jeudi 19 décembre 2013

Notre perte du français a fait le lit de l’intégrisme

 Hatem Bourial

Chaque langue est porteuse de valeurs, d'une vision du monde, d'un système de pensée. Jusqu'aux années 80, les Tunisiens étaient clairement bilingues. A condition bien-sûr qu'ils soient passés par l'école. Aujourd'hui, ils sont nombreux à être devenus bibègues tout en se targuant d'être de véritables arabophones.
Que s'est-il passé pour qu'en trente ans, un pays perde sa boussole linguistique et alimente désormais l'intégrisme et le terrorisme ? Peut-on dire que notre perte de la langue française a contribué à faire le lit du fondamentalisme et de la violence ?
La réponse à ces questions nécessiterait une longue analyse. Essayons toutefois d'au moins défricher cette problématique qui mérite d'être discutée. Quelques remarques devraient ainsi nous permettre d'ouvrir la discussion en évoquant quelques points contradictoires, quelques éléments porteurs de rupture.
1. Comment un pays perd-il sa deuxième langue ? Question ardue car, en réalité, c'est une stratégie d'Etat qui a mené à notre nouvelle situation linguistique. Dans les années soixante, l'arabisation mise en œuvre dans le domaine de l'éducation a porté ses fruits douteux et fait basculer un pays entier.
En un peu plus de deux décennies, cette politique qui combattait la langue française a débouché sur des résultats graves. Le bilinguisme tunisien était sapé à la base. La langue française était victime d'une tentative d'éradication marquée du sceau de l'hypocrisie.
En effet, ceux qui menaient tambour battant la politique d'arabisation avaient en ce qui les concerne pris le soin d'inscrire leurs enfants dans les établissements français. Rien que pour cette raison, le projet arabisant s'apparentait à une confiscation de la langue française à laquelle le peuple n'aurait plus accès et qui devenait le privilège des élites du pays. De fait, détruire la langue française revenait à préparer le terrain à une montée du fondamentalisme.
Cette dépossession du français a été d'ailleurs le seul véritable résultat de l'arabisation en Tunisie. Car, par ailleurs, l'enseignement de l'arabe était si catastrophique que nous avons fini par nous retrouver avec cette génération bibègue et ce pouvoir burlesque qui la représente.
2. La langue des médias est d'ailleurs à l'image de cette situation linguistique. A la radio surtout, on parle un arabe populiste qu'on saupoudre de quelques termes en français pour faire bonne mesure. Cette langue névrotique tend d'ailleurs à devenir celle du débat politique. Ce qui est surprenant, c'est que cette langue sans queue ni tête s'est banalisée à l'extrême, portant les germes d'une déroute linguistique.
3. Pourquoi affirmer que c'est aussi notre perte du français qui a fait le lit de l'intégrisme et de la violence ? Parce que cette perte nous a justement fait basculer dans un référentiel qui n'est pas le notre. Avec l'arabisation telle qu'elle fut menée, il devenait pour un Tunisien plus aisé d'accéder au discours d'un prêcheur wahabite et cathodique qu'à celui d'un intellectuel francophone. Je parle bien du Tunisien moyen car la classe aisée n'a jamais rompu avec la langue française devenue un pépiement solitaire, confiné dans les salons de la bourgeoisie et les cercles universitaires privilégiés et ignorants du pays profond voire du pays tout court.
Simultanément, nos petits écrans étaient envahis de productions enfantines doublées en dialecte arabe du Golfe qui venaient supplanter la production nationale y compris en langue dialectale. Ceci est d'ailleurs un fait essentiel et indiscutable : la langue française a été éradiquée du paysage télévisuel national et se résumait à la production d'un télé journal. D'autre part, avec des complicités qu'il faudra un jour démêler, notre télévision a commencé à s'adresser à nos enfants en... saoudien ! Je le répète ce sont là des faits indiscutables.
Photo : Excellent!
;)
4. Le recul du français est aussi le résultat de la politique culturelle française en Tunisie. Cette politique a fait le choix d'accompagner les élites et seulement les élites. Des sommes impressionnantes ont été dépensées pour les caprices d'une certaine bourgeoisie tunisoise qui contrôlait les réseaux et se targuait de créativité artistique. Ces connivences ont d'ailleurs connu leur apogée sous le ministère Mitterrand. Malheureusement, rien n'est fait pour le moment afin de rectifier le tir et soutenir la langue française dans sa vocation à demeurer l'une des deux langues d'usage du peuple tunisien.
Pourtant, les responsables culturels français peuvent aisément comprendre que celles et ceux qui font la queue pour s'inscrire en cours de langue ne sont pas les enfants de la bourgeoisie mais ceux des classes moyenne et populaire, dépossédées du français.
Pourquoi donc cette perte du français ? Parce que la langue de Voltaire est devenue chez nous une langue de classe à cause d'une arabisation mal pensée côté tunisien et d'une politique mal ciblée côté français.
5. Pour sortir de cette impasse, pour éduquer une nouvelle génération dans une véritable égalité des chances, il est temps de rendre à la langue française sa vocation de langue d'ouverture sur le monde, aux côtés de l'anglais qui n'est pas mieux pratiqué en Tunisie. Sinon, nous nous condamnons à faire encore et toujours le lit de l'intégrisme tout en préparant le terrain à un protectorat de fait : celui des monarchies du Golfe qui considèrent que la Tunisie est d'ores et déjà tombée dans leur escarcelle.

mercredi 18 décembre 2013

Ennahdha nourrit son incompétence de l'incompétence de ses opposants.

Pas surprenant qu'il y ait eu rupture de stock pour la farine, on dirait qu'Ennahdha a tout acheté pour justement rouler ses opposants dans la farine !
Encore une fois, les opposants au pouvoir actuel se font avoir jusqu'au trognon par des islamistes aussi rusés et persévérants que droits dans les bottes de leur légitimité.
Après avoir sorti Ahmed Mestiri de leur chapeau, après avoir soutenu un autre dinosaure en la personne de Mustapha Filali, les Nahdhaouis ont mis sous les feux de la rampe celui que personne n'attendait. Jeune, dynamique, connaisseur du dossier économique, Mehdi Jomaa répond aussi bien aux attentes populaires qu'à celles de... l'opposition !
Entre-temps, Ennahdha aura baladé l'opposition et ses leaders durant presque cinq mois. Quant au Quartet, il s'est retrouvé en bout de cycle face à un candidat acceptable, une opposition déboussolée et des Nahdhaouis triomphants.
D'ailleurs, Rached Ghannouchi ne s'est pas privé d'étaler son succès indiscutable sur sa page Facebook dès le 15 décembre, annonçant ainsi qu'Ennahdha n'avait pas modifié sa position d'un iota et que l'opposition subissait une énième débandade.
Mieux, les récents sondages confirment cette impression en soulignant une embellie pour Ennahdha qui peut de nouveau faire la pluie et le beau temps, voire se lancer dans un cavalier seul en ce qui concerne les autres points de l'agenda du Dialogue national, devenu un monologue islamiste à cause d'une opposition immature, dispersée et surtout fragile et incompétente.
L'actualité est en train de démontrer qu'il ne suffit pas d'avoir été un opposant à Ben Ali pour faire un bon gouvernant ou un bon opposant. En effet, la Troika gouverne mal, ne tient pas ses promesses, fait preuve de cynisme en investissant les champs idéologique et culturel mais cette alliance tripartite qu'on pensait épuisée continue à avoir les coudées franches. Pire, elle nourrit son incompétence patente de la propre incompétence de ses opposants. Malheureusement pour la Tunisie, la ruse et les manœuvres peuvent permettre de se maintenir au pouvoir mais ces manigances ne font nullement progresser le pays confronté à une crise des plus délicates.
En bons courtiers, les membres du Quartet gardent un profil bas et ne cherchent pas à interférer en faveur de l'une des parties prenantes. C'est que le réalisme du Quartet lui permet aussi un constat indiscutable : seule la Troika a aujourd'hui les moyens de gouverner, même si c'est au prix d'évidentes dérives, même si c'est en développant un agenda douteux.
De plus, Ennahdha tient tous les leviers du pouvoir, peut bloquer ce que bon lui semble et adouber qui bon lui semble. De même, Ennahdha est présente sur tous les fronts y compris celui de l'assise populaire et du recours à la menace au nom de la légitimité du 23 octobre.
Alors qu'Ennahdha pratique un coup d'Etat permanent, ce parti accuse quiconque le menacerait de tentative de coup d'Etat. Inextricable, comme au bon vieux temps d'une dictature qui renait, au nom de l'islamisme, sous nos regards impuissants.
Cette donne troublante mène à trois constatations :
1. Les opposants à Ennahdha se sont dans le passé opposés à Ben Ali, sans aucun succès. En fait, jamais, ils ne se sont vus exerçant le pouvoir. Pour eux, le pouvoir est une fiction et si Ben Ali disposait aussi d'une opposition de façade, il pouvait également compter sur une autre opposition résolue mais infantile qui s'avère aujourd'hui incapable de trouver sa place dans un jeu démocratique. C'est grave car, par défaut, cela signifie que seule Ennahdha est apte à diriger le pays après avoir été la seule formation à s'opposer véritablement à Ben Ali.
2. Après la déroute du 23 octobre 2011, de nombreuses voix avaient demandé aux leaders de l'opposition de s'effacer au profit de cadres plus jeunes. Ces voix, dont la mienne, n'ont pas été entendues. Les leaders de l'opposition sont restés aux commandes, ont commis les mêmes erreurs et mènent maintenant leur camp vers de nouvelles déroutes.
Paradoxe ultime : aujourd'hui, l'opposition est menée par un géronte alors qu'Ennahdha fait monter au créneau sa jeune garde. La tendance avait été amorcée par Zied Laadhari. Elle est confirmée par Mehdi Jomaa. Elle sera consolidée par de nombreux nouveaux quadras qu'Ennahdha sortira de sa manche le moment voulu.
3. Reste Nidaa Tounes. Cette formation née après le 23 octobre 2011 assure une convergence des forces des démocrates destouriens et de la gauche sociale. Ce parti a œuvré pour un front uni de l'opposition mais, pour le moment, cet édifice demeure fragile alors que se poursuit la recomposition du paysage politique qui n'est plus celui de 2011. Nous allons lentement vers une bipolarisation et la naissance d'un centre mou, un centre purement politicien qui regroupera, nous le verrons, plusieurs partis destouriens et des formations-girouettes sans assise populaire mais dont les leaders sont présents dans le casting médiatique.
On peut en effet se demander dans quelle mesure le casting imposé par les médias empêche l'opposition de se régénérer. Malgré leurs erreurs et leurs dérobades, ce sont toujours les mêmes ténors dérisoires d'une opposition en lambeaux que les médias nous font subir.
En conclusion, le recours à Mehdi Jomaa ouvre une nouvelle page dans la transition tunisienne. Il est une première résultante dans un dialogue national qui traîne et qui avait commencé peu après l'assassinat de Mohamed Brahmi.
Entre-temps, l'opposition a eu de nombreuses chances de s'affirmer et même des centaines de milliers de Tunisiens dans les rues en août dernier. Toutes ces opportunités ont été dilapidées à cause d'une naïveté conjuguée au manque de réalisme et à l'aventurisme et les retournements de veste de nombreux leaders. Puissent tous ces rendez-vous manqués les inciter à partir même s'ils affirmeront en chœur que cela profiterait à Ennahdha.
Trois ans après la révolution, il est temps de construire une opposition digne de ce nom pour sortir de l'ornière. Sinon le cavalier seul des islamistes et de leurs alliés va se poursuivre pour de longues décennies ...

Ce jour où mon pays a pris feu


Ines Oueslati
Inès Oueslati

17 décembre, Tunisie, trois ans après.
Pas la peine de planter le décor. Tout ici a planté !

Dans les rues, la pauvreté est de plus en plus visible. L’ambiance est morose malgré un soleil qui semble narguer, en chaque saison, ceux qui du feu ont puisé leur métamorphose, ont quitté leur coquille, mais se sont vite brûlé les ailes. Par le feu, Bouazizi s’est immolé, il y a trois ans. Un feu prométhéen pour conquérir la belle, un feu qui s’est éteint dans la moiteur des lendemains et une belle qui s’est révélée moins belle qu’elle ne semblait être. 

Je ne parlerai pas de ce jour où l’avenir de mon pays s’est dessiné, plus envoûtant que jamais, aussi imprécis que peut l’être l’Histoire qui s’écrit et que les slogans que l’on scande.

De ce feu qui a échauffé les esprits, je ne parlerai point. De cette émotion qui nous a bousculés un certain soir de décembre, il n’est nul intérêt de parler. 

L’héroïsme est aujourd’hui bien loin et les héros sont désormais d’un autre monde. Ne demeurent que les anti-héros. De nouveaux anti-héros suppléant les anciens gommés de l’Histoire à coup de Dégage et ne les dépassant qu’en médiocrité.

Sur les écrans défile leur bêtise : réunions, conseil, tables rondes, hémicycle, députés, langues déliées et langues fourchues, gueule de bois et esprits de plomb.

Les comparses envahissent la scène. Les répliques se dupliquent et l’on n’y perçoit plus que le vide qui a empli la scène politique.

Je ne parlerai pas du miroir qui, depuis trois ans, nous renvoie une nouvelle image de nous-mêmes. Nous étions habitués à nous voir lâches face à la dictature, dépourvus face à la torture, silencieux face aux abus, satisfaits avec les petites occupations, y mordillant, comme dans un os tendu, l’illusion d’une satisfaction divertissante. 

Après avoir subrepticement aperçu le mirage d’une nouvelle image de nous-mêmes, plus héroïque, moins docile et plus consciente, nous revoilà confrontés à notre petitesse. Le miroir nous déforme-t-il ou avons-nous été dé-formés ? Le scénario a-t-il été revu, nous prenant de court ou tel il était, dès le départ, tout court ? 

Le nœud était-il ainsi prévu ou avons-nous contribué à compliquer l’intrigue par notre mauvais jeu d’acteurs passifs, actifs virtuellement. Le virtuel a-t-il consumé notre énergie ? A-t-il éteint notre enthousiasme ? A-t-il fait de nous ce que nous ne sommes pas et nous a-t-il fait croire en un héroïsme dont nous sommes, en réalité, dépourvus ? 

17 décembre, un jeune de Sidi Bouzid, démuni comme le sont beaucoup de jeunes de son âge, dans un acte d’héroïsme tragique a pris sa vie en main et y a mis le feu. Son corps s’est embrasé, le pays s’est embrasé avec.

Depuis, une conscience s’est éveillée, d’un réveil furtif. Mais depuis, les abus ont repris, des manifestations ont été réprimées, des jeunes ont été emprisonnés, des artistes ont été violentés, des libertés ont été brimées, des corps ont été atteints, des assassinats ont été perpétrés et le feu a de nouveau repris. 

De ses flammes, ne s’est propagée qu’une froide étincelle qui nous rend insensibles au mal que l’on voit de nouveau. Insensibles aux signes de pauvreté qui emplissent les rues, aux ramasseurs de bouteilles en plastique qui errent à la recherche du piètre Graal, aux fouilleurs de poubelles, aux mains tendues quêteuses de pièces… Imperturbables face aux soubresauts d’une classe politique qui nous chevauche d’une manière régulière. Inquiets certes, mais d’une inquiétude molle. 

En attendant, la gauche devient si maladroite, que même le plus adroit des citoyens y perd le nord.

En attendant, les nouveaux cabotins se barricadent dans leurs loges : gouvernant derrière les barbelés d’une Kasbah complètement dénaturée et célébrant, dans les cours du palais de Carthage, la révolution d’un peuple qui les maudit. 

En attendant, la scène plonge de nouveau dans le flou. Une machinerie précise et experte tire les ficelles, les têtes changent, de nouveaux chemins se dessinent, feuille de route, vote, choix, consensus, Bouazizi, Ghannouchi, Essebsi, Jebali, Laârayedh, Jomâa. Rencontres, réunions, UE, ambassades, méchoui.

De la révolution, on fera un festival et du pays, on fera un cirque. 

17 décembre, révolution de feu, de flou, de fous. 

17 décembre et le show continue !

lundi 16 décembre 2013

Le coup de poker d'Ennahdha


J’y suis, j’y reste quoiqu’il advienne! C’est en ces termes que semble s’adresser le parti Ennahdha à tous ceux qui ont naïvement cru lui ravir par la diplomatie un pouvoir souverain qu’il pense avoir acquis de haute lutte. Quand il n’avait qu’une chance sur un milliard de renverser Bourguiba, le grand Bourguiba, le parti des aventuriers l’a prise. Maintenant que ce parti est au pouvoir, un peu par la grâce de Dieu mais beaucoup parce que de braves libéraux n’ont pas été suffisamment prévenants, il se prévaut de la vox populi : « Nous sommes ici par la volonté du peuple, nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ».  Ce défi qu’a lancé  Mirabeau au maître des cérémonies du roi Louis XVI venu, naïvement lui aussi, déloger le tiers-état de la salle de l’Hôtel des Menus Plaisirs est repris par les maîtres-chanteurs qui ont transformé la salle du Trône du Palais du Bardo en un souk hebdomadaire.   

C’est dire si Ennahdha n’a pas trahi la volonté du peuple. Aussitôt au pouvoir,  le parti démantèle l’Instance Supérieure Indépendante des Elections. Il  prolonge le mandat de l’Assemblée Nationale Constituante au-delà de son terme légal. A ce jour, le pays est sans constitution et nul ne sait quand auront lieu les prochaines élections et selon quelles modalités. C’est cela le vrai pronunciamiento. 

Du coup, en daignant engager des pourparlers en vue de former un énième gouvernement non affilié politiquement, le parti des usurpateurs passe pour raisonnable et modéré, disposé au compromis.  Il faut le dire, Ennahdha n’a jamais voulu de ce Dialogue National. Il l’a  obstinément refusé avant qu’il n’y soit forcé par l’opposition, la rue, et les diplomates. Au grand bonheur des sceptiques,  Ennahdha s’est montré effrontément de mauvaise foi. Le parti-des-mille- et-une-positions- à- la-fois  fait délibérément de l’obstruction, louvoie et manœuvre, éreinte le Quartet, divise les partis participants, laisse faire et s’entête, se décide et se ravise.  A chaque round, Ennahdha gagne une position et ses adversaires reculent d’une case. De guerre lasse, le front du refus se fissure, les partis se brouillent et le piège se referme sur un Quartet qu’on a eu tort de prendre pour un carré d’as. 


Pour imposer son candidat au poste de premier ministre, Ennahdha joue quitte ou double, le tout pour le tout. C’est à croire qu’Ennahdha veut pour de bon se faire renverser par la force! Auquel cas, les médias internationaux compatiront à la souffrance des réprouvés, les ONG intercéderont et les pays d’accueil renouvelleront les cartes de séjour de ces réfugiés prévenants qui  n’ont jamais organisé leur retour définitif en Tunisie, un pays qu’ils auront finalement gouverné un temps  en voyageurs de commerce. Autant dire, le pays est soumis à un chantage insolent : Ennahdha au pouvoir quel qu’en soit le prix ou le désordre. Que faire ? Résister et patienter. L’opposition le fait depuis longtemps. Et alerter les pays occidentaux sur leur propre inconséquence.  Abdewahab Meddeb l’a fait sur ces mêmes colonnes. Il reste à savoir pourquoi Ennahdha est un parti irrationnel qui n’a peur ni du chaos ni d’un coup d’Etat. Vivre dans le souvenir épique qu’on a gagné les premières et peut-être les dernières élections post-autoritaires vaut mille fois mieux que de se laisser aller à la routine, gagner les élections, les perdre et puis de nouveau les regagner ; en somme se résoudre à l’idée que l’histoire n’a pas de sens. Seuls cette attente millénariste et le gout de la violence politique expliquent l’entêtement d’Ennahdha.

samedi 14 décembre 2013

Laïcité inclusive : la France des Lumières brûle

France, ta laïcité fout le camp !
R.B
Aujourd'hui, un rapport sur l'intégration a été remis à Jean-Marc Ayrault. Il est le fruit de cinq groupes de travail réunissant des représentants d'associations, des fonctionnaires, des syndicalistes et des chercheurs. Ce rapport fourre-tout couvre différentes questions relatives au vivre ensemble, à la protection sociale, à la connaissance et à la mémoire collective, aux mobilités sociales et à l'habitat.
Alors vous allez me dire: "encore un énième rapport sur l'intégration !"... et bien non, ce rapport présente une singularité dangereuse pour notre pacte Républicain car il propose de repenser nos politiques d'intégration, en commençant notamment par l'école, en opposant laïcité néo-républicaine et laïcité inclusive.


Très clairement cela signifie qu'il faut mettre fin à la neutralité religieuse de l'Etat particulièrement dans les écoles, et mettre en place une société communautarisée. Ce changement de cap annoncé, quelques jours après la journée de la laïcité a de quoi nous laisser pantois...Comment a-t-on pu en arriver là ?



Le contexte du rapport



Après la dissolution du Haut Conseil à l'intégration (HCI), le 24 décembre 2012, Jean-Marc Ayrault a fait part de son intention de "renouveler en profondeur l'approche des questions d'intégration en France".

Ensuite, durant l'été, un rapport du HCI sur le voile à l'université a fuité et a fait grand bruit ... rappelons qu'à l'époque Manuel Valls appuyait fermement le principe de laïcité, même à l'Université ... Enfin, il y a eu l'interpellation d'une femme portant le voile intégral à Trappes .... Et c'est là que l'instrumentalisation commence ... Un nouveau concept apparaît dans le paysage politique et médiatique français : l'islamophobie.


Alors que nous pouvions légitimement nous attendre à un message anti-raciste classique, au contraire nous sommes face à un projet politique d'exclusion, curieusement lui-même raciste. La volonté de ce mouvement est l'inscription de lois et de dérogations particulières pour un groupe d'individus dont le dénominateur commun serait une certaine pratique de la religion. Leur étendard c'est la lutte contre la laïcité, qu'ils caricaturent comme un principe prétexte à l'exclusion politiquement correcte des musulmans.

Selon eux, la laïcité et les lois garantissant son épanouissement dans l'espace public, notamment par l'interdiction du voile islamique à l'école publique et de la burqa dans l'espace public, serait une entrave à la liberté religieuse garantie par la Déclaration universelles des droits de l'homme et du citoyen. En cela, la laïcité serait le cache sexe de l'exclusion institutionnalisée des musulmans par la République. Le message à la jeunesse est "jeune musulman la France ne t'aime pas car tu es musulman, la France refuse ta religion alors qu' elle accepte celle des autres. Rebelle toi, rejoints nous et faisons plier cette République islamophobe".


La ficelle est grosse pour ne pas dire grossière ... mais peu importe pour les bobos de gauche et un Gouvernement Ayrault à l'agonie, tout est bon à prendre ! Eux la cohésion républicaine, la laïcité, la neutralité religieuse de l'école ... ils s'en contrefichent.

Tout est bon à prendre pour diviser la droite et faire monter le FN. Il s'agit d'un calcul minable de conseillers de cabinet à la petite semaine : "brandissons le chiffon rouge du communautarisme, ça fera monter le FN et perdre la droite républicaine ... et les pauvres enfants issus de l'immigration, on les fait rêver mais au final, on ne fera rien pour eux"! Cela s'appelle le cynisme de gauche, dont le père spirituel était François Mitterrand ...


Le contenu du rapport



Ce dernier, comme bon nombre de rapports remis à Matignon sous la gauche, étale tout d'abord un certains nombres d'aberrations "boboïsantes" au coût indéterminé... Par exemple, le conseiller d'Etat Thierry Tuot, en charge du rapport, préconise: la création d'une autorité indépendante de lutte contre les discriminations sociales et ethno-raciales, d'une instance de pilotage des politiques publiques en matière d'intégration, d'un institut national et d'un fond d'investissement, d'un délit de harcèlement racial ou encore une Cour des comptes de l'égalité.

Bref, vous l'aurez compris, on retrouve là, la machinerie administrative socialiste classique : créer des agences pour recaser les copains du milieu associatif, des syndicats et des partis...qui payera la facture ? Nous bien sûr !
Doit-on rappeler à Monsieur Tuot que le délit d'incitation à la haine raciale existe dans le code pénal? Doit-on rappeler à Monsieur Tuot que le Défenseur des droits existe? Doit-on lui rappeler que l'Acsé existe? Doit-on-lui rappeler le nombre vertigineux d'observatoires qui existent en la matière? Monsieur Tuot a-t-il une idée du coût de ces structures...sans doute serait-il bien inspiré de demander une mobilité à la Cour des Comptes pour être éclairé...
Mais là n'est pas le plus grave... Le rapport "faire société commune" s'en prend frontalement à la question de la laïcité à l'école, et plus précisément à l'encadrement des sorties scolaires. Il prend l'exemple de la circulaire "Chatel" du 27 mars 2011, qui établit que les parents accompagnateurs sont soumis au principe de laïcité. Selon le rapport, "cette circulaire se fonde sur une approche de la laïcité (...) orthodoxe ou néo-républicaine attachée à rappeler de façon descendante et universelle ses principes", estiment les auteurs. Pour eux ce texte est discriminatoire, car fondé sur un critère d'appartenance religieuse. On marche sur la tête! C'est précisément pour exclure le religieux de la sphère scolaire qu'il avait été adopté...
LIRE AUSSI:Copé s'insurge contre un rapport sur l'intégration, Ayrault le qualifie d'"irresponsable" et "menteur"
Les auteurs aspirent à "une conception inclusive et libérale de la laïcité, sensible à la fois aux contextes et aux conséquences de sa mise en pratique. Pour eux : "Faire société commune dans ces conditions ne présuppose pas que ce qui fait le commun soit prédéterminé, pré-établi par la société majoritaire et ses élites mais au contraire soit le fruit d'un processus à la fois ascendant et descendant, fait de coopérations, de compromis, d'apprentissages réciproques, de confrontations pour in fine constituer le commun comme nouvelle forme d'universalité au bénéfice de tous". 
Tirant les conséquences de cette nouvelle approche de la laïcité, le rapport propose de revoir l'ensemble des circulaires et textes de loi "qui comportent des mesures discriminatoires ou dont les effets induits sont des processus discriminatoires".

Que de mensonges, que de manipulations ... sous couvert de bien-pensance, pour ne pas dire de condescendance à l'égard des populations issues de l'immigration! Comme par hasard, à la veille des élections municipales. Je prends le pari que bientôt madame Hidalgo, s'inspirant de Madame Aubry, va proposer des horaires de piscine réservés aux femmes voilées dans les piscines parisiennes ! La lâcheté socialiste à l'approche des élections est un classique certes...mais tout de même, au point de plaider pour une société communautariste et un retour à l'obscurantisme religieux : je suis atterrée.


La laïcité n'est pas liée aux difficultés de notre modèle intégratif



Il faut arrêter de se mentir et surtout de cacher nos échecs derrière un principe. L'intégration de certaines personnes en France peut poser un problème. Cela est une réalité. Mais les racines de ce problème ne sont pas à chercher dans le principe de laïcité. C'est plutôt vers le laxisme de nos institutions et le jeu pervers d'une partie du monde associatif qu'il faut rechercher. Pendant trop longtemps, on a laissé des critiques incessantes à l'égard de notre culture et de la société française. Les responsables de la fameuse "intégration à la carte" ou bien encore de l'ascenseur social cassé » sont ceux qui, depuis des décennies, fondent leur approche du sujet de l'immigration-intégration sur la mise en cause de la société d'accueil, qui serait une société fermée et raciste. Ces derniers portent une part de responsabilité dans le désastre de l'intégration-assimilation à la française.


Depuis de trop nombreuses années, certains dirigeants politiques français, notamment de gauche, ont fermé les yeux sur la montée de communautarisme et des intégrismes religieux, particulièrement l'intégrisme islamiste. Ces communautarismes sont montés en France pour deux raisons essentielles : tout d'abord une forme de culpabilité post-coloniale très judéo-chrétienne et enfin un calcul politique erroné de cantonnement du Front National. L'exemple le plus criant de cet abandon de la laïcité est la question du voile. Le voile dans notre espace public (et pour moi les universités et les entreprises en font partie) est une aberration à l'égard même de ce qu'est la définition de la laïcité par les pères fondateurs de la troisième République. Enfin, c'est également une aberration au regard de l'égalité hommes-femmes, qui je le rappelle, est le seul réel marqueur politique de progrès d'une civilisation.

La maison France brûle et nous la regardons dans une forme d'indifférence et d'individualisme abject, que je ne saurais accepter. La France est en train de brûler ces papiers d'identité et si cela continue, elle se retrouvera comme un clandestin dans le concert des nations. Seul un sursaut Républicain collectif pourra éviter cette inévitable chute.
                                                                 ***

LES PETROMONARQUES DOIVENT JUBILER !
Ce qu'ils espéraient, quelques abrutis prétendu experts, le leur accordent ... enfin !
Certains dirigeants politiques français, notamment de gauche, ont fermé les yeux sur la montée du communautarisme et des intégrismes religieux, particulièrement l'intégrisme islamiste.
Et surtout ils ont fermé les yeux sur la wahhabisation des banlieues par l'émir du Qatar et son frère ennemi le roi Ibn Saoud ... à moins que leurs pétrodollars les aient éblouis et rendu aveugles !


Or depuis la chute du communisme avec la chute du mur de Berlin, ces pétro monarques tentent de diffuser le wahhabisme en Europe pour remplacer l'ancienne doctrine par la leur !
Pour cela ils ont su exploiter les valeurs qui fondent l'Occident : la démocratie, les libertés, la laïcité .... pour avancer leur pions islamistes dans le jeu politique européen !
Et petit à petit ils occupent le terrain et les médias : par le voile, la burqa, la halal dans les cantines, le halal dans les grandes surfaces, la mixité dans les lieux publics, les consultations médicales "adaptées" ...

Les pétromonarques peuvent dire merci aux hommes politiques démocrates !
Ils n'espéraient pas tant et si vite de leur part !! 


Rachid Barnat

vendredi 13 décembre 2013

La solution de la crise tunisienne, passera-t-elle par Alger ?

Une ingérence plébiscitée ? L'Algérie rêvée des Tunisiens.

«Monsieur le Président, que Dieu vous garde en vie. La Tunisie trouvera toujours l’Algérie à ses côtés». 
Déclaration de Chadli Benjedid à Habib Bourguiba, décembre 1984.

 

Vu d’Alger, la crise politique que traverse la Tunisie depuis l’assassinat de Mohamed Brahmi constitue à la fois un sujet de préoccupation majeur et une aubaine. Un sujet de préoccupation, car la nature a horreur du vide. Une déstabilisation de la Tunisie affectera nécessairement la sécurité intérieure d’un Algérie, aux prises, depuis de longues années, avec la subversion terroriste islamiste. La frontière entre les deux pays, auparavant sûre et presque hermétique, est en passe de se transformer en une éponge poreuse. Les militaires algériens mettront tout en œuvre pour empêcher la jonction entre les djihadistes d’AQMI (Al Qaïda au Maghreb Islamique, émanation du GSPC algérien), ceux d’Ansar El Charia, et leurs homologues libyens. Mais la crise tunisienne est aussi une aubaine : le carnage du Châambi et l’affaiblissement spectaculaire du gouvernement d’Ali Laârayedh ont redistribué les cartes et a permis à l’Algérie d’exercer une influence stratégique grandissante. L’Algérie est devenue un acteur incontournable de l’équation politique tunisienne. Même diminué, le président Abdelaziz Bouteflika ne s’est pas fait prier pour se glisser dans la posture du « Grand frère » et venir au chevet d’une Tunisie malade de ses politiciens.

Le « dialogue national », engagé sous l’égide d’un quartet de médiateurs tunisiens, devait permettre au pays de se doter d’un Premier ministre de consensus et de conjurer le spectre d’une restauration autoritaire à l’égyptienne. Il a viré à la farce, et son échec paraît maintenant inexorable. L’impotence du Quartet risque d’ouvrir un boulevard aux ingérences étrangères, car tous les recours ont été épuisés sur le plan interne. 

La solution de la crise tunisienne passera-t-elle par Alger? Il est trop tôt pour le dire. Mais le simple fait de poser la question témoigne d’un incroyable renversement de situation. Pareille interrogation aurait parue incongrue et anachronique au lendemain de la Révolution. Prise au dépourvu par la chute de Ben Ali, l’Algérie, puissance arabe gardienne du statu quo, s’était retrouvée marginalisée et hors-jeu. Ses dirigeants avaient été contraints de suivre en spectateurs impuissants l’effervescence révolutionnaire qui s’était emparée de la région. A Tunis, certains avaient même redouté que les puissants services de renseignement du pays voisin n’entreprennent des manœuvres de déstabilisation, pour faire échouer la transition démocratique et pour enrayer un possible «effet domino». Craintes qui se révéleront parfaitement infondées. L’Algérie choisira de faire le dos rond, et s’abstiendra de toute action hostile.

« L’ingratitude de Moncef Marzouki »

En mars 2011, fraîchement nommé à la tête du second gouvernement de  transition, Béji Caïd Essebsi part à Alger pour rassurer Abdelaziz Bouteflika et Ahmed Ouyahia. Les fils du dialogue sont renoués. L’Algérie observera une parfaite neutralité pendant toute la durée du processus électoral tunisien. En dépit de leurs préventions à l’égard d’Ennahda, les Algériens accueillent sans émotion le résultat du scrutin du 23 octobre. Personne n’a oublié la proximité entre les islamistes tunisiens et ceux du FIS. Rached Ghannouchi avait trouvé refuge à Alger après son départ volontaire de Tunisie, en 1989. Il s’était affiché ostensiblement aux côtés d’Abassi Madani et d’Ali Benhadj, et ne s’était pas privé pour critiquer l’interruption du processus électoral décidée par les généraux algériens en janvier 1992. Mais le passé est le passé, et les relations entre Etats doivent s’élever au dessus de ces contingences. Sûrs de leur assise, et bien disposés à tourner la page, les dirigeants algériens attendaient simplement du gouvernement de la troïka qu’il affiche ses bonnes dispositions à coopérer. Ils ont été cueillis à froid par les offenses du nouveau chef provisoire de l’Etat tunisien. En choisissant de se rendre à Tripoli pour sa première visite à l’étranger, le 2 janvier 2012, Moncef Marzouki a indisposé Alger. Il a aggravé son cas en déclarant, alors qu’il se trouvait à Tripoli, que les Algériens auraient pu éviter le bain de sang des années 1990 en respectant le résultat des urnes et en laissant les islamistes accéder au pouvoir. Ces propos suscitent un tollé à Alger. Mourad Medelci, le ministre des Affaires étrangères, lui répond en expliquant que la souveraineté de l’Algérie est une ligne rouge à ne pas dépasser. La presse se déchaîne, en soulignant l’amateurisme et l’ingratitude du locataire du palais de Carthage. Hamadi Jebali parvient péniblement à recoller les morceaux. Mais le mal est fait. Moncef Marzouki ne sera plus jamais en odeur de sainteté, et aucune de ses initiatives visant à relancer la construction du Maghreb ne trouvera d’écho positif du côté d’Alger.

Le tournant de l’été 2013 et l’entrée en scène d’Abdelaziz Bouteflika

Les événements de l’été 2013, avec l’assassinat du député Mohamed Brahmi et le massacre de huit militaires tunisiens, dans le Djebel Chaâmbi, marquent un tournant dans la relation entre les deux pays. Très vite, l’Algérie prend la mesure de la crise et son armée vole au secours du gouvernement tunisien. 8000 hommes sont déployés pour sécuriser le flanc arrière de la frontière et prendre dans une nasse le groupe djihadiste responsable de la mort des soldats tunisiens. L’impact est immédiat. En quelques semaines, la situation sécuritaire, qui paraissait compromise, est rétablie. 

Quelques jours avant sa rencontre-surprise avec Rached Ghannouchi, Béji Caïd Essebsi qui séjournait dans la capitale française reçoit la visite d’un émissaire du président Bouteflika. Les ingrédients de la spectaculaire médiation du chef de l’Etat algérien se mettent en place. Le 25 août, Ghannouchi accorde une interview à la chaîne Nessma et rend un hommage appuyé au grand voisin: «L’Algérie est l’Etat le plus important pour nous. Les décisions de la Tunisie concernent l’Algérie, comme celles de l’Algérie importent pour la Tunisie, notamment en matière de sécurité.» Le 10 septembre, Abdelaziz Bouteflika interrompt sa convalescence pour recevoir séparément – et « à leur demande » - les deux principaux protagonistes de la crise tunisienne, Ghannouchi et Caïd Essebsi. Moncef Marzouki, le président tunisien, est totalement court-circuité. 

Le 15 novembre, alors que le dialogue national, mis en œuvre sous les auspices du Quartet et appuyé par les grandes puissances occidentales, s’embourbe, Bouteflika reprend langue, toujours à Alger, avec Ghannouchi. Deux jours plus tard, c’est au tour de BCE d’être reçu par le numéro un algérien. Rien n’a filtré de ces différents entretiens, mais on peut imaginer que le chef de l’Etat algérien a sommé ses interlocuteurs de s’entendre. Les images muettes de la conversation semblaient suggérer : «il est temps de conclure». Le message subliminal qu’elles véhiculaient était tout aussi limpide : aucun accord ne pourra advenir sans la bénédiction d’Alger.

La Tunisie, un protectorat algérien ? 
   
Cette «ingérence fraternelle» n’est pas du goût de tout le monde. Des voix se sont élevées pour dénoncer des tentatives de «vassalisation» de la Tunisie. Aziz Krichen, le Ministre Conseiller de Moncef Marzouki, s’est ému, sur sa page Facebook, du comportement de certains hommes politiques «dont l’appétit de pouvoir n’est plus limité par le moindre sentiment de fierté nationale». Ce post accuse, en termes à peine voilés, Ghannouchi et Caïd Essebsi de brader à bon compte la souveraineté tunisienne. «Je ne veux pas pour mon pays un sort comparable à celui du Liban dans ses relations avec la Syrie», assène Krichen. Emanant d’un intellectuel de sa trempe, l’avertissement mérite réflexion. Que faut-il en penser? 

Un constat d’abord: le «droit de regard » concédé à l’actuel chef d’Etat algérien ressemble à s’y méprendre à celui que revendiquaient ses deux prédécesseurs, Houari Boumediene et Chadli Benjedid, à une époque où le pays inspirait déjà les craintes les plus vives pour sa stabilité. Il s’inscrit donc dans une forme de permanence historique. Est-il besoin de le rappeler? En novembre 1987, Zine El Abidine Ben Ali avait pris soin d’obtenir le feu vert d’Alger avant de déclencher son «coup d’Etat médical». Les Algériens avaient été les premiers informés de ce qui se tramait à Tunis. Les Français avaient été mis devant le fait accompli.  

Aujourd’hui, on ne peut être que gênés, du point de vue de l’orgueil national, de voir que les pourparlers qui engagent l’avenir de la transition démocratique sont parrainés voire orchestrés par une puissance étrangère, fût-elle voisine et amie. Le caractère dissymétrique de la relation entre Alger et Tunis est tout aussi problématique. Les objections soulevées par Aziz Krichen sont légitimes et fondées. Mais, vu le blocage actuel, a-t-on encore le droit de faire la fine bouche ? A-t-on encore le choix ? La vraie question est là.

L’Algérie, depuis le début de la crise, a exercé une action militaire stabilisatrice et s’est impliquée activement dans la recherche d’une solution politique efficace. Elle a tenté et tente encore de rapprocher les points de vue entre les deux forces incontournables de la scène politique tunisienne. Les leaders politiques tunisiens ont dilapidé leur crédit. Ils ont été incapables de s’élever au-dessus des intérêts partisans, incapables de faire prévaloir l’intérêt national. Abandonnés à eux-mêmes, ils risqueraient de mettre des mois, pour ne pas dire des années, avant de s’entendre. La Tunisie ne s’en relèverait pas. Dans ces conditions, toutes les médiations sont bonnes à prendre. Les Etats-Unis d’Amérique, l’Allemagne, la France et l’Union européenne n’ont pas ménagé leurs efforts. Mais ils ne sont aujourd’hui pas en mesure de peser aussi efficacement sur le cours des choses que l’Algérie. Pour deux raisons. Primo : ils sont tributaires des avancées – et des blocages – du dialogue national, qui est à l’agonie, alors que les Algériens ont opté pour une méthode consistant à passer par-dessus la tête des institutions, des autres formations et des différentes composantes de la société civile pour dialoguer directement avec les deux poids lourds de la scène politique, Ghannouchi et BCE. Secundo : les Occidentaux ne disposent que d’un seul levier d’influence, le softpower - la diplomatie -, alors que les Algériens ont aussi la possibilité d’actionner le levier du hard power, c’est-à-dire la pression militaire. 

Les Algériens sont des diplomates rugueux mais chevronnés. On suppose qu’ils savent où ils mettent les pieds. Ils jouent leur crédibilité. L’avenir dira s’ils ont eu raison ou tort.

Une ingérence plébiscitée ?  L’Algérie rêvée des Tunisiens

L’Algérie occupe aujourd’hui tout l’espace politique et a mis tout son poids stratégique dans la balance, au risque de susciter une certaine exaspération. Il semblerait pourtant que ces efforts soient perçus très favorablement par l’opinion tunisienne. C’est en tous cas ce qu’il ressort du dernier sondage réalisé par Sigma Conseil, dont les résultats ont été publiés le 19 novembre. Les trois quarts des Tunisiens déclarent avoir une image positive de l’Algérie. Le pays recueille presque autant d’opinions favorables du côté des sympathisants d’Ennahda (75,4 %) que du côté des sympathisants de Nidaa Tounes (80,1 %). Autant le Qatar clive (moins de 40 % d’opinions favorables chez les modernistes, contre un peu plus de 52 % chez les islamistes), autant l’Algérie rassemble et réunit. 

La ferveur qui s’est emparée des réseaux sociaux tunisiens au lendemain de la qualification d’El Khadhra (l’équipe algérienne) pour la Coupe du monde de football est un autre signe qui ne trompe pas. Messages d’encouragement et de soutien, commentaires dithyrambiques, applaudissements, effusions : de mémoire de supporter, c’était du jamais vu. Pour un peu, on aurait pu croire que c’étaient les Aigles de Carthage qui avaient arraché leur ticket pour le Brésil !

On sait que les opinions sont, par définition, terriblement versatiles. Peut-être y a-t-il lieu malgré tout de s’interroger sur les raisons de ce qui, côté tunisien, ressemble à un brutal regain d’amour et d’intérêt. 

Tentons une interprétation psychologique : L’image ombrageuse dégagée par l’Algérie sur la scène internationale, constitue un aspect qui rebute fréquemment ses partenaires européens et occidentaux. Mais c’est peut-être justement ce trait de caractère qui séduit aujourd’hui des Tunisiens en mal de prestige, d’autorité et de certitudes. Disons-le d’emblée, cette Algérie rêvée et fantasmée ne correspond sans doute pas exactement à l’Algérie réelle. C’est une projection. Elle est appréhendée par les Tunisiens à l’aune des propres carences de leur Etat. En dépit des incertitudes liées à la succession et à l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika, l’Algérie leur apparaît comme un repère, un pôle de puissance et de stabilité dans un univers régional et arabe chaotique, tourmenté, en proie  à l’anarchie et la violence. Son « système », décrié et vilipendé de toutes parts, est inoxydable, et a fait preuve de sa résilience aux crises. Son armée est la plus puissante de la région. Son Etat est riche et accumule des excédents faramineux. Son économie, en dépit de ses archaïsmes, regorge de potentialités et est perçue comme un fantastique relais de croissance pour les entrepreneurs des pays voisins. Enfin, et c’est peut-être l’élément qui compte le plus ici : l’Algérie incarne une diplomatie de la souveraineté. Elle se donne à voir comme un pays fier pour qui l’honneur passe avant tout et qui ne courbera jamais l’échine. En résumé : comme un Etat libre, indépendant et souverain …

jeudi 12 décembre 2013

Mise en garde contre l'islamisme

Les européens piégés par les islamistes.


Je me reconnais pleinement dans la philosophie qui a présidé à la création du prix Jean Zay et anime son jury: les valeurs républicaines, la démocratie, la laïcité. Tous mes livres poussent dans ce sens mais en l'occurrence dans "Gouverner au nom d'Allah" primé par le jury Jean Zay je le fais en appelant au rejet total et sans détour de ce qui aujourd'hui constitue pour ces valeurs un danger mortel imminent: l'islamisme.

Cette idéologie, mortifère sous toutes ses formes, y compris celle qui se présente sous l'étiquette "modérée", a en quelques années infligé au monde des souffrances immenses, elle a ravagé tant de pays, arabes, africains, asiatiques, et fait peser des menaces sérieuses sur le reste du monde, l'Europe en particulier fragilisée par des crises économiques à répétition.

Mais la dénonciation de l'islamisme ne suffit pas, il faut aussi dénoncer ce qui dans les pays frappés par l'islamisme a favorisé cette idéologie: c'est la dictature et la corruption dans les pays arabes et musulmans, c'est la politique erratique des pays occidentaux, soutenant tantôt les dictatures militaires tantôt les islamistes, toujours pour des intérêts mercantiles à courte vue, c'est partout une mauvaise gestion par l'État de l'islam dans la cité, qui s'est trouvé livré aux charlatans, aux islamistes et aux opportunistes qui en ont fait un fonds de commerce lucratif et un moyen d'ascension sociale rapide.

L'islamisme est un vrai fascisme, animé d'une détermination totale, disposant de moyens énormes, et nous lui faisons face avec des discours lénifiants et des mesurettes (sur le voile islamique, la viande halal dans les cantines scolaires, la mixité dans les piscines, la prière sur la voie publique...), qui en définitive le légitiment sur le fond et le renforcent. En focalisant l'attention des gens sur des considérations subalternes, on les détourne des vrais problèmes, on les fragilise, on les met en danger.

Les islamistes eux sont aguerris et connaissent parfaitement les sociétés qu'ils veulent déstabiliser et conquérir. Il suffit de voir comment ils ont su récupérer à leur profit la formidable énergie libérée par le printemps arabe et comment ils ont su s'ancrer en Europe et imposer leurs pratiques en à peine quelques années.

mardi 10 décembre 2013

Mandela est parti en nous laissant son cancre


Nelson Mandela est mort. Paix à ton âme Madiba. A 95 ans, tu as quitté le monde par la grande porte en laissant des millions de tes élèves méditer sur tes leçons. Et des leçons de paix, de justice, de tolérance, de patience, tu en as bien données ! Tes leçons ne seront oubliées que par tes mauvais élèves à la tête desquels je mettrai, sans aucun risque d’erreur, ton admirateur, notre président, Moncef Marzouki.
Durant des décennies, notre président a su jouer avec nos esprits simples en criant sur tous les toits qu’il est l’un de tes disciples. Et nous l’avons cru. Avec le temps, on s’est rendu compte que s’il était vraiment l’un de tes élèves (ce qui reste à vérifier) c’est qu’il était le grand cancre de la classe.
Photo : Nelson Mandela : « Je suis fondamentalement optimiste. Je ne saurais dire si c’est dans ma nature ou si je l’ai cultivé. Une partie de ce qui fait un optimiste, c’est de garder la tête tournée vers le soleil e mettant un pied devant l’autre. »
Cher Madiba, tu disais un jour qu’« en faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d'en faire autant ».
Notre président a fait scintiller sa lumière et il s’avère qu’elle est sombre. Très sombre. Encore plus sombre que la cellule où tu as vécu 27 ans. Lui, Moncef Marzouki, n’a pas connu la prison sous son prédécesseur. Il a vécu dans la ville des lumières, loin de toute obscurité, et de la lumière parisienne qui a inondé son esprit n’ont jailli que d’obscures idées.
La lumière de ton cancre, cher Madiba, est noire et cette noirceur a déteint sur ses apôtres : Imed Daïmi, Adnène Mansar, Tarek Kahlaoui…

Cher Madiba, tu as su libérer ton peuple de la haine légitime qu’il avait contre ses compatriotes blancs. Ton cancre, lui, n’a su libérer que sa propre haine envers ses compatriotes.
Tu as su inculquer le pardon et la paix à ton peuple. Ton cancre, lui, n’a su libérer que l’esprit de rancune et de conflit.
Tu as su utiliser le rugby pour rassembler ton peuple. Ton cancre, lui, a utilisé le foot pour diviser le sien.
Tu t’es débarrassé de tous les opportunistes qui t’entouraient, y compris ta propre épouse. Ton cancre, lui, pour être conseillé, s’est fait entourer d’opportunistes de tous bords.
Cher Madiba, Stevie Wonder et Johnny Clegg ont été les porte-voix de ton peuple alors que les conseillers de ton cancre, face à la souffrance de leur peuple, partageaient du Oum Kalthoum sur Facebook pour étouffer les pleurs et les cris de rage.

De tes leçons, Cher Madiba, je retiendrai celle-là : « Souvent, les révolutionnaires d'autrefois ont succombé à l'appât du gain, et se sont laissés prendre à la tentation de confisquer des ressources publiques pour leur enrichissement personnel.»
Aujourd’hui, en Tunisie, cette leçon est plus que jamais appliquée par ton cancre.
Tu es parti cher Madiba en nous laissant un lourd héritage. Tu es parti en nous laissant un disciple qui a mal retenu la leçon.
Tu es parti en laissant un peuple uni où noirs et blancs se consolent mutuellement de ta perte. Tes cancres s’évertuent à diviser le leur depuis le premier jour.
Tu es parti par la grande porte. Tes cancres sont au pas de la petite.
Ta fin, cher Madiba, a été héroïque. Tes cancres, eux, ont un passé dramatique, un présent comique et une fin tragique.