soupçonne régulièrement le fameux lobby, «ses ennemis jurés», de vouloir salir l’islam, qu’il s’agisse d’une énième polémique le concernant ou d’un attentat. Des journalistes continuent de lui tendre leurs micros pour délivrer son poison, même en plein procès Merah.
Juste avant l’affaire, Ramadan vient de publier un nouveau livre, presque toujours le même. Un robinet d’eau tiède destiné à revenir en télévision pour mieux séduire de nouveaux adeptes, afin de parler au nom d’un islam persécuté, victime d’un malentendu douteux de la part de l’Occident. C’est sa vraie dawa (sa mission de prédication) : dédiaboliser l’islam politique. Cette année, il n’a pas dû trouver de nouvel «idiot utile» car il a recyclé Edgar Morin, avec qui il avait déjà eu ce dialogue lors d’un premier livre d’entretien ! Les revoilà tous les deux refaisant une tournée, à TV5 Monde et ailleurs, comme si de rien n’était. Pas la tournée des grands ducs, mais quand même. Et soudain, c’est la tuile.
LE DÉBUT DE LA FIN ?
En quelques jours, la plainte d’Henda Ayari a libéré la parole. Une dizaine d’autres femmes ont déjà parlé, sur Internet, à d’autres victimes ou à des journalistes. Une deuxième, puis une troisième plainte seraient en route. Cela va-t-il suffire ? La justice demande tant de preuves pour reconnaître une agression sexuelle. Surtout quand elle se joue dans une chambre à coucher. Ces femmes ont parfois consenti à venir, mais pas d’y vivre l’enfer qu’elles racontent. Et Ramadan, que va-t-il imaginer pour contre-attaquer ? Il est si doué pour tout retourner.
Depuis ses débuts en Suisse, Ramadan a survécu à presque toutes les polémiques. Sa tribune demandant de ne pas jouer une pièce de Voltaire sur Mahomet n’a pas choqué outre mesure. L’interdiction de séjour prononcée en 1995 par le ministère de l’Intérieur – qui lui reprochait ses liens avec les groupes islamistes algériens menaçant le pays – l’a transformé en martyr aux yeux de la Ligue des droits de l’homme, qui le soutient depuis. Sa sortie en faveur d’un «moratoire» sur la lapidation face à Sarkozy l’a écorné, mais pas «tué». Il continue d’être présenté comme «musulman moderne» en Grande-Bretagne, malgré des positions intégristes maintes fois prouvées. Aux Etats-Unis, on lui a refusé un visa de travail pour avoir financé une association proche du Hamas, avant de l’annuler sous l’administration Obama. A Rotterdam, une université et la mairie qui l’employait comme conseiller en intégration l’ont limogé après avoir découvert qu’il pigeait en même temps pour Press TV, la télévision du régime iranien ! Mais Ramadan rebondit toujours, parfois en jetant son dévolu sur un pays qui ne le connaît pas encore. Le Qatar, où il dirige un Centre de recherche sur la législation islamique et l’éthique, sera peut-être sa bouée de secours : l’endroit où il ira se réfugier en cas de condamnation. L’université d’Oxford, où il enseigne grâce à un département d’islamologie financé par le Qatar, hésite à réagir. La France reste son plus grand échec. Il m’en rend responsable. Bel hommage. Mais d’autres ont mené l’alerte : Jacqueline Costa-Lascoux, Antoine Sfeir, Leïla Babès, Gilles Kepel, Mohamed Sifaoui… J’en oublie. Beaucoup n’ont pas voulu nous entendre. Ils trouvaient même douteux de douter de lui.
LA FRANCE, TERRE D’ÉCHEC
Pendant des années, par bêtise ou par paresse, des journalistes se sont échinés à présenter Tariq Ramadan comme un «intellectuel musulman moderniste». Alors qu’il doit son statut universitaire à une thèse de complaisance faisant l’apologie des Frères musulmans. Et qu’il dépeint volontiers les musulmans laïques comme des collabos de la «colonisation culturelle» occidentale. De beaux esprits orientalistes, férus d’exotisme, préfèrent voir en lui «un pont» entre l’Occident et le «monde musulman». Comme si l’islam était un tout homogène, et non le théâtre d’une guerre sans merci entre fondamentalistes et modernistes. A cause d’eux, Tariq Ramadan a pu peser de tout son poids pour faire basculer le rapport de force en faveur des fondamentalistes, jusqu’en Europe.
Dans ses prêches, il invite bien ses troupes à s’emparer de leur citoyenneté, mais comme soldats de l’islam politique et non de la République. Pour mieux les encourager à s’engager partout (syndicat, partis, médias…) où ils pourront faire évoluer les choses vers «plus d’islam». Parfois, le noyautage est un peu grossier. Comme lorsque des ramadiens ont tenté d’imposer la présence de leur gourou sur huit tables rondes lors du Forum social de Londres en 2004. Un an plus tôt, sa tribune sur les «intellectuels juifs» et sa présence au Forum social de Saint-Denis venaient de faire polémique. A l’époque, Manuel Valls, Jean-Luc Mélenchon et Vincent Peillon signaient ensemble une tribune pour mettre en garde la gauche : «M. Ramadan ne peut être des nôtres». Cette gauche laïque a tenu bon, avant de se déchirer. Ramadan a perdu du terrain en France. Mais il reste le plus doué des intégristes pour trouver des alliés progressistes. A Mediapart. A Politis. Au Monde diplomatique. De vrais chiens de garde. Toujours prêts à aboyer par peur du racisme contre ceux qui soulignent le danger de l’intégrisme musulman. D’autres se sentent carrément des affinités anti-impérialistes avec les Frères musulmans – surnommés «les trotskistes de l’islam». L’alliance islamo-gauchiste n’a pas porté les fruits escomptés. Le NPA a explosé après avoir présenté une femme voilée aux élections régionales. Mais Ramadan a conquis un nouvel allié : Edwy Plenel, si ému d’avoir séduit un public jeune et musulman grâce à son nouvel ami. Depuis, son livre paternaliste Pour les musulmans a été traduit en arabe… par le Qatar.
NEUF MOIS DE DÉCRYPTAGE
C’est pour stopper ces alliances douteuses entre intégristes et progressistes, mais aussi pour soutenir les musulmans modernistes dont il confisquait la parole, que j’ai décidé d’écrire Frère Tariq en 2003. Pendant neuf mois, j’ai écouté en boucle ses sermons sous forme de cassettes, au point de devenir incollable sur sa rhétorique, jusqu’à pouvoir finir ses phrases. Au début, je ne croyais pas à un «double discours» construit. Simplement à une complexité dont il jouait. Peu à peu, j’ai découvert un homme réellement manipulateur, parfaitement fidèle à la stratégie de la taqya pratiquée par la confrérie des Frères musulmans : un discours pour l’extérieur, et un autre pour l’intérieur. En télévision, Ramadan sait qu’il doit montrer patte blanche, rassurer et séduire. Sur le terrain, il incite les jeunes à redécouvrir leur identité «islamique», à respecter une «conception islamique de la sexualité», et même à ne lire des livres ou à ne regarder que des films islamiquement corrects.
Son modèle absolu, celui qu’il conseille à la jeunesse musulmane d’Europe, n’est autre que son grand-père : Hassan al-Banna, fondateur de l’islam fasciste. Sa référence religieuse s’appelle Youssef al-Qaradawi : le théologien préféré des Frères musulmans. Sur les chaînes arabes et dans ses livres, le «savant» exige de punir sévèrement les homosexuels, afin d’éradiquer ce mal menant «l’humanité à sa perte». Pour lui, le «seul dialogue possible avec les juifs passe par le sabre et le fusil». Il a même édicté la fatwa autorisant le Hamas à mener des attentats suicides. C’est aussi l’homme qui a contribué à mettre le feu aux poudres lors de l’affaire des caricatures depuis Al Jazira ! Voilà le savant que Ramadan conseille à la jeunesse d’Europe. Et l’on s’étonne qu’elle se radicalise. Pour l’avoir patiemment révélé, il y a maintenant treize ans, je me suis fait traiter de tous les noms, de menteuse et d’«islamophobe», par une tripotée de sociologues et d’universitaires qui n’ont rien dit et rien vu.
Après avoir lu mon livre, certains confrères ont bien révisé leurs jugements sur «frère Tariq». Mais d’autres, plus flemmards ou fascinés, ont continué à l’inviter comme si de rien n’était. En plateau, Franz-Olivier Giesbert riait avec lui de ceux qui l’accusaient d’être «Dr Jekyll et Mister Hyde». En 2009, Laurent Ruquier lui a déroulé un tapis rouge à «On n’est pas couché». Ce soir-là, Eric Zemmour et Eric Naulleau se sont littéralement couchés devant le prédicateur, rigolards, voire complices, quand il s’en est pris à moi.
DÉBAT SOUS HAUTE TENSION
A la suite d’un billet où je dénonçais ce naufrage éthique et télévisuel, Frédéric Taddeï m’a proposé de débattre avec Tariq Ramadan à «Ce soir ou jamais». Depuis la sortie de mon livre, il s’était toujours dérobé. Se sachant en terrain ami, «frère Tariq» a accepté. Quelques jours avant notre face-à-face, j’ai découvert qu’en plus d’un double discours le prédicateur menait une double vie.
Le «duel tant attendu» était annoncé partout. Des femmes m’ont contactée pour me dire que Ramadan était bien pire que ce que j’écrivais. Depuis quelques mois, plusieurs d’entre elles se plaignaient d’un «pervers narcissique» sur des forums, une chaîne YouTube et un blog portant le nom d’un des livres de Ramadan : Mon intime conviction. Toutes ces pages ont été hackées ou ont disparu. Mais celles qui avaient témoigné anonymement ont pu se parler en messagerie privée, jusqu’à se rencontrer. C’est ainsi que j’ai pu réunir trois d’entre elles dans un café. Leurs récits se recoupaient et dépassaient tout ce que j’avais pu pressentir.
A les entendre, sa duplicité et sa misogynie n’étaient pas seulement politiques, mais aussi franchement cliniques. Les photos et les messages qu’elles m’ont montrés me prouvaient qu’elles disaient vrai quant à la nature intime de leur relation. Elles ne suffisaient pas à prouver les violences. Pour porter de telles accusations sur la place publique, il fallait au moins une plainte. L’une des filles y était prête. Je l’ai présentée à un juge, à qui elle a redit sa nuit d’horreur : des sévices tombant clairement sous le coup de la loi. Quelques jours après, elle m’appelait pour me demander de tout laisser tomber. Elle venait de recevoir une menace plus explicite que les autres. Elle craquait. Je ne pouvais pas et je ne voulais pas la forcer. Une épreuve terrible l’attendait. Si elle flanchait à ce stade, elle ne tiendrait jamais. Ramadan s’en sortirait, une fois de plus.
Ces femmes ont continué d’alerter à leur manière, sur les réseaux sociaux. Et moi, partout où il était possible de mettre en garde contre Tariq Ramadan et son double. Il a fallu huit ans pour que la vérité éclate. Pendant toutes ces années, j’ai souvent repensé à son regard défait à la fin de notre confrontation. Quand deux de ces femmes ont sauté du public pour venir me féliciter et me dire merci devant lui. Ce jour-là, il a su. Qu’un jour, tout se saurait.

vendredi 2 février 2018

Macron en visite d'Etat en Tunisie



Mesdames, Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs les Parlementaires et Elus,

Monsieur l’Ambassadeur,

Mes chers compatriotes,

Mesdames, Messieurs,

Pardon d’abord pour ce retard. C’est toujours la faute de l’ambassadeur, normalement, c’est sans doute aussi un peu la mienne, mais nous avons eu des entretiens plus longs que prévus, en particulier avec le président ESSEBSI.

Je suis très heureux de revenir en Tunisie. J’étais là, pas dans cet endroit mais étant un peu ailleurs, dans le voisinage, il y a un peu plus d’un an, au début d’une campagne présidentielle, et je reconnais ici beaucoup de visages. J’avais été alors frappé par l’énergie qui régnait, la volonté de changement, la responsabilité immense que la France – parce qu’on le percevait déjà alors pleinement – avait, ici aussi.

Je sais aussi ce que je dois aux Françaises et aux Français qui vivent sur cette terre et merci à vous, car au premier semestre de l’année 2017, vous avez choisi clairement, fortement.

Si je suis ici, c’est aussi parce que ce pays, la Tunisie, notre pays ami traverse un moment un peu particulier de son histoire. Et je voudrais, en quelques mots, parce qu’il ne s’agit pas de faire de longs discours après ce retard, et je veux passer un peu de temps avec vous, mais je voudrais vous dire quelques mots de la Tunisie et de notre amitié, et quelques mots de vous.

Oui, la Tunisie traverse un moment un peu particulier, sept ans après la Révolution, trois ans après une nouvelle Constitution, ce pays est pour certains une anomalie, pour d’autres une énigme, pour moi un formidable espoir : celui d’avoir construit une transition démocratique, ici, d’avoir su, dans un contexte politique où rien n’était donné, écrire une Constitution où les libertés individuelles et les droits fondamentaux sont préservés, où l’égalité entre l’homme et la femme est même, je dirais, mieux préservée encore qu’elle ne l’est dans notre propre Constitution, un pays qui a réussi cette petite révolution démocratique ; un pays qui, ces dernières années, a aussi, et ces derniers mois encore, réussi sa révolution culturelle en dessinant de manière inédite un rapport apaisé, je l’espère dans la durée, entre l’Etat, la vie civile et la religion.

Je ne mésestime rien de ce que vous connaissez parfaitement, des destins individuels, des dérives des uns et des autres et de ce qui vient aussi bousculer la société dans ses tréfonds ! Et nous le connaissons aussi en France. Mais ici, ici ce chemin a été fait durant les dernières années.

Donc, la réussite de la Tunisie, dans ce contexte, est aussi la nôtre. Et je ne viens pas ici simplement chez un partenaire ou un pays lointain qu’on viendrait aider ou à qui on fait des annonces de manière classique ! Non ! Je viens de l’autre côté du rivage de la Méditerranée, dans un pays frère, parce que notre destin est lié. Parce que si la Tunisie échoue dans ce qu’elle a amorcé, nous échouons.

Parce que si la Tunisie ne conforte pas la place de la démocratie, des libertés individuelles, de la civilité entre les hommes et les femmes, comme elle a su le faire, si la Tunisie ne réussit pas à faire réussir sa jeunesse, si la Tunisie ne réussit pas à avoir un Etat, une vie politique hors de la religion et de son emprise, laissant chacune et chacun à la liberté de conscience qui lui revient, de croire ou de ne pas croire, et de croire à l’un ou l’autre, alors nous ne réussirons pas non plus. Parce qu’il n’y a pas tant de laboratoires, et parce que tous ces risques-là, nous les avons au cœur de nos sociétés.

Si je suis venu ici, c’est pour essayer d’apporter ma pierre, la pierre de la France, la révolution économique et politique qui doit accompagner cette révolution démocratique ainsi commencée.

Je crois que le travail du président de la République et du chef du gouvernement sont absolument essentiels. J’ai fait des annonces cet après-midi je n’y reviendrai pas ici, mais nous serons aux côtés de la Tunisie aujourd’hui, demain, dans les années qui viennent, nous y serons aussi, dans le voisinage, quand il s’agit de retrouver un équilibre, une stabilité en Libye, ce qui est la condition indispensable de la sécurité ici, et de la stabilité. Parce que c’est notre histoire qui nous y oblige, parce que c’est notre responsabilité profonde, et parce que c’est ce destin que nous avons en commun.

C’est pourquoi plusieurs ministres m’accompagnent, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, qui, sous différentes conditions, est revenu plusieurs fois dans ce pays ; la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation parce que cette part donnée à la jeunesse, c’est aussi les partenariats que nous allons développer avec nos universités, au-delà de ce qui existe déjà, la place croissante que nous allons justement donner à nos coopérations en matière de Recherche et d’Enseignement supérieur ; et la secrétaire d’Etat à l’Economie et aux Finances, parce que ce que j’ai annoncé cet après-midi, c’était la capacité aussi donnée à accélérer la croissance des PME, des TPE, à développer différents secteurs économiques, avec des aides qui étaient déjà annoncées, des conversions de dettes, et un plan d’urgence tout particulier, au-delà du milliard deux sur lequel la France s’est engagée, des 500 millions d’euros sur lesquels je me suis réengagé cet après-midi, ces 50 millions de plans d’urgence pour les entrepreneurs, pour la jeunesse, pour l’activité économique, pour répondre aussi à ce dont la société a besoin.

Mais c’est pour relever aussi ce défi que plusieurs parlementaires, partie de cette délégation, et je les en remercie car à l’Assemblée nationale et au Sénat, ils sont profondément engagés dans ce combat qui est le leur et qui a parfois, je dirais, traversé leur vie intime.

Parce que, au-delà de ce combat commun et de ce moment que vit la Tunisie, il y a vous. Et quand je dis que nous avons destin lié, c’est aussi que je vous regarde. Comment pourrais-je considérer, à un moment donné, que la France pourrait complètement réussir, si la Tunisie échouait ? Il y a 700.000 Tunisiens binationaux en France, officiellement ! Si on compte vraiment les binationaux, sans doute beaucoup plus. Il y a 30.000 Françaises et Français qui vivent ici, sur le sol tunisien.

Il y a toutes ces vies, présentes entre autres et comme un échantillon dans cette salle, que l’histoire a faites, que l’amour a parfois détournées, ou leur vie professionnelle, ou le choix d’un moment et qui font que la Méditerranée n’existe presque plus pour vous ! Et d’une rive à l’autre, votre quotidien se partage entre deux pays. Et cette communauté que nous avons en partage, c’est vous. Et c’est pour cela que je souhaite aussi que nous puissions faire, des binationaux, des Français vivant en Tunisie, des Tunisiens vivant en France, une chance pour ce défi qu’il y a devant nous, en leur permettant mutuellement d’enrichir leurs expériences et en développant de manière concrète des projets nouveaux.

Ces partenariats, c’est un partenariat humain, ce sont ces vies partagées, ce sont ces expériences d’entrepreneurs, de chercheurs, d’enseignants, de jeunes, qu’au quotidien vous faites exister.

C’est pour cela que nous avons pris des décisions concrètes et que nous allons conduire plusieurs de celles-ci en matière entrepreneuriales. Et je sais toutes les attentes qu’il y a sur ce sujet.

Plusieurs chefs d’entreprise, grandes entreprises ou entrepreneurs m’accompagnent dans la délégation également et ils porteront des initiatives concrètes. ORANGE et Stéphane RICHARD sont avec nous, avec un partenaire tunisien dont nous allons régler tous les sujets dans les prochaines semaines et qui permettra à notre opérateur de pleinement retrouver dans ce contexte sa place. Xavier NIEL et là aussi qui, je le sais, portera des projets ambitieux pour le numérique, la formation et l’entreprenariat sur le sol tunisien, il y est attendu.

Mais plus largement, ce que je viens d’annoncer, ce sont des outils en quelque sorte qui sont offerts à toutes celles et ceux qui font vivre la relation. C’est ce que vous faites au quotidien. Et cette relation économique est essentielle parce que ce pays, en matière de numérique, de tourisme, d’agriculture, de développement industriel, a besoin de retrouver sa force. C’est la condition pour répondre aux défis de sa jeunesse. Et donc, pour cela, il a besoin que vous soyez aussi les acteurs de ce moment important et je veux que nous puissions vous en donner tous les moyens. Sachez à chaque instant, au-delà de vos parcours, de votre installation ici, que la France fera tout pour que vous puissiez encore plus rapidement développer ici vos initiatives, les développer de part et d’autre de la Méditerranée, être encouragés soit par nos opérateurs, soit par un partenariat encore renforcé.

C’est la même chose que nous allons faire également dans le domaine culturel, linguistique et éducatif. Quand je dis que c’est une aventure humaine et que c’est ce que vous représentez, je crois profondément que la Tunisie a une chance inouïe, c’est qu’elle est aussi à la confluence de cultures, d’univers linguistiques qui lui permettront de réussir si ce tournant est pris. Il y a une jeunesse ici qui est la mieux formée de tout le Maghreb, le Machrek et le Proche et Moyen-Orient. La mieux formée parce que c’est un pari tôt pris par BOURGUIBA. Et le défi, c’est que cette jeunesse, aujourd’hui, ne trouve pas d’emploi, même quand elle est qualifiée. Et si nous savons prendre ce tournant, c’est une jeunesse qui est au milieu de la Francophonie, d’un univers arabophone et pour une bonne partie d’entre elle qui parle anglais. Elle a donc tout pour réussir.

Les acteurs économiques qui sont ici, plongés dans ce pays, ont tout pour en faire une plateforme de réussite à travers la Méditerranée et pleinement l’emporter. Et c’est ainsi que nous devons penser notre partenariat, c’est ainsi aussi à travers vous, par vous que nous devons renforcer ces liens pour aider la Tunisie à réussir plus vite.

C’est pour ça que, dès demain, nous aurons l’occasion ensemble d’inaugurer la première Alliance française mais elle sera le début d’une série de ces six Alliances françaises que nous allons ouvrir cette année et qui vont permettre, par ce partenariat vivant, par l’implication du secteur privé, de nombreux acteurs et sous l’impulsion de l’ambassadeur que je veux très sincèrement remercier pour cet engagement tout particulier, mais au-delà de ça, pour sa mobilisation et celle de ses équipes pour ce déplacement qui permettra pleinement non seulement de faire rayonner davantage la culture française, la langue française, mais de le faire dans cet esprit de partenariat.

C’est aussi pour cela que je veux que la Francophonie prenne ici plus de place. Nous allons demain présenter ce projet pour la Francophonie, pour redonner plus de dynamique à la langue française. Les Alliances seront un de ces leviers. L’engagement que nous aurons à travers une série de coopérations académiques, universitaires, techniques le sera aussi avec cette perspective de 2020 pour la Tunisie d’accueillir la Francophonie qui sera un moment très important. Et puis le faire par votre implication au quotidien à travers vos entreprises, votre vie sociale et l’enseignement.

Sur ce sujet, je sais qu’ici comme dans beaucoup de pays, il y a eu des interrogations suite à l’été dernier sur les lycées français et l’AEFE et je veux vous dire les choses très clairement, j’ai pris une décision ferme, elle a été annoncée : les crédits ne seront pas modifiés en 2018 comme en 2019. Je sais la difficulté qu’a été l’ajustement de l’été 2017, ces 30 millions qui ont touché le réseau. Je pense qu’il y a une partie des choses qui peut être faite intelligemment, mais ces difficultés ont montré quoi ? Que nous n’avions pas su totalement nous adapter aux défis. Alors je veux ici vous dire trois choses.

La première, c’est que l’enseignement du français sera une des priorités de notre action diplomatique et de notre rayonnement. Le ministre porte cet objectif mais je veux à la fois pour tous les enfants de Françaises et de Français, de binationaux, mais pour tous les enfants des pays dans lesquels nous sommes et ici, des Tunisiens, parfois même les étrangers, que ces écoles puissent accueillir l’accès à la Francophonie et l’accès à l’enseignement français, à nos méthodes pédagogiques. Cette priorité est réaffirmée.

L’engagement budgétaire que j’ai pris sera tenu pour les deux années à venir mais je souhaite que nous puissions aussi mieux associer le secteur privé, dégager de nouvelles marges de manœuvre, parfois accueillir des partenariats qui nous faciliteraient la vie et permettraient aussi de redéployer nos priorités différemment en n’augmentant jamais les collages et ce qui est demandé à celles et ceux qui emmènent leurs enfants, surtout si nous voulons cette politique de rayonnement.

C’est pour cela que j’ai demandé au ministre de l’Europe et des Affaires étrangères pour l’été de proposer un projet de réforme en profondeur de l’AEFE qui permettra de relever ce défi. L’enseignement du français, l’enseignement dans les écoles et les lycées français est une priorité de la relation et est une priorité pour justement le rayonnement de la langue, ce rayonnement éducatif, académique, culturel parce qu’avec le français, il y a tout ce que les artistes – j’en ai reconnu aussi plusieurs – portent ici et quelques-uns nous ont accompagnés avec mon épouse.

La relation, elle se construit sur ces histoires individuelles imaginaires artistiques profondes. Je me souviens, en octobre dernier, d’une jeune femme qui m’expliquait que, même dans les pires heures, elle avait toujours rêvé à la France parce qu’elle avait vu une fois un ballet de Maurice BEJART ici et il y a tant et tant d’histoires ainsi individuelles qui sont ce lien entre nous, qui sont ce rayonnement économique, culturel, linguistique que nous devons maintenir, que vous faites vivre au quotidien.

Donc, ce travail que vous faites, cet engagement qui est le vôtre, nous devons le faciliter et nous continuerons à l’accompagner parce qu’il est, en particulier ici, en particulier aujourd’hui, un combat essentiel aux côtés de ce qu’entreprennent les Tunisiennes et les Tunisiens et l’ensemble des pouvoirs publics, un combat essentiel, celui pour nos valeurs parce qu’elles sont en partage, celui pour une histoire commune, celui pour une volonté de faire en commun.

Parce qu’au-delà de tout cela, il y a une chose, une chose qui est devant nous, c’est l’avenir de notre jeunesse, l’avenir de la jeunesse en Tunisie comme l’avenir de la jeunesse en France. Et je suis profondément convaincu d’une chose, c’est que ces jeunesse conjugueront leur avenir ensemble, plus encore que les générations présentes, parce qu’elles ont les mêmes défis, parce qu’elles ne s’imaginent plus séparées et parce qu’elles doivent avoir les mêmes réussites de part et d’autre de la Méditerranée.

Voilà, Mesdames et Messieurs, mes chers compatriotes, les quelques convictions rapides que je voulais vous livrer ce soir. Si nous sommes là pendant deux jours avec mon épouse, c’est évidemment pour affirmer cet engagement profond, cet engagement aux côtés du peuple tunisien, aux côtés des dirigeants tunisiens dans cette révolution plurielle qu’ils mènent, mais cet engagement aussi à vos côtés parce que vous faites vivre la relation, parce qu’au quotidien, vous lui donnez un visage, parce qu’au quotidien, vous lui permettez d’abolir les espaces, de faire tomber des frontières, qu’elles soient dans les têtes ou géographies, et parce qu’au quotidien, l’engagement que vous portez est toujours aussi un peu de l’engagement de la France. Aujourd’hui sans doute encore plus qu’hier, il est ici essentiel. Je vous remercie.

Vive la République et vive la France !


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Video du discours du président Emmanuel Macron devant l'Assemblée des Représentants du Peuple tunisien

S'adressant aux parlementaires tunisiens, il a plaidé pour la francophonie, l'ouverture à la culture et à la langue française.
Il a mis en garde contre l'obscurantisme et la fermeture.
Il ne croit pas à l’existence d'un monde arabe : chaque pays ayant sa spécificité
Très beau discours. Macron direct et sincère comme d'hab.

PS : Ouf ! Les foulardées ont déserté l'assemblée. Tant mieux ! Sinon, quelle image aurait eu Macron de la femme tunisienne et de la Tunisie de Bourguiba !